Acta fabula
ISSN 2115-8037

Volume 11, numéro 7
AgnĂšs Lhermitte

Ulysse l’EuropĂ©en

Seconde OdyssĂ©e, Ulysse de Tennyson Ă  Borges, textes rĂ©unis, commentĂ©s et en partie traduits par EvanghĂ©lia Stead, Éditions JĂ©rĂŽme Million, collection « Nomina », 2009, 505 pages. EAN : 9782841372478.

1EvanghĂ©lia Stead nous rappelle que bon nombre d’EuropĂ©ens cultivĂ©s, jusqu’aux annĂ©es 50, connaissaient Dante autant ou plus qu’HomĂšre : l’Ulysse du chant XXVI de l’Inferno leur Ă©tait tout aussi familier que celui de l’OdyssĂ©e, et le grand damnĂ© de la fresque chrĂ©tienne mĂ©diĂ©vale supplantait mĂȘme, dans l’imaginaire de certains poĂštes, le hĂ©ros de l’épopĂ©e paĂŻenne antique. Elle s’intĂ©resse dans cet ouvrage aux réécritures de la version dantesque, qui s’enracine dans deux courts passages de l’OdyssĂ©e. Au chant XI lors de la nekuĂŻa, le devin TirĂ©sias annonce qu’une fois rentrĂ© Ă  Ithaque, Ulysse devra repartir, rame sur l’épaule, Ă  travers des pays opposĂ©s Ă  la mer avant de revenir dĂ©finitivement, pour attendre la mort  qui viendra ex halos (loin de la mer ou venant de la mer ?). Et au chant XXIII, Ulysse rĂ©vĂšle Ă  PĂ©nĂ©lope, Ă  peine retrouvĂ©e, qu’il lui faudra Ă  nouveau errer par le monde. L’Ulysse de la Divine comĂ©die ne repasse pas mĂȘme par Ithaque : en quittant CircĂ©, l’attrait de l’inconnu et la soif de connaissances l’entraĂźnent aussitĂŽt, ainsi que ses compagnons, dans un pĂ©riple orientĂ© vers le Couchant, au-delĂ  – transgression suprĂȘme – des colonnes d’Hercule, Ă  travers l’espace dĂ©sert de la mer australe, jusqu’à l’engloutissement fatidique qui punit le pĂ©chĂ© faustien. Ce voyage sublime et dĂ©ceptif vient se superposer, dans la mĂ©moire occidentale, au pĂ©riple homĂ©rique qui restait soumis Ă  la tension entre nostos et aventures, rivage de la patrie et contrĂ©es merveilleuses, famille et rencontres Ă  hauts risques. D’oĂč le nom de « seconde OdyssĂ©e », empruntĂ© Ă  un poĂšme de Cavafis qui la prĂ©tend mĂȘme « plus grande que la premiĂšre, peut-ĂȘtre ». Elle dĂ©signe en tout cas un type de rĂ©cit inĂ©dit qui, en croisant les deux grands modĂšles, crĂ©e le mythe nouveau du voyageur Ă©ternel, en proie Ă  la pulsion du dĂ©part et de la quĂȘte sans objet dans un espace sans fin.

2L’intĂ©rĂȘt de l’ouvrage est double. D’une part, il s’agit d’une anthologie bilingue qui rassemble quinze textes courts et complets de dix auteurs, en six langues diffĂ©rentes (anglais, allemand, grec moderne, espagnol, italien, français), compris entre 1842 et 1982. En regard du texte dans sa langue d’origine, on lit une traduction française, due Ă  l’auteur en ce qui concerne neuf de ces textes. Pour deux textes particuliĂšrement connus, l’Ithaque de Cavafis (1910) et l’Ulysses d’Alfred Tennyson (1842), elle propose plusieurs traductions françaises diffĂ©rentes. En outre le second, archĂ©type du nouveau rĂ©cit hybride (produit de la fĂ©condation d’HomĂšre par Dante), est assorti, en plus de la sienne propre, de quatre traductions du XIXĂš siĂšcle : deux en français, une en allemand et une en italien, qui tĂ©moignent non seulement d’une influence extensive, mais de la circulation fĂ©conde de ces lectures/Ă©critures. Premier degrĂ© de la rĂ©criture, la traduction – une spĂ©cialitĂ© de l’auteur de l’ouvrage - est, en effet, transfert Ă  la fois gĂ©ographique et poĂ©tique

