Acta fabula
ISSN 2115-8037

Volume 12, numéro 5
Gaël Prigent

Les Rougon-Macquart : histoire biblique d’une famille sous le Second Empire

Clélia Anfray, Zola biblique. La Bible dans les Rougon-Macquart, Paris : Cerf, coll. « Littérature », 2010, 230 p., EAN 9782204093149.

1L’image traditionnellement attachĂ©e Ă  Émile Zola est celle de l’écrivain naturaliste par excellence, ce qui signifierait de facto une distance Ă  l’égard du matĂ©riau biblique identifiĂ© Ă  la religion elle-mĂȘme, qu’on aurait grand tort de confondre avec un mĂ©pris justifiant une parfaite ignorance des Écritures par l’auteur des Rougon-Macquart. Toute l’ambition de l’ouvrage de ClĂ©lia Anfray, version abrĂ©gĂ©e d’une thĂšse de doctorat dirigĂ©e par Jean‑Yves TadiĂ© — et dont on pourrait regretter qu’elle ait Ă©tĂ© simplifiĂ©e pour la ramener aux proportions d’un simple essai —, est prĂ©cisĂ©ment de mettre Ă  mal cette image d’Épinal, non pas en s’appuyant sur la perspective scripturaire qui prĂ©sidera Ă  l’écriture utopique du double cycle des Trois Villes et des Quatre Évangiles, mais mieux encore en montrant combien tout l’imaginaire du grand cycle romanesque qui fait la renommĂ©e de l’auteur est dĂ©jĂ  entiĂšrement marquĂ© par cette inspiration inattendue : « malgrĂ© la profonde aversion de Zola pour la chose religieuse, son Ɠuvre se nourrit tout entiĂšre de l’imaginaire biblique1. »  Il s’agit donc d’une Ă©tude de l’imaginaire zolien, qui prend bien garde de ne jamais faire dire aux Ɠuvres ce qu’elles ne disent manifestement pas, ni Ă  transformer Zola en converti qui s’ignore, en « chrĂ©tien contrariĂ©2. »

2Mais avant mĂȘme cette apocalypse thĂ©matique, qui s’inscrit dans le sillon des Ă©tudes menĂ©es par Jacques Noiray, Robert Couffignal et bien d’autres, que le travail de Cl. Anfray approfondit et nuance avec clartĂ© et prĂ©cision, le premier intĂ©rĂȘt de l’ouvrage est de nous rĂ©vĂ©ler le contenu le plus concret de la bibliothĂšque scripturaire du romancier. Et mĂȘme si au bout du compte le constat auquel on doit se rĂ©soudre est celui de l’ignorance, mĂȘme s’il nous est impossible de savoir avec prĂ©cision quelles Ă©ditions, quelles traductions Zola a pu pratiquer, nous apprenons du moins qu’il possĂ©dait une traduction de la Vulgate par Jean‑Jacques BourassĂ© et Pierre‑DĂ©sirĂ© Janvier, dite Bible de Tours, illustrĂ©e par Gustave DorĂ© et parue en 1866. Or, cette bible dit d’emblĂ©e, — et mieux encore que le faible nombre d’occurrences du mot « bible » lui-mĂȘme, sous une forme ou une autre, dans les Rougon‑Macquart (seulement neuf au total) — toute l’ambivalence du rapport zolien au texte sacré : d’une part parce que l’apparente attention Ă  la lettre mĂȘme de la Vulgate masque une naĂŻvetĂ© et une mĂ©connaissance touchantes, rappelĂ©es par Cl. Anfray Ă  la fin de son livre et dans un entretien accordĂ© Ă  France Culture3  dans lequel elle souligne que le romancier naturaliste, Ă  rebours de toute rigueur documentaire, fit de l’ouvrage le modĂšle de l’unique bible prĂ©sente dans le corpus (dans Le Docteur Pascal), une bible du xve siĂšcle donnĂ©e par consĂ©quent comme une bible en français, quand la premiĂšre traduction en langue vulgaire date du siĂšcle suivant ; d’autre part et surtout parce que ce qui y retint son attention, on le voit, fut moins le texte lui-mĂȘme que son illustration, la reprĂ©sentation visuelle du texte qui l’inspira et lui donna matiĂšre Ă  fantasme(s).

