Acta fabula
ISSN 2115-8037

Volume 8, numéro 6
Christof Schöch

L’ekphrasis comme description de lieux : de l’antiquitĂ© aux romantiques anglais

Janice Hewlett Koelb. Poetics of Description. Imagined Places in European Literature. New York & Basingstoke : Palgrave MacMillan, 2006, 232 pages.

1Tout commence avec une double interrogation : comment se fait-il que tout le monde emploie aujourd’hui le terme d’« ekphrasis » pour dĂ©signer des reprĂ©sentations verbales d’Ɠuvres d’art, alors que ce terme grec a son origine dans une Ă©poque qui n’accordait aucun statut spĂ©cifique aux Ɠuvres d’art ? Et est-ce que cette spĂ©cialisation sĂ©mantique n’a-t-elle pas eu pour rĂ©sultat une vision rĂ©ductrice et limitĂ©e de l’histoire de l’écriture descriptive ?

2Afin de rĂ©pondre Ă  ces questions, Janice Koelb propose tout d’abord une utile mise au point de l’histoire du terme « ekphrasis ». Apparaissant pour la premiĂšre fois au premier siĂšcle avant notre Ăšre, il est prĂ©sent notamment dans les Progymnasmata, les exercices de rhĂ©torique. Aelius ThĂ©on, au premier siĂšcle de notre Ăšre, dĂ©finit l’ekphrasis comme « un discours qui nous fait faire le tour (periĂ©gĂšmatikos) de ce qu’il montre (to dĂšloumenon) en le portant sous les yeux avec Ă©vidence (enargĂŽs) ».1 L’ekphrasis est liĂ©e avant tout Ă  une certaine vivacitĂ© (enargeia chez les Grecs, puis evidentia chez les Romains) qui est censĂ©e transformer les lecteurs ou auditeurs en tĂ©moins. L’objet du discours ekphrastique n’est nullement restreint, pouvant porter sur des personnes, des lieux, des temps ou des ‘choses faites’ (pragmata), sans que les objets d’art soient expressĂ©ment nommĂ©s. Koelb constate une remarquable stabilitĂ© de cette notion de l’ekphrasis depuis l’AntiquitĂ© au Moyen Âge et Ă  la Renaissance jusqu’au XVIIIe siĂšcle, stabilitĂ© due surtout aux manuels rhĂ©toriques antiques qui continuent d’ĂȘtre utilisĂ©s Ă  travers les siĂšcles. C’est dans les Progymnasmata d’Aphtonius, traduits en latin et augmentĂ©s par Reinhold Lorich au XVIe siĂšcle, que Milton a puisĂ© son Ă©ducation rhĂ©torique. Certes, Ă  partir de la pĂ©riode hellĂ©nistique, l’Ɠuvre d’art est valorisĂ©e en tant que telle et la description d’Ɠuvres d’art peut ensuite devenir, dans les Eikones de Philostrate, un genre d’écriture Ă  part. Avant cette pĂ©riode et dans beaucoup d’autres textes, cependant, ce n’est pas le cas, et on y trouve autant et plus de descriptions animĂ©es de lieux ou d’animaux que d’Ɠuvres d’art.