3D’autre part, un tiers du livre est constituĂ© de commentaires qui mettent l’ensemble en perspective et dont la richesse, Ă  dĂ©faut de la structure, relĂšve de l’essai. Outre le prologue et l’épilogue qui exposent et synthĂ©tisent respectivement les enjeux du corpus, ce sont des notices consĂ©cutives Ă  chacun des textes, qui l’éclairent et le mettent en relation avec les autres. Pas de construction thĂ©orique dogmatique, de la part de cette spĂ©cialiste de la question Ă  laquelle elle a dĂ©jĂ  consacrĂ© plusieurs articles, mais un parcours rigoureusement guidĂ© qui plonge au cƓur des Ɠuvres choisies et s’étend Ă  leur contexte, explore le processus de leur crĂ©ation et met au jour les fils qui les relient aux prĂ©cĂ©dentes. Un tel dispositif conserve aux textes leur prioritĂ© fondamentale, que confirme une bibliographie consacrĂ©e successivement aux Ă©ditions et traductions consultĂ©es, aux repĂšres bibliographiques par auteurs, et enfin Ă  une sĂ©lection critique plus gĂ©nĂ©rale sur le sujet. L’histoire littĂ©raire se tisse au fil des pages avec une patience Ă©rudite et prĂ©cise, le maillage intertextuel europĂ©en apparaĂźt peu Ă  peu dans toute sa complexitĂ©, sa mouvance, ses rebonds.

4La prĂ©sentation des textes suit trĂšs exactement l’ordre chronologique de leur publication, indĂ©pendamment de leur auteur : les deux poĂšmes Ă©crits par Constantin Cavafis, tout comme ceux d’Arturo Graf, se trouvent ainsi sĂ©parĂ©s par des textes qui s’inscrivent dans l’évolution de leur crĂ©ation. Mais les Ă©chos que tous se renvoient, mis en lumiĂšre par les commentaires, suggĂšrent au lecteur diverses combinaisons. Celle qui relĂšve de l’évidence consiste Ă  les regrouper par sphĂšres culturelles ou Ă  rassembler les diffĂ©rentes Ɠuvres d’un mĂȘme auteur. Ainsi les trois premiers poĂšmes, bien que de longueur et de mĂštre diffĂ©rents, et sĂ©parĂ©s par une pĂ©riode de trente ans, ont Ă©tĂ© Ă©crits par trois trĂšs jeunes Anglais pĂ©tris d’humanitĂ©s, bons traducteurs, et, Ă©trange coĂŻncidence, dans la circonstance la plus propice Ă  la mĂ©lancolie : le deuil d’un ami proche. Dans le premier, Ulisses (1842), qui est aussi le modĂšle de la « seconde odyssĂ©e », Tennyson fait monologuer longuement Ulysse. RentrĂ© Ă  Ithaque comme le narrait HomĂšre, celui-ci est pris de dĂ©goĂ»t pour la vie sĂ©dentaire, matĂ©rielle et mesquine qui fait suite Ă  ses aventures. ConformĂ©ment Ă  l’aveu de l’Ulysse de L’Inferno, son « ùme grisonnante » demeure « brĂ»lante du dĂ©sir / de suivre la connaissance, Ă©toile qui sombre sous l’horizon, / au-delĂ  des limites de la pensĂ©e humaine ». Il laisse donc la charge du royaume Ă  TĂ©lĂ©maque pour embarquer Ă  nouveau avec ses vieux compagnons, dans le « but de voguer au-delĂ  du couchant (
) jusqu’à ce qu(‘il) meur(e) ». Devant lui, l’incertain de la mer : gouffre marin, ou Îles FortunĂ©es. Le nouveau mythe est fondĂ©, prĂȘt Ă  l’usage. The fantom bark  de George F. Preston (1860) en donne une version allusive en quatre strophes dĂ©licatement lyriques : une voile « double », une « frĂȘle barque funeste » - ombre  anonyme de celle d’Ulysse - s’éloigne vers l’ouest, accompagnĂ©e d’un murmure inaudible. En affirmant l’équivalence entre Ăźles fortunĂ©es et tombeau, le poĂšte laisse pressentir le dĂ©sastre obscur. Au contraire, Andrew Lang, dĂ©veloppe en un cycle de sept poĂšmes, Hesperothen (1972) le « nouveau dĂ©part » vers l’occident inconnu de certains marins grecs, comme appelĂ©s par un mystĂ©rieux oiseau blanc. L’originalitĂ© de Lang consiste Ă  les faire repasser, sans s’arrĂȘter, par les Ă©tapes de la premiĂšre OdyssĂ©e avant de finir dans un espace dĂ©solĂ©. Cette synthĂšse allĂ©gorique du chemin de la vie, des tentations aux tĂ©nĂšbres de l’ñge, est censĂ©e illustrer « the Vanity of Melancholy ». On pourrait adjoindre Ă  ces trois poĂšmes les sept sizains qui composent Odysseus (1877) de l’Allemand Paul Heyse, reprenant le premier volet du rĂ©cit de Tennyson comme Preston Ă©voquait le second. Ce chant lyrique est celui d’un Ulysse qui n’a pas encore quittĂ© Ithaque, mais dont le dĂ©sir est Ă©veillĂ© par l’appel intĂ©rieur du rĂȘve, et l’appel extĂ©rieur du souffle marin : « SchwĂŒhl weht der Hauch vom Meer ».

