Acta fabula
ISSN 2115-8037

Volume 9, numéro 10
SĂ©bastien Baudoin et Élodie Saliceto

Paysages italiens

Guiseppe Sangirardi, Le paysage dans la littĂ©rature italienne, De Dante Ă  nos jours, Éditions universitaires de Dijon, collection « Écritures », Dijon, 2006.

1La floraison des opus sur le paysage en littĂ©rature et plus largement dans le cadre des sciences humaines est une preuve s’il en est de la fertilitĂ© de ce sujet, dont l’ouvrage publiĂ© rĂ©cemment aux presses universitaires de Dijon, Le paysage dans la littĂ©rature italienne, De Dante Ă  nos jours, sous la direction de Guiseppe Sangirardi, en est la confirmation. Alors que l’on pourrait aisĂ©ment se lasser d’une telle prolifĂ©ration, en pensant que le tour d’horizon des paysages a maintenant Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©, ce recueil d’articles nous prouve qu’il reste encore des territoires Ă  explorer, notamment dans la richesse de la littĂ©rature italienne.

2L’avant-propos de Guiseppe Sangirardi rappelle d’ailleurs combien est riche l’histoire de la thĂ©orisation du paysage, ayant pris rĂ©ellement son essor il y a peu, en 1994. Le paysage dans la littĂ©rature italienne entend bien se situer dans ce « mouvement d’histoire de la critique » et apporter sa pierre Ă  l’édifice du monument paysager. Depuis l’ouvrage fondateur de Michael Jakob1, la littĂ©rature critique italienne a subi un regain d’intĂ©rĂȘt en la matiĂšre, mettant en valeur une double dimension que reflĂštent les articles de ce volume collectif : « l’émergence d’une dialectique entre le mimĂ©tique et le symbolique comme constitutive de l’écriture du paysage – une dialectique oĂč l’instance symbolique semble occuper une position dominante ». La « refiguration » du paysage semble ĂȘtre la clĂ© de voĂ»te qui lie entre elles toutes ces Ă©tudes portant sur des Ɠuvres Ă©loignĂ©es, « de Dante Ă  nos jours ».

3L’ouvrage entre dans les paysages par l’angle thĂ©orique avec l’article d’HervĂ© Brunon, explorant « les textes littĂ©raires dans la panoplie mĂ©thodologique des histoires du paysage » en se fondant sur la distinction d’Erwin Panofsky entre « document » et « monument ». Paysage-objet ou paysage intĂ©grĂ© Ă  l’investigation sont les deux bornes entre lesquelles l’auteur se propose d’étudier les approches de certains historiens du paysage. Les visions objectives, celles de Roger Dion, tenant de la « gĂ©ographie historique française » ou d’Emilio Sereni, analysant les « transformations du paysage agricole » s’opposent Ă  celles de Pietro Camporesi et Simon Schama, abordant le paysage « sur le plan des perceptions ». L’inflexion vers la subjectivitĂ© et la littĂ©raritĂ© aboutit ainsi Ă  des « tentatives de thĂ©orisation » comme celle de Denis Cosgrove et sa mise en valeur des « superstructures » mais c’est l’influence des « reprĂ©sentations culturelles » sur le regard portĂ© sur le paysage qui tĂ©moigne le plus d’un changement d’optique, restituant « la part de l’esthĂ©tique » dans cette entreprise d’apprĂ©hension de l’espace, Ă  travers les Ă©crits de Joachim Ritter, Alain Roger et Rosario Assunto. HervĂ© Brunon aboutit alors Ă  la mise en valeur de « deux grandes orientations de recherche » concernant la thĂ©orie du paysage : le texte littĂ©raire Ă©tant pris comme le trajet menant d’un « signifiant » Ă  un « signifié » ou considĂ©rant au contraire le texte comme « signe » illustrant « les phĂ©nomĂšnes historiques » et y participant « pleinement ».

