Lâekphrasis comme description de lieux : de lâantiquitĂ© aux romantiques anglais
1Tout commence avec une double interrogation : comment se fait-il que tout le monde emploie aujourdâhui le terme dâ« ekphrasis » pour dĂ©signer des reprĂ©sentations verbales dâĆuvres dâart, alors que ce terme grec a son origine dans une Ă©poque qui nâaccordait aucun statut spĂ©cifique aux Ćuvres dâart ? Et est-ce que cette spĂ©cialisation sĂ©mantique nâa-t-elle pas eu pour rĂ©sultat une vision rĂ©ductrice et limitĂ©e de lâhistoire de lâĂ©criture descriptive ?
2Afin de rĂ©pondre Ă ces questions, Janice Koelb propose tout dâabord une utile mise au point de lâhistoire du terme « ekphrasis ». Apparaissant pour la premiĂšre fois au premier siĂšcle avant notre Ăšre, il est prĂ©sent notamment dans les Progymnasmata, les exercices de rhĂ©torique. Aelius ThĂ©on, au premier siĂšcle de notre Ăšre, dĂ©finit lâekphrasis comme « un discours qui nous fait faire le tour (periĂ©gĂšmatikos) de ce quâil montre (to dĂšloumenon) en le portant sous les yeux avec Ă©vidence (enargĂŽs) ».1 Lâekphrasis est liĂ©e avant tout Ă une certaine vivacitĂ© (enargeia chez les Grecs, puis evidentia chez les Romains) qui est censĂ©e transformer les lecteurs ou auditeurs en tĂ©moins. Lâobjet du discours ekphrastique nâest nullement restreint, pouvant porter sur des personnes, des lieux, des temps ou des âchoses faitesâ (pragmata), sans que les objets dâart soient expressĂ©ment nommĂ©s. Koelb constate une remarquable stabilitĂ© de cette notion de lâekphrasis depuis lâAntiquitĂ© au Moyen Ăge et Ă la Renaissance jusquâau XVIIIe siĂšcle, stabilitĂ© due surtout aux manuels rhĂ©toriques antiques qui continuent dâĂȘtre utilisĂ©s Ă travers les siĂšcles. Câest dans les Progymnasmata dâAphtonius, traduits en latin et augmentĂ©s par Reinhold Lorich au XVIe siĂšcle, que Milton a puisĂ© son Ă©ducation rhĂ©torique. Certes, Ă partir de la pĂ©riode hellĂ©nistique, lâĆuvre dâart est valorisĂ©e en tant que telle et la description dâĆuvres dâart peut ensuite devenir, dans les Eikones de Philostrate, un genre dâĂ©criture Ă part. Avant cette pĂ©riode et dans beaucoup dâautres textes, cependant, ce nâest pas le cas, et on y trouve autant et plus de descriptions animĂ©es de lieux ou dâanimaux que dâĆuvres dâart.
