Relire les Ă©crivainsâjournalistes Ă travers leurs articles de presse : Gautier, Baudelaire & Zola
1Suite aux divers travaux qui sâintĂ©ressent depuis maintenant une dĂ©cennie Ă ce matĂ©riau oubliĂ© quâest le corpus journalistique des Ă©crivains1, lâinitiative des Ă©ditions GF Flammarion Ă©tait plus que la bienvenue. Celles-ci viennent en effet de lancer une sĂ©rie dâanthologies critiques des articles de presse majeurs des plus grands Ă©crivainsâjournalistes. Trois dâentre elles viennent de paraĂźtre, Patrick Berthier sâintĂ©ressant Ă Gautier, Alain Vaillant Ă Baudelaire et Adeline Wrona Ă Zola ; trois autres sont annoncĂ©es, oĂč MarieâĂve ThĂ©renty Ă©ditera les articles de Balzac, Marieke Stein ceux de Hugo et Pierre Glaudes ceux de Barbey dâAurevilly. Chaque anthologie prĂ©sente les articles dans un ordre chronologique, avec pour chacun une petite introduction explicative et interprĂ©tative, et de prĂ©cieuses notes pour Ă©clairer les nombreuses allusions et rĂ©fĂ©rences qui y figurent. Le lecteur dispose par ailleurs Ă la fin de lâouvrage dâune chronologie, dâune bibliographie et dâun index des noms et des titres.
2Les trois anthologies dont nous disposons pour lâinstant tĂ©moignent de la part de leurs commentateurs dâun souci commun : nous montrer un visage mĂ©connu, peutâĂȘtre parce quâils furent euxâmĂȘmes les premiers Ă pourfendre la presse de leur Ă©poque, dâĂ©crivains consacrĂ©s jusquâĂ prĂ©sent par leurs Ćuvres publiĂ©es en librairie. Un visage mĂ©connu, et pourtant essentiel. Dans une introduction Ă chaque fois riche en analyses historiques et en repĂšres biographiques, les Ă©diteurs rappellent en effet le lien Ă©troit qui unit les Ă©crivains au journalisme Ă partir des annĂ©es 1830, celuiâci ne se rĂ©duisant pas seulement Ă une activitĂ© alimentaire ou anecdotique, mais recouvrant au contraire un aspect constitutif de leur art qui permet dâen saisir toute la dimension. Le choix des articles, forcĂ©ment drastique au regard du corpus dont on dispose, vise Ă souligner la pertinence dâune telle perspective.
3Cette publication prĂ©sente aussi un intĂ©rĂȘt pour lâhistoire littĂ©raire, ou plutĂŽt, pour reprendre les mots dâAlain Vaillant, pour lâhistoire de la communication littĂ©raire, en ce quâelle permet, dâune anthologie Ă lâautre, de dĂ©gager en creux des rapports malgrĂ© tout diffĂ©rents entre les Ă©crivains concernĂ©s et le journalisme, reflĂ©tant lâĂ©volution mĂȘme du rapport entre littĂ©rature et presse. En effet, si lâon peut voir chez Gautier lâimage encore traditionnelle de lâĂ©crivainâjournaliste, Ă la fois critique dâart, de théùtre et de littĂ©rature, Baudelaire prend davantage en considĂ©ration cet espace discursif singulier qui sâouvre Ă lui, non seulement pour la publication mĂȘme de ses poĂšmes, mais aussi pour le ton, souvent ironique, quâil adopte dans ses articles. Zola, donnant naissance Ă la figure de lâ« intellectuel », parachĂšve cette inscription de la rĂ©flexion mĂ©diatique au cĆur du dispositif communicationnel littĂ©raire, dans la mesure oĂč le journal a pu ĂȘtre pour lui un laboratoire du naturalisme et une tribune pour la diffusion de ses idĂ©es.
4Nous connaissons tous le Gautier de la prĂ©face de Mademoiselle de Maupin, sâindignant comme beaucoup de ses contemporains des travers du feuilleton et de la critique. Pourtant, comme nous le rappelle Patrick Berthier2, dâune part câest dans les journaux et les revues que lâĂ©crivain a publiĂ© la plus grande partie de son Ćuvre â mais ce nâest pas cet aspectâlĂ qui lâintĂ©resse ; dâautre part, Gautier a Ă©tĂ© Ă la fois feuilletoniste et directeur ou codirecteur de plusieurs revues, laissant ainsi entendre une voix peu habituelle pour celui que lâon considĂšre comme le chef de file de lâart pour lâart. Câest cette voix que P. Berthier veut nous faire entendre Ă travers les articles quâil a retenus.
