Michel Tremblay
| Naissance | |
|---|---|
| Nationalité | |
| Activités | |
| Période d'activité |
Depuis |
| Distinctions | Liste détaillée Prix Québec-Paris () Prix Athanase-David () Chevalier de l'Ordre national du Québec () Prix Molson () Prix des libraires du Québec - Roman-nouvelles-récit (Québec) (d) (Un ange cornu avec des ailes de tôle (d)) () Grand prix des lectrices de Elle Québec () Grand officier de l'Ordre national du Québec () Compagnon de l'Ordre des arts et des lettres du Québec () Grand prix de la francophonie () Membre d'honneur de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois Chevalier des Arts et des Lettres Palmarès du film canadien Prix Dora Mavor Moore |
|---|
Les Belles-Sœurs, En pièces détachées (d), Albertine, en cinq temps |
Michel Tremblay, né le à Montréal, est un dramaturge, romancier et scénariste québécois[1].
Il est aussi conteur, traducteur, adapteur, scénariste de films et de pièces de théâtre, ainsi que parolier pour Pauline Julien, Renée Claude et Monique Leyrac. L'utilisation inédite et originale qu'il fait du parler populaire québécois marque définitivement le paysage théâtral, si bien que le français québécois, plus précisément le joual, une variation du français québécois, qui lui est rattaché, est aussi désigné sous la périphrase « la langue de Tremblay »[2] et l'auteur lui-même souvent qualifié d'« écrivain national[3] ».
Biographie
[modifier | modifier le code]Michel Tremblay vit sa jeunesse dans un appartement de sept pièces du quartier Plateau Mont-Royal de Montréal avec trois familles totalisant douze personnes. Considérant avoir eu une enfance heureuse, il grandit dans un milieu principalement féminin[1]. Le milieu culturel dans lequel il se développe, ses proches et le quartier du Plateau-Mont-Royal seront les sources de son œuvre à venir. L'origine modeste de Tremblay et son homosexualité marqueront aussi la forme que prendront ses récits[4],[5]. En 1960, il écrit en secret une pièce de théâtre nommée Le Train. En 1964, Radio-Canada annonça le Concours des Jeunes Auteurs, Tremblay soumit cette œuvre et gagna le 1er prix[6].
Sa mère adore les livres et lui transmet ce goût. Tremblay le mentionne dans le roman La grosse femme d'à côté est enceinte (1978), dans le roman Un ange cornu avec des ailes de tôle (1994) et, de nouveau, dans la pièce Encore une fois, si vous permettez (1998), où il se met lui-même en scène en train d'écouter les histoires et les questionnements de sa propre mère sur les romans qu'elle lit[7]. En 2007, dans le roman La Traversée du continent, il raconte l'enfance de sa mère et son long voyage entre la Saskatchewan et le Québec.
De plus, le cinéma occupe une place très importante dans la vie de l'auteur, qui est notamment passionné par les films américains et français. Par exemple, c'est entre autres le film Les Visiteurs du soir, de Prévert et Carné, qui la poussé à se lancer dans sa carrière d'écrivain[8].
Il est membre d'honneur de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois[9].
Mais pourquoi le joual ?
[modifier | modifier le code]Un soir, Michel Tremblay et André brassard vont au cinéma et ils l'ont détesté le film. Après avoir discuté ensemble, ils ont conclu que ce film n’était pas assez proche d’eux, que ça soit dans la langue ou dans le récit. De ce constat, Michel Tremblay eut l’idée de créer une pièce avec le parler joual, car c’était ainsi que son entourage et lui parlait. En plus de situer l'action à Montréal dans un quartier ouvrier. C’est ainsi qu’il écrit Les belles-sœurs (1968) qui a mis le joual à l’honneur comme une langue qui met de l’avant la vraie parlure des Montréalais à cette époque[10].
Thématique et esthétique
[modifier | modifier le code]Michel Tremblay a écrit 28 pièces de théâtre, 32 romans, dont un de science-fiction intitulé La Cité dans l'œuf, 4 recueils de récits autobiographiques, 1 recueil de contes fantastiques, 7 scénarios pour le cinéma ou la télévision, 39 adaptations traduites, 1 livret d'opéra, 2 comédies musicales et les paroles d'une douzaine de chansons. Bien qu'il s'inspire largement de sa vie dans ses écrits, Tremblay affirme détester le genre autobiographique[11]. Certains de ses textes, comme Les Vues animées, contournent ainsi l’autobiographie tout en présentant une mise en scène de sa propre figure d’auteur[12].
La deuxième pièce de Tremblay, Les Belles-sœurs, écrite en 1965 et jouée pour la première fois sur scène au Théâtre du Rideau Vert le cause un gros scandale[13]. Son impact est énorme, car elle fracasse le carcan des principes du théâtre canadien-français, souvent bourgeois, élitiste, tourné vers les classiques français et conforme à la morale religieuse catholique importante durant le règne de Maurice Duplessis. Plus que Gratien Gélinas ou Marcel Dubé en leur temps, Tremblay intègre de façon franche le dialecte québécois (le « joual ») dans ses pièces, ainsi qu'un humour basé sur le grotesque et la caricature, chose qui est encore rare dans la dramaturgie québécoise des années 1960. Sa peinture de la vie de femmes de la classe ouvrière québécoise, de travestis, d'homosexuels, de schizophrènes constitue en outre des thèmes oubliés ou condamnés, qui choque une partie du public et de la critique.