4Cette perspective thĂ©orique permet ainsi de replacer toutes les Ă©tudes qui suivent dans le spectre d’une double tendance au sein de laquelle ils se situent de maniĂšre chronologique. Ainsi, l’analyse du « rĂŽle de la figure de comparaison dans la description des paysages de la comĂ©die dantesque » par Nicolas Bonnet revient aux sources de la littĂ©rature italienne et de la place que le paysage y occupe en se concentrant sur l’évolution de la « comparaison topographique » comme mode d’écriture dantesque, aboutissant Ă  considĂ©rer « la derniĂšre cantica » de la ComĂ©die comme l’ultime Ă©tape d’une gradation du paysage vers « l’incomparable », qui fait de Dante « le paysagiste du pur intelligible ». La reprĂ©sentation du paysage est dĂ©jĂ  en renaissance chez cet auteur, rĂ©volution qui se poursuit dans « les Stances et l’OrphĂ©e d’Ange Politien » Ă©tudiĂ©es par Emilie SĂ©ris qui montre comment s’esquisse un chemin menant du « topos » au paysage, de la tradition sclĂ©rosĂ©e Ă  la modernitĂ© naissante. La « peinture vive », le « mouvement circulaire », l’usage du « clair-obscur », la technique du « sfumato » empruntĂ©e aux peintres et le jeu des « rĂ©sonnances » conduisent Ă  faire de sa poĂ©sie un mode de distanciation avec le paysage par le motif du « miroir » et de la « veduta », confirmĂ©s par la « signature » qui inscrit le poĂšte dans un « faber ». Le paysage s’y lit dans l’intermittence, figurant la « coexistence de deux modes de reprĂ©sentation, tantĂŽt par juxtaposition et tantĂŽt en perspective », dans un entre-deux poĂ©tique.

5D’un poĂšte Ă  l’autre, l’examen des « paysages et voyages dans la Vita de Vittorio Alfieri » par Christian del Vento dĂ©voile la complexitĂ© du rapport Ă  la nature et les strates rĂ©fĂ©rentielles qu’elle intĂšgre dans les paysages du poĂšte, combinant une « fonction politique » et une « fonction littĂ©raire » mais ouvrant aussi la voie Ă  un « paysage de l’ñme » qui enferme ce mĂȘme paysage sous la plume d’Alfieri et le rĂ©duit Ă  ĂȘtre « privĂ© d’une existence propre, autonome », cĂ©dant au « symbolique » sans avoir « quelque consistance physique que ce soit ». La poĂ©sie mĂ©tamorphoserait grandement le paysage en l’intĂ©grant aux circonvolutions de la plume, mais lorsqu’il s’agit de considĂ©rer l’espace italien et ses hauts lieux, le paysage se trouve perçu Ă  l’aune d’une succession d’auteurs comme un dĂ©gradĂ© de descriptions et d’impressions.

6Ainsi, Jean-Pierre Ferrini examine « la baie de Naples » sous l’angle proustien comme « nom, pays et paysage », accueillant la perception d’autres auteurs qui se cristallisent autour de ce lieu mythique oĂč se rĂ©alise la « fabrique de l’imaginaire ». Mme de StaĂ«l et Goethe placent dĂ©jĂ  le voyageur napolitain comme spectateur, faisant du paysage, en romantiques, « l’expression d’un sentiment ». C’est ce qui motive l’apparition, dans ce panthĂ©on, de la figure de LĂ©opardi qui transmue cette vision en « vitalitĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e », trouvant ses marques dans l’« écriture du paysage » par le poĂšte. Jean-Pierre Ferrini ouvre alors davantage la perspective initiĂ©e avec Proust en mĂ©ditant sur les vers d’un poĂšte contemporain, Jean-Paul Michel, dans un « retour de PompĂ©i » qui fait de la baie de Naples la « lointaine rĂ©miniscence d’un paradis » et continue la mĂ©tamorphose du paysage initiĂ©e par ses devanciers.

