Acta fabula
ISSN 2115-8037

Volume 13, numéro 5
Stéphane Rolet

Le grand Ɠuvre d’Alciat

Andrea Alciato, Il libro degli Emblemi, secondo le edizioni del 1531 e del 1534, Introduction, traduction et commentaire de Mino Gabriele, Milan : Adelphi, 2009, lxxvi + 731 p., EAN 9788845924415.

Le prĂ©sent compte rendu est Ă  paraĂźtre en version anglaise dans le numĂ©ro 19 de la revue Emblematica. Il est ici donnĂ© dans sa version originale, avec l’aimable autorisation de l’auteur et de la revue.

1Le livre de Mino Gabriele propose une Ă©dition commentĂ©e de la premiĂšre moitiĂ© des Emblemata d’AndrĂ© Alciat qui forme un volume considĂ©rable : l’idĂ©e Ă©tait excellente et on se fĂ©licitera de l’aboutissement de cette entreprise. Une introduction substantielle ouvre le volume et le texte Ă©ditĂ© est accompagnĂ© d’une traduction italienne et d’un commentaire. M. Gabriele donne ici l’édition de ce qu’on appelle par commoditĂ© la premiĂšre centurie d’emblĂšmes. En fait, elle en compte cent‑treize, si on adjoint aux cent-quatre emblĂšmes de l’editio princeps (Augsbourg, Heinrich Steyner, 1531) les neuf apparus pour la premiĂšre fois dans la premiĂšre Ă©dition française (Paris, ChrĂ©tien Wechel, 1534).

2M. Gabriele a dĂ©libĂ©rĂ©ment laissĂ© de cĂŽtĂ© la « seconde centurie » — en fait quatre‑vingt‑dix neuf emblĂšmes supplĂ©mentaires, ce qui porte la collection complĂšte d’Emblemata Ă  deux‑cent‑douze. Rappelons1 que, formĂ©e d’un noyau principal de quatre‑vingt‑six emblĂšmes, la « seconde centurie » est publiĂ©e d’abord Ă  part et pour la premiĂšre fois chez les hĂ©ritiers d’Alde, Ă  Venise, en 1546. Puis l’ensemble des cent‑quatre‑vingt‑dix‑neuf piĂšces (1534 + 1546) est ensuite publiĂ© avec deux nouveaux emblĂšmes en 1548 (Lyon, MacĂ© Bonhomme / Guillaume Rouille), puis avec dix nouveaux en 1550 (Lyon, MacĂ© Bonhomme / Guillaume Rouille). L’édition des Emblemata avec son appareil intĂ©gral de gravures est alors complĂšte (Ă  un emblĂšme prĂšs). Mais l’ordre des piĂšces n’a plus rien Ă  voir avec celui des Ă©ditions de 1531, 1534 et 1546, puisqu’à partir de l’édition de 1548 (Lyon, MacĂ© Bonhomme / Guillaume Rouille), les emblĂšmes ont Ă©tĂ© reclassĂ©s par BarthĂ©lĂ©my Aneau (et/ou Rouille ?) en fonction des loci communes : c’est cet ordre qui s’imposera gĂ©nĂ©ralement aux Ă©ditions postĂ©rieures2. Quant aux gravures, la question est encore plus complexe que celle du texte et ne saurait ĂȘtre rĂ©sumĂ©e ici. Pour en donner une idĂ©e, prĂ©cisons seulement que chacune des Ă©ditions de 1531, 1534, 1546, et celle complĂšte de 1550 que nous avons mentionnĂ©es ici possĂšdent en propre un ensemble de gravures original — complet ou non — et fortement caractĂ©risĂ©. Ajoutons enfin que la premiĂšre Ă©dition bilingue, avec traduction en français ici, est publiĂ©e par Wechel dĂšs 1536, et qu’à partir de 1549, paraissent aussi des Ă©ditions commentĂ©es.

3D’un point de vue matĂ©riel, on ne cachera pas que le livre de M. Gabriele est difficile Ă  consulter. En particulier, un index des titres des emblĂšmes Ă©ditĂ©s manque cruellement. Comme l’ordre des deux premiĂšres Ă©ditions n’est pas du tout celui des Ă©ditions complĂštes postĂ©rieures, il reste inhabituel pour les spĂ©cialistes eux-mĂȘmes. Quand on cherche ici un emblĂšme prĂ©cis, il faut donc constamment tĂątonner pour le trouver : aussi, en annexe Ă  la prĂ©sente recension, Michael Bath propose amicalement au lecteur le document — indispensable Ă  une consultation fluide de ce gros volume — qu’il a d’ailleurs confectionnĂ© pour son propre usage. On ajoutera que la bibliographie utilisĂ©e dans les notes par M. Gabriele n’est malheureusement pas rassemblĂ©e en fin de volume et que, malgrĂ© un index nominum, elle reste trĂšs difficile Ă  apprĂ©hender en raison de renvois trop vagues. Enfin, on ne comprend pas pourquoi le petit appareil de notes a Ă©tĂ© renvoyĂ© en fin de volume quand chaque emblĂšme est immĂ©diatement suivi de son commentaire. Il conviendrait que, lors d’un prochain tirage, ces dĂ©fauts sans portĂ©e scientifique soient pourtant corrigĂ©s.

