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Bas-Empire romain

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Les frontières nord et est de l’Empire romain au temps de Constantin (en rose, les territoires conquis entre 306 et 337).

Le Bas-Empire romain constitue, avec le Haut-Empire le second élément de la division chronologique de l'Empire romain instituée par l'historiographie francophone[N 1].

Si ces termes restent largement utilisés, d'une part, la date de la transition du Haut-Empire au Bas-Empire fait l'objet de discussions ; d'autre part, « Bas-Empire » a une connotation péjorative synonyme de « décadence » et est de plus en plus remplacé par « Antiquité tardive », plus neutre. Certains historiens proposent de faire commencer le Bas-Empire à la fin de la dynastie des Antonins (), d'autres avec le renversement de la dynastie des Sévères (), d'autres encore avec le début du règne de Dioclétien (r. 284–305). Pour Paul Petit et pour l'historiographie moderne de l'Empire romain d'Orient, le Bas-Empire prend fin en 395, à la mort de Théodose Ier, dernier empereur de l'empire uni ; en revanche, pour l'historiographie de l'Empire romain d'Occident, le Bas-Empire s'achève avec l'avènement des royaumes barbares, en 476[N 2].

À la période d'anarchie militaire qui a vu se succéder rapidement une série d'empereurs choisis par l'armée, Dioclétien veut substituer un système cooptatif appelé « tétrarchie » dans lequel deux empereurs appelés « Augustes » choisissent deux assistants appelés « Césars » lesquels les remplaceront à leur départ, se choisissant eux-mêmes deux nouveaux césars. Ce système exigeant beaucoup de bonne volonté et d'altruisme dure une seule génération : dès la suivante, Constantin Ier, fils du césar puis auguste Constance Chlore, met fin à ce système de cooptation pour revenir au système dynastique, partageant à sa mort l'empire entre ses fils et neveux. Cette première dynastie constantinienne dure également une seule génération jusqu'à ce que l'un des trois frères, Constance, récupère les domaines des deux autres à leur mort.

Lui succède, après le bref intermède de l'empereur Julien, parent de Constantin Ier, celle des Valentiniens, de durée limitée en Orient, remplacée par la dynastie théodosienne dès la mort de son premier représentant, Valens, en 376. En Occident elle se perpétue sur cinq générations, notamment lors du long règne de Valentinien III (r. 425–455).

Toutefois, ses représentants tombent rapidement sous l'influence de généraux d'origine barbare qui, après le décès de Valentinien III, installent sur le trône plusieurs empereurs-fantoches jusqu'à ce qu'Odoacre proclame la destitution de Romulus Augustule et retourne les ornements impériaux à Constantinople en 476.

Ce Bas-Empire se distingue de la période précédente de plusieurs façons : l'administration subit de nombreux changements notamment sous Dioclétien et Constantin ; l'économie voit la création sous Constantin d'une monnaie d'or, le « solidus » qui demeure la base du système monétaire de Byzance pendant des siècles ; les grandes villes perdent de leur importance au profit des grands domaines qui leur font concurrence ; enfin, le christianisme d'abord persécuté se propage jusqu'à ce qu'il devienne religion d'État par l'édit de Thessalonique en 380.

Terminologie et datation

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César Auguste, avec qui débute le Haut-Empire.

L'expression « Bas-Empire » remonte à 1752, année de la publication du premier des 28 volumes de l'Histoire du Bas-Empire par Charles Le Beau[1] publiée entre 1752 et 1817. L'adjectif « bas » n'est alors pas jugé péjoratif et désigne simplement la période la plus proche de nous, par opposition à « haut ». Néanmoins, le terme « Bas-Empire » a longtemps eu une connotation péjorative chez les historiens de l'époque des Lumières, qui y voyaient une période de décadence marquée par l'absolutisme monarchique et la puissance de l'Église, succédant à la République et à l'Empire éclairé[1]. À l'heure actuelle, alors que la tendance est à la réhabilitation de cette période, certains historiens préfèrent des appellations plus neutres telles que Empire romain tardif[2] ou Antiquité tardive, suivant les terminologies allemande (Spätrömische Zeit, Spätantike) ou italienne (tardo Impero, tardoantico). Quoi qu'il en soit, le terme de Bas-Empire, consacré par un long usage, reste fréquemment employé, même si les auteurs débattent encore de sa date de début.

Certains proposent la fin de la dynastie des Antonins (), d'autres le renversement de la dynastie des Sévères (), d'autres encore le début du règne de Dioclétien (r. 284–305) :

  • à partir de , la fin de la dynastie antonine représente pour les tenants de cette date le début de la crise de l'empire ; certains proposent même , pour classer l'empereur Commode dans cette période[3] ;
  • à partir de , le renversement de la dynastie des Sévères inaugure une période instable d'environ cinquante années, connue sous le nom d'anarchie militaire ;
  • enfin, au terme de cette période de troubles, l'année est retenue par d'autres auteurs, comme Paul Petit[4]. En effet, le début du règne de Dioclétien voit le remplacement du principat par un régime collégial, dont l'absolutisme s'inspire des monarchies orientales.

Les sources

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Textes littéraires

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Manuscrit en syriaque de l'Histoire de l'Église d'Eusèbe, bibliothèque nationale de Russie, Codex Syriac 1.

Si elles sont plus nombreuses que pour la période précédente, les sources écrites dont nous disposons pour le Bas-Empire traduisent souvent les conflits entre auteurs païens et auteurs chrétiens d'une part, ainsi qu'au sein même de l'Église chrétienne, entre les auteurs dits « nicéens »[N 3] et les auteurs ariens[N 4].

Le premier auteur de ces « chronographies » qui vont devenir si populaires à Byzance est Eusèbe (v. 265–339), évêque de Césarée, qui échappe aux persécutions de Dioclétien et reste un proche de l'empereur Constantin Ier. Sa Chronique (en deux livres jusqu'en 325) marque le point de départ du genre, de même que son Histoire ecclésiastique (dix livres jusqu'en 324). Sa Vita Constantini magni relatant la vie et l'œuvre de Constantin, est une collection pertinente de lettres et de documents[5].

