Acta fabula
ISSN 2115-8037

Volume 12, numéro 7
Jacques-Louis Lantoine

Vauvenargues philosophe : pour une métaphysique de la liberté vraie

Laurent Bove, Vauvenargues ou le séditieux. Entre Pascal et Spinoza. Pour une philosophie de la seconde nature, Paris : Honoré Champion, coll. "Libre pensée et littérature clandestine", 2010, 336 p., EAN 9782745320858.

1L’Ɠuvre de Vauvenargues apparaĂźt, dans le champ intellectuel et littĂ©raire, comme celle d’un moraliste certes non dĂ©nuĂ© de talent, mais qui reste cependant un auteur mineur. Ce pourquoi beaucoup ne l’ont d’ailleurs pas lu. Quant Ă  ceux qui l’ont fait, leur jugement peut trouver sa raison d’ĂȘtre dans diffĂ©rents facteurs que Laurent Bove, dans Vauvenargues ou le sĂ©ditieux, s’attache Ă  dĂ©gager au dĂ©but de son ouvrage. VĂ©ritable enquĂȘte philologique, on comprend dans cette introduction passionnante que l’essentiel de la pensĂ©e vauvenarguienne a Ă©chappĂ© Ă  ses lecteurs pour des raisons qui tiennent autant aux prĂ©jugĂ©s des Ă©diteurs successifs qu’à des malentendus parfois entretenus par Vauvenargues lui‑mĂȘme, celui‑ci faisant en effet preuve de prudence dans le choix des textes Ă  publier, et cherchant toujours Ă  masquer son nĂ©cessitarisme1 et ses positions mĂ©taphysiques. Ainsi, des textes fondamentaux comme le Discours sur la libertĂ© ou le TraitĂ© sur le libre arbitre n’ont Ă©tĂ© publiĂ©s qu’en 1806, et par un Ă©diteur qui n’aura pas choisi les versions du texte les plus radicales
2 Gilbert, qui publiera Ă  nouveau ces textes en 1857, croit pouvoir prĂ©venir, dans l’ « Avertissement », que ces textes sont contradictoires avec le reste de l’Ɠuvre, folies de jeunesse qui seront d’aprĂšs lui abandonnĂ©es ! C’est donc cet essentiel de la pensĂ©e vauvenarguienne qui a longtemps Ă©chappĂ© Ă  ses lecteurs que L. Bove s’efforce de dĂ©gager aprĂšs ce travail philologique, transformant radicalement l’image de Vauvenargues3 : d’un moraliste estimable, celui‑ci devient en effet philosophe dotĂ© d’une mĂ©taphysique qui le conduit, tant sur le plan Ă©thique que politique, Ă  soutenir des positions sĂ©ditieuses.

Vauvenargues, métaphysicien spinoziste

2C’est bien, dans un premier temps, de mĂ©taphysique ou d’ontologie qu’il s’agit dans cet ouvrage. L’idĂ©e est ici, comme le sous‑titre l’indique, Entre Pascal et Spinoza. Pour une philosophie de la seconde nature, de situer et d’identifier la pensĂ©e de Vauvenargues dans son rapport, implicite ou explicite, actuel ou virtuel, Ă  des philosophes, afin de montrer la cohĂ©rence et la profondeur de sa rĂ©flexion Ă©thique et politique, qui ne se rĂ©duit pas Ă  celle d’un moraliste. Selon L. Bove, cette rĂ©flexion Ă©thique et politique ne prend en effet tout son sens que dans et par un systĂšme conceptuel articulĂ© Ă  partir de l’affirmation, spinoziste dans son inspiration4, d’une Nature ou d’un Dieu comme puissance productive absolument infinie et immanente. Une telle thĂšse conduit Ă  considĂ©rer qu’ignorer et/ou refouler ces soubassements mĂ©taphysiques ne peut que produire une mĂ©connaissance totale de l’Ɠuvre. Il faut donc rĂ©apprendre Ă  lire Vauvenargues, au travers notamment de la pensĂ©e de Spinoza, que L. Bove connaĂźt particuliĂšrement bien puisqu’il est un Ă©minent spĂ©cialiste du philosophe hollandais5. Finalement, ce livre semble Ă©crit Ă  deux, le commentateur réécrivant une part de l’Ɠuvre restĂ©e trop longtemps inaperçue, le commentĂ© constituant un spinozisme nouveau et original, teintĂ© certes de thĂšmes pascaliens, mais surtout animĂ© d’une sorte d’hĂ©roĂŻsme impĂ©tueux propre Ă  l’écrivain provençal.

