Acta fabula
ISSN 2115-8037

Dossier critique
Volume 15, numéro 5
titre article
Florence Baillet

Hystérie & spectacle populaire au tournant du XXe siÚcle

Rae Beth Gordon, De Charcot à Charlot. Mises en scÚne du corps pathologique, Rennes : Presses universitaires de Rennes, coll. « Le Spectaculaire », 2013, 238 p., EAN 9782753522503.

1Dans le film Le Matelas Ă©pileptique d’Alice Guy, datant de 1906, un matelas, dans lequel un ivrogne a Ă©tĂ© cousu par inadvertance, ne cesse de s’agiter dans tous les sens, comme pris de mouvements convulsifs, alors qu’il est livrĂ© Ă  un jeune couple. Dans Le Retapeur de cervelles, qui fut rĂ©alisĂ© en 1910 par Émile Cohl et mĂȘle aussi bien dessins animĂ©s que prises de vue rĂ©elles, le Dr. TrĂ©panoff soigne un patient atteint de tics en lui perforant le crĂąne Ă  l’aide d’une vrille pour en extraire un long ver blanc, lequel est posĂ© sur un tableau noir et se met alors Ă  figurer toutes sortes d’objets et de fantasmes, « l’enchaĂźnement des idĂ©es folles » du patient, si l’on en croit le scĂ©nario. C’est sur un tel corpus, celui des premiers films comiques, que se penche Rae Beth Gordon, professeur Ă©mĂ©rite de littĂ©rature française et de Cultural Studies Ă  l’UniversitĂ© du Connecticut, dans son ouvrage paru en 2013 en français De Charcot Ă  Charlot. Mises en scĂšne du corps pathologique, qui correspond Ă  la version remaniĂ©e d’une publication en anglais de 20011.

2ComposĂ© de six grands chapitres, le livre de R. B. Gordon Ă©tudie successivement les thĂ©ories et observations mĂ©dicales en interaction avec la dimension spectaculaire Ă  la fin du xixe siĂšcle (« Chapitre I - L’inconscient corporel », « Chapitre II - Imitation et contagion : le magnĂ©tisme Ă  l’hĂŽpital et sur les planches »), la nouvelle gestuelle surgissant alors sur la scĂšne des cafĂ©s-concerts et dans les pantomimes (« Chapitre III – Le cafĂ©-concert et le corps dĂ©chaĂźné », « Chapitre IV – La pantomime et le zigzag »), puis la traduction cinĂ©matographique de ces Ă©volutions Ă  la fois scientifiques et esthĂ©tiques (« Chapitre V – Hypnotisme, somnambulisme et cinĂ©matographe », « Chapitre VI – Le geste hystĂ©rique au cinĂ©matographe »). Un DVD comprenant les films Augustine de Jean-Claude Monod et Jean-Christophe Valat (2003), Cretinetti et l’aiguille d’AndrĂ© Deed et Valentina Frascarolli (1911) et Pop Hysteric de Jean-Claude Monod (2011) vient complĂ©ter le propos de l’ouvrage, par ailleurs judicieusement dotĂ© d’illustrations, ce qui permet d’avoir Ă©galement une apprĂ©hension visuelle des sujets Ă©voquĂ©s.

