Acta fabula
ISSN 2115-8037

Volume 16, numéro 4
titre article
Pierre Halen

LittĂ©rature burundaise : un modĂšle d’histoire

JuvĂ©nal Ngorwanubusa, La LittĂ©rature de langue française au Burundi,Bruxelles : Éditions M.E.O., Archives et MusĂ©e de la littĂ©rature, coll. « Papier blanc encore noire », 2013, 328 p., EAN 9782871680703.

1C’est Ă  bon droit que le priĂšre d’insĂ©rer de cet ouvrage parle d’un « livre pionnier, fondateur d’une vĂ©ritable histoire littĂ©raire », du moins si l’on en juge par son originalitĂ© dans le domaine des littĂ©ratures africaines, « francophones » ou « post-coloniales ». Certes, il est dĂ©jĂ  « pionnier » du seul fait de son objet, la littĂ©rature francophone au Burundi : la production littĂ©raire de ce pays aux dimensions restreintes — qui est situĂ©, en outre, aux marches de la francophonie — est en effet assez tardive et, Ă  ce jour, encore relativement peu abondante, si bien qu’il n’existait pas de synthĂšse d’histoire littĂ©raire de cette ampleur le concernant. En d’autres termes, le prĂ©sent ouvrage vient Ă  son heure combler ce qui Ă©tait une carence historiographique. Avant lui, il n’y avait guĂšre, en effet, que la premiĂšre approche du magistrat colonial Joseph-Marie Jadot, Les Écrivains africains du Congo Belge et du Ruanda-Urundi, ouvrage dont la seule date de parution, 1959, indique l’obsolescence, et quelques autres publications qui, elles aussi, prenaient en quelque sorte le pays en Ă©charpe, avec l’ensemble des pays africains ou, au mieux, avec ses voisins d’Afrique centrale1. Parmi ces derniĂšres, mentionnons toutefois le Panorama de la littĂ©rature rwandaise2 rĂ©alisĂ© — plutĂŽt que publié — par Serge Houdeau en 1979, ouvrage ronĂ©otypĂ© qui Ă©voque aussi le pays voisin, si bien qu’il est citĂ© plus d’une fois ici.

Perspective méthodologique

2Mais si cet ouvrage inaugure effectivement une « vĂ©ritable » histoire littĂ©raire dans son domaine, c’est surtout pour une autre raison. Il constitue en effet un aboutissement en mĂȘme temps qu’une dĂ©monstration de la pertinence mĂ©thodologique du programme « Papier blanc, encre noire », dont les dĂ©buts remontent Ă  1989. La premiĂšre publication majeure de celui‑ci fut celle des deux volumes intitulĂ©s Papier blanc, encre noire. Cent ans de culture francophone en Afrique centrale (ZaĂŻre, Rwanda et Burundi) 3, un ouvrage collectif d’histoire littĂ©raire, culturelle et intellectuelle fondĂ© sur l’ambition originale, — sinon mĂȘme quelque peu provocatrice —, de considĂ©rer ensemble tous les agents et toutes les productions qui Ă©taient intervenus, de fait, dans le champ considĂ©rĂ©. La nouveautĂ© consistait donc Ă  ne pas sĂ©parer a priori les secteurs des productions dites « coloniale », « de tutelle » ou « nationale », c’est-Ă -dire Ă  ne pas occulter un de ces secteurs pour faire valoir l’autre et, plus concrĂštement, Ă  rĂ©soudre les difficultĂ©s historiographiques posĂ©es par l’intention de valoriser moralement et politiquement les corpus « nationaux » en dĂ©valorisant, pour les mĂȘmes raisons et en vertu de la mĂȘme posture a priori, des corpus dĂšs lors nĂ©cessairement associĂ©s aux dĂ©fauts, et souvent aux fautes, du colonialisme comme systĂšme politique. Pour ne prendre qu’un exemple, un ouvrage pourtant particuliĂšrement intĂ©ressant et novateur en matiĂšre d’histoire littĂ©raire africaine comme celui de Hans-JĂŒrgen LĂŒsebrink, La ConquĂȘte de l’espace public colonial4, souffrait ainsi d’oublier — par une sorte de rĂ©flexe involontaire, d’habitus peut-ĂȘtre mĂȘme — que les sujets auxquels on attribuait cette « conquĂȘte » (le mot lui-mĂȘme relĂšve de l’épopĂ©e politique) Ă©taient d’abord des agents locaux parmi d’autres agents locaux, rĂ©alisant une entrance dans un champ donnĂ© oĂč ils ont comptĂ© sur des adversaires mais aussi sur des alliĂ©s « coloniaux », sans parler mĂȘme des institutions et des structures d’appui (la presse coloniale, par exemple). Qu’on nous comprenne bien : il ne s’agit nullement de vouloir rĂ©habiliter, mĂȘme partiellement, ni le systĂšme colonial ni ses acteurs : la question, justement, n’est pas là ; au contraire, il s’agit d’envisager enfin l’histoire du champ dans son ensemble, Ă  partir de la totalitĂ© des positions, des actes et des agents, ce qui permettra non seulement d’en amĂ©liorer la connaissance sans y tolĂ©rer de zones d’ombre, mais aussi d’en restituer les tensions et les contradictions historiques, telles qu’elles furent.

