Acta fabula
ISSN 2115-8037

Volume 9, numéro 10
Laure Depretto

Territoires épistolaires au Moyen Age

La Lettre dans la littĂ©rature romane du Moyen Âge, Ă©tudes rĂ©unies par Sylvie LefĂšvre, OrlĂ©ans, Éditions Paradigmes, 2008, 215 p. ISBN (ean13): 978-2-86878-264-9

1Sylvie LefĂšvre, Introduction – « Je prends votre main dans la mienne »

2Olivier Guyotjeannin, Lettre ou titre ? Le modÚle épistolaire dans les chancelleries médiévales

3Agathe Sultan, Les silences du Voir Dit dans le manuscrit Pm, ou le mystĂšre dans les lettres

4Marie-Laure Savoye, « A la fin de cest livre », je vous salue Marie

5Luca Barbieri, Les HĂ©roĂŻdes d’Ovide en langue d’oĂŻl et les correspondances amoureuses dans la littĂ©rature courtoise

6Dominique Demartini, Le Tristan en prose : la lettre Ă  l’épreuve du roman

7Sabina Marinetti, Il salut d’amor [cet article est en italien]

8Estelle Doudet, La relation épistolaire chez les Grands Rhétoriqueurs : une autre voie vers la Renaissance ?

9Ce recueil de sept articles rassemble les travaux prĂ©sentĂ©s Ă  l’occasion des journĂ©es d’études des 10 et 11 octobre 2003, organisĂ©es Ă  l’École Normale SupĂ©rieure de Paris par Sylvie LefĂšvre. Il entend contribuer Ă  remĂ©dier Ă  un oubli critique : la lettre dans la littĂ©rature romane du Moyen Âge. À l’exception peut-ĂȘtre de la correspondance d’HĂ©loĂŻse et AbĂ©lard – qui continue d’alimenter les dĂ©bats1 –, l’épistolaire au Moyen Âge fait figure de parent pauvre dans le champ des Ă©tudes mĂ©diĂ©vistes, comme dans celui de l’histoire des genres, les critiques lui prĂ©fĂ©rant les correspondances de l’ñge classique ou encore les correspondances d’écrivains des xixe et xxe siĂšcles.

10Pourtant il s’écrivait bien des lettres au Moyen Âge. Certains corpus ont Ă©videmment Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©s, mais soit il s’agissait de corpus Ă©pistolaires latins2 ou de traitĂ©s d’artes dictaminis, soit les textes en langue romane faisaient l’objet d’une recherche en authenticitĂ© et en paternitĂ©. Il fallait avant tout dĂ©terminer si les lettres retrouvĂ©es Ă©taient des documents ou des romans. Comme le montre Sylvie LefĂšvre dans son introduction, « ce sont les lettres insĂ©rĂ©es dans des textes qui ont le plus facilement et le plus longtemps passĂ© pour des textes documentaires ». Elle prend pour exemple de cette « pratique authentifiante » de la critique, le Voir Dit de Guillaume de Machaut lu, notamment au xixe siĂšcle, comme le rĂ©cit d’une aventure rĂ©elle du poĂšte. « La lettre, document facilement falsifiable, peut ĂȘtre soumise au soupçon ». Deux Ă©coles critiques se disputent sur cette question, notamment sur deux grands textes, la correspondance d’HĂ©loĂŻse et AbĂ©lard et les Epistolae duorum amantium : « une Ă©cole laĂŻque, bourgeoise pour qui esthĂ©tique et Ă©rotique sont des valeurs » et une « école ecclĂ©siastique et monastique tout animĂ©e par la morale ».