Les mises en scùne du corps dans une perspective d’histoire culturelle

3Dans ce livre comme dans d’autres du mĂȘme auteur2, l’un des grands mĂ©rites de R. B. Gordon est de se situer dans une perspective d’histoire culturelle en effectuant une contextualisation poussĂ©e de ses objets, afin de faire apparaĂźtre les liens susceptibles de se tisser, Ă  la mĂȘme Ă©poque, entre diffĂ©rents domaines, parfois de maniĂšre jusque-lĂ  insoupçonnĂ©e : les premiers films burlesques sont ainsi mis en relation non seulement avec d’autres formes de spectacle de la fin du xixe siĂšcle, tels que le cabaret, le cafĂ©-concert ou la pantomime, mais Ă©galement (et surtout) avec la mĂ©decine de ces mĂȘmes annĂ©es, avec les discours et pratiques scientifiques liĂ©s au corps en neurologie, en psychologie et en psychiatrie. Entre les sciences mĂ©dicales, les spectacles vivants et le cinĂ©ma, c’est « un nouveau rĂ©pertoire de mouvements, gestes et de grimaces » (p. 17) qui circule, au-delĂ  des mots ou des thĂ©ories : les mĂȘmes manifestations physiologiques se retrouvent dans l’amphithéùtre de la SalpĂȘtriĂšre, sur les scĂšnes des cafĂ©s-concerts, puis sur les Ă©crans du nouveau cinĂ©matographe. Un indice de pareilles analogies et ressemblances pourrait ĂȘtre le phĂ©nomĂšne de l’attraction foraine, lors de laquelle sont exhibĂ©es comme dans une continuitĂ©, Ă  cette Ă©poque, aussi bien les transes hypnotiques, les gesticulations frĂ©nĂ©tiques que les premiĂšres prises de vue cinĂ©matographiques. Si la variĂ©tĂ© des spectacles populaires ou la dimension spectaculaire Ă  la Belle Époque ont Ă©tĂ© amplement Ă©tudiĂ©es3, l’ouvrage De Charcot Ă  Charlot explore pour sa part plus particuliĂšrement les contagions et contiguĂŻtĂ©s entre des mises en scĂšne du corps relevant de diffĂ©rents champs disciplinaires et fournit de la sorte un apport indispensable Ă  toute recherche en la matiĂšre au tournant des xixe et xxe siĂšcles.

4Dans son Ă©tude Invention de l’hystĂ©rie, parue en 1982, Georges Didi-Huberman avait cependant dĂ©jĂ  soulignĂ© la maniĂšre dont, dans le dernier tiers du xixe siĂšcle Ă  la SalpĂȘtriĂšre, sous l’égide de Charcot, la « clinique de l’hystĂ©rie devint spectacle4 ». Plus rĂ©cemment, dans un livre intitulĂ© Le Choc du sujet. De l’hystĂ©rie au cinĂ©ma (xixe-xxie siĂšcles) et publiĂ© en 20115, Emmanuelle AndrĂ© montre comment des artistes contemporains, ces derniĂšres annĂ©es, se sont emparĂ© du phĂ©nomĂšne de l’hystĂ©rie, et elle insiste en particulier sur les liens de cette maladie avec le cinĂ©ma, dĂšs l’émergence de ce dernier : « le cinĂ©ma aurait fait disparaĂźtre la pathologie en s’accaparant ses symptĂŽmes6. » La parution aujourd’hui en français de l’ouvrage de R. B. Gordon vient par consĂ©quent complĂ©ter un paysage de recherche qui commence Ă  ĂȘtre dĂ©sormais bien balisĂ© et dont il peut constituer sans nul doute l’un des points de repĂšres fondamentaux, de ce cĂŽtĂ©-ci de l’Atlantique comme aux États-Unis7. On regrettera Ă  cet Ă©gard l’absence de bibliographie dans De Charcot Ă  Charlot, permettant d’avoir une vue d’ensemble des publications sur la question, mĂȘme si la chercheuse amĂ©ricaine prend la peine d’actualiser certaines de ses rĂ©fĂ©rences au fil du texte.

Entre l’hîpital & la salle de spectacle 

5Si R. B. Gordon considĂšre l’hystĂ©rie, abondamment abordĂ©e et vulgarisĂ©e dans la presse française de l’époque, comme un phĂ©nomĂšne Ă  la fois mĂ©dical et culturel, elle n’établit pas pour autant de liens univoques entre l’hĂŽpital et la scĂšne, entre l’amphithéùtre de la SalpĂȘtriĂšre et le théùtre, mais souligne l’intrication des Ă©volutions scientifiques et esthĂ©tiques : c’est bien lĂ  l’intĂ©rĂȘt de tels travaux. L’auteur de De Charcot Ă  Charlot met en lumiĂšre les dĂ©veloppements thĂ©oriques dans le domaine mĂ©dical (ceux de Janet, Charcot, Ribot, Binet, FĂ©rĂ©), qui participent d’une nouvelle sensibilitĂ© au corps Ă©mergeant Ă  la fin du xixe siĂšcle : l’automatisme ou les dĂ©doublements, qui accompagnent l’hystĂ©rie, sont perçus comme les manifestations d’un inconscient corporel, autant de signes de l’autonomisation d’une activitĂ© ignorĂ©e par l’intellect. Les psycho-physiologistes de l’époque auraient tout particuliĂšrement soulignĂ© le rĂŽle de l’imitation et de la suggestion, qui relĂšveraient Ă©galement de cette dimension Ă  la fois physique et inconsciente :