5Le lecteur a ainsi Ă sa disposition trenteâcinq articles de lâĂ©crivain sur les deux mille huit cents quaranteâtrois quâil a publiĂ©s, le premier datant de 1835, le dernier de 1872. LâĂ©diteur a bien Ă©videmment conscience du caractĂšre limitĂ© de cet Ă©chantillon, mais, en vertu de la continuitĂ© et de la rĂ©surgence des thĂšmes, ainsi que de la constance du talent journalistique de Gautier, il lâestime suffisamment reprĂ©sentatif pour dresser un portrait fidĂšle de lâĂ©crivain en « articlier ». Deux impĂ©ratifs ont par ailleurs guidĂ© ses choix : dâune part illustrer et respecter la variĂ©tĂ© du champ couvert par Gautier (dixâsept feuilletons de théùtre, treize articles de critique dâart, quatre de critique littĂ©raire et un article relevant du rĂ©cit de voyage et nâayant pas Ă©tĂ© publiĂ©, lui, en livre) ; dâautre part respecter la rĂ©partition des supports, entre articles de revue et feuilletons publiĂ©s dans les quotidiens. Enfin, il va sans dire, car lĂ nâest pas lâintĂ©rĂȘt de cette anthologie, que le lecteur nây trouvera pas de commentaires directs de lâĂ©crivain sur son Ćuvre.
6LâunitĂ© de ces articles repose sur la voix, libre et personnelle, du Gautier feuilletoniste, mĂȘlant humour, enthousiasme et indignation. Ils offrent tout dâabord une chronique culturelle enlevĂ©e de lâĂ©poque. Par ailleurs, sâil est malgrĂ© tout possible de dĂ©gager certaines lignes esthĂ©tiques directrices qui motivent les jugements de lâĂ©crivain â ainsi en estâil de la partition rĂ©currente quâil fait entre « idĂ©alistes » et « rĂ©alistes »ââ ceuxâci restent nuancĂ©s par le regard subjectif et impressionniste de celui qui les porte. Ainsi son rejet de lâacadĂ©misme en peinture lâamĂšne Ă dĂ©fendre ardemment dans ses compte rendus de Salons les « violents », « fĂ©roces » et « barbares » Delacroix et PrĂ©ault, mais cela ne lâempĂȘche pas de critiquer la nouvelle Ă©cole impressionniste reprĂ©sentĂ©e par Manet et Monet. Il fait lâĂ©loge de lâ« imagination » de Gustave DorĂ©, « qui dĂ©mĂȘle tout de suite le cĂŽtĂ© Ă©trange des choses », tout en louant ce « Balzac de la lithographie » quâest Gavarni. On dĂ©couvre ainsi un Gautier Ă©voquant avec nostalgie la bataille romantique, proclamant son admiration pour de Vigny, saluant les traducteurs sourciers et vantant ainsi les mĂ©rites de la traduction de lâIlliade par Leconte de Lisle, affichant sa prĂ©fĂ©rence pour les « spectacles oculaires » en consacrant des articles entiers au cirque, au mime et Ă la danse espagnoleâŠ
7Autant de prises de position diverses et variĂ©es qui visent Ă montrer un Ă©crivain artistiquement engagĂ© dans son temps. La bibliographie tĂ©moigne clairement de cette orientation choisie par P. Berthier. Reste Ă savoir si le rapport de Gautier au journalisme nâeĂ»t pas pu ĂȘtre davantage problĂ©matisĂ© dans le sens dâune interrogation plus gĂ©nĂ©rale sur le rapport entre littĂ©rature et presse, comme cela a Ă©tĂ© le cas pour les deux autres anthologies. Mais peutâĂȘtre quâen ce qui le concerne, un tel questionnement nâa justement pas lieu dâĂȘtre, comme peut le suggĂ©rer le fait que jusquâĂ prĂ©sent Gautier ne figure pas parmi les Ă©crivains majeurs qui le motivent. Ă la lecture des articles prĂ©sentĂ©s, ne seraitâce que du point de vue du style et de lâĂ©nonciation, la question reste toutefois ouverte.