5Un deuxiĂšme ensemble est constituĂ© par les Ă©crits du Grec Constantin Cavafis. Comme le montre son bref essai citĂ© en appendice, La fin d’Ulysse (1894), il rapproche Tennyson de Dante. Il les cite tous deux en exergue de Seconde OdyssĂ©e, petit poĂšme assez libre publiĂ© la mĂȘme annĂ©e, qui rĂ©unit en trois mouvements les diffĂ©rents schĂšmes, tout en privilĂ©giant le navigateur, l’aventurier au cƓur froid qui revit en quittant le carcan affectif de l’üle natale. Cette idĂ©e est reprise en 1910 dans Ithaque, poĂšme cĂ©lĂšbre quoique dĂ©pourvu de la perspective dantesque comme de la palette homĂ©rique : le discours souhaite Ă  l’homme, avant le retour Ă  Ithaque – arrivĂ©e dĂ©finitive -, un voyage long, riche en plaisirs et en expĂ©riences, mais sans rien dĂ©sormais de merveilleux ni de tragique.

6On ne saurait s’étonner de voir les Italiens inspirĂ©s par l’Ulysse de Dante. Trois longs poĂšmes figurent dans ce recueil, dont deux composĂ©s par Arturo Graf. L’ultimo viaggio di Ulisse (1894) dĂ©cline en trente pages au lyrisme Ăąpre et flamboyant le lourd destin d’Ulysse : la lassitude d’Ithaque, le dĂ©part, et la navigation ultime dans un paysage terrifiant de vide, de tĂ©nĂšbres et de gouffre, hantĂ© par Saturne, contaminĂ© par l’acĂ©die et le regret. En 1905, I Naviganti, sous-titrĂ© « songe Ă©veillé », est un « poĂšme dramatique » oĂč Graf semble superposer Ă  l’inspiration dantesque le symbolisme impersonnel et allusif de Maeterlinck. Des personnages d’ñges divers (Ă©chantillon d’humanitĂ© assez fantomatique) rassemblĂ©s sur un bateau depuis des gĂ©nĂ©rations, dans un espace-temps sans bornes, Ă©changent lamentations, questions : « Pourquoi ce voyage ? », souvenirs de visions fugitives et dĂ©sirs vagues, tandis que passe un grand cri dans le ciel vide. Quant Ă  Giovanni Pascoli, traducteur de Tennyson, il publie en 1904 L’ultimo viaggio, un poĂšme majeur en vingt-quatre chants qui font fusionner les trois traditions : le HĂ©ros (anonyme) reprend la mer aprĂšs la rĂ©alisation de l’oracle de TirĂ©sias, mais c’est pour revisiter, Ă  l’envers, les lieux de la premiĂšre OdyssĂ©e. Voyage dĂ©cevant, puisque la disparition de CircĂ© et de PolyphĂšme, la pĂ©trification des SirĂšnes font vaciller les certitudes, et que la mer le rejette, mort et dĂ©finitivement sans rĂ©ponses, sur le rivage d’une Calypso qui conclut, Ă©mule de Schopenhauer : « ne jamais ĂȘtre ! (
