Acta fabula
ISSN 2115-8037

Volume 10, numéro 7
Suzanne Dumouchel

Perspectives de lecture et d’écriture : le mode mineur au XVIIIĂšme siĂšcle

Écrire en mineur au XVIIIe siĂšcle, Christelle Bahier-Porte et RĂ©gine Jomand-Baudry (dir.), Paris, DesjonquĂšres, 2009, 472p.

1Cet ouvrage est le fruit des rĂ©flexions menĂ©es lors du colloque international Écrire en mineur au xviiie siĂšcle : un art de la tension ?, qui s’est dĂ©roulĂ© en octobre 2007. L’objet du colloque Ă©tait de rĂ©flĂ©chir Ă  ce sous-ensemble de la production Ă©crite qu’est l’écriture en mode mineur. Au xviiie siĂšcle, le mineur, appelĂ© alors « bagatelle » ou « frivolité », dĂ©signe une modalitĂ© d’écriture hĂ©tĂ©rogĂšne qui recoupe bien des rĂ©alitĂ©s1. Une Ɠuvre est dite « mineure » en fonction de son appartenance gĂ©nĂ©rique mais Ă©galement de sa rĂ©ception. En outre les Ă©crivains qui pratiquent cette Ă©criture en mineur le font par choix ou par nĂ©cessitĂ©. Il s’agit donc de voir ce qui les y dĂ©termine. La plupart des contributions privilĂ©gient l’étude de l’écriture mineure, notamment lorsque celle-ci est choisie et assumĂ©e : « Il s’agit en effet [
] d’aborder le mineur du point de vue du crĂ©ateur : quel imaginaire du mineur a un Ă©crivain qui, dans le paysage littĂ©raire hiĂ©rarchisĂ© dont il hĂ©rite au xviiie siĂšcle, opte dĂ©libĂ©rĂ©ment pour le « petit », revendique d’ĂȘtre un nain en face des gĂ©ants, d’assumer en toute connaissance de cause la pĂ©joration qui affecte son Ă©criture, ce qui peut passer pour une conduite paradoxale. » (14). MalgrĂ© des objets d’étude trĂšs diffĂ©rents, les articles montrent que cette posture d’humilitĂ© est essentiellement un Ă©thos au service d’une volontĂ© critique porteuse d’une rĂ©flexion mĂ©ta-littĂ©raire sur le statut de l’écrivain, du public et des hiĂ©rarchies des genres.

2Les quatre parties de l’ouvrage offrent un panel diversifiĂ© et reprĂ©sentatif des pratiques mineures d’écriture. La premiĂšre partie DĂ©finitions, genres, styles constitue une approche essentiellement poĂ©tique de l’écriture en mineur tandis que la troisiĂšme Écrire en mineur : stratĂ©gies et polĂ©miques propose des contributions sur des genres variĂ©s qui problĂ©matisent la notion de mineur. Les deux autres parties S’écrire en mineur : le cas des « MĂ©moires » et L’écriture mineure en scĂšne s’intĂ©ressent plus particuliĂšrement Ă  un genre dĂ©jĂ  constituĂ© et Ă  ses manifestations mineures.

3Jean-Paul SERMAIN ouvre le volume par une contribution qui a le mĂ©rite d’étudier le mineur dans une perspective diachronique : « Penser et Ă©crire petit de Montaigne Ă  Rousseau». Le mineur est introduit Ă  partir de la catĂ©gorie du « petit » qui ne renvoie pas, au xviiie siĂšcle, Ă  l’importance de l’objet traitĂ© mais Ă  la façon de le traiter. Elle dĂ©signe, selon les cas, la simplicitĂ© et le naturel ou encore le frivole et le superficiel. MalgrĂ© une grande variĂ©tĂ© de pratiques d’écriture, le petit se caractĂ©rise par « sa poĂ©tique immanente » et par son absence revendiquĂ©e de mise en forme. Montaigne ou Marivaux (celui des Journaux) par exemple ne s’inscrivent pas dans un genre reconnu, ils ne cherchent pas non plus Ă  fonder un nouveau genre mais s’interrogent sur ce qui fonde le sĂ©rieux d’un texte contrairement Ă  La Fontaine ou Perrault, qui, malgrĂ© des intentions opposĂ©es, souhaitent rĂ©tablir ou crĂ©er un genre littĂ©raire. D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, le petit adopte un ton souvent dialogique et polĂ©mique Ă  propos de l’Ɠuvre elle-mĂȘme. Il reprĂ©sente « une seconde culture littĂ©raire à cĂŽtĂ© de ses produits acadĂ©miques et scolaires, canoniques et bien dessinĂ©s ».

4La communication suivante, « Saint-Hyacinthe : Ecrire la marge », reprend et dĂ©veloppe ce qu’a Ă©voquĂ© Jean-Paul SERMAIN Ă  propos des Modernes et de la catĂ©gorie du « petit ». AurĂ©lia GAILLARD rappelle que les Modernes se rĂ©clament de cette catĂ©gorie pour mieux s’opposer aux Grands de l’AntiquitĂ©. Elle s’appuie sur un ouvrage de Saint-Hyacinthe, publiĂ© en Hollande en 1714, Le Chef d’Ɠuvre d’un inconnu et montre comment sa lecture est perturbĂ©e par l’insertion de textes d’autres auteurs, d’annotations, de textes liminaires, de commentaires commentĂ©s, etc. De fait, le texte lui-mĂȘme perd de son intĂ©rĂȘt tandis que le vrai provient de ses marges. De ce constat, AurĂ©lia GAILLARD propose une dĂ©finition de l’écriture en mineur qui dĂ©signerait le fait de « prendre en compte ce qui est hors littĂ©rature », c’est-Ă -dire les nouveaux savoirs qui sont ainsi introduits Ă  la fiction non pas dans un souci didactique mais plutĂŽt pour enrichir les potentialitĂ©s de la fiction.

5Comme AurĂ©lia GAILLARD, MichĂšle BOKOBZA-KAHAN s’interroge sur ces textes composĂ©s de notes extrĂȘmement nombreuses, voire envahissantes. Elle se propose d’expliquer comment l’écriture en mineur permet une rĂ©flexion sur la fonction d’auteur : « L’auteur dans la fiction : inscription de la marginalitĂ© dans les notes (Le CompĂšre Mathieu de Dulaurens) ». La grande originalitĂ© du texte repose sur cet effacement de la figure de l’auteur dans le texte alors qu’elle est omniprĂ©sente dans les notes. Bien que MichĂšle BOKOBZA-KAHAN dĂ©nombre trois types de notes (prises en charge par le narrateur, par l’auteur ou « hybrides »), il s’avĂšre que l’effort de fiction rĂ©alisĂ© dans le texte et le premier type de notes sont dĂ©risoires Ă  cĂŽtĂ© des autres types de notes. De fait, le statut gĂ©nĂ©rique du texte pose question. Est-ce un essai, une fiction ou un ouvrage de polĂ©mique ? Cette indĂ©termination tĂ©moigne du refus, pour Dulaurens, de voir dans la figure auctoriale une figure d’autoritĂ©. Le choix de l’écriture en mode mineur est dĂ©terminĂ© par une dĂ©marche philosophique, celle de laisser au lecteur le soin de dĂ©finir ce qu’il lit et comment il souhaite le lire.

