Acta fabula
ISSN 2115-8037

Volume 8, numéro 6
Élise Guillon

Parcours littéraires

Kris Peeters, Parcours littĂ©raires du Moyen Ăąge aux LumiĂšres. Huit siĂšcles de culture et de littĂ©rature française, Leuven, Éditions Acco, 2007, 268 pages.

1Cet ouvrage est ambitieux. L’auteur se propose en effet de mener une rĂ©flexion sur les notions d’ambivalence de la science historique, de littĂ©rature, de littĂ©rature et langue françaises, d’histoire de la littĂ©rature. « Comment par exemple, nous demande t-il, fixer les origines de la littĂ©rature française Ă  une Ă©poque oĂč la France n’existe pas ? ».  Comment comprendre les valeurs vĂ©hiculĂ©es dans les Ɠuvres sans les replacer dans un contexte historique, au sein d’une Ă©volution artistique et littĂ©raire ? « La littĂ©rature a en effet ceci de particulier qu’elle se souvient constamment de son passĂ©. Impossible d’écrire un texte littĂ©raire sans Ă©crire en mĂȘme temps sur la littĂ©rature : toute Ɠuvre porte en elle l’histoire de son genre, des thĂšmes qu’elle aborde, des grands auteurs qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©e ou cĂŽtoyĂ©e. »  Comment, enfin, accepter une histoire littĂ©raire univoque ?  

2Il ne s’agit pas cependant ici de thĂ©orie littĂ©raire. L’amorce de ces rĂ©flexions vise Ă  justifier la structure du manuel. Celle-ci est fondĂ©e sur l’exposition systĂ©matique du contexte historique, artistique, politique et normatif liĂ© Ă  une pĂ©riode. Le statut de la littĂ©rature et son Ă©volution sont ensuite analysĂ©s. Enfin, de façon plus dĂ©taillĂ©e, sont Ă©voquĂ©s les auteurs, genres et Ɠuvres marquants – ou jugĂ©s tels par l’histoire littĂ©raire – de ladite pĂ©riode.

3L’ouvrage se dĂ©compose en cinq parties historiques : le Moyen Âge, la Renaissance, l’ñge baroque, le Classicisme et les LumiĂšres.

4Si le Moyen Âge, tel qu’il est dĂ©fini historiquement, dĂ©bute avec la chute de l’Empire romain d’Occident (476) et s’achĂšve par celle de l’Empire romain d’Orient (1453), le Moyen Âge littĂ©raire embrasse quant Ă  lui une pĂ©riode allant du XIĂšme au XIVĂšme s.

5L’auteur retient quelques faits socio-historiques importants pour la comprĂ©hension de la littĂ©rature mĂ©diĂ©vale, tels la prĂ©pondĂ©rance de la religion catholique, le monachisme, l’hĂ©ritage de la langue latine. D’un point de vue artistique, il Ă©voque l’art roman en architecture, peinture et sculpture et l’avĂšnement du gothique. Il s’intĂ©resse au processus d’unification de la langue française – cette derniĂšre s’imposant rĂ©ellement au XVIIĂšme s., sous l’influence du centralisme politique. La fĂ©odalitĂ© et ses idĂ©aux, la Guerre de Cent ans sont autant de traits fondamentaux au Moyen Âge, prĂ©sentĂ©s dans cette brĂšve Ă©vocation historique.

6L’ouvrage souligne ensuite l’importance des premiers textes rĂ©digĂ©s en français dont l’Histoire garde trace. Les serments de Strasbourg, conclus en 842, mettent fin au partage des territoires impĂ©riaux selon la rĂšgle de primogĂ©niture et permettront la lente constitution de l’unitĂ© territoriale du futur royaume de France et du Saint Empire romain germanique. Le cantilĂšne de sainte Eulalie (881) est quant Ă  lui considĂ©rĂ© comme le premier texte littĂ©raire rĂ©digĂ© en français. Les textes hagiographiques prennent Ă©galement une place de premier plan dans la constitution de cette balbutiante littĂ©rature française.

