
Relire le canon Ă la lumiĂšre des approches postcoloniales
1ăì ì íì±ì ë ŒëŠŹă[Logique de la canonisation] est le rĂ©sultat dâun travail de recherche collectif menĂ© par une Ă©quipe de chercheurs et chercheuses, inscrit dans lâaxe « Ătudes comparatistes sur la culture de la formation du canon » Ă lâUniversitĂ© Korea. Dans la prĂ©face de lâouvrage, Hyeong-dae Lee, directeur de lâouvrage, prĂ©sente le point de dĂ©part des rĂ©flexions menĂ©es par seize chercheurs : bien quâune pluralitĂ© de textes soit toujours en concurrence pour accĂ©der Ă la reconnaissance et quâune logique de sĂ©lection et dâexclusion est constamment Ă lâĆuvre, la canonisation nâen constitue pas moins un phĂ©nomĂšne prĂ©sent Ă toute Ă©poque et dans tout contexte. Ă cet Ă©gard, concernant les analyses sur la (dĂ©)canonisation, lâouvrage couvre une large Ă©tendue temporelle, qui remonte jusquâĂ lâĂ©poque antique et mĂ©diĂ©vale, sâouvrant aux civilisations de lâAsie, de lâAmĂ©rique latine et de lâAfrique, ainsi quâĂ des corpus qui dĂ©passent le champ de la littĂ©rature pour embrasser une conception large de la production textuelle.
2Lâouvrage pose la question des outils critiques Ă mobiliser et interroge la position que les non-Occidentaux peuvent ou doivent adopter face Ă une canonisation longtemps centrĂ©e sur lâOccident colonial moderne. Le prĂ©sent compte-rendu se propose dâexaminer les enjeux de la (dĂ©)canonisation, dans deux contextes historiques particuliers de la CorĂ©e : la colonisation japonaise de 1910 Ă 1945 et la domination Ă©conomique et culturelle des Ătats-Unis, impossible Ă nier aujourdâhui et qui sâest intensifiĂ©e depuis la guerre de CorĂ©e (1950-1953) jusquâĂ nos jours. Parmi les seize chapitres de cet ouvrage, lâanalyse se concentrera sur trois articles particuliĂšrement pertinents dans ce contexte.
3Dans un premier temps, Park Sang-jin sâattache Ă la notion de la « littĂ©rature mondiale » proposĂ©e comme lâune des voies possibles pour repenser le canon, avec lâambition dâouvrir la voie Ă une perspective pluriculturelle postcoloniale. Kang Sang-soon nous conduit ensuite dans la CorĂ©e des annĂ©es 1920-1930, Ă©poque oĂč les anciens romans corĂ©ens ont refait surface dans la dynamique des discours publics du pays colonisĂ©. Lâhistorien de la littĂ©rature corĂ©enne met en lumiĂšre la maniĂšre dont un genre littĂ©raire est intĂ©grĂ© au canon ou en est exclu sous lâeffet du discours dominant du colonisateur. Enfin, la derniĂšre partie sâintĂ©resse Ă la dimension pratique de lâenseignement du canon, en envisageant la possibilitĂ© dâintĂ©grer la littĂ©rature philippino-amĂ©ricaine au programme de lettres anglaises des universitĂ©s corĂ©ennes.
PensĂ©es ludiques Ă lâhorizon de « post »
4Park Sang-jin, spĂ©cialiste de la littĂ©rature italienne Ă lâUniversitĂ© des langues Ă©trangĂšres de Pusan, propose de concevoir le prĂ©fixe « post » des postthĂ©ories â telles que le postmodernisme, le postnationalisme, etc. â comme un horizon de pensĂ©e : un espace oĂč rien de vĂ©ritablement neuf ne surgit, mais oĂč se dĂ©ploient des pensĂ©es ludiques qui interrogent sans relĂąche la littĂ©rature dite « mondiale », tout en rĂ©actualisant, de façon sĂ©lective, des thĂ©ories, des critiques et des positions dans le contexte contemporain1. Ce comparatiste corĂ©en dĂ©finit la littĂ©rature mondiale non pas comme une entitĂ© universelle â malgrĂ© lâeurocentrisme de la modernité â, mais comme un champ dynamique oĂč les places singuliĂšres occupĂ©es par chaque littĂ©rature nationale et locale peuvent Ă©merger comme autant dâ« universels » au pluriel (p. 30). Selon lui, la littĂ©rature mondiale renvoie Ă la conscience selon laquelle toutes les littĂ©ratures issues de territoires particuliers se traversent mutuellement, crĂ©ant des fissures dans le schĂ©ma canonique : le non-Occident et lâAntiquitĂ©, longtemps relĂ©guĂ©s aux marges du canon, ne sont plus tenus de suivre le modĂšle de lâOccident et de la modernitĂ© Ă©rigĂ©s en centre et en norme canonique.