7Le gĂ©nie du lieu est ainsi un puissant moteur de la crĂ©ation des paysages et l’écriture lacustre n’échappe pas Ă  la rĂšgle, cristallisĂ©e autour « du lac de CĂŽme » et du « lac Majeur » dont Mariella Colin expose les rĂ©sonances paysagĂšres dans les Ɠuvres d’Alessandro Manzoni et Antonio Fogazzaro. Lieu oĂč se rĂ©fractent les Ă©pisodes de leur enfance, le lac « a Ă©tĂ© sĂ©mantisĂ© par leur vĂ©cu », se pliant aux dĂ©tours de l’intrigue romanesque, tantĂŽt « lacus terribilis » ou « lac idylle » et ne se conclut que par « la fin de l’idylle » : la fermeture au paysage est alors le reflet tourmentĂ© d’un Ă©tat de l’ñme, « uno stato dell’animo ». Mais si le paysage est investi par les sentiments, il peut aussi l’ĂȘtre par les convictions politiques, ce que tend Ă  montrer Laura Fournier-Finocchiaro en examinant les liens « entre poĂ©tique et politique » dans « le paysage italien » tel qu’il se trouve reprĂ©sentĂ© « dans la poĂ©sie de Carducci ». Bornes de la « nation », illustration de la « nature nationale », le paysage y est en rapport Ă©troit avec « la nation unifiĂ©e des cento città » : il y devient un instrument qui sert Ă  la « construction rhĂ©torique de la nation italienne » oĂč les « mythes » et « clichĂ©s » sont façonnĂ©s par une « inspiration patriotique ». La patrie inspire donc des Ă©lans poĂ©tiques muant le paysage en espace politisĂ© mais lorsque l’attention de l’écrivain italien se porte sur une plus petite portion de territoire, comme « la Toscane dans l’Alcyone de D’Annunzio », examinĂ©e par Viviana Agostini-Ouafi, la perspective change. Le paysage s’y fait tout intĂ©rieur en ce qu’il participe Ă  une stratĂ©gie de motivation mutuelle et entre en rĂ©sonance avec « la mĂ©moire de l’auteur », « figĂ©e » ou au contraire « mobile ». Examinant la Versilia, D’Annunzio procĂšde Ă  son « hellĂ©nisation » et y dĂ©cĂšle le « pouvoir mythopoĂŻĂ©tique » contenu au sein du paysage. « Composite », le paysage toscan qu’il façonne est mĂ©tamorphosé : « dans l’Alcyone, les paysages sont toujours transfigurĂ©s dans la dimension fantastique du rĂȘve, voire du mythe fabuleux ». Mais l’auteur n’en est pas pour autant effacĂ© du poĂšme puisqu’il y fait « une heureuse intrusion » pour mieux figurer l’arriĂšre-plan des convictions qui l’animent : « la GrĂšce Ă©tant le berceau de la poĂ©sie », la Toscane devient Ă  son image, « empreinte de culture hellĂ©nique » et creuset de la Renaissance italienne. DerriĂšre ces dĂ©placements esthĂ©tiques, le « je » poursuit une errance Ă  la recherche « d’une patrie latine perdue, Ă  reconquĂ©rir par la poĂ©sie ». Cette derniĂšre peut alors servir une quĂȘte via le paysage, mais aussi se faire le lieu d’une perte, comme celle rĂ©alisĂ©e par « le paysage « hiĂ©mal » dans la littĂ©rature symboliste » Ă  travers les motifs de « la Feuille », du « Blanc » et du « Silence ». Francesco Arru Ă©tudie ces aspects du paysage : la « stratĂ©gie du brouillage rĂ©fĂ©rentiel » entreprise par les Ă©crivains symbolistes fait du paysage hivernal « un cadre de la poĂ©sie » servant « la rĂȘverie de ce qui est absent ». « Lieu de l’absence », ce paysage est un Ă©cran translucide, « lieu esthĂ©tique » mais aussi « lieu de l’aveuglement » oĂč « silence », « substitutions » et opĂ©rations de « destructions » trahissent un « travail d’élimination » qui vise Ă  dĂ©truire le rĂ©alisme pour fonder une esthĂ©tique nouvelle sur des bases nouvelles. Ainsi, l’on n’est pas trĂšs Ă©loignĂ© de « la nature foudroyĂ©e » Ă©tudiĂ©e par Guiseppe Sangirardi percevant « le paysage comme icĂŽne de l’indicible dans Ossi di seppia de Montale ». Sur fond de « fracture des annĂ©es cinquante » rĂ©pudiant « l’aura romantique de la nature », l’expĂ©rience du paysage chez Montale est d’abord thĂ©orique, distinguant la poĂ©sie « reprĂ©sentative et interprĂ©tative » et la poĂ©sie « essentialiste », offrant deux voies possibles : « celle plus ‘picturale’ » et « celle plus ‘musicale’ ». Montale recherchant « une certaine unitĂ© des arts », le paysage qu’il dĂ©crit dans ses poĂ©sies est rĂ©gi par le « principe d’abstraction et d’ellipse » mais aussi par celui de la « synecdoque », fragmentant l’objet reprĂ©sentĂ©. Le paysage finit par se dissoudre dans l’expĂ©rience de l’enfance et « s’inscrit [
] dans la dimension intĂ©riorisĂ©e de la mĂ©moire » au miroir de « l’indiffĂ©renciation enfantine », voie d’approche de l’indicible. « DĂ©faits », « dĂ©litĂ©s », les paysages de Montale n’en rĂ©vĂšlent pas moins l’« instant irrĂ©ductible » comme une extase sublimante.

