Le facteur sonne-t-il toujours deux fois ? Lettres Ă lâĂ©cran
1« Nous savons tous que le facteur sonne toujours deux fois ». Le recueil dâarticles sur les relations entre le cinĂ©ma et lâĂ©pistolaritĂ© publiĂ© sous la direction de Nicole Cloarec sous le titre Lettres de cinĂ©ma. De la missive au film-lettre1 joue dâemblĂ©e la connivence avec un lecteur qui est nĂ©cessairement Ă©galement ici un spectateur : lâallusion qui ouvre lâintroduction du volume peut renvoyer Ă la fois au roman de James M. Cain2 et aux films qui en ont Ă©tĂ© tirĂ©s tant ceux-ci ont Ă©tĂ© nombreux et, pour certains dâentre eux, fameux3. Lâallusion est dâautant moins explicitĂ©e que le recueil rassemble les contributions de chercheurs travaillant sur le cinĂ©ma dans le domaine anglophone4. Il nâest plus question ensuite de cet exemple parmi tous les cas analysĂ©s ou Ă©voquĂ©s dans ce recueil, particuliĂšrement riche et variĂ©, notamment du point de vue des pĂ©riodes considĂ©rĂ©es, des annĂ©es 30 et 50, aux productions les plus contemporaines. Les films sont Ă©galement plus ou moins familiers au lecteur, ce qui nâest pas sans poser les habituels et structurels problĂšmes dâanalyse filmique, qui ne peut donner Ă voir son objet. Les quelques photogrammes reproduits ici en noir et blanc, signes dâun rĂ©el effort dans ce domaine, permettent surtout de constater certaines « mises en page » de lâĂ©criture dans lâespace de lâĂ©cran. On passe dans ce recueil des Ćuvres de OphĂŒls, Hitchcock, Hawks, Mankiewicz, Cronenberg, Minghella et Soderbergh Ă celles de Jonas Mekas et Alan Berliner⊠Certaines Ćuvres sont Ă©voquĂ©es dans plusieurs articles mais sans que cela soit redondant ; câest au contraire un vĂ©ritable corpus qui sâaffirme sous nos yeux.
2Dans son introduction, Nicole Cloarec indique rapidement, mais de façon pertinente, la problĂ©matique du volume. La lettre est une « intruse dans le flux continu des images » mais elle est « un accessoire particuliĂšrement prisĂ© dans les films ». « ProblĂšme de mise en scĂšne », elle impose aux cinĂ©astes de trouver une « solution » : implicitement, la lettre sâimposerait donc au cinĂ©ma plutĂŽt quâelle ne serait convoquĂ©e pour apporter, de lâextĂ©rieur, un Ă©lĂ©ment fondamental. Cette idĂ©e, sur laquelle je reviendrai in fine, est vite Ă©vacuĂ©e au profit des possibilitĂ©s quâoffre lâutilisation de la lettre dans un film : structuration narrative et circulation dans le schĂ©ma de communication notamment.
3N. Cloarec distribue ensuite les articles, trĂšs nombreux (pas moins de vingt-trois contributions), trĂšs majoritairement monographiques et de longueur trĂšs variable (du simple au double), en cinq grandes sections : « Lettres en correspondances », « Lettres en souffrance », « RĂ©cits Ă©pistolaires Ă lâĂ©cran », « âFilms Ă©pistolairesâ et journaux intimes », « Signatures » (voir le sommaire en annexe).
4Le titre de la premiĂšre partie nâest pas trĂšs explicite : se trouvent rassemblĂ©s ici les articles qui peuvent ĂȘtre perçus comme plus gĂ©nĂ©raux que les autres pour des raisons diverses.