5Park prend lâexemple de Shin Chae-ho (1880-1936), historien et figure indĂ©pendantiste, auteur du roman Le Ciel de rĂȘve, rĂ©digĂ© en 1916 et publiĂ© en CorĂ©e du Nord seulement en 1964. Durant la pĂ©riode coloniale japonaise, Shin Chae-ho sâinspire de Dante Alighieri quâil Ă©rige en modĂšle dâĂ©crivain-intellectuel engagĂ©. Lâouvrage, composĂ© de six chapitres, met en scĂšne le protagoniste Han-nom, guidĂ© par le gĂ©nĂ©ral corĂ©en Eulji Mundeok et le gĂ©nĂ©ral chinois Yang-je qui participe Ă la guerre entre les deux pays tout en dĂ©couvrant lâhistoire de lâAntiquitĂ© corĂ©enne. Au fil de son pĂ©riple, il sâefforce de prĂ©server son autonomie en suivant les conseils de Kang Gam-chan, afin de se dĂ©faire de la dĂ©pendance Ă lâĂ©gard des puissances Ă©trangĂšres ; Ă la fin du rĂ©cit, il sâĂ©lĂšve jusquâau ciel pour rejoindre plusieurs grandes figures qui ont marquĂ© lâhistoire de la CorĂ©e. Ă travers ce roman, Shin Chae-ho propose lâĂ©veil du peuple et la rĂ©sistance comme rĂ©ponse Ă la sociĂ©tĂ© corĂ©enne souffrant de la domination japonaise. Park Sang-jin met cependant lâaccent sur la transformation opĂ©rĂ©e par Shin : loin dâune simple imitation de La Divine ComĂ©die, lâauteur corĂ©en investit lâexpression littĂ©raire comme pratique de rĂ©sistance. Une telle dĂ©marche, tout en restant enracinĂ©e dans le contexte spĂ©cifique de la CorĂ©e, ne sombre pas dans un nationalisme Ă©troit (p. 94), une adaptation que Park Sang-jin interprĂšte comme un « jeu » littĂ©raire au sens large (p. 93).
La canonisation comme outil de résistance discursive
6Il est aisĂ© dâobserver que le processus de canonisation a contribuĂ© Ă lĂ©gitimer le rĂ©gime dominant, sur la voie de lâimpĂ©rialisme et des vellĂ©itĂ©s de mise en place dâune nation moderne. Kang Sang-soon, cependant, propose un usage plus large du terme « canonisation », qui permet de revisiter des discours construits en dehors du pouvoir institutionnel. Il envisage donc dâexaminer les discours publics qui se dĂ©veloppaient au sein des Ă©tablissements dâenseignement privĂ©s, des journaux, des publications et des confĂ©rences ; dĂšs lors, la « canonisation » dĂ©signe ici, une forme de rĂ©sistance discursive face aux conditions imposĂ©es par le rĂ©gime colonial.
7Ainsi, son approche consiste Ă remettre en question lâidĂ©e, longtemps rĂ©pandue dans le champ des Ă©tudes de littĂ©rature corĂ©enne, selon laquelle la canonisation des anciens romans corĂ©ens ne commencerait rĂ©ellement Ă se constituer quâau moment oĂč certains textes seraient sĂ©lectionnĂ©s et enseignĂ©s Ă lâĂ©cole, aprĂšs avoir Ă©tĂ© approuvĂ©s par le ministĂšre de lâĂducation Ă la suite de lâindĂ©pendance. Dans la perspective de Kang Sang-soon, en revanche, la canonisation se dĂ©finit plutĂŽt comme « un ensemble dâactivitĂ©s visant Ă faire Ă©merger des patrimoines culturels dignes dâattention, Ă les rĂ©pertorier et Ă en Ă©clairer les valeurs et les significations historiques2 » (p. 218).
