Paysages italiens
1La floraison des opus sur le paysage en littĂ©rature et plus largement dans le cadre des sciences humaines est une preuve sâil en est de la fertilitĂ© de ce sujet, dont lâouvrage publiĂ© rĂ©cemment aux presses universitaires de Dijon, Le paysage dans la littĂ©rature italienne, De Dante Ă nos jours, sous la direction de Guiseppe Sangirardi, en est la confirmation. Alors que lâon pourrait aisĂ©ment se lasser dâune telle prolifĂ©ration, en pensant que le tour dâhorizon des paysages a maintenant Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©, ce recueil dâarticles nous prouve quâil reste encore des territoires Ă explorer, notamment dans la richesse de la littĂ©rature italienne.
2Lâavant-propos de Guiseppe Sangirardi rappelle dâailleurs combien est riche lâhistoire de la thĂ©orisation du paysage, ayant pris rĂ©ellement son essor il y a peu, en 1994. Le paysage dans la littĂ©rature italienne entend bien se situer dans ce « mouvement dâhistoire de la critique » et apporter sa pierre Ă lâĂ©difice du monument paysager. Depuis lâouvrage fondateur de Michael Jakob1, la littĂ©rature critique italienne a subi un regain dâintĂ©rĂȘt en la matiĂšre, mettant en valeur une double dimension que reflĂštent les articles de ce volume collectif : « lâĂ©mergence dâune dialectique entre le mimĂ©tique et le symbolique comme constitutive de lâĂ©criture du paysage â une dialectique oĂč lâinstance symbolique semble occuper une position dominante ». La « refiguration » du paysage semble ĂȘtre la clĂ© de voĂ»te qui lie entre elles toutes ces Ă©tudes portant sur des Ćuvres Ă©loignĂ©es, « de Dante Ă nos jours ».
3Lâouvrage entre dans les paysages par lâangle thĂ©orique avec lâarticle dâHervĂ© Brunon, explorant « les textes littĂ©raires dans la panoplie mĂ©thodologique des histoires du paysage » en se fondant sur la distinction dâErwin Panofsky entre « document » et « monument ». Paysage-objet ou paysage intĂ©grĂ© Ă lâinvestigation sont les deux bornes entre lesquelles lâauteur se propose dâĂ©tudier les approches de certains historiens du paysage. Les visions objectives, celles de Roger Dion, tenant de la « gĂ©ographie historique française » ou dâEmilio Sereni, analysant les « transformations du paysage agricole » sâopposent Ă celles de Pietro Camporesi et Simon Schama, abordant le paysage « sur le plan des perceptions ». Lâinflexion vers la subjectivitĂ© et la littĂ©raritĂ© aboutit ainsi Ă des « tentatives de thĂ©orisation » comme celle de Denis Cosgrove et sa mise en valeur des « superstructures » mais câest lâinfluence des « reprĂ©sentations culturelles » sur le regard portĂ© sur le paysage qui tĂ©moigne le plus dâun changement dâoptique, restituant « la part de lâesthĂ©tique » dans cette entreprise dâapprĂ©hension de lâespace, Ă travers les Ă©crits de Joachim Ritter, Alain Roger et Rosario Assunto. HervĂ© Brunon aboutit alors Ă la mise en valeur de « deux grandes orientations de recherche » concernant la thĂ©orie du paysage : le texte littĂ©raire Ă©tant pris comme le trajet menant dâun « signifiant » Ă un « signifié » ou considĂ©rant au contraire le texte comme « signe » illustrant « les phĂ©nomĂšnes historiques » et y participant « pleinement ».
