Acta fabula
ISSN 2115-8037

Volume 13, numéro 5
Stéphane Rolet

Trois couronnes pour un roi

Nuccio Ordine, Trois couronnes pour un roi, La devise d’Henri III et ses mystùres, traduction de Luc Hersant, Paris, Belles Lettres, 2011, XIV + 281 p., EAN 9782251347004.

Le prĂ©sent compte rendu est Ă  paraĂźtre en version anglaise dans le numĂ©ro 19 de la revue Emblematica. Il est ici donnĂ© dans sa version originale, avec l’aimable autorisation de l’auteur et de la revue.

1L’ouvrage de Nuccio Ordine est un livre tout aussi brillant que singulier. Il est en effet le fruit d’un trĂšs long commerce avec les textes et les rĂ©alitĂ©s de la Renaissance, avec l’attachement particulier qu’on connaĂźt Ă  l’auteur pour la figure de Giordano Bruno dont il est un des spĂ©cialistes les plus reconnus. Ce livre a d’ailleurs pour origine le chapitre XIV d’un prĂ©cĂ©dent livre de l’auteur publiĂ© il y a plus de dix ans1. Depuis lors, N. Ordine n’a eu de cesse d’affiner ses hypothĂšses. Ce livre montre aussi combien le monde de la recherche est vivant et connectĂ©, puisque les analyses de N. Ordine ont Ă©tĂ© relancĂ©es par la dĂ©couverte de Michael Bath, qui a tout rĂ©cemment retrouvĂ© un jeton unique frappĂ© par Marie Stuart, jeton qui porte la fameuse devise aux trois couronnes2, mais datĂ© de 1560 (et avec un autre motto), ce qui prouve en fait que Marie Stuart avait en rĂ©alitĂ© « inventé » la fameuse devise dĂšs 1560, quinze ans avant que Henri III ne l’adoptĂąt pour lui-mĂȘme.

2Cet ouvrage traite d’un sujet trop peu reprĂ©sentĂ© dans la littĂ©rature savante en gĂ©nĂ©ral, celui de la devise. Forme mixte associant une image — « corps » — Ă  un motto — « ùme » — et destinĂ©e Ă  un porteur dont elle est censĂ© dire le projet de vie — c’est le sens de l’italien impresa —, la devise se prĂȘte plus souvent aux exposĂ©s de moindre dimension. En se consacrant Ă  l’étude d’une seule devise, celle de la reine d’Écosse et de France, Marie Stuart, devenue celle du roi de France et de Pologne, Henri III, et Ă  ses mĂ©tamorphoses, l’ouvrage montre la richesse et les enjeux idĂ©ologiques considĂ©rables de ce genre de pratique. Dans la reprise qu’en fait Henri III, la devise associe le motif des trois couronnes au motto « Manet ultima caelo », « La derniĂšre reste au ciel » et N. Ordine nous fait progressivement dĂ©couvrir la richesse et la complexitĂ© du motif, dues Ă  la multiplicitĂ© de ses emplois possibles et de ses sens variables selon les circonstances politiques.

3Le livre est nettement divisĂ© en deux parties. La premiĂšre, constituĂ©e des deux premiers chapitres, offre une Ă©tape propĂ©deutique ou initiatique « aux mystĂšres de la devise » aux trois couronnes — l’auteur lui-mĂȘme Ă©voquant Ă  plusieurs reprises une « nĂ©cessaire digression ». Elle tourne autour d’un motif connexe Ă  celui de cette devise, celui du symbolisme des Ă©toiles jumelles, les fameux GĂ©meaux, liĂ©s Ă  la navigation heureuse, au bon gouvernement et Ă  la protection, symboles politiques donc particuliĂšrement d’actualitĂ© en cette pĂ©riode troublĂ©e. Pour ce faire, l’auteur nous introduit au monde des emblĂšmes — en particulier l’emblĂšme Spes proxima d’Alciat —, nous conduit Ă  la cour de France et aux « mystĂšres » des devises du Balet comique de la Royne (1581) — dont la devise d’Henri III est cependant absente.

