Acta fabula
ISSN 2115-8037

Volume 9, numéro 5
BenoĂźt Tane

Le facteur sonne-t-il toujours deux fois ? Lettres Ă  l’écran

Nicole Cloarec (dir.), Lettres de cinéma. De la missive au film-lettre, Presses Universitaires de Rennes, coll. « Le Spectaculaire », 2007, 291 p.

1« Nous savons tous que le facteur sonne toujours deux fois ». Le recueil d’articles sur les relations entre le cinĂ©ma et l’épistolaritĂ© publiĂ© sous la direction de Nicole Cloarec sous le titre Lettres de cinĂ©ma. De la missive au film-lettre1 joue d’emblĂ©e la connivence avec un lecteur qui est nĂ©cessairement Ă©galement ici un spectateur : l’allusion qui ouvre l’introduction du volume peut renvoyer Ă  la fois au roman de James M. Cain2 et aux films qui en ont Ă©tĂ© tirĂ©s tant ceux-ci ont Ă©tĂ© nombreux et, pour certains d’entre eux, fameux3. L’allusion est d’autant moins explicitĂ©e que le recueil rassemble les contributions de chercheurs travaillant sur le cinĂ©ma dans le domaine anglophone4. Il n’est plus question ensuite de cet exemple parmi tous les cas analysĂ©s ou Ă©voquĂ©s dans ce recueil, particuliĂšrement riche et variĂ©, notamment du point de vue des pĂ©riodes considĂ©rĂ©es, des annĂ©es 30 et 50, aux productions les plus contemporaines. Les films sont Ă©galement plus ou moins familiers au lecteur, ce qui n’est pas sans poser les habituels et structurels problĂšmes d’analyse filmique, qui ne peut donner Ă  voir son objet. Les quelques photogrammes reproduits ici en noir et blanc, signes d’un rĂ©el effort dans ce domaine, permettent surtout de constater certaines « mises en page » de l’écriture dans l’espace de l’écran. On passe dans ce recueil des Ɠuvres de OphĂŒls, Hitchcock, Hawks, Mankiewicz, Cronenberg, Minghella et Soderbergh Ă  celles de Jonas Mekas et Alan Berliner
 Certaines Ɠuvres sont Ă©voquĂ©es dans plusieurs articles mais sans que cela soit redondant ; c’est au contraire un vĂ©ritable corpus qui s’affirme sous nos yeux.

2Dans son introduction, Nicole Cloarec indique rapidement, mais de façon pertinente, la problĂ©matique du volume. La lettre est une « intruse dans le flux continu des images » mais elle est « un accessoire particuliĂšrement prisĂ© dans les films ». « ProblĂšme de mise en scĂšne », elle impose aux cinĂ©astes de trouver une « solution » : implicitement, la lettre s’imposerait donc au cinĂ©ma plutĂŽt qu’elle ne serait convoquĂ©e pour apporter, de l’extĂ©rieur, un Ă©lĂ©ment fondamental. Cette idĂ©e, sur laquelle je reviendrai in fine, est vite Ă©vacuĂ©e au profit des possibilitĂ©s qu’offre l’utilisation de la lettre dans un film : structuration narrative et circulation dans le schĂ©ma de communication notamment.

3N. Cloarec distribue ensuite les articles, trĂšs nombreux (pas moins de vingt-trois contributions), trĂšs majoritairement monographiques et de longueur trĂšs variable (du simple au double), en cinq grandes sections : « Lettres en correspondances », « Lettres en souffrance », « RĂ©cits Ă©pistolaires Ă  l’écran », « ‘Films Ă©pistolaires’ et journaux intimes », « Signatures » (voir le sommaire en annexe).

4Le titre de la premiĂšre partie n’est pas trĂšs explicite : se trouvent rassemblĂ©s ici les articles qui peuvent ĂȘtre perçus comme plus gĂ©nĂ©raux que les autres pour des raisons diverses.