3Ces fantasmes, ces diffĂ©rentes figures et rĂ©fĂ©rences bibliques, sont ensuite classĂ©s en une vaste typologie qui s’étend sur cinq chapitres : le thĂšme de l’hĂ©rĂ©ditĂ© et de la sexualitĂ© tirĂ© de la GenĂšse ii et iii pour commencer ; le thĂšme de l’inimitiĂ© fraternelle illustrĂ© par le mythe d’Abel et CaĂŻn dans le quatriĂšme chapitre du mĂȘme livre vĂ©tĂ©ro‑testamentaire ; le thĂšme de la citĂ© maudite, Sodome ou Babylone ensuite ; l’intertextualitĂ© paulinienne ; enfin, pour terminer, la figure messianique du Christ et de sa prĂ©figure davidique envisagĂ©es comme types scripturaires du romancier lui-mĂȘme.

4Relativement au thĂšme de l’hĂ©rĂ©ditĂ©, et aprĂšs avoir dĂšs son avant-propos soulignĂ© l’étrange rencontre de Zola avec l’augustinisme du pĂ©chĂ© originel, Cl. Anfray s’attache Ă  trouver la juste traduction du dĂ©terminisme zolien, en ne niant rien de ce qu’il emprunte Ă  la Bible, mais sans pour autant rattacher en quoi que ce soit ce qui, d’ordre mythologique, demeure purement esthĂ©tique Ă  un quelconque christianisme de l’auteur. Ce faisant, elle insiste sur une constante de l’imaginaire zolien : l’association systĂ©matique de la faute Ă  la femme, chez un auteur pourtant fĂ©ministe par ailleurs. C’est non seulement la figure d’Ève, mais peut-ĂȘtre mieux encore celle de Lilith, qui sert ici de type Ă  cette fĂ©minitĂ© essentiellement dĂ©moniaque, instrument de la chute de l’homme par la sexualitĂ© qu’incarne Nana. C’est encore le topos du jardin tel que le figure le Paradou de La Faute de l’abbĂ© Mouret, image mĂ©tonymique de l’action corruptrice exercĂ©e par la femme sur l’homme, et un homme en proie Ă  une tentation malĂ©fique et satanique qui plus est, qui servent Ă  nourrir cet argumentaire aboutissant Ă  la double conclusion que Zola « semble confondre Dieu et Satan en une seule et mĂȘme figure4 », et que le roman du prĂȘtre, dont l’autre exemple est La ConquĂȘte de Plassans oĂč se rencontre l’abbĂ© Faujas, est une vĂ©ritable réécriture de la GenĂšse. Mais la force de la dĂ©monstration n’est pas tant ici de mettre au jour les diffĂ©rents Ă©lĂ©ments qui constituent cette réécriture incontestable que d’en rĂ©vĂ©ler la nature profondĂ©ment paradoxale : en effet, le but mĂȘme du rĂ©cit zolien Ă©tant de s’inscrire en faux contre la conception chrĂ©tienne imputant la faute Ă  la femme, son roman met en scĂšne presque malgrĂ© lui un schĂšme qui rĂ©pond exactement aux mĂȘmes reprĂ©sentations et fait d’Albine la sƓur en Ève ou en Lilith de RenĂ©e ou de Nana :

Non seulement le pĂ©chĂ© tire son origine de la femme — tante Dide l’aĂŻeule de la famille —, mais il se transmet de mĂšre en fille : de Gervaise Ă  Nana, de Marie Pichon Ă  Lilitte, d’HĂ©lĂšne Ă  Jeanne5.