8LâĂ©dition dâAlain Vaillant3 est en quelque sorte un aboutissement illustratif des recherches quâil a pu mener Ă la fois sur la presse et sur Baudelaire. Baudelaire ayant Ă©tĂ© comme Gautier un vĂ©ritable Ă©crivainâjournaliste, publiant des articles et la plus grande partie de son Ćuvre dans des pĂ©riodiques, cette contrainte de publication, moins Ă©conomique que simplement Ă©ditoriale, a, selon A. Vaillant, jouĂ© en retour pour le poĂšte un rĂŽle non nĂ©gligeable dans lâĂ©criture de ses textes, ne seraitâce que par la stratĂ©gie souvent ironique et mystificatrice quâil y adopte. La petite presse notamment, propre Ă cette Ă©poque, a ainsi pu constituer un vĂ©ritable « laboratoire » dâĂ©criture oĂč lâon expĂ©rimentait la singularitĂ© de la poĂ©tique journalistique. Câest lĂ , outre la volontĂ© de publier des textes fondamentaux qui ont Ă©chappĂ© Ă la doxa et de donner par lĂ mĂȘme un Ă©chantillon reprĂ©sentatif de la diversitĂ© de lâĂ©criture baudelairienne, une des grandes lignes directrices qui a manifestement orientĂ© la prĂ©sentation et le choix des textes proposĂ©s. Sur les plus de deux cents textes inĂ©dits, sans compter les anonymes, et les soixanteâquinze qui ont Ă©tĂ© republiĂ©s par la suite, le lecteur en a ainsi trente Ă sa disposition, mĂȘlant articles et poĂšmes tels quâils furent publiĂ©s pour la premiĂšre fois.
9Bien quâils soient prĂ©sentĂ©s chronologiquement, les textes en question rĂ©vĂšlent la cohĂ©rence de leur choix en fonction de grandes perspectives critiques. Nous ne reviendrons pas sur lâintĂ©rĂȘt Ă©vident dâavoir sous les yeux lâĂ©dition originale de certains poĂšmes, la diffĂ©rence avec lâĂ©dition dĂ©finitive Ă©tant particuliĂšrement sensible concernant les six « poĂšmes nocturnes » en prose publiĂ©s en 1857 dans Le PrĂ©sent. Plus intĂ©ressant du point de vue des objectifs fixĂ©s par cette anthologie est le rapport qui est Ă©tabli entre poĂ©sie et support journalistique de publication, la « Morale du joujou », qui inspirera le « Joujou du pauvre », permettant ainsi de voir le lien entre Ă©criture journalistique et poĂšme en prose, ou la publication du « ChĂątiment de lâorgueil » et du « Vin des honnĂȘtes gens » dans le Magasin des familles rĂ©vĂ©lant une vĂ©ritable mystification poĂ©tique. On voit ainsi comment Baudelaire joue avec les rĂšgles communicationnelles de la presse, ce qui se traduit la plupart du temps par un ton ironique, propre Ă cette petite presse qui est la forme dâexpression privilĂ©giĂ©e de la vie littĂ©raire de lâĂ©poque. Ce portrait dâun Baudelaire comique trouve son aboutissement dans un article mĂ©connu, et pourtant capital selon A. Vaillant, pour qui le rire est au cĆur de lâesthĂ©tique du poĂšte, « De lâessence du rire et gĂ©nĂ©ralement du comique dans les arts plastiques ». Une deuxiĂšme ligne directrice des choix opĂ©rĂ©s par lâĂ©diteur concerne bien Ă©videmment les articles critiques sur la littĂ©rature et lâart, plus attendus, oĂč les noms de Balzac, Gautier, Flaubert, Poe et Hugo reviennent le plus souvent. Enfin, une troisiĂšme grande ligne, chronologique celleâci, tient au rapport de Baudelaire Ă la politique. Ainsi lâarticle « Vive la RĂ©publique » donne la mesure de son engagement en 1848, et permet de mieux comprendre lâamertume qui sâen suivra : la publication du poĂšme « Les Limbes » dans le feuilleton du Messager de lâAssemblĂ©e, journal justement politique, en est lâexpression mĂȘme, dans la mesure oĂč il sây dessine le portrait dâun poĂšte exilĂ© parmi les hommes, comme lâest son poĂšme dans lâespace du journal.
