Ce qui fait figure dans le mythe
1« Le mythe est le rien qui est tout ». Ce vers de Fernando Pessoa, tirĂ© du poĂšme « Ulysse » (Mensagem, 1934), pourrait, en raison de la parfaite synthĂšse, ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un SĂ©same, ouvre-toi dans les Ă©tudes des mythes en littĂ©rature. Il en est ainsi chez Pierre Brunel, qui lâutilise comme exergue Ă son incontournable Mythocritique â ThĂ©orie et parcours (PUF, coll. « Ăcriture », 1992). Plus tard, dans le texte lui-mĂȘme de son livre, le comparatiste y fait rĂ©fĂ©rence Ă nouveau (p. 62-63), tout en rappelant la mise en valeur par Roman Jakobson des oxymores dialectiques du grand poĂšte du Portugal. Pierre Brunel en conclura ensuite quâ« ainsi rĂ©duit Ă un oxymoron [dans le vers de Pessoa], le mythe pourrait ĂȘtre candidat Ă la fonction dâĂ©lĂ©ment structurant dans le texte ». Dans la prĂ©face Ă lâĂ©dition brĂ©silienne du Dictionnaire des mythes littĂ©raires dirigĂ© par le mĂȘme Pierre Brunel (Ăditions du Rocher, 1988), Nicolau Sevcenko nâhĂ©site pas Ă reproduire intĂ©gralement le poĂšme de Pessoa (JosĂ© Olympio, 1997, p. XXI), en suggĂ©rant de la sorte son Ă©rection en pierre de touche pour apprĂ©cier ce qui sera traitĂ© dans lâouvrage. Lâun des contributeurs du volume ici en question ne se dĂ©fend pas non plus de rappeler ce rien qui est tout : or le mythe renvoie toujours Ă une ambiguĂŻtĂ© constitutive, ce qui rend encore plus passionnante toute approche critique. Ce Figures mythiques â Fabrique et mĂ©tamorphoses en est un exemple.
2Il sâagit du rĂ©sultat dâun sĂ©minaire organisĂ© par le Centre de Recherches sur les LittĂ©ratures Modernes et Contemporaines de lâUniversitĂ© Blaise Pascal Ă la Maison des Sciences de lâHomme de Clermont-Ferrand, qui avait mis Ă lâhonneur la « figure mythique ». La diffĂ©rence entre mythe tout court et mythe littĂ©raire (si tout mythe nâest pas en fin de comptes « littĂ©raire », car porteur de la trace dâun agencement narratif), entre le mythe et le thĂšme ou entre celui-ci et le motif ont toujours donnĂ© du fil Ă retordre dans les Ă©tudes de mythocritique. On a souvent confondu aussi « mythe » et « figure mythique », et câest lĂ quâintervient le travail rĂ©alisĂ© par les chercheurs dudit centre.
3VĂ©ronique LĂ©onard-Roques signe lâavant-propos (p. 9-21) et le prĂ©ambule (p. 25-48). Dans le premier, tout en cherchant Ă circonscrire la figure mythique Ă partir des Ă©lĂ©ments constitutifs du concept de « figure » (elle nous rappellera lâĂ©tude de ses acceptions dans lâAntiquitĂ© paĂŻenne par Erich Auerbach), LĂ©onard-Roques en vient Ă souligner « la plasticitĂ© et le dynamisme de la figure mythique » que les prĂ©cisions lexicologiques Ă elles seules dĂ©jĂ , « aident Ă penser » (p. 15). La figure mythique est « forme » et « personnage » Ă la fois. Ledit syntagme tire son sens gĂ©nĂ©ral de « forme » de celui du mot latin figura au IXe siĂšcle et son sens plus spĂ©cialisĂ© de « personnage » de lâemploi rĂ©current du mĂȘme vocable latin en tant que « cas exemplaire ». En ce qui concerne cette spĂ©cialisation travaillant Ă lâintĂ©rieur du syntagme, elle ne va pas sans complications, car la notion de « personnage » â celui-ci devant ĂȘtre pris « au double sens dâimage de la personne humaine (ou de personnification dâune crĂ©ature non-humaine) et de construction textuelle dâun rĂŽle actanciel » (p. 12) â ne peut pas ĂȘtre confondu entiĂšrement avec celle de « figure mythique ». LĂ©onard-Roques procĂšdera donc, cette fois dans le prĂ©ambule, Ă une dĂ©marcation entre « figure mythique » et « personnage » :
Des confusions sont souvent commises entre figure mythique et personnage-source de cette figure (ou personnage inspirateur qui fait office dâhypothĂ©tique premiĂšre occurrence repĂ©rable). Lorsque lâon parle de telle ou telle figue mythique (la figure dâĆdipe, la figure de CaĂŻn, la figure de lâogreâŠ), lâemploi du singulier et de lâarticle dĂ©fini borne la figure, met lâaccent sur ses contours et sur ses contraintes fonctionnelles (câest-Ă -dire sur ses Ă©lĂ©ments structurels).
