Acta fabula
ISSN 2115-8037

Volume 9, numéro 7
Paul-André Claudel

Les chiffonniers du passé. Pour une approche archéologique des phénomÚnes littéraires

Laurent Olivier, Le sombre abßme du temps. Mémoire et archéologie, Paris, Seuil, coll. « La couleur des idées », 2008.

1Dans son dernier essai, Franco Moretti dĂ©fend l’idĂ©e selon laquelle la comprĂ©hension rĂ©elle de notre passĂ© littĂ©raire — conçu non comme la succession bien rĂ©glĂ©e de quelques « monuments » mais comme la somme presque infinie des Ɠuvres lues et Ă©crites Ă  chaque Ă©poque — implique l’adoption de nouveaux instruments, Ă©trangers aux habitudes du chercheur en littĂ©rature : dans la perspective de Moretti, l’étude des « grandes masses » du patrimoine littĂ©raire rendrait nĂ©cessaires des emprunts conceptuels aux autres sciences humaines, de la sociologie (pour ses statistiques) jusqu’à la gĂ©ographie (pour ses cartes et ses vues d’ensemble) et mĂȘme Ă  la zoologie (pour ses arbres gĂ©nĂ©alogiques ou Ă©volutionnistes). « Les graphes de l’histoire quantitative, les cartes de la gĂ©ographie et les arbres de la thĂ©orie de l’évolution » seraient ainsi appelĂ©s Ă  se retrouver sur la table de travail du critique littĂ©raire1.

2L’ouvrage de Moretti a le mĂ©rite d’encourager un changement de point de vue radical par rapport au paradigme historico-littĂ©raire hĂ©ritĂ© de la tradition, qui non seulement semble centrĂ© sur quelques « Ɠuvres-Ă©vĂ©nements », mais paraĂźt privilĂ©gier des outils internes Ă  la littĂ©rature, au risque de s’enfermer dans des raisonnements circulaires. Il s’agirait, au fond, de prendre acte de la diversitĂ© des approches qui caractĂ©rise le laboratoire des sciences humaines : expĂ©rimentations inattendues, greffes mĂ©thodologiques de toutes sortes, fĂ©condations, fusions et transplantations ne pourraient que bĂ©nĂ©ficier au chercheur en littĂ©rature. De toute Ă©vidence, son initiative invite Ă  poursuivre le mouvement de dĂ©cloisonnement, en ayant recours Ă  des outils de modĂ©lisation venus d’autres espaces.

3C’est dans cette perspective que l’on pourrait lire un essai de Laurent Olivier que le hasard a fait entrer dans les librairies en mĂȘme temps que la traduction française du livre de Franco Moretti : Laurent Olivier offre en effet une piste supplĂ©mentaire Ă  ceux qui voudraient approfondir l’idĂ©e avancĂ©e dans Graphes, cartes et arbres, sur la possibilitĂ© d’un renouvellement disciplinaire par le recours Ă  d’autres horizons scientifiques. L’essai en question nous prĂ©sente peut-ĂȘtre, de surcroĂźt, un modĂšle Ă©pistĂ©mologique vĂ©ritablement complĂ©mentaire, par rapport Ă  la perspective que Moretti semble vouloir Ă©largir. La question que nous pose ce livre, intitulĂ© Le sombre abĂźme du temps, est extrĂȘmement simple : et si les Ă©tudes littĂ©raires, en quĂȘte de modĂšles alternatifs, se tournaient non pas vers les « sciences statisticiennes » qui servent habituellement de rĂ©fĂ©rence et de caution, mais plutĂŽt vers une discipline qui s’occupe elle-mĂȘme des traces du passĂ©, c’est-Ă -dire vers l’archĂ©ologie ?

4Que peut apporter Ă  un « littĂ©raire » la lecture d’un livre consacrĂ© Ă  la pratique et Ă  la thĂ©orie de l’archĂ©ologie ? Ă  premiĂšre vue, la rencontre entre les deux disciplines n’a rien d’évident. L’association des mots « littĂ©rature » et « archĂ©ologie » ne suggĂšrera au lecteur que des rencontres fortuites, ou de rares convergences : on songera aux ruines sur lesquelles mĂ©ditait Volney, Ă  la Gradiva de Jensen et aux « fantaisies pompĂ©iennes » qui ravissaient Freud, on Ă©voquera le souvenir de MĂ©rimĂ©e (le plus « archĂ©ologue » des littĂ©raires) et la figure emblĂ©matique de Schliemann (le plus « littĂ©raire » des archĂ©ologues), on s’attardera sur l’ombre lointaine de Winckelmann ou de Lessing et l’on se souviendra peut-ĂȘtre de certaines mĂ©taphores insistantes de Foucault
 mais au-delĂ  de ces quelques Ă©chos, les points de contact paraissent fort limitĂ©s. Pourtant, cette discipline semble pouvoir contribuer Ă  la rĂ©flexion de ceux qui s’intĂ©ressent au fonctionnement de l’histoire littĂ©raire.