7L’auteur s’interroge, dans un second chapitre, sur la littĂ©rature, la notion d’auteur et d’Ɠuvre Ă  cette pĂ©riode. Il rappelle que « la littĂ©rature du Moyen Âge telle que nous en portent tĂ©moignage les manuscrits conservĂ©s est une littĂ©rature vagabonde. Les textes ne sont que la transcription d’une littĂ©rature profondĂ©ment orale, d’une littĂ©rature spectacle, d’un art complet qui n’était pas destinĂ©, avant le XIIIĂšme siĂšcle, Ă  la lecture, mais Ă  la rĂ©citation et au chant publics ». De mĂȘme, la notion d’individu et, par consĂ©quent d’auteur, ne peut s’appliquer Ă  l’époque mĂ©diĂ©vale.

8Enfin sont abordĂ©s de façon plus approfondie, selon la structure mĂȘme de l’ouvrage, les genres et traits caractĂ©ristiques de l’art littĂ©raire. Le genre Ă©pique apparaĂźt comme la plus vive expression de l’idĂ©al fĂ©odal et de l’élan chevaleresque. Le roman courtois, qui naĂźt au XIIĂšme s., est jugĂ© « plus rĂ©aliste que l’épopĂ©e ». Il traduit le souci de raffinement d’une aristocratie de cour.  Le genre lyrique, quant Ă  lui, s’épanouit dans les milieux aristocratiques du XIIĂšme s. D’abord composĂ©es en langue d’oc par les troubadours, ces poĂ©sies courtoises trouvent leur place dans le Nord, en langue d’oĂŻl, sous l’appellation de trouvĂšres. La fin’amor provençale fait l’objet d’un sous-chapitre. Ce dernier Ă©claire le lecteur sur les codifications sociales qui sous-tendent les rapports amoureux dĂ©crits dans ces poĂ©sies.

9La chanson de geste demeure le genre le plus marquant de cette pĂ©riode. Dans le contexte des Croisades, elle exprime d’abord l’idĂ©al Ă©pique (XIIĂšme s.), en narrant des exploits antĂ©rieurs de hĂ©ros tels Charlemagne. L’auteur choisit, pour illustrer ce genre, de commenter la Chanson de Roland.

10Le roman est Ă©galement l’objet d’une Ă©tude approfondie. L’auteur s’interroge sur le terme-mĂȘme de « roman » et revient notamment sur Tristan et Yseut – demeuré « l’un des mythes les plus vivants de notre culture » – , et le Roman de la Rose.

11Au seuil d’une nouvelle Ăšre, entre le XIVĂšme et le XVĂšme s., l’artiste acquiert le statut d’individu. Des genres littĂ©raires, tels la farce ou la nouvelle, apparaissent, qui prĂ©figurent la Renaissance.

12Longtemps, l’époque mĂ©diĂ©vale n’a Ă©tĂ© jugĂ©e par les historiens que comme une « longue nuit » prĂ©cĂ©dant le renouveau de la Renaissance et la redĂ©couverte de l’AntiquitĂ©. On sait toutefois que les Ă©volutions historiques ne sont guĂšre linĂ©aires.

13De grandes transformations sont cependant remarquables Ă  la Renaissance. L’invention de l’imprimerie permet « à la fois une multiplication, une divulgation et une dĂ©mocratisation [
] des savoirs ». En matiĂšre d’arts, on redĂ©couvre les proportions du style romain.

14L’humanisme, Ă©laborĂ© entre 1460 et 1560 environ, voue un intĂ©rĂȘt aux « lettres antiques profanes, humaines, par opposition aux textes sacrĂ©s ». Une « curiositĂ© encyclopĂ©dique » et l’idĂ©al d’un savoir universel se font jour. Ces valeurs influencent la peinture, qui se veut plus rĂ©aliste et accorde alors une place prĂ©pondĂ©rante Ă  « l’idĂ©al nĂ©oplatonicien de grandeur humaine ». Enfin, l’intĂ©rĂȘt pour la langue vulgaire et la dĂ©couverte de l’AmĂ©rique, en 1492, sont autant d’expressions de ces changements profonds. L’intellectuel de le Renaissance prend conscience de la dualitĂ© de sa culture. D’une part, il porte l’hĂ©ritage antique, d’autre part, il perçoit les richesses d’un monde nouveau, marquĂ© par de grandes dĂ©couvertes.