3Comment est-il possible, dans ce contexte, que le terme d’ekphrasis soit aujourd’hui limitĂ© Ă  ne dĂ©signer que la reprĂ©sentation verbale d’une Ɠuvre d’art ? Pourquoi les critiques ne citent que le bouclier d’Achille ou celui d’ÉnĂ©e comme des exemples reprĂ©sentatifs de l’ekphrasis classique ? Selon Janice Koelb, deux critiques français seraient les premiers qui, de maniĂšre hĂ©sitante, Ă  la fin du XIXe siĂšcle, auraient employĂ©s le terme d’ekphrasis pour dĂ©signer des descriptions d’art : Édouard Bertrand et Auguste Bougot, dans deux Ă©tudes sur Philostrate l’ancien parus en 1881.2 Lorsque Paul FriedlĂ€nder, en 1912, dans son Ă©tude sur l’époque justinienne, insiste sur le fait que l’objet de l’ekphrasis n’était nullement limitĂ© Ă  des Ɠuvres d’art, c’est peut-ĂȘtre en rĂ©action aux travaux de Bertrand et de Bougot.3 Et si l’Oxford Classical Dictionary semble autoriser, pour la premiĂšre fois, en 1949, la dĂ©finition restreinte de l’ekphrasis, ce n’est vraiment qu’avec le fameux article de Leo Spitzer sur l’« Ode to a Grecian Urn » de John Keats que cet usage du terme est consacrĂ©.4 Koelb note que si les critiques littĂ©raires du XXe siĂšcle avaient Ă©tĂ© aussi fascinĂ©s par l’histoire naturelle que par l’histoire de l’art, le sens restreint d’ekphrasis n’aurait peut-ĂȘtre pas eu le mĂȘme succĂšs. Mais c’est surtout parce que les « New Critics » anglo-saxons Ă©taient acquis Ă  l’idĂ©e du « poem as artifact » que la description d’une Ɠuvre d’art les intĂ©ressait tant. Par un vĂ©ritable renversement sĂ©mantique et axiologique, l’ekphrasis, qui avait dĂ©signĂ© l’illusion d’immĂ©diatetĂ©, Ă©tait venu Ă  dĂ©signer la reprĂ©sentation (verbale) d’une reprĂ©sentation (visuelle), l’image mĂȘme de la mĂ©diation.5

4Selon Janice Koelb, la dĂ©finition restreinte de l’ekphrasis a conduit la critique littĂ©raire Ă  nĂ©gliger la tradition ekphrastique (ou descriptive) plus large et a dĂ©tournĂ© l’attention critique de descriptions « vives et animĂ©es » d’autre chose que d’objets d’art, occultant non seulement l’ekphrasis antique dans toute sa variĂ©tĂ©, mais Ă©galement ses avatars ultĂ©rieurs. L’auteur entend donc rĂ©mĂ©dier Ă  cette occultation en explorant une lignĂ©e ekphrastique nĂ©gligĂ©e jusqu’ici, celle des descriptions de lieux. Elle se propose de montrer que c’est dans les descriptions de lieux entretenant un rapport figuratif avec un personnage que l’exigence de vivacitĂ© de l’ekphrasis, « the ancient topos of vividness » (p. 71), a perdurĂ© Ă  travers les siĂšcles. Loin d’ĂȘtre purement ornementales, ces descriptions sont fortement fonctionnalisĂ©es dans les textes : elles sont « integral to the design of the entire work » (p. 8) et appellent Ă  une lecture allĂ©gorique (p. 54ff). Selon Koelb, c’est dĂšs l’AntiquitĂ© que la description de lieux est le vĂ©ritable paradigme de l’ekphrasis en tant que discours vif et animĂ©. Koelb suggĂšre que chez HomĂšre et Virgile, l’enargeia des ekphrases est liĂ©e Ă  ce qu’elles sont « interfused with (human or divine) character or feeling » (p. 14). L’auteur propose la paraphrase d’« ethical place description » pour ces ekphrases, l’épithĂšte renvoyant au grec ethos, caractĂšre. Cette tradition antique de la description de lieux a Ă©tĂ© transmise Ă  la Renaissance, puis surtout Ă  la poĂ©sie romantique anglaise dont elle reprĂ©sente une marque essentielle : « This study traces how the tradition of classical ekphrasis continued past antiquity into the modern world ; how its transformation after antiquity was particularly vigorous in the form of place description ; and how the poetry of Wordsworth and Byron was among the most successful and historically important offspring of that tradition ». (p. 17)  C’est donc Ă  une redĂ©couverte de tout un pan de l’histoire de l’ekphrasis et Ă  une relecture de la poĂ©sie romantique anglaise Ă  la lumiĂšre de cette histoire que s’attache le livre de Janice Koelb.6