3Qu’en est-il prĂ©cisĂ©ment de cette mĂ©taphysique au fondement mĂȘme des maximes et rĂ©flexions du moraliste ? Vauvenargues Ă©crit :

Le feu, l’air, l’esprit, la lumiĂšre, tout vit par l’action. De lĂ  la communication et l’alliance de tous les ĂȘtres. De lĂ  l’unitĂ© et l’harmonie dans l’univers. Cependant,  cette loi de la nature si fĂ©conde nous trouvons que c’est un vice dans l’homme. Et parce qu’il est obligĂ© d’y obĂ©ir, ne pouvant subsister dans le repos, nous concluons qu’il est hors de sa place6.

4Cette affirmation, « dĂ©cisive » selon L. Bove, ne doit pas ĂȘtre comprise dans un sens mystique (ce qui est arrivĂ©), encore moins poĂ©tique, mais dans le sens d’une ontologie dynamique qui identifie l’ĂȘtre avec la puissance, la puissance avec l’action, et soutient une nĂ©cessitĂ© immanente de la productivitĂ© de la nature, productivitĂ© qui s’accomplit en et par7 l’homme notamment. « L’unitĂ© et l’harmonie » ne doivent pas davantage ĂȘtre conçues Ă  l’aune d’une perspective tĂ©lĂ©ologique (et forcĂ©ment thĂ©ologique) lisant dans l’univers la marque d’un ordre divin transcendant. On pourrait dire qu’il ne s’agit pas pour Vauvenargues de penser un univers apparemment contradictoire rĂ©conciliĂ© dans l’optique de la grĂące ou de la bontĂ© divine, mais d’une conciliation du multiple qui trouve son unitĂ© dans sa dĂ©pendance Ă  l’égard de ce qu’on appellera, comme on voudra, Dieu ou la Nature. L’unitĂ© et l’harmonie sont Ă  entendre en un sens si peu tĂ©lĂ©ologique, que Vauvenargues n’hĂ©site pas Ă  parler parfois de hasard plutĂŽt que de nĂ©cessitĂ©8. L’ontologie vauvenarguienne est donc au plus loin d’une thĂ©ologie chrĂ©tienne, le Dieu du philosophe provençal n’ayant pas grand chose Ă  voir avec celui, par exemple, de Pascal. En effet, par-delĂ  l’influence du penseur jansĂ©niste, souvent citĂ© par Vauvenargues (au contraire de Spinoza, auquel il est fait une seule fois allusion dans son Ɠuvre) et rĂ©ellement admirĂ©, s’énonce une philosophie de l’affirmation de la vie qui transformera radicalement, nous en reparlerons, le sens des concepts pascaliens mobilisĂ©s. Selon Vauvenargues, « Pascal sest trompe dans son sistĂšme » (sic) en ce qu’il se fonde sur « bien des principes faux »9.

5Cette mĂ©taphysique authentiquement spinoziste ne se rĂ©vĂšle jamais aussi bien que dans les Ɠuvres de Vauvenargues portant sur la question ĂŽ combien dĂ©licate du libre arbitre, question dont on a longtemps, nous l’avons dit, ignorĂ© ou refoulĂ© l’importance ou la signification. L. Bove montre de façon extrĂȘmement convaincante le caractĂšre central de ces textes que sont le Discours sur la libertĂ© et le TraitĂ© sur le libre arbitre10, traitĂ© oĂč se trouve dĂ©fendue la thĂšse d’une « dĂ©pendance totale et continue » de l’homme Ă  l’égard de Dieu qui n’est jamais que puissance de production de la nature (et non pouvoir crĂ©ateur) selon des lois immanentes. DĂ©pendance ne signifie en rien fatalisme ou destin, en ce que cette nĂ©cessitĂ© des lois de la nature passe, encore une fois, « dans et par » l’action humaine, de façon absolument immanente. Contre le libre arbitre, qui rendrait incomprĂ©hensible la puissance du dĂ©sir et de la volontĂ©, et ferait de l’homme un « empire dans un empire » selon l’expression de Spinoza11, Vauvenargues voit dans la libre nĂ©cessitĂ© le plus haut degrĂ© possible de liberté : ĂȘtre libre, c’est d’abord agir et penser d’aprĂšs les seules lois de notre nature, « par nous-mĂȘmes » si l’on veut, c’est-Ă -dire indĂ©pendamment des contraintes extĂ©rieures, selon une « causalitĂ© intrinsĂšque ou causalitĂ© propre de l’ĂȘtre qui se dĂ©ploie singuliĂšrement selon l’affirmation mĂȘme de Dieu »12. Il ne s’agit nullement ici d’un fatalisme ou d’une prĂ©destination qui gouvernerait de l’extĂ©rieur les Ăąmes et les corps.