5Laurent Olivier — enseignant Ă  l’Ecole du Louvre et Ă  l’EPHE, spĂ©cialiste de ce qu’il est convenu d’appeler la « proto-histoire » — a en effet pour ambition de participer Ă  une redĂ©finition thĂ©orique de l’archĂ©ologie qui puisse, Ă  terme, la dissocier trĂšs nettement des enjeux de la science historique ; Ă  cette fin, il soulĂšve avec brio une sĂ©rie de paradoxes dont pourrait aisĂ©ment se nourrir une rĂ©flexion gĂ©nĂ©rale sur la « fabrication » de l’histoire littĂ©raire. Qu’est-ce que l’archĂ©ologie selon Laurent Olivier ? La rĂ©ponse est sans Ă©quivoque : « une discipline Ă  la recherche d’une thĂ©orie », qui n’est jamais tout Ă  fait sortie de l’« ancienne tradition des chercheurs d’antiquitĂ©s » (p. 57). Sa fragilitĂ© Ă©pistĂ©mologique serait due non seulement Ă  la part d’empirisme qui a longtemps prĂ©sidĂ© Ă  sa pratique, mais aussi Ă  sa situation de subordination par rapport Ă  la science historique : de fait, elle semble condamnĂ©e, depuis le XVIIIe siĂšcle, Ă  n’ĂȘtre qu’une « simple illustration matĂ©rielle de l’histoire ». Ou, pour le dire en d’autres termes : « DominĂ©e depuis toujours par l’histoire, qui l’écrase, l’archĂ©ologie peine Ă  trouver sa voie particuliĂšre, qui n’est pas celle de raconter le passé » (p. 15).

6On ne se hasardera pas Ă  rĂ©aliser ici un compte rendu exhaustif des thĂšses avancĂ©es par Laurent Olivier, d’autant plus qu’il paraĂźt difficile, d’un point de vue externe, d’évaluer objectivement leur impact sur la thĂ©orie gĂ©nĂ©rale de l’archĂ©ologie (mĂȘme si tout porte Ă  croire que cet apport sera dĂ©cisif). On cherchera plutĂŽt Ă  voir quels enseignements, quels usages — et peut-ĂȘtre quels dĂ©tournements — peuvent en ĂȘtre proposĂ©s, dans le cadre restreint de la littĂ©rature. Pour cela, le plus simple semble d’isoler librement, au fil de cet essai foisonnant, cinq propositions essentielles, puis d’essayer d’esquisser des passerelles possibles vers l’histoire littĂ©raire : on ne saurait nier que cette derniĂšre reprĂ©sente, elle aussi, une discipline qui « peine Ă  trouver sa voie particuliĂšre ».

71. Comment prĂ©senter, de façon synthĂ©tique, la recherche archĂ©ologique ? La meilleure dĂ©finition de cette discipline passe, plus que par une synthĂšse abstraite, par l’évocation concrĂšte de sa pratique : l’action archĂ©ologique est liĂ©e Ă  un geste essentiel, qui est celui de la fouille ; elle est Ă©galement associĂ©e Ă  un paysage, qui est celui de la ruine ; elle est enfin directement dĂ©pendante d’un certain type d’objets matĂ©riels, qui sont les reliques et les fossiles de toutes origines qu’elle parvient Ă  extraire du sol. On le voit Ă  travers cette simple Ă©vocation : l’archĂ©ologie est, par excellence, la science qui ramasse les miettes du temps. ÉtrangĂšre Ă  l’idĂ©e de plĂ©nitude et de totalitĂ©, elle est tout entiĂšre dans l’aprĂšs-coup, comme analyse confrontĂ©e Ă  un Ă©tat fragmentaire, proprement accidentel : la destruction et le ravage sont au cƓur mĂȘme de l’idĂ©e d’archĂ©ologie, considĂ©rĂ©e Ă  la fois comme imaginaire et comme pratique : « des lieux abandonnĂ©s, jonchĂ©s de loques et de dĂ©bris [
] : l’archĂ©ologie n’a pas d’autre place que celle-là » (p. 70). Nulle autre discipline ne met ainsi, au centre de son action, la part essentielle de la perte ; nulle autre discipline n’est obligĂ©e de tenir compte Ă  ce degrĂ© de la fragilitĂ© mĂȘme du « reliquat » qui est son objet d’étude.

