
Lâinvention des mondes : penser lâimage de pensĂ©e
1Aux Ă©ditions de la RĂ©union des MusĂ©es Nationaux paraĂźt le beau volume Images de pensĂ©es, sous la direction de Marie-Haude CaraĂ«s et de Nicole Marchand-Zanartu, « des figures au bout dâune longue quĂȘte dans tous les champs du savoir » (p. 7), des « figures â schĂ©mas, dessins, plans, diagrammes, trajectoires, tracĂ©s, Ă©chelles â créées pour apprivoiser ce que le langage est impuissant Ă saisir : le surgissement de la pensĂ©e dans son effervescence secrĂšte » (p. 8). La soixantaine dâĂ©nigmes ici rassemblĂ©es en constitue une nouvelle, plus Ă©tendue : quâest-ce que nous apprend la collection des images de pensĂ©e ? Quelles leçons, quel jeu de dĂ©chiffrement, quelles trouvailles dâintelligence est-on amenĂ© Ă dĂ©ployer, au fil de ces pages composites ? Propices Ă esquisser une archĂ©ologie de la modernitĂ© et des sciences et arts qui sây dĂ©ploient, les manuscrits, Ćuvres et documents rĂ©unis autour de ce syntagme â lâimage de pensĂ©e â nous questionnent de maniĂšres exploratoire et Ă©pistĂ©mologique sur la culture occidentale du xixe et du xxe siĂšcles et ses grands mo(nu)ments de pensĂ©e.
2Les traversĂ©es comparatistes quâon effectue dans lâouvrage tĂ©moignent dâune dissĂ©mination de certaines formes graphiques afin de penser, dâimaginer ou de fonder quelque chose qui commence et qui fait ensuite date. Leur inventeur dessine et Ă©crit par images pour mettre Ă jour une discipline ou un courant de pensĂ©e (Rudolf Steiner et son projet dâanthroposophie en 1924), pour composer une Ćuvre (tels les « tableaux dĂ©tachĂ©s » de Claude Simon pour La Route des Flandres sur le mode de la table de montage), pour crĂ©er une institution (Langlois et la CinĂ©mathĂšque Française, Klee et lâĂ©cole du Bauhaus Ă rĂ©former, Queneau pour la galerie dâart LâĆil) ou, encore, pour servir une idĂ©ologie ou une utopie (Printsipy de la NOT /Nauchanaia Organizatsiia Truda1 de lâartiste constructiviste Gustav Klucis). Partant dâun geste typologique pour cartographier lâouvrage, on sâinterrogera sur la dĂ©finition mĂȘme dâune « image de pensĂ©e », thĂšse centrale des auteurs qui est dâemblĂ©e une proposition suggestive et proprement critique, ayant pour charge de nommer certaines images parmi dâautres dans la grande iconothĂšque de la pensĂ©e.
DĂ©finitions, limites et extensions : lâapproche typologique
3Le dĂ©sir de classement fait surgir une typologie imagĂ©e des modalitĂ©s pour consigner la pensĂ©e, entre le dessin et la mĂ©taphore, entre la naĂŻvetĂ© figurative et la complexitĂ© de lâabstraction. Images gĂ©omĂ©triques, anthropomorphes, abstraites, tabulaires, arborĂ©es ou rhizomatiques, ces documents pensent par analogie et associent configuration spatiale et imagination critique (voir la typologie en annexe). La mĂ©taphore du corps humain rend compte dâune organisation, de ses fonctions et foyers nĂ©vralgiques, lâarbre, de ses racines Ă ses embranchements, nomme un certain rapport au savoir et Ă la gĂ©nĂ©alogie, le cercle, pupillaire, Ă©voque le regard panoptique, le temps cyclique, le mouvement de la pensĂ©e conçu comme art de mĂ©moire, roue chromatique et totalitĂ© illimitĂ©e, quâon saisit dâun seul regard. La typologie latente de ces images tient parfois dâun abĂ©cĂ©daire Ă la PrĂ©vert, signe de la diversitĂ© des emprunts et du bricolage constitutif de la pensĂ©e.
4Du geste du classement provient le goĂ»t de la comparaison. Or, si lâessai typologique est premier, il est ardu de commenter ensemble les matĂ©riaux divers du volume, de les rassembler en une synthĂšse, dâen tirer des conclusions, voire une dĂ©finition stricte de ce que serait une image de pensĂ©e. La focalisation sur chaque document rapportĂ© Ă lâĆuvre ou lâĂ©vĂ©nement quâil associe paraĂźt plus Ă©vidente, plus fascinante que le geste comparatiste entre des modes graphiques pour bĂątir et dĂ©construire la pensĂ©e, puisque le caractĂšre hĂ©tĂ©roclite mĂȘme de cette collection rend hasardeux la gĂ©nĂ©ralisation. La prĂ©face des auteurs et la postface signĂ©e de Jean Lauxerrois tĂ©moignent elles aussi de cette tentation du vertige que constitueraient la synthĂšse et la prĂ©fĂ©rence vers une saisie par approximation.