4Cette perspective thĂ©orique permet ainsi de replacer toutes les Ă©tudes qui suivent dans le spectre dâune double tendance au sein de laquelle ils se situent de maniĂšre chronologique. Ainsi, lâanalyse du « rĂŽle de la figure de comparaison dans la description des paysages de la comĂ©die dantesque » par Nicolas Bonnet revient aux sources de la littĂ©rature italienne et de la place que le paysage y occupe en se concentrant sur lâĂ©volution de la « comparaison topographique » comme mode dâĂ©criture dantesque, aboutissant Ă considĂ©rer « la derniĂšre cantica » de la ComĂ©die comme lâultime Ă©tape dâune gradation du paysage vers « lâincomparable », qui fait de Dante « le paysagiste du pur intelligible ». La reprĂ©sentation du paysage est dĂ©jĂ en renaissance chez cet auteur, rĂ©volution qui se poursuit dans « les Stances et lâOrphĂ©e dâAnge Politien » Ă©tudiĂ©es par Emilie SĂ©ris qui montre comment sâesquisse un chemin menant du « topos » au paysage, de la tradition sclĂ©rosĂ©e Ă la modernitĂ© naissante. La « peinture vive », le « mouvement circulaire », lâusage du « clair-obscur », la technique du « sfumato » empruntĂ©e aux peintres et le jeu des « rĂ©sonnances » conduisent Ă faire de sa poĂ©sie un mode de distanciation avec le paysage par le motif du « miroir » et de la « veduta », confirmĂ©s par la « signature » qui inscrit le poĂšte dans un « faber ». Le paysage sây lit dans lâintermittence, figurant la « coexistence de deux modes de reprĂ©sentation, tantĂŽt par juxtaposition et tantĂŽt en perspective », dans un entre-deux poĂ©tique.
5Dâun poĂšte Ă lâautre, lâexamen des « paysages et voyages dans la Vita de Vittorio Alfieri » par Christian del Vento dĂ©voile la complexitĂ© du rapport Ă la nature et les strates rĂ©fĂ©rentielles quâelle intĂšgre dans les paysages du poĂšte, combinant une « fonction politique » et une « fonction littĂ©raire » mais ouvrant aussi la voie Ă un « paysage de lâĂąme » qui enferme ce mĂȘme paysage sous la plume dâAlfieri et le rĂ©duit Ă ĂȘtre « privĂ© dâune existence propre, autonome », cĂ©dant au « symbolique » sans avoir « quelque consistance physique que ce soit ». La poĂ©sie mĂ©tamorphoserait grandement le paysage en lâintĂ©grant aux circonvolutions de la plume, mais lorsquâil sâagit de considĂ©rer lâespace italien et ses hauts lieux, le paysage se trouve perçu Ă lâaune dâune succession dâauteurs comme un dĂ©gradĂ© de descriptions et dâimpressions.
6Ainsi, Jean-Pierre Ferrini examine « la baie de Naples » sous lâangle proustien comme « nom, pays et paysage », accueillant la perception dâautres auteurs qui se cristallisent autour de ce lieu mythique oĂč se rĂ©alise la « fabrique de lâimaginaire ». Mme de StaĂ«l et Goethe placent dĂ©jĂ le voyageur napolitain comme spectateur, faisant du paysage, en romantiques, « lâexpression dâun sentiment ». Câest ce qui motive lâapparition, dans ce panthĂ©on, de la figure de LĂ©opardi qui transmue cette vision en « vitalitĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e », trouvant ses marques dans lâ« écriture du paysage » par le poĂšte. Jean-Pierre Ferrini ouvre alors davantage la perspective initiĂ©e avec Proust en mĂ©ditant sur les vers dâun poĂšte contemporain, Jean-Paul Michel, dans un « retour de PompĂ©i » qui fait de la baie de Naples la « lointaine rĂ©miniscence dâun paradis » et continue la mĂ©tamorphose du paysage initiĂ©e par ses devanciers.