5Le mythe d’Abel et CaĂŻn offre presque autant d’illustrations dans le corpus. Mais lĂ  encore, un exemple s’offre en modĂšle aux autres : le couple fraternel du Ventre de Paris, roman dont la réécriture qu’il offre de la GenĂšse est dĂ©nudĂ©e  dans le texte lui-mĂȘme par une allusion Ă  la tradition mĂ©diĂ©vale de la Dispute des Gras et des Maigres, diffusĂ©e par la peinture et les tableaux de Breughel l’Ancien en particulier, et qui donne Ă  entendre le retour opĂ©rĂ© par Zola Ă  une lecture traditionnelle du personnage de CaĂŻn comme meurtrier, aprĂšs la rĂ©interprĂ©tation qu’en avait offert le romantisme : « Pour sĂ»r [
], CaĂŻn Ă©tait un Gras et Abel un Maigre », Ă©crit en effet le romancier. La rivalitĂ© entre Rougon et Macquart, structurelle dans le cycle tout entier, se retrouve dans les couples fraternels de Saccard et d’EugĂšne Rougon, de Florent et Quenu, voire de Jacques Lantier et Pecqueux qui s’entretuent dans La BĂȘte humaine. La lutte fratricide est une lutte pour le pouvoir, qui se dĂ©cline aussi sous la forme parodique de La Terre, réécriture grotesque de l’histoire de Jacob et EsaĂŒ comme de la parabole du fils prodigue, inflĂ©chissant le sens du mythe vers une plus grande ambivalence, les rĂŽles attribuĂ©s respectivement Ă  l’aĂźnĂ© et au puĂźnĂ© Ă©tant moins nettement manichĂ©ens. Une derniĂšre variation du thĂšme se retrouve dans L’Argent, roman dans lequel la fraternitĂ© de Busch et Sigismond n’a plus rien d’une lutte mais se prĂ©sente comme un amour vĂ©ritable, sans que cela attĂ©nue en rien la possible culpabilitĂ© de l’un quant Ă  la mort de l’autre, le meurtre Ă©tant cette fois transposĂ© dans l’ordre symbolique du rapport antagoniste Ă  l’argent et au capitalisme.

6Le troisiĂšme chapitre est ensuite consacrĂ© aux citĂ©s maudites en lesquelles se reconnaissent le Plassans du dĂ©but du cycle et le Paris du Second Empire. LĂ  encore, l’opposition zolienne rencontrerait celle posĂ©e par Saint Augustin dans La CitĂ© de Dieu, entre une JĂ©rusalem terrestre, associĂ©e Ă  CaĂŻn comme fondateur de la citĂ© maudite d’HĂ©noch et vouĂ©e Ă  la destruction, et la JĂ©rusalem cĂ©leste, associĂ©e Ă  Abel et promise Ă  l’éternitĂ©, l’une reprĂ©sentant l’Empire et l’autre l’utopie d’une RĂ©publique encore Ă  inventer. Comme figure politique, la premiĂšre invite Ă  des comparaisons avec nombre de citĂ©s bibliques dĂ©jĂ  rĂ©pertoriĂ©es par les PĂšres de l’Église et qu’il est Ă©tonnant de retrouver sous la plume de Zola : c’est Plassans d’emblĂ©e comparĂ©e Ă  Babylone par son architecture toute fortifiĂ©e et forclose, et aussi Ă  Rome comme citĂ© corrompue, avant que Paris ne vienne filer le mĂȘme rapprochement, le Paris reconstruit de La CurĂ©e en Babel, celui du Ventre de Paris et d’Une page d’amour en Sodome ou en Gomorrhe, celui de L’Argent et plus encore de La DĂ©bĂącle en Ninive et en Babylone, mais celle de l’Apocalypse cette fois, oĂč l’image de la Grande ProstituĂ©e offre la rĂ©fĂ©rence attendue qui permet Ă  Zola de donner Ă  sa description de la chute d’un rĂ©gime les accents prophĂ©tiques et bibliques de la fin d’un monde, dont Cl. Anfray montre nĂ©anmoins qu’elle a ceci de particulier par rapport Ă  celle de Saint Jean de n’ĂȘtre que le prologue Ă  l’avĂšnement d’une citĂ© idĂ©ale toute terrestre Ă  laquelle seront consacrĂ©es les Ɠuvres postĂ©rieures de l’auteur. On touche lĂ  la limite du rapprochement possible entre Zola et le catholicisme : la rĂ©orchestration d’un certain nombre de thĂšmes et de mythes bibliques n’engage aucune croyance ni mĂȘme de convergence idĂ©ologique avec une religion chrĂ©tienne quelle qu’elle soit, dans la mesure oĂč le christianisme est perçu comme une de ces vieilleries qui doivent ĂȘtre emportĂ©es avec le cataclysme final et remplacĂ©es par une religion nouvelle, marquant le retour Ă  un Âge d’or utopique. Les emprunts aux mythes bibliques, Ă  l’Ancien comme au Nouveau Testament sont donc purement littĂ©raires : qu’il s’agisse de la réécriture de l’histoire de Lot et de ses filles fuyant Sodome dans Pot-Bouille, qui donne encore une fois le plus mauvais rĂŽle aux femmes, et aux filles Josserand en particulier, ou de celle du livre d’Esther dans Au bonheur des dames, qui fait du personnage de Denise une nouvelle incarnation de la reine juive antique et le premier personnage fĂ©minin positif du cycle, celui par lequel le peuple de toutes les femmes zoliennes est libĂ©rĂ©.