5DâoĂč le caractĂšre particuliĂšrement problĂ©matique dâune dĂ©finition unique autour du syntagme « image de pensĂ©e » avancĂ© par M.âH. CaraĂ«s et N. Marchand-Zanartu. Il sâagirait, auâdelĂ de sa comprĂ©hension subjective, de lâaborder en ces termes :
Nous devrions aller plus loin que la simple intuition. LâidĂ©e de systĂšme sera dĂ©terminante. La figure ne devient image de pensĂ©e quâĂ condition dâĂȘtre dans des exigences de relation oĂč les signes fonctionnent entre eux. (p. 11)
6DĂ©finition quâelles assouplissent ensuite, en insistant sur la nature potentiellement souterraine, indicielle, de la relation :
Les liens sont parfois directs, parfois tĂ©nus : au fond, il nây a rien de plus souple ni de plus mallĂ©able que la relation qui ne se dĂ©voile jamais totalement, procĂ©dant par indices. Image, pensĂ©e, systĂšme, la solidaritĂ© de ces trois termes sera dĂ©sormais au cĆur de notre recherche. (ibid.)
7De lĂ dĂ©coule le nĂ©cessaire dĂ©sherbage parmi la grande iconographie des images ayant partie liĂ©e avec la pensĂ©e â dire ce quâelles sont, ces images de pensĂ©e auxquelles les auteurs veulent donner consistance, câest Ă©galement dĂ©terminer ce quâelles ne sauraient ĂȘtre :
Nous abandonnons sans regret les belles figures de la cosmologie, de lâastronomie, de lâanatomie, de la physique, les cartes, mappemondes et atlas de toutes Ă©poques ; les arbres de la connaissance, les gĂ©nĂ©alogies, les grands classements, la taxinomie sous ses formes dâaddition, dâentassement, de listes, etc. Nous Ă©loignons aussi les mirages esthĂ©tiques, les tracĂ©s en tous genres qui ne sont que gestes ou broderies, nous Ă©cartons les images des thĂ©ories systĂ©miques, les mouvements artistiques qui utilisent le schĂ©ma comme territoire formel. Des esprits joueurs nous signalent des images sans systĂšme, des systĂšmes sans images, des images sans pensĂ©e et sans systĂšme. (ibid.)
8Cette dĂ©finition sur le mode de la nĂ©gation invite Ă nouer un dialogue critique avec les auteurs du rĂ©cent ouvrage Penser lâimage, sous la direction dâEmmanuel Alloa aux Presses du rĂ©el, et autour de leurs variations sur « ce que lâimage donne Ă penser2 », sur lâ« image pensive » extrapolĂ©e de Barthes3 et la « pensivitĂ© de lâimage »4, ou encore sur la « main pensante5 ». Sous cette belle expression, Horst Bredekamp reprend dâailleurs des images et des documents manuscrits qui entrent en correspondance avec ceux rassemblĂ©s par M.âH. CaraĂ«s et N. Marchand-Zanartu, dans un article oĂč il sâintĂ©resse de maniĂšre passionnante aux rapports entre image et science, depuis lâillustration dans les revues scientifiques aux dessins originaux dâun nĆud de jarretiĂšre de Leibniz et Ă sa cosmologie. Sâil aborde diffĂ©rentes images davantage sur le plan monographique que typologique, la liste quâil esquisse en filigrane prĂ©sente des analogies troublantes avec celles que lâon retrouve dans Images de pensĂ©e : double hĂ©lice, lune de GalilĂ©e, nĆuds de Leibniz, corail de Darwin, Ćil de Mach, spirale de Crick, voici bien des cercles, des arbres, des yeux, des spirales plus ou moins compliquĂ©es qui viennent nommer quelque chose de la pensĂ©e par le dessin.
