Le grand Ćuvre dâAlciat
Le prĂ©sent compte rendu est Ă paraĂźtre en version anglaise dans le numĂ©ro 19 de la revue Emblematica. Il est ici donnĂ© dans sa version originale, avec lâaimable autorisation de lâauteur et de la revue.
1Le livre de Mino Gabriele propose une Ă©dition commentĂ©e de la premiĂšre moitiĂ© des Emblemata dâAndrĂ© Alciat qui forme un volume considĂ©rable : lâidĂ©e Ă©tait excellente et on se fĂ©licitera de lâaboutissement de cette entreprise. Une introduction substantielle ouvre le volume et le texte Ă©ditĂ© est accompagnĂ© dâune traduction italienne et dâun commentaire. M. Gabriele donne ici lâĂ©dition de ce quâon appelle par commoditĂ© la premiĂšre centurie dâemblĂšmes. En fait, elle en compte centâtreize, si on adjoint aux cent-quatre emblĂšmes de lâeditio princeps (Augsbourg, Heinrich Steyner, 1531) les neuf apparus pour la premiĂšre fois dans la premiĂšre Ă©dition française (Paris, ChrĂ©tien Wechel, 1534).
2M. Gabriele a dĂ©libĂ©rĂ©ment laissĂ© de cĂŽtĂ© la « seconde centurie » â en fait quatreâvingtâdix neuf emblĂšmes supplĂ©mentaires, ce qui porte la collection complĂšte dâEmblemata Ă deuxâcentâdouze. Rappelons1 que, formĂ©e dâun noyau principal de quatreâvingtâsix emblĂšmes, la « seconde centurie » est publiĂ©e dâabord Ă part et pour la premiĂšre fois chez les hĂ©ritiers dâAlde, Ă Venise, en 1546. Puis lâensemble des centâquatreâvingtâdixâneuf piĂšces (1534 + 1546) est ensuite publiĂ© avec deux nouveaux emblĂšmes en 1548 (Lyon, MacĂ© Bonhomme / Guillaume Rouille), puis avec dix nouveaux en 1550 (Lyon, MacĂ© Bonhomme / Guillaume Rouille). LâĂ©dition des Emblemata avec son appareil intĂ©gral de gravures est alors complĂšte (Ă un emblĂšme prĂšs). Mais lâordre des piĂšces nâa plus rien Ă voir avec celui des Ă©ditions de 1531, 1534 et 1546, puisquâĂ partir de lâĂ©dition de 1548 (Lyon, MacĂ© Bonhomme / Guillaume Rouille), les emblĂšmes ont Ă©tĂ© reclassĂ©s par BarthĂ©lĂ©my Aneau (et/ou Rouille ?) en fonction des loci communes : câest cet ordre qui sâimposera gĂ©nĂ©ralement aux Ă©ditions postĂ©rieures2. Quant aux gravures, la question est encore plus complexe que celle du texte et ne saurait ĂȘtre rĂ©sumĂ©e ici. Pour en donner une idĂ©e, prĂ©cisons seulement que chacune des Ă©ditions de 1531, 1534, 1546, et celle complĂšte de 1550 que nous avons mentionnĂ©es ici possĂšdent en propre un ensemble de gravures original â complet ou non â et fortement caractĂ©risĂ©. Ajoutons enfin que la premiĂšre Ă©dition bilingue, avec traduction en français ici, est publiĂ©e par Wechel dĂšs 1536, et quâĂ partir de 1549, paraissent aussi des Ă©ditions commentĂ©es.
3Dâun point de vue matĂ©riel, on ne cachera pas que le livre de M. Gabriele est difficile Ă consulter. En particulier, un index des titres des emblĂšmes Ă©ditĂ©s manque cruellement. Comme lâordre des deux premiĂšres Ă©ditions nâest pas du tout celui des Ă©ditions complĂštes postĂ©rieures, il reste inhabituel pour les spĂ©cialistes eux-mĂȘmes. Quand on cherche ici un emblĂšme prĂ©cis, il faut donc constamment tĂątonner pour le trouver : aussi, en annexe Ă la prĂ©sente recension, Michael Bath propose amicalement au lecteur le document â indispensable Ă une consultation fluide de ce gros volume â quâil a dâailleurs confectionnĂ© pour son propre usage. On ajoutera que la bibliographie utilisĂ©e dans les notes par M. Gabriele nâest malheureusement pas rassemblĂ©e en fin de volume et que, malgrĂ© un index nominum, elle reste trĂšs difficile Ă apprĂ©hender en raison de renvois trop vagues. Enfin, on ne comprend pas pourquoi le petit appareil de notes a Ă©tĂ© renvoyĂ© en fin de volume quand chaque emblĂšme est immĂ©diatement suivi de son commentaire. Il conviendrait que, lors dâun prochain tirage, ces dĂ©fauts sans portĂ©e scientifique soient pourtant corrigĂ©s.
4Pour rendre maintenant justice au travail de M. Gabriele et le discuter, il convient de citer quelques phrases de sa prĂ©face (p. IX) qui explicitent les buts quâil a poursuivis dans cette entreprise considĂ©rable.
