Acta fabula
ISSN 2115-8037

Volume 12, numéro 5
Landry Liébart

Relire les Ă©crivains‑journalistes Ă  travers leurs articles de presse : Gautier, Baudelaire & Zola

Gautier journaliste. Articles et chroniques, choix de textes, présentation, notes, chronologie, bibliographie et index par Patrick Berthier, Paris : Flammarion, coll. « GF », 2011, 443 p., EAN 9782080712790 & Baudelaire journaliste. Articles et chroniques, choix de textes, présentation, notes, chronologie, bibliographie et index par Alain Vaillant, Paris : Flammarion, coll. « GF », 2011, 381 p., EAN 9782080712783 & Zola journaliste. Articles et chroniques, choix de textes, présentation, notes, chronologie, bibliographie et index par Adeline Wrona, Paris : Flammarion, coll. « GF », 2011, 387 p., EAN 9782080712806.

1Suite aux divers travaux qui s’intĂ©ressent depuis maintenant une dĂ©cennie Ă  ce matĂ©riau oubliĂ© qu’est le corpus journalistique des Ă©crivains1, l’initiative des Ă©ditions GF Flammarion Ă©tait plus que la bienvenue. Celles-ci viennent en effet de lancer une sĂ©rie d’anthologies critiques des articles de presse majeurs des plus grands Ă©crivains‑journalistes. Trois d’entre elles viennent de paraĂźtre, Patrick Berthier s’intĂ©ressant Ă  Gautier, Alain Vaillant Ă  Baudelaire et Adeline Wrona Ă  Zola ; trois autres sont annoncĂ©es, oĂč Marie‑Ève ThĂ©renty Ă©ditera les articles de Balzac, Marieke Stein ceux de Hugo et Pierre Glaudes ceux de Barbey d’Aurevilly. Chaque anthologie prĂ©sente les articles dans un ordre chronologique, avec pour chacun une petite introduction explicative et interprĂ©tative, et de prĂ©cieuses notes pour Ă©clairer les nombreuses allusions et rĂ©fĂ©rences qui y figurent. Le lecteur dispose par ailleurs Ă  la fin de l’ouvrage d’une chronologie, d’une bibliographie et d’un index des noms et des titres.

2Les trois anthologies dont nous disposons pour l’instant tĂ©moignent de la part de leurs commentateurs d’un souci commun : nous montrer un visage mĂ©connu, peut‑ĂȘtre parce qu’ils furent eux‑mĂȘmes les premiers Ă  pourfendre la presse de leur Ă©poque, d’écrivains consacrĂ©s jusqu’à prĂ©sent par leurs Ɠuvres publiĂ©es en librairie. Un visage mĂ©connu, et pourtant essentiel. Dans une introduction Ă  chaque fois riche en analyses historiques et en repĂšres biographiques, les Ă©diteurs rappellent en effet le lien Ă©troit qui unit les Ă©crivains au journalisme Ă  partir des annĂ©es 1830, celui‑ci ne se rĂ©duisant pas seulement Ă  une activitĂ© alimentaire ou anecdotique, mais recouvrant au contraire un aspect constitutif de leur art qui permet d’en saisir toute la dimension. Le choix des articles, forcĂ©ment drastique au regard du corpus dont on dispose, vise Ă  souligner la pertinence d’une telle perspective.

3Cette publication prĂ©sente aussi un intĂ©rĂȘt pour l’histoire littĂ©raire, ou plutĂŽt, pour reprendre les mots d’Alain Vaillant, pour l’histoire de la communication littĂ©raire, en ce qu’elle permet, d’une anthologie Ă  l’autre, de dĂ©gager en creux des rapports malgrĂ© tout diffĂ©rents entre les Ă©crivains concernĂ©s et le journalisme, reflĂ©tant l’évolution mĂȘme du rapport entre littĂ©rature et presse. En effet, si l’on peut voir chez Gautier l’image encore traditionnelle de l’écrivain‑journaliste, Ă  la fois critique d’art, de théùtre et de littĂ©rature, Baudelaire prend davantage en considĂ©ration cet espace discursif singulier qui s’ouvre Ă  lui, non seulement pour la publication mĂȘme de ses poĂšmes, mais aussi pour le ton, souvent ironique, qu’il adopte dans ses articles. Zola, donnant naissance Ă  la figure de l’« intellectuel », parachĂšve cette inscription de la rĂ©flexion mĂ©diatique au cƓur du dispositif communicationnel littĂ©raire, dans la mesure oĂč le journal a pu ĂȘtre pour lui un laboratoire du naturalisme et une tribune pour la diffusion de ses idĂ©es.

