Le Figaro
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| Zone de diffusion |
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Français anglais (en ligne, depuis le ) |
| Périodicité | Quotidienne |
| Format | Berlinois |
| Genre | Généraliste, journal d'opinion |
| Prix au numéro |
4,00 € 7,40 € (week-end)[a] |
| Diffusion | 389 358[1] ex.(2025) |
| Date de fondation | |
| Éditeur | Robert Mergui |
| Ville d’édition | Paris (9e) |
| Propriétaire |
Groupe Dassault via Groupe Figaro et Société du Figaro[2] |
|---|---|
| Directeur de publication | Marc Feuillée |
| Directeur de la rédaction | Alexis Brézet |
| Rédacteur en chef | Marc Feuillée |
| ISSN | 0182-5852 |
| ISSN (version électronique) | 1638-606X |
| OCLC | 473539292 |
| Site web | lefigaro.fr |
Supplément(s)
Le Figaro est un journal quotidien de la presse nationale française publié à Paris.
Il est fondé en tant que journal littéraire et satirique en 1826, ce qui fait de lui l'un des plus anciens périodiques de la presse française encore publié.
Depuis la Libération, sa ligne éditoriale est issue des trois grandes familles de la droite (gaulliste, libérale et conservatrice) selon le spectre politique habituellement utilisé. Principalement lu par des sympathisants de droite ou de centre droit, il est le deuxième titre de la presse nationale française, avec une diffusion de 389 000 exemplaires en 2025.
Positionné comme un journal de référence et souvent considéré comme tel[3], Le Figaro est édité par la Société du Figaro — elle-même détenue par le groupe Dassault depuis 2004.
Présentation
[modifier | modifier le code]Le titre du périodique provient du personnage de Figaro inventé par Beaumarchais, héros du Barbier de Séville, du Mariage de Figaro et de la Mère coupable.
Inscrite sous son titre, la devise du Figaro est :
« Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur. »
— Beaumarchais, Le Mariage de Figaro
Ligne éditoriale
[modifier | modifier le code]Le Figaro, d'après son directeur, se considère comme un journal de droite et de centre droit[4], étant le point de jonction de plusieurs grands courants d'idées ancrés dans cette ligne. Il s'agit principalement du libéralisme classique ou l'éclectisme libéral[5] jumelé avec un conservatisme social. Il est aussi souvent classé comme gardien de l’éclectisme culturel de la droite française par ses oppositions à la Commune de Paris, au communisme, ou par ses sympathies gaullistes[6], ou encore par son attachement au système républicain. L'un des slogans de sa campagne publicitaire de 2005 était « en matière d'économie nous sommes pour le libre-échange. En matière d'idées aussi ».
En , un texte de la Société des journalistes du Figaro dénonce la ligne éditoriale de son journal, qu'elle considère comme étant un soutien important aux différents gouvernements de droite qui se sont succédé dans les années 2000[7],[8],[9].
En , son directeur général, Alexis Brézet, définit ainsi l’esprit du quotidien qu’il dirige : « libéral mais pas dogmatique, conservateur mais pas passéiste, européen mais pas eurobéat, attaché à défendre la culture française mais ouvert sur le monde » tout en se réclamant d’une « indépendance d'esprit »[10].
Sous Alexis Brézet, la ligne éditoriale est décrite comme se rapprochant de l'extrême droite. Selon Le Monde en 2021, cela commence avec le soutien à Éric Zemmour maintenu en poste par Étienne Mougeotte malgré ses propos polémiques et sa condamnation pour provocation à la haine raciale en et son soutien sous Alexis Brézet quand il est candidat à l'élection présidentielle de 2022[11]. Pour Télérama en 2024, l'entrisme de l'extrême droite a commencé il y a dix ans[12]. Selon Arrêt sur images, « La rédaction du Figaro s'inquiète pour la ligne éditoriale du journal, qui "s'extrême-droitise" à bas bruit »[13]. Alors qu'une partie de la rédaction entretient des liens avec ce courant politique, une autre partie de la rédaction s'inquiète de l'extrême-droitisation de leur journal, notamment après la publication en 2024 d'un billet du directeur des rédactions Alexis Brézet, interprété comme un appel à l'union des droites, alliant LR et le RN, qu'il juge préférable à un vote à gauche. 110 journalistes du Figaro signent un texte intitulé « Le Figaro se définit-il encore comme un journal libéral, conservateur, proeuropéen et opposé à l’extrême droite ? » et la société des journalistes du quotidien demande des explications[14],[15].
