Acta fabula
ISSN 2115-8037

Volume 9, numéro 1
Laurent Angard

« NiccolĂČ Machiavelli, istorico, comico et tragico », ou l’art de l’État.

Corrado Vivanti, Machiavel ou les temps de la politique, Paris, DesjonquÚres, coll. « La Mesure des choses », 2007, 176 p.

1Corrado Vivanti, professeur des universitĂ©s de Turin, de PĂ©rouse et de Rome, nous propose, grĂące Ă  cette trĂšs belle traduction d’IrĂšne Imbert Molina, une rĂ©flexion sur Machiavel ou les temps de la politique. AprĂšs un bref avant propos, qui situe parfaitement les raisons pour lesquelles il a souhaitĂ© s’engager dans cette synthĂšse, l’historiographe tente de briser le mythe fermement ancrĂ© autour de l’auteur du Prince, qui se voit affubler du doux nom de « fils de Satan » (p. 7). Ou, mieux encore, qui voit son patronyme transformĂ©, par antonomase, en un synonyme de tromperie, de fourberie. Et mĂȘme si « certaines tendances historiographiques encore rĂ©centes ont parfois soumis ses Ă©crits Ă  une lecture quelque peu forcĂ©e », il n’en est rien, bien au contraire. Pour Corrado Vivandi, « ses Ă©crits apparaissent [
] comme un enseignement ouvert sur l’avenir » (p. 9), comme « un remĂšde aux maux qui affligent l’Italie » (p. 12). Il faut replacer Machiavel dans son temps et dans sa sociĂ©tĂ©, celle des grandes dĂ©couvertes et des bouleversements sociologiques et idĂ©ologiques1. Alors que les Ă©crits humanistes se rĂ©fĂšrent plus ou moins nettement aux doctrines chrĂ©tiennes et aux principes platoniciens et aristotĂ©liciens, « Machiavel, lui, ne considĂšre que la rĂ©alité » d’oĂč rĂ©sulte aussi cette idĂ©e de « son froid rĂ©alisme » (p. 9). L’historien souligne alors « la tĂ©nacitĂ© avec laquelle il poursuit l’idĂ©e [
] d’assainir la corruption italienne par une Ɠuvre profondĂ©ment rĂ©formatrice, en mesure d’assurer le bien de la patrie » (p. 12).

2L’incipit de l’ouvrage dit en quelques pages ce que l’on connaĂźt de l’enfance de Machiavel. ÉlevĂ© dans un cadre intellectuel stimulant et nourri d’antiquitĂ©, il eut accĂšs par son pĂšre Ă  un certain nombre de livres divers forgeant ainsi ses premiĂšres rĂ©flexions politiques : Tite-Live, Polybe mais aussi LucrĂšce et son fameux De rerum natura transcrit d’ailleurs, en 1475, de la main du jeune italien. Il faut alors noter « que les textes de droit que possĂ©dait son pĂšre et dont une lecture attentive de ses Ă©crits rĂ©vĂšle l’écho par endroits » montre que Machiavel « ne fut pas sans formation juridique » (p. 17).

3Son entrée en chancellerie est marquée par le supplice de Savonarole qui prÎnait un « rigorisme religieux et moral », ce que rejetait Machiavel. Cependant, et contrairement à ce que le XIXe siÚcle a pu prétendre :

4La crĂ©ation, avec l’appui de Savonarole, d’un ‘gouvernement large’ – c’est-Ă -dire Ă©tendu Ă  un nombre assez Ă©levĂ© de citoyens – fut d’abord considĂ©rĂ© d’un Ɠil favorable par Machiavel, et l’on peut comprendre pourquoi il affirme dans les Discours que les Ă©crits de Savonarole « montrent sa doctrine, sa prudence et sa vertu » (p. 18)