5Jean-Pierre BerthomĂ© distingue les diffĂ©rentes fonctions que la lettre peut revĂȘtir dans les films. Son article se prĂ©sente comme une typologie qui se rĂ©vĂšle Ă plusieurs niveaux ; on se risque ici Ă la rĂ©sumer schĂ©matiquement Ă deux fonctions principales : le rapport Ă lâaction et le rapport Ă la communication. Le premier aspect est reprĂ©sentĂ© par la « lettre enclencheur dâune action », la fonction « la plus Ă©lĂ©mentaire », la plus accessoire et la plus nombreuse, qui lance ou relance lâaction ; elle pourrait englober la « lettre de mission » qui « assigne un rĂŽle » Ă des personnages (Moonfleet, 1955) ; la lettre devient une vĂ©ritable « machine infernale » quand elle est manipulĂ©e par un personnage pour inflĂ©chir lâaction, soit de façon « inerte » quand elle nâintervient plus dans le processus quâelle a lancĂ© (A Letter to Three Wives, Mankiewicz, 1949), soit de façon « dynamique » quand elle reste directement liĂ©e au dĂ©roulement des Ă©vĂ©nements. Le second aspect repose sur les diffĂ©rents pĂŽles du schĂ©ma de communication Ă©pistolaire, dont les relations sont surtout susceptibles ĂȘtre exploitĂ©es dans un film : la « lettre dâoutre-tombe » est le cas de figure que le cinĂ©phile ne peut oublier, la lettre posthume du film de OphĂŒls, Letter from an Unknown Woman, engageant le film dans un vaste flash-back Ă la façon du rĂ©cit de Citizen Kane ; la « lettre Ă la chĂšre inconnue » renvoie au cas classique de deux personnes qui se mĂ©prisent, de se dĂ©couvrir sans le savoir dans lâĂ©change indirect de la correspondance (The Shop around the Corner, Lubitsch, 1940) ; la « lettre dĂ©routĂ©e » est celle qui nâest pas adressĂ©e au bon destinataire ; la « lettre rĂ©vĂ©lation » prend tout son sens quand elle est donnĂ©e Ă lire au spectateur sans ĂȘtre envoyĂ©e (Vertigo). Pierre BerthomĂ© ajoute « deux exemples singuliers » attachĂ©s Ă des films uniques : la « lettre parenthĂšse » de La PrisonniĂšre du dĂ©sert (The Searcher, Ford, 1956), qui ne sert au fond que la « distorsion narrative » du film, et la « lettre oubliĂ©e » du Grand saut (The Hudsucker Proxy, Coen, 1994). Je reviendrai sur ces cas de figure qui me semblent liĂ©s aux usages romanesques de la lettre.
6Lâarticle de Philippe Roger est entiĂšrement consacrĂ© Ă la pĂ©riode amĂ©ricaine de lâĆuvre de OphĂŒls, vĂ©ritable « cinĂ©aste de la lettre » qui dĂ©veloppe pendant cette pĂ©riode le recours Ă la lettre dans ses films, alors quâil rĂ©duisait paradoxalement le rĂŽle de cette derniĂšre dans Werther (1938), Ćuvre de son premier exil europĂ©en, et quâil y fera moins rĂ©fĂ©rence aprĂšs son retour en Europe (La Ronde, Le Plaisir, Madame deâŠ, Lola MontĂšs)5. The Exile, Letter from an Unknown Woman (1948), dĂ©jĂ Ă©voquĂ© prĂ©cĂ©demment pour le jeu de la lettre que le film emprunte Ă la nouvelle de Zweig, et surtout The Reckless Moment (Les DĂ©semparĂ©s, 1949) sont ici analysĂ©s, avec de nombreuses comparaisons avec dâautres films dâOphĂŒls, comme les exemples les plus achevĂ©s dâune utilisation de la lettre non pour sa « fonction Ă©pistolaire usuelle, informative » mais pour dâautres usages : la lettre connaĂźt ici un traitement « sonore » plus que visuel parce quâelle sâaccompagne de musique, parce quâelle est lue Ă haute voix, etcâŠÂ ; la lettre est « passĂ©e » parce que, objet matĂ©riel, elle est vouĂ©e au mouvement dans lâespace mais aussi dans le temps ; elle est « fragmentĂ©e » parce quâelle peut Ă©galement ĂȘtre biffĂ©e, froissĂ©e, dĂ©chirĂ©e⊠Lâacte Ă©pistolaire, rĂ©daction et lecture, doit ĂȘtre dissociĂ© de la sociabilitĂ© impersonnelle : la lettre papier porte les traces de lâĂ©motion de son scripteur, la lettre « partition » est chant intĂ©rieur, comme le montre lâauteur qui articule de façon continue lâĂ©pistolaritĂ© Ă la musicalitĂ© des films de OphĂŒls.
7Cold Mountain (Minghella, 2003) prendrait, pour Marie LiĂ©nard, une « allure de roman Ă©pistolaire » : alors que le roman de Charles Frazier (Cold Mountain, 1997) alterne les chapitres consacrĂ©s Ă Ada et ceux qui permettent au lecteur de suivre le dĂ©serteur Inman pendant la guerre de SĂ©cession, le rĂ©alisateur « met en scĂšne » la correspondance des deux personnages. Il faudrait ajouter quâil sâagit dâun cas particulier dâĂ©pistolaritĂ© fictive, cette « monodie » dont parle Jean Rousset6, sensiblement compliquĂ© par la mise en scĂšne cinĂ©matographique : M. LiĂ©nard indique bien quâInman ne reçoit pas ces lettres dans lâensemble, que lâon entend en voix off sur des images montrant le hĂ©ros pendant son pĂ©riple. Dans cette perspective, lâauteur sâintĂ©resse au contenu des lettres, qui joue ici un rĂŽle vĂ©ritable, notamment au sujet de la guerre, qui prend un sens particulier dans le contexte dans lâAmĂ©rique de 2003. Lâarticle finit sur un parallĂšle entre une « longue lettre reçue en diffĂ©ré » et « lâexpĂ©rience cinĂ©matographique » elle-mĂȘme qui, par opposition au théùtre, est fondĂ©e sur la « diffĂ©renciation spatiale et temporelle, entre lâexpĂ©rience du personnage et de celle du spectateur ». On pourrait objecter ici que le film, comme le roman Ă©pistolaire, joue souvent sur une illusion dâimmĂ©diatetĂ©, ce qui confirmerait a contrario le fonctionnement de Cold Mountain.