4Pour rendre maintenant justice au travail de M. Gabriele et le discuter, il convient de citer quelques phrases de sa prĂ©face (p. IX) qui explicitent les buts qu’il a poursuivis dans cette entreprise considĂ©rable.

L’idĂ©e [de faire ce livre] est nĂ©e, Ă©crit‑il, du dĂ©sir de combler un vide Ă©ditorial surprenant et en mĂȘme temps de mettre Ă  la disposition des chercheurs et des curieux l’archĂ©type d’un genre littĂ©raire qui, dĂšs sa naissance, il y a presque cinq cents ans, a connu un extraordinaire succĂšs en Europe, influençant l’art, la poĂ©sie ainsi que les spĂ©culations les plus ardues sur le rapport entre mot et image3.

5Il est vrai qu’il n’existe pas, Ă  proprement parler, d’édition critique des Emblemata. Dans les annĂ©es 1980, Maria Antonietta de Angelis avait procurĂ© une sorte de fac-similĂ© de l’édition de 1531 avec une traduction italienne4, mais l’ensemble, trĂšs fautif, n’avait pas pu s’imposer ; de façon beaucoup plus convaincante, Betty Knott a proposĂ© un embryon d’édition critique Ă  partir du texte de l’édition de 1550 donnĂ©e en fac-similĂ©, et l’a accompagnĂ© d’une traduction anglaise et d’un appareil restreint de notes5 ; on peut Ă©galement trouver des fac-similĂ©s d’une Ă©dition complĂšte avec une introduction plus ou moins substantielle6 ; mais la solution la plus riche est sans conteste celle offerte par le Glasgow University Emblem Website (http://www.emblems.arts.gla.ac.uk/alciato/) qui a Ă©tĂ© initiĂ© par Alison Adams et Stephen Rawles et propose, en accĂšs direct, vingt-deux Ă©ditions des Emblemata, en latin et/ou en traduction française, allemande, espagnole, Ă  la fois en fac-similĂ© et dissimilĂ© avec une transcription du texte fourni par chaque Ă©dition consultĂ©e, Ă  chaque fois accompagnĂ©e d’une brĂšve introduction circonstanciĂ©e et d’un appareil de notes in progress — sans oublier un moteur de recherche incluant les images grĂące aux descripteurs Iconclass. Sans nul doute, la nĂ©cessitĂ© d’une Ă©dition critique des Emblemata n’est pas Ă  dĂ©montrer. En faisant le choix d’établir seulement le texte de la premiĂšre livraison — soit environ la moitié — des Emblemata et de le fonder uniquement sur les deux premiĂšres Ă©ditions, 1531 et 1534, M. Gabriele a, en quelque sorte, tranchĂ© un nƓud gordien. Nous reviendrons plus largement sur le rĂ©sultat obtenu.

6M. Gabriele ajoute un peu plus loin qu’il propose, Ă  cĂŽtĂ© du texte, une « traduction accompagnĂ©e d’un commentaire iconologique » (« traduzione accompagnata da un commento iconologico »). Il prĂ©cise encore qu’il n’a pas cherchĂ© Ă  dĂ©velopper plus que de raison le commentaire : « mais nous chercherons, dit-il, Ă  recueillir le sens premier de l’invention d’Alciat et de ses prĂ©dĂ©cesseurs » (« ma cercheremo di cogliere il primitivo senso dell’invenzione alciatea e dei suoi predecessori »). Il annonce ainsi la volontĂ© de ne pas considĂ©rer Alciat isolĂ©ment, mais de le replacer dans un contexte historique et littĂ©raire particulier qui lui donne sens. On voit par lĂ  que, mĂȘme si M. Gabriele n’a pas pris en charge la seconde centurie d’emblĂšmes, il a voulu fonder son travail dans l’époque prĂ©cise qui voit naĂźtre l’entreprise du juriste milanais.

7Il faut noter Ă©galement que l’annonce d’un « commentaire iconologique » constitue une forme de revendication d’appartenance Ă  un courant d’historiens de l’art, marquĂ© par la philosophie et initiĂ© par Erwin Panofsky dont les Essais d’iconologie7 crĂ©ent le terme d’« iconologie » en mĂȘme temps que la mĂ©thode. Ce courant a Ă©tĂ© profondĂ©ment renouvelĂ©e dans les derniĂšres dĂ©cennies avec, en particulier (et ce ne sont que deux exemples), les travaux de Daniel Arasse8 et de Claudia Cieri‑Via9. On peut s’étonner quelque peu de la revendication de M. Gabriele, dans la mesure oĂč les Emblemata qu’il Ă©tudie sont une Ɠuvre mixte, comprenant, certes des images ou plutĂŽt des illustrations, mais Ă©galement un recueil d’épigrammes, constituĂ© en un tout homogĂšne. Nous verrons plus loin quelles sont les consĂ©quences de cette profession de foi.

8M. Gabriele précise encore sa pensée de maniÚre trÚs circonstanciée :

Ici l’on a l’intention de reparcourir les pensĂ©es et les Ă©tudes d’oĂč a jailli une idĂ©e simple et gĂ©niale : crĂ©er des mots d’oĂč pourraient fleurir des images morales et philosophiques, dans une union oĂč l’image pourrait se faire entendre et le mot se faire voir. Un nouveau langage est ainsi proposĂ© — c’est‑à‑dire l’EmblĂšme visible et dicible — par lequel mĂ©diter sur le sens prosaĂŻque et mĂ©taphysique de la vie humaine, de la nature et du divin10.

