Acta fabula
ISSN 2115-8037

Volume 7, numéro 6
Touriya Fili-Tullon

Identités et écritures contemporaines

IdentitĂ© en mĂ©tamorphose dans l’écriture contemporaine (dir. Fridrun Rinner), Aix-en Provence, PUP (Publications de l’UniversitĂ© de Provence), Coll. « Textuelles/littĂ©rature », 2006.

1Les actes du symposium qui s’est tenu Ă  Aix-en-Provence en avril 2005 sous le titre d’« IdentitĂ© en mĂ©tamorphose dans l’écriture contemporaine » s’organisent autour de quatre axes qui tentent de montrer, ainsi que le prĂ©cise la prĂ©face1 de l’ouvrage, que « les mĂ©tamorphoses de l’identitĂ© dans la littĂ©rature contemporaine peuvent ĂȘtre observĂ©es et dĂ©crites selon de multiples perspectives ». Le sujet, certes stimulant, peut paraĂźtre audacieux, tant les concepts qu’il met en branle Ă©chappent la plupart du temps Ă  une dĂ©finition simple. Le choix mĂȘme du titre oĂč le concept « identité » se trouve associĂ© Ă  celui de « mĂ©tamorphose » part d’un postulat problĂ©matique basĂ© sur un quasi-oxymore. Les diffĂ©rentes contributions interrogent justement ce postulat Ă  partir des textes contemporains tout en prenant en considĂ©ration l’aspect extratextuel (modes de production et de rĂ©ception, autres systĂšmes artistiques, influence des nouveaux modes de communication, etc.).

2La distribution proposĂ©e par les responsables de la publication a le mĂ©rite d’ordonner autour de problĂ©matiques gĂ©nĂ©rales des articles qui, s’ils se recoupent en plusieurs endroits, offrent des lignes de fuite diverses, Ă  l’image de cette identitĂ© mĂ©tamorphique dont il est question ici. Nous conserverons donc la mĂȘme dĂ©marche pour ce compte rendu.

3Ce premier volet est une approche des textes contemporains par le biais de diffĂ©rentes thĂ©ories en relation avec la notion d’identité ; c’est Ă©galement une interrogation critique des taxinomies en vigueur dans le monde littĂ©raire. Ainsi Manfred Schmeling Ă©tudie la nature de la relation qui lie la notion philosophique de « sujet » Ă  « l’univers culturellement Ă©tranger qui l’entoure ». Il remarque que les romans modernes et postmodernes sont dĂ©terminĂ©s par une marque de l’altĂ©ritĂ© dont la perception semble avoir connu certaines modifications en raison de mutations sociales et intellectuelles. Ainsi, par exemple, l’Ɠuvre d’ Ivan Goll, les romans de Joseph Conrad ou de Ya Ding offrent un modĂšle de non-adhĂ©sion du sujet Ă  lui-mĂȘme : ce sujet ne correspondrait dĂ©jĂ  plus Ă  une conception dialectique, comme chez Hegel, mais plutĂŽt Ă  celle du sujet multiple chez Nietzsche.

4Khalid Zekri aborde la mĂȘme problĂ©matique, mais en consacrant son analyse au monde arabo-musulman. Il observe que la rencontre avec l’autre a gĂ©nĂ©rĂ© deux attitudes diffĂ©rentes face au paradigme gĂ©nĂ©alogique. D’un cĂŽtĂ©, des rĂ©actions d’autoprotection, et de l’autre, des mouvements de crĂ©olisation et d’hybridation identitaire construits sur ce qu’il appelle « le deuil de l’origine ». Citant Ă  ce propos l’exemple des littĂ©ratures de l’immigration , il montre que l’éclatement identitaire de mĂȘme que son corollaire littĂ©raire (hybridation gĂ©nĂ©rique) sont revendiquĂ©s comme une nouvelle maniĂšre de participer Ă  un monde sans y appartenir .

5Dans une analyse poĂ©tologique, Monika Schmitz-Emans s’attache, pour sa part Ă  expliciter le concept de « mĂ©tamorphose » en l’opposant Ă  celui de « mĂ©tempsychose ». À la lumiĂšre de ces deux concepts, elle analyse la narration mĂ©tamorphique dans les textes de Calvino, Nooteboom, Ransmayr, Tawada, qui partagent tous un intertexte avec Les MĂ©tamorphoses d’Ovide, en plus d’un aspect autorĂ©flexif qui leur est Ă©galement commun.