4Bien que l’exposĂ© sur les Ă©toiles jumelles soit passionnant et tout Ă  fait pertinent dans le contexte d’une symbolique politique prĂ©cise liĂ©e Ă  Henri III, la remarque de l’auteur (p. 48 et pl. 11) concernant la prĂ©sence du corps de la devise mais sans le motto sur le frontispice de la publication liĂ©e au Balet comique de la Royne ne nous semble guĂšre convaincante. En effet les armes de France sont placĂ©es au centre de la page, comme de juste, et obligatoirement surmontĂ©es d’une couronne royale Ă  leur Ă©chelle, et les monogrammes royaux — H surmontĂ© d’une couronne — au nombre de quatre sont forcĂ©ment placĂ©s aux quatre coins de la page, sans former pour autant un ensemble 3+2 ou 2+3 intentionnel. Nous aurions la mĂȘme disposition avec le monogramme couronnĂ© de n’importe quel roi ayant une autre devise. Non, la nĂ©cessitĂ© de ce chapitre est bien de prĂ©parer l’étude de la devise aux trois couronnes et il n’était pas utile de trouver un lien visible — au demeurant inexistant. Mais l’évocation du Balet comique de la Royne est justement l’occasion d’évoquer un personnage autrement important, le mystĂ©rieux Gordon, un Écossais que l’auteur nous fait ensuite retrouver Ă  Londres dans l’entourage de Giordano Bruno.

5La seconde partie du livre, formĂ©e de quatre chapitres suivis d’addenda, est tout entiĂšre consacrĂ©e Ă  la devise aux trois couronnes dont on suit le destin en partant d’Henri III et de Marie Stuart pour aller jusqu’au roi de France et de Navarre, Henri IV, qui s’en est Ă©galement servi. N. Ordine commence par esquisser briĂšvement les antĂ©cĂ©dents de la devise. C’est lĂ , avouons-le, le moment le moins convaincant de tout l’ouvrage, parce que trouver les vĂ©ritables sources d’une devise et ses Ă©ventuels antĂ©cĂ©dents est toujours riche d’enseignement et permet de rĂ©soudre certains mystĂšres. Or, dans le cas prĂ©sent — mais nous y reviendrons — l’auteur n’a malheureusement pas trouvĂ© la source qui confirme pourtant, comme on le verra, ses plus brillantes hypothĂšses.

6Dans cette seconde partie oĂč il est surtout question de politique via l’emploi que les rois de France, d’Espagne et d’Angleterre font alors des symboles, N. Ordine rencontre nombre d’autres devises d’importance — « Donec totum impleat orbem », « Vnus non sufficit orbis », etc. (Notons en passant qu’un pratique index des mottos permet au lecteur de retrouver facilement la devise qui l’intĂ©resse). N. Ordine montre de maniĂšre efficace comment, dans la devise d’Henri III, c’est la fameuse troisiĂšme couronne qui pose le plus question et se retrouve susceptible d’interprĂ©tations divergentes, voire totalement opposĂ©es. Marie Stuart, reine d’Écosse puis de France, Henri III, roi de Pologne puis de France, et Henri IV, roi de Navarre puis de France, ont en commun d’avoir Ă©tĂ© des souverains de deux royaumes, jamais de trois. Pour Henri III, cette troisiĂšme couronne est, selon les circonstances, toute spirituelle et constitue une façon de proclamer qu’il n’a d’yeux que pour la gloire post mortem, la seule qui vaille et lui sera octroyĂ©e parce qu’il se sera montrĂ© un roi trĂšs chrĂ©tien, c’est-Ă -dire attachĂ© Ă  la paix et Ă  la concorde, tant de ses sujets que des nations. Mais, tout aussi bien — et parfois en mĂȘme temps, c’est lĂ  une ambiguitĂ© que permet la devise — la troisiĂšme couronne est une image de souverainetĂ© on ne peut plus rĂ©elle et elle pouvait alors ĂȘtre comprise, en particulier en raison des tractations en vue du mariage du duc d’Alençon avec Elizabeth IĂšre, comme une aspiration française Ă  un troisiĂšme royaume, celui d’Angleterre en l’occurrence, que la France aurait bien vu lui ĂȘtre assujetti. D’oĂč l’intĂ©rĂȘt lĂ©gitime de N. Ordine pour la figure de Giordano Bruno qui réécrit le motto initial de la devise, devenant sous sa plume « Tertia manet in caelo », « La troisiĂšme reste au ciel ». Avec beaucoup de conviction, N. Ordine y perçoit une intention du Nolain — venu de France et sĂ©journant alors Ă  Londres, protĂ©gĂ© de longue date par l’ambassadeur de France, Castelnau — de ne pas alarmer l’Angleterre et de montrer au contraire par un signe clair dans cette symbolique royale complexe que « la troisiĂšme couronne demeurerait de toute façon au ciel » (p. 164) et qu’on devait donc s’en tenir donc au sens spirituel.