6On dira que cette libertĂ© comme libre nĂ©cessitĂ© est dĂ©primante et immorale, dĂ©primante en ce qu’elle annulerait la facultĂ© de choisir de l’homme, immorale en ce qu’elle ruinerait toute lĂ©gitimitĂ© du jugement. Pour ce qui concerne la premiĂšre difficultĂ©, Vauvenargues rĂ©pond, non sans humour comme le remarque L. Bove : « La nĂ©cessitĂ© nous dĂ©livre de l’embarras du choix »13, et restaure ainsi « l’innocence du devenir », pour reprendre une expression de Nietzsche. La seconde difficultĂ© trouve ici‑mĂȘme sa solution : cette innocence restaurĂ©e autorise en effet une disposition hautement morale : « L’humanitĂ©, cette belle vertu qui pardonne tout, parce qu’elle voit tout en grand »14. Spinoza l’avait dĂ©jĂ  montré : la nĂ©cessitĂ©, loin d’annuler toute morale, dĂ©livre celle-ci de tout moralisme, c’est-Ă -dire de la haine, de la culpabilitĂ© et du ressentiment, ainsi que de la croyance au mal, au profit d’une comprĂ©hension de l’homme et de ses actions, comprĂ©hension qui conduit Ă  une certaine sĂ©rĂ©nitĂ© de l’ñme. Mais c’est alors Ă  une toute nouvelle conception de la vertu que nous conduit la mĂ©taphysique vauvenarguienne, qui d’abord restaure les droits du corps et des dĂ©sirs, et refuse tout devoir ĂȘtre extĂ©rieur Ă  l’ĂȘtre et censĂ© normer celui-ci par des impĂ©ratifs, impĂ©ratifs tournĂ©s contre ce que Vauvenargues appelle la « force active » ou « puissance d’agir »15. La morale entendue comme systĂšme du jugement s’institue, dans sa haine des passions et de la vie, comme « tyran des faibles » et appauvrissement de la force vitale, non seulement du corps, mais aussi de l’ñme : «  Le corps ne souffre jamais seul des austĂ©ritĂ©s de l’esprit ; l’ñme s’endurcit avec le corps »16.

Le philosophe moraliste contre la « moraline » philosophique

7C’est donc une rĂ©invention de la vertu, fondĂ©e sur une mĂ©taphysique de la puissance, que L. Bove lit dans l’Ɠuvre de celui qui n’est plus seulement un moraliste, mais un authentique philosophe. Mais c’est sur ce point que se marque une premiĂšre diffĂ©rence avec le spinozisme. En effet, si, Ă  l’instar de Spinoza, la vertu est identifiĂ©e Ă  l’affirmation de la puissance d’agir et de penser et est ainsi ramenĂ©e Ă  sa stricte unitĂ© avec le dĂ©ploiement plein et entier de son ĂȘtre, Vauvenargues semble parfois accorder davantage de vertu Ă  l’action rayonnante et glorieuse, parfois mĂȘme Ă  la passion de domination, qu’à la seule connaissance rationnelle de ses affects. L. Bove remarque que sur ce point, Vauvenargues « relie, selon l’affirmation de ses propres forces et par-dessus l’esprit d’un siĂšcle que notre moraliste jugeait aussi frivole que suffisant, les deux philosophies les plus bouleversantes dont l’esprit humain ait Ă©tĂ© capable », entendons celles de Spinoza et de Nietzsche17. Certaines affirmations font ainsi pencher le « moraliste » du cĂŽtĂ© non plus seulement d’une Ă©thique de la puissance, mais aussi du cĂŽtĂ© d’un certain immoralisme. Cependant, si Vauvenargues Ă©nonce une certaine primautĂ© du sentiment sur la raison dĂ©monstrative, et voit une possible indĂ©pendance, selon les circonstances, entre la vertu et la vĂ©ritĂ© (ce qui le dĂ©marque de Spinoza et explique qu’il puisse penser une « grandeur d’ñme » dans des actions non seulement sĂ©ditieuses, mais aussi criminelles18), Bove soutient que seule la filiation spinoziste permet de rĂ©soudre l’apparente contradiction entre un certain nietzschĂ©isme souvent remarquĂ© par les commentateurs du xxe siĂšcle, et une pensĂ©e de la vertu comme bontĂ© et humanitĂ©19.

