Les chiffonniers du passé. Pour une approche archéologique des phénomÚnes littéraires
1Dans son dernier essai, Franco Moretti dĂ©fend lâidĂ©e selon laquelle la comprĂ©hension rĂ©elle de notre passĂ© littĂ©raire â conçu non comme la succession bien rĂ©glĂ©e de quelques « monuments » mais comme la somme presque infinie des Ćuvres lues et Ă©crites Ă chaque Ă©poque â implique lâadoption de nouveaux instruments, Ă©trangers aux habitudes du chercheur en littĂ©rature : dans la perspective de Moretti, lâĂ©tude des « grandes masses » du patrimoine littĂ©raire rendrait nĂ©cessaires des emprunts conceptuels aux autres sciences humaines, de la sociologie (pour ses statistiques) jusquâĂ la gĂ©ographie (pour ses cartes et ses vues dâensemble) et mĂȘme Ă la zoologie (pour ses arbres gĂ©nĂ©alogiques ou Ă©volutionnistes). « Les graphes de lâhistoire quantitative, les cartes de la gĂ©ographie et les arbres de la thĂ©orie de lâĂ©volution » seraient ainsi appelĂ©s Ă se retrouver sur la table de travail du critique littĂ©raire1.
2Lâouvrage de Moretti a le mĂ©rite dâencourager un changement de point de vue radical par rapport au paradigme historico-littĂ©raire hĂ©ritĂ© de la tradition, qui non seulement semble centrĂ© sur quelques « Ćuvres-Ă©vĂ©nements », mais paraĂźt privilĂ©gier des outils internes Ă la littĂ©rature, au risque de sâenfermer dans des raisonnements circulaires. Il sâagirait, au fond, de prendre acte de la diversitĂ© des approches qui caractĂ©rise le laboratoire des sciences humaines : expĂ©rimentations inattendues, greffes mĂ©thodologiques de toutes sortes, fĂ©condations, fusions et transplantations ne pourraient que bĂ©nĂ©ficier au chercheur en littĂ©rature. De toute Ă©vidence, son initiative invite Ă poursuivre le mouvement de dĂ©cloisonnement, en ayant recours Ă des outils de modĂ©lisation venus dâautres espaces.
3Câest dans cette perspective que lâon pourrait lire un essai de Laurent Olivier que le hasard a fait entrer dans les librairies en mĂȘme temps que la traduction française du livre de Franco Moretti : Laurent Olivier offre en effet une piste supplĂ©mentaire Ă ceux qui voudraient approfondir lâidĂ©e avancĂ©e dans Graphes, cartes et arbres, sur la possibilitĂ© dâun renouvellement disciplinaire par le recours Ă dâautres horizons scientifiques. Lâessai en question nous prĂ©sente peut-ĂȘtre, de surcroĂźt, un modĂšle Ă©pistĂ©mologique vĂ©ritablement complĂ©mentaire, par rapport Ă la perspective que Moretti semble vouloir Ă©largir. La question que nous pose ce livre, intitulĂ© Le sombre abĂźme du temps, est extrĂȘmement simple : et si les Ă©tudes littĂ©raires, en quĂȘte de modĂšles alternatifs, se tournaient non pas vers les « sciences statisticiennes » qui servent habituellement de rĂ©fĂ©rence et de caution, mais plutĂŽt vers une discipline qui sâoccupe elle-mĂȘme des traces du passĂ©, câest-Ă -dire vers lâarchĂ©ologie ?
4Que peut apporter Ă un « littĂ©raire » la lecture dâun livre consacrĂ© Ă la pratique et Ă la thĂ©orie de lâarchĂ©ologie ? Ă premiĂšre vue, la rencontre entre les deux disciplines nâa rien dâĂ©vident. Lâassociation des mots « littĂ©rature » et « archĂ©ologie » ne suggĂšrera au lecteur que des rencontres fortuites, ou de rares convergences : on songera aux ruines sur lesquelles mĂ©ditait Volney, Ă la Gradiva de Jensen et aux « fantaisies pompĂ©iennes » qui ravissaient Freud, on Ă©voquera le souvenir de MĂ©rimĂ©e (le plus « archĂ©ologue » des littĂ©raires) et la figure emblĂ©matique de Schliemann (le plus « littĂ©raire » des archĂ©ologues), on sâattardera sur lâombre lointaine de Winckelmann ou de Lessing et lâon se souviendra peut-ĂȘtre de certaines mĂ©taphores insistantes de Foucault⊠mais au-delĂ de ces quelques Ă©chos, les points de contact paraissent fort limitĂ©s. Pourtant, cette discipline semble pouvoir contribuer Ă la rĂ©flexion de ceux qui sâintĂ©ressent au fonctionnement de lâhistoire littĂ©raire.