) ne plus ĂȘtre !  ». A la mĂȘme Ă©poque, Rilke et Kafka rĂȘvaient, eux aussi, Ă  ce « silence des SirĂšnes ».

7La littĂ©rature française reçoit ici la portion congrue. C’est que la tradition classique a greffĂ© sur le poĂšme homĂ©rique un autre schĂ©ma narratif qui fait autorité chez les auteurs français jusqu’aux Ă©lucubrations surrĂ©alistes d Aragon: le Voyage de TĂ©lĂ©maque de FĂ©nelon. Aussi Jules LemaĂźtre, seul retenu dans ce volume, rĂ©alise-t-il avec Nausicaa (1894), en combinant HomĂšre et FĂ©nelon, une seconde OdyssĂ©e dans le sens oĂč, au lieu d’inventer un autre pĂ©riple avec le mĂȘme hĂ©ros, elle rĂ©itĂšre le mĂȘme pĂ©riple avec un autre hĂ©ros – le fils. Il revisite le mythe homĂ©rique sur le mode ironique et dĂ©sabusĂ©, sceptique et nostalgique, qui caractĂ©rise l’esprit fin de siĂšcle. ActualisĂ©s et humanisĂ©s, les monstres ont disparu en tant que tels ; le rĂ©cit hĂ©roĂŻque piĂ©tine dans la bouche radoteuse d’Ulysse, puis dans celle, timorĂ©e, de TĂ©lĂ©maque. Le temps s’étire et s’accĂ©lĂšre de façon fantastique pour faire de TĂ©lĂ©maque et de Nausicaa, la fiancĂ©e de ses rĂȘves, des vieillards. Ce dernier thĂšme seul permet de rattacher cette suite parodique Ă  la lignĂ©e dantesque. Si l’esprit de la seconde OdyssĂ©e a soufflĂ© en France, c’est de façon biaisĂ©e, loin de toute anecdote : n’est-ce pas lui qui inspire le sombre Voyage de Baudelaire, la « Brise marine » et le Voyage d’Urien des jeunes MallarmĂ© et Gide ? Inversement, Le dernier voyage d’Ulysse de l’Autrichien Franz Blei (1923), dont l’activitĂ© de comparatiste et de traducteur fait un vĂ©ritable « mĂ©diateur des littĂ©ratures europĂ©ennes », se prĂ©sente Ă©galement comme une suite dĂ©ceptive, d’ailleurs inspirĂ©e par un rĂ©cit français d’Emile Gebhart. Cette histoire morale, qui fait rentrer pour toujours Ă  Ithaque un Ulysse assagi par sa seconde visite Ă  Calypso, prĂ©sente Ă©galement l’intĂ©rĂȘt d’annoncer l’idĂ©e dĂ©veloppĂ©e peu aprĂšs par Giono dans Naissance de l’OdyssĂ©e : pour dissimuler ses amours de voyage, Ulysse invente de toutes piĂšces des aventures merveilleuses qui seront fixĂ©es par la lĂ©gende.