Un musée imaginaire, curieux et mélancolique
9Au dĂ©part de leur introduction, un manuscrit de Freud, le Sexualschema (1895), « une Ăźle au trĂ©sor oĂč se cacherait la mĂ©lancolie. Un territoire inventĂ© avec son contour tremblĂ©, ses dĂ©tours, ses flĂšches, ses pointillĂ©s ». Il y a dans leur approche un rapport souterrain Ă la genĂšse de la pensĂ©e, le dĂ©sir de la surprendre Ă son commencement, dans sa fulgurance et son Ă©nigmatique mode dâapparition. On y trouve une parentĂ© lointaine avec les documents iconographiques des ĂlĂ©ments de critique gĂ©nĂ©tique, rassemblĂ©s par Almuth GrĂ©sillon. Son essai pour « lire les manuscrits modernes »6 prenait pour objet dâĂ©tude « les manuscrits de travail des Ă©crivains en tant que support matĂ©riel, espace dâinscription et lieu de mĂ©moire des Ćuvres in statu nascendi »7. Ce qui frappe cependant ici, câest lâambition du volume et son pari difficile : une volontĂ© ferme dâexplorer le vaste champ des sciences humaines et des crĂ©ations artistiques, afin de considĂ©rer la spĂ©cificitĂ© de la pensĂ©e non tant dans le processus dâĂ©laboration dâune Ćuvre (une vision monographique et analytique, qui justifierait de longs paragraphes explicatifs pour chaque document iconographique exposĂ©) que dans la frĂ©quentation des autres singularitĂ©s, analogies et irrĂ©gularitĂ©s de contact entre des pensĂ©es disparates, issues de champs disciplinaire, de langues, dâhistoricitĂ©s et de figures contrastĂ©es, et ouvrant des horizons. Au sens du MĂ©phistophĂ©lĂšs de ValĂ©ry, derriĂšre la beautĂ© Ă©clatante du recueil, câest bien lĂ un Enfer qui sommeille :
Il mâest passĂ© des milliards dâĂąmes par les ongles, et quâils sâen soient tirĂ©s, quâils y soient demeurĂ©s, jâai observĂ© quel petit nombre sur cet Ă©norme nombre Ă©tait celui des ĂȘtres sans pareils. Jâai vu des dix mille CĂ©sars, aussi brillants que Jules, des Sophocles, des ArchimĂšdes, des Platons, des Confucius, des PraxitĂšles Ă foison. [âŠ] Câest un des jolis coups dâĆil de chez moi. [âŠ] Il me suffit, lĂ -bas, de mettre le gĂ©nie avec le gĂ©nie de mĂȘme espĂšce, pour jeter et maintenir dans le dĂ©sespoir Ă©ternel tous les orgueilleux de grand style⊠[âŠ] Si lâon savait la surabondance de ce quâil y a de plus rare et la quantitĂ© des hommes de premier ordre par millier de siĂšcles, le diamant de lâorgueil tomberait Ă zĂ©roâŠ8
10Et derriĂšre lâimage de tant de crĂąnes, pensant Ă imaginer la pensĂ©e, câest la vanitĂ© mĂȘme des pensĂ©es accumulĂ©es dont nous parcourons quelquesâuns des spĂ©cimens les plus brillants et aboutis de la modernitĂ©, et dâautres plus anonymes ou anecdotiques, mais prĂ©sentĂ©s lĂ pour lâart de la galerie â portraits, disciplines et arts, pensĂ©es inventĂ©es dans le dessin et images notant le savoir.
11RĂ©veiller ces belles endormies dans les fonds dâarchives, les tiroirs et les musĂ©es, mĂ©diter sur les commencements et les fins de la pensĂ©e, sur ses sauts, dâune discipline Ă lâautre, faire jaillir ses rebonds et ses anachronismes fĂ©conds dâune Ćuvre Ă celles de continuateurs, tels sont quelques-uns des moteurs de cette collection. Grande enquĂȘte qui pourrait amener de nouveaux volumes, câest rĂ©ellement en termes de « continent » (p. 8) et de chanson circulaire que les deux investigatrices lâĂ©voquent dans leur prĂ©face, esquissant une double mĂ©taphore : celle de la terra incognita et celle du mouvement infini, spiralĂ©, de la comptine et de son jeu de kyrielle.
12Lâeffort de classification avait Ă©tĂ© vite Ă©cartĂ©, M.âH. CaraĂ«s et N. Marchand-Zanartu sâautorisant de Buffon et de son conseil aux naturalistes consistant Ă ne pas vouloir tout systĂ©matiser. Il y a pourtant vertige et spĂ©culation. Ă quelles fins errer dans ce volume, en contempler indĂ©finiment les pages, sâefforcer dâen tirer la substantifique moelle, sâil semble improbable dâen saisir le tout et toujours prĂ©fĂ©rable dâen aborder le sens par le dĂ©tail et la lecture de prĂšs â lâattrait dâune couleur, dâun auteur, dâune forme, dâune langue, dâune discipline qui nous pousse Ă aller plus avant dans lâexploration ? Estâce Ă titre de catalogue dâexposition expĂ©rimentale quâil faut le considĂ©rer, comme un prĂ©cipitĂ© ou un produit dĂ©rivĂ© dâun musĂ©e de curiositĂ© sur la pensĂ©e et ses graphiques ? Quelle serait son utilitĂ© pour nous, Ă lâheure oĂč se multiplient les expositions de manuscrits de travail ? Dans sa Postface, « Ăloge de lâimagination graphique », Jean Lauxerrois vient par ailleurs mettre en crise le terme mĂȘme dâ« images de pensĂ©e », face Ă la diversitĂ© des documents proposĂ©es et la « dĂ©routante variĂ©tĂ© du lexique » dĂ©ployĂ©e par les auteurs pour les dĂ©crire :
Figure, schĂšme, schĂ©ma, dessin, dessin prĂ©paratoire, esquisse, croquis, tracĂ©, griffonnage, gribouillage, hiĂ©roglyphe, diagramme, organigramme, carte, cartographie, gĂ©nĂ©alogie, arbre, arborescence, dispositif, combinatoire, projet, projection, allĂ©gorie, vision, illumination, utopie, scĂšne, archĂ©type, paradigme, modĂšle, matrice, idĂ©alité⊠lâimage de pensĂ©e est tout cela Ă la fois. (p. 115â116)