5Laurent Olivier â enseignant Ă lâEcole du Louvre et Ă lâEPHE, spĂ©cialiste de ce quâil est convenu dâappeler la « proto-histoire » â a en effet pour ambition de participer Ă une redĂ©finition thĂ©orique de lâarchĂ©ologie qui puisse, Ă terme, la dissocier trĂšs nettement des enjeux de la science historique ; Ă cette fin, il soulĂšve avec brio une sĂ©rie de paradoxes dont pourrait aisĂ©ment se nourrir une rĂ©flexion gĂ©nĂ©rale sur la « fabrication » de lâhistoire littĂ©raire. Quâest-ce que lâarchĂ©ologie selon Laurent Olivier ? La rĂ©ponse est sans Ă©quivoque : « une discipline Ă la recherche dâune thĂ©orie », qui nâest jamais tout Ă fait sortie de lâ« ancienne tradition des chercheurs dâantiquitĂ©s » (p. 57). Sa fragilitĂ© Ă©pistĂ©mologique serait due non seulement Ă la part dâempirisme qui a longtemps prĂ©sidĂ© Ă sa pratique, mais aussi Ă sa situation de subordination par rapport Ă la science historique : de fait, elle semble condamnĂ©e, depuis le XVIIIe siĂšcle, Ă nâĂȘtre quâune « simple illustration matĂ©rielle de lâhistoire ». Ou, pour le dire en dâautres termes : « DominĂ©e depuis toujours par lâhistoire, qui lâĂ©crase, lâarchĂ©ologie peine Ă trouver sa voie particuliĂšre, qui nâest pas celle de raconter le passé » (p. 15).
6On ne se hasardera pas Ă rĂ©aliser ici un compte rendu exhaustif des thĂšses avancĂ©es par Laurent Olivier, dâautant plus quâil paraĂźt difficile, dâun point de vue externe, dâĂ©valuer objectivement leur impact sur la thĂ©orie gĂ©nĂ©rale de lâarchĂ©ologie (mĂȘme si tout porte Ă croire que cet apport sera dĂ©cisif). On cherchera plutĂŽt Ă voir quels enseignements, quels usages â et peut-ĂȘtre quels dĂ©tournements â peuvent en ĂȘtre proposĂ©s, dans le cadre restreint de la littĂ©rature. Pour cela, le plus simple semble dâisoler librement, au fil de cet essai foisonnant, cinq propositions essentielles, puis dâessayer dâesquisser des passerelles possibles vers lâhistoire littĂ©raire : on ne saurait nier que cette derniĂšre reprĂ©sente, elle aussi, une discipline qui « peine Ă trouver sa voie particuliĂšre ».
71. Comment prĂ©senter, de façon synthĂ©tique, la recherche archĂ©ologique ? La meilleure dĂ©finition de cette discipline passe, plus que par une synthĂšse abstraite, par lâĂ©vocation concrĂšte de sa pratique : lâaction archĂ©ologique est liĂ©e Ă un geste essentiel, qui est celui de la fouille ; elle est Ă©galement associĂ©e Ă un paysage, qui est celui de la ruine ; elle est enfin directement dĂ©pendante dâun certain type dâobjets matĂ©riels, qui sont les reliques et les fossiles de toutes origines quâelle parvient Ă extraire du sol. On le voit Ă travers cette simple Ă©vocation : lâarchĂ©ologie est, par excellence, la science qui ramasse les miettes du temps. ĂtrangĂšre Ă lâidĂ©e de plĂ©nitude et de totalitĂ©, elle est tout entiĂšre dans lâaprĂšs-coup, comme analyse confrontĂ©e Ă un Ă©tat fragmentaire, proprement accidentel : la destruction et le ravage sont au cĆur mĂȘme de lâidĂ©e dâarchĂ©ologie, considĂ©rĂ©e Ă la fois comme imaginaire et comme pratique : « des lieux abandonnĂ©s, jonchĂ©s de loques et de dĂ©bris [âŠ] : lâarchĂ©ologie nâa pas dâautre place que celle-là  » (p. 70). Nulle autre discipline ne met ainsi, au centre de son action, la part essentielle de la perte ; nulle autre discipline nâest obligĂ©e de tenir compte Ă ce degrĂ© de la fragilitĂ© mĂȘme du « reliquat » qui est son objet dâĂ©tude.