Par ailleurs, la ligne résolument pro-nucléaire défendue par Alexis Brézet est dénoncée en interne et la Société des journalistes fait part en d'un traitement peu rigoureux des articles sur les énergies renouvelables, eu égard à la publication de plusieurs tribunes et articles, dont l'un portant sur les « effets alarmants des éoliennes » et « leurs champs électromagnétiques », appuyé par le témoignage d'un géobiologue[16].
Identité visuelle
[modifier | modifier le code]- Premier logo du Figaro (1826).
- Logo de 1854 à 1866.
- Logo à partir du 17 novembre 1866.
- Logo utilisé pour les éditoriaux dans les années 1920.
- Logo jusqu'en 1999.
- Logo de 1999 à 2005.
- Logo de 2005 à 2009.
- Logo de 2009 à 2019.
- Logo de 2019 à 2022.
- Logo depuis 2022.
Histoire du journal
[modifier | modifier le code]Aîné de la presse française avec la Revue des Deux Mondes, Le Figaro fait partie des plus vieux journaux du monde. Il naît en 1826 sous la forme d’un petit hebdomadaire satirique, devient quotidien en 1866 sous l’impulsion d’Hippolyte de Villemessant, et connaît son âge d'or à la Belle Époque ; des chroniques littéraires aux petites annonces, la bourgeoisie française et l'aristocratie étrangère se reconnaissent dans Le Figaro comme les milieux populaires se retrouvent dans les colonnes des « quatre grands » de l’époque (République du Croissant). En 1944, Le Figaro est ramené vers le libéralisme modéré de la droite classique par la reprise en main de Pierre Brisson qui fait du Figaro un journal triomphant de la Libération. La prospérité de la « maison Figaro » accompagne celle des Trente Glorieuses : le Figaro reste le journal qui a choyé de « grandes plumes ».
Premier Figaro : un journal satirique atypique (1826-1854)
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Le , sous la Restauration, paraît Le Figaro[17], hebdomadaire satirique à Paris, opposé au régime de Charles X. Il est fondé sous l'impulsion d'un chansonnier, Maurice Alhoy, ainsi que de l'écrivain et homme politique, Étienne Arago. Le « journal satirique, spirituel et batailleur » est baptisé du nom d'un personnage de Beaumarchais pour faire un pied-de-nez à la censure monarchique. Il se présente sous un format de quatre pages petit-folio et est publié avec de nombreuses interruptions[18].
Auguste Le Poitevin de L'Égreville[19] devient directeur de publication en ; il lui donne du 22 au le nom Le Nouveau Figaro, avant de reprendre le nom Le Figaro[20]. Il vend le journal en 1827 pour la somme de 30 000 francs à Victor Bohain. Parmi ses premiers rédacteurs, on trouve Félix Davin, Léon Gozlan, Michel Masson, Auguste Jal, Jules Janin, Alphonse Karr, Nestor Roqueplan, George Sand, Jules Sandeau. Le journal littéraire aux discours satiriques manie le rire et l’allusion politique afin de « faire la barbe » aux royalistes : ainsi la devise « La vérité, quand même !… », toujours mentionnée en bas à droite dans les premiers numéros est particulièrement provocante car elle détourne celle des ultras du début de la Restauration, « Vive le roi quand même ». De fait, Le Figaro est un journal royaliste mais qui se pose en adversaire des ultra-royalistes qui appuient Charles X[21].
Après la chute de Charles X, il accueille favorablement la révolution de Juillet[22] parce que le vieux titre a contribué au renversement du régime[23]. Son directeur Victor Bohain y gagne alors une place de préfet de la Charente. Le journal garde cependant son indépendance d'esprit et, sous la direction d'Henri de Latouche, se montre ensuite très critique envers la monarchie de Juillet[24].
En 1832, les éléments républicains du vieux titre étant neutralisés et écartés, Le Figaro est racheté par les monarchistes pour contrer un front satirique mené par La Caricature. Il perd son inventivité satirique à cette occasion[25]. Fin 1833, jusqu'en 1854, l'« ancien Figaro » essuie neuf échecs lors des différentes tentatives de relance.