6Dans son article « De la valeur relative des Ɠuvres d’art : Marivaux et le droit du petit », EloĂŻse LIÈVRE s’interroge sur le processus de lĂ©gitimation des auteurs et des Ɠuvres, et notamment sur la notion de valeur Ă  partir des Journaux de Marivaux et de deux de ses Ɠuvres de jeunesse, Le Bilboquet et Pharsamon ou les nouvelles Folies romanesques. Ainsi, le narrateur du Spectateur Français observe que la valeur d’une Ɠuvre est dĂ©terminĂ©e par les conditions de publication mais surtout par le rĂ©seau auquel appartient l’auteur. EloĂŻse LIÈVRE en conclut que la valeur d’une Ɠuvre dĂ©pend de critĂšres sociologiques, normalement rĂ©servĂ©s Ă  l’homme. Les Ɠuvres littĂ©raires seraient donc critiquĂ©es en fonction de la hiĂ©rarchie sociale des auteurs. Marivaux dĂ©nonce cette pratique et propose de dĂ©terminer la qualitĂ© d’une Ɠuvre en fonction de critĂšres moraux, notamment celui de la maĂźtrise de l’amour-propre de l’auteur.

7Dans la communication suivante, l’attention est portĂ©e sur ce qui fait qu’un genre est appelĂ© « mineur ». Pour cela, Henri DURANTON s’intĂ©resse au genre du « ci-gĂźt » dans un article intitulĂ© « Ci-gĂźt un genre mineur ». A partir d’un corpus d’environ 160 textes qui contiennent l’expression « ci-gĂźt » entre 1715 et 1789, il observe que 105 d’entre eux commencent par ces mots. La premiĂšre partie de son exposĂ© consiste Ă  vĂ©rifier qu’il est possible de parler de « genre » pour les poĂšmes en « ci-gĂźt ». A ce sujet, il remarque qu’il existe suffisamment de traits communs Ă  ces textes pour en faire un genre littĂ©raire : Ils sont pour la plupart satiriques, prĂ©cisĂ©ment datĂ©s, anonymes, et sur la famille royale, etc. Il s’agit alors de comprendre pour quelles raisons ce genre est restĂ© inaperçu. Henri DURANTON Ă©met l’hypothĂšse que malgrĂ© son lien avec l’actualitĂ©, il est mĂ©prisĂ© par rapport aux autres grands genres qui en rendent compte, d’autant que sa forme a partie liĂ©e avec l’oralitĂ©. Enfin et surtout, c’est un genre qui n’a jamais fait l’objet de rĂ©flexions thĂ©oriques. De fait, Henri DURANTON conclut sur le fait que le ci-gĂźt est un genre mineur, non pas en nombre mais parce qu’il est restĂ© inaperçu pendant tout le siĂšcle.

8Avec la communication suivante, Elise PAVY Ă©largit la rĂ©flexion sur le mineur puisqu’elle l’envisage du point de vue de la rĂ©ception : « L’écriture en mode mineur d’un auteur majeur : Les Salons de Diderot ». En Ă©tudiant une Ɠuvre « mineure » de Diderot, Elise PAVY complexifie la notion de mineur puisque l’auteur, lui, ne l’est pas. Les Salons n’ont eu que peu de succĂšs Ă  leur parution mais cela est aussi dĂ» Ă  l’attitude de Diderot qui utilise un vocabulaire dĂ©prĂ©ciatif pour qualifier son Ɠuvre. Diderot ne sous-estime pas l’utilitĂ© d’un tel travail mais il n’a que peu d’estime pour un texte qui s’inspire beaucoup des conversations et qui n’a donc que peu de valeur d’un point de vue littĂ©raire. NĂ©anmoins, cette Ă©criture dialogique, typique de Diderot, permet un Ă©change et une Ă©mulation dans la critique des Ɠuvres d’art. Elise PAVY y voit la manifestation d’un « idĂ©al de participation collective », propre au xviiie siĂšcle et Ă  l’esprit encyclopĂ©dique, et notamment « une initiation de l’aristocratie Ă  un idĂ©al bourgeois »(97).

9Dans son article, « Les MĂ©moires de Madame de Staal-Delaunay et la tentation de l’insignifiance », Marc HERSANT s’attache Ă  dĂ©montrer que le mineur ne renvoie pas seulement Ă  des catĂ©gories gĂ©nĂ©rique ou esthĂ©tique. A partir de l’exemple des MĂ©moires de Mme de Staal, il montre que le mineur peut aussi ĂȘtre abordĂ© d’un point de vue existentiel, et il doit l’ĂȘtre dans ce cas. En effet, l’originalitĂ© de l’Ɠuvre de Mme de Staal tient Ă  la conscience qu’elle a de son insignifiance. Ses MĂ©moires se caractĂ©risent par l’absence complĂšte de tout public. L’Ɠuvre est auto-destinĂ©e et insiste sur le peu d’importance de la matiĂšre traitĂ©e ou rĂ©vĂ©lĂ©e. Or, si l’on retrouve des topoĂŻ du genre des MĂ©moires, Marc HERSANT nie la possibilitĂ© d’une Ă©criture topique en s’appuyant sur le sentiment de l’auteur d’avoir vĂ©cu en-dehors de sa condition sociale. Le ressenti de Mme de Staal a conduit Ă  l’écriture d’une Ɠuvre sans aucune prĂ©tention littĂ©raire ou historique. Selon Marc HERSANT, ce « je » moderne, dĂ©considĂ©rĂ© et insignifiant se rĂ©fugie dans l’Ɠuvre littĂ©raire, vĂ©cue comme espace de libertĂ©.

10AdĂ©laĂŻde CRON rĂ©utilise cet exemple dans sa communication sur les mĂ©moires fĂ©minins, « Mineur(e)s parmi les mineurs : la rhĂ©torique de la rĂ©ticence dans les mĂ©moires fĂ©minins ». Elle commence par distinguer deux types de mĂ©moires fĂ©minins : ceux qui sont rĂ©digĂ©s par des princesses royales et ceux rĂ©digĂ©s par des femmes proches d’une personnalitĂ© fĂ©minine historique. Ainsi, dans les deux cas, c’est le rapport Ă  l’histoire qui lĂ©gitime le fait que ces femmes prennent la plume. NĂ©anmoins, l’écriture fĂ©minine se caractĂ©rise Ă©galement par un rapport Ă  l’anecdote. Le dĂ©clin des valeurs guerriĂšres et hĂ©roĂŻques  valorise la sphĂšre privĂ©e et la sensibilitĂ© et rend possible les mĂ©moires fĂ©minins dĂšs la fin du xviie siĂšcle. Il s’agit alors pour AdĂ©laĂŻde CRON de rĂ©flĂ©chir aux procĂ©dĂ©s de lĂ©gitimation auxquels ont recours les femmes mĂ©morialistes. Dans l’ensemble, les femmes mĂ©morialistes expliquent leur dĂ©cision soit par leur innovation – il ne s’agit pas vraiment d’ĂȘtre utile ou intĂ©ressante mais au moins d’ĂȘtre singuliĂšre (Mme de la Guette) – soit par leur pouvoir sur une personnalitĂ© illustre – notamment dans le sens oĂč elles sont au courant de bien des choses (Mme de Caylus) – soit encore pour affirmer une libertĂ© d’auteur (Mme de Staal). Par ailleurs, les mĂ©morialistes fĂ©minins peinent Ă  trouver des rĂ©fĂ©rences lĂ©gitimant leur production. Les plus frĂ©quentes sont Montaigne et Rousseau, Ă  la toute fin du siĂšcle, mais ces rĂ©fĂ©rences sont en gĂ©nĂ©ral ambiguĂ«s, non entiĂšrement assumĂ©es. En somme, les mĂ©moires fĂ©minins reprennent et dĂ©veloppent les topoĂŻ des mĂ©moires traditionnels sans en crĂ©er de nouveaux. Pour les femmes mĂ©morialistes, la rĂ©daction des mĂ©moires a avant tout fonction de divertissement.