13DâoĂč la mĂ©lancolie inhĂ©rente Ă cette semblance de catalogue dĂ©raisonnĂ© ou dĂ©raisonnable, dâun imaginaire musĂ©e de la pensĂ©e par image. Au rebours du mouvement induit par la curiositĂ©, il est en effet question dâĂ©prouver la mĂ©lancolie du savoir et sa station, celle dâun savoir non plus encyclopĂ©dique, technique et ainsi clos dans son historicitĂ© mĂȘme mais bien plutĂŽt fragmentaire, sporadique, rhapsodique. Face Ă tant de champs de sciences, le lecteur le plus avisĂ© fait aussi lâexpĂ©rience de ses limites, de ses ignorances dans le dĂ©chiffrement de tel ou tel document (quâil sâagisse de la langue, de lâĆuvre critique, du contexte historique, des enjeux disciplinaires). Certaines images de pensĂ©e seront pour lui Ă©videntes, fulgurantes, dĂ©cisives. Dâautres garderont leur mystĂšre, leur beautĂ© ornementale, ou leur illisibilitĂ© mĂȘme, sans quâil y puisse distinguer lâĂ©vĂ©nement de lâanecdote, sinon Ă se contenter de comprendre par les quelques lignes de prĂ©sentation de chaque document, câestâĂ âdire dâune connaissance de seconde main, pratique mais insuffisamment appropriĂ©e. DâoĂč un Ă©trange programme de lecture qui se dĂ©duit peu Ă peu, entre passion et indiffĂ©rence possibles.
Un livre à plusieurs entrées
14Câest un livre Ă plusieurs entrĂ©es, que le dispositif de la collection dessine alors. Nous en esquisserons quelquesâunes, sans souci dâexhaustivitĂ©, dans une seule optique : donner lâenvie dây aller voir de plus prĂšs, afin que, de ces images de pensĂ©es, sâen engendrent de nouvelles et que commence lâart des cartographies pour la pensĂ©e en et par images.
Mode de lecture 1 â Comment la pensĂ©e imagine-t-elle et Ă quelles fins ?
15Quelle est la forme de la pensĂ©e et pour dire quoi ? Est-elle chape, labyrinthe, arbres, cercles ou soleil ? Quand commence-t-elle Ă prendre un moule, un geste figuratif, un trait et une palette pour mieux exprimer sa teneur et son Ă©nergie ? Ă savoir : rayonneâtâelle, sâĂ©panouitâelle en corolle, se dissĂ©mineâtâelle en rhizome, se dĂ©clineâtâelle en chromatisme ou sâĂ©chelonneâtâelle en grades successifs ? Comment sâorigineâtâelle dans les graphes, listes, cercles, tableau, rĂ©seau inscrits dans le format dâune page ? Leurs fins sont plurielles, elles sont notamment lâexpression de concept neuf (lâexemple de Freud et du Sexualschema), de classification inĂ©dite (MendeleĂŻv et le classement des Ă©lĂ©ments chimiques selon leur masse atomique) et dâinstitution Ă fonder (Bauhaus, CinĂ©mathĂšque française), dâexplicitations dâĆuvre pour soi et pour les autres (ainsi le cours de Nabokov sur Dr Jekyll et Mister Hyde, la cartographie dâĂ la recherche du temps perdu par Joseph Czapski pour ses coâdĂ©tenus en 1940â1941, les explications de Marcel Griaule sur la cosmogonie Dogon, le cours de Ricoeur) des notes prĂ©paratoires (Darwin sur LâOrigine des EspĂšces, par exemple).
16Dâautres questions demeurent ailleurs, face Ă la collection prĂ©sente, qui emprunte, aprĂšs lâintroduction, non plus la voie du catalogue, mais celle de lâatlas, annonçant les manuscrits par le titre de Planches. Quâest-ce que la pensĂ©e imagine et comment sâimagine-t-elle, en rĂ©inventant lâespace de la page, afin de trouver sa pulsation propre ? Que cartographie-t-elle au juste, entre le dessin et lâĂ©criture, quand la pulsion du graphomane sâempare dâune pensĂ©e et le pousse Ă la dessiner ? Le juriste Paul Otlet, crĂ©ateur avec Henri Fontaine du systĂšme de la Classification dĂ©cimale universelle et fondateur du Mundaneum, note ainsi, Ă propos de ce besoin impĂ©rieux de sâappuyer sur le dessin pour commencer Ă penser :
Je constate quâil me faut dessiner certaines idĂ©es, certains graphismes. Et câest de la tĂȘte que je fais le mouvement qui les dessine : un cercle, un triangle, une ligne. Câest la continuation du mouvement qui me fait parler mentalement. Jâarticule mentalement et quand il nây a plus Ă parler mais Ă dessiner, je dessine de la tĂȘte et de la mĂąchoire. (p. 84)
Mode de lecture 2 â Rythme de la pensĂ©e, de son invention Ă sa lecture
17Ă quelle vitesse se propageâtâelle ? Quel est son tempo, quelles sont sa pulsion, sa frĂ©quence, qui font que la main recourt au dessin plutĂŽt quâau mode dâune disposition textuelle plus traditionnelle, rĂ©digĂ©e et linaire ? Dans le manuscrit se lisent tous les Ă©lĂ©ments qui ressortissent au tempo de la pensĂ©e, pour reprendre le terme efficace de Patrice Loraux9, de lâurgence de la notation Ă la lenteur de la somme Ă©rudite, du rythme rĂ©gulier de la liste, aux freinages des frottements dans les idĂ©es, manifestes par les Ă©numĂ©rations, les zones, les expressions laissĂ©es en blanc ? On se souviendra ainsi que de Pascal face Ă ses pensĂ©es, Barthes Ă©voque « ïleï lĂącher, ïlaï vitesse, ïlaï âroue libreâ » dans La PrĂ©paration du roman10.