7Le gĂ©nie du lieu est ainsi un puissant moteur de la crĂ©ation des paysages et lâĂ©criture lacustre nâĂ©chappe pas Ă la rĂšgle, cristallisĂ©e autour « du lac de CĂŽme » et du « lac Majeur » dont Mariella Colin expose les rĂ©sonances paysagĂšres dans les Ćuvres dâAlessandro Manzoni et Antonio Fogazzaro. Lieu oĂč se rĂ©fractent les Ă©pisodes de leur enfance, le lac « a Ă©tĂ© sĂ©mantisĂ© par leur vĂ©cu », se pliant aux dĂ©tours de lâintrigue romanesque, tantĂŽt « lacus terribilis » ou « lac idylle » et ne se conclut que par « la fin de lâidylle » : la fermeture au paysage est alors le reflet tourmentĂ© dâun Ă©tat de lâĂąme, « uno stato dellâanimo ». Mais si le paysage est investi par les sentiments, il peut aussi lâĂȘtre par les convictions politiques, ce que tend Ă montrer Laura Fournier-Finocchiaro en examinant les liens « entre poĂ©tique et politique » dans « le paysage italien » tel quâil se trouve reprĂ©sentĂ© « dans la poĂ©sie de Carducci ». Bornes de la « nation », illustration de la « nature nationale », le paysage y est en rapport Ă©troit avec « la nation unifiĂ©e des cento città  » : il y devient un instrument qui sert Ă la « construction rhĂ©torique de la nation italienne » oĂč les « mythes » et « clichĂ©s » sont façonnĂ©s par une « inspiration patriotique ». La patrie inspire donc des Ă©lans poĂ©tiques muant le paysage en espace politisĂ© mais lorsque lâattention de lâĂ©crivain italien se porte sur une plus petite portion de territoire, comme « la Toscane dans lâAlcyone de DâAnnunzio », examinĂ©e par Viviana Agostini-Ouafi, la perspective change. Le paysage sây fait tout intĂ©rieur en ce quâil participe Ă une stratĂ©gie de motivation mutuelle et entre en rĂ©sonance avec « la mĂ©moire de lâauteur », « figĂ©e » ou au contraire « mobile ». Examinant la Versilia, DâAnnunzio procĂšde Ă son « hellĂ©nisation » et y dĂ©cĂšle le « pouvoir mythopoĂŻĂ©tique » contenu au sein du paysage. « Composite », le paysage toscan quâil façonne est mĂ©tamorphosé : « dans lâAlcyone, les paysages sont toujours transfigurĂ©s dans la dimension fantastique du rĂȘve, voire du mythe fabuleux ». Mais lâauteur nâen est pas pour autant effacĂ© du poĂšme puisquâil y fait « une heureuse intrusion » pour mieux figurer lâarriĂšre-plan des convictions qui lâaniment : « la GrĂšce Ă©tant le berceau de la poĂ©sie », la Toscane devient Ă son image, « empreinte de culture hellĂ©nique » et creuset de la Renaissance italienne. DerriĂšre ces dĂ©placements esthĂ©tiques, le « je » poursuit une errance Ă la recherche « dâune patrie latine perdue, Ă reconquĂ©rir par la poĂ©sie ». Cette derniĂšre peut alors servir une quĂȘte via le paysage, mais aussi se faire le lieu dâune perte, comme celle rĂ©alisĂ©e par « le paysage « hiĂ©mal » dans la littĂ©rature symboliste » Ă travers les motifs de « la Feuille », du « Blanc » et du « Silence ». Francesco Arru Ă©tudie ces aspects du paysage : la « stratĂ©gie du brouillage rĂ©fĂ©rentiel » entreprise par les Ă©crivains symbolistes fait du paysage hivernal « un cadre de la poĂ©sie » servant « la rĂȘverie de ce qui est absent ». « Lieu de lâabsence », ce paysage est un Ă©cran translucide, « lieu esthĂ©tique » mais aussi « lieu de lâaveuglement » oĂč « silence », « substitutions » et opĂ©rations de « destructions » trahissent un « travail dâĂ©limination » qui vise Ă dĂ©truire le rĂ©alisme pour fonder une esthĂ©tique nouvelle sur des bases nouvelles. Ainsi, lâon nâest pas trĂšs Ă©loignĂ© de « la nature foudroyĂ©e » Ă©tudiĂ©e par Guiseppe Sangirardi percevant « le paysage comme icĂŽne de lâindicible dans Ossi di seppia de Montale ». Sur fond de « fracture des annĂ©es cinquante » rĂ©pudiant « lâaura romantique de la nature », lâexpĂ©rience du paysage chez Montale est dâabord thĂ©orique, distinguant la poĂ©sie « reprĂ©sentative et interprĂ©tative » et la poĂ©sie « essentialiste », offrant deux voies possibles : « celle plus âpicturaleâ » et « celle plus âmusicaleâ ». Montale recherchant « une certaine unitĂ© des arts », le paysage quâil dĂ©crit dans ses poĂ©sies est rĂ©gi par le « principe dâabstraction et dâellipse » mais aussi par celui de la « synecdoque », fragmentant lâobjet reprĂ©sentĂ©. Le paysage finit par se dissoudre dans lâexpĂ©rience de lâenfance et « sâinscrit [âŠ] dans la dimension intĂ©riorisĂ©e de la mĂ©moire » au miroir de « lâindiffĂ©renciation enfantine », voie dâapproche de lâindicible. « DĂ©faits », « dĂ©litĂ©s », les paysages de Montale nâen rĂ©vĂšlent pas moins lâ« instant irrĂ©ductible » comme une extase sublimante.