Or une figure mythique ne saurait se rĂ©duire Ă un seul personnage, quoique, liĂ© Ă un scĂ©nario ou tout au moins Ă une image, le hĂ©ros qui contribue Ă lui donner naissance se caractĂ©rise souvent dĂ©jĂ par un nom prĂ©cis, un certain nombre de traits particuliers et dâoppositions structurales. LâunicitĂ© que suggĂšre le nom propre ne doit pas non plus nous induire en erreur. Certes, la figure mythique peut ĂȘtre identifiĂ©e par un nom qui fixe la rĂ©fĂ©rence (MĂ©dĂ©e, Ăve, LoreleiâŠ) et qui fonctionne alors Ă la maniĂšre de que Saul Kripke appelle un « dĂ©signateur rigide », câest-Ă -dire une expression qui, « dans tous les mondes possibles » (les diffĂ©rentes versions ou actualisations), renvoie au mĂȘme rĂ©fĂ©rent (lâimage ou le scĂ©nario considĂ©rĂ©s comme fondateurs, fondamentaux ou dominants). Mais les avatars du personnage initial (pour autant quâon puisse y avoir accĂšs), tout en rĂ©fĂ©rant Ă lui, sâen distinguent (certains traits ou motifs peuvent ĂȘtre occultĂ©s, transformĂ©s, inversĂ©s). La figure mythique est en fait la somme jamais close de ses incarnations. Il sâagit dâun ensemble au sens mathĂ©matique du terme, un ensemble qui ne se contient pas lui-mĂȘme, Ă la clĂŽture impossible. (p. 25-26)    Â
4Une dĂ©marcation entre « figure mythique » et « mythe » est proposĂ©e aussi dans le texte. La premiĂšre nâest pas aussi fermĂ©e que le deuxiĂšme. Si celui-ci, en tant que « rĂ©cit » (signification traditionnelle du mythe dans le champ des sciences humaines, aussi bien chez les historiens des religions que chez les critiques littĂ©raires), a besoin dâun scĂ©nario concentrĂ© dont dĂ©pendent les actions du hĂ©ros, on ne devrait parler de « figure mythique » que dans tout au plus deux cas spĂ©cifiques : dâabord, quand le chercheur relĂšve la prĂ©sence dâun seul Ă©pisode ou dâune seule image (« on a affaire Ă une figure mythique lorsquâun Ă©pisode seulement ou une image unique sont attachĂ©s Ă un personnage ambivalent, non statique, de tels Ă©lĂ©ments constituant alors des embrayeurs de rĂ©cits, de scĂ©narios », p.43), et ensuite, lorsque nous sommes confrontĂ©s Ă une « matiĂšre politico-hĂ©roĂŻque » (songeons Ă Louis XIV et NapolĂ©on, personnages historiques transmuĂ©s en figures mythiques). Dans ce dernier cas, la production de mythĂšmes originaux et dâun rĂ©cit propre font dĂ©faut. LĂ©onard-Roques avait passĂ© antĂ©rieurement en revue la question du hĂ©ros prĂ©-littĂ©raire (inspirateur de la figure mythique), les diffĂ©rences entre mythe « littĂ©rarisé » et mythe « littĂ©raire », ainsi que celles que la « figure mythique » entretient avec les « types », le « hĂ©ros de conte » et le « hĂ©ros de lĂ©gende ».
5Quant au corpus de contributions de lâouvrage, il est divisĂ© en trois sections distinctes : figures de lâAntiquitĂ© grĂ©co-latine, figures bibliques et figures dâorigine historique.