un trĂšs grand nombre de gens sont hypnotisables — tout le monde, selon Hippolyte Bernheim Ă  l’École de Nancy, — donc les rĂ©verbĂ©rations de ce que l’on voit sont mirĂ©es par le corps. (p. 28)

6Or la chercheuse amĂ©ricaine montre les relations qu’il est possible d’établir avec le spectateur de la mĂȘme pĂ©riode, lequel Ă©prouverait justement les effets d’une contagion par l’imitation et la suggestion, en Ă©tant par exemple entraĂźnĂ© Ă  danser face Ă  un spectacle dansĂ©, bref en « in-corporant » littĂ©ralement ce qu’il voit. C’est par consĂ©quent « une nouvelle thĂ©orie du spectatorship » (p. 24) de ces annĂ©es-lĂ  que propose R. B. Gordon : « sa prise en considĂ©ration manque cruellement dans les reconstructions de l’expĂ©rience du spectateur autour de 1900 » (p. 61).

7L’auteur de De Charcot Ă  Charlot suggĂšre en outre des pistes intĂ©ressantes quant aux implications politiques de ces « avancĂ©es » mĂ©dicales du xixe siĂšcle. Au moment oĂč l’on s’interrogeait sur les foules et leur psychologie8, la contagion par l’imitation suscita en effet des frayeurs : la Commune de Paris en 1871, puis les actions anarchistes dans les annĂ©es 1890 coĂŻncidĂšrent avec le dĂ©veloppement du discours sur l’hystĂ©rie et purent ĂȘtre interprĂ©tĂ©es dans les termes de cette derniĂšre, si bien que la peur de la contagieuse anarchie corporelle se prolongea aussi dans la crainte d’une anarchie politique. Par ailleurs, R. B. Gordon invite Ă  relire l’opposition entre « haute » culture et « basse » culture (ou culture populaire) Ă  la lumiĂšre des thĂ©ories scientifiques en cours au xixe siĂšcle : elle souligne que le modĂšle dominant en mĂ©decine Ă©tait alors celui de Pierre Janet, qui supposait une partition entre le supĂ©rieur et l’infĂ©rieur, les facultĂ©s relevant du raisonnement ainsi que de la volontĂ© d’une part, et, d’autre part, « l’inconscient corporel », les fonctions liĂ©es Ă  la sensation et aux mouvements automatiques, si bien que les attractions populaires, la low culture, auraient en rĂ©alitĂ©, Ă  cette Ă©poque-lĂ ,

moins Ă  voir avec le nombre de prolĂ©taires dans le public qu’avec les reprĂ©sentations du corps et la façon dont le corps du spectateur Ă©tait constamment sollicitĂ© par ces reprĂ©sentations sur les planches. (p. 47)

8La thĂ©orie de la dĂ©gĂ©nĂ©rescence vient s’y greffer (p. 24), dans la mesure oĂč de tels spectaculaires populaires, faisant appel, sur le modĂšle de l’hystĂ©rie, aux facultĂ©s « infĂ©rieures », furent parfois considĂ©rĂ©s comme une rĂ©gression, un retour Ă  un stade dit « primitif », celui oĂč l’on « singerait » :

La prĂ©sence des singes dans les films de MĂ©liĂšs n’est sans doute pas innocente : il doit nous rappeler notre tendance Ă  singer ce que l’on voit [
]. Les secousses, la trĂ©pidation, les tics, le rire convulsif : ce sont les signes des facultĂ©s infĂ©rieures oĂč le corps domine la raison. Perte de contrĂŽle, hystĂ©rie. Les liens que cette agitation corporelle entretenait avec les sociĂ©tĂ©s primitives, avec la dĂ©gĂ©nĂ©rescence, avec l’anarchie et avec les masses Ă©taient aisĂ©s Ă  Ă©tablir dans l’esprit des spectateurs d’alors. (p. 231)

9La plongĂ©e qu’effectue l’auteur de De Charcot Ă  Charlot dans les discours et observations scientifiques de la fin du xixe siĂšcle lui permet ainsi d’éclairer diffĂ©remment la culture du spectateur et donc le regard portĂ© sur les spectacles Ă  cette mĂȘme Ă©poque.