4Nous connaissons tous le Gautier de la prĂ©face de Mademoiselle de Maupin, s’indignant comme beaucoup de ses contemporains des travers du feuilleton et de la critique. Pourtant, comme nous le rappelle Patrick Berthier2, d’une part c’est dans les journaux et les revues que l’écrivain a publiĂ© la plus grande partie de son Ɠuvre — mais ce n’est pas cet aspect‑lĂ  qui l’intĂ©resse ; d’autre part, Gautier a Ă©tĂ© Ă  la fois feuilletoniste et directeur ou codirecteur de plusieurs revues, laissant ainsi entendre une voix peu habituelle pour celui que l’on considĂšre comme le chef de file de l’art pour l’art. C’est cette voix que P. Berthier veut nous faire entendre Ă  travers les articles qu’il a retenus.

5Le lecteur a ainsi Ă  sa disposition trente‑cinq articles de l’écrivain sur les deux mille huit cents quarante‑trois qu’il a publiĂ©s, le premier datant de 1835, le dernier de 1872. L’éditeur a bien Ă©videmment conscience du caractĂšre limitĂ© de cet Ă©chantillon, mais, en vertu de la continuitĂ© et de la rĂ©surgence des thĂšmes, ainsi que de la constance du talent journalistique de Gautier, il l’estime suffisamment reprĂ©sentatif pour dresser un portrait fidĂšle de l’écrivain en « articlier ». Deux impĂ©ratifs ont par ailleurs guidĂ© ses choix : d’une part illustrer et respecter la variĂ©tĂ© du champ couvert par Gautier (dix‑sept feuilletons de théùtre, treize articles de critique d’art, quatre de critique littĂ©raire et un article relevant du rĂ©cit de voyage et n’ayant pas Ă©tĂ© publiĂ©, lui, en livre) ; d’autre part respecter la rĂ©partition des supports, entre articles de revue et feuilletons publiĂ©s dans les quotidiens. Enfin, il va sans dire, car lĂ  n’est pas l’intĂ©rĂȘt de cette anthologie, que le lecteur n’y trouvera pas de commentaires directs de l’écrivain sur son Ɠuvre.

6L’unitĂ© de ces articles repose sur la voix, libre et personnelle, du Gautier feuilletoniste, mĂȘlant humour, enthousiasme et indignation. Ils offrent tout d’abord une chronique culturelle enlevĂ©e de l’époque. Par ailleurs, s’il est malgrĂ© tout possible de dĂ©gager certaines lignes esthĂ©tiques directrices qui motivent les jugements de l’écrivain — ainsi en est‑il de la partition rĂ©currente qu’il fait entre « idĂ©alistes » et « rĂ©alistes »‑— ceux‑ci restent nuancĂ©s par le regard subjectif et impressionniste de celui qui les porte. Ainsi son rejet de l’acadĂ©misme en peinture l’amĂšne Ă  dĂ©fendre ardemment dans ses compte rendus de Salons les « violents », « fĂ©roces » et « barbares » Delacroix et PrĂ©ault, mais cela ne l’empĂȘche pas de critiquer la nouvelle Ă©cole impressionniste reprĂ©sentĂ©e par Manet et Monet. Il fait l’éloge de l’« imagination » de Gustave DorĂ©, « qui dĂ©mĂȘle tout de suite le cĂŽtĂ© Ă©trange des choses », tout en louant ce « Balzac de la lithographie » qu’est Gavarni. On dĂ©couvre ainsi un Gautier Ă©voquant avec nostalgie la bataille romantique, proclamant son admiration pour de Vigny, saluant les traducteurs sourciers et vantant ainsi les mĂ©rites de la traduction de l’Illiade par Leconte de Lisle, affichant sa prĂ©fĂ©rence pour les « spectacles oculaires » en consacrant des articles entiers au cirque, au mime et Ă  la danse espagnole


7Autant de prises de position diverses et variĂ©es qui visent Ă  montrer un Ă©crivain artistiquement engagĂ© dans son temps. La bibliographie tĂ©moigne clairement de cette orientation choisie par P. Berthier. Reste Ă  savoir si le rapport de Gautier au journalisme n’eĂ»t pas pu ĂȘtre davantage problĂ©matisĂ© dans le sens d’une interrogation plus gĂ©nĂ©rale sur le rapport entre littĂ©rature et presse, comme cela a Ă©tĂ© le cas pour les deux autres anthologies. Mais peut‑ĂȘtre qu’en ce qui le concerne, un tel questionnement n’a justement pas lieu d’ĂȘtre, comme peut le suggĂ©rer le fait que jusqu’à prĂ©sent Gautier ne figure pas parmi les Ă©crivains majeurs qui le motivent. À la lecture des articles prĂ©sentĂ©s, ne serait‑ce que du point de vue du style et de l’énonciation, la question reste toutefois ouverte.