5Jean-Pierre BerthomĂ© distingue les diffĂ©rentes fonctions que la lettre peut revĂȘtir dans les films. Son article se prĂ©sente comme une typologie qui se rĂ©vĂšle Ă  plusieurs niveaux ; on se risque ici Ă  la rĂ©sumer schĂ©matiquement Ă  deux fonctions principales : le rapport Ă  l’action et le rapport Ă  la communication. Le premier aspect est reprĂ©sentĂ© par la « lettre enclencheur d’une action », la fonction « la plus Ă©lĂ©mentaire », la plus accessoire et la plus nombreuse, qui lance ou relance l’action ; elle pourrait englober la « lettre de mission » qui « assigne un rĂŽle » Ă  des personnages (Moonfleet, 1955) ; la lettre devient une vĂ©ritable « machine infernale » quand elle est manipulĂ©e par un personnage pour inflĂ©chir l’action, soit de façon « inerte » quand elle n’intervient plus dans le processus qu’elle a lancĂ© (A Letter to Three Wives, Mankiewicz, 1949), soit de façon « dynamique » quand elle reste directement liĂ©e au dĂ©roulement des Ă©vĂ©nements. Le second aspect repose sur les diffĂ©rents pĂŽles du schĂ©ma de communication Ă©pistolaire, dont les relations sont surtout susceptibles ĂȘtre exploitĂ©es dans un film : la « lettre d’outre-tombe » est le cas de figure que le cinĂ©phile ne peut oublier, la lettre posthume du film de OphĂŒls, Letter from an Unknown Woman, engageant le film dans un vaste flash-back Ă  la façon du rĂ©cit de Citizen Kane ; la « lettre Ă  la chĂšre inconnue » renvoie au cas classique de deux personnes qui se mĂ©prisent, de se dĂ©couvrir sans le savoir dans l’échange indirect de la correspondance (The Shop around the Corner, Lubitsch, 1940) ; la « lettre dĂ©routĂ©e » est celle qui n’est pas adressĂ©e au bon destinataire ; la « lettre rĂ©vĂ©lation » prend tout son sens quand elle est donnĂ©e Ă  lire au spectateur sans ĂȘtre envoyĂ©e (Vertigo). Pierre BerthomĂ© ajoute « deux exemples singuliers » attachĂ©s Ă  des films uniques : la « lettre parenthĂšse » de La PrisonniĂšre du dĂ©sert (The Searcher, Ford, 1956), qui ne sert au fond que la « distorsion narrative » du film, et la « lettre oubliĂ©e » du Grand saut (The Hudsucker Proxy, Coen, 1994). Je reviendrai sur ces cas de figure qui me semblent liĂ©s aux usages romanesques de la lettre.

6L’article de Philippe Roger est entiĂšrement consacrĂ© Ă  la pĂ©riode amĂ©ricaine de l’Ɠuvre de OphĂŒls, vĂ©ritable « cinĂ©aste de la lettre » qui dĂ©veloppe pendant cette pĂ©riode le recours Ă  la lettre dans ses films, alors qu’il rĂ©duisait paradoxalement le rĂŽle de cette derniĂšre dans Werther (1938), Ɠuvre de son premier exil europĂ©en, et qu’il y fera moins rĂ©fĂ©rence aprĂšs son retour en Europe (La Ronde, Le Plaisir, Madame de
, Lola MontĂšs)5. The Exile, Letter from an Unknown Woman (1948), dĂ©jĂ  Ă©voquĂ© prĂ©cĂ©demment pour le jeu de la lettre que le film emprunte Ă  la nouvelle de Zweig, et surtout The Reckless Moment (Les DĂ©semparĂ©s, 1949) sont ici analysĂ©s, avec de nombreuses comparaisons avec d’autres films d’OphĂŒls, comme les exemples les plus achevĂ©s d’une utilisation de la lettre non pour sa « fonction Ă©pistolaire usuelle, informative » mais pour d’autres usages : la lettre connaĂźt ici un traitement « sonore » plus que visuel parce qu’elle s’accompagne de musique, parce qu’elle est lue Ă  haute voix, etc
 ; la lettre est « passĂ©e » parce que, objet matĂ©riel, elle est vouĂ©e au mouvement dans l’espace mais aussi dans le temps ; elle est « fragmentĂ©e » parce qu’elle peut Ă©galement ĂȘtre biffĂ©e, froissĂ©e, dĂ©chirĂ©e
 L’acte Ă©pistolaire, rĂ©daction et lecture, doit ĂȘtre dissociĂ© de la sociabilitĂ© impersonnelle : la lettre papier porte les traces de l’émotion de son scripteur, la lettre « partition » est chant intĂ©rieur, comme le montre l’auteur qui articule de façon continue l’épistolaritĂ© Ă  la musicalitĂ© des films de OphĂŒls.

7Cold Mountain (Minghella, 2003) prendrait, pour Marie LiĂ©nard, une « allure de roman Ă©pistolaire » : alors que le roman de Charles Frazier (Cold Mountain, 1997) alterne les chapitres consacrĂ©s Ă  Ada et ceux qui permettent au lecteur de suivre le dĂ©serteur Inman pendant la guerre de SĂ©cession, le rĂ©alisateur « met en scĂšne » la correspondance des deux personnages. Il faudrait ajouter qu’il s’agit d’un cas particulier d’épistolaritĂ© fictive, cette « monodie » dont parle Jean Rousset6, sensiblement compliquĂ© par la mise en scĂšne cinĂ©matographique : M. LiĂ©nard indique bien qu’Inman ne reçoit pas ces lettres dans l’ensemble, que l’on entend en voix off sur des images montrant le hĂ©ros pendant son pĂ©riple. Dans cette perspective, l’auteur s’intĂ©resse au contenu des lettres, qui joue ici un rĂŽle vĂ©ritable, notamment au sujet de la guerre, qui prend un sens particulier dans le contexte dans l’AmĂ©rique de 2003. L’article finit sur un parallĂšle entre une « longue lettre reçue en diffĂ©ré » et « l’expĂ©rience cinĂ©matographique » elle-mĂȘme qui, par opposition au théùtre, est fondĂ©e sur la « diffĂ©renciation spatiale et temporelle, entre l’expĂ©rience du personnage et de celle du spectateur ». On pourrait objecter ici que le film, comme le roman Ă©pistolaire, joue souvent sur une illusion d’immĂ©diatetĂ©, ce qui confirmerait a contrario le fonctionnement de Cold Mountain.