8Dans un court article historique, Elena Von Kassel Siambani sâintĂ©resse au rĂŽle de la lettre dans le dĂ©veloppement de lâindustrie cinĂ©matographique en Grande-Bretagne dans les annĂ©es 1930, notamment par le biais du GPO (General Post Office), dont la Film Unit créée 1934 par John Grierson, puis la Crown Film Unit pendant la Seconde Guerre mondiale, furent Ă lâorigine de « films expĂ©rimentaux extraordinairement audacieux » (Colour Box, 1935, Len Lye ; Night Mail, 1936, qui associa le cinĂ©aste avant-gardiste Alberto Cavalcanti, le poĂšte W. H. Auden et le compositeur Benjamin Britten ; A Diary for Timothy, 1945).
9 CĂ©cile Marshall fait logiquement le lien avec ce panorama en replaçant dans la lignĂ©e de Night Mail7 un film rĂ©cent de Tony Harrison, Crossings (2002)8, quâelle traduit ici par « Correspondances », tout en soulignant plus loin dâautres acceptions du terme ; car dans ce film-poĂšme, il sâagit avant tout de jeux de mots, entre lâimage et la bande son, entre les diffĂ©rents sens de letters, des lettres de lâalphabet qui donnent lieu Ă une vĂ©ritable « calligraphie » aux missives proprement dites.
10Le titre de la deuxiĂšme section du recueil, peut se dire de courriers qui nâatteignent pas leur destinataire, ce qui conviendrait Ă la brĂšve analyse de Serge Chauvin sur la lettre dans les mĂ©lodrames hollywoodiens puisquâil note dâemblĂ©e que dans ces films, la lettre « ne fictionne que dans la mesure oĂč elle dysfonctionne », ce qui est dâailleurs souvent le cas dans lâusage romanesque de lâĂ©pistolaritĂ©. Lâauteur associe le recours Ă la lettre Ă la question de la filiation, « enjeu, par excellence (avec le dĂ©sir) de la fiction, et singuliĂšrement du mĂ©lodrame ». Sont explorĂ©s ici deux films de John Stahl, Only Yesterday (Une Nuit seulement, 1933), trĂšs proche, avant le film dâOphĂŒls, du roman de Zweig, et Letter of introduction (Lettre dâintroduction, 1938) ; le film de Lubitsch mentionnĂ© par Jean-Pierre BerthomĂ©, The Shop Around the Corner (Rendez-vous, 1940), confirme lâefficacitĂ© fictionnelle de lâĂ©chec de la lettre puisque les deux amoureux par correspondance ne se rĂ©unissent physiquement quâau prix de la dĂ©nonciation des artifices et des lacunes de lettres dans lesquelles ils se sont dâabord complus de façon exclusive et dont on fait souvent le lieu mĂȘme dâune Ă©criture aussi sincĂšre quâintime.
11La question du sentiment pourrait se prolonger dans lâarticle assez long que Trudy Bolter consacre exclusivement au film de Mankiewicz dĂ©jĂ citĂ©, A letter to Three Wives (ChaĂźnes conjugales, 1949), et Ă sa source romanesque, A letter to Five Wives, de John Klempner ; mais alors que cette question est centrale dans lâĂ©criture Ă©pistolaire et pourrait lâĂȘtre dans lâexploitation cinĂ©matographique de la lettre, le commentaire passe ici en revue, sans lien avec lâĂ©pistolaritĂ©, le rapport des deux Ćuvres, de leurs personnages et de leurs auteurs au mariage et au « grand amour »9.
12On trouve dans lâarticle suivant la rĂ©fĂ©rence qui sâimpose dans le domaine français, Le Corbeau (Henri-Georges Clouzot, 1943), mis ici en regard de son remake, un film oubliĂ© de Preminger : The Thirteenth Letter (1951). Catherine BerthĂ© Gaffiero sâattache par de trĂšs fines analyses, qui nâoublient ni les techniques filmiques ni les enjeux psychiques de lâĂ©criture Ă©pistolaire, Ă comparer ces deux films pour dĂ©gager la radicalitĂ© avec laquelle le film de Preminger dĂ©nonce les rapports entre hommes et femmes dans la sociĂ©tĂ© dâaprĂšs-guerre.