7Le chapitre suivant est consacrĂ© Ă  la devise originelle (1560), celle de Marie Stuart, qui a pour corps trois couronnes superposĂ©e, dont la plus haute apparaĂźt dans les nuĂ©es, littĂ©ralement dessinĂ©e par des Ă©toiles rassemblĂ©es en une sorte de constellation, et avec pour motto : « Aliamque caelo moratur », « Il/Elle en attend une autre au ciel », antĂ©rieur Ă  la devise d’Henri III (1575). Ce chapitre est nourri par les rĂ©sultats rĂ©cents des passionnantes recherches de Michael Bath sur l’emblĂ©matique de la reine d’Écosse. Dans son ouvrage dĂ©jĂ  citĂ©, ce dernier montre que la devise peut certes avoir le sens spirituel dĂ©jĂ  Ă©voquĂ©, mais que la frappe par Marie Stuart de la mĂ©daille en 1560 — durant sa derniĂšre annĂ©e passĂ©e en France — peut aussi tĂ©moigner de l’attachement bien terrestre de la reine d’Écosse (et de France) Ă  la couronne d’Angleterre Ă  laquelle elle prĂ©tendait encore et dont il lui est dĂ©sormais interdit de porter les armes par le traitĂ© d’Edimbourg, mĂȘme si elle ne voulut jamais ratifier ce traitĂ©. N. Ordine prolonge ces rĂ©sultats grĂące Ă  sa connaissance approfondie de Giordano Bruno. En effet, un assez mystĂ©rieux Écossais, John Gordon, paraĂźt avoir servi de lien entre le milieu entourant Marie Stuart Ă  la fin des annĂ©es 1550 et, Ă  la fois, le milieu parisien autour du roi — Gordon participe Ă  l’organisation du Balet comique de la Royne (1581) — et le milieu londonien oĂč l’on retrouve justement Bruno en mĂȘme temps que lui. À partir de toutes ces donnĂ©es, N. Ordine peut affirmer de maniĂšre fondĂ©e que, dans l’Expulsion de la bĂȘte triomphante de Bruno, « l’éloge final d’Henri III coĂŻncide avec l’exaltation de sa devise comme symbole d’une vocation sincĂšrement anti-impĂ©raliste ».

8N. Ordine s’interroge encore sur le rapport existant entre ces trois couronnes et la triple couronne, la tiare papale ou triregnum, avec la question cruciale de savoir si c’est la couronne cĂ©leste qui doit l’emporter sur la terrestre. Les rĂ©ponses sont lĂ  encore multiples, subtiles, changeantes et l’auteur excelle Ă  nous faire toucher du doigt ces incertitudes de l’interprĂ©tation. Dans les quelques pages qui achĂšvent le dernier chapitre avant des addenda qui prouvent Ă  l’envi que cette recherche est de celles que l’auteur poursuit inlassablement sa vie durant, N. Ordine Ă©voque encore la figure inattendue d’Henri IV Ă  qui il est arrivĂ© de reprendre la devise de son prĂ©dĂ©cesseur, prouvant s’il en Ă©tait besoin la capacitĂ© d’adaptation protĂ©iforme de cette devise — la couronne Ă©tant lĂ  encore susceptible d’ĂȘtre une rĂ©compense spirituelle ou, au contraire, terrestre, suite Ă  la paix que le nouveau roi fait rĂ©gner dans ses Ă©tats.

