Acta fabula
ISSN 2115-8037

Volume 27, numéro 3
titre article
Seongyoun Lee

Relire le canon Ă  la lumiĂšre des approches postcoloniales

Rereading the canon from postcolonial perspectives
LEE Hyung-dae (dir.), 정전 형성의 ë…ŒëŠŹ [Logique de la canonisation], SĂ©oul : Somyoung, 2013, 512p, 9788956269092.

1ă€Žì •ì „ 형성의 ë…ŒëŠŹă€[Logique de la canonisation] est le rĂ©sultat d’un travail de recherche collectif menĂ© par une Ă©quipe de chercheurs et chercheuses, inscrit dans l’axe « Études comparatistes sur la culture de la formation du canon » Ă  l’UniversitĂ© Korea. Dans la prĂ©face de l’ouvrage, Hyeong-dae Lee, directeur de l’ouvrage, prĂ©sente le point de dĂ©part des rĂ©flexions menĂ©es par seize chercheurs : bien qu’une pluralitĂ© de textes soit toujours en concurrence pour accĂ©der Ă  la reconnaissance et qu’une logique de sĂ©lection et d’exclusion est constamment Ă  l’Ɠuvre, la canonisation n’en constitue pas moins un phĂ©nomĂšne prĂ©sent Ă  toute Ă©poque et dans tout contexte. À cet Ă©gard, concernant les analyses sur la (dĂ©)canonisation, l’ouvrage couvre une large Ă©tendue temporelle, qui remonte jusqu’à l’époque antique et mĂ©diĂ©vale, s’ouvrant aux civilisations de l’Asie, de l’AmĂ©rique latine et de l’Afrique, ainsi qu’à des corpus qui dĂ©passent le champ de la littĂ©rature pour embrasser une conception large de la production textuelle.

2L’ouvrage pose la question des outils critiques Ă  mobiliser et interroge la position que les non-Occidentaux peuvent ou doivent adopter face Ă  une canonisation longtemps centrĂ©e sur l’Occident colonial moderne. Le prĂ©sent compte-rendu se propose d’examiner les enjeux de la (dĂ©)canonisation, dans deux contextes historiques particuliers de la CorĂ©e : la colonisation japonaise de 1910 Ă  1945 et la domination Ă©conomique et culturelle des États-Unis, impossible Ă  nier aujourd’hui et qui s’est intensifiĂ©e depuis la guerre de CorĂ©e (1950-1953) jusqu’à nos jours. Parmi les seize chapitres de cet ouvrage, l’analyse se concentrera sur trois articles particuliĂšrement pertinents dans ce contexte.

3Dans un premier temps, Park Sang-jin s’attache Ă  la notion de la « littĂ©rature mondiale » proposĂ©e comme l’une des voies possibles pour repenser le canon, avec l’ambition d’ouvrir la voie Ă  une perspective pluriculturelle postcoloniale. Kang Sang-soon nous conduit ensuite dans la CorĂ©e des annĂ©es 1920-1930, Ă©poque oĂč les anciens romans corĂ©ens ont refait surface dans la dynamique des discours publics du pays colonisĂ©. L’historien de la littĂ©rature corĂ©enne met en lumiĂšre la maniĂšre dont un genre littĂ©raire est intĂ©grĂ© au canon ou en est exclu sous l’effet du discours dominant du colonisateur. Enfin, la derniĂšre partie s’intĂ©resse Ă  la dimension pratique de l’enseignement du canon, en envisageant la possibilitĂ© d’intĂ©grer la littĂ©rature philippino-amĂ©ricaine au programme de lettres anglaises des universitĂ©s corĂ©ennes.

PensĂ©es ludiques Ă  l’horizon de « post »