8L’édition d’Alain Vaillant3 est en quelque sorte un aboutissement illustratif des recherches qu’il a pu mener Ă  la fois sur la presse et sur Baudelaire. Baudelaire ayant Ă©tĂ© comme Gautier un vĂ©ritable Ă©crivain‑journaliste, publiant des articles et la plus grande partie de son Ɠuvre dans des pĂ©riodiques, cette contrainte de publication, moins Ă©conomique que simplement Ă©ditoriale, a, selon A. Vaillant, jouĂ© en retour pour le poĂšte un rĂŽle non nĂ©gligeable dans l’écriture de ses textes, ne serait‑ce que par la stratĂ©gie souvent ironique et mystificatrice qu’il y adopte. La petite presse notamment, propre Ă  cette Ă©poque, a ainsi pu constituer un vĂ©ritable « laboratoire » d’écriture oĂč l’on expĂ©rimentait la singularitĂ© de la poĂ©tique journalistique. C’est lĂ , outre la volontĂ© de publier des textes fondamentaux qui ont Ă©chappĂ© Ă  la doxa et de donner par lĂ  mĂȘme un Ă©chantillon reprĂ©sentatif de la diversitĂ© de l’écriture baudelairienne, une des grandes lignes directrices qui a manifestement orientĂ© la prĂ©sentation et le choix des textes proposĂ©s. Sur les plus de deux cents textes inĂ©dits, sans compter les anonymes, et les soixante‑quinze qui ont Ă©tĂ© republiĂ©s par la suite, le lecteur en a ainsi trente Ă  sa disposition, mĂȘlant articles et poĂšmes tels qu’ils furent publiĂ©s pour la premiĂšre fois.

9Bien qu’ils soient prĂ©sentĂ©s chronologiquement, les textes en question rĂ©vĂšlent la cohĂ©rence de leur choix en fonction de grandes perspectives critiques. Nous ne reviendrons pas sur l’intĂ©rĂȘt Ă©vident d’avoir sous les yeux l’édition originale de certains poĂšmes, la diffĂ©rence avec l’édition dĂ©finitive Ă©tant particuliĂšrement sensible concernant les six « poĂšmes nocturnes » en prose publiĂ©s en 1857 dans Le PrĂ©sent. Plus intĂ©ressant du point de vue des objectifs fixĂ©s par cette anthologie est le rapport qui est Ă©tabli entre poĂ©sie et support journalistique de publication, la « Morale du joujou », qui inspirera le « Joujou du pauvre », permettant ainsi de voir le lien entre Ă©criture journalistique et poĂšme en prose, ou la publication du « ChĂątiment de l’orgueil » et du « Vin des honnĂȘtes gens » dans le Magasin des familles rĂ©vĂ©lant une vĂ©ritable mystification poĂ©tique. On voit ainsi comment Baudelaire joue avec les rĂšgles communicationnelles de la presse, ce qui se traduit la plupart du temps par un ton ironique, propre Ă  cette petite presse qui est la forme d’expression privilĂ©giĂ©e de la vie littĂ©raire de l’époque. Ce portrait d’un Baudelaire comique trouve son aboutissement dans un article mĂ©connu, et pourtant capital selon A. Vaillant, pour qui le rire est au cƓur de l’esthĂ©tique du poĂšte, « De l’essence du rire et gĂ©nĂ©ralement du comique dans les arts plastiques ». Une deuxiĂšme ligne directrice des choix opĂ©rĂ©s par l’éditeur concerne bien Ă©videmment les articles critiques sur la littĂ©rature et l’art, plus attendus, oĂč les noms de Balzac, Gautier, Flaubert, Poe et Hugo reviennent le plus souvent. Enfin, une troisiĂšme grande ligne, chronologique celle‑ci, tient au rapport de Baudelaire Ă  la politique. Ainsi l’article « Vive la RĂ©publique » donne la mesure de son engagement en 1848, et permet de mieux comprendre l’amertume qui s’en suivra : la publication du poĂšme « Les Limbes » dans le feuilleton du Messager de l’AssemblĂ©e, journal justement politique, en est l’expression mĂȘme, dans la mesure oĂč il s’y dessine le portrait d’un poĂšte exilĂ© parmi les hommes, comme l’est son poĂšme dans l’espace du journal.