9Mais nous voudrions revenir, comme promis, aux antĂ©cĂ©dents du motif des trois couronnes propre Ă  cette devise, et pour lesquels il ne nous semble pas que les dĂ©monstrations de N. Ordine puissent emporter l’adhĂ©sion. N. Ordine allĂšgue plusieurs antĂ©cĂ©dents : « Marguerite du Danemark (1353-1412) avait utilisĂ© les trois couronnes comme symbole des trois royaumes rĂ©unifiĂ©s sous son autorité : le Danemark, la SuĂšde et la NorvĂšge » ; la ville de Cologne avait trois couronnes dans ses armes, en souvenir des reliques des rois mages — mais comme ce ne sont pas les seuls meubles de l’écu3, ce n’est guĂšre concluant ; quant Ă  la ville d’Oxford, l’auteur a confondu ses armes avec celles de l’universitĂ© et, une fois encore, ce n’est pas pertinent parce que ce ne sont pas les seuls meubles de cet Ă©cu complexe4. Enfin, dans le cĂ©lĂ©brissime portrait de MĂ©hmet II par Gentile Bellini, on voit aussi les trois couronnes censĂ©es reprĂ©senter « le royaume d’Asie, celui de TrĂ©bizonde et celui de la Grande GrĂšce » oĂč il prĂ©tendait rĂ©gner.

10On notera d’abord que les armes ou plutĂŽt des Ă©lĂ©ments pris aux armes d’une ville ne sauraient vraiment convenir pour servir Ă  un roi, qui plus est dans une devise qui appartient Ă  un genre constitutivement diffĂ©rent. Quant aux deux personnages qui ont choisi trois couronnes, s’ils sont bien des souverains de trois royaumes, ils ont pour particularitĂ© d’ĂȘtre trĂšs extĂ©rieurs au milieu français. Marguerite est une quasi-inconnue et le sultan ottoman un ennemi de la religion chrĂ©tienne : ils ne sauraient aucunement constituer un modĂšle. Or reprendre la devise d’un souverain, fĂ»t‑ce en la modifiant, c’est lui rendre hommage. La solution n’est donc pas lĂ .

11Quel est donc le mystĂ©rieux premier porteur des trois couronnes auquel Marie Stuart puis Henri III ont voulu rendre un hommage appuyé ? C’est un roi de trois royaumes, un roi fameux, armĂ© d’une Ă©pĂ©e magique, un roi chrĂ©tien « emblĂ©matique », alors extrĂȘmement populaire dans l’Europe entiĂšre, un des Neuf preux, qui portait justement comme blason « d’azur (puis de gueules) aux trois couronnes d’or ». Il s’agit Arthur, le roi mythique d’Angleterre, de Bretagne et d’Écosse, armĂ© de sa fidĂšle Excalibur, assis avec ses chevaliers autour de la Table Ronde. Car, pour ĂȘtre un personnage imaginaire, Arthur n’en a pas moins des armoiries (Ă  peu prĂšs) fixes5. Or c’est en particulier par les armoiries imaginaires que le Moyen Âge s’est transmis au monde des devises — et de l’emblĂšme.

12Dans les reprĂ©sentations d’Arthur que nous offrent Ă  foison les manuscrits et les tapisseries conservĂ©es — comme on pouvait le voir dans la superbe exposition rĂ©cente de la BnF6 —, nous trouvons toutes les trois conformations possibles des trois couronnes qu’on a rencontrĂ©es dans les mĂ©dailles et gravures du xvie siĂšcle. On les trouve disposĂ©es en un triangle pointe en bas — à l’instar des armes de France — dans une enluminure du MaĂźtre de Charles du Maine montrant le Combat d’Arthur et de PalamĂšde7 ; on les voit placĂ©es en un triangle pointe en haut sur la housse du cheval d’Arthur dans une tapisserie de la premiĂšre moitiĂ© du xvie siĂšcle, et c’est la disposition visible sur les mĂ©dailles d’Henri III (fig. 6 et 7) ou sur la gravure Ă  la couronne d’épines (fig. 1) ; on voit enfin les trois couronnes superposĂ©es dans le Triomphe des Neuf Preux — sur champ d’azur (http://expositions.bnf.fr/arthur/grand/041.htm)8 ou sur champ de gueules qui rappelle les armes d’Angleterre (http://expositions.bnf.fr/arthur/grand/044.htm)9 — ainsi que dans le Petit armorial Ă©questre de la Toison d’or (http://expositions.bnf.fr/arthur/grand/049.htm) et c’est ainsi qu’elles apparaissent, faut‑il s’en Ă©tonner, sur l’exceptionnel jeton de Marie Stuart (fig. 21).