4Park Sang-jin, spĂ©cialiste de la littĂ©rature italienne Ă  l’UniversitĂ© des langues Ă©trangĂšres de Pusan, propose de concevoir le prĂ©fixe « post » des postthĂ©ories — telles que le postmodernisme, le postnationalisme, etc. — comme un horizon de pensĂ©e : un espace oĂč rien de vĂ©ritablement neuf ne surgit, mais oĂč se dĂ©ploient des pensĂ©es ludiques qui interrogent sans relĂąche la littĂ©rature dite « mondiale », tout en rĂ©actualisant, de façon sĂ©lective, des thĂ©ories, des critiques et des positions dans le contexte contemporain1. Ce comparatiste corĂ©en dĂ©finit la littĂ©rature mondiale non pas comme une entitĂ© universelle — malgrĂ© l’eurocentrisme de la modernité —, mais comme un champ dynamique oĂč les places singuliĂšres occupĂ©es par chaque littĂ©rature nationale et locale peuvent Ă©merger comme autant d’« universels » au pluriel (p. 30). Selon lui, la littĂ©rature mondiale renvoie Ă  la conscience selon laquelle toutes les littĂ©ratures issues de territoires particuliers se traversent mutuellement, crĂ©ant des fissures dans le schĂ©ma canonique : le non-Occident et l’AntiquitĂ©, longtemps relĂ©guĂ©s aux marges du canon, ne sont plus tenus de suivre le modĂšle de l’Occident et de la modernitĂ© Ă©rigĂ©s en centre et en norme canonique.

5Park prend l’exemple de Shin Chae-ho (1880-1936), historien et figure indĂ©pendantiste, auteur du roman Le Ciel de rĂȘve, rĂ©digĂ© en 1916 et publiĂ© en CorĂ©e du Nord seulement en 1964. Durant la pĂ©riode coloniale japonaise, Shin Chae-ho s’inspire de Dante Alighieri qu’il Ă©rige en modĂšle d’écrivain-intellectuel engagĂ©. L’ouvrage, composĂ© de six chapitres, met en scĂšne le protagoniste Han-nom, guidĂ© par le gĂ©nĂ©ral corĂ©en Eulji Mundeok et le gĂ©nĂ©ral chinois Yang-je qui participe Ă  la guerre entre les deux pays tout en dĂ©couvrant l’histoire de l’AntiquitĂ© corĂ©enne. Au fil de son pĂ©riple, il s’efforce de prĂ©server son autonomie en suivant les conseils de Kang Gam-chan, afin de se dĂ©faire de la dĂ©pendance Ă  l’égard des puissances Ă©trangĂšres ; Ă  la fin du rĂ©cit, il s’élĂšve jusqu’au ciel pour rejoindre plusieurs grandes figures qui ont marquĂ© l’histoire de la CorĂ©e. À travers ce roman, Shin Chae-ho propose l’éveil du peuple et la rĂ©sistance comme rĂ©ponse Ă  la sociĂ©tĂ© corĂ©enne souffrant de la domination japonaise. Park Sang-jin met cependant l’accent sur la transformation opĂ©rĂ©e par Shin : loin d’une simple imitation de La Divine ComĂ©die, l’auteur corĂ©en investit l’expression littĂ©raire comme pratique de rĂ©sistance. Une telle dĂ©marche, tout en restant enracinĂ©e dans le contexte spĂ©cifique de la CorĂ©e, ne sombre pas dans un nationalisme Ă©troit (p. 94), une adaptation que Park Sang-jin interprĂšte comme un « jeu » littĂ©raire au sens large (p. 93).

La canonisation comme outil de résistance discursive

6Il est aisĂ© d’observer que le processus de canonisation a contribuĂ© Ă  lĂ©gitimer le rĂ©gime dominant, sur la voie de l’impĂ©rialisme et des vellĂ©itĂ©s de mise en place d’une nation moderne. Kang Sang-soon, cependant, propose un usage plus large du terme « canonisation », qui permet de revisiter des discours construits en dehors du pouvoir institutionnel. Il envisage donc d’examiner les discours publics qui se dĂ©veloppaient au sein des Ă©tablissements d’enseignement privĂ©s, des journaux, des publications et des confĂ©rences ; dĂšs lors, la « canonisation » dĂ©signe ici, une forme de rĂ©sistance discursive face aux conditions imposĂ©es par le rĂ©gime colonial.

7Ainsi, son approche consiste Ă  remettre en question l’idĂ©e, longtemps rĂ©pandue dans le champ des Ă©tudes de littĂ©rature corĂ©enne, selon laquelle la canonisation des anciens romans corĂ©ens ne commencerait rĂ©ellement Ă  se constituer qu’au moment oĂč certains textes seraient sĂ©lectionnĂ©s et enseignĂ©s Ă  l’école, aprĂšs avoir Ă©tĂ© approuvĂ©s par le ministĂšre de l’Éducation Ă  la suite de l’indĂ©pendance. Dans la perspective de Kang Sang-soon, en revanche, la canonisation se dĂ©finit plutĂŽt comme « un ensemble d’activitĂ©s visant Ă  faire Ă©merger des patrimoines culturels dignes d’attention, Ă  les rĂ©pertorier et Ă  en Ă©clairer les valeurs et les significations historiques2 » (p. 218).