9De cette pensĂ©e toute thĂ©orique sur l’emblĂšme, il conviendra sans doute de reparler, dans la mesure oĂč une telle conception ne laisse en fait Ă  peu prĂšs aucune place Ă  un emblĂšme qui ne soit pas philosophique au sens large du terme, ce qui nous paraĂźt difficilement soutenable — ne serait‑ce qu’au vu des nombreuses Ă©pigrammes ecphrastiques de l’Anthologie de Planude qu’Alciat a traduites et rĂ©utilisĂ©es pour ses emblĂšmes et qui ne tĂ©moignent pas forcĂ©ment de considĂ©rations morales ou philosophique particuliĂšres — Ă  moins de dĂ©pouiller ces mots de leur sens spĂ©cifique. En corollaire, on s’interrogera d’ailleurs sur l’absence totale, dans ces prolĂ©gomĂšnes, de considĂ©rations sur la poĂ©tique de l’emblĂšme, forme mixte qui repose en particulier, rĂ©pĂ©tons-le, sur le genre littĂ©raire trĂšs codifiĂ© de l’épigramme. Nous verrons bientĂŽt ce qu’on peut penser d’un tel manque.

10Dans l’introduction, M. Gabriele nous propose un parcours qui est, somme toute, assez classique pour une Ă©dition de texte commentĂ©e et se compose de trois parties. La premiĂšre, intitulĂ©e Alciat et l’origine de l’emblĂ©matique (p. XIII‑XXXVII) est ainsi divisĂ©e : « Épigrammes et emblĂšmes » (p. XV), « L’énigme de la premiĂšre Ă©dition des Emblemata » (p. XVIII), « Quand furent insĂ©rĂ©es les illustrations ? » (p. XXV), « Le terme Emblema » (p. XXXIV) ; la deuxiĂšme partie s’intitule : Le nƓud savant : l’image‑mot (p. XXXVII‑LVI) et, aprĂšs un exposĂ© gĂ©nĂ©ral, progresse ainsi : « EmblĂšmes et hiĂ©roglyphes » (p. XLIII), « Les hiĂ©roglyphes d’Horapollon » (p. XLVI), « Les hiĂ©roglyphes de Francesco Colonna » (p. LVI) ; la troisiĂšme partie est consacrĂ©e Ă  L’interprĂ©tation alchimique de Pierre Vicot : Alciat et Ovide (p. LXIV‑LII).

11Nous ne commenterons pas chacune des divisions de cette riche introduction qui a le mĂ©rite de rappeler de nombreuses questions, avec des exposĂ©s inattendus — comme celui sur les emblĂšmes et l’alchimie —, mais nous nous arrĂȘterons sur certains des points nodaux autour desquels la prĂ©sente Ă©dition est organisĂ©e.

12Ainsi, dans sa premiĂšre partie, M. Gabriele s’essaie Ă  retracer l’histoire Ă©minemment complexe du texte — et des illustrations — des Emblemata, Ă  propos de laquelle on dispose de plus d’hypothĂšses que de faits avĂ©rĂ©s. Or M. Gabriele complique encore la situation en supposant des strates du texte Ă  propos desquelles nous n’avons pas de rĂ©elles certitudes. M. Gabriele suppose par exemple l’existence de la fameuse Ă©dition fantĂŽme de 1522, malheureusement, il finit par faire comme si cette supposition Ă©tait prouvĂ©e, ce qui n’est pas le cas. En cette matiĂšre dĂ©jĂ  passablement troublĂ©e, il n’est pas nĂ©cessaire d’ajouter Ă  la confusion. De plus, M. Gabriele semble mĂ©connaĂźtre l’important article d’Elizabeth Klecker oĂč la question de l’histoire du texte alciatique — et de ses illustrations — est justement revue avec beaucoup de pondĂ©ration et auquel nous nous contentons pour l’instant de renvoyer11, aprĂšs avoir notĂ© simplement qu’il appert de l’étude d’Elizabeth Klecker que les relations d’Alciat avec ses imprimeurs sont tout sauf claires et figĂ©es, et que les documents qui nous restent — quelques lettres en somme — nous permettent seulement d’envisager les contours d’une stratĂ©gie de publication finement Ă©laborĂ©e qui, aujourd’hui, ferait passer Alciat pour un habile manipulateur.

13La lacune bibliographique que nous venons de relever mĂšne malheureusement Ă  en noter d’autres. Sur le terme emblema, si l’article fondateur de Hessel Miedema est citĂ©, sa brĂšve mais dĂ©cisive rĂ©ponse12 aux thĂšses de l’important article de Pierre Laurens et Florence Vuilleumier Laurens sur les relations entre les Antiquitates Mediolanenses et les Emblemata est elle aussi ignorĂ©e, de mĂȘme d’ailleurs que l’évolution postĂ©rieure des deux auteurs citĂ©s qui ont prĂ©sentĂ© d’importants correctifs13 Ă  cet article de 1993 jusqu’au chapitre de leur dernier livre en date14 paru aprĂšs le prĂ©sent volume. Dans la seconde partie, on notera Ă©galement que l’édition des Hieroglyphica d’Horapollon par Heinz Josef Thissen15, qui fait actuellement rĂ©fĂ©rence, n’est pas mentionnĂ©e, ni non plus l’édition italienne de Mario Andrea Rigoni et Elena Zanco16, qui est certes fondĂ©e sur celle de Francesco Sbordone (1941), mais prĂ©sente aussi un important dĂ©veloppement sur la rĂ©ception des hiĂ©roglyphes d’Horapollon Ă  la Renaissance et sur la question de Francesco Colonna.