3Comment est-il possible, dans ce contexte, que le terme dâekphrasis soit aujourdâhui limitĂ© Ă ne dĂ©signer que la reprĂ©sentation verbale dâune Ćuvre dâart ? Pourquoi les critiques ne citent que le bouclier dâAchille ou celui dâĂnĂ©e comme des exemples reprĂ©sentatifs de lâekphrasis classique ? Selon Janice Koelb, deux critiques français seraient les premiers qui, de maniĂšre hĂ©sitante, Ă la fin du XIXe siĂšcle, auraient employĂ©s le terme dâekphrasis pour dĂ©signer des descriptions dâart : Ădouard Bertrand et Auguste Bougot, dans deux Ă©tudes sur Philostrate lâancien parus en 1881.2 Lorsque Paul FriedlĂ€nder, en 1912, dans son Ă©tude sur lâĂ©poque justinienne, insiste sur le fait que lâobjet de lâekphrasis nâĂ©tait nullement limitĂ© Ă des Ćuvres dâart, câest peut-ĂȘtre en rĂ©action aux travaux de Bertrand et de Bougot.3 Et si lâOxford Classical Dictionary semble autoriser, pour la premiĂšre fois, en 1949, la dĂ©finition restreinte de lâekphrasis, ce nâest vraiment quâavec le fameux article de Leo Spitzer sur lâ« Ode to a Grecian Urn » de John Keats que cet usage du terme est consacrĂ©.4 Koelb note que si les critiques littĂ©raires du XXe siĂšcle avaient Ă©tĂ© aussi fascinĂ©s par lâhistoire naturelle que par lâhistoire de lâart, le sens restreint dâekphrasis nâaurait peut-ĂȘtre pas eu le mĂȘme succĂšs. Mais câest surtout parce que les « New Critics » anglo-saxons Ă©taient acquis Ă lâidĂ©e du « poem as artifact » que la description dâune Ćuvre dâart les intĂ©ressait tant. Par un vĂ©ritable renversement sĂ©mantique et axiologique, lâekphrasis, qui avait dĂ©signĂ© lâillusion dâimmĂ©diatetĂ©, Ă©tait venu Ă dĂ©signer la reprĂ©sentation (verbale) dâune reprĂ©sentation (visuelle), lâimage mĂȘme de la mĂ©diation.5
4Selon Janice Koelb, la dĂ©finition restreinte de lâekphrasis a conduit la critique littĂ©raire Ă nĂ©gliger la tradition ekphrastique (ou descriptive) plus large et a dĂ©tournĂ© lâattention critique de descriptions « vives et animĂ©es » dâautre chose que dâobjets dâart, occultant non seulement lâekphrasis antique dans toute sa variĂ©tĂ©, mais Ă©galement ses avatars ultĂ©rieurs. Lâauteur entend donc rĂ©mĂ©dier Ă cette occultation en explorant une lignĂ©e ekphrastique nĂ©gligĂ©e jusquâici, celle des descriptions de lieux. Elle se propose de montrer que câest dans les descriptions de lieux entretenant un rapport figuratif avec un personnage que lâexigence de vivacitĂ© de lâekphrasis, « the ancient topos of vividness » (p. 71), a perdurĂ© Ă travers les siĂšcles. Loin dâĂȘtre purement ornementales, ces descriptions sont fortement fonctionnalisĂ©es dans les textes : elles sont « integral to the design of the entire work » (p. 8) et appellent Ă une lecture allĂ©gorique (p. 54ff). Selon Koelb, câest dĂšs lâAntiquitĂ© que la description de lieux est le vĂ©ritable paradigme de lâekphrasis en tant que discours vif et animĂ©. Koelb suggĂšre que chez HomĂšre et Virgile, lâenargeia des ekphrases est liĂ©e Ă ce quâelles sont « interfused with (human or divine) character or feeling » (p. 14). Lâauteur propose la paraphrase dâ« ethical place description » pour ces ekphrases, lâĂ©pithĂšte renvoyant au grec ethos, caractĂšre. Cette tradition antique de la description de lieux a Ă©tĂ© transmise Ă la Renaissance, puis surtout Ă la poĂ©sie romantique anglaise dont elle reprĂ©sente une marque essentielle : « This study traces how the tradition of classical ekphrasis continued past antiquity into the modern world ; how its transformation after antiquity was particularly vigorous in the form of place description ; and how the poetry of Wordsworth and Byron was among the most successful and historically important offspring of that tradition ». (p. 17)  Câest donc Ă une redĂ©couverte de tout un pan de lâhistoire de lâekphrasis et Ă une relecture de la poĂ©sie romantique anglaise Ă la lumiĂšre de cette histoire que sâattache le livre de Janice Koelb.6
5Koelb entreprend dans un premier temps dâanalyser les origines de la description de lieux Ă travers un exemple particuliĂšrement significatif, celui de la longue description dans lâĂnĂ©ide de Virgile, quand il dĂ©crit un paysage montagneux qui forme un havre naturel oĂč ĂnĂ©e trouve refuge aprĂšs une tempĂȘte devastatrice et avant de visiter le temple carthagĂ©nien. Cette description est elle-mĂȘme la transformation dâune description homĂ©rique du havre consacrĂ© Ă Phorcys, en Ithaka, oĂč Odysseus arrive Ă la toute fin de son pĂ©riple. Dans une lecture aussi prĂ©cise quâingĂ©nieuse du passage, sâappuyant notamment sur la mĂ©taphore de la paroi arborĂ©e (la « sylvan scene », p. 69) qui entoure le havre, Koelb montre que la description du havre rĂ©pond Ă une stratĂ©gie virgilienne de lâenchĂąssement figuratif (« figurative embedding », p. 70) qui fait quâelle sâintĂšgre dans lâexposition du texte, soulĂšve des questions et des attentes chez le lecteur, et Ă©tablit des rapports de comparaison, de contraste, dâironie mĂȘme avec le reste du texte Ă©pique dans son ensemble.