Résumée par Rufin d'Aquilée (v. 345–v. 411) en 402, cette Histoire de l'Église est poursuivie par Socrate le Scolastique ou de Constantinople (v. 380–450) pour les années 306–439, par Sozomène (400–v. 450) pour les années 324–415 et Théodoret de Cyr (v. 393–v. 458) pour les années 325–428. Ce dernier est continué par Évagre le Scholastique, v. 536–après 594, dont l'ouvrage portant sur les années 431–593 est également important pour l'histoire profane[6].

S'ajoutent à cette littérature chrétienne les écrits des Pères de l'Église de cette période : Athanase d'Alexandrie (v. 296/298–373), Grégoire de Nazianze (329–390), Basile de Césarée (329–379), Grégoire de Nysse (335 –v. 395), Jean Chrysostome (entre 344 et 349 –407) et de nombreux autres.

Également importants pour leur contenu historique, les actes des premiers conciles œcuméniques dont les quatre premiers se tiennent avant la chute de Rome (Nicée I en , Constantinople I en , Éphèse en et Chalcédoine en )[6].

Parmi les auteurs païens figure Zosime (fin du Ve siècle – début du VIe siècle), qui blâme le christianisme pour le déclin de l'Empire romain[7]. L'empereur Julien (quelquefois appelé « Julien le Philosophe » ou « Julien l'Apostat », r. -) contribue lui-même à promouvoir la philosophie grecque traditionnelle avec ses contemporains Thémistios (317–388) et Libianius (314–392 ou 393)[8].

Mais l'historien le plus important de cette période est sans contredit Ammien Marcellin (v. 330–v. 395). Quoique manifestement païen, il tente d'être objectif et son œuvre principale, Res gestae en 31 livres, couvre la période de 96 à 378 ; toutefois, seule la partie correspondant aux années 353 à 378 a été conservée. Son œuvre sera continuée par Sulpicius Alexander (fin du IVe siècle – début du Ve siècle), auteur d'une « Histoire » dont seuls des fragments survivent et qui va jusqu'à la mort de l'empereur romain Valentinien II en 392[9],[10].

Enfin, un document du Ve siècle, la Notitia Dignitatum (litt. : Registre des dignitaires) est un document administratif romain plusieurs fois remanié donnant un tableau, sous forme de listes, de l'organisation hiérarchique des fonctions civiles et militaires de l'Empire romain, dans ses deux composantes, occidentale et orientale. Elle donne un bon aperçu de l'état de l'armée romaine et de l'administration du Bas-Empire après les réformes de Dioclétien et de Constantin Ier même si diverses mises à jour ont introduit des incohérences, surtout en ce qui concerne l'armée de l'empire d'Occident[11].

Textes juridiques et inscriptions

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Le code de Justinien dans une édition de 1666.

Si on trouve moins d'inscriptions pour cette période que pour la période précédente, c'est à ce moment que débutent les « Codex » dont le Code de Théodose (Codex Theodosius) qui contient quelque 2 500 entrées où sont réunies les constitutions ou lois émises depuis le règne de Constantin Ier, soit entre 335 et 437. Il sera continué par le Code de Justinien (Codex Justinianus) pour les années allant de 437 à 529. Les deux sont des sources utiles pour l'administration de l'État. Questions politiques, économiques, sociales et religieuses y sont traitées, permettant ainsi de se faire une juste idée de la condition de ses habitants, même si nombre de ces constitutions restèrent lettre morte ou ne furent mises qu'à moitié en pratique[12],[13].

Dioclétien (284–305)

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Tête de Dioclétien, musée archéologique d'Istanbul.

Né dans une famille modeste de Dalmatie, Dioclétien gravit les échelons de l'armée pour devenir commandant de la cavalerie de l'empereur Carus (r. -). Après la mort de Carus et de son fils Numérien (r. -) durant la campagne en Perse, il est proclamé empereur par ses troupes à Nicomédie[14],[15]. Il lui reviendra de mettre un terme à la période d’anarchie militaire qui, de 235 à son avènement, avait vu se succéder une série d'« empereurs-soldats ».

À cette fin, il prit une série de mesures radicales :

  • il sépare autant que possible le pouvoir civil du pouvoir militaire et fractionne les pouvoirs des titulaires de diverses charges ;
  • il réduit le pouvoir du Sénat de Rome en s’installant là où la situation militaire l’exige : Trêves, Milan, Aquilée, Nicomédie, Antioche ;
  • il renforce le pouvoir impérial : au Principat institué par Auguste, il substitue le Dominat et fait de l’empereur une personne sacrée ;
  • il fractionne les provinces, crée une nouvelle structure intermédiaire, les diocèses, qui feront le lien entre ces dernières et les préfectures du prétoire chargées de gouverner l’empire, l’une contrôlant l’Occident et l’Afrique, l’autre l’Orient et l’Égypte[16].

Mais Dioclétien ne doit pas seulement lutter contre des ennemis de l’intérieur comme Carin, mais aussi assurer les frontières de l’empire assailli de toutes parts. Ne pouvant faire face seul à toutes les menaces alors qu’il était retenu en Pannonie, il s’adjoint en un autre militaire, Maximien, à qui il confie, avec le titre de César, la tâche de mettre un terme aux ravages des barbares sur la frontière du Rhin et à ceux des Bagaudes en Gaule. L’année suivante, quand Carausius se déclare empereur en Bretagne (Angleterre), il élève Maximien au rang d’Auguste, marquant simplement sa propre primauté en se plaçant sous la protection du dieu « Jovius » alors que Maximien le sera sous celle d’un simple héros, Hercule[17],[18]. Lors d’une rencontre à Milan, les deux hommes conviennent que la tâche est trop lourde pour deux personnes. Pour les aider, ils adoptent deux généraux de valeur venus d’Illyrie : Maximien adopte Constance Chlore en mars 293 et Dioclétien Galère en mai[19],[18].