7Qui dit utopie et libĂ©ration dit socialisme. Et l’on en arrive alors au chapitre que Cl. Anfray consacre au paulinisme de Zola, qui se rĂ©vĂšle ĂȘtre en rĂ©alitĂ© un renanisme. En effet, c’est chez l’auteur de la Vie de JĂ©sus que le romancier a trouvĂ© l’idĂ©e qu’il mettra notamment en scĂšne dans Germinal d’un parallĂšle possible entre le christianisme des premiers temps et le socialisme balbutiant. Mais plus prĂ©cisĂ©ment et exactement dans son Saint Paul, davantage que dans l’ouvrage qui a fait la cĂ©lĂ©britĂ© de l’AcadĂ©micien trĂ©gorrois. Car s’il est Ă©tabli que Zola a Ă©tĂ© lecteur attentif de Renan, il serait restĂ© trĂšs distant du romantisme de celui qui prĂ©fĂ©rait JĂ©sus Ă  Paul, quand lui-mĂȘme Ă©tait sans doute bien plus fascinĂ© par l’ApĂŽtre des gentils, succombant largement et en toute conscience Ă  ce qui Ă©tait pour Renan l’erreur de voir en lui, en lieu et place de JĂ©sus, le vĂ©ritable fondateur du christianisme : artisan laborieux d’une religion nouvelle, promise Ă  un avenir universel, et piochĂ©e de concert avec ces mineurs opĂ©rant un travail souterrain que furent les ApĂŽtres, et ces premiers chrĂ©tiens vivant dans des catacombes, emmenĂ©s par un Étienne qui en annonce un autre, le Lantier de Germinal, Ă  la tĂȘte lui aussi d’un peuple de besogneux qui le conduiront au martyre. Le socialisme prĂȘchĂ© par le personnage dans le roman est d’ailleurs prĂ©sentĂ©  sous un jour largement Ă©vangĂ©lique, qu’on retrouvera chez le pourtant marxiste Sigismond dans L’Argent, se rĂ©sumant Ă  la formule paulinienne : « à chacun selon ses Ɠuvres », qui pose la question de la dĂ©finition du mĂ©rite selon Zola, pĂšre d’un naturalisme qu’on ne peut pourtant pas qualifier de mystique, mais qui semble nĂ©anmoins Ă  ses heures ne pas se rĂ©soudre Ă  la fatalitĂ© d’un pur et simple dĂ©terminisme. Il semble mĂȘme qu’il y ait place chez lui, si l’on en croit Cl. Anfray, pour quelque chose qu’on pourrait appeler charitĂ©, qu’incarnerait la Pauline (au prĂ©nom Ă©loquent) de La Joie de vivre, elle qui ressuscite un enfant mort-nĂ©, un petit Paul, moins Ă  la façon de JĂ©sus plongeant au cƓur des tĂ©nĂšbres pour en faire ressurgir Lazare, qu’à la maniĂšre du prophĂšte ÉlisĂ©e redonnant vie au fils de la Sunamite, mais surtout Ă  la façon dont les ÉpĂźtres conçoivent et dĂ©finissent la charité : une communion de tous dans le Christ dont chacun devient un des membres. Cette fois, d’un point de vue presque idĂ©ologique, un rapprochement s’opĂšre entre les vues de Zola et la thĂ©ologie paulinienne, qui expliquerait en partie qu’on ne trouve aucune transposition du converti de Damas sous les traits d’un personnage romanesque dans les Rougon-Macquart : entreprise trop risquĂ©e.