5Ses activitĂ©s Ă  la chancellerie lui permirent « de manifester [
] son intelligence politique, ses dons intellectuels et ses goĂ»ts littĂ©raires » (p. 21). PĂ©riode importante pour lui, donc, car d’une part, il rencontra d’illustres hommes qui devinrent alors ses « amis », et, d’autre part, il voyagea beaucoup, ce qui « dev[ait] susciter un vif intĂ©rĂȘt chez Machiavel, dĂ©sireux de dĂ©couvrir de nouveaux horizons, de nouvelles coutumes, ainsi que les habitants du monde » (p. 22). De ses voyages naĂźt une riche correspondance qui nous informe des Ă©volutions intellectuelles et des rĂ©flexions plurielles de l’italien sur la politique, mais aussi qui nous montre la naissance de son ƒuvre et des liens tissĂ©s avec cet « ensemble de personnes animĂ©es de la volontĂ© de soutenir les nouvelles structures de la RĂ©publique » (p. 23). Ce sont dans ces lettres que nous trouvons les prĂ©mices de sa verve littĂ©raire, mĂȘme celle que l’on ne s’attendrait pas Ă  voir, c’est-Ă -dire la verve comique, qu’il mettra en Ɠuvre plus tard dans sa piĂšce, La Mandragore. C’est aussi, comme le souligne l’historiographe, Ă  travers cette correspondance officielle que l’on suit « son activitĂ© quotidienne Ă  la Chancellerie » et que l’on peut « observer les rapports intenses qu’il entretient avec le personnel local ainsi qu’avec des fonctionnaires» (p. 24). Elle lui permet alors de « pĂ©nĂ©trer les mĂ©canismes de la RĂ©publique », en Ă©tudiant « l’art de l’État2 » (p. 26). C’est Ă  cette expĂ©rience de la Chancellerie qu’il doit finalement « son rĂ©alisme pratique » (p. 26) et sa capacitĂ© Ă  dĂ©crire de maniĂšre si vivante les personnages qui gĂšrent la polis.

6Par sa pratique diplomatique, Machiavel mit en place une sĂ©rie de nouveautĂ©s que Venise rendra obligatoires. L’une d’entre elles est le rapport final dans lequel « l’envoyĂ© (diplomatique) dĂ©peint l’état du pays, ses institutions principales, ses ressources Ă©conomiques, etc. » (p. 28). C’est ainsi que le chancelier italien put confronter les deux puissances que sont la France et L’Empire, en donnant, le plus souvent, son crĂ©dit Ă  l’alliance française dont « la structure politique [
] n’est pas sujette Ă  des contingences ni au caractĂšre des princes rĂ©gnants » alors qu’« il relĂšve [dans l’Empire] la faiblesse et les divisions internes, rendues chroniques au premier chef par le comportement des princes » (p. 31). Ces rĂ©flexions aboutissent Ă  son admiration pour CĂ©sar Borgia qui l’attire et force son admiration. Il est « le modĂšle d[u] ‘prince nouveau’ », un « ĂȘtre rĂ©solu et Ă©nergique » (p. 32), capable « crĂ©er un État » (Le Prince, chap. VII).

7Allant plus en avant dans sa rĂ©flexion sur la politique par le truchement de ses expĂ©riences, l’auteur italien met en exergue sa rĂ©flexion sur les rapports entre la fortune et la vertu. Il considĂšre alors que le prince doit ĂȘtre du cĂŽtĂ© de la vertu et non plus Ă  cĂŽtĂ© de la fortune, en prenant en compte la connaissance de son temps et l’ordre des choses afin de s’y adapter le mieux possible. « La politique, Ă©crit le porte parole moderne des pensĂ©es machiavĂ©liennes, exige que l’on sache deviner les Ă©volutions qui varient selon les Ă©poques. Qui procĂšde ainsi peut attĂ©nuer jusqu’au pouvoir de la Fortune » (p. 37). Machiavel n’avait pas dit autre chose dans ses lettres, dans Le Prince (chap. XXV) ou bien encore dans les Discours (III,9). Mais la vertu elle-mĂȘme opĂšre selon les temps et dĂ©pend aussi de la nature des hommes. Aussi pour s’affranchir de cette fortune, « le nouveau prince doit se comporter comme les jeunes gens », autrement dit, il doit ĂȘtre de son temps et agir avec ce temps.