14En outre, il faut ĂȘtre trĂšs prudent concernant le texte horapollinien parce qu’Alciat n’a connaissance des Hieroglyphica d’Horapollon que par l’editio princeps d’Alde (Venise, 1505) dont on sait qu’elle est trĂšs fautive. Cela m’a permis ailleurs de prendre Alciat en flagrant dĂ©lit de « forgerie »17 dans le cas du tombeau d’AurĂ©olus qui est reprĂ©sentĂ© dans les Antiquitates Mediolanenses (voir ill., p. 243) et dont l’illustration est en partie reprise pour le cĂ©lĂšbre emblĂšme Ex literarum studiis immortalitatem acquiri (E. XLI, p. 237‑244). M. Gabriele ne cite pas cette Ă©tude. On sait bien qu’aucune bibliographie ne peut ĂȘtre exhaustive. L’ennui est que cet oubli amĂšne M. Gabriele Ă  reprendre, pour commenter cet emblĂšme, une interprĂ©tation erronĂ©e et dĂ©sormais dĂ©passĂ©e voire, dans un autre cas, Ă  penser mĂȘme qu’il dĂ©couvre des sources nouvelles, par exemple pour l’emblĂšme sur le tombeau de LaĂŻs, dont j’avais pourtant Ă©tudiĂ© — et publié — l’emprunt numismatique dĂšs 200718. Sur la devise Ă©galement — un genre si Ă©troitement liĂ© Ă  l’emblĂšme — et sur le traitĂ© de Paolo Giovio — le seul dont la rĂ©daction soit contemporaine d’Alciat –, on ne trouve citĂ© qu’une seule fois l’édition, toujours indĂ©passĂ©e, de Maria Luisa Doglio dans une note finale (n. 21, p. 608) sans mĂȘme que son nom apparaisse dans l’index nominum ; on ne trouve pas davantage trace du maĂźtre-livre de Daniel Russell, The Emblem and Device in France19, ni non plus de l’ouvrage rĂ©cent de Dorigen Caldwell sur la thĂ©orie de la devise20.

15Bref, tout cela nous impose de noter que, si nous considĂ©rons la totalitĂ© du volume, la bibliographie de M. Gabriele s’avĂšre souvent lacunaire, en particulier dans le domaine emblĂ©matique, et qu’elle ne fait en particulier aucune rĂ©fĂ©rence aux sites de l’Internet oĂč se rĂ©vĂšle aujourd’hui une part croissante de la recherche. Ces manques s’expliquent sans doute en partie par le fait que ce travail s’est Ă©talĂ© sur un nombre d’annĂ©es important, mais ce n’est pas sans poser problĂšme aprĂšs plusieurs dĂ©cennies d’intenses recherches dont suffirait Ă  tĂ©moigner, par exemple, la bibliographie emblĂ©matique in progress que Rosario Lopez-Posa offre sur le site qu’elle maintient Ă  l’universitĂ© de La Corogne (http://www.bidiso.es/emblematica/novedades.html).

16Venons en maintenant aux principes de l’édition proposĂ©e ici. M. Gabriele prĂ©cise que le texte qu’il procure se fonde sur les Ă©ditions de 1531 (Augsbourg, Steyner) et 1534 (Paris, Wechel), mais, en y regardant de plus prĂšs, on constate qu’il privilĂ©gie ouvertement celle de 1534, au motif qu’Alciat a Ă©crit qu’il la prĂ©fĂ©rait en raison de sa plus grande correction. Or cette correction supĂ©rieure reste Ă  dĂ©montrer dans les faits, parce que Wechel a certes corrigĂ© bien des erreurs de Steyner, mais il en a lui-mĂȘme commis d’autres graves (comme celle trĂšs visible de l’ouroboros « ondulé » pour la gravure d’Ex literarum studiis immortalitatem acquiri [E. XLI, p. 237] ou l’interversion des personnages d’Ulysse et de DiomĂšde dans la gravure de l’emblĂšme Unum nihil, duos plurimum esse [E. CX, p. 557]). Y aurait‑il alors d’autres raisons pour cette approbation manifestĂ©e par Alciat ? M. Gabriele ne formule pas la question. Pourtant, comme frappĂ© de remords, il donne systĂ©matiquement les illustrations des Ă©ditions complĂštes de 1550 et de 1621, alors que l’ordre des emblĂšmes y est complĂštement changĂ©. Or les relations entretenues par les illustrations qui se suivent risquent d’avoir changĂ© aussi dans ces Ă©ditions postĂ©rieures, sans oublier que le texte peut en ĂȘtre diffĂ©rent.