15La littĂ©rature de cette pĂ©riode est le reflet de ces valeurs nouvelles. On constate la survivance de genres mĂ©diĂ©vaux comme le roman. À titre d’exemple, l’Ɠuvre de François Rabelais emprunte Ă  la parodie mĂ©diĂ©vale, tout en rĂ©vĂ©lant un ton nouveau, mĂȘlant culture savante et balourdise populaire. ConsidĂ©rĂ© comme l’un des plus grands humanistes, Rabelais fait montre d’une invention verbale immense. Il multiplie les « calembours et les jeux de mots ». Mais surtout, son Ɠuvre traduit une « foi immense en la nature de l’homme ». « FonciĂšrement positive, l’image de l’homme que donne Rabelais en est une de l’homme qui rit, qui boit, qui jouit de la vie, Ăąme et corps. »

16Le genre lyrique connaĂźt des transformations notables. L’ouvrage met en avant les auteurs dits de La PlĂ©iade (terme inventĂ© en 1556 par Pierre de Ronsard pour qualifier les sept principaux poĂštes du groupe). Ronsard (1524-1565) et Joachim du Bellay (1522-1560), marquĂ©s par une « connaissance profonde de la tradition grĂ©co-latine », entendent promouvoir la langue française dans toute sa puissance poĂ©tique. « Le processus de crĂ©ation d’une langue poĂ©tique française est [ 
] d’abord un processus d’enrichissement de la langue. Les poĂštes de la PlĂ©iade empruntent un vocabulaire nouveau au dialecte lyonnais, aux mĂ©tiers, aux diffĂ©rentes strates sociales, mais surtout [
] [crĂ©ent des] mots nouveaux, en greffant des mots français existant sur un radical empruntĂ© au latin ». La doctrine de la PlĂ©iade est fondĂ©e sur le principe de l’imitation. « La poĂ©sie est un mĂ©tier vĂ©nĂ©rable, un mĂ©tier qui s’apprend et qui correspond Ă  un certain nombre de rĂšgles, Ă  des codes, Ă  des canons dont il faut s’imprĂ©gner ».

17Du Bellay publie le manifeste DĂ©fense et illustration de la langue française en 1549, tandis que Ronsard produit une Ɠuvre variĂ©e, oĂč « les chansons et les madrigaux cĂŽtoient les hymnes philosophiques ». Son cĂ©lĂšbre recueil Les Amours, paru en 1552, chante « une passion idĂ©alisĂ©e pour un ĂȘtre incomparable » nommĂ© Cassandre. Les thĂšmes de la mort, de la nature-refuge et de la mythologie antique y sont fondamentaux. Pour K. Peeters, Ronsard exercera une influence non nĂ©gligeable sur la poĂ©sie classique, par ses rĂ©fĂ©rences antiques mais aussi d’un point de vue formel (sonnet, rĂ©gularitĂ© du vers).

18Quant Ă  la Renaissance dans son ensemble, elle annonce l’époque baroque, qui utilisera ses nouveaux acquis « en les dĂ©tournant vers une plus grande variĂ©tĂ© et une plus grande expressivité ».

19La notion historique de Baroque a Ă©tĂ© introduite au XVIIIĂšme s. pour dĂ©finir les beaux-arts du XVI au XVIIĂšme s. On distingue le prĂ©baroque, avant 1630, et le plein baroque, entre 1630 et 1665. Les thĂšmes d’inconstance, de guerre, d’atrocitĂ© sont dĂ©veloppĂ©s, au mĂȘme titre que l’ostentation, la mĂ©tamorphose ou la distorsion du dĂ©cor. La mort apparaĂźt comme insĂ©parable de la vie. L’art baroque se caractĂ©rise par une grande variĂ©tĂ© et une recherche de théùtralitĂ©. En France, le chĂąteau de Vaux-le-Vicomte – construit par l’infortunĂ© Nicolas Fouquet, dont on connaĂźt la rivalitĂ© avec Louis XIV et la triste fin ­– symbolise Ă  merveille l’art baroque. Le jardin devient un « théùtre gigantesque de fĂȘtes publiques ». La peinture et la sculpture sont marquĂ©es par les notions de mouvement, de surcharge et de recherche d’expressivitĂ© nouvelle. Philosophiquement, on note un regain d’intĂ©rĂȘt pour la doctrine Ă©picurienne. D’un point de vue politique, l’État centralisĂ©, dont Richelieu jette les bases, Ă©merge.

20Pour K. Peeters, il est alors, en littérature, difficile de classer les auteurs selon « un genre bien précis ». « Les écrivains se font philosophes, poÚtes, moralistes, hommes politiques, historiens tout à la fois. »

21Michel de Montaigne (1533-1592), avec ses Essais, illustre la naissance d’un genre nouveau, d’une littĂ©rature du rĂ©el ouvrant sur une « analyse du moi », livrant une rĂ©flexion « profonde » appuyĂ©e sur la lecture et l’observation du monde.