Émile Gaboriau, auteur d'un ouvrage sur les premiers « Figaro » en 1861, rappelle les raisons de ses succès ou de ses échecs[26] :
« Malheureusement pour le petit journal, les causes de sa vogue sont aussi celles de sa décadence. Un jour il ne donne plus juste la note de l'opinion, de ce moment il est perdu. Lui, si fort pour démolir, il est impuissant à édifier. L'essaie-t-il, il devient grotesque, ridicule même. Il brille dans l'opposition ; mais qu'il passe au pouvoir, il s'éteint et meurt »
Peut-être l'épilogue est-il pour cette publication de devenir un journal respecté et de restaurer sa position d'électron sur l'échiquier politique.
Résurrection du journal : Le Figaro de Villemessant (1854-1879)
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Le , sous l'impulsion d'Hippolyte de Villemessant et de son directeur, Zacharias Dollingen (1808-1878), Le Figaro est repris[b]. Demeurant un hebdomadaire, titré à ses débuts Figaro, journal non politique, il est surtout parisien et littéraire. Partageant d'abord la rédaction en chef avec Benoît Jouvin, Hippolyte de Villemessant, qui se sépare de Dollingen le suivant[27], sait d'emblée s'entourer de rédacteurs talentueux (Charles Baudelaire, frères Goncourt) et innove : il crée des rubriques permanentes, dans lesquelles les lecteurs se retrouvent, et insère des brèves, une rubrique nécrologique et un courrier des lecteurs. Il est aussi l'instigateur de la rubrique « Échos », qui fait le succès du journal, avec force calembours, anecdotes, indiscrétions et potins, qui donnent aux lecteurs l'impression d'appartenir à un public de privilégiés mis dans la confidence. Le succès du Figaro est tel qu'Hippolyte de Villemessant décide de doubler la fréquence de parution de son hebdomadaire dominical le . Le journal devient bihebdomadaire et paraît alors le jeudi et le dimanche[28].
Dès la parution des Fleurs du Mal en 1857, Gustave Bourdin réagit avec virulence dans les colonnes du Figaro du : « Il y a des moments où l'on doute de l'état mental de M. Baudelaire, il y en a où l'on n'en doute plus ; — c'est, la plupart du temps, la répétition monotone et préméditée des mêmes choses, des mêmes pensées. L'odieux y côtoie l'ignoble ; le repoussant s'y allie à l'infect… ce livre est un hôpital ouvert à toutes les démences de l’esprit, à toutes les putridités du cœur ; encore si c’était pour les guérir, mais elles sont incurables »[29]. Cette appréciation totalement négative devient le jugement dominant de l'époque et l'article est à l'origine des ennuis judiciaires de Baudelaire, de la censure et de la condamnation des Fleurs du mal[30].
Des chroniques littéraires aux petites annonces, la bourgeoisie française se reconnaît dans Le Figaro comme les milieux populaires se retrouvent dans les colonnes des « quatre grands » de l’époque. Le Figaro se positionne aussi comme l’un des principaux journaux du monde parisien[31]. Ainsi Alphonse Daudet a écrit dans ses célèbres Mémoires, en 1891, que le Figaro avait « comme clients, le Tout-Paris, c’est-à-dire cet infiniment petit morceau de Paris qui mène son train entre le Gymnase et l’Opéra, Notre-Dame-de-Lorette et la Bourse, et s’imagine exister seul : des coulissiers, des comédiens, des journalistes ; sans compter la légion agitée, affairée, des bons boulevardiers qui ne font rien »[32]. C'est « un journal conçu par le boulevard pour le boulevard »[33].

Durant l'année 1863, un concurrent quotidien apparaît : Le Petit Journal. En réaction, Hippolyte de Villemessant crée L'Événement, quotidien lui aussi, refusant d'engager Le Figaro dans la bataille. Le Petit Journal sort vainqueur de cette confrontation et L'Événement disparaît peu de temps après, à la suite d'un article sur le droit des pauvres, qui aurait déplu au gouvernement de Napoléon III.