82. Ce statut particulier entraĂźne un questionnement inĂ©vitable : pourquoi et comment ces fragments ont-ils Ă©tĂ© conservĂ©s ? Pourquoi ceux-lĂ plutĂŽt que dâautres ? Face aux dĂ©bris du temps, avant mĂȘme de proposer une interprĂ©tation fonctionnelle des matĂ©riaux exhumĂ©s, la science archĂ©ologique est amenĂ©e Ă sâinterroger sur le pourquoi de leur conservation. En effet, chacun admettra que la voie logique du temps est celle de lâĂ©rosion des traces et de lâeffacement de la mĂ©moire : la majeure partie du monde qui nous entoure est vouĂ©, dans son glissement mĂȘme vers le passĂ©, Ă la destruction et Ă lâoubli. Comme le remarquait avec une pointe de mĂ©lancolie, au XIXe siĂšcle, le gĂ©ologue Charles Lyell, « les armĂ©es et les flottes paraissent nâavoir Ă©tĂ© rassemblĂ©es que pour se faire dĂ©truire, et les villes Ă©difiĂ©es que pour tomber en ruines2 ». Si lâon admet lâexistence presque fatale, dans la longue durĂ©e, de ce processus de retour Ă la poussiĂšre, alors la conservation mĂȘme de certaines empreintes du passĂ© ne pourra se concevoir que comme une anomalie ou un dysfonctionnement. De fait, chaque archĂ©ologue sait bien que les dĂ©bris mis au jour ne sont jamais reprĂ©sentatifs directement du PassĂ© (avec une majuscule), mais dâun passĂ© qui sâest miraculeusement conservĂ©, gĂ©nĂ©ralement en alternative Ă dâautres. Lâironie tient au fait quâil sâagit dâun rĂ©sidu temporel souvent « insignifiant » par rapport Ă ce qui existait en mĂȘme temps que le vestige dĂ©couvert : lâarchĂ©ologie doit admettre non seulement lâĂ©tat dâexception que constitue la conservation (par rapport Ă la voie logique de la destruction), mais aussi les alĂ©as qui entourent la conservation de certains segments temporels : il faut reconnaĂźtre quâil reste bien plus des citernes dâAlexandrie que de sa prestigieuse bibliothĂšque â quâil reste bien plus de lâĂ©lĂ©gante station balnĂ©aire dâHerculanum que de la plupart des Ă©difices cultuels de la mĂȘme Ă©poque.
93. Une fois admise lâexistence de ces « anomalies », la phrase rituelle de lâarchĂ©ologue (reprise par Laurent Olivier Ă Daniel Arasse) semble ĂȘtre, Ă©ternellement : « on nây voit rien » (p. 176). Les vestiges sont en effet les tĂ©moins muets dâune signification qui sâest perdue : le travail archĂ©ologique est fondamentalement une entreprise dâinterprĂ©tation et de dĂ©codage, rĂ©alisĂ©e dans une situation de discontinuitĂ© et de carence. De fait, lâinterprĂ©tation est toujours une affaire de compromis entre la rĂ©alitĂ© des matĂ©riaux archĂ©ologiques exhumĂ©s, qui appartiennent Ă un lieu Ă©nigmatique de la mĂ©moire, et la connaissance prĂ©alable quâont les archĂ©ologues du passĂ© dont ces matĂ©riaux sont censĂ©s provenir. Mais le compromis est loin dâĂȘtre aisé : il y a souvent rupture, contresens, car les vestiges peuvent tĂ©moigner dâun passĂ© autre que celui auquel on sâattendait. GĂ©nĂ©ralement, les datations scientifiques finissent en effet par souligner la « fiction des scĂ©narios historiques » auxquels on avait initialement attribuĂ© les matĂ©riaux archĂ©ologiques. « Lâexemple le plus flagrant est celui de lâarchĂ©ologie impĂ©riale des AntiquitĂ©s nationales des annĂ©es 1860, qui rĂ©duit les vestiges prĂ©-romains quâelle dĂ©couvre Ă la pĂ©riode de la guerre des Gaules », alors quâelle est en train de rĂ©vĂ©ler, sans le savoir, « des pans entiers de la culture matĂ©rielle des temps proto-historiques ». Forte de cet enseignement, lâarchĂ©ologie doit sâabandonner Ă une forme de « temporalitĂ© probabiliste », en renonçant Ă restituer le passĂ© « tel quâil a Ă©té » pour proposer de simples hypothĂšses Ă son propos.