13Cet autre film fondamental quâest Vertigo (Sueurs froides, 1958) est pris en charge par Corinne Oster, qui semble partir dâun dĂ©tail Ă©pistolaire mais qui va montrer, dans une approche qui se revendique comme analyse des relations de genre (gender), quâelle sâinscrit dans les « mĂ©canismes de lâabsence et de la rĂ©pĂ©tition nĂ©cessaires Ă lâĂ©laboration du fantasme masculin ». La lettre quâĂ©crit Judy pour rĂ©vĂ©ler Ă Scottie son rĂŽle dans lâassassinat de Madeleine mais quâelle dĂ©chire sans lui faire parvenir donne lieu Ă un traitement exceptionnel de la part dâHitchcock ; alors que cette information est terminale dans la nouvelle de Boileau-Narcejac qui sert de base au scĂ©nario, elle participe du contraste entre deux parties du film. La lettre, plus encore que la perte de la focalisation interne sur le personnage masculin et le flash-back, est lâĂ©lĂ©ment qui dĂ©place lâidentification du spectateur avec le seul Scottie et qui « dĂ©construit le dĂ©sir masculin en faisant apparaĂźtre les mĂ©canismes qui le sous-tendent ».
14Jean-Pierre Naugrette sâintĂ©resse presque exclusivement Ă une seule scĂšne de Eyes Wide Shut (Kubrick, 2001) dans laquelle le hĂ©ros, qui tentait de revenir sur les lieux de lâorgie Ă laquelle il avait assistĂ© la veille, se voit remettre Ă la grille de la propriĂ©tĂ© une lettre, ou plutĂŽt un billet, qui lui intime de renoncer Ă son enquĂȘte. Dans ce jeu de lâĂ©pistolaritĂ© fictionnelle avec le simple schĂ©ma de communication de la lettre, ce billet est saisissant puisquâil lui est apportĂ© trop vite pour ne pas avoir Ă©tĂ© prĂ©parĂ© Ă lâavance, comme en poste « restante » ou comme une lettre « en souffrance », qui nâest plus ici un simple terme postal mais un paradoxe du dĂ©sir : lâinitiative de Harford est niĂ©e par cet interdit qui devance la question elle-mĂȘme10 ; la lettre relĂšve dâautant plus dâun curieux effet de retour quâelle cite in extenso le texte de la nouvelle de Schnitzler, Traumnovelle, adaptĂ©e par Kubrick, comme si, par mĂ©talepse, le personnage du film avait accĂšs au texte littĂ©raire. J.-P. Naugrette articule ensuite cette lettre, qui nâempĂȘche pas le danger mais qui indique la prĂ©sence du danger, Ă la perversion des puissances apotropaĂŻques dans le film, dont les manifestations participent toujours dâune rĂ©pĂ©tition faussĂ©e. Dâailleurs, cette scĂšne est aussi une citation de North by Northwest de Hitchcock que Kubrick pastiche.
15Le titre de la troisiĂšme section pourrait supposer la transpositions cinĂ©matographique de romans par lettres, cas nĂ©cessairement assez rares mais qui posent des problĂšmes particuliers : dans de tels romans, la lettre nâest plus un simple accessoire, fĂ»t-il central, mais « lâoutil du rĂ©cit », exclusif au point de « lâemporter sur le rĂ©cit » 11.
16Lâexemple des Liaisons dangereuses, considĂ©rĂ© lui-mĂȘme comme lâapogĂ©e du roman Ă©pistolaire, exploitĂ© dans de nombreuses transpositions et souvent analysĂ© dans ses rapports avec elles12, pouvait sâimposer, dâautant plus que lâon compte au moins trois adaptations cinĂ©matographiques rĂ©centes du roman de Laclos dans le domaine anglophone, connues Ă tel point que Lydia Martin parle de ces Ćuvres sans prĂ©alable dans son article et ne donne leurs rĂ©fĂ©rences que dans la bibliographie finale (Dangerous Liaisons, Stephen Frears, USA, 1988 ; Valmont, Milos Forman, France/U.K., 1989 ; Cruel Intentions, Roger Kumble, USA, 1999). Lâanalyse dĂ©veloppĂ©e ici est une synthĂšse claire des diffĂ©rents problĂšmes essentiels de la transposition du roman de Laclos, depuis la « polyphonie » (le terme, quoique non sans ambivalence, aurait Ă©tĂ© utile ici tant il est entrĂ©e dans les mĆurs critiques), jusquâau libertinage en passant par le rĂŽle de la lettre. Les remarques prĂ©cises sont souvent trĂšs pertinentes et la prĂ©sentation du film de Kumble comme exploitant encore les fondamentaux du roman (restes dâĂ©pistolaritĂ© plutĂŽt que dialogues directs, provocation verbale des Ă©changes plutĂŽt que de lâimageâŠ) rend Ă ce film, au demeurant mĂ©diocrement interprĂ©tĂ© et mis en scĂšne, son importance dans le dĂ©bat.