18LâinachĂšvement constitutif du croquis de pensĂ©e â quâil sâagisse de son caractĂšre programmatique qui demande le dĂ©ploiement ou de sa fonction de synthĂšse qui appelle la rĂ©daction, fait place Ă la densitĂ© et Ă lâintensitĂ© de ces notations. LĂ oĂč A. GrĂ©sillon proposait une « histoire des pratiques dâĂ©critures », dans son ouvrage prĂ©cĂ©demment citĂ©, on trouverait dans ces pages une esquisse possible des pratiques de pensĂ©es et de leurs temporalitĂ©s juxtaposĂ©es â celles de lâĂ©criture et de la conception, celles de la saisie rapide par dĂ©chiffrement et errance, celles alenties de la mĂ©ditation et de la mise en relation avec lâesthĂ©tique dâune Ćuvre, lâhistoricitĂ© dâune discipline ou la globalitĂ© dâune crĂ©ation. Une telle observation rejoint dâailleurs celle de Horst Brodekamp :
Ă partir de ces quelques exemples que sont les dessins et les lignes se tissant Ă la frontiĂšre entre la pensĂ©e et ses matĂ©rialisations, il sâagissait de montrer que ceux-ci dĂ©ploient une force de suggestion propre que ne partage aucune autre forme dâexpression. IndĂ©pendamment dâun quelconque talent artistique, le dessin incarne, comme premiĂšre trace du corps sur le papier, le plus immĂ©diatement la pensĂ©e. [âŠ] Lâhistoire de la « main pensante » qui dessine â et tout particuliĂšrement des mains scientifiques â est loin dâĂȘtre Ă©crite : on peut espĂ©rer quâelle suscite Ă lâavenir davantage lâintĂ©rĂȘt des historiens dâart.11
Mode de lecture 3 â comment dĂ©finir lâimage de pensĂ©e
19Lâimage de pensĂ©e est crĂ©ative et ingĂ©nieuse â elle a Ă voir avec une inventivitĂ© critique, poĂ©tique, notionnelle, de configuration, qui peut sâexercer par le dessin pour produire diffĂ©rentes opĂ©rations de la pensĂ©e â des sommes, des rĂ©ductions, des synergies, des Ă©toilements, des anamorphoses ou des analogies, des mĂ©taphores dessinĂ©es ou des « formules visuelles » selon lâexpression dâHorst Bredekamp12.
20Lâimage de pensĂ©e est Ă©clairante â elle a le pouvoir de faire sens pour son auteur comme pour son lecteur. Elle joue sur les vides et les pleins, sur les gammes chromatiques, sur les ombres et les lumiĂšres pour construire, par la vision, sa propre efficace, ses masses et ses foyers de concentration, ses lieux de suspensions et dâinachĂšvement. Elle met en lumiĂšre quelque chose de la pensĂ©e et de son Ă©piphanie, au sens joycien.
21Lâimage de pensĂ©e est rythmique â elle ponctue, scande, procĂšde par accĂ©lĂ©ration et suspension, elle est tout sauf une station, un arrĂȘt sur image contemplatif, puisquâelle est toujours Ă la frontiĂšre de lâĆuvre et de lâesquisse, sur le seuil dâintelligibilitĂ©.
22Lâimage de pensĂ©e est dynamique â elle induit un mouvement duel de lecture et de recherche, elle pense avec lâespace, la disposition, le dĂ©placement. Exemplaire en serait ici le Parcours dâatelier de William Kentridge, oĂč il associe idĂ©es, notions, gestes et impressions Ă des tracĂ©s au sol reconstituĂ©s quâil a faits, en cheminant dans son atelier, remarquant Ă la maniĂšre de Montaigne et de sa librairie, que :
Lâatelier est un espace fermĂ©, physiquement et psychiquement, comme un cerveau en plus grand : la dĂ©ambulation dans lâatelier est lâĂ©quivalent des idĂ©es qui tournent dans la tĂȘte, comme si le cerveau Ă©tait un muscle que lâon pourrait exercer pour le mettre en condition et amĂ©liorer ses performances. (p. 27)
23Cette nĂ©cessaire spatialisation de la pensĂ©e serait donc un emboĂźtement de crĂąnes : lâatelier clos pour ĂȘtre une extension et un redoublement de la boĂźte crĂąnienne. Lâimage de pensĂ©e quâil produit serait lâenregistrement de cet enchĂąssement, oĂč lâencadrĂ© rouge et les bords de la page reconfigurent lâinclusion de la boĂźte crĂąnienne dans la piĂšce de travail.