8Ce parcours se termine logiquement dans l’univers de Borges, point de fuite vertigineux de l’ensemble des lettres europĂ©ennes. L’immortel, rĂ©cit fantastique de 1947 auquel s’était dĂ©jĂ  intĂ©ressĂ©e EvanghĂ©lia Stead, qui le traduit ici, orchestre comme un voyage labyrinthique dans les replis de l’espace et du temps une rĂȘverie baroque sur la question homĂ©rique. Une quĂȘte au dĂ©sert, vers les confins du monde, l’univers carcĂ©ral et dĂ©ment d’une CitĂ© des immortels infernale, un vieillard amnĂ©sique qui bredouille des vers de l’OdyssĂ©e, un avatar du Juif errant qui s’en va mourir dans la patrie d’HomĂšre 
 autant de motifs qui s’embrouillent pour Ă©voquer la survie complexe, lacunaire et insolite du palimpseste odyssĂ©en. En 1964, quatorze vers reviennent condenser l’arcane de la « seconde odyssĂ©e » : « L’OdyssĂ©e livre XXIII », tirĂ© du recueil L’Autre, le MĂȘme, ramĂšne Ulysse Ă  Ithaque, et fait sourdre, de ce sommeil des retrouvailles, l’interrogation anxieuse et l’élan vers l’ailleurs. En 1982, Ulysse continue Ă  nourrir la rĂ©flexion littĂ©raire de Borges, qui consacre un essai, Le dernier voyage d’Ulysse, Ă  l’élucidation de la rĂ©criture dantesque. La force de ce passage de L’inferno provient, selon son intuition, de l’identification du poĂšte florentin au navigateur, dont la « folle traversĂ©e » serait la mĂ©taphore de sa propre aventure poĂ©tique, tout aussi orgueilleuse, donc Ă©galement passible de la damnation. Borges Ă©largit alors la descendance de cet Ulysse au capitaine Achab, le grand coureur des mers de Melville, aimantĂ© par son obsession inaccessible et mortelle.

9Dans son prologue, EvanghĂ©lia Stead suggĂšre d’autres rĂ©partitions des textes, gĂ©nĂ©riques et thĂ©matiques, ou des circuits dynamiques au fil des mĂ©tamorphoses du mythe. On oscille ainsi entre les pĂŽles du lyrisme et du rĂ©cit, de la description et du discours, de la rĂ©criture et de l’invention, des figures prĂ©cises et de l’abstraction, de l’anecdote et de l’allĂ©gorie, de l’élĂ©gie et de l’ironie, de l’élan (prĂ©curseur de celui de C. Colomb) et de l’abattement, du point de vue interne et du regard critique
Mais les deux fils rouges demeurent le thĂšme de la frontiĂšre, jeu poĂ©tique avec le rĂ©el dans l’OdyssĂ©e que Dante transforme en transgression aux rĂ©sonances eschatologiques, et la mystĂ©rieuse « langue de feu » qui prend en charge l’oracle de TirĂ©sias, le prolonge poĂ©tiquement et le charge d’émotion inquiĂšte. L’Ulysse homĂ©rique, polytlas, avait beaucoup souffert, beaucoup pleurĂ©, sans pour autant rien perdre de la dĂ©termination qui, avec l’aide d’Athena, lui assura in fine une revanche Ă©clatante. De presque toutes ces « secondes OdyssĂ©es » Ă©mane au contraire une lourde mĂ©lancolie qui contamine le dĂ©sir et sent la malĂ©diction : c’est le deuil romantique qui assombrit la nostalgie, l’acĂ©die fin de siĂšcle qui plombe l’espace-temps, la mĂ©ditation borgĂ©sienne dont la bibliothĂšque se perd dans les sables. Car l’enjeu en est l’inquiĂ©tude que suscite l’énigme existentielle et poĂ©tique lancĂ©e du fond des Enfers par un devin antique : quelle mort, et quelle survie pour ce hĂ©ros porteur de l’humaine condition, pour ce premier EuropĂ©en1 ?