La tétrarchie est ainsi née. Au sommet, deux Augustes assistés de deux Césars appelés à remplacer les Augustes lorsque ceux-ci décideront de se retirer. Progressivement, chacun d’eux prend en charge une partie de l’empire : Dioclétien l’Orient avec comme quartier général Nicomédie et Antioche ; Maximien l’Afrique, l’Italie et l’Espagne avec comme quartier général Milan; Constance Chlore la Gaule et la Bretagne (Angleterre) avec comme siège Trêves ; enfin Galère s’occupe de l’Illyricum dont les frontières varieront avec comme siège Sirmium (aujourd’hui Sremska Mitrovica en Serbie)[18].

Effectivement, le système permit pour un temps de mettre fin aux changements incessants d’empereurs à l’intérieur et assura la sécurité des frontières. Il fonctionnera sans accroc jusqu’au , lorsque les deux Augustes abdiqueront le même jour, remettant les rênes du pouvoir à leurs Césars respectifs, Galère dans le cas de Dioclétien, Constance dans celui de Maximien[20]. À Nicomédie, Dioclétien présenta à ses soldats le neveu de Galère, Maximin Daïa, qui devint le nouveau César pendant qu’à Milan, Sévère était nommé de la même façon[21].

Il ne fallut qu’une année pour que la discorde s’installe parmi les nouveaux tétrarques à la mort de Constance en juillet 306. Galère promut alors Sévère au rang d'Auguste. Pendant ce temps, le fils de Constance, Constantin, était acclamé empereur en Bretagne (l'Angleterre actuelle) par les troupes fidèles à son père[22]. Au même moment, Maxence, le fils de Maximien, furieux d'avoir été écarté des arrangements, battit Sévère, le força à abdiquer et le fit assassiner en 307. On revenait ainsi au principe de l’héritage dynastique, au détriment de celui de la cooptation prôné par Dioclétien. La situation devint si complexe qu’en 310, on comptait sept empereurs se disant tous augusti. Ce nombre fut réduit à quatre en 311. Maximin Daïa (en Asie mineure, en Syrie et en Égypte), Licinius (en Illyricum et dans les Balkans), Constantin (en Gaule, Espagne et Bretagne) et Maxence (en Italie et en Afrique)[23],[24]. Il fallut onze ans (313–324) à Constantin pour reconstituer l'unité de l'Empire, aux dépens de Licinius, devenu le seul maître de l'Orient[25].

Constantin Ier (310–337)

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Tête du colosse en bronze de Constantin IVe siècle, musées du Capitole.

La fin de la tétrarchie marque un renforcement du principe dynastique. Même s’il fit assassiner son fils aîné, Crispus, né d'un premier mariage, Constantin nomma césars les trois fils qu’il eut d’un second mariage : Constantin II en 317, Constance II en 324 et Constant en 333[26],[27]. En il confia à chacun la responsabilité d’une partie de l’Empire : Constantin II fut nommé responsable de la Gaule, de l’Espagne et de la Bretagne ; Constance II reçut l’Asie, la Syrie et l’Égypte ; Constant Ier reçut l’Illyricum, l’Italie et l’Afrique. Il éleva également un demi-neveu, Delmace[N 5], fils de Flavius Dalmatius, demi-frère de Constantin, à la dignité de César et lui confia la Thrace, la Macédoine et l’Achaïe. Il donna alors à un autre neveu, Hannibalianus, le titre de roi des rois et la couronne d’Arménie encore à conquérir[28],[29].

Un autre fait marquant, du règne de Constantin est l’évolution du statut des cultes religieux dans l’Empire. Il marque en effet le début du déclin du paganisme comme religion d'État, base politique autant que religieuse du système conçu par Dioclétien (voir ci-après le chapitre « Religion »). L’édit, dit de Milan[N 6], de établit la liberté de religion non seulement pour les chrétiens, mais aussi pour l’ensemble des religions de l’Empire[30]. En ce début du IVe siècle, les chrétiens représentaient entre 10 et 15 % de la population de l’empire. Toutefois, l’unité de l’Église est fragilisée par des divisions doctrinales, notamment le donatisme en Afrique et l’arianisme dans une grande partie de l’Empire, particulièrement en Orient[31].

En , Constantin fit le choix de l’antique ville de Byzance pour y fonder une nouvelle capitale à laquelle son nom restera attaché, Constantinople, même si elle est alors connue comme « Seconde Rome ». L’intérêt stratégique de l’endroit tenait au fait qu’il permettait d’intervenir rapidement à la fois sur les limes du Danube et en Mésopotamie contre les invasions barbares. Son intérêt commercial était d’être le point d’arrivée d’une des routes commerciales venant d’Extrême-Orient, une autre de l’Europe du Nord, en plus d’être une étape importante sur la route de pèlerinage vers Jérusalem ; enfin, il était situé dans un Orient en plein essor économique et culturel alors que l’Italie était en plein déclin[32],[33].

Que ce soit dans les domaines administratifs, financiers ou monétaires, Constantin complète les réformes amorcées sous Dioclétien. Il renforce la séparation entre les pouvoirs civil et militaire. Les gouverneurs de province n'ont plus en charge que l'administration civile, laissant aux généraux de carrière la protection des frontières[34]. Afin d’éviter que ces mêmes gouverneurs ne puissent devenir si ambitieux qu’ils songent à usurper la pourpre, il conserve la multiplication dioclétienne des provinces, veillant cependant à ce que celles-ci soient autosuffisantes. Il abolit ainsi certaines provinces trop petites mais réunit la Numidie et divisa la Mésie[34].

À côté du préfet du prétoire[N 7], sorte de premier ministre chargé de la bureaucratie qui fait partie de son conseil privé ou comitatus, Constantin nommera en 326 quatre préfets régionaux : un préfet pour les Gaules résidant à Trèves, un pour l’Afrique résidant à Carthage, un pour l’Italie résidant vraisemblablement à Milan, un pour l’Illyricum résidant à Sirmium (et plus tard à Thessalonique)[35],[36]. Et si le préfet demeurera responsable du recrutement, de l’approvisionnement et de l’équipement de l’armée[37], il perdra la conduite des troupes qui sera confiée à deux militaires de carrière, le magister peditum et le magister equitum (litt. : chef de l’infanterie ; chef de la cavalerie), alors qu’un magister officiorum (litt. : chef des départements) sera chargé de la bureaucratie palatine et de l’ensemble de la fonction publique[38].