82. Ce statut particulier entraĂźne un questionnement inĂ©vitable : pourquoi et comment ces fragments ont-ils Ă©tĂ© conservĂ©s ? Pourquoi ceux-lĂ  plutĂŽt que d’autres ? Face aux dĂ©bris du temps, avant mĂȘme de proposer une interprĂ©tation fonctionnelle des matĂ©riaux exhumĂ©s, la science archĂ©ologique est amenĂ©e Ă  s’interroger sur le pourquoi de leur conservation. En effet, chacun admettra que la voie logique du temps est celle de l’érosion des traces et de l’effacement de la mĂ©moire : la majeure partie du monde qui nous entoure est vouĂ©, dans son glissement mĂȘme vers le passĂ©, Ă  la destruction et Ă  l’oubli. Comme le remarquait avec une pointe de mĂ©lancolie, au XIXe siĂšcle, le gĂ©ologue Charles Lyell, « les armĂ©es et les flottes paraissent n’avoir Ă©tĂ© rassemblĂ©es que pour se faire dĂ©truire, et les villes Ă©difiĂ©es que pour tomber en ruines2 ». Si l’on admet l’existence presque fatale, dans la longue durĂ©e, de ce processus de retour Ă  la poussiĂšre, alors la conservation mĂȘme de certaines empreintes du passĂ© ne pourra se concevoir que comme une anomalie ou un dysfonctionnement. De fait, chaque archĂ©ologue sait bien que les dĂ©bris mis au jour ne sont jamais reprĂ©sentatifs directement du PassĂ© (avec une majuscule), mais d’un passĂ© qui s’est miraculeusement conservĂ©, gĂ©nĂ©ralement en alternative Ă  d’autres. L’ironie tient au fait qu’il s’agit d’un rĂ©sidu temporel souvent « insignifiant » par rapport Ă  ce qui existait en mĂȘme temps que le vestige dĂ©couvert : l’archĂ©ologie doit admettre non seulement l’état d’exception que constitue la conservation (par rapport Ă  la voie logique de la destruction), mais aussi les alĂ©as qui entourent la conservation de certains segments temporels : il faut reconnaĂźtre qu’il reste bien plus des citernes d’Alexandrie que de sa prestigieuse bibliothĂšque – qu’il reste bien plus de l’élĂ©gante station balnĂ©aire d’Herculanum que de la plupart des Ă©difices cultuels de la mĂȘme Ă©poque.

93. Une fois admise l’existence de ces « anomalies », la phrase rituelle de l’archĂ©ologue (reprise par Laurent Olivier Ă  Daniel Arasse) semble ĂȘtre, Ă©ternellement : « on n’y voit rien » (p. 176). Les vestiges sont en effet les tĂ©moins muets d’une signification qui s’est perdue : le travail archĂ©ologique est fondamentalement une entreprise d’interprĂ©tation et de dĂ©codage, rĂ©alisĂ©e dans une situation de discontinuitĂ© et de carence. De fait, l’interprĂ©tation est toujours une affaire de compromis entre la rĂ©alitĂ© des matĂ©riaux archĂ©ologiques exhumĂ©s, qui appartiennent Ă  un lieu Ă©nigmatique de la mĂ©moire, et la connaissance prĂ©alable qu’ont les archĂ©ologues du passĂ© dont ces matĂ©riaux sont censĂ©s provenir. Mais le compromis est loin d’ĂȘtre aisé : il y a souvent rupture, contresens, car les vestiges peuvent tĂ©moigner d’un passĂ© autre que celui auquel on s’attendait. GĂ©nĂ©ralement, les datations scientifiques finissent en effet par souligner la « fiction des scĂ©narios historiques » auxquels on avait initialement attribuĂ© les matĂ©riaux archĂ©ologiques. « L’exemple le plus flagrant est celui de l’archĂ©ologie impĂ©riale des AntiquitĂ©s nationales des annĂ©es 1860, qui rĂ©duit les vestiges prĂ©-romains qu’elle dĂ©couvre Ă  la pĂ©riode de la guerre des Gaules », alors qu’elle est en train de rĂ©vĂ©ler, sans le savoir, « des pans entiers de la culture matĂ©rielle des temps proto-historiques ». Forte de cet enseignement, l’archĂ©ologie doit s’abandonner Ă  une forme de « temporalitĂ© probabiliste », en renonçant Ă  restituer le passĂ© « tel qu’il a Ă©té » pour proposer de simples hypothĂšses Ă  son propos.