17Dear america : Letters Home from Vietnam (Couturie, 1987), documentaire auquel se consacre lâarticle de Delphine Robic-Diaz, sâappuie bien sur des correspondances mais on ne devrait parler ici de « roman », puisquâil sâagit dâun recueil de lettres de GIâs ; dans le film, des extraits de ces lettres, complĂ©tĂ©s par des indications sur les circonstances dans lesquelles leur auteur a trouvĂ© la mort ensuite, et accompagnĂ©s de musique, sont lus sur fond dâimages dâarchives, rarement inĂ©dites. Il sâagit dans les deux cas de « reproductions mĂ©diatiques » du MĂ©morial de la guerre du Vietnam13, qui font de la lettre un vĂ©ritable « objet de croyance ». Tout lâarticle montre bien que lâenjeu nâest pas celui du passage du document authentique Ă la fiction mais bien celui du tĂ©moignage individuel quâest la lettre Ă une construction idĂ©ologique de lâhistoire. Le MĂ©morial, le recueil puis le film sont les trois niveaux dâun mĂȘme projet, un « lieu de mĂ©moire » au sens oĂč lâentend Pierre Nora mais qui est aussi « une mĂȘme volontĂ© dâauto-purification ».
18Lâadaptation du roman de Stevenson The Strange Case of Dr. Jekyll and Mr. Hyde par Rouben Mamoulian (1932) est longuement analysĂ©e par Florent Christol qui la remet en perspective, par rapport Ă lâhistoire du film dâhorreur, par rapport au roman, que lâon pourrait dire partiellement Ă©pistolaire mais qui accorde en outre une place centrale Ă la lettre. La genĂšse du roman fait du texte lui-mĂȘme un compromis entre « le roman policier Ă©pistolaire et le conte dâhorreur gothique », mais aussi entre le « rĂ©cit dâhorreur et le conte moral allĂ©gorique » ; on pourrait ajouter que le recours Ă la lettre est prĂ©cisĂ©ment une façon de transmettre au lecteur ce quâaucune voix narrative ne peut transmettre de façon extĂ©rieure et univoque sur un tel hĂ©ros double. Les premiĂšres adaptations filmiques du dĂ©but du XXe siĂšcle, peu narrativisĂ©es, organisĂ©es autour des moments spectaculaires relĂšvent du « cinĂ©ma des attractions » (T. Gunning), voire du freak show ou de lâexhibition de monstres, rĂ©pandue dĂšs le XVIIe siĂšcle. Le film de Mamoulian est caractĂ©risĂ© par un statut « hybride », entre « production horrifique de sĂ©rie B » Ă la Universal et « mĂ©lodrame hollywoodien de sĂ©rie A » de Major, la Paramount, qui le produit. Le monstrueux est exhibĂ© par des procĂ©dĂ©s qui relĂšvent du cinĂ©ma exclusivement, comme le gros plan par exemple. Monstrueux et carnavalesque sont comme en dehors de la scĂšne de spectacle mise en abyme dans le film (sinon en dehors du « dispositif spectaculaire » puisquâil faudrait entendre ce dispositif comme incluant son spectateur !). On pourrait mĂȘme dire que « lâinstabilitĂ© gĂ©nĂ©rique » du film est une sorte de retour de la censure originelle du roman.
19Jonathan Bignell utilise dans son titre lâexpression « lettre en souffrance », qui sert dâintitulĂ© Ă la partie prĂ©cĂ©dente toute entiĂšre. Il revendique un jeu de mots : le rĂ©cit de lâhĂ©roĂŻne de The Handsmaidâs Tale14 est un journal intime douloureux et qui sera littĂ©ralement « exhumé » aprĂšs avoir Ă©tĂ© longtemps cachĂ©. Il faut reconnaĂźtre que le dĂ©calage que permet la « lettre » en souffrance est dâautant plus fort quâil sâagit dâun roman dâanticipation : le passĂ© dont tĂ©moigne le rĂ©cit et qui est commentĂ© par des historiens qui lâont mis au jour, renvoie le lecteur Ă un futur indĂ©terminĂ©. Reste que ce rĂ©cit, la transcription dâun enregistrement audio qui constitue une bonne part du roman, est nâest appelĂ© lettre parce quâil est adressĂ©, sans que lâadresse soit dâailleurs dĂ©veloppĂ©e. Câest essentiellement la question de lâidentitĂ© qui intĂ©resse ici le commentateur, qui explore finement le roman tout en soulignant les insuffisances du film de Volker Schlöndorff qui en a Ă©tĂ© tirĂ©, sur un scĂ©nario de Harlod Pinter (1990).
20Les exemples Ă©tudiĂ©s dans ces trois articles, qui complĂštent la section aprĂšs Les Liaisons dangereuses, ne sont pas des romans Ă©pistolaires, et ce ne sont mĂȘme souvent que trĂšs partiellement, Ă divers titre, des « rĂ©cits Ă©pistolaires ». Ils posent nĂ©anmoins des problĂšmes intĂ©ressant directement la transposition de la lettre et du rĂ©cit Ă©crit adressĂ© Ă un destinataire explicite, bien que les articles, monographiques ici, dĂ©passent souvent ces questions. Dans les trois cas, câest la question du document, authentique ou forgĂ© de toutes piĂšces, qui est au centre des rĂ©flexions ; elle est liĂ©e Ă lâĂ©pistolaire sans se confondre avec lui. Il sâagit dĂ©jĂ , au moins pour The Handmaidâs Tale, dâun journal intime, qui anticipe sur la quatriĂšme section.