104. Mais cette incertitude ne se rĂ©duit pas seulement Ă la question, somme toute traditionnelle, de lâinterprĂ©tation et de la datation du vestige : plus largement, elle met en crise la possibilitĂ© mĂȘme dâun enracinement de lâobjet trouvĂ© dans un temps unique et dĂ©finitif. LâarchĂ©ologue, loin dâĂȘtre enfermĂ© dans un tĂȘte-Ă -tĂȘte avec le passĂ©, est en effet sans cesse confrontĂ© Ă la relativitĂ© et au mĂ©lange des temps. Si lâarchĂ©ologie est habitĂ©e par cet incessant « brouillage temporel », câest dâau moins deux points de vue. Dâabord dans le sens oĂč « nous vivons parmi les vestiges du passĂ© et nous-mĂȘme produisons des restes qui constituent en puissance les vestiges de notre temps » (p. 15) : nul nâignore la fĂącheuse co-prĂ©sence (gĂ©nĂ©ratrice dâinterfĂ©rences Ă©videntes) entre la quĂȘte de la mĂ©moire passĂ©e et la fabrication parallĂšle de la mĂ©moire du prĂ©sent. Ensuite parce que nous sommes pris dans lâonde de choc de bien des Ă©vĂ©nements de notre histoire : tels de gigantesques palimpsestes mĂȘlant des Ă©poques diffĂ©rentes, les sites nous renvoient lâ« écho distordu du passĂ© dans notre prĂ©sent » (p. 166). Le site archĂ©ologique, bien souvent, est un bric-Ă -brac dans lequel des objets de plusieurs Ă©poques sâaccumulent et se prĂ©sentent Ă nous en ayant perdu leur bel ordre chronologique : le passĂ© sâincruste dans le prĂ©sent et vit avec lui, en donnant lieu Ă des phĂ©nomĂšnes dâimbrication et non de succession. Une autre logique, beaucoup plus complexe que celle de lâenchaĂźnement linĂ©aire, se dessine chez lâarchĂ©ologue.
115. La consĂ©quence de cette polychronie, pour la pensĂ©e de lâarchĂ©ologie, est une autre conception du temps, et surtout du rapport entre prĂ©sent et passĂ©. Pour lâarchĂ©ologue, le passĂ©, loin dâĂȘtre un territoire lointain et inaccessible, est au contraire encore tout prĂšs de nous, tout entier enfermĂ© dans notre prĂ©sent : au creux mĂȘme de ce qui paraĂźt le plus actuel, comme les dragons de bronze gaulois qui sommeillaient, jusquâaux derniĂšres annĂ©es, sous les pistes de lâaĂ©roport de Roissy. On ne sâĂ©tonnera pas que, sur la base de cette certitude que tous les passĂ©s sont « logĂ©s » dans les plis du prĂ©sent, Ă la maniĂšre dâun gigantesque feuilletage, lâarchĂ©ologie sâempare peu Ă peu des temps historiques les plus immĂ©diats : les derniĂšres annĂ©es ont vu lâextension progressive du domaine de lâarchĂ©ologie, hors des confins auxquels lâavait condamnĂ©e la tradition positiviste. Dâabord rĂ©servĂ©e Ă lâantiquitĂ© grĂ©co-romaine, puis gagnant des territoires vers la civilisation palĂ©ochrĂ©tienne, lâarchĂ©ologie sâest progressivement Ă©tendue jusquâau Moyen Ăge puis Ă la Renaissance, avant dâaccomplir un bond dĂ©cisif jusquâau XXe siĂšcle, Ă lâoccasion des grands chantiers de fouilles liĂ©s Ă la PremiĂšre et Ă la DeuxiĂšme guerre mondiale (ossuaires, fosses communes, camps dâextermination). De fait, le regard archĂ©ologique nâest plus rĂ©servĂ© Ă une pĂ©riode prĂ©cise : il dĂ©pend dâun point de vue particulier, oblique, qui se pose sur la « masse hĂ©tĂ©rogĂšne de notre prĂ©sent ».
12Ce que montre Laurent Olivier Ă travers ce parcours, dont nous avons largement simplifiĂ© les Ă©tapes, câest que lâarchĂ©ologie reprĂ©sente vĂ©ritablement une autre modalitĂ© dâapprĂ©hension du passĂ© â à partir de ses aberrations et de ses scories â par rapport au « temps organique » sur lequel se fonde le rĂ©cit historique : lâhistoire, qui reste marquĂ©e par lâhĂ©ritage hĂ©gĂ©lien, tend Ă recomposer un « temps plein et dense en tous points », un « temps oĂč chacun est expliquĂ© par son emplacement puisque lâemplacement correspond au sens3 ». Ă lâopposĂ© de ce que Benjamin appelait le « dĂ©filĂ© des trĂ©sors culturels », la pensĂ©e archĂ©ologique se propose, elle, de fouiller les rares rĂ©sidus qui traversent le temps, et qui affleurent « interrogativement » dans le prĂ©sent. « Prendre le risque de se perdre dans le sombre abĂźme du temps que Buffon avait entrevu sâouvrir sous ses pieds dâhomme du XVIIIe siĂšcle, bien avant Lyell et Darwin » (p. 18) : il y aurait lĂ , en germe, une nouvelle forme dâhistoire Ă dĂ©velopper.