8Il convient de prĂ©senter d’abord le positionnement des anciens romans corĂ©ens en tant que genre littĂ©raire avant l’époque moderne. À l’époque mĂ©diĂ©vale en Asie de l’Est, le systĂšme canonique — au centre duquel se situent les Écritures confucĂ©ennes, entourĂ©es des ouvrages historiques et la littĂ©rature chinoise codifiĂ©e — s’était stabilisĂ© et se transmettait tel quel, laissant peu de place Ă  la remise en question. Dans cette hiĂ©rarchie traditionnelle, le terme 소섀 (sosƏl) dĂ©signait un « discours philosophique mĂ©diocre ou un recueil de rĂ©cits historiques, assez nĂ©gligeable, circulant parmi le peuple » (p. 219). Plusieurs formes narratives dĂ©jĂ  prĂ©existantes Ă  l’époque moderne — telle que 소섀 (sosƏl), ì „êž° (chƏn’gi), 팚섀 (p’aesƏl), 연의 (yƏnĆ­i) — sont regroupĂ©es sous le nom de 소섀 (sosƏl) Ă  l’aube de l’époque moderne, terme qui en est venu Ă  dĂ©signer l’ensemble des rĂ©cits fictionnels issus de l’imagination de l’auteur. Il importe de souligner que ces romans relevaient d’une culture marginale et populaire : par exemple, Â ì˜„ëŁšëȘœ (Okru mong), roman Ă©crit en chinois, mais exclu du canon, qui circulait comme culture marginale parmi les hommes de la classe supĂ©rieure, tandis que 춘햄전 (Ch’unhyang chƏn), roman rĂ©digĂ© en hangeul — l’alphabet corĂ©en créé et promulguĂ© par le roi Sejong en 1443 —, Ă©tait lu par les femmes des classes aisĂ©e ainsi que par un lectorat populaire.

9Dans les annĂ©es qui prĂ©cĂšdent la conclusion du traitĂ© d’annexion entre la CorĂ©e et le Japon en 1910, les anciens romans corĂ©ens sont réévaluĂ©s par les intellectuels du pays. L’élite, y dĂ©couvrant la capacitĂ© de mobiliser une rĂ©volution politique venue d’en bas, s’est efforcĂ© de rĂ©intĂ©grer ces Ɠuvres jusque-lĂ  relĂ©guĂ©es aux marges du canon, afin de leur confĂ©rer une place lĂ©gitime, rĂ©pondant Ă  l’exigence de construire une nation corĂ©enne moderne. ConfrontĂ©s Ă  la menace de perdre la souverainetĂ© au profit du Japon, les intellectuels ont reconnu dans ces romans un genre littĂ©raire favorable Ă  vĂ©hiculer la conscience du citoyen moderne. RĂ©digĂ©s en hanguel, langue vernaculaire par opposition au chinois employĂ© par les classes lettrĂ©es, ces romans se sont largement diffusĂ©s parmi des CorĂ©ens issus de divers milieux sociaux, notamment les femmes et les ouvriers, jadis perçus comme incapables de participer au changement politique.