LâidĂ©e [de faire ce livre] est nĂ©e, Ă©critâil, du dĂ©sir de combler un vide Ă©ditorial surprenant et en mĂȘme temps de mettre Ă la disposition des chercheurs et des curieux lâarchĂ©type dâun genre littĂ©raire qui, dĂšs sa naissance, il y a presque cinq cents ans, a connu un extraordinaire succĂšs en Europe, influençant lâart, la poĂ©sie ainsi que les spĂ©culations les plus ardues sur le rapport entre mot et image3.
5Il est vrai quâil nâexiste pas, Ă proprement parler, dâĂ©dition critique des Emblemata. Dans les annĂ©es 1980, Maria Antonietta de Angelis avait procurĂ© une sorte de fac-similĂ© de lâĂ©dition de 1531 avec une traduction italienne4, mais lâensemble, trĂšs fautif, nâavait pas pu sâimposer ; de façon beaucoup plus convaincante, Betty Knott a proposĂ© un embryon dâĂ©dition critique Ă partir du texte de lâĂ©dition de 1550 donnĂ©e en fac-similĂ©, et lâa accompagnĂ© dâune traduction anglaise et dâun appareil restreint de notes5 ; on peut Ă©galement trouver des fac-similĂ©s dâune Ă©dition complĂšte avec une introduction plus ou moins substantielle6 ; mais la solution la plus riche est sans conteste celle offerte par le Glasgow University Emblem Website (http://www.emblems.arts.gla.ac.uk/alciato/) qui a Ă©tĂ© initiĂ© par Alison Adams et Stephen Rawles et propose, en accĂšs direct, vingt-deux Ă©ditions des Emblemata, en latin et/ou en traduction française, allemande, espagnole, Ă la fois en fac-similĂ© et dissimilĂ© avec une transcription du texte fourni par chaque Ă©dition consultĂ©e, Ă chaque fois accompagnĂ©e dâune brĂšve introduction circonstanciĂ©e et dâun appareil de notes in progress â sans oublier un moteur de recherche incluant les images grĂące aux descripteurs Iconclass. Sans nul doute, la nĂ©cessitĂ© dâune Ă©dition critique des Emblemata nâest pas Ă dĂ©montrer. En faisant le choix dâĂ©tablir seulement le texte de la premiĂšre livraison â soit environ la moitié â des Emblemata et de le fonder uniquement sur les deux premiĂšres Ă©ditions, 1531 et 1534, M. Gabriele a, en quelque sorte, tranchĂ© un nĆud gordien. Nous reviendrons plus largement sur le rĂ©sultat obtenu.
6M. Gabriele ajoute un peu plus loin quâil propose, Ă cĂŽtĂ© du texte, une « traduction accompagnĂ©e dâun commentaire iconologique » (« traduzione accompagnata da un commento iconologico »). Il prĂ©cise encore quâil nâa pas cherchĂ© Ă dĂ©velopper plus que de raison le commentaire : « mais nous chercherons, dit-il, Ă recueillir le sens premier de lâinvention dâAlciat et de ses prĂ©dĂ©cesseurs » (« ma cercheremo di cogliere il primitivo senso dellâinvenzione alciatea e dei suoi predecessori »). Il annonce ainsi la volontĂ© de ne pas considĂ©rer Alciat isolĂ©ment, mais de le replacer dans un contexte historique et littĂ©raire particulier qui lui donne sens. On voit par lĂ que, mĂȘme si M. Gabriele nâa pas pris en charge la seconde centurie dâemblĂšmes, il a voulu fonder son travail dans lâĂ©poque prĂ©cise qui voit naĂźtre lâentreprise du juriste milanais.
7Il faut noter Ă©galement que lâannonce dâun « commentaire iconologique » constitue une forme de revendication dâappartenance Ă un courant dâhistoriens de lâart, marquĂ© par la philosophie et initiĂ© par Erwin Panofsky dont les Essais dâiconologie7 crĂ©ent le terme dâ« iconologie » en mĂȘme temps que la mĂ©thode. Ce courant a Ă©tĂ© profondĂ©ment renouvelĂ©e dans les derniĂšres dĂ©cennies avec, en particulier (et ce ne sont que deux exemples), les travaux de Daniel Arasse8 et de Claudia CieriâVia9. On peut sâĂ©tonner quelque peu de la revendication de M. Gabriele, dans la mesure oĂč les Emblemata quâil Ă©tudie sont une Ćuvre mixte, comprenant, certes des images ou plutĂŽt des illustrations, mais Ă©galement un recueil dâĂ©pigrammes, constituĂ© en un tout homogĂšne. Nous verrons plus loin quelles sont les consĂ©quences de cette profession de foi.
8M. Gabriele précise encore sa pensée de maniÚre trÚs circonstanciée :
Ici lâon a lâintention de reparcourir les pensĂ©es et les Ă©tudes dâoĂč a jailli une idĂ©e simple et gĂ©niale : crĂ©er des mots dâoĂč pourraient fleurir des images morales et philosophiques, dans une union oĂč lâimage pourrait se faire entendre et le mot se faire voir. Un nouveau langage est ainsi proposĂ© â câestâĂ âdire lâEmblĂšme visible et dicible â par lequel mĂ©diter sur le sens prosaĂŻque et mĂ©taphysique de la vie humaine, de la nature et du divin10.