8Il convient de prĂ©senter dâabord le positionnement des anciens romans corĂ©ens en tant que genre littĂ©raire avant lâĂ©poque moderne. Ă lâĂ©poque mĂ©diĂ©vale en Asie de lâEst, le systĂšme canonique â au centre duquel se situent les Ăcritures confucĂ©ennes, entourĂ©es des ouvrages historiques et la littĂ©rature chinoise codifiĂ©e â sâĂ©tait stabilisĂ© et se transmettait tel quel, laissant peu de place Ă la remise en question. Dans cette hiĂ©rarchie traditionnelle, le terme ìì€ (sosĆl) dĂ©signait un « discours philosophique mĂ©diocre ou un recueil de rĂ©cits historiques, assez nĂ©gligeable, circulant parmi le peuple » (p. 219). Plusieurs formes narratives dĂ©jĂ prĂ©existantes Ă lâĂ©poque moderne â telle que ìì€ (sosĆl), ì êž° (chĆnâgi), íšì€ (pâaesĆl), ì°ì (yĆnĆi) â sont regroupĂ©es sous le nom de ìì€ (sosĆl) Ă lâaube de lâĂ©poque moderne, terme qui en est venu Ă dĂ©signer lâensemble des rĂ©cits fictionnels issus de lâimagination de lâauteur. Il importe de souligner que ces romans relevaient dâune culture marginale et populaire : par exemple,  ì„룚ëȘœ (Okru mong), roman Ă©crit en chinois, mais exclu du canon, qui circulait comme culture marginale parmi les hommes de la classe supĂ©rieure, tandis que ì¶í„ì (Châunhyang chĆn), roman rĂ©digĂ© en hangeul â lâalphabet corĂ©en créé et promulguĂ© par le roi Sejong en 1443 â, Ă©tait lu par les femmes des classes aisĂ©e ainsi que par un lectorat populaire.
9Dans les annĂ©es qui prĂ©cĂšdent la conclusion du traitĂ© dâannexion entre la CorĂ©e et le Japon en 1910, les anciens romans corĂ©ens sont réévaluĂ©s par les intellectuels du pays. LâĂ©lite, y dĂ©couvrant la capacitĂ© de mobiliser une rĂ©volution politique venue dâen bas, sâest efforcĂ© de rĂ©intĂ©grer ces Ćuvres jusque-lĂ relĂ©guĂ©es aux marges du canon, afin de leur confĂ©rer une place lĂ©gitime, rĂ©pondant Ă lâexigence de construire une nation corĂ©enne moderne. ConfrontĂ©s Ă la menace de perdre la souverainetĂ© au profit du Japon, les intellectuels ont reconnu dans ces romans un genre littĂ©raire favorable Ă vĂ©hiculer la conscience du citoyen moderne. RĂ©digĂ©s en hanguel, langue vernaculaire par opposition au chinois employĂ© par les classes lettrĂ©es, ces romans se sont largement diffusĂ©s parmi des CorĂ©ens issus de divers milieux sociaux, notamment les femmes et les ouvriers, jadis perçus comme incapables de participer au changement politique.