8Chemin faisant, l’historiographe nous amĂšne Ă  considĂ©rer les rĂ©formes de Machiavel, plus particuliĂšrement la rĂ©forme militaire qu’il mena Ă  bien et « avec passion ». Le projet d’une nouvelle milice florentine, composĂ©e « d’hommes qui commandent et d’autres qui obĂ©issent », Ă©tait la plus importante pour lui. « Machiavel triomphait » (p. 40) : il fut alors « nommĂ© chancelier de la magistrature prĂ©posĂ©e aux affaires de la milice, les Neuf officiers de l’Ordonnance » (p. 41). Et ce fut la RĂ©publique qui se trouvait, grĂące Ă  Machiavel, renforcĂ©e par ce nouvel organisme.

9AprĂšs ce succĂšs, l’auteur du Prince se vit confier une autre mission qui tourna mal puisqu’il en est rapidement Ă©cartĂ©. Il ne fut pas l’ambassadeur auprĂšs de Maximilien Ier de Hasbourg, ce fut Francesco Vettori. Informant parfaitement l’Italie des intentions conquĂ©rantes de l’Empereur, Vettori reçut des directives prĂ©cises afin de rĂ©aliser au mieux sa mission. Ces instructions furent portĂ©es par Machiavel, qui, finalement, se lia d’amitiĂ© avec l’ambassadeur qui accepta dĂšs lors « de bon cƓur sa collaboration » (p. 44) : « La faiblesse impĂ©riale ne devait pas tarder Ă  se rĂ©vĂ©ler derechef » (p. 45) Progressivement l’histoire se fait : de la dĂ©faite vĂ©nitienne Ă  la reconquĂȘte de Pise, Machiavel rĂ©flĂ©chit aux raisons de ces Ă©tats de faits. Il fut aussi prĂ©occupĂ© par le sort de Florence, oĂč les « optimates » continuaient Ă  constituer une menace pour la RĂ©publique, qui Ă©tait mise Ă  mal et qui voyait dĂšs lors le retour des MĂ©dicis.

10Machiavel retraça dans la « Lettre Ă  une noble dame » les Ă©vĂ©nements qui ont conduit Ă  la fin de la RĂ©publique (p. 53). Et mĂȘme si le gouvernement, aux mains des optimates, revint Ă  une politique plus chrĂ©tienne, Ă  la maniĂšre « oĂč [elle] Ă©tait quand le Magnifique Laurent Ă©tait vivant » (p. 54), Machiavel, dans cette situation nouvelle, resta autant que possible fidĂšle Ă  ses idĂ©es (p. 55). Il continua alors Ă  donner son avis sur les MĂ©dicis qui ne gouvernaient pas pour « le bien de cet État, mais pour se donner de la rĂ©putation Ă  eux-mĂȘmes et pour faire leurs affaires » (p. 55)

11Machiavel fut destituĂ© de ses fonctions de SecrĂ©taire par les MĂ©dicis, l’interdisant mĂȘme l’accĂšs au palais. Il trouva alors dans l’écriture, plus particuliĂšrement dans sa correspondance avec son ami Vettori, le meilleur des rĂ©conforts. GrĂące Ă  ses lettres, il espĂ©ra « quelque office de la part de LĂ©on X » (p. 58) et patienta pour revenir Ă  l’objet de ses intĂ©rĂȘts : la politique. Il envisagea ainsi de traiter « la question de la trĂȘve conclue par Ferdinand le Catholique avec le roi de France » (p. 59). Dans ses rĂ©flexions Ă©pistolaires avec l’ami de toujours, s’annoncent des motifs prĂ©figurant certaines pages du Prince. C’est Ă  partir de cet « exil dans sa patrie3 » que naĂźtront rĂ©ellement les rĂ©flexions qu’il consignera dans son opuscule le plus connu, Le Prince, mais aussi dans les Discours sur la premiĂšre dĂ©cade de Tite-Live, oĂč, dit-il « la division de l’Italie est attribuĂ©e Ă  la politique de l’Église » (p. 60). Corrado Vivandi nous met en garde pour lire cette Ɠuvre :

12Le Prince est cependant tout sauf un ouvrage de circonstance. Son auteur semble avoir une bonne connaissance du vaste ensemble de traitĂ© politiques dus Ă  la plume des humanistes, qui, d’une certaine maniĂšre, avaient continuĂ©, bien qu’à partir d’idĂ©aux diffĂ©rents, le genre des Miroirs du prince mĂ©diĂ©vaux (p. 61).