9De cette pensĂ©e toute thĂ©orique sur lâemblĂšme, il conviendra sans doute de reparler, dans la mesure oĂč une telle conception ne laisse en fait Ă peu prĂšs aucune place Ă un emblĂšme qui ne soit pas philosophique au sens large du terme, ce qui nous paraĂźt difficilement soutenable â ne seraitâce quâau vu des nombreuses Ă©pigrammes ecphrastiques de lâAnthologie de Planude quâAlciat a traduites et rĂ©utilisĂ©es pour ses emblĂšmes et qui ne tĂ©moignent pas forcĂ©ment de considĂ©rations morales ou philosophique particuliĂšres â Ă moins de dĂ©pouiller ces mots de leur sens spĂ©cifique. En corollaire, on sâinterrogera dâailleurs sur lâabsence totale, dans ces prolĂ©gomĂšnes, de considĂ©rations sur la poĂ©tique de lâemblĂšme, forme mixte qui repose en particulier, rĂ©pĂ©tons-le, sur le genre littĂ©raire trĂšs codifiĂ© de lâĂ©pigramme. Nous verrons bientĂŽt ce quâon peut penser dâun tel manque.
10Dans lâintroduction, M. Gabriele nous propose un parcours qui est, somme toute, assez classique pour une Ă©dition de texte commentĂ©e et se compose de trois parties. La premiĂšre, intitulĂ©e Alciat et lâorigine de lâemblĂ©matique (p. XIIIâXXXVII) est ainsi divisĂ©e : « Ăpigrammes et emblĂšmes » (p. XV), « LâĂ©nigme de la premiĂšre Ă©dition des Emblemata » (p. XVIII), « Quand furent insĂ©rĂ©es les illustrations ? » (p. XXV), « Le terme Emblema » (p. XXXIV) ; la deuxiĂšme partie sâintitule : Le nĆud savant : lâimageâmot (p. XXXVIIâLVI) et, aprĂšs un exposĂ© gĂ©nĂ©ral, progresse ainsi : « EmblĂšmes et hiĂ©roglyphes » (p. XLIII), « Les hiĂ©roglyphes dâHorapollon » (p. XLVI), « Les hiĂ©roglyphes de Francesco Colonna » (p. LVI) ; la troisiĂšme partie est consacrĂ©e Ă LâinterprĂ©tation alchimique de Pierre Vicot : Alciat et Ovide (p. LXIVâLII).
11Nous ne commenterons pas chacune des divisions de cette riche introduction qui a le mĂ©rite de rappeler de nombreuses questions, avec des exposĂ©s inattendus â comme celui sur les emblĂšmes et lâalchimie â, mais nous nous arrĂȘterons sur certains des points nodaux autour desquels la prĂ©sente Ă©dition est organisĂ©e.
12Ainsi, dans sa premiĂšre partie, M. Gabriele sâessaie Ă retracer lâhistoire Ă©minemment complexe du texte â et des illustrations â des Emblemata, Ă propos de laquelle on dispose de plus dâhypothĂšses que de faits avĂ©rĂ©s. Or M. Gabriele complique encore la situation en supposant des strates du texte Ă propos desquelles nous nâavons pas de rĂ©elles certitudes. M. Gabriele suppose par exemple lâexistence de la fameuse Ă©dition fantĂŽme de 1522, malheureusement, il finit par faire comme si cette supposition Ă©tait prouvĂ©e, ce qui nâest pas le cas. En cette matiĂšre dĂ©jĂ passablement troublĂ©e, il nâest pas nĂ©cessaire dâajouter Ă la confusion. De plus, M. Gabriele semble mĂ©connaĂźtre lâimportant article dâElizabeth Klecker oĂč la question de lâhistoire du texte alciatique â et de ses illustrations â est justement revue avec beaucoup de pondĂ©ration et auquel nous nous contentons pour lâinstant de renvoyer11, aprĂšs avoir notĂ© simplement quâil appert de lâĂ©tude dâElizabeth Klecker que les relations dâAlciat avec ses imprimeurs sont tout sauf claires et figĂ©es, et que les documents qui nous restent â quelques lettres en somme â nous permettent seulement dâenvisager les contours dâune stratĂ©gie de publication finement Ă©laborĂ©e qui, aujourdâhui, ferait passer Alciat pour un habile manipulateur.
13La lacune bibliographique que nous venons de relever mĂšne malheureusement Ă en noter dâautres. Sur le terme emblema, si lâarticle fondateur de Hessel Miedema est citĂ©, sa brĂšve mais dĂ©cisive rĂ©ponse12 aux thĂšses de lâimportant article de Pierre Laurens et Florence Vuilleumier Laurens sur les relations entre les Antiquitates Mediolanenses et les Emblemata est elle aussi ignorĂ©e, de mĂȘme dâailleurs que lâĂ©volution postĂ©rieure des deux auteurs citĂ©s qui ont prĂ©sentĂ© dâimportants correctifs13 Ă cet article de 1993 jusquâau chapitre de leur dernier livre en date14 paru aprĂšs le prĂ©sent volume. Dans la seconde partie, on notera Ă©galement que lâĂ©dition des Hieroglyphica dâHorapollon par Heinz Josef Thissen15, qui fait actuellement rĂ©fĂ©rence, nâest pas mentionnĂ©e, ni non plus lâĂ©dition italienne de Mario Andrea Rigoni et Elena Zanco16, qui est certes fondĂ©e sur celle de Francesco Sbordone (1941), mais prĂ©sente aussi un important dĂ©veloppement sur la rĂ©ception des hiĂ©roglyphes dâHorapollon Ă la Renaissance et sur la question de Francesco Colonna.