8Dans un court article historique, Elena Von Kassel Siambani s’intĂ©resse au rĂŽle de la lettre dans le dĂ©veloppement de l’industrie cinĂ©matographique en Grande-Bretagne dans les annĂ©es 1930, notamment par le biais du GPO (General Post Office), dont la Film Unit créée 1934 par John Grierson, puis la Crown Film Unit pendant la Seconde Guerre mondiale, furent Ă  l’origine de « films expĂ©rimentaux extraordinairement audacieux » (Colour Box, 1935, Len Lye ; Night Mail, 1936, qui associa le cinĂ©aste avant-gardiste Alberto Cavalcanti, le poĂšte W. H. Auden et le compositeur Benjamin Britten ; A Diary for Timothy, 1945).

9 CĂ©cile Marshall fait logiquement le lien avec ce panorama en replaçant dans la lignĂ©e de Night Mail7 un film rĂ©cent de Tony Harrison, Crossings (2002)8, qu’elle traduit ici par « Correspondances », tout en soulignant plus loin d’autres acceptions du terme ; car dans ce film-poĂšme, il s’agit avant tout de jeux de mots, entre l’image et la bande son, entre les diffĂ©rents sens de letters, des lettres de l’alphabet qui donnent lieu Ă  une vĂ©ritable « calligraphie » aux missives proprement dites.

10Le titre de la deuxiĂšme section du recueil, peut se dire de courriers qui n’atteignent pas leur destinataire, ce qui conviendrait Ă  la brĂšve analyse de Serge Chauvin sur la lettre dans les mĂ©lodrames hollywoodiens puisqu’il note d’emblĂ©e que dans ces films, la lettre « ne fictionne que dans la mesure oĂč elle dysfonctionne », ce qui est d’ailleurs souvent le cas dans l’usage romanesque de l’épistolaritĂ©. L’auteur associe le recours Ă  la lettre Ă  la question de la filiation, « enjeu, par excellence (avec le dĂ©sir) de la fiction, et singuliĂšrement du mĂ©lodrame ». Sont explorĂ©s ici deux films de John Stahl, Only Yesterday (Une Nuit seulement, 1933), trĂšs proche, avant le film d’OphĂŒls, du roman de Zweig, et Letter of introduction (Lettre d’introduction, 1938) ; le film de Lubitsch mentionnĂ© par Jean-Pierre BerthomĂ©, The Shop Around the Corner (Rendez-vous, 1940), confirme l’efficacitĂ© fictionnelle de l’échec de la lettre puisque les deux amoureux par correspondance ne se rĂ©unissent physiquement qu’au prix de la dĂ©nonciation des artifices et des lacunes de lettres dans lesquelles ils se sont d’abord complus de façon exclusive et dont on fait souvent le lieu mĂȘme d’une Ă©criture aussi sincĂšre qu’intime.

11La question du sentiment pourrait se prolonger dans l’article assez long que Trudy Bolter consacre exclusivement au film de Mankiewicz dĂ©jĂ  citĂ©, A letter to Three Wives (ChaĂźnes conjugales, 1949), et Ă  sa source romanesque, A letter to Five Wives, de John Klempner ; mais alors que cette question est centrale dans l’écriture Ă©pistolaire et pourrait l’ĂȘtre dans l’exploitation cinĂ©matographique de la lettre, le commentaire passe ici en revue, sans lien avec l’épistolaritĂ©, le rapport des deux Ɠuvres, de leurs personnages et de leurs auteurs au mariage et au « grand amour »9.

12On trouve dans l’article suivant la rĂ©fĂ©rence qui s’impose dans le domaine français, Le Corbeau (Henri-Georges Clouzot, 1943), mis ici en regard de son remake, un film oubliĂ© de Preminger : The Thirteenth Letter (1951). Catherine BerthĂ© Gaffiero s’attache par de trĂšs fines analyses, qui n’oublient ni les techniques filmiques ni les enjeux psychiques de l’écriture Ă©pistolaire, Ă  comparer ces deux films pour dĂ©gager la radicalitĂ© avec laquelle le film de Preminger dĂ©nonce les rapports entre hommes et femmes dans la sociĂ©tĂ© d’aprĂšs-guerre.