6Dans deux textes de la fin du XVIIe siĂšcle, la traduction de lâĂneĂde par Dryden (1697) et Paradise Lost de Milton (1667), Koelb montre ensuite que la mĂ©taphore de la scĂšne arborĂ©e virgilienne fonde tout une lignĂ©e de descriptions de paysages scĂ©niques et pittoresques dans lesquels des sujets humains se trouvent ĂȘtre des spectateurs nostalgiques dâun monde des objets quâils ne sauraient pleinement habiter (p. 83). Au-delĂ dâune signification figurative ou symbolique du lieu pour le texte dans son ensemble, le lieu est maintenant, chez Milton notamment, dĂ©crit Ă travers la vision du personnage qui le dĂ©couvre, et cette description est impregnĂ©e du caractĂšre et de la situation de ce personnage : le Satan de Milton est incapable de percevoir la beautĂ© du paradis, dĂ©crit avec tous les attributs du locus amĆnus par le narrateur, parce quâil porte lâenfer en lui-mĂȘme et ne peut pas sâen Ă©chapper : entre la vision du paradis prĂ©sentĂ© par le narrateur (« the narratorâs illumined poetic vision », p. 89) et la perception que Satan a du mĂȘme lieu, il y a un dĂ©calage qui reproduit lâopposition centrale du texte entre la conscience illuminĂ©e et la conscience aprĂšs la chute, et est porteuse dâune ironie cruelle envers Satan. LâartificialitĂ© du paradis renvoie Ă lâidĂ©e du « divine artificer » et constitue un approfondissement du thĂšme virgilien de la rĂ©alitĂ© et de lâillusion.
7Si Milton, transformant la description virgilienne, a introduit dans lâhistoire de la description de lieux le topos de lâinterdĂ©pendance entre la nature et lâesprit humain, ce nâest cependant quâau confluent dâun certain nombre de tendances, Ă la fin du dix-huitiĂšme siĂšcle, que cette interdĂ©pendance a pu devenir poĂ©tiquement productive : des tendances en philosophie naturelle, en culture visuelle et thĂ©orie esthĂ©tique se rĂ©unissent et conditionnent la rhĂ©torique descriptive (« descriptive rhetoric », p. 97) de Wordsworth. Koelb identifie comme catĂ©gorie esthĂ©tique centrale pour le dĂ©veloppement de cette rhĂ©torique descriptive la notion du pittoresque (« the picturesque », p. 97) telle quâelle sâest dĂ©veloppĂ©e au dix-huitiĂšme siĂšcle dans le contexte dâune nouvelle maniĂšre de voyager pour le plaisir de regarder le paysage (« picturesque travel »). Elle a notamment Ă©tĂ© promue et thĂ©orisĂ©e, sous lâinfluence dĂ©cisive de la thĂ©orie du beau et du sublime dâEdmund Burke et du Spectator de Joseph Addison, par William Gilpin.7 Koelb prĂ©cise : « The entire project of picturesque travel was founded on the possibility of visiting nearby and partially familiar locations, but looking on these everyday scenes as if they were exotic, unfamiliar, and worthy of represenation in art. » (p. 97)
8La thĂ©orie de Gilpin, taxinomique, rationalisante, prenant en considĂ©ration les soucis pratiques du « middle-class traveler », fonctionne ici comme un repoussoir qui fait ressortir la singularitĂ© et le gĂ©nie de William Wordsworth. Celui-ci rĂ©agit violemment contre Gilpin, transformant profondĂ©ment le concept du « picturesque » tout en se lâappropriant : au lieu dâadopter un regard artificiel censĂ© transformer la nature en Ćuvre dâart, il accentue lâidĂ©e quâil importe surtout de prendre en compte lâhomme percevant la nature pour Ă©voquer, dans lâesprit du lecteur,  « clear thoughts, lively images, and strong feelings », autrement dit, pour faire des descriptions de lieux vives et animĂ©es dans la tradition ekphrastique dĂ©crite par Koelb.