6La mĂ©tamorphose identitaire peut se manifester sous la forme d’une crise qui donne lieu Ă  une fiction identitaire. C’est ce que Kenneth Meadwell constate dans La Belle BĂȘte2 de Marie-Claire Blais oĂč elle analyse les diffĂ©rentes manifestations de l’identitĂ© qui se cristallisent autour de la tension entre identitĂ© et ipsĂ©itĂ©3. Le mĂȘme thĂšme est abordĂ© par Marinella Termite dans son article « Racines troublĂ©es dans l’extrĂȘme contemporain ». À partir de diffĂ©rents romans qui thĂ©matisent la question des racines (Les Avenirs de Hafid Aggoune4, Le Dehors ou la migration des truites d’Arno Bertina5, Sujets libres de ClĂ©mence Boulouque6, Chaos de Marc Weitzmann7), l’auteure identifie le dĂ©racinement comme lieu de remise en question des notions du dehors et du dedans, et l’écriture erratique comme prĂ©texte Ă  une interrogation des racines. De la mĂȘme façon, Joanna Peiron lit la poĂ©sie postmoderne Ă  partir de ce qu’elle considĂšre comme une fuite de l’identitĂ© qui relĂšve d’une « poĂ©tique de l’imprĂ©sentable » ; de son cĂŽtĂ©, HĂ©lĂšne PĂ©cot identifie dans « L’écriture de la mĂ©tamorphose au fĂ©minin » « une nouvelle mĂ©thode postmoderne ». Le corpus choisi (Les Chiennes savantes8 de Virginie Despentes, Truismes9 de Marie Darrieussecq et L’apologie de la passivitĂ©10 de Karin Bernfeld) est abordĂ© surtout d’un point de vue thĂ©matique et l’auteure souligne notamment la prĂ©dilection dans ces textes pour les catĂ©gories de l’objectal immĂ©diat.

7Convoquant les thĂ©ories philosophiques11 qui mettent en avant un processus de production oĂč se dilue l’humain, oĂč les frontiĂšres entre le dehors et le dedans, l’humain et l’inhumain deviennent de plus en plus floues, Christina Bertelmann apporte un autre Ă©clairage en Ă©tudiant le processus mĂ©tamorphique entre l’homme, l’animal et la machine dans le roman français contemporain. Le corpus qu’elle choisit (Animos12, Les Chiens aussi13 et Truismes14) rend « l’écho de la conception postmoderne de la dĂ©construction du sujet » non seulement Ă  travers le traitement du personnage romanesque, mais aussi par le truchement de la langue, oĂč la mĂ©taphore « littĂ©ralisĂ©e » devient outil de mĂ©tamorphose.

8Christian Winterhalter analyse pour sa part la spatialisation de la quĂȘte identitaire Ă  travers la dĂ©construction du topos du dĂ©sert chez Ransmayr, Dib, Schrott. Cette dĂ©construction emprunte des voies diverses, de l’exploration de l’espace par la langue au poly-perspectivisme qui peut aboutir Ă  la perte du sens.

9Ce deuxiĂšme groupement comporte des articles qui explorent l’impact des Ă©changes et de la rencontre avec l’autre comme l’indique le sous-titre.

10C’est l’article de Reinier Salverda qui ouvre cette rĂ©flexion en considĂ©rant le cas de Londres, haut lieu du multilinguisme/multiculturalisme. Sur le plan sociologique, l’auteur constate une vĂ©ritable dynamique qui rĂ©sulte de ce cosmopolitisme et se reflĂšte tant par des interactions et des mĂ©tissages que par des tensions entre les diffĂ©rents groupes ethniques. Sur le plan artistique, cette diversitĂ© est bien reprĂ©sentĂ©e : Ă  ce sujet, les littĂ©ratures des diasporas sont particuliĂšrement intĂ©ressantes puisqu’elles continuent Ă  calquer et (ou) Ă  renouveler les cultures d’origines ; celles qui sont Ă©crites en anglais tentent de reproduire une polyphonie faite de langues et d’accents diffĂ©rents, et, ce faisant, contribuent Ă  donner de nouvelles voix Ă  la littĂ©rature anglophone.