13Cet autre film fondamental qu’est Vertigo (Sueurs froides, 1958) est pris en charge par Corinne Oster, qui semble partir d’un dĂ©tail Ă©pistolaire mais qui va montrer, dans une approche qui se revendique comme analyse des relations de genre (gender), qu’elle s’inscrit dans les « mĂ©canismes de l’absence et de la rĂ©pĂ©tition nĂ©cessaires Ă  l’élaboration du fantasme masculin ». La lettre qu’écrit Judy pour rĂ©vĂ©ler Ă  Scottie son rĂŽle dans l’assassinat de Madeleine mais qu’elle dĂ©chire sans lui faire parvenir donne lieu Ă  un traitement exceptionnel de la part d’Hitchcock ; alors que cette information est terminale dans la nouvelle de Boileau-Narcejac qui sert de base au scĂ©nario, elle participe du contraste entre deux parties du film. La lettre, plus encore que la perte de la focalisation interne sur le personnage masculin et le flash-back, est l’élĂ©ment qui dĂ©place l’identification du spectateur avec le seul Scottie et qui « dĂ©construit le dĂ©sir masculin en faisant apparaĂźtre les mĂ©canismes qui le sous-tendent ».

14Jean-Pierre Naugrette s’intĂ©resse presque exclusivement Ă  une seule scĂšne de Eyes Wide Shut (Kubrick, 2001) dans laquelle le hĂ©ros, qui tentait de revenir sur les lieux de l’orgie Ă  laquelle il avait assistĂ© la veille, se voit remettre Ă  la grille de la propriĂ©tĂ© une lettre, ou plutĂŽt un billet, qui lui intime de renoncer Ă  son enquĂȘte. Dans ce jeu de l’épistolaritĂ© fictionnelle avec le simple schĂ©ma de communication de la lettre, ce billet est saisissant puisqu’il lui est apportĂ© trop vite pour ne pas avoir Ă©tĂ© prĂ©parĂ© Ă  l’avance, comme en poste « restante » ou comme une lettre « en souffrance », qui n’est plus ici un simple terme postal mais un paradoxe du dĂ©sir : l’initiative de Harford est niĂ©e par cet interdit qui devance la question elle-mĂȘme10 ; la lettre relĂšve d’autant plus d’un curieux effet de retour qu’elle cite in extenso le texte de la nouvelle de Schnitzler, Traumnovelle, adaptĂ©e par Kubrick, comme si, par mĂ©talepse, le personnage du film avait accĂšs au texte littĂ©raire. J.-P. Naugrette articule ensuite cette lettre, qui n’empĂȘche pas le danger mais qui indique la prĂ©sence du danger, Ă  la perversion des puissances apotropaĂŻques dans le film, dont les manifestations participent toujours d’une rĂ©pĂ©tition faussĂ©e. D’ailleurs, cette scĂšne est aussi une citation de North by Northwest de Hitchcock que Kubrick pastiche.

15Le titre de la troisiĂšme section pourrait supposer la transpositions cinĂ©matographique de romans par lettres, cas nĂ©cessairement assez rares mais qui posent des problĂšmes particuliers : dans de tels romans, la lettre n’est plus un simple accessoire, fĂ»t-il central, mais « l’outil du rĂ©cit », exclusif au point de « l’emporter sur le rĂ©cit » 11.

16L’exemple des Liaisons dangereuses, considĂ©rĂ© lui-mĂȘme comme l’apogĂ©e du roman Ă©pistolaire, exploitĂ© dans de nombreuses transpositions et souvent analysĂ© dans ses rapports avec elles12, pouvait s’imposer, d’autant plus que l’on compte au moins trois adaptations cinĂ©matographiques rĂ©centes du roman de Laclos dans le domaine anglophone, connues Ă  tel point que Lydia Martin parle de ces Ɠuvres sans prĂ©alable dans son article et ne donne leurs rĂ©fĂ©rences que dans la bibliographie finale (Dangerous Liaisons, Stephen Frears, USA, 1988 ; Valmont, Milos Forman, France/U.K., 1989 ; Cruel Intentions, Roger Kumble, USA, 1999). L’analyse dĂ©veloppĂ©e ici est une synthĂšse claire des diffĂ©rents problĂšmes essentiels de la transposition du roman de Laclos, depuis la « polyphonie » (le terme, quoique non sans ambivalence, aurait Ă©tĂ© utile ici tant il est entrĂ©e dans les mƓurs critiques), jusqu’au libertinage en passant par le rĂŽle de la lettre. Les remarques prĂ©cises sont souvent trĂšs pertinentes et la prĂ©sentation du film de Kumble comme exploitant encore les fondamentaux du roman (restes d’épistolaritĂ© plutĂŽt que dialogues directs, provocation verbale des Ă©changes plutĂŽt que de l’image
) rend Ă  ce film, au demeurant mĂ©diocrement interprĂ©tĂ© et mis en scĂšne, son importance dans le dĂ©bat.