8On est bien loin de ces paysages Ă©thĂ©rĂ©s et absents dans ceux qui Ă©maillent la « littĂ©rature fantatique italienne du XXe siĂšcle » Ă©tudiĂ©s par Stefano Lazzarin entre « locus horridus » et « locus suspectus », preuve que le paysage peut accueillir les postulations les plus diverses. Ce genre codifiĂ© est alors examinĂ© dans ses caractĂ©ristiques paysagĂšres pour mieux aboutir aux Ɠuvres de Buzatti et du premier Landolfi : « escarpĂ© et sublime », le « paysage sinistre » s’y rĂ©vĂšle ĂȘtre un moyen utile pour crĂ©er l’effet de « suspense » indispensable au genre. La perspective diachronique se termine par le panorama succinct de la postĂ©ritĂ© des deux auteurs, aboutissant au constat de « l’absence de tout paysage sinistre » comme signe de dĂ©passement des topoĂŻ et « l’émergence de nouvelles formes plus ‘interstiticielles’ du fantastique ».

9Le paysage semble ainsi ne pas pouvoir se dĂ©partir du lieu, comme GĂȘnes et Rome dans la poĂ©sie de Caproni, exposĂ©s par les « Notes sur le paysage de Giorgio Caproni » de Michelle Nota : « rĂ©vĂ©lateur d’un monde opaque », le paysage capronien fait de « GĂȘnes » le « pĂŽle d’ancrage de [la] figuration poĂ©tique ». La « fragmentation » et « l’indĂ©termination » des premiers paysages du poĂšte conduisent Ă  l’apprĂ©hension d’un espace surdĂ©terminĂ© par l’évĂ©nement, affectif notamment, si bien que « l’intĂ©riorité » finit par se doubler d’une « sensorialité » marquant la « prĂ©sence fĂ©minine ». Le « moi » en retrait opĂšre une « distanciation » par rapport au monde, « distance psychologique » tĂ©moin d’un « sentiment Ăąpre de l’existence, qui affleure ici et là ». C’est que le paysage a de nombreuses accointances avec le sujet qui le contemple, ce que confirme l’étude d’Alain Sarrabayrouse qui examine les rapports entre « Personnage et paysage urbain dans Il padrone de Geoffredo Parise » en empruntant une grille de lecture berquienne. La « mĂ©diance » d’Augustin Berque permet ainsi Ă  l’auteur de montrer combien le personnage de Parise reproduit les diffĂ©rentes Ă©tapes dĂ©crites par le thĂ©oricien, invitant Ă  lire ses errances comme un parcours qui conduit de la « distanciation par rapport Ă  l’environnement symbolique », ici l’entreprise, Ă  la « distanciation du sujet par rapport Ă  lui-mĂȘme », miroir qui revient de la contemplation paysagĂšre, pour aboutir enfin Ă  un « retour volontaire et conscient de l’environnement symbolique », singuliĂšrement modifiĂ© par l’expĂ©rience de cet investissement rĂ©ciproque. Cette Ă©tude intĂ©ressante de l’application concrĂšte Ă  la littĂ©rature du concept de « trajection » berquienne permet de jeter une lumiĂšre rĂ©vĂ©latrice sur les enjeux du roman et des personnages qui le traversent selon la logique d’une « trajection personnagiĂšre » rĂ©alisĂ©e « jusqu’à sa phase finale ».