10Ainsi le choix des textes rĂ©pond parfaitement Ă la volontĂ© dâA. Vaillant de jeter une lumiĂšre nouvelle sur lâĂ©criture baudelairienne, en resituant celleâci dans sa situation dâĂ©nonciation singuliĂšre, liĂ©e au support journalistique. Pour autant, comme lâavaient dĂ©jĂ suggĂ©rĂ© certains articles du critique sur la question, et dont il reprend dâailleurs ici un certain nombre dâanalyses, ce lien avec la presse nâest pas forcĂ©ment immĂ©diat, ni systĂ©matique, et son application Ă lâensemble de lâĆuvre de Baudelaire peut se rĂ©vĂ©ler plus moins convaincante. Elle lâest, toujours estâil, pour ce qui est des textes prĂ©sentĂ©s, et permet surtout, auâdelĂ dâune orthodoxie critique qui tend Ă simplifier la lecture de textes figĂ©s dans les publications dĂ©finitives, de comprendre toute la complexitĂ© de cette Ă©criture protĂ©iforme et toujours en mouvement.
11Des trois anthologies, celle sur Zola prĂ©sente peutâĂȘtre le travail Ă©ditorial le plus architecturĂ©. Ceci est en partie dĂ» au rapport particuliĂšrement Ă©troit que lâĂ©crivain entretenait avec la presse, et, de fait, son Ćuvre journalistique est immense. La singularitĂ© de ce rapport nâest pas un hasard, car, auâdelĂ des ambitions personnelles de lâhomme de lettres, il ne fait quâexprimer la connivence inĂ©vitable entre la poĂ©tique journalistique et les doctrines naturalistes, comme cela a pu aussi ĂȘtre le cas aux ĂtatsâUnis ou en Allemagne. Mais cette connivence ne sâest pas faite sans heurts ni refus. Aussi Ă travers cette anthologie Adeline Wrona veutâelle montrer la trajectoire dâun Ă©crivain aux prises avec un univers mĂ©diatique qui connaĂźt alors une expansion sans prĂ©cĂ©dent. Zola a ainsi fait ses armes dans la presse, ce qui lui a permis Ă la fois dâĂ©laborer, en tant que critique, ses propres conceptions esthĂ©tiques, et dâaffirmer, au fur et Ă mesure quâil acquĂ©rait de la notoriĂ©tĂ©, sa propre voix. Le journal a donc dans une certaine mesure constituĂ© un lieu de rĂ©flexion et un media privilĂ©giĂ©s instituant un nouveau rapport de lâĂ©crivain et de son art au monde contemporain, et qui est au fondement de la pensĂ©e naturaliste. Lâintroduction du critĂšre historique dans lâĂ©valuation du beau, lâĂ©mergence de la figure de lâintellectuel, tout cela Zola le doit Ă son travail journalistique, Ă ce quâil en a tirĂ© comme enseignement, que celui-ci fĂ»t nĂ©gatif ou positif.
12Les articles de Zola, innombrables, nâont jamais Ă©tĂ© publiĂ©s dans leur totalitĂ©. Le lecteur nâen connaĂźt que les versions lĂ©gitimĂ©es par lâĂ©crivain luiâmĂȘme lors de la republication en volume. Aussi A. Wrona aâtâelle pris le parti du support, câestâĂ âdire de la premiĂšre publication. Elle a retenu trente articles, regroupĂ©s chronologiquement par titres de presse, le tout divisĂ© en cinq parties, qui montrent comment lâĂ©crivain est sorti vainqueur de son combat avec la presse.
13La premiĂšre partie couvre la pĂ©riode de 1864 Ă 1869 et met en scĂšne les dĂ©buts de Zola dans cette « école de la contrainte » quâest le journalisme, comme en tĂ©moignent par exemple les « Confidences dâune curieuse » signĂ©es Pandore. Lâobjectif dâA. Wrona est ici de montrer comment le « je » dâun Ă©crivain encore peu connu sâest constituĂ© en contiguĂŻtĂ© avec le « je » du journaliste, notamment celui du critique. Aussi certains articles, comme « Du progrĂšs dans les sciences et la poĂ©sie » ou la critique de Germinie Lacerteux, esquissentâils dĂ©jĂ les fondements du naturalisme, prĂŽnant une esthĂ©tique individualiste fondĂ©e sur le positivisme et visant Ă dire la vĂ©ritĂ© de lâhomme moderne.