11Dans sa communication,  « Le soliloque d’un persifleur : le dĂ©voiement de la littĂ©rature majeure dans L’histoire de ma vie de Casanova », Cyril FRANCES s’intĂ©resse Ă  la fonction critique de la littĂ©rature mineure. Casanova, un personnage subalterne qui n’appartient Ă  aucun groupe, qu’il soit social ou littĂ©raire, produit une littĂ©rature tributaire de l’actualitĂ© malgrĂ© une dimension rĂ©flexive non nĂ©gligeable. Dans son autobiographie, il revendique un statut d’auteur mineur prĂ©occupĂ© par des considĂ©rations politiques et littĂ©raires. Il affiche une grande libertĂ© d’écriture et une lĂ©gĂšretĂ© dans le contenu comme dans la composition. MĂ©taphore théùtrale et persiflage sont constants dans son Ɠuvre mais dans un objectif spĂ©cifique : il s’agit d’exhiber la duplicitĂ© dont il fait preuve afin de dĂ©noncer celle de la sociĂ©tĂ©.  Selon Cyril FRANCES, Casanova prĂ©tend que « la littĂ©rature majeure n’est que le support d’une reprĂ©sentation idĂ©alisĂ©e et mensongĂšre que la bonne sociĂ©tĂ© se donne Ă  elle-mĂȘme. »(144). NĂ©anmoins, cette pratique de la dualitĂ© peut perdre le lecteur et l’empĂȘche – ce qui est paradoxal pour une autobiographie -  de reconstituer la figure de l’auteur.

12Charlotte SIMONIN se propose d’examiner le rapport au mineur d’une vingtaine d’écrivains fĂ©minins aujourd’hui reconnues comme majeures ou importantes dans son article « DeuxiĂšme sexe, deuxiĂšmes genres ? Femmes auteurs et genres mineurs ».  Ce rapport au mineur se vĂ©rifie dans le pĂ©ritexte, dans les notices biographiques qui leur sont consacrĂ©es aux xviiie et xixe siĂšcles, et dans leur capacitĂ© Ă  inventer de nouveaux genres mineurs, par exemple le drame bourgeois pour Graffigny, le théùtre d’éducation pour Mme de Genlis ou le magasin pour Mme Leprince de Beaumont. Dans le pĂ©ritexte d’abord, Charlotte SIMONIN met en Ă©vidence le recours Ă  une rhĂ©torique du doute et de la nĂ©gation qui minore l’Ɠuvre prĂ©sentĂ©e en mĂȘme temps qu’est dĂ©fendue cette pratique du mineur. Les notices biographiques insistent quant Ă  elles sur le fait que certains genres sont plus fĂ©minins que d’autres. Cet argument des genres sexuĂ©s permet aux critiques misogynes de reprocher Ă  Antoinette DeshouliĂšres le fait qu’elle Ă©crive des tragĂ©dies. Paradoxalement, les critiques philogynes utilisent Ă©galement cette idĂ©e pour valoriser les talents d’un Ă©crivain fĂ©minin : ainsi la sensibilitĂ© fĂ©minine serait plus propre Ă  crĂ©er de bons romans.

13L’article de Laurence SIEUZAC, « Romans-mĂ©moires de « filles » ou les tensions d’un mauvais genre » qui conclut la seconde partie du volume, Ă©tudie comment les romans-mĂ©moires des courtisanes et comĂ©diennes parodient les romans traditionnels et renouvellent le genre romanesque. Les caractĂ©ristiques de ces ouvrages (Ă©criture fĂ©minine et propos libertins) en font une littĂ©rature mineure, d’autant plus que les hĂ©roĂŻnes mises en scĂšne sont d’origine obscure. Ces romans-mĂ©moires s’apparentent plus Ă  des romans d’apprentissage qu’à des romans picaresques puisque l’on suit leur « ascension du trottoir au boudoir » (170). Les filles font figure d’hermĂ©neute cherchant Ă  dĂ©chiffrer le théùtre du monde qui les entoure. Cette prise de parole, a priori, fĂ©ministe est pourtant celle d’un homme qui Ă©crit. Laurence SIEUZAC parle d’une « poĂ©tique du renversement » oĂč l’homme, le client, est ridiculisĂ© et Ă©duquĂ© par la fille. Ces romans-mĂ©moires construits comme des fantaisies (par la multiplicitĂ© et la variĂ©tĂ© des scĂšnes) sont nĂ©anmoins balisĂ©s par une succession d’évĂ©nements rĂ©currents dans les ouvrages, ce que Laurence SIEUZAC appelle la poĂ©tique du verrou. Cette libertĂ© de la narration, toujours limitĂ©e par la prĂ©sence de topoĂŻ, introduit une dimension rĂ©flexive sur les pratiques d’écritures et sur le devenir du roman, et du genre.

14Pour Nicolas VEYSMAN, dans son article « Le public des minores », « il s’agit de savoir si le passage d’une conception poĂ©tique des belles-lettres Ă  une apprĂ©hension esthĂ©tique de la littĂ©rature est favorable ou non aux minores »(187). De fait, il rĂ©pond Ă  cette problĂ©matique en s’intĂ©ressant au public et Ă  la rĂ©ception de ces Ɠuvres mineures. L’Ɠuvre contient en elle-mĂȘme le public auquel elle est destinĂ©e. Contrairement au public normatif, le public des minores est un public fragmentĂ© sans cohĂ©sion qui ne rĂ©pond pas aux critĂšres des rĂšgles et valeurs littĂ©raires mais uniquement au critĂšre du goĂ»t. Selon Nicolas VEYSMAN, Ă©crire en mineur suppose un triple art de la tension : « d’abord tension thĂ©orique entre exclusion poĂ©tique et promotion esthĂ©tique, ensuite une tension identitaire et relationnelle entre soumission et rĂ©bellion du mineur Ă  l’égard du public, enfin une tension idĂ©ologique entre les diffĂ©rentes reprĂ©sentations que les minores se font du public » (187). Il constitue ainsi une typologie des diffĂ©rents publics mineurs qui va du « valet », le suiveur du goĂ»t du siĂšcle, Ă  l’ironiste dont la lecture est avant tout critique. Ces reprĂ©sentations du public, et de l’opinion publique, laissent une plus grande libertĂ© au lecteur. Par consĂ©quent, l’auteur est lui aussi plus libre et s’affranchit des codes poĂ©tiques. Nicolas VEYSMAN conclut sur la naissance d’un nouveau mode de participation Ă  l’opinion, diffĂ©rent de celui Ă©laborĂ© par la philosophie. Sa mise en place est progressive et n’aboutit qu’à la toute fin du siĂšcle lorsque le modĂšle philosophique entre en crise. Lorsque l’auteur n’est ni soumis ni maitre du public, on assiste Ă  un nouveau public, maĂźtre de ses opinions, et capable ou non d’adhĂ©rer aux propos qu’il lit : l’auteur est alors acteur de cette opinion publique au mĂȘme titre, finalement, que les autres membres la constituant. Le public devient alors un public moderne.