14En outre, il faut ĂȘtre trĂšs prudent concernant le texte horapollinien parce quâAlciat nâa connaissance des Hieroglyphica dâHorapollon que par lâeditio princeps dâAlde (Venise, 1505) dont on sait quâelle est trĂšs fautive. Cela mâa permis ailleurs de prendre Alciat en flagrant dĂ©lit de « forgerie »17 dans le cas du tombeau dâAurĂ©olus qui est reprĂ©sentĂ© dans les Antiquitates Mediolanenses (voir ill., p. 243) et dont lâillustration est en partie reprise pour le cĂ©lĂšbre emblĂšme Ex literarum studiis immortalitatem acquiri (E. XLI, p. 237â244). M. Gabriele ne cite pas cette Ă©tude. On sait bien quâaucune bibliographie ne peut ĂȘtre exhaustive. Lâennui est que cet oubli amĂšne M. Gabriele Ă reprendre, pour commenter cet emblĂšme, une interprĂ©tation erronĂ©e et dĂ©sormais dĂ©passĂ©e voire, dans un autre cas, Ă penser mĂȘme quâil dĂ©couvre des sources nouvelles, par exemple pour lâemblĂšme sur le tombeau de LaĂŻs, dont jâavais pourtant Ă©tudiĂ© â et publié â lâemprunt numismatique dĂšs 200718. Sur la devise Ă©galement â un genre si Ă©troitement liĂ© Ă lâemblĂšme â et sur le traitĂ© de Paolo Giovio â le seul dont la rĂ©daction soit contemporaine dâAlciat â, on ne trouve citĂ© quâune seule fois lâĂ©dition, toujours indĂ©passĂ©e, de Maria Luisa Doglio dans une note finale (n. 21, p. 608) sans mĂȘme que son nom apparaisse dans lâindex nominum ; on ne trouve pas davantage trace du maĂźtre-livre de Daniel Russell, The Emblem and Device in France19, ni non plus de lâouvrage rĂ©cent de Dorigen Caldwell sur la thĂ©orie de la devise20.
15Bref, tout cela nous impose de noter que, si nous considĂ©rons la totalitĂ© du volume, la bibliographie de M. Gabriele sâavĂšre souvent lacunaire, en particulier dans le domaine emblĂ©matique, et quâelle ne fait en particulier aucune rĂ©fĂ©rence aux sites de lâInternet oĂč se rĂ©vĂšle aujourdâhui une part croissante de la recherche. Ces manques sâexpliquent sans doute en partie par le fait que ce travail sâest Ă©talĂ© sur un nombre dâannĂ©es important, mais ce nâest pas sans poser problĂšme aprĂšs plusieurs dĂ©cennies dâintenses recherches dont suffirait Ă tĂ©moigner, par exemple, la bibliographie emblĂ©matique in progress que Rosario Lopez-Posa offre sur le site quâelle maintient Ă lâuniversitĂ© de La Corogne (http://www.bidiso.es/emblematica/novedades.html).
16Venons en maintenant aux principes de lâĂ©dition proposĂ©e ici. M. Gabriele prĂ©cise que le texte quâil procure se fonde sur les Ă©ditions de 1531 (Augsbourg, Steyner) et 1534 (Paris, Wechel), mais, en y regardant de plus prĂšs, on constate quâil privilĂ©gie ouvertement celle de 1534, au motif quâAlciat a Ă©crit quâil la prĂ©fĂ©rait en raison de sa plus grande correction. Or cette correction supĂ©rieure reste Ă dĂ©montrer dans les faits, parce que Wechel a certes corrigĂ© bien des erreurs de Steyner, mais il en a lui-mĂȘme commis dâautres graves (comme celle trĂšs visible de lâouroboros « ondulé » pour la gravure dâEx literarum studiis immortalitatem acquiri [E. XLI, p. 237] ou lâinterversion des personnages dâUlysse et de DiomĂšde dans la gravure de lâemblĂšme Unum nihil, duos plurimum esse [E. CX, p. 557]). Y auraitâil alors dâautres raisons pour cette approbation manifestĂ©e par Alciat ? M. Gabriele ne formule pas la question. Pourtant, comme frappĂ© de remords, il donne systĂ©matiquement les illustrations des Ă©ditions complĂštes de 1550 et de 1621, alors que lâordre des emblĂšmes y est complĂštement changĂ©. Or les relations entretenues par les illustrations qui se suivent risquent dâavoir changĂ© aussi dans ces Ă©ditions postĂ©rieures, sans oublier que le texte peut en ĂȘtre diffĂ©rent.