Pour l’administration civile, un magister officiorum (litt. : maître des offices) supervisera non seulement la garde personnelle de l’empereur (scholae), mais également les quatre principaux ministères ou bureaux (scrinaia). De plus, il crée un conseil privé ou comitatus (litt. : groupe de compagnons) composé principalement mais non exclusivement de sénateurs[39].

Rome conservant son Sénat, Constantin en crée un nouveau pour sa « Nouvelle Rome ». Il y invite les sénateurs romains prêts à déménager auxquels il ajoute de nouveaux hauts fonctionnaires. Depuis Auguste, la dignité sénatoriale (ordo senatorius) était héréditaire, mais il fallait assumer une magistrature pour faire son entrée au Sénat[40]. À partir de Constantin Ier, c'est l'accession à la préfecture qui permet l’entrée au Sénat. Y siégeront également les principaux hauts fonctionnaires de l’État comme le maître des offices et le maître des soldats (général en chef) ainsi que les gouverneurs de province et les hauts fonctionnaires à la retraite. Le nombre de sénateurs est multiplié de sorte que, de 600 à l’origine, leur nombre passe à 2 000 sous Constance II[41].

Mais la grande nouveauté de cette administration réside dans l’augmentation du nombre de fonctionnaires et dans la réorganisation de la fonction publique qui devient une sorte de milice civile dont la structure reproduit celle de l’armée. L'objectif était de lier plus étroitement les fonctionnaires à la personne de l’empereur, sorte de « général en chef » de la fonction publique[34]. Une foule de notaires, de chargés de mission (agentes in rebus), près de 1 000 fonctionnaires au Ve siècle[42], et d'employés divers font de l'Empire romain une véritable bureaucratie[43].

Toutes ces réformes entraînent une augmentation considérable des dépenses publiques, déjà accrues par Dioclétien. La recherche de nouvelles ressources conduisit Constantin à créer de nouveaux impôts[44]. Face à la crise financière qui menaçait, il avait dès après sa victoire sur Maxence remplacé l'aureus, fortement déprécié, par une nouvelle monnaie d'or, le solidus (ou solidus aureus) qui devait servir d'étalon à un système monétaire qui connut une stabilité exceptionnelle jusqu'au XIe siècle dans l'Empire d'Orient[45].

Les Constantiniens (337–363)

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Constantin II, Constance II, Constant Ier (337–350)

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Division de l'Empire romain parmi les Césars nommés en 337 par Constantin Ier : d'ouest en est, les territoires de Constantin II (orange), Constant Ier (vert), Flavius Dalmatius (jaune) et Constance II (turquoise).

Constantin Ier († ) avait avant sa mort réparti son empire entre ses trois fils et deux neveux. Quoique les évènements et la chronologie soient confus[46], il semble que l’armée ait refusé d’accepter que les neveux de Constantin aient part au partage. Les trois fils voulant se réserver l’ensemble de l’empire, on aboutit à un vaste massacre au sein de la famille impériale au cours duquel périrent à la fois les deux neveux et les demi-frères de Constantin. Le à Viminacium en Mésie, les trois frères survivants se partagèrent les diocèses : Constantin II, l’aîné, prit l’Occident, c’est-à-dire la Gaule, la Bretagne et l’Hispanie; Constance II conservait l’Orient en y ajoutant le diocèse de Thrace ; Constant qui n’était encore âgé que de quatorze ans semble avoir été mis sous la tutelle de Constantin II avec juridiction théorique sur l’Italie, l’Afrique et la Panonnie[46].

Malgré son jeune âge, Constant était un jeune homme ambitieux qui ne tarda pas à vouloir s’affranchir de la tutelle de son frère. Dès 339, il se révolta contre ce dernier[47], lequel marcha contre lui, traversant l’Italie avec ses troupes[48]. Il sera tué dans une embuscade aux environs d’Aquilée[48]. Constant prit alors le contrôle des territoires de son frère et il n’y eut plus que deux empereurs : Constance II en Orient et Constant en Occident.

Brutal envers les chrétiens donatistes, haineux envers les païens auxquels il interdit les sacrifices traditionnels, adversaire des ariens, Constant se montra également malveillant à l’endroit de l’aristocratie de Rome, tout en augmentant le poids de la fiscalité et de la bureaucratie sur la population. Vu son impopularité dans tous les milieux, il n’est guère surprenant qu’il ait été victime d’une conspiration militaire dirigée par son ancien général des armées du Rhin, Magnence, au début de . Tentant de s’enfuir en Hispanie, il fut rattrapé à Castrum Helenae (Elne, près de Perpignan) et mis à mort. Comme il ne laissait pas d’héritier, Constance resta le seul empereur, mais dut faire face à l’usurpateur Magnence[49],[50].

Magnence (350–353)

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Acclamé empereur le à Augustodunum (Autun), Magnence, ancien chef de la garde personnelle de Constant Ier, fut immédiatement reconnu par la Gaule, la Bretagne (Angleterre), l’Afrique et la Cyrénaïque. Retenu en Orient par la guerre contre les Perses, Constance II ne pouvait pas aller venger immédiatement son frère. Ce n’est que l’année suivante qu’une trêve avec les Perses lui permit de partir à la rencontre de Magnence. Les deux hommes se rencontrèrent dans les Balkans à Sirmium. La guerre opposera deux armées composées en majeure partie de barbares : celle de Magnence faite de Germains défendant la frontière rhénane, celle de Constance II d’Illyriens, hostiles aux Germains. Ce fut une guerre d’usure qui ne fut résolue qu’en à Mursa (aujourd’hui Osijek sur la Drave). Les pertes furent énormes des deux côtés ; l’empereur d’Orient eut le dessus, mais Magnence réussit à s’enfuir jusqu’en Gaule où il fut définitivement vaincu près de Gap (Hautes-Alpes en France)[51],[52],[53].