104. Mais cette incertitude ne se rĂ©duit pas seulement Ă  la question, somme toute traditionnelle, de l’interprĂ©tation et de la datation du vestige : plus largement, elle met en crise la possibilitĂ© mĂȘme d’un enracinement de l’objet trouvĂ© dans un temps unique et dĂ©finitif. L’archĂ©ologue, loin d’ĂȘtre enfermĂ© dans un tĂȘte-Ă -tĂȘte avec le passĂ©, est en effet sans cesse confrontĂ© Ă  la relativitĂ© et au mĂ©lange des temps. Si l’archĂ©ologie est habitĂ©e par cet incessant « brouillage temporel », c’est d’au moins deux points de vue. D’abord dans le sens oĂč « nous vivons parmi les vestiges du passĂ© et nous-mĂȘme produisons des restes qui constituent en puissance les vestiges de notre temps » (p. 15) : nul n’ignore la fĂącheuse co-prĂ©sence (gĂ©nĂ©ratrice d’interfĂ©rences Ă©videntes) entre la quĂȘte de la mĂ©moire passĂ©e et la fabrication parallĂšle de la mĂ©moire du prĂ©sent. Ensuite parce que nous sommes pris dans l’onde de choc de bien des Ă©vĂ©nements de notre histoire : tels de gigantesques palimpsestes mĂȘlant des Ă©poques diffĂ©rentes, les sites nous renvoient l’« écho distordu du passĂ© dans notre prĂ©sent » (p. 166). Le site archĂ©ologique, bien souvent, est un bric-Ă -brac dans lequel des objets de plusieurs Ă©poques s’accumulent et se prĂ©sentent Ă  nous en ayant perdu leur bel ordre chronologique : le passĂ© s’incruste dans le prĂ©sent et vit avec lui, en donnant lieu Ă  des phĂ©nomĂšnes d’imbrication et non de succession. Une autre logique, beaucoup plus complexe que celle de l’enchaĂźnement linĂ©aire, se dessine chez l’archĂ©ologue.

115. La consĂ©quence de cette polychronie, pour la pensĂ©e de l’archĂ©ologie, est une autre conception du temps, et surtout du rapport entre prĂ©sent et passĂ©. Pour l’archĂ©ologue, le passĂ©, loin d’ĂȘtre un territoire lointain et inaccessible, est au contraire encore tout prĂšs de nous, tout entier enfermĂ© dans notre prĂ©sent : au creux mĂȘme de ce qui paraĂźt le plus actuel, comme les dragons de bronze gaulois qui sommeillaient, jusqu’aux derniĂšres annĂ©es, sous les pistes de l’aĂ©roport de Roissy. On ne s’étonnera pas que, sur la base de cette certitude que tous les passĂ©s sont « logĂ©s » dans les plis du prĂ©sent, Ă  la maniĂšre d’un gigantesque feuilletage, l’archĂ©ologie s’empare peu Ă  peu des temps historiques les plus immĂ©diats : les derniĂšres annĂ©es ont vu l’extension progressive du domaine de l’archĂ©ologie, hors des confins auxquels l’avait condamnĂ©e la tradition positiviste. D’abord rĂ©servĂ©e Ă  l’antiquitĂ© grĂ©co-romaine, puis gagnant des territoires vers la civilisation palĂ©ochrĂ©tienne, l’archĂ©ologie s’est progressivement Ă©tendue jusqu’au Moyen Âge puis Ă  la Renaissance, avant d’accomplir un bond dĂ©cisif jusqu’au XXe siĂšcle, Ă  l’occasion des grands chantiers de fouilles liĂ©s Ă  la PremiĂšre et Ă  la DeuxiĂšme guerre mondiale (ossuaires, fosses communes, camps d’extermination). De fait, le regard archĂ©ologique n’est plus rĂ©servĂ© Ă  une pĂ©riode prĂ©cise : il dĂ©pend d’un point de vue particulier, oblique, qui se pose sur la « masse hĂ©tĂ©rogĂšne de notre prĂ©sent ».

12Ce que montre Laurent Olivier Ă  travers ce parcours, dont nous avons largement simplifiĂ© les Ă©tapes, c’est que l’archĂ©ologie reprĂ©sente vĂ©ritablement une autre modalitĂ© d’apprĂ©hension du passĂ© — à partir de ses aberrations et de ses scories — par rapport au « temps organique » sur lequel se fonde le rĂ©cit historique : l’histoire, qui reste marquĂ©e par l’hĂ©ritage hĂ©gĂ©lien, tend Ă  recomposer un « temps plein et dense en tous points », un « temps oĂč chacun est expliquĂ© par son emplacement puisque l’emplacement correspond au sens3 ». Ă  l’opposĂ© de ce que Benjamin appelait le « dĂ©filĂ© des trĂ©sors culturels », la pensĂ©e archĂ©ologique se propose, elle, de fouiller les rares rĂ©sidus qui traversent le temps, et qui affleurent « interrogativement » dans le prĂ©sent. « Prendre le risque de se perdre dans le sombre abĂźme du temps que Buffon avait entrevu s’ouvrir sous ses pieds d’homme du XVIIIe siĂšcle, bien avant Lyell et Darwin » (p. 18) : il y aurait lĂ , en germe, une nouvelle forme d’histoire Ă  dĂ©velopper.

