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Architecture gothique

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Cathédrale Notre-Dame de Reims (XIIIe siècle – XIVe siècle).

L'architecture gothique est un style architectural d'origine française qui s'est développé à partir de la seconde partie du Moyen Âge en Europe occidentale. Elle apparaît en Île-de-France et en Haute-Picardie au XIIe siècle. Elle se diffuse rapidement au nord puis au sud de la Loire et en Europe jusqu'au milieu du XVIe siècle et même jusqu'au XVIIe siècle dans certains pays.

L'esthétique gothique et ses techniques se perpétuent dans l'architecture française au-delà du XVIe siècle, en pleine période classique, dans certains détails et modes de construction. Enfin, un véritable renouveau apparaît avec la vague de l'historicisme du XIXe siècle jusqu'au début du XXe siècle. Le style a alors été qualifié de néogothique.

Nom et étymologie

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L'architecture dite « gothique » apparaît au début du XIIe siècle dans le domaine royal français et les seigneuries ecclésiastiques qui lui sont associées (Laon, Noyon, Beauvais) ainsi que dans les chapelles de l'ordre du Temple, probablement sans porter d'appellation particulière jusqu'au XVe siècle, car ce nouveau style n'est d'abord que le développement rationnel de techniques de construction utilisées dans des constructions romanes.

Comme l'écrit Suger après l'inauguration de l'abside de l'abbatiale Saint-Denis, il voulait faire entrer plus de lumière dans l'église car « Dieu est lumière ». C'est le développement vertical des constructions avec l'augmentation des surfaces vitrées qui va en faire une architecture originale. Toutefois, Burkhard von Hall, moine de l'abbaye Saint-Pierre de Wimpfen im Tal, rapporte dans une chronique de Wimpfen, écrite vers 1280/90, la nouvelle construction de l'église de cette abbaye, commencée en 1269, et qualifie la technique utilisée d'opus francigenum, c'est-à-dire, littéralement, une « mise en œuvre française »[1].

Plus tard, vers 1500, on a opposé[Qui ?] volontiers en Europe le gothique tardif ou flamboyant, qualifié de « moderne », au style italianisant, qualifié de « à l'antique »[2]. Le terme « gotico » est, semble-t-il, utilisé pour la première fois par le peintre Raphaël (ou par Bramante ou encore Baldassarre Peruzzi) en 1518 dans un rapport adressé à un pape (Léon X ou Jules II) sur « la conservation des monuments antiques » : l'auteur de ce texte considère que les arcs en ogive de l'architecture gothique rappellent la courbure des arbres formant les cabanes primitives des habitants des forêts germaniques — un mythe qui réapparaîtra chez les romantiques — et fait référence, de manière neutre, à l'art gothique du XVe siècle, désignant par contre l'« art français » médiéval sous le terme art tudesque[3]. « Gotico » est ensuite repris avec une connotation péjorative par le critique d'art Giorgio Vasari en 1530, qui fait, lui, référence au sac de Rome par les « barbares » Goths. L'art gothique était donc l'œuvre de barbares pour les Italiens de la Renaissance, car il aurait résulté de l'oubli des techniques et des canons esthétiques gréco-romains.

L'art gothique a également été critiqué par quelques auteurs français tels que Nicolas Boileau, Jean de La Bruyère, Molière ou Jean-Jacques Rousseau, avant d'être réhabilité par des architectes comme Francesco Borromini ou Jan Blažej Santini-Aichel, inventeur du style baroque gothique[4].

« [Le] fade goût des ornements gothiques,
Ces monstres odieux des siècles ignorants,
Que de la barbarie ont produit les torrents… »

— Molière

La définition du style gothique et la détermination de ses origines ont amené les historiens de l'art à poser la question du passage de l'art roman à l'art gothique. En France, à la fin du XIXe siècle, l'existence d'un style de transition a été débattue. En Allemagne, à la même époque, la discussion porte sur la dénomination d'un style de transition roman-gothique ou d'un style mixte.