11Ce recueil opĂšre donc un pas de cĂŽtĂ© et c’est volontairement qu’il abandonne la question de l’authenticitĂ© comme point central de rĂ©flexion, au profit d’une Ă©tude des textes comme ensembles signifiants ayant une construction particuliĂšre, d’une Ă©tude des formes et de leur Ă©volution dans le temps. « DĂšs qu’elle est insĂ©rĂ©e dans un texte, recueillie en une correspondance, la lettre fait donc partie d’un projet et doit ĂȘtre lue en fonction de ce dernier3. »

12Olivier Guyotjeannin s’intĂ©resse aux actes de chancellerie et montre un double mouvement d’influence et son va-et-vient permanent dans l’évolution des formes au Moyen Âge : d’une part une « diplomatisation » des lettres et d’autre part une « épistolarisation » des actes. Son article s’efforce de dresser un panorama historique des pratiques d’écriture diplomatique - c'est-Ă -dire « des Ă©crits conçus, diffusĂ©s, puis conservĂ©s pour rĂ©gler le fonctionnement concret de la sociĂ©tĂ©, en application de ses normes juridiques » -, tout en montrant ce que les critĂšres distinctifs peuvent avoir de fragiles et de rĂ©versibles. Les frontiĂšres ne sont jamais tout Ă  fait Ă©tanches entre actes, lettres missives, mandements etc. Les actes prennent la forme de lettres. « De l’AntiquitĂ© romaine, il semble bien que le haut Moyen Âge a hĂ©ritĂ© un modĂšle exclusivement Ă©pistolaire ». Puis, une des inventions du haut Moyen Âge fut l’apparition d’actes qui s’affranchissent du modĂšle Ă©pistolaire. Les « privilĂšges », oĂč la parole du roi devient non adressĂ©e, ou encore les actes « privĂ©s » tels que constats et procĂšs-verbaux en tĂ©moignent. Dans un troisiĂšme temps, le xiie siĂšcle « rouvre dans la production diplomatique un vaste champ aux expĂ©rimentations Ă©pistolaires alors en vogue ». En sens inverse, au siĂšcle suivant, on observe la progression de la formalisation diplomatique qui Ă©loigne les lettres patentes du modĂšle Ă©pistolaire. L’auteur de l’article s’arrĂȘte ensuite un peu plus longuement sur l’invention de la lettre « De par le Roy », - vraie lettre mais aussi « pur produit de la culture de chancellerie », mise au point au xive siĂšcle-, avant de dĂ©velopper les distinctions et ressemblances entre lettres « de par le roy » et lettres missives et d’évoquer un dernier sous-genre qui se dĂ©veloppe au xve siĂšcle : les formulaires, ancĂȘtres des SecrĂ©taires de l’ñge classique, nombreux pour les lettres patentes, plus rares pour les lettres closes. Ce nouveau genre inaugure « un nouvel art Ă©pistolaire de gouverner ». C’est avant tout le continuum dans l’éventail des pratiques d’écriture diplomatique tout au long du Moyen Âge qui est mis en lumiĂšre dans cet article.

13Agathe Sultan s’est penchĂ©e sur un des quatre manuscrits du Voir Dit de Guillaume de Machaut pour en Ă©tudier les variantes, rĂ©vĂ©latrices d’un changement dans les mentalitĂ©s (nouvelle conception de l’amour et nouvelles rĂšgles Ă©pistolaires). Elle retrace tout d’abord l’histoire Ă©ditoriale complexe du Voir Dit et dresse le bilan critique d’un texte qu’on a voulu lire comme les « aveux complets d’un ‘vieux poĂšte’ retraçant avec une sincĂ©ritĂ© sans faille sa derniĂšre aventure amoureuse ». « RĂ©criture silencieuse » d’un copiste, le manuscrit Pm date d’une cinquantaine d’annĂ©es aprĂšs la mort de Guillaume de Machaut. Y sont amputĂ©es presque toutes les lettres de la correspondance amoureuse, ainsi que la musique. Les noms propres ont disparu, de mĂȘme qu’un certain nombre de dĂ©tails, notamment ceux concernant le corps des deux amants (amoindrissement du lexique physique). Pour Agathe Sultan, « cet inflĂ©chissement vers l’abstraction » tĂ©moigne d’une nouvelle conception de l’amour dans laquelle l’attitude de la dame envers son amant se durçit, mais aussi d’une nouvelle conception de la prose, tournĂ©e vers la valorisation de la briĂšvetĂ©. Le copiste aurait donc adaptĂ© le manuscrit aux nouveaux goĂ»ts de son temps, en proposant d’une part « une sorte de moralisation de l’intrigue amoureuse », d’autre part « un traitĂ© d’épistolographie en acte », la lettre s’affranchissant peu Ă  peu des canons d’écriture du roman.