11Ursula Mathis-Moser, pour sa part, constate que la sociĂ©tĂ© en crise coĂŻncide de moins en moins avec l’idĂ©e d’État-nation ce qui remet en question certaines dĂ©finitions centrĂ©es sur la problĂ©matique de l’espace, telles que littĂ©rature nationale vs littĂ©rature d’immigration, ou littĂ©rature française vs littĂ©rature francophone.

12Toujours dans le mĂȘme souci de montrer les transformations impliquĂ©es par les interactions communautaires, Jeanne E. Glesener retrace l’évolution de la figure du dĂ©tective ethnique en montrant comment, d’un simple stĂ©rĂ©otype du roman policier des annĂ©es 1920, elle devient dans les annĂ©es 1960 le lieu d’une interrogation sur l’identitĂ© du personnage ethnique et sur le genre policier lui-mĂȘme. En explorant des romans tels que Wen We Were Orphans de Kazuo Ishiguro15 et Native Speaker de Chang-Rae Lee16, l’auteure constate que l’intrigue n’est plus au centre, elle laisse place Ă  des « narrations du moi », ce qui rapproche ce type d’écriture du roman policier postmoderne.

13Immacolata Amodeo consacre son intervention Ă  ce qu’elle appelle « les autres littĂ©ratures italiennes », analysant les mouvements migratoires qui ont marquĂ© la culture italienne et ont donnĂ© lieu Ă  une littĂ©rature transfrontaliĂšre. Elle montre comment, par exemple, la littĂ©rature d’immigration, encore marginalisĂ©e en Italie, apporte souvent un contre-discours sur l’identitĂ© et remet en question le mythe de l’Italie en tant que bel paese. Habiba Sebkhi, Ă  son tour, aborde le mĂȘme sujet selon une approche sociocritique qui considĂšre l’identitĂ© comme matiĂšre structurante et signifiante. Dans les littĂ©ratures d’immigration française et canadienne auxquelles elle s’intĂ©resse, elle souligne l’importance de la structure rhizomatique de l’identitĂ© configurĂ©e Ă  travers le rĂ©seau narratif. Abelin FonkouĂ© postule, lui aussi, les mĂȘmes rapports entre l’identitĂ© et les formes littĂ©raires. S’inspirant des travaux de Christine Buci-Gluksman17, l’auteur tente d’étudier les manifestations d’une esthĂ©tique baroque revendiquĂ©e par certains auteurs francophones dont ceux de son corpus d’étude pour cet ouvrage (GisĂšle Pineau, Maryse CondĂ©, Bolya).

14Andreas F. Kelletat s’intĂ©resse pour sa part Ă  l’évolution de l’identitĂ© nationale en Allemagne. Selon lui, aprĂšs les Ă©vĂ©nements de la Seconde Guerre mondiale, le sentiment d’ĂȘtre un peuple incomparable n’a disparu que pour donner lieu Ă  cette surculpabilitĂ© Ă  son tour « incomparable ». ParallĂšlement, on peut noter l’évolution d’un discours sur soi qui opĂšre un glissement vers une simplification excessive de la culpabilitĂ© allant jusqu’à prĂ©senter la nation allemande comme victime. ParallĂšlement, et toujours en Allemagne, Christian Mariotte constate qu’aprĂšs avoir Ă©tĂ© totalement Ă©vacuĂ©e comme clĂ© de lecture, la problĂ©matique de la judĂ©itĂ© tend Ă  devenir trop prĂ©sente avec l’effet pervers d’enfermer les Ă©crivains dans une identitĂ© figĂ©e.

15Le risque le plus dangereux est la « kitchĂ©isation » de l’identitĂ© juive, assure Lucie TaĂŻeb. C’est pourquoi, et afin d’échapper Ă  cette rĂ©ception figĂ©e dans le clichĂ©, des auteurs vont proposer des textes qui déçoivent cet horizon d’attente convenu. C’est le cas de Norbert Gstrein qui aborde l’identitĂ© Ă  partir du processus de « kitchĂ©isation » qui est Ă  l’Ɠuvre dans son roman Die englischen Jahre18 . Dans ce roman, la dĂ©nonciation d’un kitch qui semble contaminer le rĂ©el et la fiction ne passe pas pour autant par l’établissement d’une identitĂ© fixe. Bien au contraire, celle-ci semble ĂȘtre rendue Ă  son ambiguĂŻtĂ©.