10Lâessentiel de son propos rĂ©side dans la mise en lumiĂšre du rapport antagoniste entre le nationalisme culturel corĂ©en et les Ătudes coloniales corĂ©ennes menĂ©es par le Japon, tel quâil sâinscrivait dans la dynamique des discours publics du territoire colonisĂ©. Dans les annĂ©es 1910, les intellectuels corĂ©ens se sont lancĂ©s, souvent avec hĂąte et parfois avec ferveur, dans la poursuite de la modernitĂ© occidentale et sa promesse de gloire. Cependant, au lendemain de la PremiĂšre Guerre mondiale, certains dâentre eux ont de nouveau tournĂ© leur regard vers des traditions oubliĂ©es, y cherchant un moyen de sortir de la crise de souverainetĂ© et de lâexploitation subie par le peuple corĂ©en. Ils se sont alors engagĂ©s dans la voie du nationalisme culturel au tournant des annĂ©es 1920. Le pouvoir colonial japonais a instituĂ©, en 1926, Ă lâUniversitĂ© impĂ©riale de Kyungseong (ancien nom de SĂ©oul), un enseignement consacrĂ© Ă la langue et Ă la littĂ©rature de la dynastie Joseon (1392-1910) puis a lancĂ© le programme du Â«Â ìĄ°ì ì°ê”ŹÂ » (ChosĆn yĆnâgu, Ătudes coloniales corĂ©ennes). Face Ă ce programme, un premier groupe dâuniversitaires corĂ©ens sâest rĂ©appropriĂ© une maniĂšre dâenvisager lâhistoire littĂ©raire, tout en refusant la perspective coloniale et lâorientalisme vĂ©hiculĂ©s par les enseignants japonais ; ils ont pris lâinitiative de constituer le Â«Â ìĄ°ì í » (ChosĆn hak, « Ătudes nationales corĂ©ennes »). Kim Tae-joon, par exemple, a publiĂ© en 1933 ăìĄ°ì ìì€ìŹă[LâHistoire du roman corĂ©en Ă lâĂ©poque de Joseon] et a affirmĂ© quâen sâĂ©cartant de la critique rigide et en observant les Ćuvres de plus prĂšs, on dĂ©couvrait un nombre incalculable de textes dignes dâintĂ©rĂȘt. Il a ainsi proposĂ© de réévaluer ces textes â longtemps critiquĂ©s pour leur moralisme fĂ©odal et leur dĂ©terminisme du destin â selon une approche plus Ă©quitable, câest-Ă -dire en tenant compte des conditions historiques de lâĂ©poque.
11Câest dâabord lâintĂ©rĂȘt portĂ© aux classiques, nĂ© dâun scepticisme Ă lâĂ©gard de la modernitĂ© occidentale, qui a permis dâaborder les anciens romans corĂ©ens comme objet dâĂ©tude de la littĂ©rature nationale, Ă la lumiĂšre de leur contexte historique, et de les rĂ©habiliter en tant que patrimoine de la culture corĂ©enne. Kang Sang-soon nâhĂ©site cependant pas Ă rĂ©vĂ©ler que le Â«Â ìĄ°ì ì°ê”ŹÂ » (ChosĆn yĆnâgu, « Ătudes coloniales corĂ©ennes ») a paradoxalement, contribuĂ© Ă susciter cet intĂ©rĂȘt :
Certains critiqueraient que la relation entre le Â«Â ìĄ°ì ì°ê”ŹÂ » [Ătudes coloniales corĂ©ennes ] et le Â«Â ìĄ°ì í » [Ătudes nationales corĂ©ennes] ne relĂšverait que dâune opposition superficielle, alors quâelle cacherait en rĂ©alitĂ© une forme de complicitĂ© latente. Il faut nĂ©anmoins constater que, dans une autre perspective, lâimpĂ©rialisme et le postcolonialisme qui en dĂ©coulent se trouvent en rĂ©ciprocitĂ© contradictoire, comme la rĂ©sistance est toujours dirigĂ©e contre la domination et, inversement, la domination vise Ă©galement une forme de rĂ©sistance (p. 251)3.
12Kang Sang-soon a montrĂ© que la canonisation pouvait ĂȘtre rĂ©appropriĂ©e par une nĂ©cessitĂ© intĂ©rieure, en tant quâoutil de rĂ©sistance discursive contre la logique coloniale. Ses observations sur la rĂ©ciprocitĂ© contradictoire entre lâimpĂ©rialisme et le postcolonialisme, rĂ©vĂšlent, en particulier, une autre maniĂšre de réécrire lâhistoire de la littĂ©rature corĂ©enne. Kang assume ce paradoxe inconfortable tout en refusant les deux Ă©cueils : lâhistoriographie coloniale et le rĂ©visionnisme historique dâun cĂŽtĂ©, et le chauvinisme national de lâautre. Il nous invite Ă prĂȘter attention aux formes de canonisation qui sâopĂ©raient en dehors du cadre institutionnel et universitaire, au sein de micro-discours publics issus de la culture populaire.