17Dans lâarticle dĂ©jĂ citĂ©, Elisabeth Klecker rĂ©habilite nettement lâĂ©dition de 1531 en formulant une thĂšse, qui mĂ©rite Ă tout le moins lâattention : si lâĂ©dition Wechel de 1534 plaĂźt davantage Ă Alciat, câest surtout parce quâil a pu y faire des corrections pour rendre le texte moins dangereux pour lui. Or, cette volontĂ© que manifeste Alciat de contrĂŽler ses Ă©crits est bien connue, puisquâon sait quâil a longuement rĂ©clamĂ© Ă Ărasme la copie dâune lettre-pamphlet, le Contra uitam monasticham, Contre la vie monastique, quâil lui avait envoyĂ©e. Il craignait en effet â à tort â quâĂrasme ne la diffusĂąt et que cette critique parfois acerbe ne nuisĂźt aux intĂ©rĂȘts du professeur de droit largement stipendiĂ© quâil Ă©tait. E. Klecker montre que, dans plusieurs emblĂšmes, dont un en particulier au titre programmatique : « Quod non rapit Christus, rapit fiscus », « Ce que le Christ nâattrape pas, câest le fisc qui lâattrape » (ici E. LXII, p. 335-337), en 1531, Alciat exprimait nettement une critique des taxes imposĂ©es en plus de celle de lâĂ©glise par son souverain, le duc de Milan. Or le texte initial de 1531 portait la mention « nostri principis », « notre prince » et cette leçon a Ă©tĂ© changĂ©e, en 1534, par « cupidi principis », « un prince cupide » oĂč la critique de fait ad hominem nâĂ©tait soudain plus du tout sensible. Malheureusement, dans cet emblĂšme (p. 336), si M. Gabriele indique en note la variante de 1531, il ne la commente absolument pas. Il en va de mĂȘme pour lâemblĂšme final de 1531, Optimus civis, « Le meilleur des citoyens » (p. 529), oĂč M. Gabriele ne note que la leçon de 1534 : « in magna⊠urbe », « dans une grande cité ». Or la variante de 1531 â « in nostra⊠urbe », « dans notre cité » â ne manquait pas dâintĂ©rĂȘt puisquâelle replaçait lâemblĂšme Ă Milan, donnant lĂ aussi Ă son propos une portĂ©e beaucoup plus ciblĂ©e. Ainsi, entre Steyner et Wechel, le choix ne saurait constituer une Ă©vidence, ni peut-ĂȘtre mĂȘme une vĂ©ritable option.
18Si lâon observe maintenant le commentaire proposĂ© par M. Gabriele, on constate quâil procĂšde de maniĂšre extrĂȘmement diverse. Pour le plus grand plaisir du lecteur sensible Ă la variation, M. Gabriele fait alterner des commentaires Ă©rudits, que nĂ©cessite la matiĂšre parfois trĂšs technique abordĂ©e par Alciat, et des dĂ©veloppements de plus vaste ampleur. M. Gabriele y met Ă la disposition de tous non seulement les informations quâil a recueillies chez les commentateurs de la Renaissance â ce qui est dĂ©jĂ un travail considĂ©rable â mais Ă©galement de nombreuses sources nouvelles. Il cite par exemple des versions italiennes des Emblemata que rapporte Guichardin et qui sont autant de tĂ©moins nouveaux et prĂ©cieux (p. 351â352 et 378). Il opĂšre des rapprochements inĂ©dits avec nombre dâillustrations provenant de manuscrits ou de livres rares, mais aussi avec des Ćuvres dâart contemporaines de la conception et de la parution des emblĂšmes. Il fournit Ă©galement deux intĂ©ressantes mises au point sur les monnaies (p. 55) et les intailles (p. 241) antiques, malheureusement non rĂ©pertoriĂ©es dans la table des matiĂšres. Tout cela est Ă©minemment utile, il faudra longtemps avant dâen Ă©puiser la richesse.
19Cependant, le lecteur est surpris de ne trouver dans les commentaires aucune considĂ©ration ayant trait Ă la poĂ©tique de lâemblĂšme en gĂ©nĂ©ral et, partant, Ă celle du genre de lâĂ©pigramme ecphrastique dont il procĂšde. GrĂące Ă un article fameux de Claudie Balavoine21, Ă la thĂšse de Pierre Laurens22 et Ă lâarticle dâAlison Saunders23 â pour ne citer que trois exemples absents â, câest pourtant un fait acquis de longue date que lâemblĂšme est nĂ© de lâĂ©pigramme ecphrastique antique, en particulier telle quâon la trouve dans lâAnthologie de Planude. On sait quâAlciat a privilĂ©giĂ© et empruntĂ© pour ses Emblemata celles des Ă©pigrammes descriptives antiques dont le programme Ă©tait ouvertement allĂ©gorique. Or M. Gabriele ne dit rien du subtil Ă©quilibre entre lâĂ©vocation poĂ©tique de lâobjet iconique et son interprĂ©tation symbolique, au sein dâune forme littĂ©raire qui se caractĂ©rise par son aspect resserrĂ©, allusif voire laconique, et oĂč lâessentiel de ce « nĆud de parole et dâimage », au dĂ©part mentale, se dĂ©voile dans lâart subtil de la pointe, du concetto, art Ă©minemment linguistique et que jamais la gravure ne peut restituer totalement.