8On est bien loin de ces paysages Ă©thĂ©rĂ©s et absents dans ceux qui Ă©maillent la « littĂ©rature fantatique italienne du XXe siĂšcle » Ă©tudiĂ©s par Stefano Lazzarin entre « locus horridus » et « locus suspectus », preuve que le paysage peut accueillir les postulations les plus diverses. Ce genre codifiĂ© est alors examinĂ© dans ses caractĂ©ristiques paysagĂšres pour mieux aboutir aux Ćuvres de Buzatti et du premier Landolfi : « escarpĂ© et sublime », le « paysage sinistre » sây rĂ©vĂšle ĂȘtre un moyen utile pour crĂ©er lâeffet de « suspense » indispensable au genre. La perspective diachronique se termine par le panorama succinct de la postĂ©ritĂ© des deux auteurs, aboutissant au constat de « lâabsence de tout paysage sinistre » comme signe de dĂ©passement des topoĂŻ et « lâĂ©mergence de nouvelles formes plus âinterstiticiellesâ du fantastique ».
9Le paysage semble ainsi ne pas pouvoir se dĂ©partir du lieu, comme GĂȘnes et Rome dans la poĂ©sie de Caproni, exposĂ©s par les « Notes sur le paysage de Giorgio Caproni » de Michelle Nota : « rĂ©vĂ©lateur dâun monde opaque », le paysage capronien fait de « GĂȘnes » le « pĂŽle dâancrage de [la] figuration poĂ©tique ». La « fragmentation » et « lâindĂ©termination » des premiers paysages du poĂšte conduisent Ă lâapprĂ©hension dâun espace surdĂ©terminĂ© par lâĂ©vĂ©nement, affectif notamment, si bien que « lâintĂ©riorité » finit par se doubler dâune « sensorialité » marquant la « prĂ©sence fĂ©minine ». Le « moi » en retrait opĂšre une « distanciation » par rapport au monde, « distance psychologique » tĂ©moin dâun « sentiment Ăąpre de lâexistence, qui affleure ici et là  ». Câest que le paysage a de nombreuses accointances avec le sujet qui le contemple, ce que confirme lâĂ©tude dâAlain Sarrabayrouse qui examine les rapports entre « Personnage et paysage urbain dans Il padrone de Geoffredo Parise » en empruntant une grille de lecture berquienne. La « mĂ©diance » dâAugustin Berque permet ainsi Ă lâauteur de montrer combien le personnage de Parise reproduit les diffĂ©rentes Ă©tapes dĂ©crites par le thĂ©oricien, invitant Ă lire ses errances comme un parcours qui conduit de la « distanciation par rapport Ă lâenvironnement symbolique », ici lâentreprise, Ă la « distanciation du sujet par rapport Ă lui-mĂȘme », miroir qui revient de la contemplation paysagĂšre, pour aboutir enfin Ă un « retour volontaire et conscient de lâenvironnement symbolique », singuliĂšrement modifiĂ© par lâexpĂ©rience de cet investissement rĂ©ciproque. Cette Ă©tude intĂ©ressante de lâapplication concrĂšte Ă la littĂ©rature du concept de « trajection » berquienne permet de jeter une lumiĂšre rĂ©vĂ©latrice sur les enjeux du roman et des personnages qui le traversent selon la logique dâune « trajection personnagiĂšre » rĂ©alisĂ©e « jusquâĂ sa phase finale ».