10Ainsi le choix des textes rĂ©pond parfaitement Ă  la volontĂ© d’A. Vaillant de jeter une lumiĂšre nouvelle sur l’écriture baudelairienne, en resituant celle‑ci dans sa situation d’énonciation singuliĂšre, liĂ©e au support journalistique. Pour autant, comme l’avaient dĂ©jĂ  suggĂ©rĂ© certains articles du critique sur la question, et dont il reprend d’ailleurs ici un certain nombre d’analyses, ce lien avec la presse n’est pas forcĂ©ment immĂ©diat, ni systĂ©matique, et son application Ă  l’ensemble de l’Ɠuvre de Baudelaire peut se rĂ©vĂ©ler plus moins convaincante. Elle l’est, toujours est‑il, pour ce qui est des textes prĂ©sentĂ©s, et permet surtout, au‑delĂ  d’une orthodoxie critique qui tend Ă  simplifier la lecture de textes figĂ©s dans les publications dĂ©finitives, de comprendre toute la complexitĂ© de cette Ă©criture protĂ©iforme et toujours en mouvement.

11Des trois anthologies, celle sur Zola prĂ©sente peut‑ĂȘtre le travail Ă©ditorial le plus architecturĂ©. Ceci est en partie dĂ» au rapport particuliĂšrement Ă©troit que l’écrivain entretenait avec la presse, et, de fait, son Ɠuvre journalistique est immense. La singularitĂ© de ce rapport n’est pas un hasard, car, au‑delĂ  des ambitions personnelles de l’homme de lettres, il ne fait qu’exprimer la connivence inĂ©vitable entre la poĂ©tique journalistique et les doctrines naturalistes, comme cela a pu aussi ĂȘtre le cas aux États‑Unis ou en Allemagne. Mais cette connivence ne s’est pas faite sans heurts ni refus. Aussi Ă  travers cette anthologie Adeline Wrona veut‑elle montrer la trajectoire d’un Ă©crivain aux prises avec un univers mĂ©diatique qui connaĂźt alors une expansion sans prĂ©cĂ©dent. Zola a ainsi fait ses armes dans la presse, ce qui lui a permis Ă  la fois d’élaborer, en tant que critique, ses propres conceptions esthĂ©tiques, et d’affirmer, au fur et Ă  mesure qu’il acquĂ©rait de la notoriĂ©tĂ©, sa propre voix. Le journal a donc dans une certaine mesure constituĂ© un lieu de rĂ©flexion et un media privilĂ©giĂ©s instituant un nouveau rapport de l’écrivain et de son art au monde contemporain, et qui est au fondement de la pensĂ©e naturaliste. L’introduction du critĂšre historique dans l’évaluation du beau, l’émergence de la figure de l’intellectuel, tout cela Zola le doit Ă  son travail journalistique, Ă  ce qu’il en a tirĂ© comme enseignement, que celui-ci fĂ»t nĂ©gatif ou positif.

12Les articles de Zola, innombrables, n’ont jamais Ă©tĂ© publiĂ©s dans leur totalitĂ©. Le lecteur n’en connaĂźt que les versions lĂ©gitimĂ©es par l’écrivain lui‑mĂȘme lors de la republication en volume. Aussi A. Wrona a‑t‑elle pris le parti du support, c’est‑à‑dire de la premiĂšre publication. Elle a retenu trente articles, regroupĂ©s chronologiquement par titres de presse, le tout divisĂ© en cinq parties, qui montrent comment l’écrivain est sorti vainqueur de son combat avec la presse.

13La premiĂšre partie couvre la pĂ©riode de 1864 Ă  1869 et met en scĂšne les dĂ©buts de Zola dans cette « école de la contrainte » qu’est le journalisme, comme en tĂ©moignent par exemple les « Confidences d’une curieuse » signĂ©es Pandore. L’objectif d’A. Wrona est ici de montrer comment le « je » d’un Ă©crivain encore peu connu s’est constituĂ© en contiguĂŻtĂ© avec le « je » du journaliste, notamment celui du critique. Aussi certains articles, comme « Du progrĂšs dans les sciences et la poĂ©sie » ou la critique de Germinie Lacerteux, esquissent‑ils dĂ©jĂ  les fondements du naturalisme, prĂŽnant une esthĂ©tique individualiste fondĂ©e sur le positivisme et visant Ă  dire la vĂ©ritĂ© de l’homme moderne.