10Les deux derniers articles du recueil, en italien, cherchent respectivement Ă  retracer l’évolution postmoderniste dans la littĂ©rature italienne et Ă  analyser la poĂ©sie d’AndrĂ©a Zanzotto au miroir du paysage2. L’article de Pierluigi Pellini, « Paesaggi kitsch ? Gadda, Tondelli, Benni » (« Paysages kitsch ? Gadda, Tondelli, Benni ») s’attache Ă  retracer une Ă©volution, de Carlo Emilio Gadda Ă  Pier Vittorio Tondelli, dans l’optique de la constitution d’une esthĂ©tique « postmoderne » au vingtiĂšme siĂšcle. Cette esthĂ©tique se caractĂ©rise par une contamination gĂ©nĂ©rique – la « grande littĂ©rature » ne craint plus de recourir aux procĂ©dĂ©s populaires hĂ©tĂ©roclites du roman policier, du roman Ă  l’eau de rose ou bien du cinĂ©ma –, par le « retour de l’intrigue » et par une structure polyphonique. En ce qui concerne la reprĂ©sentation du paysage, les consĂ©quences en sont, chez Tondelli par exemple, l’élaboration d’un « panorama humain » subjectif et chaotique ; ce paysage traduit le triomphe du kitsch, dĂ©fini comme « un mauvais goĂ»t qui naĂźt de la dĂ©contextualisation systĂ©matique des Ă©lĂ©ments du tableau » (p. 196) – un style naĂŻf et trĂšs colorĂ©, privilĂ©giant l’impression de stupeur. Chez Gadda, nĂ©anmoins, prĂ©valait toujours une hiĂ©rarchie esthĂ©tique et axiologique : les descriptions kitsch Ă©taient Ă  visĂ©e satirique, jugĂ©es d’aprĂšs une norme de « Bon GoĂ»t » ; chez Tondelli, emblĂ©matique de l’ùre postmoderne, c’est la neutralitĂ© qui l’emporte, suspendant tout jugement de valeur. Le paysage balnĂ©aire de Rimini n’est plus alors qu’artifice stylisĂ©, illusion artistique et support d’une vĂ©ritable « mutation anthropologique » (p. 199), qui prend en compte les formes carnavalesques ambivalentes que peut revĂȘtir l’hĂ©donisme amĂ©ricanophile des annĂ©es 1980, plus ou moins transgressives. Dans les annĂ©es 1990, ensuite, avec Stefano Benni notamment, la virtuositĂ© stylistique finit par consacrer la « victoire » du divertissement purement euphorique que prĂ©figurait le Rimini de Tondelli, Ă©vacuant dĂ©finitivement toute signification contestataire.  

11Pour Irina Possamai, dans son article intitulĂ© « Vitalbe e topinambĂčr, metafore del paesaggio nella poesia di Andrea Zanzotto » (« ClĂ©matites des haies et topinambours, mĂ©taphores du paysage dans la poĂ©sie d’Andrea Zanzotto »), Andrea Zanzotto n’a de cesse, dans ses textes poĂ©tiques, de combiner recherche ontologique sur le paysage et recherche linguistique : l’auteur de cet article rappelle que le paysage est « l’essence noĂ©tique de sa langue poĂ©tique » (p. 207), car sa parole est enracinĂ©e dans un micro-territoire bien dĂ©fini (les collines de Pieve di Soligo), opĂ©rant avec lui une vĂ©ritable interaction dans une dialectique du rapprochement (souhaitĂ©) et de l’éloignement. Ses deux derniers recueils, Meteo (1996) et Sovrimpressioni (2001), convoquent les deux images oxymoriques de la clĂ©matite et du topinambour afin d’incarner une conception du paysage, Ă  la fois obscur et lumineux, menaçant et miraculeux. De telles figures florales rendent implicitement hommage Ă  Leopardi et Ă  Montale, rĂ©fĂ©rences de Zanzotto, tout en constituant le substrat d’un vĂ©ritable art poĂ©tique fondĂ© sur la mĂ©taphore et l’antithĂšse, qui recourt Ă©galement Ă  des jeux typographiques de mise en relief du signifiant. Ainsi le paysage manifeste-t-il chez Zanzotto les contradictions mĂȘmes d’une Ă©poque, traduites en mĂ©taphores poĂ©tiques et en une sorte de « contre-chant ».   

12Au fil de ces Ă©tudes, le souhait premier de Guiseppe Sangirardi, celui de « contribuer Ă  combler une lacune historiographique » dans le « mouvement d’histoire de la critique » du paysage en littĂ©rature semble ĂȘtre exaucĂ©. Nul doute que ce recueil d’articles ne fasse progresser la perception et l’analyse des paysages dans le champ littĂ©raire, en Ă©largissant son spectre au-delĂ  des bornes jusque-lĂ  circonscrites.