13Aussi, Ă  la critique du manque de culture prĂŽnĂ© par certains spĂ©cialistes, l’historiographe rĂ©pond que « l’éventail d’auteurs dont dispose le patricien florentin est assurĂ©ment remarquable » (p. 62). Les conjonctures et autres interprĂ©tations vont bon train : Corrado Vivanti tente, dans cette deuxiĂšme partie, de dĂ©mĂȘler au mieux la constitution des Ɠuvres machiavĂ©liennes (p. 63-64), reconstruisant Ă  partir des critiques existantes leur naissance et leurs influences rĂ©ciproques. Il montre que Machiavel fonde « sa rĂ©flexion politique autour de la rĂ©alitĂ© des États et non plus autour d’une ChrĂ©tientĂ© idĂ©ale » (quatriĂšme de couverture) et qu’il analyse cette rĂ©alitĂ©, Ă  la maniĂšre d’une politologue moderne, dans Le Prince. Ainsi « une nouvelle conscience de l’organisation de la sociĂ©tĂ© Ă©tait-elle en gestation, tandis que s’affirmait une nouvelle religiosité » (p. 75)

14Les souffrances de l’exil sont alors attĂ©nuĂ©es par l’écriture, dans laquelle il trouve « une consolation » (p. 76). La rĂ©daction de L’Âne, tout d’abord, dont la tonalitĂ© autobiographique a Ă©tĂ© remarquĂ©e par l’historiographe, marque l’amertume de l’auteur par un pessimisme profond qui baigne les vers. Le thĂšme est bien sĂ»r repris d’ApulĂ©e, mais Machiavel ne finira pas sa composition et la mĂ©tamorphose n’aura pas eu lieu. À cĂŽtĂ© de cet essai scriptural, la consolation littĂ©raire, il la trouve aussi dans « les rencontres des jardins Rucellai » grĂące auxquelles il rencontrera des jeunes gens qui l’écoutent, dont les entretiens « perpĂ©tuaient une noble tradition humaniste [
] de dĂ©bats littĂ©raires, philosophiques et politiques » (p. 78). C’est en partie grĂące Ă  ces Ă©changes et Ă  partir d’eux que se constituent les Discours. Ils sont le reflet et l’écho des thĂ©ories politiques du Machiavel Ă©cartĂ© du pouvoir : « Nous y trouvons, Ă©crit Corrado Vivanti, l’esquisse d’un tableau des origines de la sociĂ©tĂ© humaine contenant implicitement cette idĂ©e de dĂ©veloppement et de croissance sociale » (p. 82) et une critique du christianisme qui « est de surcroĂźt considĂ©rĂ© comme la cause premiĂšre de la ‘faiblesse’ prĂ©sente des hommes » (p. 85). Ce sont bien « la liberté » et de l’ « État populaire » que proposent les Discours.

15Ces rencontres dans l’entourage des Rucellai permirent Ă  Machiavel de composer aussi L’Art de la guerre (entre 1517 et 1520), dĂ©diĂ© Ă  la mĂ©moire du jeune ami Cosme, mort en 1519. Dans ce texte, l’auteur, Ă  cĂŽtĂ© de ses deux autres textes Ă  visĂ©e politique, examina « les graves dĂ©fauts des États italiens ». AcceptĂ© – mieux, tolĂ©rĂ© – par les MĂ©dicis, car moins proche de la vision de leurs pratiques, L’Art de la guerre a Ă©tĂ© publiĂ©e par Machiavel en 1521.