8En effet, l’hĂ©roĂŻsme vauvenarguien, son goĂ»t pour l’action, le conduit Ă  soutenir dans certains textes le caractĂšre vertueux de l’ambition de domination, au plus loin semble-t-il de ce que l’on appelle la vertu : « La vertu combat. S’il n’y avait aucune vertu, nous aurions pour toujours la paix »20. En effet, agir vertueusement peut s’identifier, pour Vauvenargues, Ă  « travailler pour la gloire » et affirmer notre puissance « aussi loin qu’on peut », et il s’agit lĂ  de s’étendre, par la gloire, en dehors de nous, par le dĂ©ploiement notre action21. Cependant, L. Bove remarque : « on ne saurait s’affirmer et s’étendre sans se traverser »22 ; appeler cela « vertu » n’est pas sans poser quelques difficultĂ©s. Mais ce serait, selon l’auteur, un contresens que d’identifier sans autre forme de procĂšs, comme nous l’avons fait, ambition de gloire et ambition de domination, et c’est ce que la filiation spinoziste permet de penser. En effet, tandis que l’ambition de gloire ne nous conduit qu’à l’expansion de notre ĂȘtre dans le rĂ©el, par la production mĂȘme du rĂ©el (dans l’action, la crĂ©ation), sans autre fin que la causalitĂ© propre de notre nature ; l’ambition de domination est, quant Ă  elle, un effet second et non nĂ©cessaire, quand l’amour de soi se mue en amour-propre, et que notre gloire passe par la conquĂȘte de la conscience d’autrui. Ce n’est que parce que Vauvenargues insiste davantage sur la vertu historique et concrĂšte, qu’il tend souvent Ă  identifier vertu et affirmation de soi par la force ou l’éclat. Et c’est surtout sous l’effet des « circonstances » qui font « obstacle Ă  l’exercice de la puissance d’agir » que naĂźt le dĂ©sir de subjuguer et de conquĂ©rir. C’est alors que la « grandeur d’ñme » peut se manifester dans des vices plutĂŽt que dans des vertus, mais cela est, dira Vauvenargues, « nĂ©cessaire »23, notamment quand la vraie vertu n’est pas reconnue Ă  sa juste valeur. Le spinozisme de Vauvenargues permet donc Ă  l’auteur de rĂ©soudre l’apparente contradiction relevĂ©e jusqu’alors dans l’Ɠuvre du moraliste provençal.

9Reste que c’est un spinozisme original ; et L. Bove ne se garde pas de souligner les sĂ©ditions que fait l’auteur de l’Introduction Ă  la connaissance de l’esprit humain, Ă  l’égard de la pensĂ©e du philosophe hollandais. Vauvenargues rĂ©alise une philosophie au croisement de Spinoza donc, mais aussi de Locke dont il reprend notamment le concept d’inquiĂ©tude (ainsi que celui de « puissance d’agir », que Vauvenargues ne peut pas tenir, selon l’auteur, du spinozisme exposĂ© dans l’ouvrage de Boulainvilliers), et de Pascal, dont il reprend les rĂ©flexions sur la condition misĂ©rable de l’homme. Mais c’est lĂ  qu’on comprend ce qu’est un philosophe selon Vauvenargues : ce n’est pas quelqu’un qui invente quelque chose de nouveau, mais bien quelqu’un qui concilie, selon sa nature singuliĂšre, la multiplicitĂ© des vĂ©ritĂ©s dĂ©posĂ©es dans le temps et l’espace24. En effet, si Vauvenargues est profondĂ©ment affectĂ© par le sentiment de la finitude de l’homme et de sa misĂšre, du vide et de l’imperfection qui le constitue, sentiment absent d’une perspective spinoziste, ce sentiment n’est pas source de nostalgie d’un Ă©tat de repos perdu, et n’est pas un affect affligeant s’originant dans la chute adamique. Au contraire, il relance l’activitĂ© comme rĂ©sistance Ă  la fortune, et ne fait qu’un avec l’élan vers toujours plus de joie du conatus : « Loin donc de nous faire perdre le sentiment de nos forces, le sentiment de notre finitude, naturellement, le rappelle, l’aiguillonne, l’augmente »25, et ce parce que « le sentiment de nos misĂšres nous pousse Ă  sortir de nous-mĂȘmes et que le sentiment de nos ressources nous y encourage et nous porte par l’espĂ©rance »26. Le dĂ©sir n’est ainsi nulle part animĂ© par un manque Ă  ĂȘtre qui travaillerait vainement Ă  se rendre infini et Ă  atteindre un repos dont nous serions la nostalgie ; au fond, le tragique de la condition humaine et de ses contrariĂ©tĂ©s, soulignĂ© par Pascal, est dĂ©passĂ© vers ce que nous appellerons, faute de mieux, un drame de l’existence, drame qui n’a rien de triste mais est pleinement action. Conciliation donc des contrariĂ©tĂ©s, tant sur le plan thĂ©orique de l’histoire de la philosophie que sur le plan pratique du dĂ©sir, qui s’exprime dans ce commentaire de L. Bove : « Pour Vauvenargues, c’est le “divertissement” qui est le vrai »27. C’est dire en effet qu’il n’y a qu’un monde et qu’une nature humaine, la seconde dans la perspective de Pascal, perspective qui se trouve ainsi rabattue sur le seul plan d’immanence de la nature : on a bien lĂ  un spinozisme aux teintes pascaliennes.