15Dans la communication suivante, « Pour une lecture majeure, Ă  propos des Dialogues de J-J. Rousseau », Jean-François PERRIN dĂ©montre la relativitĂ© de la notion d’Ɠuvre mineure dans le temps. Par exemple, le premier Dialogue de Rousseau a Ă©tĂ© lu comme une preuve de la folie de son auteur depuis le xviiie siĂšcle et jusqu’à il y a peu. Jean-François PERRIN retrace l’histoire de la rĂ©ception de cette Ɠuvre, mineure dĂšs sa parution et jugĂ©e telle encore longtemps aprĂšs. Deux courants se sont affrontĂ©s : Les partisans d’un Rousseau atteint de folie (largement majoritaire) et le second qui postule que le Dialogue enseigne une mĂ©thode de lecture et de comprĂ©hension des Ɠuvres grĂące au personnage du Français. Jean-François PERRIN dĂ©fend bien sĂ»r cette lecture et envisage le premier Dialogue comme une Ɠuvre majeure pour la bonne lecture des Ɠuvres de Rousseau. Il s’agit de « devenir le lecteur » d’une Ɠuvre, ainsi que le montrent les Dialogues, ce qui met en question la possibilitĂ© d’un lecteur majeur. De fait, certaines Ɠuvres peuvent changer de statut en fonction du champ socio-culturel. Finalement, c’est parce que le premier Dialogue a Ă©tĂ© jugĂ© de cette façon que cela a rendu visible la posture critique vis-Ă -vis d’un « lecteur majeur ».

16Catherine VOLPILHAC-AUGIER envisage le mineur dans les Ɠuvres de traduction littĂ©raire « Monnaie de cuivre, monnaie de singe : la traduction des Ɠuvres antiques, une Ă©criture mineure au xviiie siĂšcle ». La traduction peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme le « mode » mineur par excellence puisque l’auteur est condamnĂ© Ă  suivre ce qui a Ă©tĂ© Ă©crit. Mais selon Catherine VOLPILHAC-AUGIER, ce n’est pas la traduction qui souffre d’infĂ©rioritĂ© mais bien l’auteur. Au xviiie siĂšcle notamment, la qualitĂ© d’une traduction dĂ©pend non seulement de celui qui traduit mais surtout de celui qui a dĂ©jĂ  traduit. Le traducteur n’est pas rĂ©ellement comparĂ© Ă  l’auteur mais Ă  ses prĂ©dĂ©cesseurs. Ainsi on traduit HomĂšre en fonction de Mme Dacier et non du texte source. Dans certains cas, la traduction est simplement un exercice qui consiste Ă  briller. L’amateur de belles-lettres s’exerce pour le plaisir de vaincre les difficultĂ©s de la traduction. Cet exercice conduit parfois Ă  s’éloigner du texte source. C’est lĂ  que le principe d’imitation intervient : faire du neuf avec de l’ancien, crĂ©er au moyen de textes dĂ©jĂ  existants comme en tĂ©moignent les Ɠuvres de ChĂ©nier.

17Dans l’article « DĂ©sinvolture et subversion au xviiie siĂšcle : une Ă©criture en mineur ou une Ă©criture dans les marges ? », Catherine RAMOND s’interroge sur les postures paradoxales adoptĂ©es par les auteurs du dĂ©but du xviiie qui nient leur position d’auteur et revendiquent une Ă©criture du hasard et de l’occasion. Elle s’intĂ©resse entre autres aux narrateurs des Journaux de Marivaux, Ă  celui du Neveu de Rameau de Diderot ou encore du Cosmopolite ou le citoyen du monde de Fougeret de Monbron (1750). Selon elle, cette Ă©criture du mineur, essentiellement morale et philosophique, relĂšve d’une stratĂ©gie particuliĂšre : adopter un regard critique qui ne peut se constituer Ă  l’intĂ©rieur du monde et de la sociĂ©tĂ©. Les trois auteurs sĂ©lectionnĂ©s refusent d’enfermer leur Ɠuvre dans un genre ou de lui donner une certaine importance. Ainsi Fougeret de Monbron refuse de rattacher son Ɠuvre au genre du rĂ©cit de voyages. Quant au Neveu de Rameau, Diderot ne le mentionne ni dans ses lettres ni Ă  ses proches. Catherine RAMOND estime que cette attitude tĂ©moigne de la quĂȘte d’un espace de libertĂ©, d’une Ă©criture sans code qui n’est pas sans rappeler l’esthĂ©tique de Montaigne. Pour autant, lĂ  n’est pas le seul enjeu. Cette libertĂ© esthĂ©tique s’accompagne d’une libertĂ© du discours : les auteurs se sentent en effet plus libres de dire ce qu’ils pensent, loin des postures traditionnelles. L’écriture mineure est liĂ©e Ă  la parole critique, et ce d’autant plus que ces Ɠuvres refusent la conclusion ou l’aspect fini. Soit elles se terminent par des pirouettes verbales soit elles restent inachevĂ©es ce qui « serait ainsi l’ultime stratĂ©gie de l’écriture mineure pour Ă©chapper Ă  tout risque d’emprise et rester une source d’interrogation. »(237).

18Dans sa communication intitulĂ©e « L’auteur du Cochon mitré », Jean SGARD rĂ©flĂ©chit aux choix qui peuvent motiver un auteur Ă  Ă©crire en mode mineur. Il prend l’exemple de Chavigny de la BretonniĂšre, Ă©crivain rebelle de la fin des annĂ©es 1680, dont la vie a Ă©tĂ© rĂ©duite par les rigueurs de la prison. Tout chez lui renvoie au mineur : sa postĂ©ritĂ©, ses Ɠuvres et les genres choisis. Selon Jean SGARD, l’auteur du Cochon mitrĂ© a Ă©tĂ© dĂ©terminĂ© par un choix conjoncturel (exilĂ© en Hollande, il s’est soumis Ă  la demande des libraires), « un choix littĂ©raire liĂ© Ă  la querelle des anciens et des modernes, et enfin un choix politique : l’opposition dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  la monarchie de droit divin. » De fait, il privilĂ©gie naturellement les petits genres et une esthĂ©tique moderne. Il renie en effet les modĂšles traditionnels pour choisir des formes encore neuves proches de l’esprit du siĂšcle tels le dialogue, le conte, la littĂ©rature Ă©pistoliĂšre, les journaux. Il critique l’autoritĂ© politique et religieuse dans des bulletins politiques qui paraissent trois fois par semaine en France et en Hollande. Entre le pamphlet et le journalisme, Chavigny crĂ©e un genre critique mineur nouveau, prĂ©curseur de la presse d’opposition et de polĂ©mique qui se dĂ©veloppe Ă  la RĂ©volution.