L’usurpation de Magnence devait avoir de lourdes conséquences aussi bien en Orient qu’en Occident. En Orient, Constance II maintenant âgé d’environ vingt-cinq ans, affirmait sa personnalité : dans le domaine religieux, il prit de plus en plus violemment partie pour l’arianisme, dans le domaine politique, il devint méfiant et facilement cruel à la fois à l’endroit de ses généraux et des Césars qu’il s’était adjoints. En Occident, il n’avait pas hésité à lancer sur les arrières de Magnence les Alamans du roi Chnodomar. Envahie par ceux-ci, la Gaule allait connaître des années difficiles[51],[52].

Constance II seul empereur (353–361)

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Solidus de Constance II, frappé à Antioche.

Constance continuera à régner seul pendant près d'une décennie. Occupé par la guerre contre les Perses et réalisant la nécessité de s'adjoindre un assistant, il nommera successivement deux survivants du massacre des demi-frères de Constantin Ier, Constantius Gallus de 351 à 354 qu'il fera exécuter, puis le demi-frère de celui-ci, Julien, qu'il investira de pouvoirs strictement militaires. Antithèse du militaire de carrière, Julien ne s'en couvrira pas moins de gloire à la bataille de Strasbourg en 357. Trois ans plus tard, ses troupes ayant appris que Constance voulait les envoyer en Perse se rebellèrent et proclamèrent leur commandant empereur. Constance dut abandonner la Perse pour aller combattre son cousin : il devait mourir en cours de route, mais non sans avoir auparavant eu la sagesse de faire de Julien son héritier, conservant ainsi l'unité de l'empire[54],[55].

Interlude Julien (361–363)

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La campagne de Julien contre les Perses au cours de laquelle il devait trouver la mort.

Le court règne de Julien constitua à la fois le prolongement de la dynastie constantinienne et l’échec du retour au paganisme. Neveu de Constantin Ier, il était le dernier survivant, avec son demi-frère Gallus, de la branche cadette des descendants de l'empereur Constance Chlore (r. -). Rien ne laissait présager le destin qui devait être le sien. Élevé dans la religion chrétienne sous la direction des évêques ariens Eusèbe de Nicomédie et Georges de Cappadoce, il avait six ans lorsque la plupart des membres de la famille du deuxième mariage de Constantin Ier furent massacrés. Julien et Gallus eurent la vie sauve mais furent exclus de la vie publique. Isolé dans la forteresse de Macellum en Cappadoce, Julien dévora les livres chrétiens et païens de la riche bibliothèque philosophique de son tuteur[56],[57]. En 347, il fut autorisé à rentrer à Constantinople, mais préféra continuer ses études à Nicomédie, à Pergame et à Athènes.

En , Constance le fit César contre son gré et l’envoya en Gaule où se révélèrent des qualités militaires et administratives inattendues[58]. Ce fut malgré lui qu’il fut acclamé par ses soldats[59]. Ses quelque vingt mois de pouvoir furent caractérisés par une grande activité réformatrice, le retour du paganisme et une campagne malheureuse contre les Perses[60].

Prenant le contre-pied de la politique centralisatrice de Constance, il favorisa l’autonomie des cités, s’appliqua à réformer les excès de la bureaucratie, en particulier ceux des collecteurs d’impôts et simplifia la justice tout en l’accélérant. Prince philosophe, il réduisit le cérémonial de la cour et abolit de nombreuses sinécures ainsi que la plupart des postes de notaires et d'agentes in rebus chargés de mission agissant comme contrôleurs et espions du gouvernement central[61].

Dès les premiers mois de son règne il publia un édit de tolérance renversant les mesures persécutrices de Constant et de Constance : il rendait aux païens leurs biens et leurs temples tout en leur redonnant la permission de célébrer des sacrifices ; il élargissait cette tolérance à toutes les sectes chrétiennes ; il protégeait les Juifs dont la religion traditionaliste et ethnique lui semblait avoir été déformée par le christianisme et il fit rebâtir le Temple de Jérusalem aux frais de l’État. Rapidement toutefois, cette tolérance se mua en hargne à l’endroit des chrétiens à qui il interdit d’enseigner la philosophie[62],[63],[64].

C’est à Antioche qu’il prépara, fin-362/début-363, une campagne préventive contre les Perses espérant rééditer la campagne de Trajan en 116. À la tête d’une armée de 65 000 hommes, il pénétra en Perse. Une première victoire sur les bords du Tigre lui ouvrit la route de Ctésiphon. Mais les Perses pratiquant la politique de la terre brûlée rendirent son avancée difficile. Arrivé devant Ctésiphon et réalisant qu’il ne pouvait pas prendre la ville, il ordonna la retraite. Le , au cours d’un combat d’arrière-garde, il fut atteint par la lance d’un cavalier et mourut[65]. Cette campagne marquait la fin des grandes expéditions, loin des frontières traditionnelles de l’empire[66],[67],[64].

Les Valentiniens et les Théodosiens (364–455)

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Valentinien et Valens assis sur un trône. Revers d’un solidus de Valens avec la légende « Victoria augg » (La victoire de nos augustes).
Solidus de Théodose le représentant au verso en compagnie de son coempereur occidental Valentinien II qui régna en même temps que Gratien.

Élu à la hâte par les généraux d’une armée en déroute, Jovien (r.  – ), n’eut d’autre choix que d’accepter les termes d’une paix dictée par Chapour II avant d’entreprendre une retraite précipitée au cours de laquelle il devait lui-même mourir, vraisemblablement asphyxié dans sa tente par les vapeurs d’un brasero[68].

Son successeur fut le fruit d’un compromis entre hauts dignitaires militaires et civils : leur choix se porta sur l’un des leurs, Valentinien (r. -) alors tribun des scholae secundae scutariorum, pannonien comme son prédécesseur, chrétien modéré, reconnu pour son énergie et son honnêteté[69]. Ce choix résultait d’un compromis entre les clans gaulois et oriental ; aussi exigea-t-on de lui qu’il s’adjoignît un coempereur, ce que fit Valentinien en choisissant son frère, Valens (r. -) à qui il confia l’Orient[70],[71].