13On reconnaĂźtra sans doute, derriĂšre les thĂšses de Laurent Olivier, une influence directe des Ă©tudes culturalistes : Ă la lumiĂšre du « champ de ruines » quâa laissĂ© derriĂšre lui le « court XXe siĂšcle », celles-ci insistent sur les thĂšmes du trauma et de lâindicible dans la pensĂ©e contemporaine de lâhistoire, et sur la nĂ©cessitĂ© dâinventer pour elle une nouvelle mĂ©moire. Chacun sâaperçoit en effet (dans la continuitĂ© des rĂ©flexions sur « les mots de lâhistoire » dĂ©veloppĂ©es par Jacques RanciĂšre, ou de lâessai de Jean-François Hamel sur les Survivances de lâhistoire4) quâau « passĂ© conscient » et « solide » quâa longtemps construit la « grande histoire » il convient dâassocier aujourdâhui des recherches sur le passĂ© « inconscient », « refoulé », « friable » ou « dĂ©labré » quâelle a pu laisser derriĂšre elle. Selon Laurent Olivier, ce passĂ© lacunaire est prĂ©cisĂ©ment celui que dĂ©couvre Ă chaque instant lâarchĂ©ologie. En dâautres termes, au temps hyperfonctionnel nĂ©cessairement reconstruit par lâhorlogerie historique il semble urgent dâadjoindre une analyse des dysfonctions du temps.
14Quels liens peut-on tisser entre les propositions thĂ©oriques de Laurent Olivier et les rĂ©flexions contemporaines sur le statut de lâhistoire littĂ©raire ? Ă premiĂšre vue, les propositions de Laurent Olivier semblent ne pouvoir ĂȘtre utilisĂ©es que comme une source dâinspiration parmi dâautres, dans le cadre plus gĂ©nĂ©ral dâune rĂ©flexion sur la construction de la mĂ©moire littĂ©raire (Ă ce propos, il faut souligner quâau fil de lâessai, le lecteur rencontrera un grand nombre de rĂ©fĂ©rences trĂšs familiĂšres, du Borges de « Kafka et ses prĂ©curseurs » jusquâau Cendrars inventeur du concept de « prochronie », en passant par les interrogations de Benjamin sur le concept dâhistoire et les considĂ©rations de Nietzsche sur lâ« actio in distans »). Au-delĂ de cette parentĂ© gĂ©nĂ©rale, lâintĂ©rĂȘt de la dĂ©marche de Laurent Olivier semble se manifester Ă deux niveaux.
15Lâouvrage a dâabord le mĂ©rite de remettre en perspective les enjeux de sa discipline par rapport Ă lâhistoire, considĂ©rĂ©e comme matiĂšre acadĂ©mique dominante, devant nĂ©cessairement servir de modĂšle Ă©pistĂ©mologique aux autres branches des sciences humaines. Or, la valeur « modĂ©lisante » de lâapproche historiciste â nĂ© dâun rapport de forces qui a longtemps Ă©tĂ© en sa faveur dans le champ des sciences de lâhomme â mĂ©rite probablement dâĂȘtre remise en question. Comme lâĂ©crit lâarchĂ©ogĂ©ographe GĂ©rard Chouquer dans son rapport sur Des vestiges (le mĂ©moire dâHabilitation Ă diriger des recherches qui est Ă lâorigine de lâessai de Laurent Olivier) : « Les historiens français avaient pensĂ© gouverner le monde des SHS en organisant Ă leur profit la pyramide des savoirs, Ă lâĂ©poque de Fernand Braudel et du territoire sans cesse plus expansif de lâhistorien5 ». Aujourdâhui, alors que chacun semble constater une forme de « panne de lâĂ©cole des Annales », et que les dĂ©bats sur la « politique du rĂ©cit » qui sous-tend lâhistoriographie moderne ont fait entrer celle-ci dans une zone de turbulences, il paraĂźt nĂ©cessaire de ne plus prendre les schĂ©mas thĂ©oriques hĂ©ritĂ©s de Febvre, Bloch ou Braudel pour des modĂšles directement exportables. On voit ce quâune telle mise en garde peut avoir de salutaire dans le champ de lâhistoire littĂ©raire (laquelle a longtemps eu tendance Ă se penser dans une forme de soumission par rapport Ă une mĂ©thodologie historique gĂ©nĂ©ralement dĂ©jĂ dĂ©passĂ©e au moment de son importation).
16Au-delĂ de cette premiĂšre perspective, il existe peut-ĂȘtre un second niveau de lecture, plus original et plus stimulant : si Le sombre abĂźme du temps tente de dĂ©finir une archĂ©ologie radicalement dĂ©tachĂ©e des problĂ©matiques de lâhistoire, on est amenĂ© Ă se demander si lâon ne pourrait pas rĂ©aliser une sorte de « transfert de mĂ©thode » et proposer, de la mĂȘme façon, de rĂ©flĂ©chir Ă ce que serait une archĂ©ologie littĂ©raire qui se situerait dans une voie parallĂšle rapport Ă lâhistoire littĂ©raire. En dâautres termes, la lecture du livre de Laurent Olivier nous suggĂšre quâil pourrait peut-ĂȘtre exister, parallĂšlement aux projets dâ« histoire littĂ©raire » (conçue comme mise en rĂ©cit des Ă©vĂ©nements du passĂ©), une « archĂ©ologie littĂ©raire » (entendue dans le sens dâune interrogation directe, trĂšs concrĂšte, des lacunes ou des failles structurelles de cette histoire littĂ©raire). Pour conclure, on peut proposer une brĂšve rĂȘverie â rien de plus quâune rĂȘverie, bien sĂ»r â sur ce que serait cette sorte de sous-discipline, cette « archĂ©ologie littĂ©raire », du point de vue de ses postulats de base et de ses directions de recherches.