17Dans l’article dĂ©jĂ  citĂ©, Elisabeth Klecker rĂ©habilite nettement l’édition de 1531 en formulant une thĂšse, qui mĂ©rite Ă  tout le moins l’attention : si l’édition Wechel de 1534 plaĂźt davantage Ă  Alciat, c’est surtout parce qu’il a pu y faire des corrections pour rendre le texte moins dangereux pour lui. Or, cette volontĂ© que manifeste Alciat de contrĂŽler ses Ă©crits est bien connue, puisqu’on sait qu’il a longuement rĂ©clamĂ© Ă  Érasme la copie d’une lettre-pamphlet, le Contra uitam monasticham, Contre la vie monastique, qu’il lui avait envoyĂ©e. Il craignait en effet — à tort — qu’Érasme ne la diffusĂąt et que cette critique parfois acerbe ne nuisĂźt aux intĂ©rĂȘts du professeur de droit largement stipendiĂ© qu’il Ă©tait. E. Klecker montre que, dans plusieurs emblĂšmes, dont un en particulier au titre programmatique : « Quod non rapit Christus, rapit fiscus », « Ce que le Christ n’attrape pas, c’est le fisc qui l’attrape » (ici E. LXII, p. 335-337), en 1531, Alciat exprimait nettement une critique des taxes imposĂ©es en plus de celle de l’église par son souverain, le duc de Milan. Or le texte initial de 1531 portait la mention « nostri principis », « notre prince » et cette leçon a Ă©tĂ© changĂ©e, en 1534, par « cupidi principis », « un prince cupide » oĂč la critique de fait ad hominem n’était soudain plus du tout sensible. Malheureusement, dans cet emblĂšme (p. 336), si M. Gabriele indique en note la variante de 1531, il ne la commente absolument pas. Il en va de mĂȘme pour l’emblĂšme final de 1531, Optimus civis, « Le meilleur des citoyens » (p. 529), oĂč M. Gabriele ne note que la leçon de 1534 : « in magna
 urbe », « dans une grande cité ». Or la variante de 1531 — « in nostra
 urbe », « dans notre cité » — ne manquait pas d’intĂ©rĂȘt puisqu’elle replaçait l’emblĂšme Ă  Milan, donnant lĂ  aussi Ă  son propos une portĂ©e beaucoup plus ciblĂ©e. Ainsi, entre Steyner et Wechel, le choix ne saurait constituer une Ă©vidence, ni peut-ĂȘtre mĂȘme une vĂ©ritable option.

18Si l’on observe maintenant le commentaire proposĂ© par M. Gabriele, on constate qu’il procĂšde de maniĂšre extrĂȘmement diverse. Pour le plus grand plaisir du lecteur sensible Ă  la variation, M. Gabriele fait alterner des commentaires Ă©rudits, que nĂ©cessite la matiĂšre parfois trĂšs technique abordĂ©e par Alciat, et des dĂ©veloppements de plus vaste ampleur. M. Gabriele y met Ă  la disposition de tous non seulement les informations qu’il a recueillies chez les commentateurs de la Renaissance — ce qui est dĂ©jĂ  un travail considĂ©rable — mais Ă©galement de nombreuses sources nouvelles. Il cite par exemple des versions italiennes des Emblemata que rapporte Guichardin et qui sont autant de tĂ©moins nouveaux et prĂ©cieux (p. 351‑352 et 378). Il opĂšre des rapprochements inĂ©dits avec nombre d’illustrations provenant de manuscrits ou de livres rares, mais aussi avec des Ɠuvres d’art contemporaines de la conception et de la parution des emblĂšmes. Il fournit Ă©galement deux intĂ©ressantes mises au point sur les monnaies (p. 55) et les intailles (p. 241) antiques, malheureusement non rĂ©pertoriĂ©es dans la table des matiĂšres. Tout cela est Ă©minemment utile, il faudra longtemps avant d’en Ă©puiser la richesse.

19Cependant, le lecteur est surpris de ne trouver dans les commentaires aucune considĂ©ration ayant trait Ă  la poĂ©tique de l’emblĂšme en gĂ©nĂ©ral et, partant, Ă  celle du genre de l’épigramme ecphrastique dont il procĂšde. GrĂące Ă  un article fameux de Claudie Balavoine21, Ă  la thĂšse de Pierre Laurens22 et Ă  l’article d’Alison Saunders23 — pour ne citer que trois exemples absents —, c’est pourtant un fait acquis de longue date que l’emblĂšme est nĂ© de l’épigramme ecphrastique antique, en particulier telle qu’on la trouve dans l’Anthologie de Planude. On sait qu’Alciat a privilĂ©giĂ© et empruntĂ© pour ses Emblemata celles des Ă©pigrammes descriptives antiques dont le programme Ă©tait ouvertement allĂ©gorique. Or M. Gabriele ne dit rien du subtil Ă©quilibre entre l’évocation poĂ©tique de l’objet iconique et son interprĂ©tation symbolique, au sein d’une forme littĂ©raire qui se caractĂ©rise par son aspect resserrĂ©, allusif voire laconique, et oĂč l’essentiel de ce « nƓud de parole et d’image », au dĂ©part mentale, se dĂ©voile dans l’art subtil de la pointe, du concetto, art Ă©minemment linguistique et que jamais la gravure ne peut restituer totalement.