20Bien peu nous est Ă©galement rĂ©vĂ©lĂ© des circonstances particuliĂšres qui ont suscitĂ© la rĂ©daction de ces emblĂšmes considĂ©rĂ©s individuellement. En effet, Ă la Renaissance, comme lâont abondamment montrĂ© les travaux de Perrine Galand24, le kairos, lâoccasion â cĂ©lĂ©brĂ©e dâailleurs par Alciat (E. XVI, p. 111â116) â est dâune importance poĂ©tique cruciale pour les genres comme la silve et lâĂ©pigramme : ces formes poĂ©tiques se revendiquent ouvertement comme piĂšces de circonstances et se nourrissent de sollicitations extĂ©rieures, qui permettent Ă lâauteur de dĂ©ployer, dans une apparente improvisation, sa culture et son habiletĂ© stylistique. Ces sollicitations constituent en effet un aiguillon de la crĂ©ativitĂ© prĂ©sentĂ©e comme immĂ©diate â calor subitus â qui donne du prix au poĂšme finalement composĂ©. Nâassigner Ă lâemblĂšme alciatique quâune finalitĂ© Ă©thique ou philosophique, câest risquer de dissoudre dans les gĂ©nĂ©ralitĂ©s la subtile combinaison, magnifiĂ©e par le symbole, entre la permanence des signifiants allĂ©goriques et lâĂ©vanescence de lâĂ©vĂ©nement (autobiographique ou historique) qui leur confĂšre une forme ingĂ©nieuse de rĂ©actualisation. Cet Ă©vĂ©nement peut nâĂȘtre dâailleurs parfois que la lecture dâun passage juridique ou lâexamen dâun cas de droit, comme lâavait soulignĂ© Virginia Woods Callahan (dâailleurs citĂ©e pour lâĂ©clairage juridique p. 697 note 7) : on sait combien lâAlciat des Parerga se passionnait pour lâart du dĂ©tail et le « fragment paysagier » pour reprendre lâexpression dâAndrĂ© Tournon. ValĂ©rie Hayaert a dâailleurs rĂ©cemment montrĂ© combien la pratique du droit peut tĂ©moigner parfois dâune vĂ©ritable mens emblematica25.
21On note encore que lâĂ©dition de M. Gabriele ne fournit pas de conspectus metrorum et que les seules indications sur la mĂ©trique se rĂ©sument Ă ceci :
Les Ă©pigrammes sont pour la plupart en distiques Ă©lĂ©giaques, tout sauf impeccables : tantĂŽt le pentamĂštre se voit substituer un trimĂštre ou un dimĂštre iambique, dâautres fois une sĂ©rie dâhexamĂštres26.
22Cette vision est un peu courte. Alciat est bien connu pour ses capacitĂ©s de traducteur de lâAnthologie de Planude â M. Gabriele rappelle dâailleurs au moins quatre Ă©ditions dâEpigrammata graeca selecta, par Soter puis Cornarius dans les annĂ©es 1520, comportant de nombreuses traductions dâAlciat â et, si on examine sa mĂ©trique de prĂšs, on sâaperçoit quâil a fait ce que doit faire tout bon traducteur : chercher des solutions littĂ©raires, fussent-elles imprĂ©vues, et adaptĂ©es Ă la piĂšce quâil traduit. Alciat, qui connaĂźt, autant quâil est possible alors, les rĂšgles de la mĂ©trique grecque et latine27, a donc fait des essais de traduction en transposant parfois les mĂštres originaux et il sâest Ă©galement servi de cette longue expĂ©rience de traducteur pour la composition de ses propres Ă©pigrammes destinĂ©es Ă devenir des emblĂšmes. DâoĂč la nĂ©cessitĂ© dâĂ©tudier de prĂšs ces textes en les considĂ©rant pour ce quâils sont, Ă savoir dâabord des poĂšmes.
23On est Ă©galement surpris de ne pas trouver dâanalyse de la composition des Ă©pigrammes. Dans le cours des commentaires proposĂ©s dans ce volume, alors que les emblĂšmes relĂšvent dâune poĂ©sie descriptive trĂšs allusive, oĂč le sens global se joue en particulier dans les relations entretenues par les mots entre eux â Alciat est un juriste raffinĂ© et, M. Gabriele le rappelle, lâauteur dâun De verborum significatione, De la signification des mots â on ne trouve gĂ©nĂ©ralement pas dâanalyse sur cette matiĂšre. M. Gabriele nous livre donc bien un commentaire, au sens dâun ensemble dâinformations prĂ©cises et nĂ©cessaires Ă la comprĂ©hension du texte et de lâimage, mais il nous fait regretter lâabsence habituelle dâune interprĂ©tation, câestâĂ âdire dâune mise en forme de ces informations dans un discours qui se risque Ă proposer un sens, ce que lâemploi dans sa prĂ©face de lâadjectif « iconologique » â et non « iconographique » plus descriptif â laissait dâailleurs attendre. Lâutilisation postĂ©rieure des emblĂšmes dans la littĂ©rature et les arts figurĂ©s prouve sans conteste lâexistence de ce sens Ă dĂ©couvrir, fĂ»t-il variable et plastique, au grĂ© des circonstances et des usages, donc Ă reconstruire obligatoirement â parce quâil est le granum salis qui explique, pour une bonne part, lâincroyable succĂšs du genre emblĂ©matique.