6Dans la premiĂšre partie, VĂ©ronique GĂ©ly prolonge la discussion initiĂ©e par lâorganisatrice du volume, cherchant Ă savoir sâil est pertinent dâappliquer Ă PhĂšdre la notion de « figure mythique » (PhĂšdre, figure mythique ?, p. 51-67). Elle affirme dâemblĂ©e quâ« il existe bien des âfiguresâ de PhĂšdre, dans le sens oĂč lâon a coutume de se figurer ce personnage de PhĂšdre Ă partir de postures et de stĂ©rĂ©otypes qui lui sont associĂ©s dans les reprĂ©sentations visuelles, art figurĂ© ou théùtre. PhĂšdre est aussi une âfigureâ parce quâelle peut servir Ă âfigurerâ, Ă reprĂ©senter un type particulier » (p. 51). Les reprĂ©sentations de PhĂšdre en tant quâamoureuse, hystĂ©rique, femme fatale et marĂątre amoureuse sont dĂ©cortiquĂ©es par son analyse. Avec le mĂȘme souci dâexplorer le concept de « figure mythique » Ă travers un personnage de lâAntiquitĂ© grĂ©co-latine, se prĂ©sente le travail de StĂ©phanie Urdician (Antigone. Du personnage tragique Ă la figure mythique, p. 69-94). Elle compte ainsi complĂ©ter, sinon actualiser, Les Antigones de George Steiner (1984), en se servant de textes absents de lâessai du fameux critique ou parus ultĂ©rieurement. Avec Sylvain DĂ©toc, câest le tour de la « jeune fille coiffĂ©e de reptiles » dont PersĂ©e nâhĂ©sita pas Ă couper la tĂȘte (La Gorgone MĂ©duse. De lâeffigie archaĂŻque Ă la figure mythique, p. 95-115). Sâil commence sa contribution en appelant la Gorgone MĂ©duse « mythe », il en vient Ă montrer plus tard â aprĂšs avoir posĂ© aussi bien la question du texte fondateur que celle de la distribution des rĂŽles de PersĂ©e et MĂ©duse, mais aussi avoir postulĂ©, avec les archĂ©ologues et les hellĂ©nistes, une effigie archaĂŻque Ă lâorigine de la fable de MĂ©duse â que, tout compte fait, « le dĂ©veloppement [de ce dernier] mythe littĂ©raire consiste dâabord dans le dĂ©ploiement en rĂ©cit dâune image sommaire » (p. 107), cette mĂȘme « image unique » dont parlait LĂ©onard-Roques et qui fonde la « figure mythique ». Catherine dâHumiĂšres sâoccupe ensuite de la sirĂšne (La sirĂšne dans la littĂ©rature europĂ©enne : dâun imaginaire mythique Ă lâautre, p. 117-133). HumiĂšres cherche Ă expliquer la permanence de la sirĂšne dans lâimaginaire actuel en envisageant les rapports entretenus par celle-ci dans la littĂ©rature moderne avec les mythes oĂč elle trouve son origine. Cette figure « mĂ©diterranĂ©enne et homĂ©rique » sâest vue unir « à lâimage de lâondine, issue dâune tradition plus septentrionale », en plus dâavoir absorbĂ© « en partie un des Ă©lĂ©ments essentiels dâun mythe voisin, celui du Labyrinthe » (p. 132). NoĂ©mie CourtĂšs (CircĂ©, MĂ©dĂ©e, Armide : la triple figure dâHĂ©cate au XVIIe siĂšcle, p. 135-149) dĂ©montre Ă son tour comment ces trois magiciennes ont Ă©tĂ© « progressivement amalgamĂ©es » par les Ă©crivains, ce qui les a constituĂ©es en une « figure composite » (p. 135). Caroline Andriot-Saillant (Figurer VĂ©nus naissante : la modernitĂ© poĂ©tique face Ă Botticelli, p. 151-166), se propose aprĂšs de confronter « figuration mythique » et « figuration poĂ©tique » Ă partir des poĂšmes de Rilke, Dylan Thomas et Dino Campana qui Ă©voquent le tableau La Naissance de VĂ©nus du peintre italien.