16Toujours dans le domaine de l’imaginaire et des reprĂ©sentations identitaire, JĂŒrgen Wertheimer s’attache Ă  montrer le caractĂšre Ă©minemment problĂ©matique du retour Ă  partir des rĂ©cits de deux auteurs contemporains, Imre KertĂ©sz et W. G. Sebald. Les transformations qui affectent le lieu, l’identitĂ© du « revenant » lui-mĂȘme, les leurres de la mĂ©moire, tout cela fait l’objet d’une exploration par une Ă©criture qui se trouve elle aussi rĂ©interrogĂ©e dans ses limites.

17En analysant les transformations identitaires telles qu’elles se prĂ©sentent dans le texte de Eva Hoffman, Lost in Translation19, Chiara Montini constate que l’exil dans une langue autre que la langue maternelle ne gĂ©nĂšre pas seulement ce double effrayant mais peut ĂȘtre aussi rassurant. Le dĂ©doublement identitaire passe d’abord par l’adoption de la langue du pays d’accueil qui permet une distanciation salutaire, une rĂ©conciliation du passĂ© et du prĂ©sent. Cette analyse donne Ă  l’auteure l’occasion de remettre dans une perspective historique le phĂ©nomĂšne du bilinguisme.

18L’analyse des personnages dans les Ă©critures de Jean Rhys, Toni Morrison et Marie Ndiaye permet Ă  Nathalie Duclot-ClĂ©ment d’interprĂ©ter la mĂ©tamorphose tantĂŽt comme un dĂ©passement tantĂŽt comme une menace de l’intĂ©gritĂ© identitaire, le personnage oscillant entre marginalitĂ© et dĂ©sir de reconnaissance.

19La troisiĂšme section de ce volume dĂ©passe les problĂ©matiques textuelles pour considĂ©rer l’au-delĂ  du texte : son transfert par le biais de la traduction, par exemple, ou bien la rĂ©ception Ă©trangĂšre ou dĂ©calĂ©e.

20Ainsi, JosĂ© Lambert estime que jusque-lĂ  l’universitĂ© n’a fait qu’entĂ©riner une conception nationaliste de la langue et de la littĂ©rature et, partant, de l’identitĂ© qui leur est reliĂ©e. Rappelant que la mondialisation impose de nouveaux modes de communication auxquels la littĂ©rature doit s’adapter pour survivre, il souligne le rĂŽle de la traduction pour l’Union europĂ©enne.

21K. Alfons Knauth, pour sa part, considĂšre les mĂ©tamorphoses que fait subir la lecture au texte. À travers le rapprochement entre les figures de BorgĂšs, de Paul ValĂ©ry et de Pierre MĂ©nard, Knauth analyse cette « circulation historique » des altĂ©ritĂ©s que l’auteur argentin a si bien allĂ©gorisĂ©e dans ses fictions philosophiques, puis il dĂ©montre que la figure du lecteur, si centrale soit-elle dans la fable, n’est pas une remise en question de l’auctorialitĂ© (aux sens d’auteur et d’autoritĂ©). Mirjam Tautz s’intĂ©resse quant Ă  elle Ă  une autre forme de circulation des textes due cette fois Ă  la traduction. Le transfert d’une Ɠuvre romanesque française en allemand peut donner lieu, en effet, Ă  des degrĂ©s d’exotisme, le rĂŽle du traducteur est alors soit d’accentuer, soit de minimiser l’écart.

22La question des littĂ©ratures « mineures » (Guattari et Deleuze20) est abordĂ©e par Myriam Geiser qui pointe avec justesse l’ambiguĂŻtĂ© d’une rĂ©ception qui, tout en Ă©tant complaisante, enferme ces littĂ©ratures de la gĂ©nĂ©ration issue de l’immigration (turque en Allemagne, et maghrĂ©bine en France) dans un horizon d’attente documentaire, ethnographique ou exotique. Cette marginalitĂ© (que par ailleurs le concept de littĂ©rature francophone a du mal Ă  masquer) devient Ă  la fois « fond de commerce » et enfermement. MĂȘme la formule de l’entre-deux forgĂ©e par une critique soucieuse de dĂ©cloisonnement et dans laquelle se reconnaissent certains auteurs, ne fait pas l’unanimitĂ©. Dans un monde en transformation, l’auteur de l’article se demande si l’aspiration Ă  une reconnaissance transculturelle n’est pas lĂ©gitime et si les rĂ©flexes de cloisonnement des centres par rapport Ă  leurs marges minoritaires ne sont pas dĂ©passĂ©s.