5Koelb entreprend dans un premier temps d’analyser les origines de la description de lieux Ă  travers un exemple particuliĂšrement significatif, celui de la longue description dans l’ÉnĂ©ide de Virgile, quand il dĂ©crit un paysage montagneux qui forme un havre naturel oĂč ÉnĂ©e trouve refuge aprĂšs une tempĂȘte devastatrice et avant de visiter le temple carthagĂ©nien. Cette description est elle-mĂȘme la transformation d’une description homĂ©rique du havre consacrĂ© Ă  Phorcys, en Ithaka, oĂč Odysseus arrive Ă  la toute fin de son pĂ©riple. Dans une lecture aussi prĂ©cise qu’ingĂ©nieuse du passage, s’appuyant notamment sur la mĂ©taphore de la paroi arborĂ©e (la « sylvan scene », p. 69) qui entoure le havre, Koelb montre que la description du havre rĂ©pond Ă  une stratĂ©gie virgilienne de l’enchĂąssement figuratif (« figurative embedding », p. 70) qui fait qu’elle s’intĂšgre dans l’exposition du texte, soulĂšve des questions et des attentes chez le lecteur, et Ă©tablit des rapports de comparaison, de contraste, d’ironie mĂȘme avec le reste du texte Ă©pique dans son ensemble.

6Dans deux textes de la fin du XVIIe siĂšcle, la traduction de l’ÉneĂ­de par Dryden (1697) et Paradise Lost de Milton (1667), Koelb montre ensuite que la mĂ©taphore de la scĂšne arborĂ©e virgilienne fonde tout une lignĂ©e de descriptions de paysages scĂ©niques et pittoresques dans lesquels des sujets humains se trouvent ĂȘtre des spectateurs nostalgiques d’un monde des objets qu’ils ne sauraient pleinement habiter (p. 83). Au-delĂ  d’une signification figurative ou symbolique du lieu pour le texte dans son ensemble, le lieu est maintenant, chez Milton notamment, dĂ©crit Ă  travers la vision du personnage qui le dĂ©couvre, et cette description est impregnĂ©e du caractĂšre et de la situation de ce personnage : le Satan de Milton est incapable de percevoir la beautĂ© du paradis, dĂ©crit avec tous les attributs du locus amƓnus par le narrateur, parce qu’il porte l’enfer en lui-mĂȘme et ne peut pas s’en Ă©chapper : entre la vision du paradis prĂ©sentĂ© par le narrateur (« the narrator’s illumined poetic vision », p. 89) et la perception que Satan a du mĂȘme lieu, il y a un dĂ©calage qui reproduit l’opposition centrale du texte entre la conscience illuminĂ©e et la conscience aprĂšs la chute, et est porteuse d’une ironie cruelle envers Satan. L’artificialitĂ© du paradis renvoie Ă  l’idĂ©e du « divine artificer » et constitue un approfondissement du thĂšme virgilien de la rĂ©alitĂ© et de l’illusion.

7Si Milton, transformant la description virgilienne, a introduit dans l’histoire de la description de lieux le topos de l’interdĂ©pendance entre la nature et l’esprit humain, ce n’est cependant qu’au confluent d’un certain nombre de tendances, Ă  la fin du dix-huitiĂšme siĂšcle, que cette interdĂ©pendance a pu devenir poĂ©tiquement productive : des tendances en philosophie naturelle, en culture visuelle et thĂ©orie esthĂ©tique se rĂ©unissent et conditionnent la rhĂ©torique descriptive (« descriptive rhetoric », p. 97) de Wordsworth. Koelb identifie comme catĂ©gorie esthĂ©tique centrale pour le dĂ©veloppement de cette rhĂ©torique descriptive la notion du pittoresque (« the picturesque », p. 97) telle qu’elle s’est dĂ©veloppĂ©e au dix-huitiĂšme siĂšcle dans le contexte d’une nouvelle maniĂšre de voyager pour le plaisir de regarder le paysage (« picturesque travel »). Elle a notamment Ă©tĂ© promue et thĂ©orisĂ©e, sous l’influence dĂ©cisive de la thĂ©orie du beau et du sublime d’Edmund Burke et du Spectator de Joseph Addison, par William Gilpin.7 Koelb prĂ©cise : « The entire project of picturesque travel was founded on the possibility of visiting nearby and partially familiar locations, but looking on these everyday scenes as if they were exotic, unfamiliar, and worthy of represenation in art. » (p. 97)