7Dans la deuxiĂšme partie, au moins deux articles entament un dialogue avec un autre ouvrage publiĂ© six ans auparavant, celui de CĂ©cile Hussherr et Emmanuel Rebel,  Figures bibliques, figures mythiques â AmbiguĂŻtĂ©s et réécritures (Ăditions Rue dâUlm / Presses de lâĂcole Normale SupĂ©rieure), dâune maniĂšre quelque peu hostile.
8DaniĂšle Chauvin (Figures⊠vous avez dit figures ? Mythocritique et typologie. Lâexemple de William Blake, p. 169-189) rĂ©flĂ©chit « aux conditions thĂ©oriques et mĂ©thodologiques dâune Ă©tude mythocritique de la Bible, dâen analyser les prĂ©supposĂ©s, les possibilitĂ©s et les limites » (p. 169). Lâexemple de William Blake, Ă partir de la page 178, lui permet de conforter les orientations quâelle a voulu tirer des lectures mythocritique et typologique pour la pratique comparatiste, ou plutĂŽt les « voies nouvelles » quâelle-mĂȘme propose pour « lâĂ©tude comparatiste de la Bible et de lâart » (p. 173). Celles-ci sâacheminent vers une comprĂ©hension de la « figure biblique » diffĂ©rente de celle suggĂ©rĂ©e par le titre de lâouvrage Ă©ditĂ© par lâENS, Figures bibliques, figures mythiques :
En mettant sur le mĂȘme plan deux rĂ©alitĂ©s textuelles et symboliques diffĂ©rentes, le parallĂ©lisme du titre ignore la spĂ©cificitĂ© biblique et la rĂ©duit Ă nâĂȘtre, comme la figure mythique, quâun personnage. Cela ne semble pas poser de problĂšmes Ă Yves Chevrel car il oriente plutĂŽt sa rĂ©flexion sur les problĂšmes thĂ©oriques et mĂ©thodologiques soulevĂ©s par lâexpression figure mythique. Par figures bibliques, dit-il, il faut entendre personnages bibliques. Ce que confirment les articles qui traitent dâĂve, de MoĂŻse, dâAbraham, de CaĂŻn ou de Lilith. Et, puisquâaucune figure des mythologies classiques nâest Ă©tudiĂ©e dans cet ouvrage, on comprend mĂȘme que lâasyndĂšte du titre Figures bibliques, figures mythiques nâest pas un parallĂšle mais vaut Ă©quivalence ou mĂȘme identification (figures bibliques = figures mythiques ; elles sont dâailleurs traitĂ©es comme telles). Mythique ou biblique (et cette derniĂšre nâest alors plus quâune dĂ©clinaison de la premiĂšre) la figure, câest donc toujours le personnage.
Or, dans la terminologie biblique, dâune part la figure est une tout autre rĂ©alitĂ© narrative et symbolique, et dâautre part dans la Bible, si un personnage peut ĂȘtre [âŠ] une figure, toute figure nâest pas obligatoirement un personnage ; et tout personnage nâest pas non plus une figure. La figure biblique est une relation transhistorique et trans- (ou inter-) textuelle. Et câest prĂ©cisĂ©ment ce qui est intĂ©ressant dans une rĂ©flexion comparatiste. (p. 175-176)
9Sylvie Parizet ouvre mĂȘme sa contribution (Esther : figure biblique, figure mythique ?, p. 191-208) avec la polĂ©mique causĂ©e par lâouvrage de CĂ©cile Hussherr et dâEmmanuel Reibel. Elle rappelle dâailleurs la rĂ©ticence dâYves Chevrel lui-mĂȘme dans la prĂ©face quâil a Ă©crite pour cet ouvrage, de qualifier la « figure biblique » comme « figure mythique ». Pour essayer dây voir plus claire, Parizet cherchera alors dans son texte Ă prĂ©senter les « principales lectures/réécritures de la figure biblique » dâEsther ainsi quâà « souligner certains enjeux dâordre mĂ©thodologique » (p. 192). Elle en conclura quâil est au moins lĂ©gitime, « dĂšs lors quâon se situe hors du terrain âthĂ©ologico-religieuxâ, [âŠ] de considĂ©rer que certains personnages bibliques sont devenus, au fil des ans et des Ćuvres qui sâen sont inspirĂ©es, des âfigures mythiquesâ » (p. 208). Cette section est bouclĂ©e avec lâĂ©tude du Judas du Nouveau Testament, du Judas parricide, du Judas incestueux et du Judas meurtrier de son frĂšre, tant de « motifs narratifs » rendant « possible la crĂ©ation dâune nouvelle biographie mythique » pour cette figure (Judas au Moyen Ăge. Le mythe de la naissance de lâanti-hĂ©ros, p. 209-231).  Jean-Pierre Bordier trouve correct de parler de « mythe de Judas » Ă partir des Ă©lĂ©ments prĂ©sents dans cette biographie, si on les prend en tout cas dans le contexte plus ample de lâhistoire du salut opposant le christianisme au judaĂŻsme.
