
Hystérie & spectacle populaire au tournant du XXe siÚcle
1Dans le film Le Matelas Ă©pileptique dâAlice Guy, datant de 1906, un matelas, dans lequel un ivrogne a Ă©tĂ© cousu par inadvertance, ne cesse de sâagiter dans tous les sens, comme pris de mouvements convulsifs, alors quâil est livrĂ© Ă un jeune couple. Dans Le Retapeur de cervelles, qui fut rĂ©alisĂ© en 1910 par Ămile Cohl et mĂȘle aussi bien dessins animĂ©s que prises de vue rĂ©elles, le Dr. TrĂ©panoff soigne un patient atteint de tics en lui perforant le crĂąne Ă lâaide dâune vrille pour en extraire un long ver blanc, lequel est posĂ© sur un tableau noir et se met alors Ă figurer toutes sortes dâobjets et de fantasmes, « lâenchaĂźnement ïdesï idĂ©es folles » du patient, si lâon en croit le scĂ©nario. Câest sur un tel corpus, celui des premiers films comiques, que se penche Rae Beth Gordon, professeur Ă©mĂ©rite de littĂ©rature française et de Cultural Studies Ă lâUniversitĂ© du Connecticut, dans son ouvrage paru en 2013 en français De Charcot Ă Charlot. Mises en scĂšne du corps pathologique, qui correspond Ă la version remaniĂ©e dâune publication en anglais de 20011.
2ComposĂ© de six grands chapitres, le livre de R. B. Gordon Ă©tudie successivement les thĂ©ories et observations mĂ©dicales en interaction avec la dimension spectaculaire Ă la fin du xixe siĂšcle (« Chapitre I - Lâinconscient corporel », « Chapitre II - Imitation et contagion : le magnĂ©tisme Ă lâhĂŽpital et sur les planches »), la nouvelle gestuelle surgissant alors sur la scĂšne des cafĂ©s-concerts et dans les pantomimes (« Chapitre III â Le cafĂ©-concert et le corps dĂ©chaĂźné », « Chapitre IV â La pantomime et le zigzag »), puis la traduction cinĂ©matographique de ces Ă©volutions Ă la fois scientifiques et esthĂ©tiques (« Chapitre V â Hypnotisme, somnambulisme et cinĂ©matographe », « Chapitre VI â Le geste hystĂ©rique au cinĂ©matographe »). Un DVD comprenant les films Augustine de Jean-Claude Monod et Jean-Christophe Valat (2003), Cretinetti et lâaiguille dâAndrĂ© Deed et Valentina Frascarolli (1911) et Pop Hysteric de Jean-Claude Monod (2011) vient complĂ©ter le propos de lâouvrage, par ailleurs judicieusement dotĂ© dâillustrations, ce qui permet dâavoir Ă©galement une apprĂ©hension visuelle des sujets Ă©voquĂ©s.
Les mises en scĂšne du corps dans une perspective dâhistoire culturelle
3Dans ce livre comme dans dâautres du mĂȘme auteur2, lâun des grands mĂ©rites de R. B. Gordon est de se situer dans une perspective dâhistoire culturelle en effectuant une contextualisation poussĂ©e de ses objets, afin de faire apparaĂźtre les liens susceptibles de se tisser, Ă la mĂȘme Ă©poque, entre diffĂ©rents domaines, parfois de maniĂšre jusque-lĂ insoupçonnĂ©e : les premiers films burlesques sont ainsi mis en relation non seulement avec dâautres formes de spectacle de la fin du xixe siĂšcle, tels que le cabaret, le cafĂ©-concert ou la pantomime, mais Ă©galement (et surtout) avec la mĂ©decine de ces mĂȘmes annĂ©es, avec les discours et pratiques scientifiques liĂ©s au corps en neurologie, en psychologie et en psychiatrie. Entre les sciences mĂ©dicales, les spectacles vivants et le cinĂ©ma, câest « un nouveau rĂ©pertoire de mouvements, gestes et de grimaces » (p. 17) qui circule, au-delĂ des mots ou des thĂ©ories : les mĂȘmes manifestations physiologiques se retrouvent dans lâamphithéùtre de la SalpĂȘtriĂšre, sur les scĂšnes des cafĂ©s-concerts, puis sur les Ă©crans du nouveau cinĂ©matographe. Un indice de pareilles analogies et ressemblances pourrait ĂȘtre le phĂ©nomĂšne de lâattraction foraine, lors de laquelle sont exhibĂ©es comme dans une continuitĂ©, Ă cette Ă©poque, aussi bien les transes hypnotiques, les gesticulations frĂ©nĂ©tiques que les premiĂšres prises de vue cinĂ©matographiques. Si la variĂ©tĂ© des spectacles populaires ou la dimension spectaculaire Ă la Belle Ăpoque ont Ă©tĂ© amplement Ă©tudiĂ©es3, lâouvrage De Charcot Ă Charlot explore pour sa part plus particuliĂšrement les contagions et contiguĂŻtĂ©s entre des mises en scĂšne du corps relevant de diffĂ©rents champs disciplinaires et fournit de la sorte un apport indispensable Ă toute recherche en la matiĂšre au tournant des xixe et xxe siĂšcles.