Le , Figaro change de nom pour Le Figaro[17] et devient un quotidien[34]. Il connaît aussitôt du succès grâce à des contenus variés et de qualité. À cette époque, Le Figaro est l'un des premiers journaux à publier des grands reportages réalisés sur place, en France ou à l'étranger, par ses propres journalistes, comme Adrien Marx ou Gaston Vassy. En effet, en imposant une complicité malicieuse entre journaliste et lecteur, et une critique en matière de vie culturelle, de la littérature (poésie, roman naturaliste, théâtre), de la chronique mondaine à la vie musicale (il organise même des concerts de musique et au début des années 1920 ; Igor Stravinsky compose pour Le Figaro), le journal assume un véritable magistère, pas seulement critique, mais également créateur. Son style alerte et animé se démarque aussi du style terne de la presse de l'époque. Le tirage atteint alors les 56 000 exemplaires, dont 15 000 abonnés. Le Figaro politique paraît en 1867. Il participe aux grandes affaires politiques du XIXe siècle, dans lequel Henri Rochefort laisse libre cours à son talent de satiriste. L'apparition d'un tel journal s'explique par la libéralisation de l'Empire. Cependant, Henri Rochefort frise la censure. Hippolyte de Villemessant crée alors un journal pour lui : La Lanterne[réf. nécessaire].
Lors de la Commune de Paris, le journal prend position contre celle-ci. Il est le premier journal supprimé par la Commune, mais reprend ses publications lorsque celle-ci est finalement vaincue. Il avait appelé à la répression du mouvement : « Il reste à M. Thiers une tâche importante : celle de purger Paris. Jamais occasion pareille ne se présentera. […] Allons, honnêtes gens, un coup de main pour en finir avec la vermine démocratique et sociale, nous devons traquer comme des bêtes fauves ceux qui se cachent »[35]. Le Figaro se crée ainsi un public d'aristocrates et de bourgeois. Il s'affirme comme « conservateur-monarchique » dans son édition du , après une suspension de quinze jours due à un éditorial antiparlementaire et pro-Mac Mahon rédigé par Saint-Genest. Des photographes de grandes renommée comme Nadar, Braun, ou Truchelut collaborent aux illustrations[36], à une période où la photographie devient un argument concurrentiel.
Hippolyte de Villemessant se fait vieux et songe à l'avenir du Figaro ; il passe le relais à une direction collégiale composée de Francis Magnard, rédacteur en chef (célèbre pour la verve de son petit éditorial, le « Magnard », qui témoigne de l'émergence du journalisme professionnel), Fernand de Rodays, administrateur, et Antonin Périvier, directeur littéraire[37].
Le , Le Figaro paraît encadré de noir : Hippolyte de Villemessant est mort la veille à Monte-Carlo. De nombreuses personnes se rendent à ses funérailles. Des auteurs comme Alphonse Daudet ou Gustave Flaubert laissent un témoignage de la perte alors ressentie par le monde littéraire et politique.
Le Figaro et la Belle Époque : un journal entre deux France (1879-1914)
[modifier | modifier le code]La Belle Époque est l'âge d'or de la presse en France. Après la loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881, le journal bénéficie du développement technique des machines de presse et de l'alphabétisation de la population française. Les écrivains deviennent des journalistes courtisés. Cette période marque également l’introduction des suppléments, en commençant en 1882 par le supplément littéraire. En même temps, Le Figaro organise des soirées littéraires. Cette initiative dure plus d’un quart de siècle et réunit les premiers jeudis de chaque mois un cercle étroit de privilégiés qui prennent connaissance des nouveautés de la littérature. Parallèlement, Le Figaro s’investit vivement dans le scandale de Panama. Le succès du Figaro se confirme et ses tirages dépassent 80 000 exemplaires entre 1879 et 1895, ce qui en fait un titre majeur de la presse de la période. En 1883, est lancé un supplément, Le Figaro illustré, qui devient mensuel en 1890, et disparaît en 1911[38].
Le directeur du titre, Fernand de Rodays, est persuadé de l'innocence de Dreyfus et laisse publier nombre d'articles, en faveur du capitaine Dreyfus. Le est publié le dossier de Scheurer-Kestner qui présente le capitaine comme une victime d’une erreur judiciaire. C'est aussi dans Le Figaro que Mathieu Dreyfus, le frère d'Alfred Dreyfus, désigne Ferdinand Walsin Esterhazy comme le vrai coupable. Le , les deux pistes se rejoignent, à l'occasion d'une rencontre entre Scheurer-Kestner et Mathieu Dreyfus. Ce dernier obtient enfin la confirmation du fait qu'Esterhazy est bien l'auteur du bordereau. Le , sur ces bases, Mathieu Dreyfus porte plainte auprès du ministère de la Guerre contre Walsin Esterhazy[39].