14La deuxiĂšme partie, qui couvre la pĂ©riode de 1870 Ă  1872, montre Zola journaliste face Ă  l’Histoire. Il y figure un article inĂ©dit de La Marseillaise, journal créé par l’écrivain pendant la guerre de 1870. On y dĂ©couvre alors le journaliste de guerre, et surtout un Ă©crivain pour qui littĂ©rature et politique doivent ĂȘtre liĂ©es, la fiction ayant aussi sa pertinence pour « parler de l’ñge actuel ». Est abordĂ©e Ă©galement dans un article important des « Causeries du dimanche » la question de la mort de Dieu, impliquant « l’abandon des fables anciennes » pour la crĂ©ation proprement humaine.

15La troisiĂšme partie, qui couvre les annĂ©es 1870, se consacre Ă  la dimension mĂ©diatique du naturalisme. On retiendra en particulier l’article sur « la presse française », oĂč Zola retrace son histoire, opposant l’ancien journalisme au nouveau journalisme d’information, qu’il dĂ©crie, proposant ainsi une forme de journalisme idĂ©al, oĂč le cadre ancien serait adaptĂ© aux besoins nouveaux. On voit par ailleurs Zola diffuser dans ses critiques sur le théùtre, Flaubert ou Sand sa conception du naturalisme, qu’il oppose Ă  l’idĂ©alisme.

16La quatriĂšme partie rend compte de la campagne du Figaro, journal oĂč passe alors Zola, consĂ©quence des failles dans le camp rĂ©publicain entre monde politique et monde littĂ©raire, et aboutissant aux adieux de l’écrivain au journalisme dans un article de 1881. Il y dresse un bilan nuancĂ© de cette « seule Ă©cole virile » pour les Ă©crivains : « il faut avoir longtemps souffert et usĂ© du journalisme, pour le comprendre et l’aimer ».

17La cinquiĂšme partie, enfin, est naturellement dĂ©diĂ©e Ă  l’affaire Dreyfus, qui a consacrĂ© en Zola la figure de l’intellectuel. Y figurent en prĂ©ambule des articles de la nouvelle campagne du Figaro, portant sur la RĂ©publique, trop vertueuse dans un monde trop viciĂ©, et sur l’antisĂ©mitisme. Le tout s’achevant bien Ă©videmment par les articles de L’Aurore.

18Les textes proposĂ©s et commentĂ©s par A. Wrona montrent donc parfaitement le rĂŽle qu’a pu jouer le journalisme dans la carriĂšre de Zola et le dĂ©veloppement de ses conceptions esthĂ©tiques autour de la question du rapport entre l’art et le monde moderne. Elle ne nous invite que davantage Ă  aller rechercher les autres articles, ou du moins Ă  espĂ©rer qu’un jour il nous en sera enfin donnĂ© une Ă©dition complĂšte, car manifestement, plus que pour tout autre Ă©crivain, ils reprĂ©sentent une part constitutive de son Ɠuvre.

19Ces trois anthologies prĂ©sentent un intĂ©rĂȘt certain, Ă  la fois pour les auteurs en particulier, car ils en renouvellent la lecture, et pour l’histoire littĂ©raire en gĂ©nĂ©ral, car elles montrent le rĂŽle non nĂ©gligeable que la presse a jouĂ© dans son Ă©volution. Nous attendons donc les trois prochaines avec impatience, et espĂ©rons que la sĂ©rie ne s’arrĂȘtera pas lĂ , car le xixe siĂšcle ne marque que le dĂ©but de cette inscription Ă  la fois fructueuse et problĂ©matique de la littĂ©rature dans l’ùre mĂ©diatique. Le travail critique qui nous est proposĂ© permet vĂ©ritablement d’en situer les enjeux, et compense ainsi par son efficacitĂ© la limitation du corpus prĂ©sentĂ©. C’était certes lĂ  une contrainte inĂ©vitable de l’édition de poche, mais celle‑ci rend ces textes essentiels d’autant plus accessibles au grand public : leur lecture ne relĂšve pas seulement de l’érudition universitaire, mais permet bien plus de redĂ©couvrir, de rĂ©entendre mĂȘme, la vĂ©ritable voix, parce qu’inscrite dans le mouvement de l’Histoire, d’écrivains dont l’image Ă©tait restĂ©e jusque‑lĂ  figĂ©e dans leurs Ɠuvres dĂ©finitives et consacrĂ©es par la doxa.