10Les deux derniers articles du recueil, en italien, cherchent respectivement Ă retracer lâĂ©volution postmoderniste dans la littĂ©rature italienne et Ă analyser la poĂ©sie dâAndrĂ©a Zanzotto au miroir du paysage2. Lâarticle de Pierluigi Pellini, « Paesaggi kitsch ? Gadda, Tondelli, Benni » (« Paysages kitsch ? Gadda, Tondelli, Benni ») sâattache Ă retracer une Ă©volution, de Carlo Emilio Gadda Ă Pier Vittorio Tondelli, dans lâoptique de la constitution dâune esthĂ©tique « postmoderne » au vingtiĂšme siĂšcle. Cette esthĂ©tique se caractĂ©rise par une contamination gĂ©nĂ©rique â la « grande littĂ©rature » ne craint plus de recourir aux procĂ©dĂ©s populaires hĂ©tĂ©roclites du roman policier, du roman Ă lâeau de rose ou bien du cinĂ©ma â, par le « retour de lâintrigue » et par une structure polyphonique. En ce qui concerne la reprĂ©sentation du paysage, les consĂ©quences en sont, chez Tondelli par exemple, lâĂ©laboration dâun « panorama humain » subjectif et chaotique ; ce paysage traduit le triomphe du kitsch, dĂ©fini comme « un mauvais goĂ»t qui naĂźt de la dĂ©contextualisation systĂ©matique des Ă©lĂ©ments du tableau » (p. 196) â un style naĂŻf et trĂšs colorĂ©, privilĂ©giant lâimpression de stupeur. Chez Gadda, nĂ©anmoins, prĂ©valait toujours une hiĂ©rarchie esthĂ©tique et axiologique : les descriptions kitsch Ă©taient Ă visĂ©e satirique, jugĂ©es dâaprĂšs une norme de « Bon GoĂ»t » ; chez Tondelli, emblĂ©matique de lâĂšre postmoderne, câest la neutralitĂ© qui lâemporte, suspendant tout jugement de valeur. Le paysage balnĂ©aire de Rimini nâest plus alors quâartifice stylisĂ©, illusion artistique et support dâune vĂ©ritable « mutation anthropologique » (p. 199), qui prend en compte les formes carnavalesques ambivalentes que peut revĂȘtir lâhĂ©donisme amĂ©ricanophile des annĂ©es 1980, plus ou moins transgressives. Dans les annĂ©es 1990, ensuite, avec Stefano Benni notamment, la virtuositĂ© stylistique finit par consacrer la « victoire » du divertissement purement euphorique que prĂ©figurait le Rimini de Tondelli, Ă©vacuant dĂ©finitivement toute signification contestataire. Â
11Pour Irina Possamai, dans son article intitulĂ© « Vitalbe e topinambĂčr, metafore del paesaggio nella poesia di Andrea Zanzotto » (« ClĂ©matites des haies et topinambours, mĂ©taphores du paysage dans la poĂ©sie dâAndrea Zanzotto »), Andrea Zanzotto nâa de cesse, dans ses textes poĂ©tiques, de combiner recherche ontologique sur le paysage et recherche linguistique : lâauteur de cet article rappelle que le paysage est « lâessence noĂ©tique de sa langue poĂ©tique » (p. 207), car sa parole est enracinĂ©e dans un micro-territoire bien dĂ©fini (les collines de Pieve di Soligo), opĂ©rant avec lui une vĂ©ritable interaction dans une dialectique du rapprochement (souhaitĂ©) et de lâĂ©loignement. Ses deux derniers recueils, Meteo (1996) et Sovrimpressioni (2001), convoquent les deux images oxymoriques de la clĂ©matite et du topinambour afin dâincarner une conception du paysage, Ă la fois obscur et lumineux, menaçant et miraculeux. De telles figures florales rendent implicitement hommage Ă Leopardi et Ă Montale, rĂ©fĂ©rences de Zanzotto, tout en constituant le substrat dâun vĂ©ritable art poĂ©tique fondĂ© sur la mĂ©taphore et lâantithĂšse, qui recourt Ă©galement Ă des jeux typographiques de mise en relief du signifiant. Ainsi le paysage manifeste-t-il chez Zanzotto les contradictions mĂȘmes dâune Ă©poque, traduites en mĂ©taphores poĂ©tiques et en une sorte de « contre-chant ».  Â
12Au fil de ces Ă©tudes, le souhait premier de Guiseppe Sangirardi, celui de « contribuer Ă combler une lacune historiographique » dans le « mouvement dâhistoire de la critique » du paysage en littĂ©rature semble ĂȘtre exaucĂ©. Nul doute que ce recueil dâarticles ne fasse progresser la perception et lâanalyse des paysages dans le champ littĂ©raire, en Ă©largissant son spectre au-delĂ des bornes jusque-lĂ circonscrites.