21CalquĂ© sur lâexpression « roman Ă©pistolaire », qui a ici Ă©tĂ© pourtant Ă©tĂ© utilisĂ©e trĂšs largement, « film Ă©pistolaire » suppose une Ćuvre dont la lettre « intĂšgre la structure mĂȘme ». Roselyne QuĂ©mĂ©ner revendique lâexpression en sâintĂ©ressant au documentaire autobiographique de Nathaniel Kahn, fils naturel de lâarchitecte amĂ©ricain Louis Kahn (My Architect : A Sonâs Journey, 2003) : le film cite des lettres familiales et se constitue lui-mĂȘme en « lettre cinĂ©matographique », adressĂ©e au pĂšre dĂ©cĂ©dĂ©, bon exemple pour R. QuĂ©mĂ©ner de la lettre comme « pensĂ©e nomade » telle que la dĂ©finit Brigitte Diaz (sur lâouvrage de B. Diaz, voir le compte-rendu : http://www.fabula.org/revue/cr/271.php).
22The End of the Affair, de Neil Jordan (1999), est un journal intime (« Ceci est un journal de haine » Ă©crit le narrateur, personnage dâĂ©crivain dans le roman de Graham Green, 1951, qui est Ă lâorigine du film) dont la rĂ©daction, Ă la machine Ă Ă©crire, cadrĂ©e de prĂšs, est mise en scĂšne. Isabelle Le Corff souligne bien les techniques cinĂ©matographiques utilisĂ©es ici et leur effet : marquer « lâimpossible accĂšs Ă la vision de lâautre ». Si le roman et le film jouent effectivement avec lâĂ©pistolaritĂ©, en se terminant en « lettre Ă Dieu », le paradoxe aurait mĂ©ritĂ© plus de dĂ©veloppements : lâadresse, terminale et impossible, indiquerait le changement de rĂ©fĂ©rent du personnage mais elle est partie prenante de la perspective idĂ©ologique du romancier.
23Pour un lecteur de Kafka, le lien de lâauteur avec lâĂ©pistolaritĂ© est immĂ©diat et pourtant problĂ©matique, de cette Lettre au pĂšre qui est directement une Ćuvre littĂ©raire, alors que les Lettres Ă Milena sont dâabord de la correspondance privĂ©e, Ă cette lettre dans laquelle Kafka demande Ă Max Brod de dĂ©truire, entre autre, ses lettres⊠Soderbergh, dans son biopic consacrĂ© Ă Kafka (Kafka, 1991), Ă cause de lâauteur tchĂšque et Ă cause du genre mĂȘme de la biographie filmĂ©e, qui convoque des documents, pouvait-il Ă©viter les lettres ? Lydie Malizia Ă©largit la question Ă la façon dont le cinĂ©aste donne Ă voir « lâacte dâĂ©crire », en sâappuyant sur des distinctions parfois difficiles Ă cerner entre « lâĂ©criture en acte » et « lâĂ©criture en puissance », empruntĂ©es Ă la MĂ©taphysique dâAristote par Murielle Gagnebin (Du Divan Ă lâĂ©cran, PUF, 1999). Les outils sont partiellement Ă©pistolaires (deux sĂ©quences montrant Kafka Ă©crivant encadrent le film) mais ils servent le propos de Soderbergh qui, montrant lâĆuvre de Kafka en se faisant, fait Ćuvre lui-mĂȘme.
24Spider, de Cronenberg (2002), est le « journal dâun fou » que Jocelyn Dupont juge dâabord dâune « anormale normalité », notamment par rapport aux dĂ©lires visuels de Festin nu (Naked Lunch, 1991). Pourtant, les sĂ©quences dans lesquelles le personnage griffonne son journal ne font pas que « dĂ©noter » la folie ; elles engagent aussi le spectateur en ce quâelles imposent sur lâĂ©cran des signes indĂ©chiffrables mais sans les codes de « dĂ©rĂ©alisation » utilisĂ©s par le romancier dans son texte (Patrick McGrath, Spider, 1990) et par le cinĂ©aste dans dâautres films, comme sâil se refusait ici Ă ces artifices. ComĂ©dien, cinĂ©aste et spectateurs sont pris dans cette arantĂšle sĂ©ductrice de la production shizophrĂšne.