Dans ses oeuvres et ses traductions, il arrive que Michel Trembley mélange le joual, le français québécois et le français standard, produisant ainsi un « modèle à trois langues ». Il a, par exemple, utilisé cette démarche dans sa traduction de la pièce Mademoiselle Marguerite de Roberto Athayde, en 1975[14].
Michel Tremblay profite ainsi de l'élan du renouveau social et culturel amorcé par la Révolution tranquille que connaît le Québec des années 1960 pour imposer cette nouvelle forme de dramaturgie qui brise les valeurs prônées précédemment et jugées « dépassées ». Ce renouveau sera bien entendu un ferment du nationalisme québécois – dont il se revendique politiquement, soutenant le Parti québécois, le référendum d'indépendance de 1980 et celui de 1995[3] – et porte aussi un regard à la fois critique et attendri sur les individus du petit peuple ouvrier, sur leur sort et leur vie quotidienne conformément à la pensée libérale en pleine effervescence. En cela, Michel Tremblay se rapproche du romancier et dramaturge ukrainien Gogol. Ce parallèle n'est pas vain, puisque Tremblay a donné avec Le Gars de Québec, une version québécoise de la pièce Le Revizor du dramaturge russe du XIXe siècle[15].
Tremblay ne cache pas dans ses œuvres son regard sur la société québécoise qu'il considère comme une société ouvrière dominée par l'Église catholique et sa morale contraignante (À toi, pour toujours, ta Marie-Lou) ou par une élite anglophone et bourgeoise comme en témoigne, de manière métaphorique la fin de la pièce Les Belles-sœurs. Cette réflexion aura une portée considérable autant sur l'identité québécoise que sur le mouvement indépendantiste québécois[16].
Selon la journaliste et auteure Denise Bombardier, « Michel Tremblay fut récupéré lui-même par les tenants du joual bien que ce ne fût jamais l'intention de ce talentueux dramaturge de faire l'apologie de ce parler. Il dut défendre le joual pour défendre sa pièce Les Belles-Sœurs qui subissait du même coup les attaques des adversaires du joual[17] ».
Dans les années 1970, Michel Tremblay publie les Chroniques du Plateau Mont-Royal, une série de six romans qui s'ouvre avec La grosse femme d'à côté est enceinte (1978) et se poursuit avec, notamment, Thérèse et Pierrette à l'école des Saints-Anges (1980) et La Duchesse et le Roturier (1982). Multipliant les liens avec les pièces déjà écrites, puisque bon nombre de personnages s'y retrouvent, ce cycle romanesque poursuit la description du quartier du Plateau-Mont-Royal qui était à l'époque celui de la classe ouvrière montréalaise.
Dans les années 1980, il écrit Albertine, en cinq temps, pièce majeure qui marque un pas décisif dans sa recherche dramaturgique. Cette pièce présente Albertine, personnage déjà présent dans la pièce En pièces détachées, en dialogue avec elle-même à cinq différentes époques de son existence. Le roman C't'à ton tour, Laura Cadieux, d'une veine plus nettement humoristique, est porté à l'écran par la metteuse en scène et comédienne Denise Filiatrault. Une série télévisée Le Petit monde de Laura Cadieux en est ensuite tirée[18].
En 1991, Michel Tremblay acquiert une maison à Key West en Floride où il réside six mois par an durant l'hiver et où il écrit dès lors l'essentiel de son œuvre[3]. Ce choix de la Caraïbe – sur les traces d'autres grands auteurs nord-américains tels qu'Ernest Hemingway ou Tennessee Williams – est aussi lié à l'esprit underground et alternatif de cette ville atypique des États-Unis, où la communauté gay et l'esprit libertaire sont historiquement très présents[3].Il vend cette propriété en 2025 et s'installe tentativement en Martinique pour la période hivernale.
Après avoir signé quelques scénarios pour le cinéma, Michel Tremblay travaille à l'écriture de la série télévisée Le Cœur découvert, tirée du roman homonyme, qui a pour sujet la vie d'un couple homosexuel au Québec. La série est diffusée en 2003, à heures de grande écoute, par le réseau de télévision francophone Radio-Canada[19].
Il collabore à plusieurs reprises avec le metteur en scène André Brassard des Belles-Sœurs, et il accorde dans plusieurs de ses pièces un rôle à la comédienne Rita Lafontaine, et ce depuis sa toute première. Des metteurs en scène québécois de renom ont monté ses pièces, notamment René Richard Cyr et Denise Filiatrault.
En 1987, la Cinémathèque québécoise accorde à Michel Tremblay la liberté totale de sélectionner les films à l'affiche pour la programmation d'automne. Celui-ci accepte avec joie et choisit d'afficher ses films préférés. Trois ans plus tard, il publie son livre Les Vues animées, qui a en partie vu le jour grâce aux souvenirs liés à ces films. L'offre de la Cinémathèque québécoise lui aura permis de développer davantage son art de raconter et son amour du cinéma[20].