La dynastie qu’il fonda devait avoir une durée limitée en Orient, étant remplacée par la dynastie théodosienne dès la mort de son premier représentant, Valens, en 378 lors de la célèbre bataille d’Andrinople[72]. En Occident, elle se perpétua jusqu’à la fin du règne de Valentinien III (r. -).

Ayant établi son quartier général en Gaule et résidant principalement à Trêves de 365 à 375[73], Valentinien fit de la défense des frontières et de la société romaine sa priorité : l’interdiction du mariage entre romain et barbare dans les provinces – loi datée de 370 ou 373 - montre que ce type de mariage avait lieu et que le pouvoir impérial souhaitait limiter l’intégration juridique des barbares dans la société[74]. Près d’Amiens, il tomba gravement malade en 366 et, pour éviter les problèmes de succession, dut nommer son jeune fils Gratien coempereur[75]. Toutefois, il survécut et, après d’autres campagnes sur le Rhin, en Grande-Bretagne et en Afrique, mourut d’apoplexie après une rencontre animée avec des ambassadeurs quades à Brigetio en 376[76]. Gratien assuma la succession, mais ses généraux doutant des capacités militaires de ce jeune homme studieux de seize ans proclamèrent coempereur le jeune Flavius Valentinianus (Valentinien II, r. -), enfant de quatre ans et fils de Valentinien par sa deuxième épouse Justina. Valentinien adopta le jeune homme à qui il confia la gouverne théorique de l’Illyricum, de l’Afrique et de l’Italie[77].

Gratien régnera sur la partie occidentale de l’empire de 367 à 383 et Valens sur la partie orientale jusqu’en 378. Établi à Trêves, Gratien dut faire face aux Alamans qui traversèrent le Rhin en 378[78], ainsi qu’aux Goths qui ravagèrent la Thrace la même année et l’Illyricum l’année suivante[79]. Mais ce furent ses politiques internes et religieuses qui provoquèrent sa chute. Le fait qu’il ait écarté de la haute administration les fonctionnaires païens au profit de chrétiens, joint à son manque d’intérêt pour la chose militaire et sa prédilection au sein de l’armée pour sa garde personnelle composée de déserteurs alains et partant ariens, lui aliénèrent de vastes secteurs de la classe dirigeante[80]. À l’été 383, alors qu’il se dirigeait vers la Rhétie où les Alamans s’agitaient, le « comes » de Bretagne, Magnus Maximus, fut acclamé empereur par ses troupes. Il traversa la Manche et affronta Gratien aux environs de Paris. Abandonné par ses troupes, celui-ci dut s’enfuir vers les Alpes. Il fut assassiné à Lyon lors d’une rencontre avec son adversaire[81],[82].

En Orient, après avoir mis fin à la révolte de Procope, parent de l’empereur Julien, en 366[83], Valens se lança dans une campagne contre les Goths. Installé à Marcianopolis en Thrace (aujourd’hui Devnya en Bulgarie), il réussit deux ans plus tard à refouler ceux-ci en Transylvanie. Transférant sa capitale à Antioche, il tenta par une campagne contre les Perses de récupérer les provinces abandonnées par Jovien[84]. Il mettra sept ans à y réussir, mais ne pourra pas achever sa victoire : chassés de leurs territoires par les Huns, les Wisigoths étaient venus s’installer en 376 près de la mer Noire en Silistrie (Bulgarie). Certains d’entre eux furent autorisés à s’installer dans l’empire[85],[86], mais exploités par des chefs militaires romains peu scrupuleux, ils se rebellèrent et Valens dut envoyer deux armées contre eux. Le , sa propre armée fut défaite et l’empereur tué lors de la bataille d’Andrinople[87].

Valens ne laissant pas d’héritier mâle, il appartenait à Gratien, devenu Auguste sénior, de lui désigner un successeur. Réalisant qu’il ne pouvait faire face seul au péril qui menaçait tant l’Orient que l’Occident, Gratien se tourna vers un général espagnol, Théodose, à qui il confia l’Orient de même que les diocèses de Dacie et de Macédoine qui faisaient jusque-là partie de son propre domaine. Celui-ci fut promu Auguste à Sirmium le [86],[88],[89].

Théodose Ier (r. -) devait être le premier empereur à régner presque constamment à partir de Constantinople[90],[91]. Dès 383, il proclama son fils aîné âgé de six ans, Arcadius, coempereur. Il fera de même avec son autre fils, Honorius, en 393[92]. Durant son règne, il devra faire face à trois défis importants. Le premier sera la lutte contre deux usurpateurs : Magnus Maximus (usurpateur 384–388) qui, après avoir défait Gratien, s'était emparé de toute la préfecture des Gaules et occupait Rome et l'Italie entière au détriment de Valentinien II[93], ainsi qu’Eugène, proclamé co-empereur romain d'Occident en 392 à la suite de la mort de Valentinien II par le général franc Arbogast, que Théodose se refusa à reconnaitre lui opposant son propre fils, Honorius[94]. La deuxième est la rapide propagation du christianisme. L’Édit de Thessalonique en fit du christianisme la religion officielle de l’État. Mais la résistance se fit sentir tant chez les païens que chez les Juifs ainsi que chez les chrétiens eux-mêmes, les hérétiques qui ne partageaient pas le Credo de Nicée () dont les Manichéens[95]. Enfin, les barbares continuaient leur pression aux pourtours de l’empire. Après la défaite d’Andrinople, Théodose n’avait plus d’armée à leur opposer. Tout en menant une guerre de guérilla contre ceux qui continuaient à ravager les Balkans, il choisit d’intégrer et d’assimiler ceux qui le désiraient dans sa nouvelle armée. En octobre 382, il signa avec les Goths un traité qui, pour la première fois, reconnaissait ceux-ci et les installait le long du Danube en tant que « peuple fédéré »[96].