10L’essentiel de son propos rĂ©side dans la mise en lumiĂšre du rapport antagoniste entre le nationalisme culturel corĂ©en et les Études coloniales corĂ©ennes menĂ©es par le Japon, tel qu’il s’inscrivait dans la dynamique des discours publics du territoire colonisĂ©. Dans les annĂ©es 1910, les intellectuels corĂ©ens se sont lancĂ©s, souvent avec hĂąte et parfois avec ferveur, dans la poursuite de la modernitĂ© occidentale et sa promesse de gloire. Cependant, au lendemain de la PremiĂšre Guerre mondiale, certains d’entre eux ont de nouveau tournĂ© leur regard vers des traditions oubliĂ©es, y cherchant un moyen de sortir de la crise de souverainetĂ© et de l’exploitation subie par le peuple corĂ©en. Ils se sont alors engagĂ©s dans la voie du nationalisme culturel au tournant des annĂ©es 1920. Le pouvoir colonial japonais a instituĂ©, en 1926, Ă  l’UniversitĂ© impĂ©riale de Kyungseong (ancien nom de SĂ©oul), un enseignement consacrĂ© Ă  la langue et Ă  la littĂ©rature de la dynastie Joseon (1392-1910) puis a lancĂ© le programme du Â«Â ìĄ°ì„ ì—°ê”ŹÂ Â» (ChosƏn yƏn’gu, Études coloniales corĂ©ennes). Face Ă  ce programme, un premier groupe d’universitaires corĂ©ens s’est rĂ©appropriĂ© une maniĂšre d’envisager l’histoire littĂ©raire, tout en refusant la perspective coloniale et l’orientalisme vĂ©hiculĂ©s par les enseignants japonais ; ils ont pris l’initiative de constituer le Â«Â ìĄ°ì„ í•™Â Â» (ChosƏn hak, « Études nationales corĂ©ennes »). Kim Tae-joon, par exemple, a publiĂ© en 1933 ă€ŽìĄ°ì„ ì†Œì„€ì‚Źă€[L’Histoire du roman corĂ©en Ă  l’époque de Joseon] et a affirmĂ© qu’en s’écartant de la critique rigide et en observant les Ɠuvres de plus prĂšs, on dĂ©couvrait un nombre incalculable de textes dignes d’intĂ©rĂȘt. Il a ainsi proposĂ© de réévaluer ces textes — longtemps critiquĂ©s pour leur moralisme fĂ©odal et leur dĂ©terminisme du destin — selon une approche plus Ă©quitable, c’est-Ă -dire en tenant compte des conditions historiques de l’époque.

11C’est d’abord l’intĂ©rĂȘt portĂ© aux classiques, nĂ© d’un scepticisme Ă  l’égard de la modernitĂ© occidentale, qui a permis d’aborder les anciens romans corĂ©ens comme objet d’étude de la littĂ©rature nationale, Ă  la lumiĂšre de leur contexte historique, et de les rĂ©habiliter en tant que patrimoine de la culture corĂ©enne. Kang Sang-soon n’hĂ©site cependant pas Ă  rĂ©vĂ©ler que le Â«Â ìĄ°ì„ ì—°ê”ŹÂ Â» (ChosƏn yƏn’gu, « Études coloniales corĂ©ennes ») a paradoxalement, contribuĂ© Ă  susciter cet intĂ©rĂȘt :

Certains critiqueraient que la relation entre le Â«Â ìĄ°ì„ ì—°ê”ŹÂ Â» [Études coloniales corĂ©ennes ] et le Â«Â ìĄ°ì„ í•™Â Â» [Études nationales corĂ©ennes] ne relĂšverait que d’une opposition superficielle, alors qu’elle cacherait en rĂ©alitĂ© une forme de complicitĂ© latente. Il faut nĂ©anmoins constater que, dans une autre perspective, l’impĂ©rialisme et le postcolonialisme qui en dĂ©coulent se trouvent en rĂ©ciprocitĂ© contradictoire, comme la rĂ©sistance est toujours dirigĂ©e contre la domination et, inversement, la domination vise Ă©galement une forme de rĂ©sistance (p. 251)3.

12Kang Sang-soon a montrĂ© que la canonisation pouvait ĂȘtre rĂ©appropriĂ©e par une nĂ©cessitĂ© intĂ©rieure, en tant qu’outil de rĂ©sistance discursive contre la logique coloniale. Ses observations sur la rĂ©ciprocitĂ© contradictoire entre l’impĂ©rialisme et le postcolonialisme, rĂ©vĂšlent, en particulier, une autre maniĂšre de réécrire l’histoire de la littĂ©rature corĂ©enne. Kang assume ce paradoxe inconfortable tout en refusant les deux Ă©cueils : l’historiographie coloniale et le rĂ©visionnisme historique d’un cĂŽtĂ©, et le chauvinisme national de l’autre. Il nous invite Ă  prĂȘter attention aux formes de canonisation qui s’opĂ©raient en dehors du cadre institutionnel et universitaire, au sein de micro-discours publics issus de la culture populaire.