En 2006, il remporte le Grand Prix Metropolis bleu pour l'ensemble de son œuvre[21].
En 2017, le Prix Prince-Pierre-de-Monaco[22] et le Prix Gilles-Corbeil lui sont décernés pour l'ensemble de son œuvre[23],[24].
En 2018, il remporte le Grand Prix de la Francophonie 2018, décerné par l'Académie française, pour avoir contribué de façon remarquable au maintien et au rayonnement de la langue française[25].
Ses personnages sont tellement foisonnants qu'un dictionnaire a été édité : L'Univers de Michel Tremblay : le dictionnaire des personnages, rédigé par Jean-Marc Barrette et Serge Bergeron (Presses de l'Université de Montréal en 1996[26], édition mise à jour et enrichie à l'automne 2014 chez Léméac)[27].
Il est aussi intéressant de nommer le fait que Michel Trembaly aime bien reprendre des personnages de ces anciennes pièces. Par exemple, Carmen de la pièce À toi pour toujours ta Marie-Loup est la même qui nait à la fin du roman : La Grosse Femme d'à côté est enceinte. [28]
Homosexualité
[modifier | modifier le code]L'homosexualité est un thème présent dès le premier roman de Michel Tremblay Contes pour buveurs attardés (1958)[29]. Les personnages homosexuels masculins occupent une place de premier plan dans plusieurs de ses écrits, par exemple dans les pièces La duchesse de Langeais (1970), Hosanna (1973), Les anciennes odeurs (1981) ou La Maison suspendue (1990), dans les comédies musicales Demain matin, Montréal m'attend (1972) et Sainte Carmen de la Main (1976), ou avec le personnage d'Édouard qui traverse Les Chroniques du Plateau Mont-Royal, en particulier dans les romans Des nouvelles d'Édouard (1982) et La Duchesse et le Roturier (1984). Plusieurs de ses personnages cherchent à accepter leur orientation sexuelle dans une société québécoise en mutation. Il explore entre autres la différence entre tolérance et acceptation dans la pièce Fragments de mensonges inutiles (2009)[30]. Pour Michel Tremblay, aborder l'homosexualité comme écrivain est un besoin[29]. Découvrant sa propre homosexualité très jeune, il explique, lors d'une entrevue pour le magazine Mtl, qu'à l'âge de 12 ou 13 ans l'écriture sur page blanche lui permettait d'exprimer ce qu'il ne pouvait pas dire à ses parents. Ces aveux cachés lui ont permis de devenir l'écrivain accompli qu'il est aujourd'hui[31].
Œuvres
[modifier | modifier le code]
Romans, contes et récits
[modifier | modifier le code]- Contes pour buveurs attardés (1966), incluant Le Fantôme de Don Carlos
- La Cité dans l'œuf (1969)
- C't'à ton tour, Laura Cadieux (1973)
- Chroniques du Plateau Mont-Royal, série de six romans :
- La grosse femme d'à côté est enceinte (1978)
- Thérèse et Pierrette à l'école des Saints-Anges (1980)
- La Duchesse et le Roturier (1982)
- Des nouvelles d'Édouard (1984)
- Le Premier Quartier de la lune (1989)
- Un objet de beauté (1997)
- Le Gay Savoir, série de six romans :
- Le Cœur découvert (1986)
- Le Cœur éclaté (1993)
- La Nuit des princes charmants (1995)
- Quarante-quatre minutes, quarante-quatre secondes (1997)
- Hôtel Bristol New York, N.Y. (1999)
- Le Cœur en bandoulière (2019)
- Les Vues animées (1990)
- Douze coups de théâtre : récits (1992)
- Un ange cornu avec des ailes de tôle (1994)
- L'Homme qui entendait siffler une bouilloire (2001)
- Bonbons assortis (2002)
- Les Cahiers de Céline, série de trois romans :
- Le Cahier noir (2003)
- Le Cahier rouge (2004)
- Le Cahier bleu (2005)
- Le Trou dans le mur (2006)
- La Diaspora des Desrosiers, série de neuf romans :
- La Traversée du continent (2007)
- La Traversée de la ville (2008)
- La Traversée des sentiments (2009)
- Le Passage obligé (2010)
- La Grande Mêlée (2011)
- Au hasard la chance (2012)
- Les Clefs du Paradise (2013)
- Survivre ! Survivre ! (2014)
- La Traversée du malheur (2015)
- Conversations avec un enfant curieux (2016), 150 p. (ISBN 978-2-7609-1293-9)
- Le Peintre d'aquarelles (2017)
- Vingt-trois secrets bien gardés (2018)
- Victoire ! (2020)
- Offrandes musicales (2021)
- La Shéhérazade des pauvres (2022)
- Les contes de Josaphat-le-Violon (2024) (Dessins de Marc Séguin)
- Paris en vrac (2025)
Théâtre
[modifier | modifier le code]- Le Train (1964)
- Les Belles-sœurs (1968)