24Enfin, on ne trouvera pas de dĂ©veloppement substantiel de M. Gabriele sur lâordre du recueil entier, alors mĂȘme quâon sait combien câest important pour les poĂštes antiques et leurs Ă©mules de la Renaissance. Or, force est de constater que lâordre des emblĂšmes est presque le mĂȘme dans lâĂ©dition prĂ©tendue pirate de 1531 et dans celle qui a reçu la bĂ©nĂ©diction dâAlciat en 1534. Certains phĂ©nomĂšnes cependant sautent aux yeux. Jetons un bref coup dâĆil sur le premier emblĂšme, qui est consacrĂ© par le Milanais Alciat aux armoiries du duchĂ© de Milan â en fait celles des Visconti â et qui restera Ă cette place dans toutes les Ă©ditions connues, avec ou sans illustrations, et bien aprĂšs 1534 donc. Il y est question de lâextraordinaire blason des Visconti, seigneurs de Milan, avec la fameuse biscia28 (encore visible sur lâĂ©cusson des Alfa RomĂ©o), la guivre prodigieuse qui vomit un enfant, ce qui annonce la grandeur future des Visconti â comme le rappelaient deux autres poĂštes, Dante (Purgatoire, VIII, 80) et PĂ©trarque dans les Rerum memorabilium libri, IV, 9 (non citĂ©s par M. Gabriele). Dans le texte de lâĂ©pigramme, il est aussi question dâun prodige annonçant la naissance dâAlexandre, mais Ă©galement de la naissance de Pallas sortie de la tĂȘte de Jupiter⊠Comment ne pas voir lĂ un lien mĂ©tapoĂ©tique entre cet emblĂšme, qui Ă©voque autant de naissances illustres â princiĂšre, royale et divine â, et la naissance de ce recueil (et de ce genre poĂ©tique !), son premier jalon en quelque sorte, quâAlciat se plaĂźt Ă marquer de maniĂšre superlative ? De plus, dans lâĂ©dition de 1531 et dans une premiĂšre version, le dernier emblĂšme, Optimus civis [E. CXIII, p. 571â573], ramenait le lecteur Ă Milan â « in nostra⊠urbe » â, et la boucle du recueil se fermait ainsi29. Que dire encore de lâordre des piĂšces qui change Ă raison de deux insertions et de quelques ajouts terminaux ? M. Gabriele adopte lâordre de 1534, mais il ne le commente pas plus que celui de 1531. Pourtant si, en 1534, Wechel a suivi presque en tout lâordre de lâĂ©dition de 1531, câest sans doute parce quâAlciat y tenait, au moins jusquâĂ la parution de la seconde centurie quinze ans plus tard en 1546. Or on ne peut que constater que lâĂ©dition de 1546 sâachĂšve aussi avec un autre emblĂšme milanais sur la truie de Milan, intitulĂ© « Mediolanum », « Milan » â lâavant-dernier du recueil â et que le dernier est consacrĂ© Ă la devise (et aux armes) dâAlciat « Nunquam procrastinandum », « Ne jamais diffĂ©rer » â motto empruntĂ© Ă Alexandre ! â, comme nouvelle sphragis du recueil : tous les Ă©lĂ©ments Ă©taient dĂ©jĂ en place dĂšs 1531 et 1534. Les Ă©ditions complĂštes mettront fin Ă tout ce bel arrangement en imposant une mise en ordre par loci communes et un ordre totalement bouleversĂ© â Ă quelques exceptions prĂšs. Mais en 1531 et 1534, nous nâen sommes pas lĂ .
25Il subsiste quelques erreurs, lacunes et coquilles dans lâapparat critique quâon reconstitue malgrĂ© sa dispersion dans les notes finales. Voici celles que nous avons repĂ©rĂ©es pour le texte des Emblemata, prĂ©face et dĂ©dicace comprises, en prenant, pour suivre M. Gabriele, lâĂ©dition de 1534 comme texte de rĂ©fĂ©rence (N.B. : nos remarques adoptent les conventions suivantes : E. = emblĂšme ; viennent ensuite numĂ©ro dâordre, vers, page, notre correction/ la partie erronĂ©e) :
26âąÂ PrĂ©face de Wechel :
27p. 13, § 1, l. 12, tam neglecte, ne quid 1534 (« ne » parfois redoublé selon le tirage)/ tam neglecte, ut ne quid ;
28p. 13, l. 15, aeditione/ editione ;
29p. 14, l. 7 : ÏαλÎčÎłÎłÎ”ÎœÎ”Ïáœ·áŸł/ ÏαλÎčÎłÎłÎ”ÎœÎ”Ï᜷α.
30âąÂ DĂ©dicace Ă Peutinger, p. 16, v. 4 : Artificum/ Artificium.
31âąÂ E. VIII, p. 66 : dans le commentaire dĂ©crivant lâimage, l. 1-2 : Senatus populusque/ Senatus pupolusque.
32âąÂ E. IX, p. 71, titre : in victoriam/ victoria
33âąÂ E. X, p. 77, v. 3 : Murenamque/ Muraenamque
34âąÂ E. XII, p. 87, v. 2 : viridi/ viridis (la confusion entre le gĂ©nitif viridis (M. Gabriele) et lâablatif viridi (1534) aboutit Ă un lĂ©ger contresens dans la traduction italienne ; en effet, câest viridis vitis qui est sujet de complexa est et non opaca umbra : il faut comprendre « une vigne ombreuse Ă la chevelure verdoyante » (« colla sua chioma verdeggiante, una vite ombrosa ») et non « lâombrosa chioma di una vite verdeggiante » [p. 87]).
35âąÂ E. XXIX, p. 179, v. 1 : piscator/ piscatur.
36âąÂ E. XXXII, p. 191 : GANYMEDES ; ÎÎÎÎ΄ΣÎÎÎ[sic] ÎÎÎÎÎŁÎ 1534 (absent en 1531). Les trois mots grecs sont repris de façon erronĂ©e dans le commentaire (p. 193) : GANIMEDES [sic] ÎÎÎÎ΄ΣÎÎÎ [sic] ÎÎÎÎΣΠ: il faut corriger le premier mot en GANYMEDES et le deuxiĂšme en ÎÎÎ΄ΣÎÎÎ (p. 193).