10La suppression de toute rĂ©fĂ©rence Ă  une quelconque transcendance conduit Ă  considĂ©rer que la vertu n’est jamais que ce que l’on peut, et non pas ce que l’on doit. Reste que, bien souvent, ce que l’on peut est contrariĂ©, notamment par ceux qui nous disent ce que l’on doit. C’est ici qu’apparaĂźt la nĂ©cessitĂ© de la sĂ©dition. L’ambition de gloire, dĂ©ploiement du conatus, est aussi effort de rĂ©sistance Ă  ce qui empĂȘche le dĂ©ploiement de la vertu singuliĂšre, Ă  savoir la raison et la morale abstraites du philosophe ou du thĂ©ologien, mais aussi la domination des riches ou de l’État. Alors que Pascal, auquel Vauvenargues doit par ailleurs beaucoup jusque dans le domaine de la philosophie politique, maintient une distinction thĂ©orique entre la justice et la force, le monde de la seconde nature gardant toujours les traces de la premiĂšre nature, l’auteur du Discours sur l’inĂ©galitĂ© des richesses affirme quant Ă  lui l’identitĂ© radicale droit — puissance, identitĂ© assise sur une mĂ©taphysique de l’univocitĂ© de la nature et sur une absence de transcendance. Aussi, c’est jusque dans la philosophie politique que, « sous le discours d’apparence augustinienne, pointe la matrice ontologique d’une thĂ©orie de la positivitĂ© du fini et la subversion immanentiste »28.

Une philosophie politique de la sédition

11Vauvenargues s’inscrit dans cette lignĂ©e de penseurs qui va de Machiavel Ă  Marx en passant par Pascal et Spinoza, qui tous refusent la reprĂ©sentation juridique du pouvoir et la thĂ©orie artificialiste du contrat. La raison et le droit comme principes de dĂ©termination de systĂšmes idĂ©aux de gouvernement sont Ă©cartĂ©s, au profit d’une attention donnĂ©e aux mĂ©canismes rĂ©els de production et de reproduction du pouvoir historique et concret. Aussi L. Bove relĂšve‑t‑il les emprunts que fait le moraliste Ă  la thĂ©orie pascalienne de la pratique politique, qui met au centre de cette pratique la force, la coutume et l’intĂ©rĂȘt, et parle en terme de lĂ©gitimation, non de lĂ©gitimitĂ©. Ce n’est pas un des moindres apports de l’ouvrage que de souligner l’importance que revĂȘt l’Ɠuvre de Boulainvilliers, dont l’ouvrage d’histoire l’État de la France a jouĂ© un rĂŽle crucial pour le jeune Vauvenargues : celui-ci peut en effet y lire une histoire politique oĂč sont mobilisĂ©s en acte les principes de Machiavel, Pascal et Spinoza. Mais L. Bove remarque encore son originalitĂ© vis‑à‑vis de Boulainvilliers et de Pascal, en ce qu’il ne s’inscrit pas dans une perspective conservatrice qui verrait dans la paix la fin ultime et, au fond, le seul garant de la lĂ©gitimitĂ©29.

12La philosophie de la puissance est aussi une philosophie qui affirme la positivitĂ© de la puissance, l’affirmation de l’action contre le caractĂšre attristant et mortifĂšre du repos : « la guerre n’est pas si onĂ©reuse que la servitude »30. Elle vaut donc mieux que la paix, si du moins on entend dans la paix le repos du dĂ©sir et l’extinction de l’ambition de gloire. Ce sont les rapports de force, la guerre, les passions et les intĂ©rĂȘts (mais surtout les passions) qui font la dynamique de l’histoire et de la culture, qui n’est jamais que l’effet de la dynamique mĂȘme de la nature : « La nature nous pousse Ă  sortir de la nature comme l’impĂ©tuositĂ© d’une riviĂšre rompt ses digues et la fait sortir de son lit »31. Si cette sentence peut concerner au premier chef les productions de l’art, il faut aussi considĂ©rer que la nature, par le biais des passions, notamment de gloire, impose parfois de sortir de l’ordre politique et Ă©conomique Ă©tabli qui, Ă©tant Ă©tabli, fonctionne comme nature. On retrouve ici la tonalitĂ© propre Ă  la philosophie de Vauvenargues, d’inspiration spinoziste, et au plus loin du conservatisme pascalien.