19SpĂ©cialiste de la presse Ă  forme personnelle, Alexis LEVRIER montre dans son article « « Pures bagatelles que des feuilles » : Un combat paradoxal pour un nouveau journalisme » comment ces nouvelles feuilles transforment en profondeur le journalisme littĂ©raire malgrĂ© des pratiques fort diffĂ©rentes. Ces feuilles heurtent au dĂ©part le public d’érudit habituĂ© Ă  associer ouvrages imposants et ouvrages savants. Ces rĂ©actions ont Ă©tĂ© relayĂ©es par les auteurs de ces feuilles, ce qui conduit Alexis LEVRIER Ă  s’interroger sur l’éventuel manque d’ambition de ces auteurs ou sur une possible stratĂ©gie d’écriture de leur part. De fait, si les auteurs de ces pĂ©riodiques affichent leur volontĂ© d’écrire en mineur, les enjeux qui se cachent derriĂšre sont significatifs. Le narrateur de ces feuilles se caractĂ©rise par une humilitĂ© et une modestie trĂšs spĂ©cifique, n’hĂ©sitant pas Ă  avouer ses erreurs ou maladresses. Certains auteurs vont jusqu’à crĂ©er un narrateur en marge de la sociĂ©tĂ© comme le cĂ©lĂšbre Indigent philosophe de Marivaux. De fait, la critique de la sociĂ©tĂ© effectuĂ©e par les narrateurs est fondĂ©e sur les procĂ©dĂ©s de l’ironie et de l’antiphrase plus prĂ©cisĂ©ment, procĂ©dĂ©s dĂ©jĂ  caractĂ©ristiques du Spectator d’Addison et Steele. Comme l’avait Ă©voquĂ© Catherine RAMOND prĂ©cĂ©demment, cette Ă©criture en mineur laisse un plus grand espace de libertĂ© pour les auteurs et les autorise Ă  dire. Ils peuvent ainsi se dĂ©barrasser « des contraintes propres aux genres et aux formes littĂ©raires codifiĂ©es. » (259) et peuvent dĂ©velopper une critique plus ouverte et spontanĂ©e.

20Avec l’article suivant, nous abordons le « genre » des recueils d’anecdotes et de compilations, Ɠuvres mineures s’il en est. Sophie MARCHAND, dans son article « Le mĂ©tier d’anecdotier : l’inscription des recueils d’anecdotes dans le champ littĂ©raire » remarque que ces Ɠuvres ne sont pas mineures du point de vue de la rĂ©ception puisqu’elles ont eu beaucoup de succĂšs, mais d’un point de vue gĂ©nĂ©rique. De nombreux critiques de la seconde moitiĂ© du siĂšcle s’élĂšvent et protestent contre l’inutilitĂ© de ces recueils et leur absence de valeur littĂ©raire. Selon eux, si ces recueils sont aussi nombreux sur le marchĂ© c’est uniquement dans une optique commerciale : les imprimeurs cherchent le profit. Les critiques se posent ainsi en dĂ©fenseurs d’un public trop crĂ©dule qu’il convient de protĂ©ger. Mais Sophie MARCHAND Ă©tablit que la critique craint en rĂ©alitĂ© que ces ouvrages ne portent atteinte Ă  la qualitĂ© des Ɠuvres littĂ©raires, au statut de l’auteur et Ă  la valeur des belles-lettres. Les recueils d’anecdotes dĂ©valoriseraient l’activitĂ© littĂ©raire, d’autant plus que les anecdotiers ne font que peu de cas du « style », pourtant essentiel dans la composition d’une Ɠuvre littĂ©raire. Ceux-ci se prĂ©sentent d’ailleurs plus comme des Ă©rudits ou lexicographes que comme des originaux. Le titre d’auteur ne les intĂ©resse guĂšre, au contraire, ils sont plus prompts Ă  s’effacer de leur discours. En outre, l’anecdote trouve sa source dans l’oralitĂ©, le collectif. De nombreux recueils sont publiĂ©s « par une sociĂ©tĂ© de gens de lettres » et sans marque d’énonciation spĂ©cifique. Les lecteurs participent Ă  l’élaboration de ces recueils en amont comme en aval. La figure d’auteur est celle de l’amateur de lettres, non spĂ©cialiste, qui privilĂ©gie le goĂ»t aux rĂšgles poĂ©tiques. Le rĂŽle de ces ouvrages est plus d’établir un dialogue, de prendre conscience d’un goĂ»t, et donc d’une identitĂ©, collectifs que de chercher une Ă©ventuelle transmission culturelle. Les recueils d’anecdotes dĂ©ploient un espace public de la crĂ©ation et de la lecture, totalement opposĂ© Ă  la conception d’un « gĂ©nie singulier de l’auteur » (272). En somme cette Ă©criture mineure est au service d’une « conception majeure de l’acte de lecture »(273).

21Antony MC KENNA s’interroge sur le genre Ă©pistolaire dans son article « Pierre Bayle, un mineur en Ă©criture ? ». Il part du principe que Pierre Bayle choisit dĂ©libĂ©rĂ©ment d’écrire dans des genres mineurs dans une perspective assumĂ©e de mise en dĂ©bat des idĂ©es, qu’elles soient littĂ©raires, philosophiques ou religieuses. Il ne s’agit pas rĂ©ellement de convaincre le lecteur du bien-fondĂ© mais de lui donner les outils critiques pour qu’il arrive Ă  une conclusion personnelle. Pour Antony MC KENNA, cette attitude est celle de l’honnĂȘte homme et exprime les valeurs de la sociabilitĂ© que l’on retrouve dans le modĂšle de la conversation et du dialogue mondain.

22On retrouve Rousseau, mais le Rousseau « musicologue », avec l’article d’AmĂ©lie TISSOIRES « L’écriture mineure dans la Lettre d’un symphoniste de Rousseau : DĂ©nĂ©gation ou stratĂ©gie oratoire ? ». Si Rousseau accorde une rĂ©elle importance Ă  ses Ɠuvres consacrĂ©es Ă  la musique, AmĂ©lie TISSOIRES s’étonne qu’il renie ou dĂ©nigre constamment sa Lettre d’un symphoniste, rĂ©digĂ©e Ă  l’automne 1753, au cƓur de la querelle des Bouffons, d’autant que cette lettre est le premier indice du revirement de Rousseau pour la musique italienne. Cette lettre peut donc ĂȘtre qualifiĂ©e de « mineure » par rapport Ă  ses autres textes, aussi bien concernant la rĂ©ception que l’attitude de l’auteur envers son ouvrage. Alors mĂȘme que, pour Rousseau, Ă©crire est un acte important qu’il convient de prendre au sĂ©rieux, il semble trĂšs dĂ©sinvolte au sujet de sa lettre. Il s’agit donc pour AmĂ©lie TISSOIRES de dĂ©finir le mineur chez Rousseau en suivant deux axes : « la stratĂ©gie rhĂ©torique et le contre-exemple » (294). Le style de Rousseau dans cette lettre Ă©tonne au premier abord : anonyme, empreint d’ironie et de grotesque, la lettre est un vĂ©ritable pamphlet, bien Ă©loignĂ©e de ses pratiques habituelles. NĂ©anmoins, elle n’est pas sans rappeler son premier et dernier numĂ©ro du Persifleur, pĂ©riodique au style acerbe et ironique, mais lĂ  encore anonyme. Rousseau s’y peint de façon originale et non reconnaissable. Cette innovation stylistique permet Ă  Rousseau de jeter le discrĂ©dit sur ses adversaires par l’emploi d’arguments fallacieux et non pertinents. L’écriture en mineur lui offre Ă©galement la possibilitĂ© d’expĂ©rimenter une autre Ă©criture. A partir de lĂ , il est possible d’envisager cette lettre comme un contre-exemple littĂ©raire de la lettre suivante, plus classique, et assumĂ©e qu’est la Lettre sur la musique française. La Lettre d’un symphoniste devient le nĂ©gatif de la lettre future.  