Sur les planches & sur les écrans

10R. B. Gordon peut alors elle-mĂȘme regarder autrement les reprĂ©sentations des cafĂ©s-concerts ou encore les premiers films burlesques au tournant du siĂšcle. En se rĂ©fĂ©rant aux connaissances mĂ©dicales contemporaines de ces spectacles, elle prend avant tout en compte l’expression corporelle des acteurs, ainsi que « l’aspect physique de la perception » (p. 26), et met l’accent sur les mouvements et les gestes Ă  l’Ɠuvre sur les planches ou sur les Ă©crans, sans chercher Ă  les transcrire nĂ©cessairement en quelque Ă©lĂ©ment de narration. C’est donc une figure que relĂšve la chercheuse dans diffĂ©rentes Ɠuvres, celle du Z comme Zigzag : qu’il s’agisse de torsions du corps des artistes semblables aux poses des hystĂ©riques, de la structuration en diagonale choisie par Jules ChĂ©ret pour ses affiches de music-hall ou encore des dĂ©cors de films, la ligne brisĂ©e du zigzag domine, soulignant le rĂŽle primordial de la dislocation et du dĂ©membrement dans une telle esthĂ©tique et s’opposant Ă  l’arabesque, qui pouvait caractĂ©riser auparavant la gestuelle des mimes.

11L’ouvrage De Charcot Ă  Charlot offre de la sorte un riche aperçu du spectacle populaire de la fin du xixe et du dĂ©but du xxe siĂšcle, tout en insistant sur les points de passage et les analogies entre les diffĂ©rents arts, en particulier sur les mĂȘmes effets produits sur le public, lequel doit, Ă  chaque fois, affronter les « secousses », les « tremblements » et « l’attraction magnĂ©tique » (p. 210) : la danse de Cake-Walk se propage ainsi, Ă  la maniĂšre d’une Ă©pidĂ©mie, Ă  la fois sur la scĂšne des cafĂ©s-concerts, oĂč rĂšgnent les « chanteuses Ă©pileptiques » qui s’en emparent, et sur les Ă©crans, avec par exemple le film Le Cake-Walk infernal de MĂ©liĂšs en 1903. L’optique interdisciplinaire (et interartistique) choisie par R. B. Gordon s’avĂšre des plus judicieuses, dans la mesure oĂč elle lui permet de circuler, elle aussi, entre des formes de spectacle variĂ©es, afin d’en dĂ©celer les gestes communs ou peut-ĂȘtre, plus exactement, si l’on en croit Giorgio Agamben au sujet de la fin du xixe siĂšcle, l’« impressionnante prolifĂ©ration de tics, de spasmes, de saccades et de maniĂ©rismes, qui ne peut ĂȘtre dĂ©finie que comme une catastrophe gĂ©nĂ©ralisĂ©e dans la sphĂšre de la gestualitĂ©.9 »

12Dans le cas particulier du cinĂ©ma, le livre De Charcot Ă  Charlot contribue de surcroĂźt Ă  remettre en perspective les dĂ©buts de ce septiĂšme art, lequel est Ă  considĂ©rer, au‑delĂ  de la rupture que semblent signifier l’invention technique ou encore la date de 1895 censĂ©es marquer sa « naissance », dans la continuitĂ© existant en rĂ©alitĂ© avec d’autres formes de spectacle des annĂ©es antĂ©rieures et de la mĂȘme pĂ©riode. R. B. Gordon met prĂ©cisĂ©ment en valeur de telles continuitĂ©s puisqu’elle rĂ©insĂšre les premiers films burlesques dans le tissu de la culture spectaculaire et des reprĂ©sentations du corps de l’époque, tout entier imprĂ©gnĂ© des thĂ©ories mĂ©dicales en cours Ă  la fin du xixe siĂšcle sur l’imitation inconsciente. Le cinĂ©ma potentialiserait en quelque sorte les phĂ©nomĂšnes de magnĂ©tisme, de somnambulisme et d’hypnose liĂ©s Ă  la notion d’inconscient corporel :

