Les personnes originaires d’Afrique, des Dom-Tom et de la Turquie sont 5,5 millions dans l’Hexagone


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Drapeau de la France
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La France mĂ©tropolitaine compte un peu plus de 4,3 millions de personnes originaires d’Afrique. Ce chiffre comprend les migrants et leur progĂ©niture, selon le cabinet Solis. Entretien avec Abbas Bendali, le directeur et cofondateur de Solis Conseil.

Le Cabinet Solis Conseil a Ă©tĂ© créé le 19 fĂ©vrier 1999. Il s’est spĂ©cialisĂ© dans les Ă©tudes mĂ©dia-marketing. L’un des fondateurs du cabinet, Abbas Bendali, Ă©conomĂštre-statisticien, a Ă©tĂ© responsable pendant une dizaine d’annĂ©es des Ă©tudes et de la recherche de la branche mĂ©dia d’Havas Advertising .

Abbas BendaliAfrik.com : La France mĂ©tropolitaine comptait au 1er janvier 2009, 5,5 millions de personnes originaires du continent africain, de Turquie ou des Dom-Tom, soit prĂšs de 9% de la population hexagonale qui compte quelque 63 millions d’Ăąmes. Ce chiffre « cumule la premiĂšre gĂ©nĂ©ration de migrants et leurs enfants nĂ©s en France mĂ©tropolitaine ». Qu’est-ce qui a motivĂ© la conduite de cette Ă©tude par votre cabinet ?

Abbas Bendali : Nous fĂȘterons notre dixiĂšme anniversaire dans quelques jours et nous avons Ă©tĂ© sollicitĂ©s pour faire des redressements ethniques sur un certain nombre de statistiques. Nous nous sommes alors rendus compte que la dĂ©marche n’était pas aussi aisĂ©e que nous le pensions. Ces chiffres que nous publions aujourd’hui‘hui n’étaient pas disponibles sur les populations d’origine extra-europĂ©enne, africaine notamment. Les enquĂȘtes n’ont pas toujours Ă©tĂ© faites dans les rĂšgles de l’art. Pour nous, ces statistiques sont d’autant plus prĂ©cieuses qu’elles permettent de faire des sondages Ă  partir d’un Ă©chantillon reprĂ©sentatif en termes d’ñge, de sexe et de rĂ©gion. Ce qui n’était jusqu’ici pas possible lorsqu’on voulait sonder les populations maghrĂ©bine, africaine au sens large.

Afrik.com : Comment avez-vous fait pour aboutir Ă  ces chiffres quand on sait que les statistiques ethniques sont interdites en France ?

Abbas Bendali : Notre dĂ©marche est tout Ă  fait lĂ©gale. Nous avons utilisĂ© les statistiques de l’Insee (Institut national de la statistique) et de l’Ined (Institut national Ă©tudes dĂ©mographiques). Nous nous sommes appuyĂ©s sur l’Etude de l’histoire familiale de l’Insee (EHF) publiĂ©e en 1999 qui a Ă©tĂ© faite en marge du recensement. Elle a Ă©tĂ© beaucoup exploitĂ©e par les dĂ©mographes parce qu’elle permet notamment de travailler sur cette deuxiĂšme gĂ©nĂ©ration, les enfants d’immigrĂ©s. C’est une Ă©tude sociologique qui avait Ă©tĂ© faite pour suivre les Ă©volutions transgĂ©nĂ©rationnelles. Qui sont les enfants ? Qui sont les parents ? Quelle langue a Ă©tĂ© transmise ? Les restes de patois, de corse ou de breton, mais aussi de langues du Maghreb (arabe, arabe dialectal) ont Ă©tĂ© ainsi analysĂ©s. C’est une base intĂ©ressante qui permet d’identifier les gens Ă  partir du pays d’origine des parents, des langues transmises. A partir de cet instantanĂ© de 99, notre dĂ©marche a Ă©tĂ© de poursuivre le film en faisant intervenir des taux de mortalitĂ© et de natalitĂ©, vieillir cette population, en prenant en compte les retours au pays et les nouveaux entrants depuis 1999. Entre la collecte de ces donnĂ©es, la mise en place d’outils mĂ©thodologiques et leur traitement, nous avons consacrĂ© trois annĂ©es Ă  cette Ă©tude.

Afrik.com : Quel est le portrait-robot de cette population ?