13Certes, Vauvenargues n’est pas un penseur rĂ©volutionnaire, si l’on entend par lĂ  un utopiste nihiliste qui ne croit qu’en des citĂ©s idĂ©ales, et ne cesse de maugrĂ©er contre la rĂ©alitĂ© historique. Au contraire, et ce n’est paradoxal qu’en apparence, le philosophe s’attache, Ă  l’instar de Machiavel, Ă  la vĂ©ritĂ© effective, ce qui le conduit mĂȘme Ă  chercher son modĂšle historique jusque dans la personne du roi Louis XI. C’est Ă  cette occasion que L. Bove relĂšve un concept tout Ă  fait intĂ©ressant et original pour penser la rĂ©alitĂ© politique : c’est le concept de « familiarité ». Vauvenargues voit en effet en Louis XI un prince « populaire et accessible » qui, par son commerce rĂ©gulier et familier avec des gens de toutes conditions, connaissait particuliĂšrement bien les qualitĂ©s de ses sujets, et pouvait les mobiliser Ă  bon escient, dans une conciliation du multiple qui fait l’unitĂ© et la persĂ©vĂ©rance, autrement dit la vertu, de l’État. La durĂ©e de l’État est assurĂ©e moins par une Raison d’État, une science de l’État ou une politique de l’intĂ©rĂȘt, que par la familiaritĂ© que l’ñme de l’État entretient avec la diversitĂ© du multiple. La thĂ©orie de l’institution politique se trouve ainsi en cohĂ©rence avec l’éthique, toutes deux Ă©tant fondĂ©es sur une mĂȘme mĂ©taphysique : en effet, la familiaritĂ© est la « gĂ©nĂ©ration en acte d’une rationalitĂ© stratĂ©gique et prudentielle de l’État, dans et par l’activitĂ© d’une Ăąme Louis XI   qui est la puissance d’agir de l’Etat continuellement rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e par l’intĂ©gration immanente et inventive de la puissance de tous »32.  Vauvenargues va jusqu’à voir dans ces vrais politiques des modĂšles pour les philosophes33 qui, nous l’avons dit, feraient mieux de concilier que d’inventer, et de se familiariser plutĂŽt que de raisonner abstraitement. Le vrai philosophe, comme le vrai politique, est celui qui se fait immanent Ă  la dynamique plurielle et productive du rĂ©el, car « La vĂ©ritĂ© court les rues »34. Par son goĂ»t pour l’universel, le philosophe a trop tendance Ă  ignorer les singularitĂ©s, les multiplicitĂ©s, et en vient bien souvent Ă  justifier l’injustifiable, raisonnant sans sentir. Au contraire, Vauvenargues place au cƓur de la pratique philosophique le sentiment, qui n’est pas l’irrationnel, mais est raison et amour naturels qui permettent Ă  l’esprit de se faire immanent Ă  la rĂ©alitĂ©35.

14Ainsi, et c’est lĂ  un exemple privilĂ©giĂ©, l’expĂ©rience de la pauvretĂ© sera un moteur pour la pensĂ©e vauvenarguienne, au plus loin d’une raison thĂ©orique occupĂ©e Ă  trouver des raisons Ă  ce qui n’en a pas. La sensibilitĂ© du philosophe sĂ©ditieux Ă  la misĂšre le conduit Ă  voir dans les inĂ©galitĂ©s une barbarie comparable Ă  celle des sacrifices humains aux divinitĂ©s paĂŻennes36. L’exploitation et la violence se sont peut-ĂȘtre euphĂ©misĂ©es, elles n’en sont pas moins cruelles et injustes, et appellent un dĂ©sir (naturel) de rĂ©sistance et d’affirmation de sa libertĂ©. Vauvenargues va alors se faire penseur du mouvement ou du dĂ©sir rĂ©volutionnaire, rĂ©el et concret, autrement dit, sĂ©ditieux. Ainsi, aprĂšs avoir soulignĂ© que selon Vauvenargues « la raison de l’économie politique enseigne   qu’on ne peut quasiment rien toucher Ă  l’ordre Ă©tabli », dans un discours Ă©tonnamment proche de nos experts Ă©conomistes actuels, Bove s’empresse d’ajouter : « on ne peut pas non plus s’opposer Ă  l’espoir et Ă  la volontĂ© des hommes de modifier leur vie » ; et de citer les Fragments sur Montaigne : « on ne peut empĂȘcher les hommes d’innover, parce qu’on ne peut les empĂȘcher d’aimer la gloire et le changement ni leur ravir l’espĂ©rance d’amĂ©liorer leur condition ». La mĂȘme nĂ©cessitĂ© qui veut que la puissance soit toujours en acte fait qu’il y a persĂ©vĂ©rance dans son ĂȘtre, que cela implique la perpĂ©tuation de l’ordre Ă©tabli ou sa subversion : « le changement est dans l’ordre »37, ou, comme l’écrit Vauvenargues dans les CaractĂšres : « Le changement est la loi des hommes comme le mouvement est la loi de la terre »38.

15Et c’est sur ce point que vont se rĂ©vĂ©ler les consĂ©quences subversives de l’ontologie dynamique du moraliste, spinozisme teintĂ© d’hĂ©roĂŻsme dramatique. L’absence de passion des hommes dits « raisonnables » et « vertueux » qui se donne en spectacle dans les allĂ©es principales du jardin du Luxembourg n’a pas la faveur de Vauvenargues :

16Tandis que dans la grande allĂ©e, se presse et se heurte une foule d’hommes et de femmes sans passions, je rencontre, dans les allĂ©es dĂ©tournĂ©es, des misĂ©rables qui fuient la vue des heureux, des vieillards qui cachent la honte de leur pauvretĂ©, des jeunes gens que l’erreur de la gloire entretient Ă  l’écart de ses chimĂšres, des femmes que la loi de la nĂ©cessitĂ© condamne Ă  l’opprobre, des ambitieux qui concertent peut-ĂȘtre des tĂ©mĂ©ritĂ©s inutiles pour sortir de l’obscuritĂ©. Il me semble alors que je vois autour de moi toutes les passions qui se promĂšnent, et mon Ăąme s’afflige et se trouble Ă  la vue de ces infortunĂ©s, mais, en mĂȘme temps, se plaĂźt dans leur compagnie sĂ©ditieuse »39.