14Marie-Laure Savoye travaille pour sa part sur les Miracles de Nostre Dame de Gautier de Coincy, texte rĂ©digĂ© au tournant des annĂ©es 1220 et qui mĂ©lange piĂšces lyriques, narratives et didactiques. L’article porte plus prĂ©cisĂ©ment sur les Saluts Nostre Dame, textes de clĂŽtures de l’oeuvre. Comparant les diffĂ©rents manuscrits, dix-sept en tout, Marie-Laure Savoye montre « les hĂ©sitations des copistes face au cycle des Saluts Nostre Dame ». Un point commun cependant rĂ©side dans l’absence de marque de sĂ©paration forte entre les deux saluts, le lyrique et le non-lyrique, qu’il faut donc considĂ©rer comme un ensemble Ă  l’intĂ©rieur de l’oeuvre. Ces textes en langue romane ne sont pas un « simple remĂšde Ă  l’incapacitĂ© de nombreux fidĂšles Ă  rĂ©citer le latin », ils rĂ©pondent Ă  des « fins Ă  la fois convergentes et diffĂ©rentes : l’appel Ă  la priĂšre, sa glose et son chant ». Au sein d’un texte hybride au statut problĂ©matique, les piĂšces finales constituent donc Ă  la fois un envoi du livre et une ultime salutation mariale. À l’issue d’une analyse minutieuse et maĂźtrisĂ©e, Marie-Laure Savoye interroge le rĂŽle de ces piĂšces liminaires dans l’économie gĂ©nĂ©rale de l’Ɠuvre de Gautier de Coinci, qui ne se rĂ©sument pas Ă  une simple « lettre dĂ©dicatoire Ă  Marie » : « au seuil des Saluts, Gautier se prĂ©sente comme le porte-parole de la Vierge auprĂšs des hommes. Ces quinze quatrains, mode d’emploi de la salutation angĂ©lique, et salut Ă  la communautĂ© des fidĂšles de la Vierge n’ont pas qu’un effet dilatoire avant la paraphrase ». « Le but du cycle est que d’une communautĂ© ecclesiale rĂ©unie devant sa Sainte, celle-ci prĂ©sente au cƓur du groupe, puisse s’élever le chant liturgique, dĂ©tachĂ© en sa briĂšvetĂ© et en sa perfection en fin de volume ». Ces piĂšces « au-delĂ  de l’épilogue, Sermon et Saluts Nostre Dame, conduisent en un lent crescendo vers le chant collectif ».

15L’article de Luca Barbieri rĂ©pond Ă  une double ambition : prĂ©sentation d’un corpus peu connu, un « volgarizzamento » français de treize Ă©pĂźtres ovidiennes, Ă©crit vers la fin du xiiie ou le dĂ©but du xive siĂšcle ; Ă  une plus grande Ă©chelle, réévaluation de l’influence des HĂ©roĂŻdes d’Ovide en langue d’oĂŻl sur les correspondances amoureuses dans la littĂ©rature courtoise. Les treize textes en question sont intercalĂ©s dans la mise en prose du Roman de Troie, elle-mĂȘme sous-section d’un ouvrage plus vaste, l’Histoire ancienne jusqu’à CĂ©sar, ouvrage relatant « à travers le parcours Troie-ÉnĂ©e-Rome-Italie » la translatio imperii. L’auteur de l’article Ă©tablit le stemma du texte Ă  partir des nombreux manuscrits disponibles qu’il dĂ©crit minutieusement, analysant chaque fois les variantes. Puis, Ă  partir de microlectures et de quelques Ă©tudes de cas patents d’erreur d’interprĂ©tation, il montre le premier volet du rapport entre Ovide et la littĂ©rature courtoise : certaines modifications du texte d’Ovide proviennent d’ « une sorte de court-circuit dĂ©clenchĂ© par quelques thĂšmes courtois rĂ©currents ». D’un coup de force des traducteurs en somme, qui transforment Ovide en troubadour, pour le dire vite. Vient ensuite le second volet de la dĂ©monstration : « les HĂ©roĂŻdes ovidiennes constituent le point de rĂ©fĂ©rence fondamental et incontournable pour toute Ă©criture Ă©pistolaire ». En tĂ©moigne notamment la seule Ă©pĂźtre de La Mort le roi Artu (vers 1230), billet Ă©crit par la dame d’Escalot, morte par amour pour Lancelot, aux chevaliers de la Table Ronde, exemple d’amour fou tout ovidien. D’autres exemples tirĂ©s du Roman de Tristan en prose (composĂ© aprĂšs 1240), du Livre d’Enanchet (milieu du xiiie siĂšcle) ou encore d’ YsaĂże le Triste (fin du xive siĂšcle) viennent Ă  l’appui de la dĂ©monstration. Cet article se veut aussi programme, puisqu’il signale des terres Ă  dĂ©fricher, des textes Ă  mettre en rapport.