8La thĂ©orie de Gilpin, taxinomique, rationalisante, prenant en considĂ©ration les soucis pratiques du « middle-class traveler », fonctionne ici comme un repoussoir qui fait ressortir la singularitĂ© et le gĂ©nie de William Wordsworth. Celui-ci rĂ©agit violemment contre Gilpin, transformant profondĂ©ment le concept du « picturesque » tout en se l’appropriant : au lieu d’adopter un regard artificiel censĂ© transformer la nature en Ɠuvre d’art, il accentue l’idĂ©e qu’il importe surtout de prendre en compte l’homme percevant la nature pour Ă©voquer, dans l’esprit du lecteur,  « clear thoughts, lively images, and strong feelings », autrement dit, pour faire des descriptions de lieux vives et animĂ©es dans la tradition ekphrastique dĂ©crite par Koelb.

9On sait que l’une des innovations de Wordsworth par rapport Ă  ses prĂ©dĂ©cesseurs (les poĂštes de la nature, tels Young, Gray, Thomson, Philips), c’est d’avoir opĂ©rĂ© un dĂ©placement : de la description du lieu en tant que tel, il passe Ă  celle de la perception du lieu par l’homme qui l’observe ou l’habite. Mais la transformation du « picturesque traveler » de Gilpin en une nouvelle figure, le « halted old wanderer » n’apparaĂźt pleinement que dans le grand projet de The Excursion (1814) de Wordsworth que Koelb appelle une « antipicturesque excursion » (p. 134). Dans la premiĂšre partie de The Excursion, intitulĂ©e « The Wanderer », tout se passe comme si Wordsworth avait pris le voyageur distrait et impatient de Gilpin pour le ralentir et lui permettre d’avoir une rĂ©action Ă©motionnelle face au lieu qu’il dĂ©couvre, tout en montrant que les lieux sont eux-mĂȘmes des emblĂšmes des humains qui s’y meuvent. Mais surtout, The Excursion devient, Ă  travers les descriptions de lieux, un « therapeutic psychodrama » (p. 127) : le Wanderer et le poĂšte visitent ensemble les alentours d’une maison oĂč habitait jadis Margaret, dont le Wanderer raconte l’histoire au jeune poĂšte. À travers les descriptions rĂ©pĂ©tĂ©es de la maison de Margaret, le Wanderer crĂ©e les Ă©motions qu’il convient de produire chez le poĂšte qui l’écoute : l’histoire affligeante est tantĂŽt figurĂ©e, tantĂŽt contre-balancĂ©e par les descriptions pour permettre au poĂšte de comprendre le sort tragique de Margaret sans lui-mĂȘme perdre tout espoir, en crĂ©ant une sorte de ‘Aufhebung’ descriptive. De cette maniĂšre, le lieu oĂč le Wanderer et le poĂšte sont assis, devient un « complex ethical place, filled with the fluctuating human character of its former inhabitant and its visitors, all of whom are in dialogue with each other and with the environment » (p. 153).8

10Koelb clĂŽt la sĂ©rie de ses interprĂ©tations par l’analyse de deux descriptions d’un mĂȘme lieu, le ColisĂ©e Ă  Rome, dans deux Ɠuvres de Lord Byron, le « metaphysical drama » (dans les termes de Byron) Manfred (1817) and Childe Harold’s Pilgrimage (parties 3 et 4, 1816-18). Bien qu’elles reprĂ©sentent le lieu le plus caracĂ©ristique de la culture romaine et le moins caractĂ©ristique de Wordsworth, Byron le transforme, dans ces deux descriptions, en un « Wordsworthian emblem of mind » (p. 156). Koelb s’intĂ©resse Ă  ces descriptions, pour leur fonctionnement mĂȘme, mais aussi dans leurs relations l’un avec l’autre, en tant qu’elles sont rĂ©vĂ©latrices de la relation entre Byron et Wordsworth. L’objectif de Koelb est de montrer comment l’« imagery » de Byron Ă©tablit une « rhetorical-psychological connection » entre la suffrance mentale, l’expĂ©rience d’une fracture identitaire dans le paysage alpestre et l’expĂ©rience de repos que le hĂ©ros byronique vit dans l’arĂšne romaine (p. 160). Parlant de Manfred, Koelb Ă©crit : « Under the night sky, the amphitheater modulates all Manfred’s extremes and integrates the opposites that tear him apart. Manfred’s rhetoric fully embodies Manfred’s potential ethos. His place description, as physical as is psychological, picks up the pieces of all the usual antinomies, fusing them into an emblem of the integration Manfred might have achieved. » (p. 170)