17Nulle part peut-ĂȘtre l’apport de l’ouvrage de L. Bove ne se rĂ©vĂšle autant qu’à la lecture d’un tel texte. On ne peut plus le lire sans songer Ă  sa dimension philosophique, tant Ă©thique que politique, fondĂ©e sur des principes mĂ©taphysiques forts. Tout y est : la valeur des passions, la redĂ©finition de la vertu comme ambition de gloire, seulement empĂȘchĂ©e par des circonstances extĂ©rieures40, le sentiment de la misĂšre et de la finitude, conciliĂ©e Ă  un certain plaisir et Ă  un effort pour rĂ©sister et s’affranchir ; mais aussi l’ñme du philosophe, vrai politique, qui se fait le familier de ces sĂ©ditieux, et les concilie, chacun pris dans sa singularitĂ©, dans une unitĂ© du mouvement dynamique des passions. Et Vauvenargues, qui se plaĂźt en la compagnie des sĂ©ditieux, se voit lui-mĂȘme en sĂ©ditieux. Nulle contradiction, encore une fois, entre son goĂ»t pour l’armĂ©e (il Ă©tait militaire), ses efforts soutenus pour avoir un poste dans la diplomatie, et son goĂ»t pour la subversion. Vauvenargues est l’exemple mĂȘme de cette conciliation de ce qui n’est qu’en apparence contradictoire, conciliation explicable uniquement Ă  partir de cette ontologie Ă  laquelle nous n’avons de cesse de renvoyer, conformĂ©ment Ă  ce que nous montre Bove. C’est donc sous le signe de Clodius, le cĂ©lĂšbre tribun romain, que l’on qualifierait certainement aujourd’hui de populiste, que le moraliste s’inscrit dans un mouvement de sĂ©dition : dans les Essais sur quelques caractĂšres, il enseigne ainsi

qu’il faut que tout change, que rien n’est stable, que le mouvement est une fatalitĂ© invincible ; que les opinions, et les mƓurs qui dĂ©pendent des opinions, les hommes en place, et les lois qui dĂ©pendent des hommes en place, les bornes des États et leur puissance, l’intĂ©rĂȘt des États voisins, tout varie nĂ©cessairement : or, il est impossible qu’un État oĂč tout varie, et qui voit tout varier autour de lui, ne change pas Ă  son tour de gouvernement41.

18L. Bove souligne que la sĂ©dition doit ĂȘtre pensĂ©e comme affirmation de la libertĂ©, c’est-Ă -dire de la puissance, conatus qui rĂ©siste Ă  ce qui l’écrase et se dĂ©ploie dans l’ambition de gloire, voire de domination. C’est encore une fois le caractĂšre affirmatif de la philosophie de Vauvenargues qui fait voir, mĂȘme dans le soulĂšvement contre l’ordre Ă©tabli, la pleine activitĂ© de la vertu. Quand l’amour de soi se voit malmenĂ© par des circonstances extĂ©rieures, le droit Ă©tant identique Ă  la puissance, on peut dĂ©fendre un droit Ă  la sĂ©dition, ou plutĂŽt, un droit de sĂ©dition. C’est dans la rĂ©volte que se reconstitue le « conatus politique »42.