17La premiĂšre chose que nous rappelle utilement lâessai de Laurent Olivier, lorsquâil parle du « paysage du prĂ©sent » comme dâun amalgame de « temporalitĂ©s survivantes », câest que le spectacle que nous contemplons depuis notre prĂ©sent nâest Ă©videmment pas le passĂ© de la littĂ©rature « tel quâil a Ă©té », mais le rĂ©sultat du long travail du temps sur la littĂ©rature, ou, en dâautres termes, la somme de ce que nous tenons pour « littĂ©raire » depuis le point de vue relatif de notre prĂ©sent : le rĂ©sultat dâun processus de constitution dont il est impĂ©ratif dâinterroger les modalitĂ©s et de comprendre les Ă©carts, pour les siĂšcles lointains comme pour les annĂ©es les plus proches. Lâune des questions centrales, susceptible de mettre en Ă©vidence ce quâAntony Saville nommait « the test of time6 », serait : « Pourquoi ces traces plutĂŽt que dâautres ? » Deux directions sâouvriraient alors, pour sonder la « face cachĂ©e » de la mĂ©moire littĂ©raire.
18Une premiĂšre piste de travail consisterait Ă se donner pour mission de complĂ©ter la trame du passĂ© apparent, câest-Ă -dire de ressusciter des objets oubliĂ©s, ou simplement nĂ©gligĂ©s, par lâhistoire littĂ©raire (dans le cadre dâun travail dâexhumation et de dĂ©couverte). Il sâagirait de mettre au jour les aberrations de lâhistoire â ce que lâon pourrait appeler la galerie des monstres de lâhistoire littĂ©raire â en allant littĂ©ralement « creuser » vers des textes enfouis ou considĂ©rĂ©s comme illisibles. Dans cette optique, qui nâest pas sans rappeler celle de lâessai intitulĂ© The Book of lost books de Stuart Kelly7, lâarchĂ©ologie littĂ©raire se proposerait dâexaminer tout ce qui transparaĂźt dans les failles du rĂ©cit historique : ce qui rĂ©siste, ce qui pose problĂšme Ă la reconstruction unilinĂ©aire du passĂ©. Cette quĂȘte obstinĂ©e des exceptions ou des contre-exemples ne serait pas sans analogies avec la façon dont lâarchĂ©ologie sâest constituĂ©e, au XIXe siĂšcle, comme ce qui posait problĂšme Ă lâhistoire â trop bien Ă©crite â des grandes durĂ©es culturelles8.
19Une seconde piste viserait Ă trouver non de nouveaux objets, mais de nouvelles maniĂšres de dĂ©crire les objets dĂ©jĂ existants, en sâinspirant des mĂ©thodes de lâarchĂ©ologie comme « interrogation du temps ». On pourrait citer, Ă ce titre, une longue sĂ©rie de phĂ©nomĂšnes archĂ©ologiques dont on pressent quâils ont leur Ă©quivalent dans lâĂ©tude de la durĂ©e littĂ©raire, mais dont il faut reconnaĂźtre quâils ont Ă©tĂ© rarement Ă©tudiĂ©s en tant que tels.
201. Temps long et cycles ralentis. Laurent Olivier insiste par exemple sur lâimportance du « temps long » dans la comprĂ©hension de bien des phĂ©nomĂšnes de sĂ©dimentation historique : parallĂšlement au « temps court » du progrĂšs humain des derniers siĂšcles, il souligne la persistance de structures temporelles hyper-dilatĂ©es, Ă lâimage de certaines pĂ©riodes de stase technologique quâil conviendrait de compter en dizaines de milliers dâannĂ©es, car elles sont plus proches du temps gĂ©ologique que de la durĂ©e culturelle. On retrouve lĂ lâĂ©cho des rĂ©flexions de Braudel sur le « temps long » auquel les Ă©tudes littĂ©raires font souvent rĂ©fĂ©rence, mais quâelles peinent Ă exploiter concrĂštement : la recherche historique a pris acte depuis de nombreuses annĂ©es de ces Ă©tranges lenteurs (parallĂšles Ă des Ă©volutions de surface bien plus rapides9), mais la rĂ©flexion sur la littĂ©rature nâen a guĂšre tirĂ© profit. Ces cycles « ralentis », cette « inertie de la matiĂšre », ont-ils une Ă©quivalence dans le systĂšme littĂ©raire ? Quels sont, Ă lâĂ©chelle plurisĂ©culaire, les lignes invariantes â ou « peu variantes » â de notre production littĂ©raire ? Peut-on recomposer, Ă partir de ces lignes, une Ă©chelle des diffĂ©rents rythmes Ă©volutifs qui caractĂ©risent la littĂ©rature ? Existe-t-il un classement des vitesses dâĂ©volution, en fonction des appartenances gĂ©nĂ©riques ? Chacun sait que la dislocation dâun empire continental (byzantin, ottoman, austro-hongroisâŠ) produit, historiquement, des contrecoups que lâon ne peut mesurer quâĂ lâĂ©chelle de plusieurs siĂšcles : la littĂ©rature nâa-t-elle pas, elle aussi, ses empires en dĂ©route, dont la lente dĂ©composition occupe des centaines et des centaines dâannĂ©es ? (Sommes-nous encore, sans le savoir, en train dâassister Ă lâagonie de lâĂ©popĂ©e ?)