10Dans la troisiĂšme partie, nous arrivons, finalement, aux figures dâorigine historique. Pascale Auraix-JonchiĂšre (Personnages historiques et figures mythiques : lâexemple de Jeanne dâArc, p. 235-254) cerne dâemblĂ©e une difficultĂ© inhĂ©rente Ă la question :            Â
Les cas des mythes dits « politico-hĂ©roĂŻques », entiĂšrement tributaires de la nature et des exploits dâun personnage ou dâĂ©vĂ©nements historiques, pose [âŠ] un problĂšme particulier. Le passage du domaine de la rĂ©alitĂ© â ici premier, originaire â Ă celui du mythe, sâeffectue en effet par le biais dâun processus de sublimation qui tire le personnage du cĂŽtĂ© de la lĂ©gende en instaurant une rupture avec la temporalitĂ© dâoĂč ce dernier est pourtant exemplairement issu. (p. 235)
11Ă partir de lâexemple de Jeanne dâArc, Auraix-JonchiĂšre prĂ©fĂšre parler de « mythification » (terme utilisĂ© aussi dans les contributions suivantes) que de « mythe » Ă lâĂ©gard de ce qui se joue dans la matiĂšre politico-hĂ©roĂŻque, et explique pourquoi il est plus prudent dâappeler « figures mythiques » les personnages historiques mythifiĂ©s et non « mythes ». A son tour, Ana Maria Binet (Le roi SĂ©bastien ou la mythification de lâĂ©chec, p. 255-263), analyse « un des mythes les plus importants dans la culture portugaise [qui] est sans doute celui créé autour du roi SĂ©bastien, et que lâon appelle le sĂ©bastianisme » (p. 256). Elle commence son article par une Ă©vocation du personnage historique, jeune roi disparu au Maroc transformĂ© en Messie tant attendu dans le contexte de la domination espagnole au Portugal. Ensuite, Binet trace le parcours de la crĂ©ation de la « figure mythique » de ce roi, jusque dans les confins du BrĂ©sil. Elle finit sa contribution avec lâanalyse de la rĂ©-appropriation de ce messianisme Ă la lusitaine par le poĂšte Fernando Pessoa dans le recueil citĂ© tout au dĂ©but de la prĂ©sente recension. Isabelle Durand-Le Guern (Charlemagne : usage et dĂ©veloppement dâun mythe au XIXe siĂšcle, p. 265-284) essaie, quant Ă elle, de « suivre le mouvement qui va dâune idĂ©alisation Ă une sacralisation de la figure mythique [de lâempereur], objet dâune vĂ©ritable distorsion, au point de rendre difficile la saisie dâune cohĂ©rence du mythe » (p. 267), et Marie-HĂ©lĂšne Rybicki clĂŽture lâouvrage en cherchant Ă dĂ©montrer comment les notices biographiques, les chroniques de journal, la poĂ©sie et les vaudevilles ont contribuĂ© Ă transformer le Paganini « rĂ©el » en « figure mythique » (Entre rĂ©alitĂ© et fiction. La figure de Paganini dans la presse et la littĂ©rature de son temps, p. 285-303).
12Figures mythiques â Fabrique et mĂ©tamorphoses vient en fait combler une importante lacune. Il est fait cas des figures mythiques en tant que « grands essaims dâimages » chez Gilbert Durand (De la mythocritique Ă la mythanalyse, Dunod, 1979), mais cet auteur passe outre Ă leurs mĂ©canismes de fonctionnement et leur relation au mythe. Rien ou presque ne sâen est suivi dans ce domaine. Du cĂŽtĂ© dĂ©jĂ , seulement, des figures bibliques, lâouvrage controversĂ© paru en 2002 nâavait pas non plus Ă©puisĂ© le sujet.