9On sait que lâune des innovations de Wordsworth par rapport Ă ses prĂ©dĂ©cesseurs (les poĂštes de la nature, tels Young, Gray, Thomson, Philips), câest dâavoir opĂ©rĂ© un dĂ©placement : de la description du lieu en tant que tel, il passe Ă celle de la perception du lieu par lâhomme qui lâobserve ou lâhabite. Mais la transformation du « picturesque traveler » de Gilpin en une nouvelle figure, le « halted old wanderer » nâapparaĂźt pleinement que dans le grand projet de The Excursion (1814) de Wordsworth que Koelb appelle une « antipicturesque excursion » (p. 134). Dans la premiĂšre partie de The Excursion, intitulĂ©e « The Wanderer », tout se passe comme si Wordsworth avait pris le voyageur distrait et impatient de Gilpin pour le ralentir et lui permettre dâavoir une rĂ©action Ă©motionnelle face au lieu quâil dĂ©couvre, tout en montrant que les lieux sont eux-mĂȘmes des emblĂšmes des humains qui sây meuvent. Mais surtout, The Excursion devient, Ă travers les descriptions de lieux, un « therapeutic psychodrama » (p. 127) : le Wanderer et le poĂšte visitent ensemble les alentours dâune maison oĂč habitait jadis Margaret, dont le Wanderer raconte lâhistoire au jeune poĂšte. Ă travers les descriptions rĂ©pĂ©tĂ©es de la maison de Margaret, le Wanderer crĂ©e les Ă©motions quâil convient de produire chez le poĂšte qui lâĂ©coute : lâhistoire affligeante est tantĂŽt figurĂ©e, tantĂŽt contre-balancĂ©e par les descriptions pour permettre au poĂšte de comprendre le sort tragique de Margaret sans lui-mĂȘme perdre tout espoir, en crĂ©ant une sorte de âAufhebungâ descriptive. De cette maniĂšre, le lieu oĂč le Wanderer et le poĂšte sont assis, devient un « complex ethical place, filled with the fluctuating human character of its former inhabitant and its visitors, all of whom are in dialogue with each other and with the environment » (p. 153).8
10Koelb clĂŽt la sĂ©rie de ses interprĂ©tations par lâanalyse de deux descriptions dâun mĂȘme lieu, le ColisĂ©e Ă Rome, dans deux Ćuvres de Lord Byron, le « metaphysical drama » (dans les termes de Byron) Manfred (1817) and Childe Haroldâs Pilgrimage (parties 3 et 4, 1816-18). Bien quâelles reprĂ©sentent le lieu le plus caracĂ©ristique de la culture romaine et le moins caractĂ©ristique de Wordsworth, Byron le transforme, dans ces deux descriptions, en un « Wordsworthian emblem of mind » (p. 156). Koelb sâintĂ©resse Ă ces descriptions, pour leur fonctionnement mĂȘme, mais aussi dans leurs relations lâun avec lâautre, en tant quâelles sont rĂ©vĂ©latrices de la relation entre Byron et Wordsworth. Lâobjectif de Koelb est de montrer comment lâ« imagery » de Byron Ă©tablit une « rhetorical-psychological connection » entre la suffrance mentale, lâexpĂ©rience dâune fracture identitaire dans le paysage alpestre et lâexpĂ©rience de repos que le hĂ©ros byronique vit dans lâarĂšne romaine (p. 160). Parlant de Manfred, Koelb Ă©crit : « Under the night sky, the amphitheater modulates all Manfredâs extremes and integrates the opposites that tear him apart. Manfredâs rhetoric fully embodies Manfredâs potential ethos. His place description, as physical as is psychological, picks up the pieces of all the usual antinomies, fusing them into an emblem of the integration Manfred might have achieved. » (p. 170)