17Dear america : Letters Home from Vietnam (Couturie, 1987), documentaire auquel se consacre l’article de Delphine Robic-Diaz, s’appuie bien sur des correspondances mais on ne devrait parler ici de « roman », puisqu’il s’agit d’un recueil de lettres de GI’s ; dans le film, des extraits de ces lettres, complĂ©tĂ©s par des indications sur les circonstances dans lesquelles leur auteur a trouvĂ© la mort ensuite, et accompagnĂ©s de musique, sont lus sur fond d’images d’archives, rarement inĂ©dites. Il s’agit dans les deux cas de « reproductions mĂ©diatiques » du MĂ©morial de la guerre du Vietnam13, qui font de la lettre un vĂ©ritable « objet de croyance ». Tout l’article montre bien que l’enjeu n’est pas celui du passage du document authentique Ă  la fiction mais bien celui du tĂ©moignage individuel qu’est la lettre Ă  une construction idĂ©ologique de l’histoire. Le MĂ©morial, le recueil puis le film sont les trois niveaux d’un mĂȘme projet, un « lieu de mĂ©moire » au sens oĂč l’entend Pierre Nora mais qui est aussi « une mĂȘme volontĂ© d’auto-purification ».

18L’adaptation du roman de Stevenson The Strange Case of Dr. Jekyll and Mr. Hyde par Rouben Mamoulian (1932) est longuement analysĂ©e par Florent Christol qui la remet en perspective, par rapport Ă  l’histoire du film d’horreur, par rapport au roman, que l’on pourrait dire partiellement Ă©pistolaire mais qui accorde en outre une place centrale Ă  la lettre. La genĂšse du roman fait du texte lui-mĂȘme un compromis entre « le roman policier Ă©pistolaire et le conte d’horreur gothique », mais aussi entre le « rĂ©cit d’horreur et le conte moral allĂ©gorique » ; on pourrait ajouter que le recours Ă  la lettre est prĂ©cisĂ©ment une façon de transmettre au lecteur ce qu’aucune voix narrative ne peut transmettre de façon extĂ©rieure et univoque sur un tel hĂ©ros double. Les premiĂšres adaptations filmiques du dĂ©but du XXe siĂšcle, peu narrativisĂ©es, organisĂ©es autour des moments spectaculaires relĂšvent du « cinĂ©ma des attractions » (T. Gunning), voire du freak show ou de l’exhibition de monstres, rĂ©pandue dĂšs le XVIIe siĂšcle. Le film de Mamoulian est caractĂ©risĂ© par un statut « hybride », entre « production horrifique de sĂ©rie B » Ă  la Universal et « mĂ©lodrame hollywoodien de sĂ©rie A » de Major, la Paramount, qui le produit. Le monstrueux est exhibĂ© par des procĂ©dĂ©s qui relĂšvent du cinĂ©ma exclusivement, comme le gros plan par exemple. Monstrueux et carnavalesque sont comme en dehors de la scĂšne de spectacle mise en abyme dans le film (sinon en dehors du « dispositif spectaculaire » puisqu’il faudrait entendre ce dispositif comme incluant son spectateur !). On pourrait mĂȘme dire que « l’instabilitĂ© gĂ©nĂ©rique » du film est une sorte de retour de la censure originelle du roman.

19Jonathan Bignell utilise dans son titre l’expression « lettre en souffrance », qui sert d’intitulĂ© Ă  la partie prĂ©cĂ©dente toute entiĂšre. Il revendique un jeu de mots : le rĂ©cit de l’hĂ©roĂŻne de The Handsmaid’s Tale14 est un journal intime douloureux et qui sera littĂ©ralement « exhumé » aprĂšs avoir Ă©tĂ© longtemps cachĂ©. Il faut reconnaĂźtre que le dĂ©calage que permet la « lettre » en souffrance est d’autant plus fort qu’il s’agit d’un roman d’anticipation : le passĂ© dont tĂ©moigne le rĂ©cit et qui est commentĂ© par des historiens qui l’ont mis au jour, renvoie le lecteur Ă  un futur indĂ©terminĂ©. Reste que ce rĂ©cit, la transcription d’un enregistrement audio qui constitue une bonne part du roman, est n’est appelĂ© lettre parce qu’il est adressĂ©, sans que l’adresse soit d’ailleurs dĂ©veloppĂ©e. C’est essentiellement la question de l’identitĂ© qui intĂ©resse ici le commentateur, qui explore finement le roman tout en soulignant les insuffisances du film de Volker Schlöndorff qui en a Ă©tĂ© tirĂ©, sur un scĂ©nario de Harlod Pinter (1990).

20Les exemples Ă©tudiĂ©s dans ces trois articles, qui complĂštent la section aprĂšs Les Liaisons dangereuses, ne sont pas des romans Ă©pistolaires, et ce ne sont mĂȘme souvent que trĂšs partiellement, Ă  divers titre, des « rĂ©cits Ă©pistolaires ». Ils posent nĂ©anmoins des problĂšmes intĂ©ressant directement la transposition de la lettre et du rĂ©cit Ă©crit adressĂ© Ă  un destinataire explicite, bien que les articles, monographiques ici, dĂ©passent souvent ces questions. Dans les trois cas, c’est la question du document, authentique ou forgĂ© de toutes piĂšces, qui est au centre des rĂ©flexions ; elle est liĂ©e Ă  l’épistolaire sans se confondre avec lui. Il s’agit dĂ©jĂ , au moins pour The Handmaid’s Tale, d’un journal intime, qui anticipe sur la quatriĂšme section.