20Bien peu nous est Ă©galement rĂ©vĂ©lĂ© des circonstances particuliĂšres qui ont suscitĂ© la rĂ©daction de ces emblĂšmes considĂ©rĂ©s individuellement. En effet, Ă  la Renaissance, comme l’ont abondamment montrĂ© les travaux de Perrine Galand24, le kairos, l’occasion — cĂ©lĂ©brĂ©e d’ailleurs par Alciat (E. XVI, p. 111‑116) — est d’une importance poĂ©tique cruciale pour les genres comme la silve et l’épigramme : ces formes poĂ©tiques se revendiquent ouvertement comme piĂšces de circonstances et se nourrissent de sollicitations extĂ©rieures, qui permettent Ă  l’auteur de dĂ©ployer, dans une apparente improvisation, sa culture et son habiletĂ© stylistique. Ces sollicitations constituent en effet un aiguillon de la crĂ©ativitĂ© prĂ©sentĂ©e comme immĂ©diate — calor subitus — qui donne du prix au poĂšme finalement composĂ©. N’assigner Ă  l’emblĂšme alciatique qu’une finalitĂ© Ă©thique ou philosophique, c’est risquer de dissoudre dans les gĂ©nĂ©ralitĂ©s la subtile combinaison, magnifiĂ©e par le symbole, entre la permanence des signifiants allĂ©goriques et l’évanescence de l’évĂ©nement (autobiographique ou historique) qui leur confĂšre une forme ingĂ©nieuse de rĂ©actualisation. Cet Ă©vĂ©nement peut n’ĂȘtre d’ailleurs parfois que la lecture d’un passage juridique ou l’examen d’un cas de droit, comme l’avait soulignĂ© Virginia Woods Callahan (d’ailleurs citĂ©e pour l’éclairage juridique p. 697 note 7) : on sait combien l’Alciat des Parerga se passionnait pour l’art du dĂ©tail et le « fragment paysagier » pour reprendre l’expression d’AndrĂ© Tournon. ValĂ©rie Hayaert a d’ailleurs rĂ©cemment montrĂ© combien la pratique du droit peut tĂ©moigner parfois d’une vĂ©ritable mens emblematica25.

21On note encore que l’édition de M. Gabriele ne fournit pas de conspectus metrorum et que les seules indications sur la mĂ©trique se rĂ©sument Ă  ceci :

Les Ă©pigrammes sont pour la plupart en distiques Ă©lĂ©giaques, tout sauf impeccables : tantĂŽt le pentamĂštre se voit substituer un trimĂštre ou un dimĂštre iambique, d’autres fois une sĂ©rie d’hexamĂštres26.

22Cette vision est un peu courte. Alciat est bien connu pour ses capacitĂ©s de traducteur de l’Anthologie de Planude — M. Gabriele rappelle d’ailleurs au moins quatre Ă©ditions d’Epigrammata graeca selecta, par Soter puis Cornarius dans les annĂ©es 1520, comportant de nombreuses traductions d’Alciat — et, si on examine sa mĂ©trique de prĂšs, on s’aperçoit qu’il a fait ce que doit faire tout bon traducteur : chercher des solutions littĂ©raires, fussent-elles imprĂ©vues, et adaptĂ©es Ă  la piĂšce qu’il traduit. Alciat, qui connaĂźt, autant qu’il est possible alors, les rĂšgles de la mĂ©trique grecque et latine27, a donc fait des essais de traduction en transposant parfois les mĂštres originaux et il s’est Ă©galement servi de cette longue expĂ©rience de traducteur pour la composition de ses propres Ă©pigrammes destinĂ©es Ă  devenir des emblĂšmes. D’oĂč la nĂ©cessitĂ© d’étudier de prĂšs ces textes en les considĂ©rant pour ce qu’ils sont, Ă  savoir d’abord des poĂšmes.

23On est Ă©galement surpris de ne pas trouver d’analyse de la composition des Ă©pigrammes. Dans le cours des commentaires proposĂ©s dans ce volume, alors que les emblĂšmes relĂšvent d’une poĂ©sie descriptive trĂšs allusive, oĂč le sens global se joue en particulier dans les relations entretenues par les mots entre eux — Alciat est un juriste raffinĂ© et, M. Gabriele le rappelle, l’auteur d’un De verborum significatione, De la signification des mots — on ne trouve gĂ©nĂ©ralement pas d’analyse sur cette matiĂšre. M. Gabriele nous livre donc bien un commentaire, au sens d’un ensemble d’informations prĂ©cises et nĂ©cessaires Ă  la comprĂ©hension du texte et de l’image, mais il nous fait regretter l’absence habituelle d’une interprĂ©tation, c’est‑à‑dire d’une mise en forme de ces informations dans un discours qui se risque Ă  proposer un sens, ce que l’emploi dans sa prĂ©face de l’adjectif « iconologique » — et non « iconographique » plus descriptif — laissait d’ailleurs attendre. L’utilisation postĂ©rieure des emblĂšmes dans la littĂ©rature et les arts figurĂ©s prouve sans conteste l’existence de ce sens Ă  dĂ©couvrir, fĂ»t-il variable et plastique, au grĂ© des circonstances et des usages, donc Ă  reconstruire obligatoirement — parce qu’il est le granum salis qui explique, pour une bonne part, l’incroyable succĂšs du genre emblĂ©matique.