13On reconnaĂźtra sans doute, derriĂšre les thĂšses de Laurent Olivier, une influence directe des Ă©tudes culturalistes : Ă  la lumiĂšre du « champ de ruines » qu’a laissĂ© derriĂšre lui le « court XXe siĂšcle », celles-ci insistent sur les thĂšmes du trauma et de l’indicible dans la pensĂ©e contemporaine de l’histoire, et sur la nĂ©cessitĂ© d’inventer pour elle une nouvelle mĂ©moire. Chacun s’aperçoit en effet (dans la continuitĂ© des rĂ©flexions sur « les mots de l’histoire » dĂ©veloppĂ©es par Jacques RanciĂšre, ou de l’essai de Jean-François Hamel sur les Survivances de l’histoire4) qu’au « passĂ© conscient » et « solide » qu’a longtemps construit la « grande histoire » il convient d’associer aujourd’hui des recherches sur le passĂ© « inconscient », « refoulé », « friable » ou « dĂ©labré » qu’elle a pu laisser derriĂšre elle. Selon Laurent Olivier, ce passĂ© lacunaire est prĂ©cisĂ©ment celui que dĂ©couvre Ă  chaque instant l’archĂ©ologie. En d’autres termes, au temps hyperfonctionnel nĂ©cessairement reconstruit par l’horlogerie historique il semble urgent d’adjoindre une analyse des dysfonctions du temps.

14Quels liens peut-on tisser entre les propositions thĂ©oriques de Laurent Olivier et les rĂ©flexions contemporaines sur le statut de l’histoire littĂ©raire ? Ă  premiĂšre vue, les propositions de Laurent Olivier semblent ne pouvoir ĂȘtre utilisĂ©es que comme une source d’inspiration parmi d’autres, dans le cadre plus gĂ©nĂ©ral d’une rĂ©flexion sur la construction de la mĂ©moire littĂ©raire (Ă  ce propos, il faut souligner qu’au fil de l’essai, le lecteur rencontrera un grand nombre de rĂ©fĂ©rences trĂšs familiĂšres, du Borges de « Kafka et ses prĂ©curseurs » jusqu’au Cendrars inventeur du concept de « prochronie », en passant par les interrogations de Benjamin sur le concept d’histoire et les considĂ©rations de Nietzsche sur l’« actio in distans »). Au-delĂ  de cette parentĂ© gĂ©nĂ©rale, l’intĂ©rĂȘt de la dĂ©marche de Laurent Olivier semble se manifester Ă  deux niveaux.

15L’ouvrage a d’abord le mĂ©rite de remettre en perspective les enjeux de sa discipline par rapport Ă  l’histoire, considĂ©rĂ©e comme matiĂšre acadĂ©mique dominante, devant nĂ©cessairement servir de modĂšle Ă©pistĂ©mologique aux autres branches des sciences humaines. Or, la valeur « modĂ©lisante » de l’approche historiciste — nĂ© d’un rapport de forces qui a longtemps Ă©tĂ© en sa faveur dans le champ des sciences de l’homme — mĂ©rite probablement d’ĂȘtre remise en question. Comme l’écrit l’archĂ©ogĂ©ographe GĂ©rard Chouquer dans son rapport sur Des vestiges (le mĂ©moire d’Habilitation Ă  diriger des recherches qui est Ă  l’origine de l’essai de Laurent Olivier) : « Les historiens français avaient pensĂ© gouverner le monde des SHS en organisant Ă  leur profit la pyramide des savoirs, Ă  l’époque de Fernand Braudel et du territoire sans cesse plus expansif de l’historien5 ». Aujourd’hui, alors que chacun semble constater une forme de « panne de l’école des Annales », et que les dĂ©bats sur la « politique du rĂ©cit » qui sous-tend l’historiographie moderne ont fait entrer celle-ci dans une zone de turbulences, il paraĂźt nĂ©cessaire de ne plus prendre les schĂ©mas thĂ©oriques hĂ©ritĂ©s de Febvre, Bloch ou Braudel pour des modĂšles directement exportables. On voit ce qu’une telle mise en garde peut avoir de salutaire dans le champ de l’histoire littĂ©raire (laquelle a longtemps eu tendance Ă  se penser dans une forme de soumission par rapport Ă  une mĂ©thodologie historique gĂ©nĂ©ralement dĂ©jĂ  dĂ©passĂ©e au moment de son importation).

16Au-delĂ  de cette premiĂšre perspective, il existe peut-ĂȘtre un second niveau de lecture, plus original et plus stimulant : si Le sombre abĂźme du temps tente de dĂ©finir une archĂ©ologie radicalement dĂ©tachĂ©e des problĂ©matiques de l’histoire, on est amenĂ© Ă  se demander si l’on ne pourrait pas rĂ©aliser une sorte de « transfert de mĂ©thode » et proposer, de la mĂȘme façon, de rĂ©flĂ©chir Ă  ce que serait une archĂ©ologie littĂ©raire qui se situerait dans une voie parallĂšle rapport Ă  l’histoire littĂ©raire. En d’autres termes, la lecture du livre de Laurent Olivier nous suggĂšre qu’il pourrait peut-ĂȘtre exister, parallĂšlement aux projets d’« histoire littĂ©raire » (conçue comme mise en rĂ©cit des Ă©vĂ©nements du passĂ©), une « archĂ©ologie littĂ©raire » (entendue dans le sens d’une interrogation directe, trĂšs concrĂšte, des lacunes ou des failles structurelles de cette histoire littĂ©raire). Pour conclure, on peut proposer une brĂšve rĂȘverie — rien de plus qu’une rĂȘverie, bien sĂ»r — sur ce que serait cette sorte de sous-discipline, cette « archĂ©ologie littĂ©raire », du point de vue de ses postulats de base et de ses directions de recherches.