14La deuxiĂšme partie, qui couvre la pĂ©riode de 1870 Ă 1872, montre Zola journaliste face Ă lâHistoire. Il y figure un article inĂ©dit de La Marseillaise, journal créé par lâĂ©crivain pendant la guerre de 1870. On y dĂ©couvre alors le journaliste de guerre, et surtout un Ă©crivain pour qui littĂ©rature et politique doivent ĂȘtre liĂ©es, la fiction ayant aussi sa pertinence pour « parler de lâĂąge actuel ». Est abordĂ©e Ă©galement dans un article important des « Causeries du dimanche » la question de la mort de Dieu, impliquant « lâabandon des fables anciennes » pour la crĂ©ation proprement humaine.
15La troisiĂšme partie, qui couvre les annĂ©es 1870, se consacre Ă la dimension mĂ©diatique du naturalisme. On retiendra en particulier lâarticle sur « la presse française », oĂč Zola retrace son histoire, opposant lâancien journalisme au nouveau journalisme dâinformation, quâil dĂ©crie, proposant ainsi une forme de journalisme idĂ©al, oĂč le cadre ancien serait adaptĂ© aux besoins nouveaux. On voit par ailleurs Zola diffuser dans ses critiques sur le théùtre, Flaubert ou Sand sa conception du naturalisme, quâil oppose Ă lâidĂ©alisme.
16La quatriĂšme partie rend compte de la campagne du Figaro, journal oĂč passe alors Zola, consĂ©quence des failles dans le camp rĂ©publicain entre monde politique et monde littĂ©raire, et aboutissant aux adieux de lâĂ©crivain au journalisme dans un article de 1881. Il y dresse un bilan nuancĂ© de cette « seule Ă©cole virile » pour les Ă©crivains : « il faut avoir longtemps souffert et usĂ© du journalisme, pour le comprendre et lâaimer ».
17La cinquiĂšme partie, enfin, est naturellement dĂ©diĂ©e Ă lâaffaire Dreyfus, qui a consacrĂ© en Zola la figure de lâintellectuel. Y figurent en prĂ©ambule des articles de la nouvelle campagne du Figaro, portant sur la RĂ©publique, trop vertueuse dans un monde trop viciĂ©, et sur lâantisĂ©mitisme. Le tout sâachevant bien Ă©videmment par les articles de LâAurore.
18Les textes proposĂ©s et commentĂ©s par A. Wrona montrent donc parfaitement le rĂŽle quâa pu jouer le journalisme dans la carriĂšre de Zola et le dĂ©veloppement de ses conceptions esthĂ©tiques autour de la question du rapport entre lâart et le monde moderne. Elle ne nous invite que davantage Ă aller rechercher les autres articles, ou du moins Ă espĂ©rer quâun jour il nous en sera enfin donnĂ© une Ă©dition complĂšte, car manifestement, plus que pour tout autre Ă©crivain, ils reprĂ©sentent une part constitutive de son Ćuvre.
19Ces trois anthologies prĂ©sentent un intĂ©rĂȘt certain, Ă la fois pour les auteurs en particulier, car ils en renouvellent la lecture, et pour lâhistoire littĂ©raire en gĂ©nĂ©ral, car elles montrent le rĂŽle non nĂ©gligeable que la presse a jouĂ© dans son Ă©volution. Nous attendons donc les trois prochaines avec impatience, et espĂ©rons que la sĂ©rie ne sâarrĂȘtera pas lĂ , car le xixe siĂšcle ne marque que le dĂ©but de cette inscription Ă la fois fructueuse et problĂ©matique de la littĂ©rature dans lâĂšre mĂ©diatique. Le travail critique qui nous est proposĂ© permet vĂ©ritablement dâen situer les enjeux, et compense ainsi par son efficacitĂ© la limitation du corpus prĂ©sentĂ©. CâĂ©tait certes lĂ une contrainte inĂ©vitable de lâĂ©dition de poche, mais celleâci rend ces textes essentiels dâautant plus accessibles au grand public : leur lecture ne relĂšve pas seulement de lâĂ©rudition universitaire, mais permet bien plus de redĂ©couvrir, de rĂ©entendre mĂȘme, la vĂ©ritable voix, parce quâinscrite dans le mouvement de lâHistoire, dâĂ©crivains dont lâimage Ă©tait restĂ©e jusqueâlĂ figĂ©e dans leurs Ćuvres dĂ©finitives et consacrĂ©es par la doxa.