24Enfin, on ne trouvera pas de dĂ©veloppement substantiel de M. Gabriele sur l’ordre du recueil entier, alors mĂȘme qu’on sait combien c’est important pour les poĂštes antiques et leurs Ă©mules de la Renaissance. Or, force est de constater que l’ordre des emblĂšmes est presque le mĂȘme dans l’édition prĂ©tendue pirate de 1531 et dans celle qui a reçu la bĂ©nĂ©diction d’Alciat en 1534. Certains phĂ©nomĂšnes cependant sautent aux yeux. Jetons un bref coup d’Ɠil sur le premier emblĂšme, qui est consacrĂ© par le Milanais Alciat aux armoiries du duchĂ© de Milan — en fait celles des Visconti — et qui restera Ă  cette place dans toutes les Ă©ditions connues, avec ou sans illustrations, et bien aprĂšs 1534 donc. Il y est question de l’extraordinaire blason des Visconti, seigneurs de Milan, avec la fameuse biscia28 (encore visible sur l’écusson des Alfa RomĂ©o), la guivre prodigieuse qui vomit un enfant, ce qui annonce la grandeur future des Visconti — comme le rappelaient deux autres poĂštes, Dante (Purgatoire, VIII, 80) et PĂ©trarque dans les Rerum memorabilium libri, IV, 9 (non citĂ©s par M. Gabriele). Dans le texte de l’épigramme, il est aussi question d’un prodige annonçant la naissance d’Alexandre, mais Ă©galement de la naissance de Pallas sortie de la tĂȘte de Jupiter
 Comment ne pas voir lĂ  un lien mĂ©tapoĂ©tique entre cet emblĂšme, qui Ă©voque autant de naissances illustres — princiĂšre, royale et divine —, et la naissance de ce recueil (et de ce genre poĂ©tique !), son premier jalon en quelque sorte, qu’Alciat se plaĂźt Ă  marquer de maniĂšre superlative ? De plus, dans l’édition de 1531 et dans une premiĂšre version, le dernier emblĂšme, Optimus civis [E. CXIII, p. 571‑573], ramenait le lecteur Ă  Milan — « in nostra
 urbe » —, et la boucle du recueil se fermait ainsi29. Que dire encore de l’ordre des piĂšces qui change Ă  raison de deux insertions et de quelques ajouts terminaux ? M. Gabriele adopte l’ordre de 1534, mais il ne le commente pas plus que celui de 1531. Pourtant si, en 1534, Wechel a suivi presque en tout l’ordre de l’édition de 1531, c’est sans doute parce qu’Alciat y tenait, au moins jusqu’à la parution de la seconde centurie quinze ans plus tard en 1546. Or on ne peut que constater que l’édition de 1546 s’achĂšve aussi avec un autre emblĂšme milanais sur la truie de Milan, intitulĂ© « Mediolanum », « Milan » — l’avant-dernier du recueil — et que le dernier est consacrĂ© Ă  la devise (et aux armes) d’Alciat « Nunquam procrastinandum », « Ne jamais diffĂ©rer » — motto empruntĂ© Ă  Alexandre ! —, comme nouvelle sphragis du recueil : tous les Ă©lĂ©ments Ă©taient dĂ©jĂ  en place dĂšs 1531 et 1534. Les Ă©ditions complĂštes mettront fin Ă  tout ce bel arrangement en imposant une mise en ordre par loci communes et un ordre totalement bouleversĂ© — Ă  quelques exceptions prĂšs. Mais en 1531 et 1534, nous n’en sommes pas lĂ .

25Il subsiste quelques erreurs, lacunes et coquilles dans l’apparat critique qu’on reconstitue malgrĂ© sa dispersion dans les notes finales. Voici celles que nous avons repĂ©rĂ©es pour le texte des Emblemata, prĂ©face et dĂ©dicace comprises, en prenant, pour suivre M. Gabriele, l’édition de 1534 comme texte de rĂ©fĂ©rence (N.B. : nos remarques adoptent les conventions suivantes : E. = emblĂšme ; viennent ensuite numĂ©ro d’ordre, vers, page, notre correction/ la partie erronĂ©e) :

26‱ PrĂ©face de Wechel :

27p. 13, § 1, l. 12, tam neglecte, ne quid 1534 (« ne » parfois redoublé selon le tirage)/ tam neglecte, ut ne quid ;

28p. 13, l. 15, aeditione/ editione ;

29p. 14, l. 7 : παλÎčÎłÎłÎ”ÎœÎ”Ïƒáœ·áŸł/ παλÎčÎłÎłÎ”ÎœÎ”Ïƒáœ·Î±.

30‱ DĂ©dicace Ă  Peutinger, p. 16, v. 4 : Artificum/ Artificium.

31‱ E. VIII, p. 66 : dans le commentaire dĂ©crivant l’image, l. 1-2 : Senatus populusque/ Senatus pupolusque.

32‱ E. IX, p. 71, titre : in victoriam/ victoria

33‱ E. X, p. 77, v. 3 : Murenamque/ Muraenamque

34‱ E. XII, p. 87, v. 2 : viridi/ viridis (la confusion entre le gĂ©nitif viridis (M. Gabriele) et l’ablatif viridi (1534) aboutit Ă  un lĂ©ger contresens dans la traduction italienne ; en effet, c’est viridis vitis qui est sujet de complexa est et non opaca umbra : il faut comprendre « une vigne ombreuse Ă  la chevelure verdoyante » (« colla sua chioma verdeggiante, una vite ombrosa ») et non « l’ombrosa chioma di una vite verdeggiante » [p. 87]).

35‱ E. XXIX, p. 179, v. 1 : piscator/ piscatur.