21CalquĂ© sur l’expression « roman Ă©pistolaire », qui a ici Ă©tĂ© pourtant Ă©tĂ© utilisĂ©e trĂšs largement, « film Ă©pistolaire » suppose une Ɠuvre dont la lettre «  intĂšgre la structure mĂȘme ». Roselyne QuĂ©mĂ©ner revendique l’expression en s’intĂ©ressant au documentaire autobiographique de Nathaniel Kahn, fils naturel de l’architecte amĂ©ricain Louis Kahn (My Architect : A Son’s Journey, 2003) : le film cite des lettres familiales et se constitue lui-mĂȘme en « lettre cinĂ©matographique », adressĂ©e au pĂšre dĂ©cĂ©dĂ©, bon exemple pour R. QuĂ©mĂ©ner de la lettre comme « pensĂ©e nomade » telle que la dĂ©finit Brigitte Diaz (sur l’ouvrage de B. Diaz, voir le compte-rendu : http://www.fabula.org/revue/cr/271.php).

22The End of the Affair, de Neil Jordan (1999), est un journal intime (« Ceci est un journal de haine » Ă©crit le narrateur, personnage d’écrivain dans le roman de Graham Green, 1951, qui est Ă  l’origine du film) dont la rĂ©daction, Ă  la machine Ă  Ă©crire, cadrĂ©e de prĂšs, est mise en scĂšne. Isabelle Le Corff souligne bien les techniques cinĂ©matographiques utilisĂ©es ici et leur effet : marquer « l’impossible accĂšs Ă  la vision de l’autre ». Si le roman et le film jouent effectivement avec l’épistolaritĂ©, en se terminant en « lettre Ă  Dieu », le paradoxe aurait mĂ©ritĂ© plus de dĂ©veloppements : l’adresse, terminale et impossible, indiquerait le changement de rĂ©fĂ©rent du personnage mais elle est partie prenante de la perspective idĂ©ologique du romancier.

23Pour un lecteur de Kafka, le lien de l’auteur avec l’épistolaritĂ© est immĂ©diat et pourtant problĂ©matique, de cette Lettre au pĂšre qui est directement une Ɠuvre littĂ©raire, alors que les Lettres Ă  Milena sont d’abord de la correspondance privĂ©e, Ă  cette lettre dans laquelle Kafka demande Ă  Max Brod de dĂ©truire, entre autre, ses lettres
 Soderbergh, dans son biopic consacrĂ© Ă  Kafka (Kafka, 1991), Ă  cause de l’auteur tchĂšque et Ă  cause du genre mĂȘme de la biographie filmĂ©e, qui convoque des documents, pouvait-il Ă©viter les lettres ? Lydie Malizia Ă©largit la question Ă  la façon dont le cinĂ©aste donne Ă  voir « l’acte d’écrire », en s’appuyant sur des distinctions parfois difficiles Ă  cerner entre « l’écriture en acte » et « l’écriture en puissance », empruntĂ©es Ă  la MĂ©taphysique d’Aristote par Murielle Gagnebin (Du Divan Ă  l’écran, PUF, 1999). Les outils sont partiellement Ă©pistolaires (deux sĂ©quences montrant Kafka Ă©crivant encadrent le film) mais ils servent le propos de Soderbergh qui, montrant l’Ɠuvre de Kafka en se faisant, fait Ɠuvre lui-mĂȘme.

24Spider, de Cronenberg (2002), est le « journal d’un fou » que Jocelyn Dupont juge d’abord d’une « anormale normalité », notamment par rapport aux dĂ©lires visuels de Festin nu (Naked Lunch, 1991). Pourtant, les sĂ©quences dans lesquelles le personnage griffonne son journal ne font pas que « dĂ©noter » la folie ; elles engagent aussi le spectateur en ce qu’elles imposent sur l’écran des signes indĂ©chiffrables mais sans les codes de « dĂ©rĂ©alisation » utilisĂ©s par le romancier dans son texte (Patrick McGrath, Spider, 1990) et par le cinĂ©aste dans d’autres films, comme s’il se refusait ici Ă  ces artifices. ComĂ©dien, cinĂ©aste et spectateurs sont pris dans cette arantĂšle sĂ©ductrice de la production shizophrĂšne.