Théodose devait être le dernier empereur à régner sur un empire unifié. À sa mort, Arcadius, âgé de dix-huit ans, deviendra empereur senior en Orient et Honorius, âgé de dix ans, empereur junior en Occident[97]. Pour les contemporains toutefois, il ne s’agissait pas d’une division de l’empire, mais plutôt d’un nouveau partage des tâches. Les liens dynastiques entre les deux branches de la famille ne seront rompus qu’avec l’avènement de Léon Ier, d’origine thrace, en 457 ; les lois et décrets seront signés par les deux empereurs et, théoriquement, auront cours dans les deux parties de l’empire[98]. C’est aussi la période où, soit en raison de leur jeune âge, soit de la faiblesse de leur caractère, les empereurs deviendront les jouets de leurs conseillers immédiats : généraux d’armée comme Stilicon à l’Ouest, préfets du prétoire comme Rufinus à l’Est. C’est aussi une période où, en Occident, se lèveront plusieurs usurpateurs comme Constantin III (r. -), Maxime (409–411) et Priscus Attale (r. - et -) sous le règne d’Honorius ainsi que Jean (423–425) que Théodose II viendra renverser au profit de Valentinien III (r. -).

C’est aussi une période où se manifesteront les conséquences de la politique d’intégration des barbares dans l’armée et d’assimilation de leurs peuples à l’intérieur de l’empire initiée par Théodose. Nombre de barbares se retrouveront aux postes de commande de l’armée face à d’anciens compatriotes alors que leurs populations, bien qu’en partie assimilées, n’auront guère de sentiment de loyauté face à l’empire. Alaric, roi des Wisigoths depuis 395, envahit l’Italie à trois reprises, invasions qui se terminèrent par le sac de Rome en 410 après qu’il eut persuadé le Sénat de nommer Priscus Attale empereur[99],[100].

En 407, le général Constantinus (Constantin III) abandonna la Grande-Bretagne où ses soldats l’avaient proclamé empereur pour venir s’établir à Trèves puis à Arles ; toutefois, il ne parvint pas à interdire aux Vandales, Alains et Suèves de franchir les Pyrénées et de s’installer en Hispanie[101]. Enfin, c’est la période où Honorius, réalisant qu’il ne pouvait plus garder le contrôle de l’Angleterre, l’armée une fois partie, dut envoyer à ces villes des lettres les encourageant à se défendre seules[102],[103].

Les empereurs fantoches (455–476)

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Romulus Augustulus remettant sa couronne à Odoacre, illustration de Charlotte Mary Yonge (1823–1901).

Valentinien III n’ayant pas d’héritier mâle, la dynastie théodosienne qui devait s’éteindre avec la mort de Marcien en Orient en 457, s’éteignit avec lui en Occident en 455[104]. À sa mort, le sénateur Petronius Maximus (r. mars 455 - mai ou juin 455) s’empara du trône, forçant la veuve de Valentinien, Licinia Eudoxia, à l’épouser pour établir une légitimité dynastique, mais cette succession ne fut toutefois pas reconnue par l’empereur d’Orient, Marcien, trop âgé pour gouverner les deux empires. Commence alors pour l’empire d’Occident un déclin irrémédiable, victime à l’intérieur de prises de pouvoir par divers personnages sans légitimité et à l’extérieur d’invasions venant d’Afrique (les Vandales) et d’Europe centrale (les Wisigoths).

À la suite de l’assassinat de Petronius Maximus en 455 et du pillage de Rome par le roi des Vandales, Genséric, l'aristocratie gallo-romaine fit proclamer l'Arverne Avitus (r.  – ) empereur à Arles avec le soutien du roi des Wisigoths Théodoric II, qui avait besoin de son aide pour combattre les Vandales[105]. Reconnu par l’empereur d’Orient, Léon Ier, il ne le fut pas par la population de Rome qui n’avait pas participé à son choix. Il fut renversé par le patricien Ricimer avec l’appui de l’aristocratie romaine. Suivirent plusieurs mois d’hésitation au terme desquels le général Majorien se proclama lui-même Auguste le 28 décembre 457[106]. Mais son autorité ne dépassait plus guère les limites de l’Italie, le sud de la Gaule et le sud de l’Espagne ; déjà les Wisigoths étaient maîtres d’une grande partie de la Gaule et de l’Espagne. Au retour d’une expédition ratée pour reconquérir l’Espagne, il fut arrêté et exécuté par Ricimer[107].

Débarrassé de Majorien, Ricimer devint le véritable maître de l’empire d’Occident. Mais d’origine barbare[N 8], il ne pouvait accéder lui-même au trône. Aussi nomma-t-il des empereurs-fantoches qui se succéderont rapidement : Libius Severus connu sous le nom de Sévère III (r. -)[108], Anthémius (r. -)[109], Olybrius (r. avril–novembre (?) 472)[110]. À nouveau, Léon Ier refusa de reconnaître le choix de Ricimer, lequel décéda au mois d’août 472. Son neveu, un jeune prince burgonde du nom de Gondebaud, fit alors nommer empereur le chef de sa garde personnelle, Flavius Glycerius ou Glycère (r. ). Léon Ier étant mort entre-temps, le nouvel empereur, Zénon (r.  –  ; r.  – ) chargea le gouverneur de Dalmatie, Julius Nepos, de rétablir l’ordre en Occident[111]. Celui-ci débarqua à Ravenne au début de 474 et mit en fuite Glycère qui, n’ayant pas d’armée, chercha à gagner Rome où le Sénat lui ferma les portes de la ville. Fait prisonnier, Glycère sera destitué et nommé évêque de Salone en Dalmatie[112].