36‱ E. XXXII, p. 191 : GANYMEDES ; Î“Î‘ÎÎ—Î„ÎŁÎ˜Î‘Î™[sic] ΜΗΔΕΣΙ 1534 (absent en 1531). Les trois mots grecs sont repris de façon erronĂ©e dans le commentaire (p. 193) : GANIMEDES [sic] Î“Î‘ÎÎ•Î„ÎŁÎ˜Î‘Î™ [sic] ΜΗΔΕΣΙ : il faut corriger le premier mot en GANYMEDES et le deuxiĂšme en Î“Î‘ÎÎ„ÎŁÎ˜Î‘Î™ (p. 193).

37‱ E. XXXIV, p. 203, v. 3 : medio circum aequore/ medio circum, aequore.

38‱ E. LV, p. 305, v. 1 : perstantem/ perflantem.

39‱ E. LIX, p. 321, v. 2 : quarum/ quorum.

40‱ E. LXV, p. 349, v. 7 : Acheronticus/ acheronticus.

41‱ E. LXVII, p. 360, v. 9 : Falerni (nous corrigeons) : falerni 1534/ phalerni (M. Gabriele).

42‱ E. LXXI, p. 377, v. 3 : Heliodoran/ Heliodoram ; v. 4 : ajouter un point aprĂšs « sororis pellicem ».

43‱ E. LXXVIII, p. 414, v. 13 : praecepsve/ praecepsque.

44‱ E. LXXXI, p. 427, v. 5 : hospes, cum/ hospes cum.

45‱ E. LXXXV, p. 444, titre : redimendam/ redimendum.

46‱ E. XCII, p. 469, v. 2 : Iuppiter/ Iupiter.

47‱ E. XCV, p. 483, v. 1 : Tyrio/ tyrio.

48‱ E. CXIII, p. 571, v. 4: cepit bonne correction non signalĂ©e de coepit 1534.

49Les lacunes concernent toutes — à une exception notable — les mots qui sont lisibles sur les illustrations. L’édition de M. Gabriele ne fournit ni systĂ©matiquement ni complĂštement le texte des termes latins ou grecs prĂ©sents dans les gravures. On ajoutera donc, en prenant toujours 1534 comme Ă©dition de rĂ©fĂ©rence pour suivre M. Gabriele :

50‱ E. VIII, p. 66 : les initiales S P Q R apparaissent sur l’étendard.

51‱ E. XVI, p. 127 : à droite de l’image : ALCYON (absent en 1531).

52‱ E. LXXIX, p. 419 : sur le socle de la figure de gauche : SPES (absent en 1531) ; sur le socle de la figure de droite : NEMESIS (absent en 1531).

53‱E. LXXXII, p. 431 : sur l’image : D<IS> M<ANIBVS> ARISTOMENIS (1531 et 1534).

54‱ E. CIV, p. 529, v. 6 : magna 1534] M. Gabriele oublie l’importante variante de 1531 : nostra. Comme nous l’avons dit plus haut, la leçon de 1531 in nostra
 urbe, « dans notre ville », renvoyait Ă  Milan.

55‱ E. CXII, p. 565 : sur le monument : D<IS> M<ANIBVS> SEPVLCRVM.

56On constate que M. Gabriele ne suit pas de rĂšgle orthographique fixe, ce qui amĂšne Ă  des disparitĂ©s dont nous renonçons ici Ă  donner le dĂ©tail : on verra par exemple sydera, donnĂ© par les Ă©ditions, corrigĂ© la plupart du temps en sidera, sans avertissement ; en E. XXXVIII, p. 225, iusticia (dans le titre et v. 8) est explicitement corrigĂ© en iustitia, mais concio (v. 2) est conservĂ© quand on attendrait logiquement contio. Ces corrections sont d’autant plus curieuses que les sĂ©quences -ij des Ă©ditions  — en finale ou Ă  l’intĂ©rieur d’un mot — équivalentes Ă  -ii ou mĂȘme Ă  –i sont, elles, systĂ©matiquement conservĂ©es alors que ce sont des graphies qui compromettent la lisibilitĂ© mĂȘme du texte.

57Les critiques qui prĂ©cĂšdent ne doivent cependant pas faire oublier que ce gros volume rendra bien des services, en particulier parce que l’auteur n’a pas hĂ©sitĂ© Ă  compiler les volumes de commentaires les plus importants qui ont Ă©tĂ© rĂ©digĂ©s sur les Emblemata pour offrir Ă  son lecteur les sources textuelles les plus diverses qui sont en jeu dans cette Ɠuvre particuliĂšrement difficile. Il a Ă©galement fourni une traduction italienne qui permet de prendre contact avec le texte mieux que toute autre traduction contemporaine de l’auteur. On l’oublie trop souvent : Alciat Ă©crit en latin et les traductions de son temps, par nature infidĂšles, ne sauraient dispenser le lecteur d’affronter le texte latin original. Mino Gabriele nous y aide fortement grĂące Ă  une traduction claire — pour cette centurie tout au moins, car n’ayons garde d’oublier la seconde. Dans ce livre, on trouvera aussi de multiples documents, en particulier, iconographiques qui pourront utilement ĂȘtre rapprochĂ©es des illustrations originales et pourront contribuer Ă  mieux faire comprendre l’influence majeure de ce petit livre au cours des siĂšcles.

58Il faut cependant se rendre Ă  l’évidence : l’édition critique de l’ensemble des Emblemata reste encore Ă  faire et il serait mĂȘme nĂ©cessaire qu’elle soit menĂ©e Ă  bien par une Ă©quipe de chercheurs internationale, alliant les compĂ©tences les plus diverses, tant la tĂąche est lourde.