4Dans son Ă©tude Invention de lâhystĂ©rie, parue en 1982, Georges Didi-Huberman avait cependant dĂ©jĂ soulignĂ© la maniĂšre dont, dans le dernier tiers du xixe siĂšcle Ă la SalpĂȘtriĂšre, sous lâĂ©gide de Charcot, la « clinique de lâhystĂ©rie devint spectacle4 ». Plus rĂ©cemment, dans un livre intitulĂ© Le Choc du sujet. De lâhystĂ©rie au cinĂ©ma (xixe-xxie siĂšcles) et publiĂ© en 20115, Emmanuelle AndrĂ© montre comment des artistes contemporains, ces derniĂšres annĂ©es, se sont emparĂ© du phĂ©nomĂšne de lâhystĂ©rie, et elle insiste en particulier sur les liens de cette maladie avec le cinĂ©ma, dĂšs lâĂ©mergence de ce dernier : « le cinĂ©ma ïauraitï fait disparaĂźtre la pathologie en sâaccaparant ses symptĂŽmes6. » La parution aujourdâhui en français de lâouvrage de R. B. Gordon vient par consĂ©quent complĂ©ter un paysage de recherche qui commence Ă ĂȘtre dĂ©sormais bien balisĂ© et dont il peut constituer sans nul doute lâun des points de repĂšres fondamentaux, de ce cĂŽtĂ©-ci de lâAtlantique comme aux Ătats-Unis7. On regrettera Ă cet Ă©gard lâabsence de bibliographie dans De Charcot Ă Charlot, permettant dâavoir une vue dâensemble des publications sur la question, mĂȘme si la chercheuse amĂ©ricaine prend la peine dâactualiser certaines de ses rĂ©fĂ©rences au fil du texte.
Entre lâhĂŽpital & la salle de spectacleÂ
5Si R. B. Gordon considĂšre lâhystĂ©rie, abondamment abordĂ©e et vulgarisĂ©e dans la presse française de lâĂ©poque, comme un phĂ©nomĂšne Ă la fois mĂ©dical et culturel, elle nâĂ©tablit pas pour autant de liens univoques entre lâhĂŽpital et la scĂšne, entre lâamphithéùtre de la SalpĂȘtriĂšre et le théùtre, mais souligne lâintrication des Ă©volutions scientifiques et esthĂ©tiques : câest bien lĂ lâintĂ©rĂȘt de tels travaux. Lâauteur de De Charcot Ă Charlot met en lumiĂšre les dĂ©veloppements thĂ©oriques dans le domaine mĂ©dical (ceux de Janet, Charcot, Ribot, Binet, FĂ©rĂ©), qui participent dâune nouvelle sensibilitĂ© au corps Ă©mergeant Ă la fin du xixe siĂšcle : lâautomatisme ou les dĂ©doublements, qui accompagnent lâhystĂ©rie, sont perçus comme les manifestations dâun inconscient corporel, autant de signes de lâautonomisation dâune activitĂ© ignorĂ©e par lâintellect. Les psycho-physiologistes de lâĂ©poque auraient tout particuliĂšrement soulignĂ© le rĂŽle de lâimitation et de la suggestion, qui relĂšveraient Ă©galement de cette dimension Ă la fois physique et inconsciente :
un trĂšs grand nombre de gens sont hypnotisables â tout le monde, selon Hippolyte Bernheim Ă lâĂcole de Nancy, â donc les rĂ©verbĂ©rations de ce que lâon voit sont mirĂ©es par le corps. (p. 28)