S’il est vrai que les spectacles populaires encourageaient — voire dĂ©clenchaient — l’imitation d’états corporels et psychiques exceptionnels, alors cette tendance Ă  mimer les gestes hystĂ©riques ou somnambuliques serait d’autant plus forte au cinĂ©matographe, augmentĂ©e par l’effet hypnotique d’une lumiĂšre scintillante sur un Ă©cran lumineux dans une salle Ă  demi obscure. (p. 155)

13Comme le relĂšve la chercheuse, « l’hypnotisme-somnambulisme » ne constituait en fait pas seulement un motif rĂ©current des films, mais il Ă©tait Ă©galement une « mĂ©taphore de l’expĂ©rience filmique » (p. 156). Le vĂ©cu des premiers spectateurs de cinĂ©ma serait par consĂ©quent lui aussi Ă  apprĂ©hender davantage en ces termes, en relation avec les observations et les discours sur les mĂ©canismes de suggestion, les maladies des nerfs et leur potentielle contagion.

De la fin du xixe au début du xxie siÚcle

14L’une des qualitĂ©s de l’auteur de De Charcot Ă  Charlot est de situer prĂ©cisĂ©ment son propos, dans l’espace et dans le temps. Le moment historique qui l’intĂ©resse, le monde du spectacle en France entre 1875 et 1913, est en effet dĂ©limitĂ© puisqu’il correspond Ă  la fois Ă  une gestuelle particuliĂšre des artistes et aux connotations prĂ©cises que cette derniĂšre recelait : ce n’est qu’à partir des annĂ©es 1870 qu’une dimension pathologique a Ă©tĂ© attribuĂ©e Ă  certains mouvements, faisant le lien avec l’hystĂ©rie, et ces interprĂ©tations ne durĂšrent vĂ©ritablement, selon R. B. Gordon, que jusqu’à la premiĂšre dĂ©cennie du xxe siĂšcle, pĂ©riode Ă  laquelle la « neurasthĂ©nie » (p. 99), moins spectaculaire, se substitua progressivement aux symptĂŽmes hystĂ©riques lors des diagnostics Ă  l’hĂŽpital.

15Les limites de son champ de recherche n’empĂȘchent pas au demeurant R. B. Gordon — ou peut-ĂȘtre justement lui permettent — d’effectuer çà et lĂ  quelques fructueuses incursions dans d’autres pĂ©riodes ou aires culturelles. Sont par exemple Ă©voquĂ©s les Ă©changes entre pantomime  anglaise et française au dĂ©but du xixe siĂšcle, avant que des « Pierrots d’un nervosisme troublant10 » ne s’imposent sur les scĂšnes parisiennes. Mais le lecteur pourra aussi goĂ»ter les allusions Ă  la pĂ©riode immĂ©diatement contemporaine, qui jettent des ponts entre le tournant des xixe et xxe siĂšcles et le dĂ©but du xxie siĂšcle : ainsi l’auteur de De Charcot Ă  Charlot souligne‑t‑elle comment les thĂ©ories actuelles des neurones-miroirs, selon lesquelles les sensations visuelles agissent sur les rĂ©gions motrices du cerveau, se sont certes dĂ©veloppĂ©es Ă  partir des annĂ©es 1980 dans le cadre des neurosciences, Ă©veillant l’attention, au sein des sciences humaines, de tout chercheur intĂ©ressĂ© par les pratiques spectatorielles, mais trouveraient en rĂ©alitĂ© leurs prĂ©mices dans les observations et pratiques mĂ©dicales de la fin du xixe siĂšcle sur l’inconscient corporel, qui irriguent dĂšs cette Ă©poque Ă  la fois le spectacle populaire, dans la variĂ©tĂ© de ses formes, et l’expĂ©rience de son spectateur. Charcot et Charlot auraient donc encore bien des choses Ă  nous dire aujourd’hui.