16Dominique Demartini s’intĂ©resse au Tristan en prose (dĂ©but xiiie siĂšcle4), premiĂšre somme romanesque Ă  insĂ©rer une vĂ©ritable correspondance et non plus seulement des lettres isolĂ©es. Cette innovation tĂ©moigne d’un changement de statut de la lettre, en voie d’autonomisation. Jusqu’ici la lettre Ă©tait instrument d’intrigue ; elle devient morceau d’éloquence, moteur d’intrigue, miroir des styles et des formes du roman. Pour sa dĂ©monstration, l’auteur de l’article commence par Ă©voquer trois lettres insĂ©rĂ©es dans des romans antĂ©rieurs : lettre de Lavine Ă  Eneas dans l’Eneas, de Tristan Ă  Marc chez BĂ©roul, de la demoiselle d’Escalot dĂ©jĂ  Ă©voquĂ©e dans l’article prĂ©cĂ©dent. Ces trois lettres ont des fonctions informatives et dramatiques : sĂ©duire, convaincre ou dĂ©noncer. Elles sont fortement mises en scĂšne. Dans le Tristan en prose en revanche, la lettre s’affranchit de ses conditions d’envoi, de sa lecture, de son destinateur pour devenir vĂ©ritable substitut du corps de l’absent. Mais pas seulement. Elle devient Ă©galement un objet esthĂ©tique, qui suscite des jugements critiques. Si les lettres du Tristan respectent peu ou prou les prĂ©ceptes Ă©noncĂ©s dans l’ars dictaminis mĂ©diĂ©val, elles savent aussi jouer des codes, s’adapter au genre romanesque. Par exemple, l’absence de salut dans une lettre d’Iseut Ă  Tristan tĂ©moigne de l’urgence Ă  parler d’un personnage romanesque auquel on veut donner une cohĂ©rence psychologique et ce faisant, la lettre n’obĂ©it pas Ă  l’obligation du salut, Ă©noncĂ©e dans les rĂšgles de l’art Ă©pistolaire. Autres innovations du roman : les lettres interceptĂ©es et les « lecteurs indiscrets », comme les appelait Jean Rousset5. La lettre lue par plusieurs est donc interprĂ©tĂ©e par plusieurs. Il y a plus : elle se fait « mise en abyme de l’écriture romanesque ». C’est le dernier point que dĂ©veloppe Dominique Demartini. « Pas seulement parce qu’elle propose une mise en scĂšne du geste d’écrire qui rejoint celui du prosateur ; pas seulement non plus parce qu’elle est le brief, l’écrit minuscule dans lequel se mire l’immense Ă©crit qu’est le Tristan mais parce qu’elle est elle-mĂȘme un genre hybride, au croisement de diffĂ©rentes esthĂ©tiques ». « Elle rĂ©flĂ©chit la pluralitĂ© du projet poĂ©tique du Tristan. »

17Sabina Marinetti « dessine la physionomie des saluts de langue d’oc et rĂ©vĂšle les rapports Ă©troits de certaines piĂšces avec la poĂ©sie mĂ©dio-latine d’un Matthieu de VendĂŽme ou d’un Baudri de Bourgueil » (Sylvie LefĂšvre dans son introduction6)