25Jonas Mekas, et deux des films qu’il a montĂ©s Ă  partir des courts enregistrements qu’il rĂ©alise rĂ©guliĂšrement depuis les annĂ©es 50, Walden (1964-1969) et Lost Lost Lost (1976), font l’objet des deux articles qui achĂšvent cette partie (On peut avoir une idĂ©e de la dĂ©marche du cinĂ©aste sur son propre site : http://www.jonasmekas.com). A propos du premier, sans parler de « film Ă©pistolaire », Eric Thouvenel postule une Ă©pistolaritĂ© « en filigrane » par rapport Ă  la dimension diariste, qu’il met nettement en Ă©vidence Ă  travers une sĂ©rie de caractĂ©ristiques. L’activitĂ© du Filmer, par opposition au film maker, tel que se dĂ©finit l’artiste lui-mĂȘme, qui saisit ses impressions sans raconter, peut se rapprocher du discours Ă©pistolaire, par opposition au rĂ©cit, qui prend parfois la forme d’un enregistrement brut donnĂ© directement Ă  lire mais qui, dans le mĂȘme temps, cette prĂ©sentation réécrit le passĂ©. L’adresse est problĂ©matique Ă©galement dans la mesure oĂč l’on peut se demander Ă  qui le film est destinĂ©, sans que cette destination extĂ©rieure fasse dĂ©faut, comme dans le journal intime. Le montage est sans doute l’aspect le plus intĂ©ressant de l’analyse, qui associe la digression de l’écriture Ă©pistolaire (et son montage dans une correspondance, faudrait-il ajouter) au jeu de Mekas avec le photogramme, qu’il considĂšre, davantage que le plan, comme l’unitĂ© de base d’un film. Il n’y a pas jusqu’à l’insignifiance du fugitif que le rĂ©alisateur saisit et enchaĂźne qui ne joue, au fond, le jeu de l’épistolaritĂ©.

26Marie Danniel-Grognier a une approche plus traditionnelle, en termes d’écriture diariste prĂ©cisĂ©ment de Lost Lost Lost. Elle analyse de façon Ă©clairante les HaĂŻkus de Mekas, ce qui pourrait faire sortir cette Ɠuvre de la logique du journal mais sans pour autant la rapprocher de l’épistolaritĂ©.

27Le glissement qui s’est opĂ©rĂ© dans plusieurs articles de l’épistolaritĂ© Ă  la littĂ©raritĂ©, de epistola Ă  la littera, s’affirme dans la derniĂšre sĂ©quence. Il s’agit cependant de trois articles qui portent sur la « signature », ce « signe graphique qui traditionnellement referme » la missive et qui ,avec l’adresse, pourrait dĂ©finir l’écrit Ă©pistolaire. Reste que les signatures, Ă©largies parfois Ă  d’autres inscriptions, ne relĂšvent pas nĂ©cessairement de l’épistolaritĂ©, comme le montrent fort bien les exemples traitĂ©s, films de Hawks (Michel Durafour), Malcolm X, de Spike Lee (Caroline Hourdry), un film rĂ©cent d’Alan Berliner (Nicole Cloarec).

28La richesse du corpus Ă©tudiĂ© ici ne fait aucun doute et ce n’est pas la moindre des qualitĂ©s de ce volume que de convoquer, pour un lecteur intĂ©ressĂ© par l’épistolaritĂ© mais auquel toutes les rĂ©fĂ©rences ne sont pas familiĂšres, un ensemble aussi riche ; le lecteur plus au fait des analyses filmiques aura de son cĂŽtĂ© une idĂ©e des caractĂ©ristiques Ă©nonciatives et littĂ©raires de la lettre.

29On peut cependant se demander sĂ©rieusement : le facteur sonne-t-il toujours deux fois ? La prĂ©gnance de la rĂ©fĂ©rence cinĂ©matographique explique peut-ĂȘtre pourquoi l’auteur n’insiste pas dans son introduction sur cet exemple, qui ne sert que de captatio benevolentiae, comme si la lettre ne pouvait dĂ©cidĂ©ment qu’ouvrir l’imaginaire du lecteur du cĂŽtĂ© de l’image, comme si le facteur n’était qu’un avatar du messager de la tragĂ©die antique. Si celui-ci et celui-lĂ  apportent une nouvelle, l’information est contenue dans un discours isolĂ© du reste du texte et fait surgir, sur la scĂšne du théùtre, sur l’écran du cinĂ©ma, dans l’imaginaire d’un spectateur en tous cas, un moment de tension avec le reste de la fiction. Mais ce rapprochement de l’Ɠuvre littĂ©raire et du film est-elle si naturelle ?