Dans les années 1950, les historiens de l'art Hans Swarzenski et Louis Grodecki créent le terme « style 1200 »[5] pour désigner un art médiéval romanisant et protogothique situé entre le roman et le gothique, notamment dans la sculpture.

Dans les années 1960, Erwin Panofsky énonce l'idée d'un compromis a posteriori, où les monuments dits de transition représenteraient en fait un compromis entre style roman ancien persistant et le style gothique nouvellement introduit.

L'identité très forte du gothique est autant philosophique qu'architecturale. Elle représente probablement, de ces divers points de vue, l'un des plus grands accomplissements artistiques du Moyen Âge.

Esthétique

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Cathédrale Saint-Étienne de Toul, façade du XVe siècle (gothique flamboyant).
Église Saint-Eustache de Paris (transition gothique/Renaissance).

Même s'il est courant de définir l'architecture gothique par l'usage de l'arc brisé (l'« ogive » des anciens antiquaires qui remplace l'arc en plein cintre) permettant aux murs de gagner en hauteur, la voûte sur croisée d'ogives qui permet à l'édifice de prendre en largeur et l'arc-boutant pour étayer la maîtresse voûte, on ne saurait réduire[Qui ?] un style architectural précis, ou tout autre art, à des caractéristiques techniques. L'époque gothique est marquée par leur utilisation de plus en plus systématique qui permet, entre autres, d'évider plus largement les murs, ce qui conduit les maîtres d'œuvre, dans leur quête effrénée de la lumière, à la quasi-disparition de la paroi et à son remplacement par d'immenses verrières dans l'architecture rayonnante[6].

À l'encontre d'une idée reçue, l'arc brisé, la voûte sur croisée d'ogives et l'arc-boutant ne sont pas des inventions gothiques. Ils sont utilisés bien avant l'apparition des premiers bâtiments gothiques[note 1],[note 2] en particulier dans les constructions réalisées par les Templiers en France. Caractéristiques de l'époque gothique, l'arc brisé et l'arc-boutant sont employés dans l'architecture romane de Bourgogne et généralisés très tôt par les cisterciens, la voûte sur croisée d'ogives apparaît dans l'architecture romane normande[7].

De nombreux autres procédés architecturaux ou décoratifs ont été employés. L'alternance de piles fortes et piles faibles rythme la nef et renforce ainsi l'impression de longueur, d'horizontalité. Le rapport hauteur/largeur de la nef accentue ou diminue la sensation de hauteur de la voûte. La forme des piles, la décoration des chapiteaux, la proportion des niveaux (grandes arcades, triforium, fenêtres hautes) participent tous à l'expression de l'esthétique de l'architecture gothique :

Ainsi, les éléments architecturaux ont été mis au service de choix et de recherches esthétiques. Ils n'ont été que des outils pour obtenir les effets recherchés. Pour élever les nefs toujours plus haut, il a fallu améliorer la technique de l'arc-boutant. Pour augmenter la lumière et évider les murs, l'usage de l'arc brisé était mieux adapté. Les piles fasciculées ont homogénéisé l'espace et donné une sensation de logique aux volumes.

Enfin, l'esthétique de l'architecture gothique est généralement associée à une polychromie, à l'intérieur et à l'extérieur, notamment pour les sculptures, les arcs et les moulures, mais aussi fréquemment sur les parois. Ces décors ont fait l'objet des recherches de l'archéologie du bâti, discipline qui a pris son essor dans les années 1990. Contrairement à la vision que le public en a aujourd'hui, les églises à l'époque gothique sont parfois revêtues d'une épaisse couche d'enduit ou de mortier ornés d'un faux appareil ou de couleurs produites par des pigments, de la feuille d'or ou des inclusions de matériaux polychromes (voire pour les toitures par des tuiles vernissées ou des tables de plomb polychromes). Cette ornementation chromatique, tout en contribuant à la protection de l'église, notamment du gel, participe à l'effet de transparence, favorisant la confusion visuelle entre la paroi et l'enveloppe et niant la réalité lithique de l’édifice sous le voile d'une luminance incarnée[9].

Cathédrale de Sées : vue de la nef vers le chœur.

Le style gothique apparaît essentiellement en