- Fernand de Rodays, Francis Magnard et Antonin Périvier, cogérants du Figaro entre 1879 et 1894 (d'après Castellani, 1889).
- Supplément littéraire du dimanche du Figaro en 1894.
- Émile Zola au Figaro, caricature de Hix, dans Le Grelot du .
Le mouvement dit dreyfusard, animé par Bernard Lazare, Mathieu Dreyfus, Joseph Reinach et Auguste Scheurer-Kestner, est né au sein de la rédaction du Figaro. Émile Zola, informé mi- par Scheurer-Kestner du dossier[40], est convaincu de l'innocence de Dreyfus et s'engage officiellement. Dans les colonnes du Figaro, Émile Zola écrit trois articles avant la parution du célèbre « J'accuse…! » dans les colonnes de L'Aurore. Un des dessins les plus célèbres de l'affaire est le raccourci que Caran d'Ache fit, le , dans les colonnes du Figaro, d'une querelle familiale concernant l'affaire Dreyfus pour illustrer la profonde division de la société française à ce sujet au tournant des XIXe et XXe siècles. Par ailleurs, Anatole France et Zola sont les principaux journalistes aux rubriques de critique littéraire et artistique de cette époque pour le titre.
Gaston Calmette est nommé directeur du journal en 1902. Il réorganise très vite Le Figaro : il rachète le contrat d’impression et les machines de l’imprimerie, modernise l’immeuble, amortit les dettes et réussit à faire remonter les tirages[41] par le retour à l’ancien programme du journal « non politique » visant surtout des milieux aristocratiques, « de la bourgeoisie la plus riche, du grand commerce, de la haute industrie, de l’armée, de la société étrangère la plus élégante »[42].

En 1904, Le Figaro relaye les « fiches »[43] des services militaires (voir affaire des fiches). Cette opération de fichage politique et religieux dans l'armée française visait les officiers, généralement issus de familles catholiques, qui ont été souvent écartés des postes importants de l'armée quelquefois au profit de carriéristes médiocres issus des loges ou de la clientèle des partis de gauche.
À partir de 1908, Marcel Proust écrit un certain nombre d'articles dans Le Figaro (Pastiches et mélanges) et il reprend même certains de ses articles dans À la recherche du temps perdu. D'un autre côté, plusieurs articles de politique étrangère et de pratiques sportives publiés en une du Figaro par Pierre de Coubertin entre et (puis réunis en 1909 chez Plon-Nourrit sous le titre Pages d’histoire contemporaine), participent à convertir les Français aux sports collectifs, selon le Daily Telegraph, le Times et le New York Herald Tribune[44].
Entre les lignes de front : les Années folles et Le Figaro en guerre (1914-1942)
[modifier | modifier le code]Pour plaire à son lectorat mondain, le directeur du journal, Gaston Calmette, va jusqu’à publier les vices privés des personnalités politiques. Il lance une campagne de presse contre le ministre des Finances Joseph Caillaux, l'accusant entre autres d'avoir cumulé ses fonctions politiques avec la présidence du conseil d'administration d'une banque étrangère, tout en le menaçant de publier ses lettres privées. Gaston Calmette est assassiné le par Henriette Caillaux, la femme du ministre incriminé[45].
Cette période coïncide avec la censure, réhabilitée dans plusieurs pays durant la Première Guerre mondiale, au nom de l'intérêt national. En France, elle prend la forme d’une loi du , votée dans l'urgence, interdisant tout article apte à révéler des informations à l'ennemi ou à décourager les Français (notamment en révélant la réalité des conditions de vie au sein des tranchées). La Grande Guerre prive temporairement Le Figaro de son identité mondaine et littéraire. La direction suivante d’Alfred Capus et de Robert de Flers n'apporte pratiquement pas de changements et en 1920, à la suite d’un conflit interne, ils quittent Le Figaro. Louis Latzarus en prend la rédaction en chef pour la courte période qui suit.[réf. nécessaire]
Durant l'entre-deux-guerres, le journal renoue avec un certain esprit mondain[46], surtout dans ses chroniques[47], où la conversation s'adresse à un public encore très féminin ; seul en a subsisté de nos jours le Carnet mondain[48].