24Lâimage de pensĂ©e est persistante â elle est visuelle, immĂ©diate et sĂ©duisante et dans le mĂȘme temps elle possĂšde une durĂ©e, un aprĂšs coup, qui invite Ă y faire retour, Ă la percevoir sur le mode dâun processus. Ce serait vrai et Ă des titres diffĂ©rents pour lâauteur et pour le lecteur, et ce serait aussi quelque chose qui sâapparente Ă ce que Barthes remarquait sur la Notatio :
Jusquâici, jâai parlĂ© de la Notatio comme dâune capture sur le vif, comme si un accord instantanĂ© entre ce qui est vu, observĂ© et ce qui est Ă©crit ï En fait, trĂšs souvent, un aprĂšs-coup de la Notatio : Nota, ce qui, aprĂšs une sorte de latence probatoire, revient malgrĂ© soi, insiste ï Ce que la MĂ©moire doit prĂ©server, ce nâest pas la chose, câest son retour, car ce retour a dĂ©jĂ quelque chose dâune forme â dâune Phraseï Nota : participe un peu du phĂ©nomĂšne « esprit de lâescalier » : la vivacitĂ© dĂ©placĂ©e, la vivacitĂ©-retard.13
25Lâimage de pensĂ©e est secrĂšte â elle a une vertu dâĂ©quation et dâĂ©nigme, une allure de formule, mettant en rapport des Ă©lĂ©ments hĂ©tĂ©roclites, des savoirs, des relations, de façon neuve et complexe, enchevĂȘtrĂ©e. MĂȘme son apparente facilitĂ© est toujours un mystĂšre, quant Ă lâimage de pensĂ©e dâemblĂ©e complexe, elle a des formes de labyrinthes.
26Il y a lĂ une dimension paradoxale Ă lâĂ©preuve de la lecture, qui vient imposer la lenteur, la durĂ©e de lâapprofondissement, de lâimmersion dans lâimage, son systĂšme et sa puissance de suggestion. Le recueil est un arrĂȘt sur image â sur images de pensĂ©e sâentend. Le lecteur est amenĂ© Ă opĂ©rer par stations successives, Ă plonger en profondeur dans la matĂ©rialitĂ©, la conceptualisation et le rĂ©bus que chaque image de pensĂ©e contient. Or, câest aussi un lieu de compulsion, de consultation, de pages tournĂ©es, afin que la dynamo de la pensĂ©e se remette en marche, dâune image lâautre, pour la passion des Ă©nigmes et le plaisir du dĂ©chiffrement. Retour Ă Barthes : quelque chose de lâordre du punctum, du tilt et du haĂŻku14, ou quelque eurĂȘka du dĂ©chiffreur de mystĂšre constitueraient la part essentiellement ludique de cette collection dâimages. Au final, ce qui transite dans ces manuscrits, câest davantage le mouvement de son intellection et le goĂ»t de sa frĂ©quentation (sur le mode dâhapax pour chaque auteur invitĂ©), que sa capacitĂ© Ă sâinscrire dans une typologie des images de pensĂ©e Ă travers leurs formes tantĂŽt abstraites, tantĂŽt figuratives, sâapprochant parfois du calligramme.
Mode de lecture 4 â Lecture de loin, lecture de prĂšs â une pratique du changement dâĂ©chelle
27La lecture quitte le mouvement linaire pour se dĂ©ployer en de multiples vecteurs, que chaque document prĂ©sentĂ© contient. Elle quitte dâautant plus le mode cursif quâelle invite Ă se prolonger, dans une dynamique exploratoire de la bibliothĂšque, des arts, des sciences, des institutions et des musĂ©es ici fondĂ©s. On peut relire Les Derniers rois de ThulĂ© de Malaurie, face Ă la seule passion du document de couverture, qui figure en pointillĂ© et en amas les gĂ©nĂ©rations dâInuits, et dont les tracĂ©s parfaitement concentriques sont comme organisĂ©s et dynamisĂ©s par des sĂ©ries de points joints, dĂ©sordonnĂ©s, Ă la maniĂšre dâun trou creusĂ© dans la glace pour pĂȘcher et de ses fractures irrĂ©guliĂšres liĂ©es Ă la cassure. Câest alors quâon peut se demander ce que deviennent les hommes dans lâimage de pensĂ©e : quâils soient notĂ©s par des points bleus, en une constellation, quâils soient la figure dâoĂč sâengendre et se dessine la pensĂ©e, quâils soient des noms disposĂ©s sur le papier selon des arborescences et des gĂ©nĂ©alogies, quâils soient mis en piĂšce, en dĂ©tail, en blason, en armĂ©e pour exprimer lâidĂ©e Ă forger ou rĂ©duit Ă lâemblĂšme de la main pensante.