11Outre lâingĂ©niositĂ© des analyses dĂ©taillĂ©es des textes, les vastes connaissances dĂ©ployĂ©es pour raconter cette histoire de la description des lieux, la ferme volontĂ© de ne pas se laisser enfermer dans un discours critique Ă©tabli, et, nâoublions pas de le dire, lâadmirable maniement de la langue qui mĂȘle rĂ©flexions sobres, commentaires et images poignantes,9 un des points forts du livre de Koelb, câest lâimpressionnante maĂźtrise des textes qui lui permet de montrer, avec une prĂ©cision à laquelle il est impossible de faire justice ici, comment chaque description prend place et sens dans le texte dans son ensemble et comment elle se positionne vis-Ă -vis dâautres descriptions. La problĂ©matique choisie par Janice Koelb lui permet ainsi de proposer des relectures intĂ©ressantes des Ćuvres Ă©tudiĂ©es, notamment de celles de Wordsworth et de Byron.
12Il ne faudrait pas oublier, cependant, que toutes ces relectures attentives et dĂ©taillĂ©es sont au service dâun projet ambitieux et, devrait-on presque dire, polĂ©mique dont le mĂ©rite est de jeter de la lumiĂšre sur une pratique descriptive importante et sur les liens que celle-ci entretient avec la tradition antique de lâekphrasis. LâĂ©tude gagne son pari et rĂ©ussit Ă nous rĂ©vĂ©ler une « lignĂ©e » ekphrastique sinon insoupçonnĂ©e, du moins fortement occultĂ©e jusquâici par la lignĂ©e ekphrastique de la description de tableaux. Prenant toutes deux leur point de dĂ©part dans lâekphrasis antique comme « discours qui met sous les yeux de maniĂšre vive et animĂ©e lâobjet du discours », lâune sâest en quelque sorte spĂ©cialisĂ©e dans la reprĂ©sentation des Ćuvres dâart et dans la problĂ©matisation de la reprĂ©sentation et du rapport entre le texte et lâimage. Lâautre sâest tournĂ©e vers la reprĂ©sentation de lieux et a soulignĂ©e de plus en plus fortement lâinterdĂ©pendance entre lieu et personnage pour devenir une figuration du sujet qui perçoit le lieu et qui en est en mĂȘme temps affectĂ©.
13Le mĂ©rite et la rĂ©ussite de cette polĂ©mique se font, certes, au prix dâune double cĂ©citĂ© volontaire et peut-ĂȘtre nĂ©cessaire : dâune part, le lien entre lâekphrasis comme discours suscitant des images et de lâekphrasis comme discours sur des images est constamment minimisĂ©, et dans les descriptions de lieux Ă©tudiĂ©es, toute allusion Ă la peinture est en quelque sorte dĂ©savouĂ©e. Dâautre part, si une ekphrasis peut en cacher une autre, une restriction sĂ©mantique peut Ă©galement en remplacer une autre : tout en plaidant pour une rĂ©ouverture de la notion dâekphrasis, le livre nâĂ©tudie pas lâekphrasis en tant que discours vif et animĂ© tout court, mais lâhistoire de la description dâun lieu congruent avec lâĂ©tat ou la situation dâun personnage : une poĂ©tique de lâimmĂ©diatetĂ© se transforme en une poĂ©tique de lâemblĂšme de lâesprit, transformation dans laquelle Koelb souligne davantage les continuitĂ©s que les ruptures. NâempĂȘche que ce livre dense et Ă©rudit mĂ©rite toute notre attention.