Vers le canon « local »
13Le dernier chapitre de lâouvrage invite les Philippines et la littĂ©rature philippino-amĂ©ricaine dans le dĂ©bat autour de la canonisation : la CorĂ©e et les Philippines partagent en effet une expĂ©rience coloniale ; la premiĂšre ayant Ă©tĂ© colonisĂ©e par le Japon, tandis que les secondes lâont Ă©tĂ© successivement par lâEspagne puis par les Ătats-Unis. Les deux pays demeurent aujourdâhui encore marquĂ©s par lâinfluence de la nĂ©ocolonisation amĂ©ricaine. Ki Hyun-joo sâintĂ©resse Ă lâintĂ©gration du corpus postcolonial au programme de la littĂ©rature anglaise, en particulier, dans les universitĂ©s de petite ou moyenne taille situĂ©es en dehors de SĂ©oul. Elle propose, dĂšs lors, de construire le canon « local », un concept inspirĂ© de Bobby Fong. Dans lâarticle intitulĂ© « Local canons : Professing Literature at the Small Liberal Arts College », lâancien prĂ©sident dâUrsinus College prĂ©sente la possibilitĂ© dâintĂ©grer la littĂ©rature appalachienne dans le cursus de lâuniversitĂ© de Kenturcky, oĂč plus de 80% des Ă©tudiants sont originaires de cette rĂ©gion. En sâappuyant sur son argument, Ki Hyun-joo dĂ©finit plus concrĂštement le canon local : la liste des textes littĂ©raires susceptible dâĂȘtre adoptĂ©e par plusieurs universitĂ©s situĂ©es dans un mĂȘme environnement gĂ©ographique et partageant des conditions similaires (p. 485).
14Son argumentation repose sur deux mutations majeures auxquelles les universitĂ©s corĂ©ennes sont aujourdâhui confrontĂ©es. La premiĂšre tient Ă la baisse de la population Ă©tudiante, consĂ©quence directe de la chute du taux de natalitĂ© au cours de la derniĂšre dĂ©cennie en CorĂ©e : malgrĂ© la nĂ©cessitĂ© dâintroduire les thĂ©ories et les critiques littĂ©raires Ă©mergeantes, le nombre restreint dâenseignants et les financements limitĂ©s freinent leur mise en Ćuvre. La seconde relĂšve de lâĂ©volution du profil et de la composition socioculturelle des Ă©tudiants : dans les rĂ©gions extĂ©rieures Ă la capitale, la population Ă©tudiante compte un nombre croissant dâenfants de femmes immigrĂ©es mariĂ©es Ă des hommes corĂ©ens, parmi elles, les Sino-CorĂ©ennes, les Chinoises, les Vietnamiennes et les Philippines constituent les groupes les plus nombreux. Dans ce contexte, la professeure de littĂ©rature anglaise, anticipant les transformations Ă venir dans le paysage universitaire corĂ©en hors de la capitale, attire lâattention sur un point essentiel : la « lecture Ă rebours » (p. 490) est sollicitĂ©e lorsque des textes de littĂ©rature ethnique, ancrĂ©s dans les origines nationales ou culturelles des migrants, sont intĂ©grĂ©s au programme. Autrement dit, il ne sâagit pas de reconfirmer lâidĂ©al du multiculturalisme â fondĂ© sur lâhypothĂšse dâune coexistence harmonieuse de valeurs plurielles â mais de mettre en lumiĂšre les dispositifs idĂ©ologiques qui distribuent, de maniĂšre inĂ©gale, le pouvoir et les ressources en fonction des diffĂ©rences, ainsi que les contradictions qui leur sont inhĂ©rentes (p. 490). Si lâon pousse plus loin cette problĂ©matique, la sociĂ©tĂ© corĂ©enne ne devra pas dĂ©tourner le regard des critiques portant sur les nouvelles configurations de domination interne, telles quâelles Ă©mergeront dans les Ćuvres Ă©crites en corĂ©en par de futurs Ă©crivains philippino-corĂ©ens.
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15ăì ì íì±ì ë ŒëŠŹă[Logique de la canonisation] invite Ă envisager, Ă diffĂ©rents Ă©chelons â local, national, territorial, jusquâĂ lâinternational â des approches postcoloniales dont la diversitĂ© dĂ©pend autant des conditions discursives et historiques que dâune certaine cohĂ©rence, Ă moins quâelles ne rĂ©actualisent sans cesse leurs enjeux face aux multiples formes du pouvoir dominant. Dans cette perspective, un prolongement potentiel consisterait Ă examiner de plus prĂšs la dynamique des discours postcoloniaux en Asie de lâEst, indissociablement liĂ©e au processus de construction de la nation moderne, en opposition Ă lâOccident.