28DĂšs lors, la puissance de la notation ne vient pas seulement de sa temporalitĂ©, de son tempo et de son historicitĂ© pour une dĂ©marche de pensĂ©e â le moment critique, fondateur ou dĂ©cisif quâelle enregistre et dĂ©termine en mĂȘme temps pour son auteur, mais bien de lâeffort de contention, de relecture, de recherche quâelle nous porte Ă produire, Ă partir dâun simple document, et de sa mise en relation avec lâensemble dâun livre, dâune pensĂ©e, dâune Ćuvre. La patience appelĂ©e par ces documents est infinie â patience au sens aussi des cartes que lâon pose sur une table opĂ©ratoire pour y scruter des lignes de passĂ©s, des forces en prĂ©sence, des perspectives pour lâavenir. On pourrait y dĂ©penser quelques heures de plus, y dĂ©couvrir de nouvelles images de pensĂ©e â un tome 2. On fait retour sur son propre mode dâinscription, de constitution et dâĂ©criture du savoir, entre le discontinu et le continuum, le rhapsodique et le suggestif, le dĂ©sir de synthĂšse et le mouvement vers lâinachevĂ©. On y peut aussi emprunter de nouvelles modalitĂ©s â des dispositions, des colorations, des modes de notations â pour consigner et agencer ses idĂ©es, ses thĂšses, ses questions afin dâen habiter le mouvement, lĂ oĂč le dessin, le graphe, le gribouillage prennent une dimension matricielle et font penser autrement ce que lâon nâa pas encore commencĂ© Ă penser. La mĂ©thodologie a beaucoup Ă apprendre de ses images de pensĂ©e et de leurs rythmes divers, diffus, profus.
SynthĂšse
29Câest un ouvrage original et passionnant que ces Images de PensĂ©e rassemblĂ©es par Marie-Haude CaraĂ«s et Nicole Marchand-Zanartu, tant dans sa facture, sa composition choisie, son cheminement suggestif, son chatoiement dâencres et de dessins. Couvrir « tous les champs du savoir », nommer les manuscrits et textes fondateurs dâune dĂ©marche de pensĂ©e (disciplinaire, institutionnelle ou artistique), recueillir les formes imagĂ©es de la pensĂ©e notĂ©e, telles sont les ambitions qui ont guidĂ© lâesprit de la collection ici prĂ©sentĂ©e. Si dâaucuns ont reprochĂ© aux auteurs le caractĂšre succinct des analyses monographiques, (les documents sont exposĂ©s comme autant de tableaux ou dâĆuvres graphiques dâune scĂ©nographie plus vaste de la pensĂ©e), la finesse et la beautĂ© intrinsĂšques du volume, lâoriginalitĂ© de la dĂ©marche adoptĂ©e, favorisent le (r)Ă©veil de la curiositĂ© et sollicitent un effort de culture, toujours bĂ©nĂ©fique, ce dont tĂ©moigne lâaccueil trĂšs favorable quâil reçoit de la critique.
Proposition de classement typologique :
30â graphes et schĂ©mas dynamiques pour concevoir un panorama dâavant-gardes artistiques (les recherches pour rĂ©aliser la couverture de lâexposition « Cubism and Abstract Art » par Alfred H. Barr, en 1936, celle de Marinetti sur les courants dâinnervation et dâaffinitĂ©s â lesâismes â avec le futurisme, celui de Lars Vig sur les pratiques religieuses Malgaches) ;
31â tableaux, diagrammes et cartographies pour synthĂ©tiser une histoire ou un quotidien (par exemple tableau de Merce Cunningham pour la chorĂ©graphie de Suite by chance, diagramme de Louis I. Khan pour Ă©difier une Ă©glise, cartographie pour totaliser la somme de connaissances tirĂ©e du magistral De architectura de Vitruve, selon une proposition de Bernard Cache et celle sur les questions liĂ©es au quotidien par les artistes Peter Fischli et David Weiss) ;
32â arbres et rĂ©seaux pour reprĂ©senter les relations (le travail de Mark Lombardi sur les scandales financiers et politiques , le faux organigramme dâun parti national-fasciste que Pavel Florenski se voit contraint de dessiner, comme preuve de sa trahison sous le rĂ©gime de Staline), les processus (celui du physicien Stephen Wolfram, Ă propos du « Comportement dâun automate cellulaire de rĂšgle 18) », les affinitĂ©s terme Ă terme (ValĂ©ry et une page de ses Carnets, oĂč lâon retrouve des Ă©lĂ©ments de sa poĂ©tique et de foyers dâattention, par substantifs clĂ©s), mais Ă©galement pour figurer lâarchitecture hypertextuelle Ă lâĂšre dâinternet (le site web du site DĂ©sordre de Philippe de Jonckheere15, le schĂ©ma tirĂ© de Whatâs on my Mind, par Theodor H. Nelson, inventeur du concept dâhypertexte et du projet Xanadu), les passages dâĂ©tat et les Ă©tapes initiatiques (arbre de la sagesse, Ă partir du Livre de la CrĂ©ation, Ă la fin du xiiie siĂšcle), les gĂ©nĂ©alogies et la classification par espĂšces (la fascinante carte des oiseaux, par lâornithologue Strickland, de 1843) ;