Abbas Bendali : Cette population est plus masculine : 51,3%. Une donnĂ©e qui est Ă  relativiser en fonction des rĂ©gions d’origine, du fait que l’immigration soit plus ou moins rĂ©cente. L’immigration rĂ©cente est Ă  majoritĂ© masculine. Cette caractĂ©ristique est liĂ©e au phĂ©nomĂšne migratoire en gĂ©nĂ©ral et on le retrouve encore dans nos statistiques du fait des nouveaux migrants. Les hommes partent dans un premier temps et ils font ensuite venir leur famille. Il y a aussi plus de femmes et d’hommes comparĂ© Ă  l’ensemble de la population française. C’est une population qui est aussi trĂšs jeune : 70% a moins de 40 ans, 85% de cette population a entre 18 et 65 ans. Les chiffres sont en deça de ceux de la population française quand on remonte la pyramide des Ăąges. TroisiĂšme trait majeur de cette population : la deuxiĂšme gĂ©nĂ©ration dĂ©passe en nombre les migrants, ceux qui sont arrivĂ©s Ă©trangers sur le territoire français ou qui pour les Domiens sont venus s’installer dans l’Hexagone. Elle reprĂ©sente 51,5% de cette population. ConcrĂštement dans cette Ă©tude, il est question de mon pĂšre, qui est arrivĂ© en France en 1948 et qui s’y est installĂ© et de moi. Mais mon fils n’a pas Ă©tĂ© pris en compte, la troisiĂšme gĂ©nĂ©ration est encore mineure en terme de proportion. Le gros de l’immigration remonte aux annĂ©es 60-70. Il s’agit des Domiens avec le Bumidom (Bureau pour le dĂ©veloppement des migrations intĂ©ressant les DĂ©partements d’Outre-Mer, ndlr). Les immigrations algĂ©rienne et tunisienne, elles, sont plus anciennes. Celle en provenance du Maroc date de la fin des annĂ©es 60 et l’immigration en provenance d’Afrique sub-saharienne est la plus rĂ©cente. Elle date du milieu des annĂ©es 70 et s’est accĂ©lĂ©rĂ©e dans les annĂ©es. Cependant, nous ne savons encore rien sur leurs catĂ©gories socio-professionnelles.

Région Nombre Pourcentage
Maghreb 3 264 000 58.9%
dont Algérie 1 532 000 27.6%
dont Maroc 1 255 000 22.6%
dont Tunisie 477 000 8.6%
Afrique sub-saharienne 1 080 000 19.5%
Dom-Tom 757 000 13.7%
Turquie 441 000 8.0%
Total 5 542 000 100.0%

Source : Solis Conseil

D’oĂč viennent la plupart des migrants en provenance d’Afrique sub-saharienne ?

Abbas Bendali : On ne peut pas le dĂ©terminer Ă  partir des statistiques officielles. En revanche, on sait qu’il y a 5, 6 pays qui comptent pour l’essentiel. A quelques dizaines de milliers prĂšs, le Mali, le SĂ©nĂ©gal, la RDC, le Congo-Brazzaville se tiennent dans un mouchoir de poche.

Le Cran a rĂ©alisĂ© une Ă©tude sur les Noirs de France ? Vous obtenez les mĂȘmes rĂ©sultats ?

Abbas Bendali : Nous parvenons à des résultats assez similaires.

Afrik.com : A quoi va servir cette étude ?

Abbas Bendali : On a fait cette Ă©tude pour nos besoins et elle va servir de socle Ă  une enquĂȘte que nous avons lancĂ©e sur la consommation – Internet, tĂ©lĂ©phonie, hygiĂšne-beautĂ©, mĂ©dias, frĂ©quentation de la grande distribution et envergure du marchĂ© du halal – des populations d’origine maghrĂ©bine et sub-saharienne.

Afrik.com : Yazid Sabeg a dĂ©clarĂ© qu’il Ă©tait pour les statistiques ethniques qui sont interdites par la loi parce qu’elles sont en contradiction avec le principe constitutionnel et culturel d’égalitĂ© rĂ©publicaine. Partagez-vous le mĂȘme avis que lui sur la levĂ©e de ce dispositif lĂ©gal d’autant plus que c’est possible de parvenir Ă  ces chiffres en toute lĂ©galitĂ© ?

Abbas Bendali : Nicolas Sarkozy est pour sa part pour et contre. Je suis Ă©galement partagĂ© sur cette question. NĂ©anmoins, l’idĂ©al serait d’avoir des statistiques officielles. Il a Ă©tĂ© question de faire une Ă©tude ponctuelle pour cerner la situation. Mais jusqu’à quand posera-t-on la question aux gens de savoir s’ils sont Blancs, Noirs, MaghrĂ©bins ou autres, d’autant plus qu’il y a de plus en plus de mĂ©tissage. Mon fils a des origines en AlgĂ©rie et en Auvergne. Je ne pense pas que le dispositif lĂ©gal soit prĂšs d’ĂȘtre supprimĂ©. Par ailleurs, je ne sais pas s’il est intĂ©ressant que les gens se comptent les uns par rapport aux autres. On travaille sur un phĂ©nomĂšne rĂ©cent : la dĂ©cennie 2000 marque un tournant pour la deuxiĂšme gĂ©nĂ©ration qui supplante en nombre la premiĂšre gĂ©nĂ©ration.

Falila Gbadamassi
LIRE LA BIO
Falila Gbadamassi est une journaliste et critique de cinéma formé à Afrik.com ou elle a travaillé prÚs de 10 ans. Elle travaille comme journaliste à France Info et intervient comme spécialiste de l'Afrique dans l'émission Géopolis Afrique sur France 5, notamment dans "C dans l'air". Elle est également rédactrice à Africiné Magazine (Dakar) Elle est membre de l'Académie des LumiÚres qui réunit la presse internationale, confirmant sa reconnaissance dans le milieu du journalisme culturel et cinématographique africain et international.
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