23Dans l’article suivant « Les RĂ©flexions de La Font de Saint-Yenne, un « petit ouvrage » pour restaurer la « gloire de la nation » », il s’agit de comprendre comment cet ouvrage, publiĂ© en 1747, qui inaugure un genre nouveau et qui a provoquĂ© un vĂ©ritable dĂ©bat entre artistes et gens de lettres puisse ĂȘtre aussi mĂ©connu. Si Nausicaa DEWEZ parle de genre nouveau et de dĂ©bat, c’est que La Font a vĂ©ritablement adoptĂ© une attitude subversive en critiquant des Ɠuvres picturales alors qu’il n’était pas peintre. Il est d’ailleurs conscient de cette originalitĂ© et lĂ©gitime la critique d’art par l’idĂ©e que celle-ci est le fait d’un groupe. NĂ©anmoins, cette posture est plus une convention et le protĂšge des critiques. La Font se dĂ©fend et montre une attitude plutĂŽt humble dans sa brochure alors qu’il assume tout Ă  fait ses propos dans ses RĂ©flexions. Il a la conviction que la critique d’art doit devenir un genre Ă  part entiĂšre effectuĂ©e par des hommes de lettres compĂ©tents dans le domaine des arts mais non peintres. Il cherche à professionnaliser sa pratique et privilĂ©gie les peintres de son temps aux artistes du passĂ© afin d’amĂ©liorer plus rapidement les productions picturales. Finalement, La Font adopte une « posture citoyenne », trop en avance sur son temps ce qui pourrait expliquer le peu de postĂ©ritĂ© de l’ouvrage.

24Françoise RUBELIN introduit cette derniĂšre partie par un article sur les théùtres forains : « Du petit polichinelle au grand opĂ©ra : scĂ©nographie imaginaire des hiĂ©rarchies théùtrales sur les scĂšnes foraines ». Alors que les théùtres se disputent la prééminence au xviiie siĂšcle, les théùtres forains, mineurs bien sĂ»r, mettent en scĂšne des allĂ©gories des théùtres qu’il s’agit ici d’analyser afin de dĂ©terminer si celles-ci remettent en question la hiĂ©rarchie institutionnelle. Les allĂ©gories des théùtres tĂ©moignent de la hiĂ©rarchie qui existe entre les diffĂ©rentes scĂšnes. Elles reflĂštent sur un mode parodique les batailles entre théùtres et valorisent les théùtres forains. Françoise RUBELIN cite notamment l’exemple du prologue de l’AssemblĂ©e des Acteurs de Carolet et Pannard jouĂ© en 1737 dans lequel le théùtre de marionnettes attire les théùtres majeurs, c’est-Ă -dire leurs spectateurs. Selon les piĂšces, les allĂ©gories mises en scĂšne seront polies et simplement parodiques ou parfois violentes et acerbes. Les théùtres forains utilisent ces allĂ©gories pour rendre compte des attaques judiciaires dont ils font l’objet. Ils critiquent les mĂ©thodes fourbes et inĂ©gales des deux ComĂ©dies et montrent qu’ils ont le soutien de l’OpĂ©ra. NĂ©anmoins, ces allĂ©gories ne remettent pas en question la hiĂ©rarchie des théùtres. Il s’agit uniquement de revaloriser les petites scĂšnes sans chercher Ă  renverser les rapports de force. Les théùtres forains sont reprĂ©sentĂ©s par des allĂ©gories toujours de bonne humeur et sans mauvaise intention, contrairement Ă  la ComĂ©die-Française et la ComĂ©die-Italienne. Enfin cette « scĂ©nographie des hiĂ©rarchies », selon l’expression de Françoise RUBELIN, « convainc [
] que le suffrage du public peut Ă  sa maniĂšre renverser les classifications d’Aristote ; les piĂšces de noble genre parodiĂ©es par les théùtres mineurs attirent davantage de public, et le genre mĂȘme de la parodie se trouve ainsi valorisĂ©. » (332).

25Pour Marie-Emmanuelle PLAGNOL-DIEVAL, le théùtre de sociĂ©tĂ© a partie liĂ©e avec une esthĂ©tique du « petit », qu’il s’agisse des piĂšces reprĂ©sentĂ©es, du cadre dans lequel elles sont mises en scĂšne ou encore des auteurs dont la distraction est la principale motivation. Dans son article « Ecrire en mineur pour les auteurs de théùtre de sociĂ©té : obligation, volontĂ©, ou subterfuge ? », elle distingue le théùtre de sociĂ©tĂ© des autres théùtres mineurs, par sa rĂ©ception d’abord, mais aussi du fait de ses caractĂ©ristiques. Le rĂ©pertoire du théùtre de sociĂ©tĂ© s’inscrit dans la tradition du théùtre de collĂšge et dans celle des Ă©crits de Mme de Maintenon destinĂ©s Ă  Saint-Cyr. Ces deux traditions, bien que diffĂ©rentes, se rejoignent en ce qu’elles refusent le fait qu’elles sont des piĂšces de littĂ©rature. En outre, le rĂ©pertoire de ce théùtre est extrĂȘmement variĂ©. Tous les genres de piĂšces y sont reprĂ©sentĂ©s, des genres nobles au proverbe dramatique, genre dont Carmontelle s’est fait le chantre. Finalement, les piĂšces de ces théùtres sont « minimisĂ©es » par leurs auteurs, par la mise en scĂšne, et par le peu de publication, ou alors uniquement en circuit fermĂ© ce qui est paradoxal puisque les auteurs s’attachent Ă  publier leurs rĂ©flexions lorsqu’ils sont en fin de carriĂšre. Les rares para-textes de ces piĂšces tĂ©moignent de la conscience des auteurs de la spĂ©cificitĂ© de leur théùtre. Dans certains cas, les prĂ©faces sont absentes mais la rĂ©flexion mĂ©ta-textuelle figure dans le corps de la piĂšce. Paradoxalement, les auteurs assument difficilement les genres qu’ils pratiquent. Ils sont trĂšs critiques vis-Ă -vis de leurs piĂšces.  Marie-Emmanuelle PLAGNOL-DIEVAL explique cette contradiction « par la place ambigĂŒe qui est consentie aux auteurs et aux textes de théùtre de sociĂ©tĂ©.»(342). Les auteurs de théùtre de sociĂ©tĂ© revendiquent une Ă©criture mineure tout en ayant conscience des limites qui leur sont imposĂ©es, et qu’ils s’imposent aussi pour marquer les particularitĂ©s de ce type de théùtre.