Vers le canon « local »

13Le dernier chapitre de l’ouvrage invite les Philippines et la littĂ©rature philippino-amĂ©ricaine dans le dĂ©bat autour de la canonisation : la CorĂ©e et les Philippines partagent en effet une expĂ©rience coloniale ; la premiĂšre ayant Ă©tĂ© colonisĂ©e par le Japon, tandis que les secondes l’ont Ă©tĂ© successivement par l’Espagne puis par les États-Unis. Les deux pays demeurent aujourd’hui encore marquĂ©s par l’influence de la nĂ©ocolonisation amĂ©ricaine. Ki Hyun-joo s’intĂ©resse Ă  l’intĂ©gration du corpus postcolonial au programme de la littĂ©rature anglaise, en particulier, dans les universitĂ©s de petite ou moyenne taille situĂ©es en dehors de SĂ©oul. Elle propose, dĂšs lors, de construire le canon « local », un concept inspirĂ© de Bobby Fong. Dans l’article intitulĂ© « Local canons : Professing Literature at the Small Liberal Arts College », l’ancien prĂ©sident d’Ursinus College prĂ©sente la possibilitĂ© d’intĂ©grer la littĂ©rature appalachienne dans le cursus de l’universitĂ© de Kenturcky, oĂč plus de 80% des Ă©tudiants sont originaires de cette rĂ©gion. En s’appuyant sur son argument, Ki Hyun-joo dĂ©finit plus concrĂštement le canon local : la liste des textes littĂ©raires susceptible d’ĂȘtre adoptĂ©e par plusieurs universitĂ©s situĂ©es dans un mĂȘme environnement gĂ©ographique et partageant des conditions similaires (p. 485).

14Son argumentation repose sur deux mutations majeures auxquelles les universitĂ©s corĂ©ennes sont aujourd’hui confrontĂ©es. La premiĂšre tient Ă  la baisse de la population Ă©tudiante, consĂ©quence directe de la chute du taux de natalitĂ© au cours de la derniĂšre dĂ©cennie en CorĂ©e : malgrĂ© la nĂ©cessitĂ© d’introduire les thĂ©ories et les critiques littĂ©raires Ă©mergeantes, le nombre restreint d’enseignants et les financements limitĂ©s freinent leur mise en Ɠuvre. La seconde relĂšve de l’évolution du profil et de la composition socioculturelle des Ă©tudiants : dans les rĂ©gions extĂ©rieures Ă  la capitale, la population Ă©tudiante compte un nombre croissant d’enfants de femmes immigrĂ©es mariĂ©es Ă  des hommes corĂ©ens, parmi elles, les Sino-CorĂ©ennes, les Chinoises, les Vietnamiennes et les Philippines constituent les groupes les plus nombreux. Dans ce contexte, la professeure de littĂ©rature anglaise, anticipant les transformations Ă  venir dans le paysage universitaire corĂ©en hors de la capitale, attire l’attention sur un point essentiel : la « lecture Ă  rebours » (p. 490) est sollicitĂ©e lorsque des textes de littĂ©rature ethnique, ancrĂ©s dans les origines nationales ou culturelles des migrants, sont intĂ©grĂ©s au programme. Autrement dit, il ne s’agit pas de reconfirmer l’idĂ©al du multiculturalisme — fondĂ© sur l’hypothĂšse d’une coexistence harmonieuse de valeurs plurielles — mais de mettre en lumiĂšre les dispositifs idĂ©ologiques qui distribuent, de maniĂšre inĂ©gale, le pouvoir et les ressources en fonction des diffĂ©rences, ainsi que les contradictions qui leur sont inhĂ©rentes (p. 490). Si l’on pousse plus loin cette problĂ©matique, la sociĂ©tĂ© corĂ©enne ne devra pas dĂ©tourner le regard des critiques portant sur les nouvelles configurations de domination interne, telles qu’elles Ă©mergeront dans les Ɠuvres Ă©crites en corĂ©en par de futurs Ă©crivains philippino-corĂ©ens.

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15ă€Žì •ì „ 형성의 ë…ŒëŠŹă€[Logique de la canonisation] invite Ă  envisager, Ă  diffĂ©rents Ă©chelons — local, national, territorial, jusqu’à l’international — des approches postcoloniales dont la diversitĂ© dĂ©pend autant des conditions discursives et historiques que d’une certaine cohĂ©rence, Ă  moins qu’elles ne rĂ©actualisent sans cesse leurs enjeux face aux multiples formes du pouvoir dominant. Dans cette perspective, un prolongement potentiel consisterait Ă  examiner de plus prĂšs la dynamique des discours postcoloniaux en Asie de l’Est, indissociablement liĂ©e au processus de construction de la nation moderne, en opposition Ă  l’Occident.