22L’époque voit aussi l’essor de la poĂ©sie. François de Malherbe (1555-1528) se veut « poĂšte technicien », obsĂ©dĂ© par l’harmonie des strophes. Selon Peeters, sa poĂ©sie est « d’une rare perfection formelle ».

23Parmi ses opposants, Mathurin RĂ©gnier (1573-1613) demeure aujourd’hui connu pour ses Satires. Il raille « les minuties et l’absence d’imagination » du technicien qu’est Malherbe et tire notamment son inspiration d’Horace.

24Le Classicisme naĂźt, en France, autour de 1630. Le prĂ©classicisme coĂŻncide avec l’apogĂ©e du baroque et « ce n’est [
] que pendant une pĂ©riode relativement brĂšve, de 1660 Ă  1685 environ, que le grand Classicisme sera tout puissant en France ».  Les principes de rigueur, de clartĂ©, rĂ©gularitĂ© de la forme s’imposent. L’extravagance baroque dans les arts laisse place Ă  un souci d’unitĂ© de ton et de style, d’exaltation de la magnificence, « reflet de la hiĂ©rarchie politico-sociale ». L’histoire occupe une place prĂ©pondĂ©rante en peinture, par la reprĂ©sentation des scĂšnes bibliques et mythologiques. Dans le domaine politique, la rĂ©volte de la haute noblesse, lors de la Fronde (1648-1653), n’empĂȘche par le renforcement de l’absolutisme royal. Le dĂ©veloppement d’une vĂ©ritable sociĂ©tĂ© de cour parachĂšve ce dernier et permet au roi Louis XIV d’exercer un plus grand contrĂŽle sur la noblesse. Les salons sont un lieu de vie mondaine mais aussi « de rayonnement culturel, de promotion des Ă©crivains [
], qui y rencontrent des protecteurs favorisant l’essor des genres propres de la littĂ©rature mondaine (poĂ©sie de salon, romans, lettres) ». Ils illustrent le dĂ©veloppement de la culture prĂ©cieuse, marquĂ©e par l’idĂ©al de l’honnĂȘte homme, l’art de vivre et recevoir.

25La profusion romanesque marque l’époque classique. Paul Scarron (1610-1660) est l’auteur d’anti-romans burlesques, tels Le Virgile travesti, parodie de L’ÉnĂ©ide (1649-1659).

26Le souci de simplicitĂ© de l’intrigue, de vraisemblance est trĂšs net. « Le rĂ©cit Ă  la troisiĂšme personne gagne du terrain et renouvelle l’esthĂ©tique de la nouvelle par l’introduction de diverses formes : les mĂ©moires, les lettres et rĂ©cits de voyage. » Mme de La Fayette (1634-1693) trouve une place de marque dans ce chapitre consacrĂ© au roman. Son grand Ɠuvre, La Princesse de ClĂšves, apparaĂźt Ă  K. Peeters comme l’un des plus grands romans classiques et un « chef d’Ɠuvre de la prĂ©ciosité ».

27L’auteur consacre Ă©galement une partie aux mondains et moralistes. Mme de SĂ©vignĂ© (1626-1696), Jean de La BruyĂšre (1645-1696), le cardinal de Retz (1613-1673) sont autant d’observateurs de la comĂ©die humaine. La BruyĂšre manie l’art de la rhĂ©torique et fait preuve d’un savoureux sens du dĂ©tail, dans ses  CaractĂšres (1688).

28Les « religieux » sont également présentés, avec Bossuet (1627-1704) et  Pascal (1623-1662).

29De mĂȘme, l’auteur glorifie le « grand siĂšcle du théùtre » en consacrant de nombreuses pages Ă  Pierre Corneille (1606-1684), Jean Racine (1639-1699) et MoliĂšre (1622-1673).

30L’Ɠuvre de Jean de la Fontaine (1621-1695) fait l’objet d’un chapitre.