26La communication de Jeanne-Marie HOSTIOU, « Le théùtre mineur d’une institution majeure : la production des comĂ©diens-poĂštes Ă  la ComĂ©die Française (1680-1743) » rend compte de la contradiction qui travaille les productions de la ComĂ©die Française. Les piĂšces rĂ©digĂ©es par les comĂ©diens-poĂštes, qui introduisent le plus souvent une piĂšce de plus grande envergure, relĂšvent le plus souvent Ă  des genres mineurs. Dans sa contribution, Jeanne-Marie HOSTIOU ne distingue pas le groupe des comĂ©diens-poĂštes malgrĂ© de nombreuses diffĂ©rences.  Elle rappelle nĂ©anmoins rapidement les nuances d’un comĂ©dien-poĂšte Ă  l’autre. Il y eut deux gĂ©nĂ©rations successives de comĂ©diens-poĂštes, certains Ă©taient essentiellement dramaturges, d’autres plutĂŽt acteurs, certains issus de lignĂ©es de comĂ©diens, d’autres ont commencĂ© plus tard leur carriĂšre dramatique. Enfin il est Ă©vident que les comĂ©diens-poĂštes ne produisaient pas tous autant de piĂšces. A travers les exemples de Philippe Poisson (comĂ©dien puis dramaturge) ou de Baron (d’abord dramaturge puis plutĂŽt comĂ©dien), Jeanne-Marie HOSTIOU nous montre que les deux carriĂšres Ă©taient souvent successives. Rares sont les comĂ©diens qui ont menĂ© les deux de front avec une Ă©gale conviction. ComparĂ©es aux productions majeures de la ComĂ©die-Française, les piĂšces des comĂ©diens poĂštes Ă©taient jouĂ©es plus longtemps. La grande majoritĂ© de ces piĂšces sont des comĂ©dies mais rĂ©digĂ©es en prose et extrĂȘmement brĂšves (un acte seulement). Les comĂ©diens-poĂštes privilĂ©gient les piĂšces liĂ©es Ă  l’actualitĂ© et doivent ĂȘtre prĂȘts Ă  tout moment Ă  rĂ©diger une piĂšce en cas de trou dans la programmation. Cette Ă©criture mineure est nĂ©cessaire Ă  la survie de la troupe et Ă  son dĂ©veloppement. De fait, leur production se distingue des piĂšces reprĂ©sentĂ©es Ă  la ComĂ©die- Française. Les comĂ©diens-poĂštes doivent attirer un public toujours plus important, ils s’inspirent pour cela de la production des théùtres mineurs et, de ce fait, mettent en crise les valeurs du théùtre de la ComĂ©die-Française. Le théùtre de ces comĂ©diens-poĂštes tĂ©moigne des difficultĂ©s pour la ComĂ©die-Française de fidĂ©liser un public rĂ©sident Ă  Paris et non plus Ă  la Cour. La politique de programmation de ce théùtre majeur, et son respect pour les valeurs et codes dramatiques, est donc travaillĂ©e de l’intĂ©rieur par la rĂ©daction, au pied levĂ©, de productions mineures par les comĂ©diens-poĂštes.

27À partir de l’analyse des textes de l’abbĂ© Pellegrin, Benjamin PINTIAUX met en Ă©vidence les spĂ©cificitĂ©s de cette Ă©criture mineure qu’est le livret d’opĂ©ra dans son article « « Faire le petit Pellegrin » : la manufacture de vers au dĂ©but du xviiie siĂšcle ». L’abbĂ© Pellegrin (1663-1745) Ă©crit la majeure partie de ses textes pour la musique (cantiques spirituels, piĂšces pour la Foire, livrets d’opĂ©ra). Si Benjamin PINTIAUX parle d’écriture mineure, ce n’est pas seulement d’un point de vue gĂ©nĂ©rique mais Ă©galement parce que le texte est situĂ© sous la musique. Il est subordonnĂ© Ă  la phrase musicale bien qu’il soit jugĂ© « majeur » dans les piĂšces de musiques. Quoi qu’il en soit, le livret est nĂ©cessairement mineur en ce qu’il a besoin de la musique pour ĂȘtre complet et achevĂ©. Pellegrin, auteur prolifique, se plie aux codes gĂ©nĂ©riques et ne cherche aucunement une quelconque originalitĂ©. Ses Ɠuvres sont constituĂ©es de clichĂ©s et s’inspirent des grands succĂšs prĂ©cĂ©dents. Le poĂšme lyrique, chez Pellegrin, est avant tout une forme de « paralittĂ©rature », d’aprĂšs la dĂ©finition donnĂ©e par Marielle MacĂ© (obligation des stĂ©rĂ©otypes, discrĂ©tion auctoriale, peu de « subversion gĂ©nĂ©rique »). D’ailleurs, Pellegrin se place sous l’égide de Corneille, Racine et Quinault dans ses PrĂ©faces et Avertissements. Il analyse ses textes en fonction des rĂšgles du théùtre classique tout en justifiant ses entorses par la destination musicale de ces textes. Le genre de la « tragĂ©die en musique » est polymorphe : il tient autant de la tragĂ©die que de l’opĂ©ra. Un livret d’opĂ©ra recouvre deux rĂ©alitĂ©s dramaturgiques : soit c’est une version mineure de la tragĂ©die classique soit c’est un vĂ©ritable opĂ©ra avec la dimension spectaculaire qu’il comporte. Pour mieux comprendre les nuances entre ces deux types d’Ɠuvres, et pour mettre un nom sur la production de Pellegrin, Benjamin PINTIAUX nous livre une analyse fouillĂ©e de la scĂšne de la mort d’Hippolyte dans la PhĂšdre de Racine et dans la tragĂ©die en musique Hippolyte et Aricie de Pellegrin. Il constate que Pellegrin respecte l’essentiel de la scĂšne racinienne et crĂ©e une version minorĂ©e de la tragĂ©die.

28Dans sa communication « La comĂ©die allĂ©gorique : un genre mineur en mode majeur », Martial POIRSON dĂ©montre le caractĂšre anti-dogmatique et Ă©minemment moderne de la comĂ©die allĂ©gorique. Pour cela, il prĂ©cise d’abord le sens donnĂ© Ă  la notion de genre mineur : Une Ɠuvre est Ă©tiquetĂ©e de cette façon soit par la rĂ©ception, soit lorsque les auteurs se placent dĂ©libĂ©rĂ©ment dans une marginalitĂ© littĂ©raire. Selon lui, trois niveaux de considĂ©rations permettent de parler de genre mineur : esthĂ©tique, sociologique, idĂ©ologique ou politique. Dans un deuxiĂšme temps, il met en Ă©vidence les caractĂ©ristiques de la comĂ©die allĂ©gorique, spĂ©cifiques d’un genre mineur. La comĂ©die allĂ©gorique est fondĂ©e sur la parodie des grands genres dramatiques existants et sur la satire de l’actualitĂ© sociale, politique mais aussi littĂ©raire dont elle s’inspire. Elle reprend des formes et figures canoniques du théùtre majeur mais, par un effet de torsion et de travestissement, elle met en crise les fondements de ce théùtre. De fait, la comĂ©die allĂ©gorique comporte une dimension mĂ©ta-théùtrale et autorĂ©flexive. Elle reflĂšte une certaine opinion des dĂ©bats du temps qu’elle met en scĂšne et parodie. Enfin, Martial POIRSON conclut sur l’idĂ©e que la comĂ©die allĂ©gorique remet en cause la notion de genre mineur par la constitution d’une « typologie poĂ©tico-idĂ©ologique des questions soulevĂ©es par la comĂ©die allĂ©gorique ». Il dĂ©finit ainsi trois types de comĂ©dies (d’actualitĂ©, mĂ©ta-esthĂ©tiques ou encore didactiques et propagandistes) qui font eux-mĂȘmes l’objet de sous-types. La comĂ©die allĂ©gorique se moque des pratiques dramaturgiques de son temps et critique l’actualitĂ© tout en laissant au public le soin de juger de la reprĂ©sentation.