37âąÂ E. XXXIV, p. 203, v. 3 : medio circum aequore/ medio circum, aequore.
38âąÂ E. LV, p. 305, v. 1 : perstantem/ perflantem.
39âąÂ E. LIX, p. 321, v. 2 : quarum/ quorum.
40âąÂ E. LXV, p. 349, v. 7 : Acheronticus/ acheronticus.
41âąÂ E. LXVII, p. 360, v. 9 : Falerni (nous corrigeons) : falerni 1534/ phalerni (M. Gabriele).
42âąÂ E. LXXI, p. 377, v. 3 : Heliodoran/ Heliodoram ; v. 4 : ajouter un point aprĂšs « sororis pellicem ».
43âąÂ E. LXXVIII, p. 414, v. 13 : praecepsve/ praecepsque.
44âąÂ E. LXXXI, p. 427, v. 5 : hospes, cum/ hospes cum.
45âąÂ E. LXXXV, p. 444, titre : redimendam/ redimendum.
46âąÂ E. XCII, p. 469, v. 2 : Iuppiter/ Iupiter.
47âąÂ E. XCV, p. 483, v. 1 : Tyrio/ tyrio.
48âąÂ E. CXIII, p. 571, v. 4: cepit bonne correction non signalĂ©e de coepit 1534.
49Les lacunes concernent toutes â à une exception notable â les mots qui sont lisibles sur les illustrations. LâĂ©dition de M. Gabriele ne fournit ni systĂ©matiquement ni complĂštement le texte des termes latins ou grecs prĂ©sents dans les gravures. On ajoutera donc, en prenant toujours 1534 comme Ă©dition de rĂ©fĂ©rence pour suivre M. Gabriele :
50âąÂ E. VIII, p. 66 : les initiales S P Q R apparaissent sur lâĂ©tendard.
51âąÂ E. XVI, p. 127 : Ă droite de lâimage : ALCYON (absent en 1531).
52âąÂ E. LXXIX, p. 419 : sur le socle de la figure de gauche : SPES (absent en 1531) ; sur le socle de la figure de droite : NEMESIS (absent en 1531).
53âąE. LXXXII, p. 431 : sur lâimage : D<IS> M<ANIBVS> ARISTOMENIS (1531 et 1534).
54âąÂ E. CIV, p. 529, v. 6 : magna 1534] M. Gabriele oublie lâimportante variante de 1531 : nostra. Comme nous lâavons dit plus haut, la leçon de 1531 in nostra⊠urbe, « dans notre ville », renvoyait Ă Milan.
55âąÂ E. CXII, p. 565 : sur le monument : D<IS> M<ANIBVS> SEPVLCRVM.
56On constate que M. Gabriele ne suit pas de rĂšgle orthographique fixe, ce qui amĂšne Ă des disparitĂ©s dont nous renonçons ici Ă donner le dĂ©tail : on verra par exemple sydera, donnĂ© par les Ă©ditions, corrigĂ© la plupart du temps en sidera, sans avertissement ; en E. XXXVIII, p. 225, iusticia (dans le titre et v. 8) est explicitement corrigĂ© en iustitia, mais concio (v. 2) est conservĂ© quand on attendrait logiquement contio. Ces corrections sont dâautant plus curieuses que les sĂ©quences -ij des Ă©ditions  â en finale ou Ă lâintĂ©rieur dâun mot â équivalentes Ă -ii ou mĂȘme Ă âi sont, elles, systĂ©matiquement conservĂ©es alors que ce sont des graphies qui compromettent la lisibilitĂ© mĂȘme du texte.
57Les critiques qui prĂ©cĂšdent ne doivent cependant pas faire oublier que ce gros volume rendra bien des services, en particulier parce que lâauteur nâa pas hĂ©sitĂ© Ă compiler les volumes de commentaires les plus importants qui ont Ă©tĂ© rĂ©digĂ©s sur les Emblemata pour offrir Ă son lecteur les sources textuelles les plus diverses qui sont en jeu dans cette Ćuvre particuliĂšrement difficile. Il a Ă©galement fourni une traduction italienne qui permet de prendre contact avec le texte mieux que toute autre traduction contemporaine de lâauteur. On lâoublie trop souvent : Alciat Ă©crit en latin et les traductions de son temps, par nature infidĂšles, ne sauraient dispenser le lecteur dâaffronter le texte latin original. Mino Gabriele nous y aide fortement grĂące Ă une traduction claire â pour cette centurie tout au moins, car nâayons garde dâoublier la seconde. Dans ce livre, on trouvera aussi de multiples documents, en particulier, iconographiques qui pourront utilement ĂȘtre rapprochĂ©es des illustrations originales et pourront contribuer Ă mieux faire comprendre lâinfluence majeure de ce petit livre au cours des siĂšcles.
58Il faut cependant se rendre Ă lâĂ©vidence : lâĂ©dition critique de lâensemble des Emblemata reste encore Ă faire et il serait mĂȘme nĂ©cessaire quâelle soit menĂ©e Ă bien par une Ă©quipe de chercheurs internationale, alliant les compĂ©tences les plus diverses, tant la tĂąche est lourde.