30La place de la lettre dans l’écriture est dĂ©jĂ  ambivalente. La lettre semble parfois seconde et secondaire, toujours susceptible de basculer du cĂŽtĂ© de la rĂ©pĂ©tition, de la reformulation. Le contenu peut ainsi en ĂȘtre d’un intĂ©rĂȘt moindre que l’acte d’écrire et de communiquer lui-mĂȘme : la lettre implique une analyse en terme d’énonciation performative et pragmatique. Les exemples rassemblĂ©s ici montrent bien que la lettre est directement liĂ©e Ă  l’acte d’écrire, mais aussi que cela signifie : Ă©crire, envoyer, recevoir, conserver, faire circuler, cacher, dĂ©chirer
 une chose qui relĂšve de la trace, en dĂ©calage ou en adĂ©quation avec l’expĂ©rience qui est Ă  l’origine de l’écriture. Pourtant, la lettre est aussi du cĂŽtĂ© d’une gradation, d’une dramatisation. L’écriture ici lance peut-ĂȘtre davantage qu’elle ne relance, fait vivre peut-ĂȘtre davantage qu’elle fait revivre. Ce qui est sĂ»r, c’est que la lettre, dans le texte, voire comme texte, est une forme matricielle de la littĂ©rature : c’est lĂ  que le passage de littera Ă  epistola peut avoir du sens ; ce n’est pas alors un glissement mais un rapport d’inclusion et de gĂ©nĂ©ration fictionnelle.

31La place de la lettre dans un film serait Ă  relier Ă  ce phĂ©nomĂšne qui tient me semble-t-il Ă  l’épistolaritĂ© elle-mĂȘme : celle-ci relĂšve en effet Ă  la fois de la pratique non artistique de tout un chacun et qui, ce faisant, est souvent convoquĂ©e dans les Ɠuvres d’art comme un Ă©lĂ©ment producteur d’« effet de rĂ©el ». Ce qui est Ă©tonnant, c’est que le cinĂ©ma n’échappe pas Ă  cet attrait, alors mĂȘme que la lettre est nettement moins centrale dans la pratique quotidienne qu’elle ne l’a Ă©tĂ© dans les Ă©poques qui ont vu se dĂ©velopper son usage fictionnel, de l’AntiquitĂ© (HĂ©roĂŻdes d’Ovide par exemple
) au XVIIIe siĂšcle, oĂč le roman Ă©pistolaire domine la production littĂ©raire (de Clarissa, de Samuel Richardson, aux Liaisons dangereuses de Laclos par exemple
). Jusqu’à la premiĂšre moitiĂ© du XXe siĂšcle, et dans les films plus rĂ©cents mais qui renvoient Ă  cette Ă©poque, la prĂ©sence de la lettre peut s’appuyer sur des Ă©lĂ©ments socio-historiques puisque la pratique Ă©pistolaire Ă©tait encore trĂšs importante. Pour prendre un exemple qui prolongerait, dans le domaine français, un article du recueil, je dirais que Les Liaisons dangereuses 1960 (Roger Vadim, 1959) marquent clairement une charniĂšre : d’autres moyens de communication, comme le tĂ©lĂ©gramme qui sert Ă  la rupture entre Valmont et Marianne Tourvel, le disputent largement Ă  la lettre, qui subsiste malgrĂ© tout. On n’a pas assez remarquĂ© que dans le corpus Ă©tudiĂ©, trĂšs nombreuses Ă©taient des transpositions de romans (Laclos, Les Liaisons dangereuses ; Boileau-Narcejac, D’entre les morts ; Zweig, Brief von eine unbekannte Frau (Lettre d’une inconnue) ; Schnitzler, Traumnovelle ; Klempner, A Letter to five Wives ; Graham Green, End of the Affair ; Frazer, Cold Mountain
). Seul le roman de Laclos est un roman Ă©pistolaire, les autres convoquent la lettre comme accessoire, ce qui me semble confirmer la perte de vitalitĂ© de la rĂ©fĂ©rence Ă©pistolaire dans le roman. A contrario, le film donne Ă  la lettre la fonction pleinement Ă©pistolaire qu’il n’avait plus dans le roman qui est Ă  l’origine du scĂ©nario. C’est l’indice de ce chevauchement temporel des media malgrĂ© le progrĂšs technique ou plutĂŽt au service de l’idĂ©ologie de ce progrĂšs puisque chaque nouveau media va se nourrir des restes les plus prestigieux du prĂ©cĂ©dent : ainsi du cinĂ©ma avec le roman, dont la forme Ă©pistolaire, sans ĂȘtre encore pratiquĂ©e, reste une rĂ©fĂ©rence. Mais alors que le roman exploitait la lettre Ă  cause son double visage, parce qu’elle appartenait Ă  l’écriture sans relever directement de la littĂ©rature, le cinĂ©ma peut lui trouver un air de famille avec les moyens de communication les plus modernes sans qu’elle puisse Ă©galer l’effet de rĂ©el de ces derniers. Les rapports de l’épistolaritĂ© et du cinĂ©ma se poursuivraient dans les films s’appuyant sur la messagerie Ă©lectronique par exemple (You’ve got M@il/Vous avez un mess@ge, film de 1998, est Ă©voquĂ© par J.-P. BerthomĂ©), voire dans ceux qui recourent Ă  la mise en scĂšne de l’enregistrement vidĂ©o Ă  l’intĂ©rieur mĂȘme du film : c’est lĂ  que se rejoue la mise en abyme de la lettre dans la littĂ©rature qu’à longtemps constituĂ© le recours de la fiction Ă  l’épistolaritĂ©.