6Or la chercheuse amĂ©ricaine montre les relations quâil est possible dâĂ©tablir avec le spectateur de la mĂȘme pĂ©riode, lequel Ă©prouverait justement les effets dâune contagion par lâimitation et la suggestion, en Ă©tant par exemple entraĂźnĂ© Ă danser face Ă un spectacle dansĂ©, bref en « in-corporant » littĂ©ralement ce quâil voit. Câest par consĂ©quent « une nouvelle thĂ©orie du spectatorship » (p. 24) de ces annĂ©es-lĂ que propose R. B. Gordon : « sa prise en considĂ©ration manque cruellement dans les reconstructions de lâexpĂ©rience du spectateur autour de 1900 » (p. 61).
7Lâauteur de De Charcot Ă Charlot suggĂšre en outre des pistes intĂ©ressantes quant aux implications politiques de ces « avancĂ©es » mĂ©dicales du xixe siĂšcle. Au moment oĂč lâon sâinterrogeait sur les foules et leur psychologie8, la contagion par lâimitation suscita en effet des frayeurs : la Commune de Paris en 1871, puis les actions anarchistes dans les annĂ©es 1890 coĂŻncidĂšrent avec le dĂ©veloppement du discours sur lâhystĂ©rie et purent ĂȘtre interprĂ©tĂ©es dans les termes de cette derniĂšre, si bien que la peur de la contagieuse anarchie corporelle se prolongea aussi dans la crainte dâune anarchie politique. Par ailleurs, R. B. Gordon invite Ă relire lâopposition entre « haute » culture et « basse » culture (ou culture populaire) Ă la lumiĂšre des thĂ©ories scientifiques en cours au xixe siĂšcle : elle souligne que le modĂšle dominant en mĂ©decine Ă©tait alors celui de Pierre Janet, qui supposait une partition entre le supĂ©rieur et lâinfĂ©rieur, les facultĂ©s relevant du raisonnement ainsi que de la volontĂ© dâune part, et, dâautre part, « lâinconscient corporel », les fonctions liĂ©es Ă la sensation et aux mouvements automatiques, si bien que les attractions populaires, la low culture, auraient en rĂ©alitĂ©, Ă cette Ă©poque-lĂ ,
moins Ă voir avec le nombre de prolĂ©taires dans le public quâavec les reprĂ©sentations du corps et la façon dont le corps du spectateur Ă©tait constamment sollicitĂ© par ces reprĂ©sentations sur les planches. (p. 47)
8La thĂ©orie de la dĂ©gĂ©nĂ©rescence vient sây greffer (p. 24), dans la mesure oĂč de tels spectaculaires populaires, faisant appel, sur le modĂšle de lâhystĂ©rie, aux facultĂ©s « infĂ©rieures », furent parfois considĂ©rĂ©s comme une rĂ©gression, un retour Ă un stade dit « primitif », celui oĂč lâon « singerait » :
La prĂ©sence des singes dans les films de MĂ©liĂšs nâest sans doute pas innocente : il doit nous rappeler notre tendance Ă singer ce que lâon voit [âŠ]. Les secousses, la trĂ©pidation, les tics, le rire convulsif : ce sont les signes des facultĂ©s infĂ©rieures oĂč le corps domine la raison. Perte de contrĂŽle, hystĂ©rie. Les liens que cette agitation corporelle entretenait avec les sociĂ©tĂ©s primitives, avec la dĂ©gĂ©nĂ©rescence, avec lâanarchie et avec les masses Ă©taient aisĂ©s Ă Ă©tablir dans lâesprit des spectateurs dâalors. (p. 231)
9La plongĂ©e quâeffectue lâauteur de De Charcot Ă Charlot dans les discours et observations scientifiques de la fin du xixe siĂšcle lui permet ainsi dâĂ©clairer diffĂ©remment la culture du spectateur et donc le regard portĂ© sur les spectacles Ă cette mĂȘme Ă©poque.