33â rose des vents de Walter Benjamin, incluant le cercle et la flĂšche comme formes et forces pour dire « les vents, bons ou contraires, qui se jouent de lâexistence humaine16 » ; flĂšche de Joseph Beuys, comme vecteur qui dynamise le langage et lui donne une direction ascendante ;
34â cercles concentriques et courbes pour signifier des visions cosmogoniques (Le Jeu du monde de Kostas Axelos, de 1969, que lâauteur qualifie de « schĂ©ma non schĂ©matique et cercle problĂ©matiquement circulaire du jeu de lâerrance17 »), des dispositifs pupillaires (les deux globes oculaires dans le TraitĂ© de lâhomme de Descartes, la magnifique sphĂšre colorĂ©e dâItten pour ses Dreidimensionales Denken, 1919â1920, la roue chromatique de Goethe), la disposition dâune Ă©toile incluse dans deux cercles concentriques imaginĂ©e par Paul Klee pour repenser lâĂ©cole du Bauhaus, le diagramme colorĂ© Ăcorce terrestre dans son rapport avec la zoologie, de Agassiz et Addisson Gould, tel un Ćil qui nous regarde), spirale du romancier russe Bielyj â ces derniĂšres images de pensĂ©e circulaires font souvent partie des plus magnifiques de la sĂ©rie ;
35â palettes chromatique du musicien Iannis Xenakis, dans un geste de rĂ©invention du mode dâĂ©criture par le solfĂšge et de la notation du son et la forme du spectre pour le romancier Stefan Wul, Ă propos de NoĂŽ, publiĂ© en 1977 ;
36â calculs, Ă©quations et dessins gĂ©omĂ©triques (Joseph Michel de Montgolfier et la chute freinĂ©e des corps, Ă propos dâun parachute Ă©tudiĂ© en 1784, page de calcul confiĂ©e par le mathĂ©maticien CĂ©dric Villani, manuscrit dâAlfred Dreyfus, mĂȘlant calculs, dessins de balances et autres formes en volume, rĂ©flexion en image sur les lois de lâoptique pour lâingĂ©nieur Peter Rice, Ă propos du Théùtre de la pleine lune, Microfilm du poĂšte Andrea Zanzotto sur la notation dâun rĂȘve en 1963 en association avec lâhypotĂ©nuse, la gĂ©omĂ©trie et le chiffre zĂ©ro) ;
37â champs de mines ou de bataille pour dire la guerre ou ses hantises (Dziga Vertov et son projet Enthousiasme, cernĂ© dâobus, pour dire avec rage le harcĂšlement de la censure et de la pression soviĂ©tique pour mettre en cadre la crĂ©ation artistique, le dessin anonyme « La Revanche » par un prisonnier de guerre, en 1904, montrant un visage humain terrifiant, cernĂ© par les flĂšches, les obus et les canons de troupes ennemies) ;
38â maisons et usines pour configurer des espaces, des dispositifs et faire Ćuvre de mĂ©moire, si terrible soit-elle (ainsi le dessin dâenfant de Thomas Geve, dĂ©portĂ© Ă Auschwitz, pour exposer les camps, Desenfektion, 1947, le SchĂšme des trois demeures du sculpteur Ătienne Martin, oĂč le dessin est un geste prĂ©paratoire Ă lâĆuvre18, le tracĂ© en couleur sur tableau noir de Rudolf Steiner sur les Demeures des Dieux, pour une confĂ©rence en 1924) ;
39â corps humains, par globalitĂ© ou par dĂ©tail (dessin dâun corps et nomination de ses parties par lâartiste Katharina sâinscrivant dans lâart brut, selon un rapport entre corps, alphabet et langage ; dessins sur les Cinq Peaux de Friedensreich Hundertwasser, en 1998, Ă©trange image de pensĂ©e de LâAnthropomĂštre par Alfred Korzybski, en 1924) ;
40â mises en scĂšnes, scĂ©nographies et théùtres dâidĂ©es, de notions (le gĂ©ographe Philippe Rekacewcs Ă propos de sa Carte de la stratĂ©gie de la pauvretĂ©, avec un dramatis personae constituĂ© de lâAfrique et de lâEurope, lâespace scĂ©nique Ă filmer pour Ministry of Fear de Fritz Lang, le rĂ©alisateur Jean-Christophe Averty et son Ă©chiquier) ;
41â montages, collages et images-manifestes (Thomas Hirschborn et Marcus Steinweg, avec Hannah Arendt â Map, 2003, le montage de Claude Simon pour La Route des Flandres dĂ©jĂ Ă©voquĂ©).