17La premiĂšre chose que nous rappelle utilement l’essai de Laurent Olivier, lorsqu’il parle du « paysage du prĂ©sent » comme d’un amalgame de « temporalitĂ©s survivantes », c’est que le spectacle que nous contemplons depuis notre prĂ©sent n’est Ă©videmment pas le passĂ© de la littĂ©rature « tel qu’il a Ă©té », mais le rĂ©sultat du long travail du temps sur la littĂ©rature, ou, en d’autres termes, la somme de ce que nous tenons pour « littĂ©raire » depuis le point de vue relatif de notre prĂ©sent : le rĂ©sultat d’un processus de constitution dont il est impĂ©ratif d’interroger les modalitĂ©s et de comprendre les Ă©carts, pour les siĂšcles lointains comme pour les annĂ©es les plus proches. L’une des questions centrales, susceptible de mettre en Ă©vidence ce qu’Antony Saville nommait « the test of time6 », serait : « Pourquoi ces traces plutĂŽt que d’autres ? » Deux directions s’ouvriraient alors, pour sonder la « face cachĂ©e » de la mĂ©moire littĂ©raire.

18Une premiĂšre piste de travail consisterait Ă  se donner pour mission de complĂ©ter la trame du passĂ© apparent, c’est-Ă -dire de ressusciter des objets oubliĂ©s, ou simplement nĂ©gligĂ©s, par l’histoire littĂ©raire (dans le cadre d’un travail d’exhumation et de dĂ©couverte). Il s’agirait de mettre au jour les aberrations de l’histoire — ce que l’on pourrait appeler la galerie des monstres de l’histoire littĂ©raire — en allant littĂ©ralement « creuser » vers des textes enfouis ou considĂ©rĂ©s comme illisibles. Dans cette optique, qui n’est pas sans rappeler celle de l’essai intitulĂ© The Book of lost books de Stuart Kelly7, l’archĂ©ologie littĂ©raire se proposerait d’examiner tout ce qui transparaĂźt dans les failles du rĂ©cit historique : ce qui rĂ©siste, ce qui pose problĂšme Ă  la reconstruction unilinĂ©aire du passĂ©. Cette quĂȘte obstinĂ©e des exceptions ou des contre-exemples ne serait pas sans analogies avec la façon dont l’archĂ©ologie s’est constituĂ©e, au XIXe siĂšcle, comme ce qui posait problĂšme Ă  l’histoire — trop bien Ă©crite — des grandes durĂ©es culturelles8.

19Une seconde piste viserait Ă  trouver non de nouveaux objets, mais de nouvelles maniĂšres de dĂ©crire les objets dĂ©jĂ  existants, en s’inspirant des mĂ©thodes de l’archĂ©ologie comme « interrogation du temps ». On pourrait citer, Ă  ce titre, une longue sĂ©rie de phĂ©nomĂšnes archĂ©ologiques dont on pressent qu’ils ont leur Ă©quivalent dans l’étude de la durĂ©e littĂ©raire, mais dont il faut reconnaĂźtre qu’ils ont Ă©tĂ© rarement Ă©tudiĂ©s en tant que tels.

201. Temps long et cycles ralentis. Laurent Olivier insiste par exemple sur l’importance du « temps long » dans la comprĂ©hension de bien des phĂ©nomĂšnes de sĂ©dimentation historique : parallĂšlement au « temps court » du progrĂšs humain des derniers siĂšcles, il souligne la persistance de structures temporelles hyper-dilatĂ©es, Ă  l’image de certaines pĂ©riodes de stase technologique qu’il conviendrait de compter en dizaines de milliers d’annĂ©es, car elles sont plus proches du temps gĂ©ologique que de la durĂ©e culturelle. On retrouve lĂ  l’écho des rĂ©flexions de Braudel sur le « temps long » auquel les Ă©tudes littĂ©raires font souvent rĂ©fĂ©rence, mais qu’elles peinent Ă  exploiter concrĂštement : la recherche historique a pris acte depuis de nombreuses annĂ©es de ces Ă©tranges lenteurs (parallĂšles Ă  des Ă©volutions de surface bien plus rapides9), mais la rĂ©flexion sur la littĂ©rature n’en a guĂšre tirĂ© profit. Ces cycles « ralentis », cette « inertie de la matiĂšre », ont-ils une Ă©quivalence dans le systĂšme littĂ©raire ? Quels sont, Ă  l’échelle plurisĂ©culaire, les lignes invariantes — ou « peu variantes » — de notre production littĂ©raire ? Peut-on recomposer, Ă  partir de ces lignes, une Ă©chelle des diffĂ©rents rythmes Ă©volutifs qui caractĂ©risent la littĂ©rature ? Existe-t-il un classement des vitesses d’évolution, en fonction des appartenances gĂ©nĂ©riques ? Chacun sait que la dislocation d’un empire continental (byzantin, ottoman, austro-hongrois
) produit, historiquement, des contrecoups que l’on ne peut mesurer qu’à l’échelle de plusieurs siĂšcles : la littĂ©rature n’a-t-elle pas, elle aussi, ses empires en dĂ©route, dont la lente dĂ©composition occupe des centaines et des centaines d’annĂ©es ? (Sommes-nous encore, sans le savoir, en train d’assister Ă  l’agonie de l’épopĂ©e ?)