31Au cƓur du Classicisme, croĂźt la crise de la conscience europĂ©enne – d’ailleurs dĂ©crite par Paul Hazard dans un ouvrage Ă©ponyme – marquĂ©e par le renforcement de l’hĂ©tĂ©rodoxie religieuse, le progrĂšs des sciences et du modĂšle de rĂ©flexion expĂ©rimentale, l’affranchissement religieux de la philosophie. Pierre Bayle (1647-1707) est emblĂ©matique de cette nouvelle conscience. Dans son Dictionnaire historique et critique (1697), il « compare les sources, questionne, annote, explique, essaie d’interprĂ©ter pour trouver le plus grand degrĂ© possible de certitude historique ». Autant de modes de pensĂ©e qui ouvrent la voie aux LumiĂšres.

32Mouvement « complexe » qui dĂ©bute vers 1685 et s’achĂšve Ă  la fin du XVIIIĂšme s., courant de pensĂ©e « caractĂ©risĂ© par un effort pour comprendre le monde ‘à la seule lumiĂšre naturelle de le Raison’ (Descartes) », les LumiĂšres voient une fondamentale remise en cause des institutions politiques et sociales et des abus de la religion. Brille alors une « magnifique confiance ‘en les progrĂšs de l’esprit humain’ (Condorcet) ».

33Dans les arts, le rococo domine et « dĂ©veloppe les tendances baroques prĂ©sentes Ă  l’époque classique ». Ce style « se veut l’expression du goĂ»t du jour », de « l’allure de la noblesse, plus libre de faire montre de ses fastes ». La RĂ©gence ­–  aprĂšs la mort de Louis XIV­ – et les rĂšgnes successifs de Louis XV et Louis XVI tĂ©moignent du dĂ©clin progressif de l’absolutisme, jusqu’à la RĂ©volution de 1789. Dans les cafĂ©s, oĂč se rencontrent les gentilshommes cultivĂ©s,  des discussions nouvelles se font entendre. « La littĂ©rature devient au XVIIIĂšme siĂšcle une arme de combat pour le dĂ©veloppement d’une conscience bourgeoise. » C’est alors que « le roman, genre moderne, s’impose dĂ©finitivement », teintĂ© de merveilleux oriental, et, dans la seconde moitiĂ© du XIIIĂšme s., de sentimentalisme, notamment avec l’ouvrage de Jean-Jacques Rousseau, La Nouvelle HĂ©loĂŻse (1761). Alain-RenĂ© Lesage (1668-1747) donne, dans ses romans, « une revue satirique du monde », tandis que Marivaux (1688-1763) offre une « analyse minutieuse du cƓur humain ». Bien Ă©videmment, K. Peeters fait ici la part belle Ă  Denis Diderot (1713-1784), Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), Voltaire (1694-1778) et Montesquieu  (1689-1755). Romanesque, politique, philosophique, historique, l’Ɠuvre des philosophes des LumiĂšres est monumentale. On se fĂ©licitera de la sous-partie consacrĂ©e Ă  L’EncyclopĂ©die mais on regrettera que De l’Esprit des Lois (1747) de Montesquieu ne fasse par l’objet d’une prĂ©sentation plus fouillĂ©e. Cependant, les LumiĂšres, dans toute leur diversitĂ©, sont ici apprĂ©hendĂ©es avec une grande perspicacitĂ©.

34RĂ©sumer le foisonnement de l’époque classique, l’histoire de la Renaissance ou la culture mĂ©diĂ©vale en quelques paragraphes est Ă©videmment rĂ©ducteur. Les liens entre valeurs culturelles et valeurs exaltĂ©es en littĂ©rature sont parfois trĂšs subtils. Certes, il existe une corrĂ©lation entre les Croisades, l’idĂ©al Ă©pique et la littĂ©rature hĂ©roĂŻque. En revanche, il est plus malaisĂ© d’expliquer historiquement l’apparition, Ă  la fin du XIIĂšme s., du roman courtois, plus tournĂ© vers le fĂ©erique et le raffinement aristocratique.

35Nous ne pouvons cependant reprocher Ă  l’auteur de ne faire qu’une Ă©bauche du contexte historico-culturel. Rappelons-le : l’ouvrage est avant tout un manuel, qui ne peut donc prĂ©tendre Ă  l’exhaustivitĂ©.

36Reconnaissons lui deux rĂ©els mĂ©rites : l’extrĂȘme clartĂ© du propos et la prĂ©sence, Ă  chaque chapitre, d’une bibliographie fort intĂ©ressante. Enfin, notons qu’il s’agit d’un panorama riche de la littĂ©rature française – dont nous n’avons fait ici que retracer les grandes lignes – et d’une rĂ©elle invitation Ă  la lecture des classiques.