Sur les planches & sur les écrans
10R. B. Gordon peut alors elle-mĂȘme regarder autrement les reprĂ©sentations des cafĂ©s-concerts ou encore les premiers films burlesques au tournant du siĂšcle. En se rĂ©fĂ©rant aux connaissances mĂ©dicales contemporaines de ces spectacles, elle prend avant tout en compte lâexpression corporelle des acteurs, ainsi que « lâaspect physique de ïlaï perception » (p. 26), et met lâaccent sur les mouvements et les gestes Ă lâĆuvre sur les planches ou sur les Ă©crans, sans chercher Ă les transcrire nĂ©cessairement en quelque Ă©lĂ©ment de narration. Câest donc une figure que relĂšve la chercheuse dans diffĂ©rentes Ćuvres, celle du Z comme Zigzag : quâil sâagisse de torsions du corps des artistes semblables aux poses des hystĂ©riques, de la structuration en diagonale choisie par Jules ChĂ©ret pour ses affiches de music-hall ou encore des dĂ©cors de films, la ligne brisĂ©e du zigzag domine, soulignant le rĂŽle primordial de la dislocation et du dĂ©membrement dans une telle esthĂ©tique et sâopposant Ă lâarabesque, qui pouvait caractĂ©riser auparavant la gestuelle des mimes.
11Lâouvrage De Charcot Ă Charlot offre de la sorte un riche aperçu du spectacle populaire de la fin du xixe et du dĂ©but du xxe siĂšcle, tout en insistant sur les points de passage et les analogies entre les diffĂ©rents arts, en particulier sur les mĂȘmes effets produits sur le public, lequel doit, Ă chaque fois, affronter les « secousses », les « tremblements » et « lâattraction magnĂ©tique » (p. 210) : la danse de Cake-Walk se propage ainsi, Ă la maniĂšre dâune Ă©pidĂ©mie, Ă la fois sur la scĂšne des cafĂ©s-concerts, oĂč rĂšgnent les « chanteuses Ă©pileptiques » qui sâen emparent, et sur les Ă©crans, avec par exemple le film Le Cake-Walk infernal de MĂ©liĂšs en 1903. Lâoptique interdisciplinaire (et interartistique) choisie par R. B. Gordon sâavĂšre des plus judicieuses, dans la mesure oĂč elle lui permet de circuler, elle aussi, entre des formes de spectacle variĂ©es, afin dâen dĂ©celer les gestes communs ou peut-ĂȘtre, plus exactement, si lâon en croit Giorgio Agamben au sujet de la fin du xixe siĂšcle, lâ« impressionnante prolifĂ©ration de tics, de spasmes, de saccades et de maniĂ©rismes, qui ne peut ĂȘtre dĂ©finie que comme une catastrophe gĂ©nĂ©ralisĂ©e dans la sphĂšre de la gestualitĂ©.9 »
12Dans le cas particulier du cinĂ©ma, le livre De Charcot Ă Charlot contribue de surcroĂźt Ă remettre en perspective les dĂ©buts de ce septiĂšme art, lequel est Ă considĂ©rer, auâdelĂ de la rupture que semblent signifier lâinvention technique ou encore la date de 1895 censĂ©es marquer sa « naissance », dans la continuitĂ© existant en rĂ©alitĂ© avec dâautres formes de spectacle des annĂ©es antĂ©rieures et de la mĂȘme pĂ©riode. R. B. Gordon met prĂ©cisĂ©ment en valeur de telles continuitĂ©s puisquâelle rĂ©insĂšre les premiers films burlesques dans le tissu de la culture spectaculaire et des reprĂ©sentations du corps de lâĂ©poque, tout entier imprĂ©gnĂ© des thĂ©ories mĂ©dicales en cours Ă la fin du xixe siĂšcle sur lâimitation inconsciente. Le cinĂ©ma potentialiserait en quelque sorte les phĂ©nomĂšnes de magnĂ©tisme, de somnambulisme et dâhypnose liĂ©s Ă la notion dâinconscient corporel :