212. Disproportions des rĂ©sultats. Le deuxiĂšme phĂ©nomĂšne, dans la continuitĂ© du prĂ©cĂ©dent (mais du cĂŽtĂ© cette fois de la biologie), concerne les curieux effets de disproportion que Laurent Olivier relĂšve dans lâaction de certains organismes Ă travers le temps : dans la longue durĂ©e, Laurent Olivier observe que le travail dâorganismes minuscules et insignifiants produit graduellement des constructions (ou des destructions) extraordinairement massives, pour ne pas dire disproportionnĂ©es. Bien quâils Ă©chappent Ă la vue, ces animaux â Ă lâimage du corail, des mousses, des champignons, des lichens â ont un rĂŽle essentiel dans la continuitĂ© du vivant, et dans la production de matiĂšre de celui-ci. Lâimage pourrait prĂȘter Ă sourire, mais elle est Ă©vocatrice. Un tel constat invite Ă engager une rĂ©flexion sur le rĂŽle des « accidents minimes » dans lâhistoire littĂ©raire : Ă cĂŽtĂ© des « majeurs » isolĂ©s, Ă cĂŽtĂ© des grands Ă©vĂ©nements de la littĂ©rature (scandales, batailles mĂ©diatiques, polĂ©miques), Ă cĂŽtĂ© de tout ce qui « fait date », ne peut-on prendre en compte lâexistence de phĂ©nomĂšnes silencieux et « indatables », mais qui nâen auraient pas moins, dans leur accumulation ralentie, un effet majeur ? On trouverait dans cette image dâun « bestiaire mineur » une possible rĂ©interprĂ©tation de la paralittĂ©rature, considĂ©rĂ©e comme une somme de textes dont lâexistence ne parvient que lentement Ă la lumiĂšre, Ă la faveur dâun effet de nombre.
223. SolidaritĂ©s morphologiques. Dans un autre registre, sans doute plus intriguant, Laurent Olivier souligne lâimportance des lois dâauto-organisation de la matiĂšre rĂ©siduelle : il semble indiquer par lĂ que certains vestiges des temps passĂ©s possĂšdent une curieuse aptitude Ă sâinscrire dans le sol selon des configurations susceptibles de garantir leur conservation rĂ©ciproque. Ces agencements morphologiques solidaires retiennent lâattention. Encore une fois, ne peut-on repĂ©rer un fonctionnement analogue dans lâespace littĂ©raire ? Au-delĂ des appartenances gĂ©nĂ©riques de tel ou tel livre, ne peut-on identifier des « effets dâauto-organisation » des Ćuvres entre elles, des configurations garantissant leur survie collective ? (On pourrait songer, dans cette optique, aux binĂŽmes dont est friande lâhistoire littĂ©raire : nâavons-nous pas lĂ un exemple de ces configurations minimales de la mĂ©moire, qui associent en lâoccurrence deux destins lâun Ă lâautre, sur le modĂšle du couple MontaigneâLa BoĂ©tie ?)
234. Pleins et vides. Laurent Olivier insiste par ailleurs sur lâalternance irrationnelle entre plein et vide qui caractĂ©rise la conservation matĂ©rielle des reliques ; lâarchĂ©ologue souligne par exemple quâun vestige ne peut traverser les siĂšcles â et garder sa « lisibilité » aux yeux dâun Ă©ventuel dĂ©couvreur â que si la couche dans laquelle il est enfoui est entourĂ©e dâun espace vierge, privĂ© de traces parasites. Câest finalement ce linceul de vide, prĂ©sent en amont et en aval, qui garantit la bonne conservation du vestige et de la « trace » quâil reprĂ©sente. Lâanalogie avec certains phĂ©nomĂšnes de sĂ©dimentation culturelle est plus que tentante : toute trace mĂ©morielle ne peut-elle ĂȘtre que singuliĂšre, isolĂ©e, et en quelque sorte exceptionnelle ? Est-ce que la conservation de certains Ă©vĂ©nements culturels ne naĂźt pas, de la mĂȘme façon, du « vide » qui se crĂ©e autour dâeux, c'est-Ă -dire de lâĂ©limination (violente ou feutrĂ©e) de certaines traces concurrentes ?