212. Disproportions des rĂ©sultats. Le deuxiĂšme phĂ©nomĂšne, dans la continuitĂ© du prĂ©cĂ©dent (mais du cĂŽtĂ© cette fois de la biologie), concerne les curieux effets de disproportion que Laurent Olivier relĂšve dans l’action de certains organismes Ă  travers le temps : dans la longue durĂ©e, Laurent Olivier observe que le travail d’organismes minuscules et insignifiants produit graduellement des constructions (ou des destructions) extraordinairement massives, pour ne pas dire disproportionnĂ©es. Bien qu’ils Ă©chappent Ă  la vue, ces animaux — Ă  l’image du corail, des mousses, des champignons, des lichens — ont un rĂŽle essentiel dans la continuitĂ© du vivant, et dans la production de matiĂšre de celui-ci. L’image pourrait prĂȘter Ă  sourire, mais elle est Ă©vocatrice. Un tel constat invite Ă  engager une rĂ©flexion sur le rĂŽle des « accidents minimes » dans l’histoire littĂ©raire : Ă  cĂŽtĂ© des « majeurs » isolĂ©s, Ă  cĂŽtĂ© des grands Ă©vĂ©nements de la littĂ©rature (scandales, batailles mĂ©diatiques, polĂ©miques), Ă  cĂŽtĂ© de tout ce qui « fait date », ne peut-on prendre en compte l’existence de phĂ©nomĂšnes silencieux et « indatables », mais qui n’en auraient pas moins, dans leur accumulation ralentie, un effet majeur ? On trouverait dans cette image d’un « bestiaire mineur » une possible rĂ©interprĂ©tation de la paralittĂ©rature, considĂ©rĂ©e comme une somme de textes dont l’existence ne parvient que lentement Ă  la lumiĂšre, Ă  la faveur d’un effet de nombre.

223. SolidaritĂ©s morphologiques. Dans un autre registre, sans doute plus intriguant, Laurent Olivier souligne l’importance des lois d’auto-organisation de la matiĂšre rĂ©siduelle : il semble indiquer par lĂ  que certains vestiges des temps passĂ©s possĂšdent une curieuse aptitude Ă  s’inscrire dans le sol selon des configurations susceptibles de garantir leur conservation rĂ©ciproque. Ces agencements morphologiques solidaires retiennent l’attention. Encore une fois, ne peut-on repĂ©rer un fonctionnement analogue dans l’espace littĂ©raire ? Au-delĂ  des appartenances gĂ©nĂ©riques de tel ou tel livre, ne peut-on identifier des « effets d’auto-organisation » des Ɠuvres entre elles, des configurations garantissant leur survie collective ? (On pourrait songer, dans cette optique, aux binĂŽmes dont est friande l’histoire littĂ©raire : n’avons-nous pas lĂ  un exemple de ces configurations minimales de la mĂ©moire, qui associent en l’occurrence deux destins l’un Ă  l’autre, sur le modĂšle du couple Montaigne—La BoĂ©tie ?)

234. Pleins et vides. Laurent Olivier insiste par ailleurs sur l’alternance irrationnelle entre plein et vide qui caractĂ©rise la conservation matĂ©rielle des reliques ; l’archĂ©ologue souligne par exemple qu’un vestige ne peut traverser les siĂšcles — et garder sa « lisibilité » aux yeux d’un Ă©ventuel dĂ©couvreur — que si la couche dans laquelle il est enfoui est entourĂ©e d’un espace vierge, privĂ© de traces parasites. C’est finalement ce linceul de vide, prĂ©sent en amont et en aval, qui garantit la bonne conservation du vestige et de la « trace » qu’il reprĂ©sente. L’analogie avec certains phĂ©nomĂšnes de sĂ©dimentation culturelle est plus que tentante : toute trace mĂ©morielle ne peut-elle ĂȘtre que singuliĂšre, isolĂ©e, et en quelque sorte exceptionnelle ? Est-ce que la conservation de certains Ă©vĂ©nements culturels ne naĂźt pas, de la mĂȘme façon, du « vide » qui se crĂ©e autour d’eux, c'est-Ă -dire de l’élimination (violente ou feutrĂ©e) de certaines traces concurrentes ?