Le , Julius Nepos (r.  – ) se fit acclamer empereur par sa petite troupe, mais sans avoir l’appui des Romains qui le considéraient comme un Byzantin. Des sénateurs s’entendirent alors avec le général en chef des armées, Oreste, originaire d’une famille romaine de Pannonie, pour renverser Népos. Se contentant d’assurer la régence, Oreste fit nommer empereur son fils Romulus Augustule, un adolescent d’environ quinze ans, le [113]. Mais les coffres de l’État étaient vides et les militaires n’avaient pas reçu leur solde depuis longtemps. Sous la conduite d’un officier de la garde impériale, Odoacre, fils du roi des Skires et à ce titre exerçant une grande influence sur les autres contingents barbares, ils réclamèrent à Oreste le tiers des terres d’Italie. Sur le refus de celui-ci, ils se révoltèrent et proclamèrent Odoacre roi d’Italie le . Oreste s’enfuit d’abord à Pavie, puis à Plaisance où il sera rattrapé et décapité, alors que son fils, Romulus Augustulus, aura la vie sauve après avoir signifié son abdication au Sénat. Il ne restera plus à Odoacre qu’à renvoyer à l’empereur Zénon les ornements impériaux lui signifiant qu’il était maintenant l’unique empereur d’Orient et d’Occident[113].

En soi, cet évènement ne constituait pas une rupture profonde avec le passé. Dans l’Italie devenue un royaume germanique, on s’était habitué à ce que le nouvel empereur soit choisi après quelques mois par le véritable maître du pays. Cette fois cependant, il s’agissait d’une rupture définitive et, écrivant en 551, l’historien Jordanès ne s’y trompa pas lorsqu’il écrivit : « Ainsi, l’Empire occidental et le principat du peuple romain que le premier des Augustes, Octave Auguste, avait détenu à partir de l’an 709 de la fondation de la Ville, périrent-ils avec cet Augustulus en la 622e année de règne des empereurs qui l’avaient précédé[114] ».

Fin du Bas-Empire en Orient

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Si la date de la fin de l’empire d’Occident coïncide avec la déposition de Romulus Augustus, elle demeure floue en ce qui concerne l’empire d’Orient, où la transition avec l'Empire byzantin n'est marquée par aucun événement aussi radical, et varie selon les auteurs de la fondation de Constantinople en 330 à l'avènement d'Héraclius en 610[115].

Caractéristiques du Bas-Empire

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L'administration impériale

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Évolution territoriale de l’Empire romain de la première tétrarchie (avec les zones d’influence de chaque tétrarque) aux diocèses et provinces du Ve siècle.

En théorie, rien ne change entre le Haut et le Bas-Empire. Il y a toujours un ou deux empereurs, un Sénat (maintenant deux), des magistrats, des gouvernements provinciaux et des municipalités[116]. Toutefois, leurs rôles et pouvoirs évoluent au fur et à mesure que s’institutionnalise le caractère divin de l’empereur[117].

À partir d’Auguste et du Principat, le princeps était devenu un véritable monarque, alors que les institutions républicaines, bien que maintenues, perdaient leurs pouvoirs[N 9]. Et si l’empereur n’est plus un dieu (suppression du culte impérial sous Constance), il est devenu celui qui a été choisi par Dieu[118]. L’acclamation d’un nouvel empereur par l’armée, sa ratification par le Sénat et le peuple ne font que confirmer ce choix divin[119]. D’où le caractère « sacré » de tout ce qui touche à sa personne ainsi que le cérémonial qui s’organisera au sein d’une cour où titres et fonctions se multiplient et dont l’aspect le plus oriental sera le rite de l'« adoration » qu’exige Dioclétien[120],[118]. Autre caractéristique telle que mentionnée plus haut : le retour à l’idée dynastique mise à mal pendant la crise du troisième siècle et l’anarchie militaire. Sauf Jovien et Valentinien, tous les empereurs tenteront (quelques-uns maladroitement) de se rattacher à la famille de Constantin : ainsi le fils de Valentinien, Gratien, épousa la fille posthume de Constance alors que Théodose épousa en secondes noces la dernière fille de Valentinien et de Justine, Galla[121].

Auprès du prince se trouve un Conseil privé formé au début de membres de l’ordre équestre que Constantin transformera en sénateurs et qui, après 337, prendra le nom de Consistoire sacré (Sacrum Consistorium). Les quatre membres permanents de ce Consistoire seront le « comte des largesses sacrés » (ministre des Finances) et « comte de la chose privée » (ministre du patrimoine privé), le maître des offices (chargé de la bureaucratie) et le questeur du palais sacré (questor sacri palatii) qui est le porte-parole de l’empereur au Consistoire[122].

Un des changements radicaux du Bas-Empire est la croissance de l’appareil bureaucratique, résultat de la concentration des pouvoirs entre les mains du prince. Alors que l'administration centrale employait moins de 1 000 fonctionnaires sous les premiers empereurs, il y en avait plus de 35 000 à la fin du IVe siècle[123].

Quant au Sénat de Constantinople, créé par Constantin pour faire pendant à celui de Rome, le nombre de ses membres passa à 2 000, Constance II et ses successeurs immédiats y faisant entrer amis, courtisans et divers fonctionnaires de province. Si ses pouvoirs sont des plus réduits, il continuera à jouir d’une haute réputation et d’une influence certaine, regroupant titulaires en exercice ou à la retraite des plus hautes fonctions de l’État comme le maître de la milice et les préfets du prétoire, d’importants fonctionnaires comme les proconsuls, les vicaires et les gouverneurs militaires des provinces (duces) ainsi que les gouverneurs de provinces et autres hauts-fonctionnaires[124],[125].

Dans les années 260, l’empire comptait quelque 50 provinces. Au début du IVe siècle, après les réformes de Dioclétien, près de 100[N 10]. Dioclétien les regroupera en douze nouvelles circonscriptions appelées « diocèses ». Chaque diocèse avait à sa tête un « vicaire » (vicarius) qui se rapportait à l’un des deux préfets du prétoire. À l'origine, principaux conseillers militaires des deux Augustes, ces préfets deviendront progressivement leurs premiers ministres, jouissant d’une autorité étendue dans presque toutes les sphères du gouvernement, que ce soit militaire, judiciaire, financière et administrative[126]. Les fils de Constantin s’étant divisé son empire, chacun se dotera de son propre préfet chargé d’un secteur géographique propre, si bien que d’une fonction personnelle la