Acta fabula
ISSN 2115-8037

Volume 9, numéro 5
Thi Thu Hang Nguyen

Récit, genre et société en Inde du Sud

Gender and Story in South India, edited by Leela Prasad, Ruth B. Bottigheimer, Lalita Handoo, New York,‹State University of New York Press, 2006.

1Gender and Story in South India est un ouvrage qui rassemble cinq essais prĂ©sentĂ©s au 15Ăšme congrĂšs de l’International Society for Folk Narrative Research (ISFNR). Dans cet ouvrage collectif, les spĂ©cialistes indiennes dont P. S. Kanaka Durga, Lalita Handoo, K.V.S. Lakshmi Narasamamba, Leela Prasad et Saraswathi Venugopal prĂ©sentent et analysent les contes de/sur la femme, tout en offrant un nouvel aperçu sur la question de folklore, l’importance du genre et le lien entre eux dans la sociĂ©tĂ© indienne. À travers cette recherche ethnographique sur les "women-centered oral narrative" prĂ©sentĂ©s dans des contextes culturels, linguistiques diffĂ©rents, les spĂ©cialistes indiennes tentent de dĂ©couvrir la relation entre le monde social et le monde imaginĂ© de la femme Inde en l’Inde du Sud.

2La premiĂšre partie “Anklets on the Pyal: Women Present Women’s Stories from South India” par Leela Prasad est une bel introduction au recueil oĂč on trouve une revue sur la progression historique du conte folklorique, sur la narratrice, la narration, le contexte, la reprĂ©sentation ainsi que la relation entre eux. Lee Prasad commence son essai avec la jolie berceuse Telugu — la chanson qui exprime une "unselfconscious empathy" pour la femme ainsi que la "female-oriented poetic". Selon l’auteur, cette chanson illustre “the remarkable crisscrossing ways in which women in India assimilate ‘women’s experiences’ and arrive at self-understandings that are deeply shared despite their divergences and fluidity”1. Leela Prasad ensuite dĂ©finit “women-centered narrative”, le sujet principal de quatre essais suivants, pour montrer que les femmes protagonistes dans ces contes utilisent leur voix pour affirmer et protĂ©ger leur propre espace qui est souvent envahi et appropriĂ© par leurs homologues masculins. En outre, Prasad relĂšve que dans les contes examinĂ©s “female roles, and role-playing itself, are open to scrutiny as they are enacted, enjoyed, suffered, reversed, or negotiated by characters in the story or by narrators themselves” (ibid. p.4). Progressivement, Prasad nous amĂšne au monde du conte oral de/sur la femme indienne pour dĂ©couvrir le point de dialogue, la divergence, la tension entre le conte qu’elle raconte et les rĂ©alitĂ©s sociales dans lesquelles elle vit.

3Dans la deuxiĂšme partie intitulĂ©e “The Son-in-law Story: Gender and Genre”, Lalita Handoo se concentre sur le conte sur “the stupid-son-in-law” — un genre significatif dans la tradition narrative indienne et une partie importante du conte oral de l'Inde. Handoo Ă©voque que ce type de conte, racontĂ© essentiellement par les femmes, montre la relation entre le statut de la femme dans la vie rĂ©elle et leur image dans le conte ainsi que dans le rĂ©pertoire traditionnel. Souvent considĂ©rĂ©e comme le sexe faible, la porteuse de souffrance et d'humiliation mais de temps en temps, Ă  travers le conte oral sur le stupide beau-fils, la femme utilise l'humour et la subversion pour s’attaquer aux stĂ©rĂ©otypes masculine tel que sa sagesse et sa supĂ©rioritĂ©. D’une part, tel conte est le reflet d’un fort ressentiment des femmes envers l‘injustice de genre dans la sociĂ©tĂ© indienne, d’autre part, il est la castration symbolique du hĂ©ros stupide.