23Enfin les deux derniĂšres communications Ă©largissent le dĂ©bat Ă  d’autres productions culturelles : Francesca Manzari opĂšre un rapprochement inattendu21 entre le travail de la citation dans la fiction moderne et postmoderne et le mĂ©lange du dedans et du dehors en architecture, alors que Annika Runte aborde l’évolution du modĂšle identitaire Ă  travers la chanson populaire française dans laquelle elle voit un indicateur des transformations culturelles, et ce en fondant sa dĂ©monstration sur un corpus significatif.

24Cette derniĂšre partie de l’ouvrage fait le point sur les notions de « crise » et de « quĂȘte » qui cristallisent l’idĂ©e mĂȘme de mĂ©tamorphose.

25Olivier Bessard-Banquy analyse ce qu’il appelle le « rĂ©cit inquiet » chez des romanciers français contemporains, tels Echenoz, Manchette, Michon, Toussaint et Houellebecq, chez qui il diagnostique un narcissisme dĂ©pressif en quĂȘte d’un sens Ă  donner au monde.

26Toute autre est la tonalitĂ© de ChĂąteau blanc d’Orhan Pamuk, dans lequel Beate Burtscher-Bechter identifie aussi bien une dimension postcoloniale soulignĂ©e par le dĂ©doublement, la mĂ©tamorphose identitaire, qu’une dimension postmoderne qui apparaĂźt Ă  travers l’aspect ludique du rĂ©cit. Quant Ă  InĂȘs Oseki-DĂ©prĂ©, elle considĂšre la mĂ©tamorphose comme un paramĂštre identitaire brĂ©silien. Chez JoĂŁo GuimarĂŁes Rosa, cette mĂ©tamorphose ne se manifeste pas seulement au niveau de la diĂ©gĂšse, mais aussi sur le plan linguistique, empruntant parfois Ă  l’esthĂ©tique baroque son foisonnement et ses audaces.

27En analysant les stratĂ©gies narratives de la discordance dans Dondog22 et dans Hayet ou la passion d’Elles23, Sihem Sidaoui tente de montrer comment le muthos peut ĂȘtre rĂ©vĂ©lateur du rapport du sujet historique Ă  l’Histoire. La communication qui clĂŽt cette section se penche, pour sa part, sur le traitement du personnage romanesque comme un palimpseste d’autres personnages : Loredana Suditu montre comment le traitement de l’identitĂ© passe chez Kundera Ă  travers la polyphonie et emprunte Ă  la technique musicale pour effectuer un jeu de variations autour d’un thĂšme (tĂ©lescopage des personnages, des temps et des espaces fictionnels).

28Au terme de cet ouvrage, on aura remarquĂ© qu’à la diversitĂ© des approches s’ajoute celle des origines gĂ©ographiques et linguistiques des textes apprĂ©hendĂ©s, et celle des regards portĂ©s sur cette problĂ©matique : l’implication de plusieurs doctorants aux cĂŽtĂ©s de chercheurs Ă  l’expĂ©rience plus confirmĂ©e est un bon point de dĂ©part pour une rĂ©flexion projetĂ©e vers le futur sur les mĂ©thodologies convoquĂ©es pour tenter de saisir une notion aussi complexe que celle de l’identitĂ©. On aurait pu s’attendre Ă  d’autres angles d’attaques pour cette problĂ©matique : l’approche gĂ©nĂ©tique, par exemple, aurait pu offrir un outil d’analyse pour les mĂ©tamorphoses du texte. Mais la prĂ©face annonce une suite Ă  ce symposium qui se penchera « sur le rĂŽle de la recherche littĂ©raire et de son potentiel mĂ©thodologique ». L’intĂ©rĂȘt majeur de cet ouvrage est que l’hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© apparente des articles, des contenus et des approches qui le composent, offre une idĂ©e assez prĂ©cise de la complexitĂ© des notions abordĂ©es, de la multiplicitĂ© des facettes que peut emprunter l’identitĂ© et des enjeux d’une recherche qui travaille sur du « vivant ».