25Jonas Mekas, et deux des films quâil a montĂ©s Ă partir des courts enregistrements quâil rĂ©alise rĂ©guliĂšrement depuis les annĂ©es 50, Walden (1964-1969) et Lost Lost Lost (1976), font lâobjet des deux articles qui achĂšvent cette partie (On peut avoir une idĂ©e de la dĂ©marche du cinĂ©aste sur son propre site : http://www.jonasmekas.com). A propos du premier, sans parler de « film Ă©pistolaire », Eric Thouvenel postule une Ă©pistolaritĂ© « en filigrane » par rapport Ă la dimension diariste, quâil met nettement en Ă©vidence Ă travers une sĂ©rie de caractĂ©ristiques. LâactivitĂ© du Filmer, par opposition au film maker, tel que se dĂ©finit lâartiste lui-mĂȘme, qui saisit ses impressions sans raconter, peut se rapprocher du discours Ă©pistolaire, par opposition au rĂ©cit, qui prend parfois la forme dâun enregistrement brut donnĂ© directement Ă lire mais qui, dans le mĂȘme temps, cette prĂ©sentation réécrit le passĂ©. Lâadresse est problĂ©matique Ă©galement dans la mesure oĂč lâon peut se demander Ă qui le film est destinĂ©, sans que cette destination extĂ©rieure fasse dĂ©faut, comme dans le journal intime. Le montage est sans doute lâaspect le plus intĂ©ressant de lâanalyse, qui associe la digression de lâĂ©criture Ă©pistolaire (et son montage dans une correspondance, faudrait-il ajouter) au jeu de Mekas avec le photogramme, quâil considĂšre, davantage que le plan, comme lâunitĂ© de base dâun film. Il nây a pas jusquâĂ lâinsignifiance du fugitif que le rĂ©alisateur saisit et enchaĂźne qui ne joue, au fond, le jeu de lâĂ©pistolaritĂ©.
26Marie Danniel-Grognier a une approche plus traditionnelle, en termes dâĂ©criture diariste prĂ©cisĂ©ment de Lost Lost Lost. Elle analyse de façon Ă©clairante les HaĂŻkus de Mekas, ce qui pourrait faire sortir cette Ćuvre de la logique du journal mais sans pour autant la rapprocher de lâĂ©pistolaritĂ©.
27Le glissement qui sâest opĂ©rĂ© dans plusieurs articles de lâĂ©pistolaritĂ© Ă la littĂ©raritĂ©, de epistola Ă la littera, sâaffirme dans la derniĂšre sĂ©quence. Il sâagit cependant de trois articles qui portent sur la « signature », ce « signe graphique qui traditionnellement referme » la missive et qui ,avec lâadresse, pourrait dĂ©finir lâĂ©crit Ă©pistolaire. Reste que les signatures, Ă©largies parfois Ă dâautres inscriptions, ne relĂšvent pas nĂ©cessairement de lâĂ©pistolaritĂ©, comme le montrent fort bien les exemples traitĂ©s, films de Hawks (Michel Durafour), Malcolm X, de Spike Lee (Caroline Hourdry), un film rĂ©cent dâAlan Berliner (Nicole Cloarec).
28La richesse du corpus Ă©tudiĂ© ici ne fait aucun doute et ce nâest pas la moindre des qualitĂ©s de ce volume que de convoquer, pour un lecteur intĂ©ressĂ© par lâĂ©pistolaritĂ© mais auquel toutes les rĂ©fĂ©rences ne sont pas familiĂšres, un ensemble aussi riche ; le lecteur plus au fait des analyses filmiques aura de son cĂŽtĂ© une idĂ©e des caractĂ©ristiques Ă©nonciatives et littĂ©raires de la lettre.
29On peut cependant se demander sĂ©rieusement : le facteur sonne-t-il toujours deux fois ? La prĂ©gnance de la rĂ©fĂ©rence cinĂ©matographique explique peut-ĂȘtre pourquoi lâauteur nâinsiste pas dans son introduction sur cet exemple, qui ne sert que de captatio benevolentiae, comme si la lettre ne pouvait dĂ©cidĂ©ment quâouvrir lâimaginaire du lecteur du cĂŽtĂ© de lâimage, comme si le facteur nâĂ©tait quâun avatar du messager de la tragĂ©die antique. Si celui-ci et celui-lĂ apportent une nouvelle, lâinformation est contenue dans un discours isolĂ© du reste du texte et fait surgir, sur la scĂšne du théùtre, sur lâĂ©cran du cinĂ©ma, dans lâimaginaire dâun spectateur en tous cas, un moment de tension avec le reste de la fiction. Mais ce rapprochement de lâĆuvre littĂ©raire et du film est-elle si naturelle ?