En 1922, le journal, étant devenu société par actions, le parfumeur antisémite François Coty rachète la majorité des parts, il modernise et relance le journal (20 000 exemplaires en 1921 ; 50 000 en 1928)[49], puis le renomme Figaro[50]. Il installe le nouveau siège au rond-point des Champs-Élysées, dans l'ancien hôtel particulier du banquier Henri Bamberger, et l'équipe d'un matériel d'imprimerie moderne[50].
François Coty absorbe, à la mort d'Arthur Meyer, Le Gaulois et délaisse le journal en 1928 pour L'Ami du peuple. Figaro redevient Le Figaro en 1929, date à laquelle les premiers mots croisés apparaissent. Durant les années Coty, la politique, les informations financières et économiques qui existaient déjà, prennent de l’importance dans la maquette du journal. La rubrique sportive est développée, la place accordée aux jeux, à la radio, avec une chronique TSF, au cinéma et aux annonces s'étend, la multiplication des suppléments thématiques et l’ouverture sur les autres pays connaitront plus tard un franc succès[51]. En 1931, Coty finance, à hauteur de trois millions, la caisse des retraites de la presse française[52]. Cependant, thuriféraire du Duce, xénophobe et anti-communiste, Coty fait mener dans son journal des campagnes contre les impôts, la franc-maçonnerie et le communisme international : ce ton populiste, antiparlementaire et proche de l'extrême droite éloigne le journal de sa ligne modérée[53].
En 1925, Coty nomme l'éditorialiste politique Lucien Romier rédacteur en chef, il le reste jusqu'en 1927 lorsqu'il quitte le journal à la suite d'un conflit avec son propriétaire. La veuve de François Coty, Mme Cotnareanu, en devient la nouvelle propriétaire à la mort de son mari en . Lucien Romier revient alors à la direction du journal tandis que Pierre Brisson y prend progressivement des responsabilités importantes et devient directeur littéraire[54]. Le journal, un temps compromis, retrouve une brillante équipe de rédacteurs à partir de 1935. Ainsi François Mauriac, Georges Duhamel, Jean Giraudoux, Tristan Bernard et André Maurois vont en devenir membres[55]. Cependant, le Figaro ne retrouve pas une ligne politique modérée. Lucien Romier conservant au journal un ton antiparlementaire, très hostile au Front populaire et épousant les positions du maréchal Pétain, dont il est ministre à Vichy. Ainsi le , à la une du journal, les prises de position éditoriales sont sans ambiguïté. Allant des franquistes qualifiés de « héros » tandis qu'ils reprennent la ville de Tolède pendant la guerre d'Espagne, jusqu'à l'homme politique Philippe Henriot, élu de la Fédération républicaine qui devient un des importants soutiens du régime de Vichy, « chaudement félicité » pour sa réélection. Avec le temps, le journal se replie sur le libéralisme et les journalistes « munichois sans enthousiasme »[55], s'opposent au nazisme à la fin des années 1930.
Les textes rédactionnels sont souvent accompagnés de pages entières d'illustrations et les premières photographies font en outre leur apparition dans Le Figaro, qui les utilise alors abondamment. Grâce aux efforts de la nouvelle équipe, les tirages remontent : ils atteignent 50 000 exemplaires en et 80 000 en 1939[56]. Le quotidien couvre par de grands reportages les conflits de l'époque, comme la guerre d'Éthiopie, la seconde guerre sino-japonaise ou la guerre d'Espagne.
À la veille de la Seconde Guerre mondiale, le journal subit à nouveau la censure. Sous la plume de Maurice Noël apparaît pour la première fois l’expression de la « drôle de guerre »[57]. Devant la progression allemande en , Le Figaro, comme le gouvernement, se replie à Bordeaux puis à Clermont-Ferrand[c]. Le Figaro est publié après coup à Lyon, en zone libre, grâce au versement de 4 469 504,50 F par le gouvernement de Vichy à François Mauriac[59], jusqu'à l'Occupation allemande de 1942. À la suite des éditoriaux de Pierre Brisson, la censure de Vichy, notamment de la part du ministère de l'Information, se fait plus pressante.
Pierre Brisson décide dans ces conditions d’arrêter le journal le , le lendemain de sa suspension[60].
Le Figaro libéré et triomphant après la Libération (1944-1975)
[modifier | modifier le code]Développement du quotidien
[modifier | modifier le code]À la Libération Le Figaro reparaît, avec l'appui de Louis Aragon[61], à Paris avec un éditorial de François Mauriac sur Charles de Gaulle, le . Il est confronté aux débats sur les modalités de l’épuration. Il devient ainsi le journal du MRP face aux communistes et aux socialistes.