16Machiavel excellera dans d’autres genres littĂ©raires : la piĂšce de théùtre, La Mandragore, est considĂ©rĂ©e « comme son chef-d’Ɠuvre théùtral et qui est sans conteste l’une des plus grandes crĂ©ations comiques de la littĂ©rature italienne » (p. 93). Cette comĂ©die « est riche en significations morales, voire politiques au sens large du terme, par sa reprĂ©sentation d’une humanitĂ© simulatrice, oĂč la duperie est le moteur mĂȘme de l’action » (p. 94). C’est Ă  cette pĂ©riode que Machiavel retourne aux affaires politiques. Le gouvernement des MĂ©dicis lui permit de retrouver Ă  moindre mesure la gestion de certaines affaires. Certes, il n’était plus le Machiavel d’avant, mais « l’esprit du SecrĂ©taire florentin » continuait Ă  « ĂȘtre animĂ© par l’espoir de l’avenir » (p. 102) Aussi se voyait-il chargĂ© par le « Studio » florentin de rĂ©diger les Histoires florentines, sous l’autoritĂ© du cardinal de MĂ©dicis. Machiavel devint donc historien de Florence, mĂȘme si la tĂąche pouvait sembler trĂšs humiliante, il prĂ©fĂ©rait « avoir obtenu une charge publique Ă  Florence » qu’un salaire plus important proposĂ© par Pier Soderini. Et, finalement, cette rĂ©daction historique permit Ă  Machiavel « de se mesurer Ă  deux cĂ©lĂšbres chanceliers humanistes de la RĂ©publique, Leonardo Bruni et Poggio Bracciolini » (p. 104) et d’offrir, par la rĂ©daction de ces Histoires florentines, « le premier exemple d’histoire nationale » (p. 119). Ce fut aussi Ă  cette pĂ©riode, et aprĂšs un long temps de sĂ©paration, que Machiavel renoua d’amitiĂ© avec Guichardin. AmitiĂ© surprenante, car celui-ci Ă©tait opposĂ© au gouvernement de Pier Soderini. Il n’empĂȘche qu’une correspondance s’établit de nouveau entre eux, et nous pouvons de nouveau goĂ»ter, grĂące Ă  celle-ci, Ă  la finesse humoristique machiavĂ©lienne qui avait tant plu Ă  l’époque de La Mandragore.

17Enfin, Corrado Vivanti ne pouvait pas conclure son Ă©tude sans parler de l’invention toute littĂ©raire de Machiavel. Guichardin avait lu la comĂ©die de Machiavel et l’avait Ă  ce point apprĂ©ciĂ©e qu’il dĂ©cida de la reprĂ©senter Ă  Faenza, mais avec davantage d’interludes entre les actes. Le dramaturge italien alla mĂȘme plus loin : pour satisfaire Guichardin et pour complaire Ă  « la BĂĄbera », cantatrice et actrice, il n’hĂ©sita pas non seulement Ă  introduire de la musique dans sa piĂšce, mais aussi Ă  crĂ©er des madrigaux musicaux, genre qui n’existait pas encore (p. 125).

18Avant de mourir Machiavel conta Ă  ses amis un rĂȘve qu’il avait fait et dans lequel il y voyait le paradis et l’enfer. Ce songe Ă  la tonalitĂ© chrĂ©tienne devint au fil des temps la premiĂšre pierre de la lĂ©gende noire des Ă©crivains « antimachiavĂ©liens » du XVIIe siĂšcles (voir l’article de Pierre Bayle dans Dictionnaire historique et critique). S’appuyant sur la rĂ©flexion de G. Sasso, Corrado Vivanti conclut :

19Ces images du paradis et de l’enfer doivent ĂȘtre mises en rapport avec les critiques adressĂ©es dans les Discours Ă  une religion chrĂ©tienne interprĂ©tĂ©e comme doctrine d’oisivetĂ© et non de vertu (II,2) (p. 134)

20Finalement, est-ce que Machiavel est aussi machiavĂ©lique que ce qu’affirment les histoires littĂ©raires ? Ne devrions-nous pas, comme le suggĂšre savamment Corrado Vivanti, retourner aux textes machiavĂ©liens afin de les lire autrement, sans prĂ©jugĂ©s ou mieux encore avec cette ouverture d’esprit dont a fait preuve tout au long de sa vie, l’auteur de L’Art de la Guerre ? Le livre de Corradi Vivanti m’en a convaincu