4 La troisiĂšme partie “The Role of Gender in Tale-Telling Events” est consacrĂ© en premier lieu au rĂŽle du genre dans la narration des contes dans le contexte de l’Inde du Sud “where performance presupposes gender distinctions that reflect social structures and kinship norms” (ibid. p. 55). Dans cet essai, Saraswathi Venugopal se propose en effet de mener une rĂ©flexion sur les rĂ©ponses des audiences fĂ©minines (dans un groupe d’audiences mĂ©langĂ©es) dans les cadres ruraux et urbains en l’Inde: Si les endroits ruraux et urbains avaient un impact sur les rĂ©ponses des audiences, surtout des femmes? Si les endroits de la narration ont fait une diffĂ©rence, comment le genre a-t-il Ă©tĂ© impliquĂ©? Venugopal en suite analyse cinq contes et les commentaires des audiences pour conclure que le genre semble d’avoir un rĂŽle encore plus important que le lieu. La femme s’exprime la rĂ©sistance sur les questions de la classe, du patriarcat et de la suppression ainsi que la lutte contre les belles-familles mais pas sur la sĂ©paration urbaine et rurale: “the narrator - for the audience- is part of broader landscape in which the depiction of gender in the narrative seems to take precedence over the gender of the narrator” (ibid. p. 15). De ce fait, les audiences fĂ©minines et les narratrices convergent dans certain contexte.

5La quatriĂšme partie, K.V.S Narasamamba nous invite Ă  Ă©tudier “women’s folk narrative” (ibid. p. 67) dans la communautĂ© Musulmane pour comprendre le rĂŽle important de la femme dans la prĂ©servation et la transmission des contes populaires ainsi que le dans dĂ©veloppement de la comprĂ©hension entre les communautĂ©s. Ce que frappe l’auteur en Ă©tudiant ce type de conte est le pouvoir des femmes, leur capacitĂ© pour activement participer Ă  leurs communautĂ©s. Les femmes deviennent “Heroines and Healers in Muslim Women’s Narrative” (ibid. p. 67) car selon Narasamamba “women have turned segregation to their advantage” (ibid. p. 83) et “women who perform and carry on narrative traditions are not just passive bearers, but are custodians; critics, reviewers, makers, and remakers of social structure” (ibid. p. 83). En ce sens, les narratrices reconstruisent un espace fĂ©minin dans le domaine rĂ©servĂ© aux hommes, reconnaissant et restituant, Ă  travers les traditions expressives et leurs activitĂ©s, leurs rĂŽles dans le monde.

6La cinquiĂšme et derniĂšre articulation de l’ouvrage, “Transformation of Gender Roles: Converging Indentities in Personal and Poetic Narrative”, P.S Kanaka Durga s’intĂ©resse au “women-centered narrative” pour Ă©tablir le lien entre l'identitĂ© personnelle de narrateur, sa personnalitĂ© avec celles des caractĂšres et les Ă©vĂ©nements dans les contes eux-mĂȘmes. Elle traite Ă©galement la contiguĂŻtĂ©, ou “convergence”  selon Durga, entre la vie quotidienne de la protagoniste, ses souvenirs, sa vision la vision des annĂ©es Ă  venir et les histoires qu’elle raconte, les chansons qu’elle prĂ©sente. Elle montre en suite la continuitĂ© entre “narrators” et “narratives”. L’essai s’interroge fort utilement sur la “poetic narrative” (la chanson, la tradition expressive) et “personal” (l’expĂ©rience de vie, l’autobiographie) ainsi que la similaritĂ© d’évĂ©nements, caractĂšre, motif et le style de performance dans les deux types de contes prĂ©sentĂ©s par Rājamma, une vielle dame de 60 ans. En examinant les contes personnels et les contes fictionnels de Rājamma, Durga conclut que le folklore doit ĂȘtre Ă©tudiĂ© en relation avec l’expĂ©rience personnelle de la narratrice :

Narrators and narratives are not separate entities. Narrators live in the narratives they tell
This phenomenon reveals that genders and genres are closely related and that one transform the other. Artistic performance is not an object to be studies in isolation, since a performer’s life and artistic life are continuous with lived experience (ibid. p. 115)

7Les auteurs dĂ©veloppent leurs recherches, proposent leurs interprĂ©tations Ă  partir de leurs propres vies, leurs expĂ©riences personnelles en Inde comme une femme. Par consĂ©quent, Ă  travers les cinq essais, les spĂ©cialistes indiennes mettent en lumiĂšre les valeurs de “women-centered oral narrative” dans la tradition expressive et l’importance du genre Ă  l'Ă©tude du folklore et vice versa en Inde du sud.