245. DiscontinuitĂ©s et rĂ©plications. Un dernier aspect pourrait concerner les rĂ©gimes temporels dĂ©voilĂ©s par l’archĂ©ologie : ces rĂ©gimes relĂšvent, le plus souvent, non de la successivitĂ© mais de la rĂ©plication. L’idĂ©e fondamentale est celle de la rĂ©pĂ©tition des fonctions, par-delĂ  les discontinuitĂ©s : « on peut voir, par exemple, des monuments funĂ©raires Ă©difiĂ©s au NĂ©olithique ‘‘rejouer’’ comme zone funĂ©raire plus d’un millĂ©naire aprĂšs leur abandon, Ă  l’ñge du Fer, puis fonctionner de nouveau encore, prĂšs de 1000 ans plus tard, en accueillant un cimetiĂšre du haut Moyen Âge. » Cette loi de la successivitĂ© et de la rĂ©plication Ă  distance, valable Ă  plusieurs Ă©chelles (du dĂ©tournement d’outils individuels jusqu’au recyclage d’objets collectifs de grande ampleur) appelle des approfondissements : si le coefficient de discontinuitĂ© de bien des phĂ©nomĂšnes a depuis longtemps Ă©tĂ© mis en Ă©vidence par les historiens, si la rupture, le retour en arriĂšre, la bifurcation ont souvent Ă©tĂ© valorisĂ©s dans les derniĂšres annĂ©es contre la construction idĂ©ale d’une histoire progressive, la part de la rĂ©plication Ă  distance mĂ©riterait elle aussi — sur le modĂšle des rĂ©flexions de Marx et Nietzsche sur les balbutiements de l’histoire — d’ĂȘtre Ă©tudiĂ©e : est-ce que de la mĂȘme maniĂšre, des « fonctions » dans l’espace littĂ©raire se renouvellent Ă  distance de plusieurs siĂšcles ? Ă  quels effets externes peut-on associer cette rĂ©pĂ©tition ? (pour choisir un exemple approximatif, on pourrait songer au rĂŽle social qu’a pu avoir la « fonction tragique » dans les civilisations antiques : fonction que l’on retrouve dans ses grandes lignes, aprĂšs une Ă©clipse de plusieurs siĂšcles, dans la sociĂ©tĂ© d’Ancien RĂ©gime).

25On devine qu’un vaste ensemble de comparaisons et de points de contacts se dessine, dans le sillage de la rĂ©flexion de Laurent Olivier sur les rĂ©gimes temporels propre aux reliques. Une source d’inspiration trĂšs large semble Ă  portĂ©e de la main. À titre de dernier exemple, on peut mentionner les rĂ©flexions des gĂ©ographes et des archĂ©ogĂ©ographes sur la conservation et le remodelage des rĂ©seaux urbains Ă  l’échelle d’un pays : Ă  chaque Ă©poque correspond, Ă  l’échelle du territoire, un systĂšme de villes, disposĂ©es selon des fonctions dominantes ; mais pourquoi certaines villes ont-elles prospĂ©rĂ©, alors que d’autres se sont Ă©teintes ? Pourquoi, si l’on considĂšre en particulier la situation française, OrlĂ©ans (pourtant mieux « situĂ©e » de bien des points de vue) a-t-elle Ă©tĂ© supplantĂ©e par Paris ? Pourquoi relĂšve-t-on autant de reprises et de refondations de sites anciens ? Les atouts qui interviennent sont de tous les types : facteurs de « situation », cycles de prospĂ©ritĂ©, aspects conjoncturels, variables politiques et dĂ©mographiques, etc. Aux prises avec ces difficultĂ©s — nĂ©es d’une masse de constats empiriques — l’archĂ©ogĂ©ographe peine Ă  Ă©tablir des rĂšgles ; mais il est amenĂ© par ce biais Ă  dĂ©velopper des instruments d’une grande originalité : pourquoi ne pas s’inspirer de ces mĂ©thodes pour essayer de comprendre la survie et les modifications du systĂšme littĂ©raire ?

26On le voit, la perspective d’une « archĂ©ologie littĂ©raire », loin d’ĂȘtre vaine, autorise plus que de simples mĂ©taphores. Le chantier est largement ouvert, mais il faut rendre grĂąces Ă  Laurent Olivier d’avoir rendu possible l’identification d’un certain nombre de convergences entre le champ thĂ©orique de l’archĂ©ologie et certains aspects des Ă©tudes littĂ©raires : territoire « à creuser », bien sĂ»r.