29On reste dans la parodie avec la communication de Judith LE BLANC, mais cette fois dans le registre lyrique puisqu’il s’agit de considĂ©rer « L’OpĂ©ra en mineur, le cas de Fuzelier et de l’autoparodie ». Fuzelier pratique la parodie, et notamment la parodie d’opĂ©ra avec une grande constance tout au long de sa vie. Il rĂ©dige des textes destinĂ©s Ă  ĂȘtre chantĂ©s sur des mĂ©lodies dĂ©jĂ  existantes. NĂ©anmoins son originalitĂ© rĂ©side plutĂŽt dans sa facultĂ© Ă  pratiquer l’autoparodie et l’autocritique. C’est un des rares auteurs Ă  critiquer ses propres piĂšces dans de nouvelles. C’est d’ailleurs ce qui attire l’attention de Judith LE BLANC qui s’interroge sur « la valeur de cette stratĂ©gie autorĂ©fĂ©rentielle et de ses diffĂ©rents avatars dans ce corpus d’auto-parodies d’opĂ©ra » et qui, pour cela, est amenĂ©e Ă  envisager ce qui distingue la parodie de la critique. La plupart des auto-parodies de Fuzelier sont des critiques de Ballets. La parodie permet Ă  Fuzelier de faire la publicitĂ© de ses autres piĂšces mais aussi de s’excuser ou de renouveler l’intĂ©rĂȘt du public pour une de ses productions, comme c’est le cas pour son opĂ©ra Arion, Ɠuvre dont il se moque dans le prologue de La Coupe enchantĂ©e (1714). L’auto-critique n’est pas forcĂ©ment bien considĂ©rĂ©e Ă  l’époque. Fuzelier n’assume pas la totalitĂ© de ses auto-parodies. Certaines restent anonymes, d’autant plus qu’il arrive que ses auto-parodies soient jouĂ©es sur les théùtres forains en mĂȘme temps que leur modĂšle est jouĂ© Ă  la ComĂ©die. Il adapte ses productions, auto-critique, auto-parodie et piĂšce source en fonction du théùtre sur lequel elles sont jouĂ©es. Critique et parodie recouvrent des rĂ©alitĂ©s trĂšs proches dans la premiĂšre moitiĂ© du xviiie siĂšcle mĂȘme si finalement la parodie contient essentiellement une part de critique tandis que la critique peut ne pas ĂȘtre parodique. Fuzelier a recourt aux deux pratiques : Selon que sa piĂšce a Ă©tĂ© un succĂšs et qu’il veut le rappeler au public, il fera une auto-parodie. Dans le cas contraire, il donnera son auto-critique pour s’excuser et distraire tout de mĂȘme son public. Tout dĂ©pend de la rĂ©ception de la piĂšce source mais Ă©galement du théùtre auquel la piĂšce secondaire est destinĂ©e.

30Le volume se termine sur la communication d’Isabelle DEGAUQUE, « La parodie, une Ă©criture de la tension : Exemple de la querelle des Mariamnes », qui propose une dĂ©finition de cette Ă©criture mineure qu’est la parodie. Dans les annĂ©es 1720, de nombreuses piĂšces paraissent sur la scĂšne de la ComĂ©die-Française avec pour personnage Ă©ponyme, Mariamne, ce qui occasionne une querelle entre les auteurs dramatiques d’une part mais aussi entre les auteurs de parodies, qui s’inspirent de la premiĂšre querelle. Cette querelle des Mariamne illustre Ă  quel point la parodie dramatique se dĂ©finit comme une Ă©criture de la rĂ©action et de la tension. Les parodies dramatiques rĂ©duisent, voire dĂ©pouillent les piĂšces sources, ce qui amĂšne Isabelle DEGAUQUE Ă  Ă©mettre l’hypothĂšse qu’écrire en mineur pourrait dĂ©signer une Ă©criture simplifiĂ©e Ă  l’excĂšs. Curieusement, dans cette querelle, les nombreuses parodies mises en scĂšne ne semblent pas avoir influencĂ©es les auteurs classiques. Ainsi, Voltaire remanie sa piĂšce en tenant compte des attentes du public mais reste manifestement sourd aux critiques parodiques. Avant tout, les auteurs de parodies (ici Fuzelier, Piron, Biancolelli) cherchent une connivence avec le public sans esprit de sĂ©rieux et sans attendre un amendement des auteurs2. Leurs parodies ont au moins l’avantage de permettre une Ă©tude oblique de la rĂ©ception des Ɠuvres dramatiques de l’époque, et notamment celle de Voltaire. La parodie dramatique au xviiie siĂšcle se caractĂ©rise par une tonalitĂ© polĂ©mique qui plait beaucoup au public sans pour autant juger de façon savante le respect ou non des rĂšgles dramatiques.

31Pour conclure sur ce volume trĂšs riche, il semble que l’écriture en mode mineure dĂ©signe essentiellement une originalitĂ© et une libertĂ© d’écriture pour l’auteur ou, Ă  l’inverse, le fait que l’auteur reste dans des limites codifiĂ©es sans crĂ©ation personnelle. Le choix mais finalement aussi la nĂ©cessitĂ© de l’écriture en mode mineur s’accompagne quasiment systĂ©matiquement d’une rĂ©flexion mĂ©ta-littĂ©raire et souvent rĂ©flexive, en mĂȘme temps que l’auteur tĂ©moigne d’une conscience d’auteur, assumĂ©e ou rejetĂ©e, extrĂȘmement forte. Nous avons pu voir que cette Ă©criture en mineur recouvre des rĂ©alitĂ©s totalement diffĂ©rentes (gĂ©nĂ©riques, stylistiques, sociales, etc
). Les auteurs qui Ă©crivent en mineur sont aussi bien les grands Ă©crivains du siĂšcle (Marivaux, Rousseau, Diderot
) que des minoritĂ©s (les femmes), ou d’illustres inconnus et marginaux. Pour autant, chacun de ces auteurs semble avoir cherchĂ© Ă  dĂ©limiter son espace de rĂ©ception, ce qui pourrait ĂȘtre une caractĂ©ristique de la littĂ©rature mineure, comme le fait qu’elle soit liĂ©e avec une certaine actualitĂ©. L’écriture mineure serait donc une Ă©criture de la tension et de la rĂ©action. Finalement, l’ensemble des contributions du volume a permis de dĂ©gager des pistes -dĂ©jĂ  bien balisĂ©es par les contributions elles-mĂȘmes, pour l’étude de l’écriture en mineur. Par leur diversitĂ© et leur qualitĂ©, ces articles prĂ©cisent la notion de « mineur » avec tous les enjeux qu’elle suppose en mĂȘme temps qu’ils nous donnent Ă  voir la littĂ©rature majeure sous un angle de vue inhabituel mais non sans perspective.