13Henri III, tout comme Marie Stuart, ont baignĂ© dans cette culture hĂ©ritĂ©e du Moyen Âge, mais toujours bien vivante. On n’en retiendra pour preuve qu’un seul fait. Peut-ĂȘtre renforcĂ©s dans leur goĂ»t pour les romans de chevalerie par leur expĂ©dition en Italie — oĂč les princes aiment tellement ces romans qu’ils appellent leur fils Galeazzo en souvenir de Galaad ou Borso en hommage Ă  Bohort10 — les rois de France sont des collectionneurs invĂ©tĂ©rĂ©s de manuscrits des romans arthuriens au point que la collection enrichie par François Ier, le grand‑pĂšre d’Henri III, constitue le noyau principal des collections actuelles de la BnF en ce domaine. Au xvie siĂšcle, Arthur, roi d’Angleterre, de Bretagne — rattachĂ©e depuis peu Ă  la France — et d’Écosse, dĂ©fenseur de la foi chrĂ©tienne contre les paĂŻens, initiateur de la quĂȘte du Graal, Ă©tait sans nul doute une figure dont les symboles pouvaient s’imposer Ă  qui rĂ©gnait dĂ©jĂ  sur deux royaumes et pouvait aspirer Ă  un troisiĂšme, le royaume chrĂ©tien, qu’il s’agisse de sa forme terrestre ou de son idĂ©e cĂ©leste. On ne s’étonnera pas non plus que Marie Stuart ait choisi pour son jeton de superposer les trois couronnes, ce qui rappelle les armes tardives d’Arthur, celles sur champ de gueules oĂč il suffit de changer les couronnes en lĂ©opards pour obtenir les armes d’Angleterre (et cela d’autant plus que des couronnes conviennent autant Ă  une reine qu’à un roi et ne posent donc pas de difficultĂ© liĂ©e au genre) ; on ne s’étonnera pas davantage de trouver la disposition en triangle pour Henri III : c’est celle des armes de France, qui s’imposent Ă  lui aussi pour Ă©voquer ses propres aspirations11. Se poser en possible hĂ©ritier d’Arthur — pour acquĂ©rir un royaume terrestre ou cĂ©leste — n’était sans doute pas la moindre habiletĂ© d’Henri III, qui eut l’idĂ©e d’emprunter la devise de Marie Stuart en la modifiant. Peut‑ĂȘtre avait‑il Ă  l’esprit ces vers inspirĂ©s par les Neuf Preux, qu’on retrouve dans un cartouche sur la tapisserie mentionnĂ©e plus haut : « Artus noble et preux crestien suis / Qui troys royaulmes par force conquis / Dedans AthĂšnes fis chercher maint Ă©crit / Pour soustenir la foi de Jesus Christ ». Pour la devise, comme on le voit, la connaissance des sources est essentielle pour Ă©clairer les aspects les plus complexes de sa symbolique. Il nous semble que leur connaissance apporte une confirmation solide aux hypothĂšses brillantes de N. Ordine dont les pages qui prĂ©cĂšdent n’ont pu donner qu’une faible image.

14En conclusion, ce livre de Nuccio Ordine est d’une lecture tout Ă  fait stimulante — servie par la traduction fluide et Ă©lĂ©gante de Luc Hersant et d’abondantes illustrations en noir et blanc. Il laisse espĂ©rer que d’autres chercheurs n’hĂ©siteront pas Ă  suivre cette voie et Ă  prendre le risque de consacrer des ouvrages d’ampleur Ă  ces formes brĂšves mais illustres que sont les devises, qui plongent profondĂ©ment dans les mentalitĂ©s de la Renaissance et disent toujours bien plus qu’elles ne paraissent montrer.