18Estelle Doudet Ă©tudie la relation Ă©pistolaire chez les Grands RhĂ©toriqueurs, de 1460 Ă  1540. Avec ce dernier article, nous voici arrivĂ©s au seuil d’une pĂ©riode plus Ă©tudiĂ©e, plus familiĂšre aussi, celle des Ă©changes humanistes, en latin, mais aussi en langue vernaculaire. L’article revient sur le rĂŽle central jouĂ© par Étienne Pasquier Ă  la fin du xvie siĂšcle dans l’introduction, en français, de l’art de la correspondance familiĂšre, pour signaler un oubli critique : Ă  force de souligner la rupture introduite par Étienne Pasquier, on a nĂ©gligĂ© « l’important corpus des correspondances vernaculaires rĂ©alisĂ©es avant 1550 ». Cet article vient donc combler un manque, et nuancer une rupture, en grande partie construite par l’histoire littĂ©raire. Sont d’abord Ă©voquĂ©es les raisons de ce dĂ©veloppement de l’échange Ă©pistolaire entre Ă©crivains : dĂ©veloppement du rĂ©seau postal, Ă©volution du statut de l’écrivain, mode des Familiares de CicĂ©ron,  diffusion de SĂ©nĂšque... Puis les acteurs de cet Ă©change : des « écrivains professionnels attachĂ©s Ă  des administrations princiĂšres », que Paul Zumthor a nommĂ© les « Grands RhĂ©toriqueurs ». Souvent associĂ©es Ă  une « convention poĂ©tique », Ă  l’usage des vers et Ă  la rĂ©pĂ©tition de topoĂŻ, ces correspondances reprennent toutes « les mĂȘmes protestations de modestie, les mĂȘmes Ă©loges hyperboliques du correspondant, les mĂȘmes mĂ©taphores sur les noms propres des participants ». L’intĂ©rĂȘt de cet article est de montrer que cette convention poĂ©tique joue un rĂŽle dans l’affirmation du statut de l’écrivain ; par l’éloge, l’auctoritas se transfĂšre peu Ă  peu « du prince rĂ©vĂ©rĂ© au collĂšgue admiré ». «  La lettre de RhĂ©toriqueur n’est pas Ă©change de nouvelles. Elle vise Ă  la sacralisation de l’acte d’écrire et Ă  la circulation du “bruit“, de la gloire et du nouveau prestige dont jouissent les poĂštes au tournant des xve et xvie siĂšcles. » La production des Grands RhĂ©toriqueurs doit donc ĂȘtre réévaluĂ©e Ă  la lumiĂšre de deux apports majeurs : autonomisation du genre Ă©pistolaire qui devient pratique littĂ©raire Ă  part entiĂšre et affirmation d’un nouveau statut de l’auteur en langue vernaculaire.

19À l’issue de ce parcours toujours rigoureux et prĂ©cis - difficile d’accĂšs pour des non-spĂ©cialistes cependant-, le lecteur aura un bon aperçu de l’éventail des pratiques Ă©pistolaires au Moyen Âge, de la lettre diplomatique Ă  la lettre d’amour ovidienne. Il pourra mesurer le chemin parcouru par la lettre dans l’histoire littĂ©raire : inscription progressive dans le champ de la littĂ©rature en langue romane, au point de participer Ă  sa constitution ; autonomisation et prise de distance par rapport aux autres genres. Ce recueil offre aussi un panorama des mĂ©thodes du critique mĂ©diĂ©viste. Toute Ă©tude sur le Moyen Âge n’est pas seulement une Ă©cole de prudence et de modestie, elle peut aussi ĂȘtre une invitation Ă  tester la validitĂ© de propositions thĂ©oriques contemporaines, Ă  affiner les outils critiques disponibles, Ă  réévaluer les Ă©vidences de l’histoire littĂ©raire. Enfin, un certain nombre d’articles signale avec enthousiasme l’étendue de ce qu’il reste Ă  Ă©tudier, les terres encore en friche de la littĂ©rature en langue romane.