Aidé par Maurice Noël, Pierre Brisson relance en un hebdomadaire littéraire. Publié en dehors du quotidien, Le Littéraire (qui devient Le Figaro littéraire en 1947) est créé en réponse à la mainmise du Parti communiste français sur de nombreux journaux culturels et pour défendre la théorie de l'art pour l'art face à l’engagement idéologique et politique des intellectuels[62]. L’hebdomadaire a alors défendu des écrivains critiques du communisme ou transfuges du bloc de l'Est (Arthur Koestler, Victor Kravtchenko). Le Littéraire ou Le Figaro littéraire a réuni différents écrivains ou intellectuels, tels que Paul Claudel, Léon-Paul Fargue, Colette, Julien Green, Rousset, Rougemont, etc. Il se présente comme défenseur des valeurs culturelles de la droite française.
Pierre Brisson ramène Le Figaro vers le libéralisme modéré de la droite classique. Le journal incarne la défense de la démocratie parlementaire, de la réconciliation avec l'Allemagne, en vue de l'unité européenne, mais aussi de l'alliance atlantique[63].
Le Figaro double ses ventes entre 1945 et 1950[51], sur fond de couverture équilibrée du procès Kravtchenko[51].
Création d'une société fermière
[modifier | modifier le code]Après la guerre, Yvonne Cotnaréanu, veuve de François Coty, effectue son retour en France et souhaite récupérer le contrôle du journal, mais se heurte au directeur Pierre Brisson[51]. Ce dernier demande au gouvernement de son ami de l'époque, le MRP Georges Bidault[64], une mesure législative taillée sur mesure : l'article 2 de la loi du , dite Lex brissonis[65] qui précise en substance que demeurent sans effet tous les actes qui porteraient atteinte aux droits de ceux qui détiennent une autorisation de faire paraître un journal et en assurent la direction et la rédaction[66].
Dans un premier temps, malgré cette nouvelle loi, la veuve Coty réalise les transferts d'actions qui lui permettent de faire élire le un nouveau conseil d'administration du Figaro. Mais la procédure est immédiatement contestée par Pierre Brisson, ce qui déclenche deux procès, intentés par chacune des parties. Le tribunal de commerce de Paris tranche en faveur de Brisson. Il déclare, en , nulle l'élection du nouveau conseil d'administration, estimant que la loi de obligeait à maintenir le statu quo dans les journaux reparus depuis la libération[67].
Fort de ce succès en Justice, Pierre Brisson menace de faire voter une autre loi qui pourrait avoir pour conséquence l'expropriation d'Yvonne Cotnaréanu. Cette dernière fait alors appel à de nouveaux actionnaires. Elle consent à un accord comprenant trois clauses principales[64] :
- elle renonce à tout droit de regard sur la gestion et la rédaction[64] ;
- elle cède 50 % de ses parts au groupe Prouvost-Béghin[64] pour seulement 150 millions de francs et lui consent un droit de préemption étendu à la succession[64] ;
- la gestion est confiée une « société fermière d'indépendance », dotée d'un conseil de sept membres dont seulement deux représentants des propriétaires[68]. Cette société garantit l'indépendance de la rédaction[69],[64] et n'a pas le droit faire appel à un capital extérieur, les cessions de parts étant réglementées[64]. La société fermière compte parmi ses administrateurs l'écrivain François Mauriac, André Siegfried, premier président de la Fondation nationale des sciences politiques, et Jacques de Lacretelle. L'équipe de rédaction du journal détient 75 % des parts[70].
Yvonne Cotnaréanu accepte ainsi de céder la moitié de ses parts[69],[51] à une nouvelle association entre la famille Béghin et Jean Prouvost. L'accord est trouvé à l'hiver 1949-1950 mais signé seulement en [51] par les nouveaux actionnaires. Pierre Brisson écrit ensuite au publicitaire Marcel Bleustein-Blanchet le pour regretter de ne pas avoir formalisé par écrit ces accords dès janvier, et tenter de les rectifier sur la gestion de la publicité[71],[72]. Envisageant de faire appel du jugement de 1948, Jean Prouvost s'est en effet battu pour améliorer l'accord en sa faveur avant de signer, refusant que la régie publicitaire soit confiée à