11Outre l’ingĂ©niositĂ© des analyses dĂ©taillĂ©es des textes, les vastes connaissances dĂ©ployĂ©es pour raconter cette histoire de la description des lieux, la ferme volontĂ© de ne pas se laisser enfermer dans un discours critique Ă©tabli, et, n’oublions pas de le dire, l’admirable maniement de la langue qui mĂȘle rĂ©flexions sobres, commentaires et images poignantes,9 un des points forts du livre de Koelb, c’est l’impressionnante maĂźtrise des textes qui lui permet de montrer, avec une prĂ©cision à laquelle il est impossible de faire justice ici, comment chaque description prend place et sens dans le texte dans son ensemble et comment elle se positionne vis-Ă -vis d’autres descriptions. La problĂ©matique choisie par Janice Koelb lui permet ainsi de proposer des relectures intĂ©ressantes des Ɠuvres Ă©tudiĂ©es, notamment de celles de Wordsworth et de Byron.

12Il ne faudrait pas oublier, cependant, que toutes ces relectures attentives et dĂ©taillĂ©es sont au service d’un projet ambitieux et, devrait-on presque dire, polĂ©mique dont le mĂ©rite est de jeter de la lumiĂšre sur une pratique descriptive importante et sur les liens que celle-ci entretient avec la tradition antique de l’ekphrasis. L’étude gagne son pari et rĂ©ussit Ă  nous rĂ©vĂ©ler une « lignĂ©e » ekphrastique sinon insoupçonnĂ©e, du moins fortement occultĂ©e jusqu’ici par la lignĂ©e ekphrastique de la description de tableaux. Prenant toutes deux leur point de dĂ©part dans l’ekphrasis antique comme « discours qui met sous les yeux de maniĂšre vive et animĂ©e l’objet du discours », l’une s’est en quelque sorte spĂ©cialisĂ©e dans la reprĂ©sentation des Ɠuvres d’art et dans la problĂ©matisation de la reprĂ©sentation et du rapport entre le texte et l’image. L’autre s’est tournĂ©e vers la reprĂ©sentation de lieux et a soulignĂ©e de plus en plus fortement l’interdĂ©pendance entre lieu et personnage pour devenir une figuration du sujet qui perçoit le lieu et qui en est en mĂȘme temps affectĂ©.

13Le mĂ©rite et la rĂ©ussite de cette polĂ©mique se font, certes, au prix d’une double cĂ©citĂ© volontaire et peut-ĂȘtre nĂ©cessaire : d’une part, le lien entre l’ekphrasis comme discours suscitant des images et de l’ekphrasis comme discours sur des images est constamment minimisĂ©, et dans les descriptions de lieux Ă©tudiĂ©es, toute allusion Ă  la peinture est en quelque sorte dĂ©savouĂ©e. D’autre part, si une ekphrasis peut en cacher une autre, une restriction sĂ©mantique peut Ă©galement en remplacer une autre : tout en plaidant pour une rĂ©ouverture de la notion d’ekphrasis, le livre n’étudie pas l’ekphrasis en tant que discours vif et animĂ© tout court, mais l’histoire de la description d’un lieu congruent avec l’état ou la situation d’un personnage : une poĂ©tique de l’immĂ©diatetĂ© se transforme en une poĂ©tique de l’emblĂšme de l’esprit, transformation dans laquelle Koelb souligne davantage les continuitĂ©s que les ruptures. N’empĂȘche que ce livre dense et Ă©rudit mĂ©rite toute notre attention.