Sâil est vrai que les spectacles populaires encourageaient â voire dĂ©clenchaient â lâimitation dâĂ©tats corporels et psychiques exceptionnels, alors cette tendance Ă mimer les gestes hystĂ©riques ou somnambuliques serait dâautant plus forte au cinĂ©matographe, augmentĂ©e par lâeffet hypnotique dâune lumiĂšre scintillante sur un Ă©cran lumineux dans une salle Ă demi obscure. (p. 155)
13Comme le relĂšve la chercheuse, « lâhypnotisme-somnambulisme » ne constituait en fait pas seulement un motif rĂ©current des films, mais il Ă©tait Ă©galement une « mĂ©taphore de lâexpĂ©rience filmique » (p. 156). Le vĂ©cu des premiers spectateurs de cinĂ©ma serait par consĂ©quent lui aussi Ă apprĂ©hender davantage en ces termes, en relation avec les observations et les discours sur les mĂ©canismes de suggestion, les maladies des nerfs et leur potentielle contagion.
De la fin du xixe au début du xxie siÚcle
14Lâune des qualitĂ©s de lâauteur de De Charcot Ă Charlot est de situer prĂ©cisĂ©ment son propos, dans lâespace et dans le temps. Le moment historique qui lâintĂ©resse, le monde du spectacle en France entre 1875 et 1913, est en effet dĂ©limitĂ© puisquâil correspond Ă la fois Ă une gestuelle particuliĂšre des artistes et aux connotations prĂ©cises que cette derniĂšre recelait : ce nâest quâĂ partir des annĂ©es 1870 quâune dimension pathologique a Ă©tĂ© attribuĂ©e Ă certains mouvements, faisant le lien avec lâhystĂ©rie, et ces interprĂ©tations ne durĂšrent vĂ©ritablement, selon R. B. Gordon, que jusquâĂ la premiĂšre dĂ©cennie du xxe siĂšcle, pĂ©riode Ă laquelle la « neurasthĂ©nie » (p. 99), moins spectaculaire, se substitua progressivement aux symptĂŽmes hystĂ©riques lors des diagnostics Ă lâhĂŽpital.
15Les limites de son champ de recherche nâempĂȘchent pas au demeurant R. B. Gordon â ou peut-ĂȘtre justement lui permettent â dâeffectuer çà et lĂ quelques fructueuses incursions dans dâautres pĂ©riodes ou aires culturelles. Sont par exemple Ă©voquĂ©s les Ă©changes entre pantomime  anglaise et française au dĂ©but du xixe siĂšcle, avant que des « Pierrots dâun nervosisme troublant10 » ne sâimposent sur les scĂšnes parisiennes. Mais le lecteur pourra aussi goĂ»ter les allusions Ă la pĂ©riode immĂ©diatement contemporaine, qui jettent des ponts entre le tournant des xixe et xxe siĂšcles et le dĂ©but du xxie siĂšcle : ainsi lâauteur de De Charcot Ă Charlot souligneâtâelle comment les thĂ©ories actuelles des neurones-miroirs, selon lesquelles les sensations visuelles agissent sur les rĂ©gions motrices du cerveau, se sont certes dĂ©veloppĂ©es Ă partir des annĂ©es 1980 dans le cadre des neurosciences, Ă©veillant lâattention, au sein des sciences humaines, de tout chercheur intĂ©ressĂ© par les pratiques spectatorielles, mais trouveraient en rĂ©alitĂ© leurs prĂ©mices dans les observations et pratiques mĂ©dicales de la fin du xixe siĂšcle sur lâinconscient corporel, qui irriguent dĂšs cette Ă©poque Ă la fois le spectacle populaire, dans la variĂ©tĂ© de ses formes, et lâexpĂ©rience de son spectateur. Charcot et Charlot auraient donc encore bien des choses Ă nous dire aujourdâhui.