8 Une figure biblique pourtant, bien que largement positive, trouve pour finir une place particuliĂšre dans l’Ɠuvre : celle du roi David, derriĂšre laquelle se reconnaĂźt celle de Zola lui-mĂȘme, et par laquelle le Christ dont le roi messianique n’est que la prĂ©figure ferait retour sous la plume du romancier. Car la figure de JĂ©sus reste prĂ©sente chez lui, qui ne se comprend nĂ©anmoins qu’en opposition Ă  celui dĂ©crit par Renan : contestant l’idĂ©e d’un Christ acceptant le sacrifice et se mouvant dans une GalilĂ©e paradisiaque, Zola semble plutĂŽt concevoir un JĂ©sus libĂ©rateur d’un peuple opprimĂ©, roi mettant un terme Ă  l’attente de son peuple, comme aussi

tous les personnages [des Rougon-Macquart] ne semblent au fond qu’attendre cette venue du Messie, celui-lĂ  mĂȘme sur lequel s’achĂšve la saga, ce fils de Pascal Rougon qui doit ĂȘtre « le messie que le prochain siĂšcle attend [
], qui tirera [
] les peuples de leur doute et de leur souffrance »6.

9Dans ses Notes sur la Vie de JĂ©sus de Renan, Zola confessait mĂȘme ce projet d’écrire, pour prĂ©senter la religion nouvelle qu’il mĂ©dite, la vie d’un « illuminĂ© qui veut recommencer le Christ », de sorte que tout le cycle, d’oĂč toute trace de ce personnage — sinon Ă  travers le Docteur Pascal lui-mĂȘme —, a disparu, puisse se lire comme une réécriture Ă©vangĂ©lique. L’ultime roman du cycle met d’abord en scĂšne un couple de protagonistes : le Docteur Pascal et sa jeune auxiliaire Clotilde, dans lesquels se reconnaissent tout Ă  la fois Zola et Jeanne Rozerot d’une part, le roi David et la servante AbisaĂŻg d’autre part ; au-delĂ  de la « typologie » biographique, par laquelle Zola met en scĂšne ses propres amours au prix de quelques transformations (puisque David n’a jamais connu AbisaĂŻg), c’est aussi Ă  une typologie symbolique que l’on a affaire. Vieux et sage, le hĂ©ros est Ă  la fois le roi vĂ©tĂ©ro-testamentaire et le Christ de PĂąques, celui de la RĂ©demption et de la RĂ©surrection que son prĂ©nom annonce. Mais son credo est scientifique, foi religieuse pour temps modernes, celle d’un faiseur de miracles mĂ©dicaux, nouveau surgeon sorti d’un nouvel arbre de JessĂ© et qui donnera naissance Ă  un nouveau rejeton susceptible d’ĂȘtre un nouveau messie.

10Au bout du compte, synthĂ©tisant ce que nous apprend cette Ă©tude, ClĂ©lia Anfray insiste sur quelques traits saillants : le pessimisme caractĂ©ristique de la conception zolienne du dĂ©terminisme, oĂč elle retrouve quelque chose de la prĂ©destination augustinienne et protestante ; la misogynie inattendue d’un auteur progressiste et fĂ©ministe ; l’évangĂ©lisme socialiste du Zola utopiste. On pourrait encore, si on y ajoutait l’importance de lectures comme L’Imitation de JĂ©sus-Christ et la LĂ©gende dorĂ©e, celle de la peinture et de l’iconographie en gĂ©nĂ©ral comme mĂ©diation entre l’auteur et les Écritures, spĂ©cialement de certaines scĂšnes emblĂ©matiques reprĂ©sentant des personnes comme Esther ou le roi David, la prĂ©gnance dans le corpus biblique des livres de la GenĂšse et de l’Apocalypse, rappeler Ă  quel point Zola est un Ă©crivain de son temps. Et, sans aller jusqu’à en faire un Ă©crivain dĂ©cadent, qu’il n’a pas plus Ă©tĂ© qu’il n’a Ă©tĂ© catholique, s’étonner encore de le voir cultiver les mĂȘmes lectures, celle de Saint Paul en particulier, qu’un converti comme Huysmans, qui s’éloigna de lui notamment pour des questions spirituelles et religieuses. Ce qui est sĂ»r, et qui avait besoin d’ĂȘtre dĂ©montrĂ©, c’est qu’un Zola biblique existe : Zola a lu la Bible. Sans doute partiellement, et dans une perspective trĂšs subjective. Mais elle nourrit son Ɠuvre, en profondeur, comme aussi la rĂ©flexion de son auteur. Loin d’ĂȘtre un simple document susceptible de fournir un matĂ©riau d’importance secondaire, elle est au contraire une vĂ©ritable matrice : celle de l’imaginaire zolien, celle aussi des Rougon-Macquart.