30La place de la lettre dans lâĂ©criture est dĂ©jĂ ambivalente. La lettre semble parfois seconde et secondaire, toujours susceptible de basculer du cĂŽtĂ© de la rĂ©pĂ©tition, de la reformulation. Le contenu peut ainsi en ĂȘtre dâun intĂ©rĂȘt moindre que lâacte dâĂ©crire et de communiquer lui-mĂȘme : la lettre implique une analyse en terme dâĂ©nonciation performative et pragmatique. Les exemples rassemblĂ©s ici montrent bien que la lettre est directement liĂ©e Ă lâacte dâĂ©crire, mais aussi que cela signifie : Ă©crire, envoyer, recevoir, conserver, faire circuler, cacher, dĂ©chirer⊠une chose qui relĂšve de la trace, en dĂ©calage ou en adĂ©quation avec lâexpĂ©rience qui est Ă lâorigine de lâĂ©criture. Pourtant, la lettre est aussi du cĂŽtĂ© dâune gradation, dâune dramatisation. LâĂ©criture ici lance peut-ĂȘtre davantage quâelle ne relance, fait vivre peut-ĂȘtre davantage quâelle fait revivre. Ce qui est sĂ»r, câest que la lettre, dans le texte, voire comme texte, est une forme matricielle de la littĂ©rature : câest lĂ que le passage de littera Ă epistola peut avoir du sens ; ce nâest pas alors un glissement mais un rapport dâinclusion et de gĂ©nĂ©ration fictionnelle.
31La place de la lettre dans un film serait Ă relier Ă ce phĂ©nomĂšne qui tient me semble-t-il Ă lâĂ©pistolaritĂ© elle-mĂȘme : celle-ci relĂšve en effet Ă la fois de la pratique non artistique de tout un chacun et qui, ce faisant, est souvent convoquĂ©e dans les Ćuvres dâart comme un Ă©lĂ©ment producteur dâ« effet de rĂ©el ». Ce qui est Ă©tonnant, câest que le cinĂ©ma nâĂ©chappe pas Ă cet attrait, alors mĂȘme que la lettre est nettement moins centrale dans la pratique quotidienne quâelle ne lâa Ă©tĂ© dans les Ă©poques qui ont vu se dĂ©velopper son usage fictionnel, de lâAntiquitĂ© (HĂ©roĂŻdes dâOvide par exempleâŠ) au XVIIIe siĂšcle, oĂč le roman Ă©pistolaire domine la production littĂ©raire (de Clarissa, de Samuel Richardson, aux Liaisons dangereuses de Laclos par exempleâŠ). JusquâĂ la premiĂšre moitiĂ© du XXe siĂšcle, et dans les films plus rĂ©cents mais qui renvoient Ă cette Ă©poque, la prĂ©sence de la lettre peut sâappuyer sur des Ă©lĂ©ments socio-historiques puisque la pratique Ă©pistolaire Ă©tait encore trĂšs importante. Pour prendre un exemple qui prolongerait, dans le domaine français, un article du recueil, je dirais que Les Liaisons dangereuses 1960 (Roger Vadim, 1959) marquent clairement une charniĂšre : dâautres moyens de communication, comme le tĂ©lĂ©gramme qui sert Ă la rupture entre Valmont et Marianne Tourvel, le disputent largement Ă la lettre, qui subsiste malgrĂ© tout. On nâa pas assez remarquĂ© que dans le corpus Ă©tudiĂ©, trĂšs nombreuses Ă©taient des transpositions de romans (Laclos, Les Liaisons dangereuses ; Boileau-Narcejac, Dâentre les morts ; Zweig, Brief von eine unbekannte Frau (Lettre dâune inconnue) ; Schnitzler, Traumnovelle ; Klempner, A Letter to five Wives ; Graham Green, End of the Affair ; Frazer, Cold MountainâŠ). Seul le roman de Laclos est un roman Ă©pistolaire, les autres convoquent la lettre comme accessoire, ce qui me semble confirmer la perte de vitalitĂ© de la rĂ©fĂ©rence Ă©pistolaire dans le roman. A contrario, le film donne Ă la lettre la fonction pleinement Ă©pistolaire quâil nâavait plus dans le roman qui est Ă lâorigine du scĂ©nario. Câest lâindice de ce chevauchement temporel des media malgrĂ© le progrĂšs technique ou plutĂŽt au service de lâidĂ©ologie de ce progrĂšs puisque chaque nouveau media va se nourrir des restes les plus prestigieux du prĂ©cĂ©dent : ainsi du cinĂ©ma avec le roman, dont la forme Ă©pistolaire, sans ĂȘtre encore pratiquĂ©e, reste une rĂ©fĂ©rence. Mais alors que le roman exploitait la lettre Ă cause son double visage, parce quâelle appartenait Ă lâĂ©criture sans relever directement de la littĂ©rature, le cinĂ©ma peut lui trouver un air de famille avec les moyens de communication les plus modernes sans quâelle puisse Ă©galer lâeffet de rĂ©el de ces derniers. Les rapports de lâĂ©pistolaritĂ© et du cinĂ©ma se poursuivraient dans les films sâappuyant sur la messagerie Ă©lectronique par exemple (Youâve got M@il/Vous avez un mess@ge, film de 1998, est Ă©voquĂ© par J.-P. BerthomĂ©), voire dans ceux qui recourent Ă la mise en scĂšne de lâenregistrement vidĂ©o Ă lâintĂ©rieur mĂȘme du film : câest lĂ que se rejoue la mise en abyme de la lettre dans la littĂ©rature quâĂ longtemps constituĂ© le recours de la fiction Ă lâĂ©pistolaritĂ©.