245. DiscontinuitĂ©s et rĂ©plications. Un dernier aspect pourrait concerner les rĂ©gimes temporels dĂ©voilĂ©s par lâarchĂ©ologie : ces rĂ©gimes relĂšvent, le plus souvent, non de la successivitĂ© mais de la rĂ©plication. LâidĂ©e fondamentale est celle de la rĂ©pĂ©tition des fonctions, par-delĂ les discontinuitĂ©s : « on peut voir, par exemple, des monuments funĂ©raires Ă©difiĂ©s au NĂ©olithique âârejouerââ comme zone funĂ©raire plus dâun millĂ©naire aprĂšs leur abandon, Ă lâĂąge du Fer, puis fonctionner de nouveau encore, prĂšs de 1000 ans plus tard, en accueillant un cimetiĂšre du haut Moyen Ăge. » Cette loi de la successivitĂ© et de la rĂ©plication Ă distance, valable Ă plusieurs Ă©chelles (du dĂ©tournement dâoutils individuels jusquâau recyclage dâobjets collectifs de grande ampleur) appelle des approfondissements : si le coefficient de discontinuitĂ© de bien des phĂ©nomĂšnes a depuis longtemps Ă©tĂ© mis en Ă©vidence par les historiens, si la rupture, le retour en arriĂšre, la bifurcation ont souvent Ă©tĂ© valorisĂ©s dans les derniĂšres annĂ©es contre la construction idĂ©ale dâune histoire progressive, la part de la rĂ©plication Ă distance mĂ©riterait elle aussi â sur le modĂšle des rĂ©flexions de Marx et Nietzsche sur les balbutiements de lâhistoire â dâĂȘtre Ă©tudiĂ©e : est-ce que de la mĂȘme maniĂšre, des « fonctions » dans lâespace littĂ©raire se renouvellent Ă distance de plusieurs siĂšcles ? Ă quels effets externes peut-on associer cette rĂ©pĂ©tition ? (pour choisir un exemple approximatif, on pourrait songer au rĂŽle social quâa pu avoir la « fonction tragique » dans les civilisations antiques : fonction que lâon retrouve dans ses grandes lignes, aprĂšs une Ă©clipse de plusieurs siĂšcles, dans la sociĂ©tĂ© dâAncien RĂ©gime).
25On devine quâun vaste ensemble de comparaisons et de points de contacts se dessine, dans le sillage de la rĂ©flexion de Laurent Olivier sur les rĂ©gimes temporels propre aux reliques. Une source dâinspiration trĂšs large semble Ă portĂ©e de la main. Ă titre de dernier exemple, on peut mentionner les rĂ©flexions des gĂ©ographes et des archĂ©ogĂ©ographes sur la conservation et le remodelage des rĂ©seaux urbains Ă lâĂ©chelle dâun pays : Ă chaque Ă©poque correspond, Ă lâĂ©chelle du territoire, un systĂšme de villes, disposĂ©es selon des fonctions dominantes ; mais pourquoi certaines villes ont-elles prospĂ©rĂ©, alors que dâautres se sont Ă©teintes ? Pourquoi, si lâon considĂšre en particulier la situation française, OrlĂ©ans (pourtant mieux « situĂ©e » de bien des points de vue) a-t-elle Ă©tĂ© supplantĂ©e par Paris ? Pourquoi relĂšve-t-on autant de reprises et de refondations de sites anciens ? Les atouts qui interviennent sont de tous les types : facteurs de « situation », cycles de prospĂ©ritĂ©, aspects conjoncturels, variables politiques et dĂ©mographiques, etc. Aux prises avec ces difficultĂ©s â nĂ©es dâune masse de constats empiriques â lâarchĂ©ogĂ©ographe peine Ă Ă©tablir des rĂšgles ; mais il est amenĂ© par ce biais Ă dĂ©velopper des instruments dâune grande originalité : pourquoi ne pas sâinspirer de ces mĂ©thodes pour essayer de comprendre la survie et les modifications du systĂšme littĂ©raire ?
26On le voit, la perspective dâune « archĂ©ologie littĂ©raire », loin dâĂȘtre vaine, autorise plus que de simples mĂ©taphores. Le chantier est largement ouvert, mais il faut rendre grĂąces Ă Laurent Olivier dâavoir rendu possible lâidentification dâun certain nombre de convergences entre le champ thĂ©orique de lâarchĂ©ologie et certains aspects des Ă©tudes littĂ©raires : territoire « à creuser », bien sĂ»r.