19ConformĂ©ment Ă  son modĂšle Clodius, Vauvenargues articule « sa propre sĂ©dition intellectuelle et affective, Ă  celle, sociale, qui sourd pratiquement dans le rĂ©el des « allĂ©es dĂ©tournĂ©es » de la modernité »43, se faisant le familier et le conciliateur des misĂ©rables et des asservis : si « Le dĂ©sordre des malheureux est toujours le crime de la duretĂ© des riches »44, il ne s’agit pas de compatir tristement Ă  leur sort, mais bien de prĂȘter attention Ă  la riche diversitĂ© qui constitue ce qu’il convient d’appeler le peuple : « Par un vĂ©ritable dĂ©placement ontologique et historique, la misĂšre est devenue le lieu intense de l’ĂȘtre vivant multiple, Ă©crasĂ©, dispersĂ©, Ă©clatĂ©, mais aussi puissamment traversĂ© par le dĂ©sir de changer de fortune et le puissant dĂ©sir d’innover »45. Nulle contradiction avec le fait de poser Louis XI comme modĂšle politique (quelle que soit la correspondance du modĂšle avec la rĂ©alitĂ© historique) : il s’agit toujours de valoriser l’ouverture Ă  la multitude, affirmer la multiplicitĂ© des ĂȘtres contre l’Un dominateur (Raison moralisante, État ou MarchĂ© qui imposent leur ordre). L. Bove relĂšve d’ailleurs : « La disponibilitĂ© Ă  l’étranger, corrĂ©lative du refus de la fixation identitaire (Ă  son Ă©tat, sa province, sa nation
) est manifeste chez Vauvenargues. L’humanitĂ© des hommes produit et se produit de ses diffĂ©rences. La multitude, dans sa diversitĂ©, est donc un creuset philosophique par excellence »46. L’idĂ©e selon laquelle la nature est puissance productive, et que « tout est action », conduit nĂ©cessairement Ă  poser les causes de l’asservissement et du repli non dans la raison, ni dans un ordre tĂ©lĂ©ologique ou thĂ©ologique, mais bien dans les rapports de force arbitraires de l’histoire. Et si la nature est puissance, tout homme aspire Ă  la libertĂ©, c’est-Ă -dire Ă  dĂ©ployer sa puissance, et ceux qui raillent le peuple pour sa servitude passive, feraient mieux de se familiariser et de concilier cette diversitĂ©, d’en devenir, peut-ĂȘtre, l’ñme, et de l’accompagner dans une dynamique de gloire et d’amour de soi. Ainsi Vauvenargues fait-il dire Ă  Clodius :

N’apprĂ©hendez pas   que le peuple vous manque :   si vous abattez la tyrannie, doutez-vous que ce peuple, qui baise Ă  prĂ©sent sa chaine, ne s’accoutume bientĂŽt de mĂȘme Ă  la liberté ? Ce peuple est avili ; mais, mes amis, c’est le gouvernement qui forme le caractĂšre des nations47.

20L’étonnante actualitĂ© de Vauvenargues ne repose-t-elle pas, finalement, sur le fait qu’il concilie avant tout autre divers Ă©lĂ©ments Ă©pars Ă  son Ă©poque : la disparition dĂ©finitive des valeurs antiques, la suprĂ©matie triomphante du capitalisme et de l’Etat au service des intĂ©rĂȘts des puissants, un certain Ă©puisement de l’ambition de gloire, de l’amour de soi, autrement dit de la vie, mais aussi la formidable puissance dont sont capables les hommes, leur capacitĂ© d’invention et d’action qui ne cesse de produire du rĂ©el, qui fait que jamais la vertu ne disparaĂźt totalement, mais dont le jaillissement ne peut plus passer, parfois, que par la sĂ©dition ? Selon Bove, Vauvenargues assiste en effet

Ă  la disparition des vertus anciennes, l’énergie, le courage, le dĂ©sir de gloire, refoulĂ©s par le rĂšgne hĂ©gĂ©monique de l’indiffĂ©renciation sceptique et la mode du « bel esprit ». Il diagnostique alors son temps comme massivement dominĂ©   par l’ĂȘtre pour la mort. Et Vauvenargues s’élĂšve contre ce nouveau nihilisme – qui prolonge, Ă  ses yeux, mais sous d’autres figures, le nihilisme du dogmatisme moral –, comme il dĂ©nonce aussi les dĂ©lires de la raison philosophique et sa dangereuse absence/impuissance sur le terrain rĂ©el de la politique et de l’histoire. Une absence qui vient combler une autre raison, celle de l’Etat dominateur, accompagnĂ©e de la froide arrogance d’une raison Ă©conomique, elle-mĂȘme Ă©crasante et qui s’affirme toute-puissante en survalorisant (illusoirement) le pouvoir que lui accorde la (fausse) sagesse de l’État48.

21Vauvenargues participerait donc Ă  l’élaboration d’une « sĂ©miologie des affects de la modernitĂ©, Ă©tayĂ©e sur la dĂ©gĂ©nĂ©rescence des forces actives »49, reliant ainsi Spinoza et Nietzsche. Mais il faut donc, pour terminer, souligner le rĂŽle de cet ouvrage de Laurent Bove, car c’est lui qui assure la liaison de Vauvenargues Ă  la philosophie et Ă  notre modernitĂ©, non seulement par sa participation Ă  la publication des Ɠuvres complĂštes de celui-ci, mais aussi par ce commentaire. Bien souvent, la lecture de commentaires, aussi savants soient-ils, nous laisse dubitatifs quant Ă  leur importance. Ce n’est pas le cas ici : savant, cet ouvrage est aussi important, pour la redĂ©couverte de Vauvenargues Ă©videmment, pour l’histoire littĂ©raire et philosophique bien sĂ»r, mais aussi pour la comprĂ©hension et l’analyse de notre modernitĂ©. Cependant, si « Les grandes pensĂ©es viennent du cƓur », il faut avant toute chose que notre raison raisonneuse, ainsi que notre lecture, soit aussi passion de la connaissance, et non pas servante de l’ordre Ă©tabli, car