3Si l’apriori mĂ©thodologique de Papier blanc, encre noire pouvait passer pour une provocation dans un contexte qui restait dominĂ© par les perspectives nationalistes du tiers-mondisme finissant, cette modeste transgression ne fut, en vĂ©ritĂ©, guĂšre relevĂ©e et ce, pour deux raisons. La premiĂšre est que le projet en question ne concernait directement que deux zones pĂ©riphĂ©riques dans le systĂšme littĂ©raire francophone (la Belgique, d’une part, l’Afrique centrale, d’autre part) et qu’à ce titre, il Ă©chappait au contrĂŽle des censeurs du systĂšme, pour lesquels ces zones ne constituaient pas des enjeux significatifs. La seconde est beaucoup plus pragmatique : les besoins en termes de connaissance et de reconnaissance Ă©taient tels Ă  l’époque pour l’histoire des pays concernĂ©s que le plus important Ă©tait de toute Ă©vidence de monter dans le train sans discuter, puisqu’il en partait un. Il en est parti plusieurs autres ensuite, de sorte que, mĂȘme si l’on est encore trĂšs loin de disposer d’une histoire littĂ©raire satisfaisante pour un grand pays comme la RĂ©publique DĂ©mocratique du Congo voisine, beaucoup de choses ont Ă©tĂ© publiĂ©es depuis ce moment, et notamment dans la sĂ©rie « Congo-Meuse » (L’Harmattan / AML) ; mais on notera qu’il s’agissait jusqu’ici surtout d’ouvrages collectifs, produisant forcĂ©ment des savoirs un peu morcelĂ©s.

4L’ouvrage de JuvĂ©nal Ngorwanubusa est la premiĂšre monographie d’importance qui procĂšde de la dĂ©marche de Papier blanc, encre noire. Marc Quaghebeur, initiateur du projet, dĂ©veloppe cet aspect dans la prĂ©face, parlant notamment des Ɠuvres de l’orature comme d’un « substrat », et de leur Ă©dition, autrefois, par les soins des missionnaires comme d’autant de parties de cet « arriĂšre-plan francophone » qui dĂ©termine la pluralitĂ© des rĂ©alitĂ©s culturelles burundaises. De fait, J. Ngorwanubusa place au dĂ©but de son exposĂ© une Ă©clairante citation de V.Y. Mudimbe qui, dĂšs 1978, dĂ©nonçait l’emploi d’un « critĂšre racial » dans les catĂ©gories de l’histoire littĂ©raire alors mise en Ɠuvre, critĂšre hĂ©ritĂ© de la nĂ©gritude de l’ùre coloniale et nĂ©cessairement liĂ© Ă  un critĂšre de correction idĂ©ologico-politique ; cet usage, bien qu’il parĂ»t alors s’imposer comme allant de soi, allait inĂ©vitablement conduire aux dĂ©bats restĂ©s fameux, — notamment dans la revue Notre librairie —, opposant les partisans des « littĂ©ratures nationales » aux thurifĂ©raires du « nĂ©gro-africain ». L’auteur peut Ă  bon droit juger aujourd’hui que ces discussions sont devenues obsolĂštes, et s’appuyer sur le concept de champ littĂ©raire pour envisager enfin les faits du passĂ© « dans une perspective moins rĂ©ductrice, voire plus intĂ©grative et instaurative » (p. 15).

5Son plan gĂ©nĂ©ral en donne une idĂ©e : aprĂšs avoir traitĂ© de la « place de la langue et de la culture françaises au Burundi » (I), il consacre un chapitre Ă  la « LittĂ©rature missionnaire » sous le double signe de la « tradition » et de la « conversion » (II). Il traite ensuite des Ă©crivains burundais des annĂ©es 1940 Ă  1968 (III), de la pĂ©riode marquĂ©e par Michel Kayoya (IV), enfin de la pĂ©riode qui s’ouvre avec les violences du dĂ©but des annĂ©es 1970 (V), pour terminer par une synthĂšse Ă  caractĂšre plus thĂ©matique (VI). Dans cette derniĂšre partie en particulier, il continue de se conformer aux standards trĂšs rĂ©fĂ©rentiels qui dominent encore la critique des littĂ©ratures du « Sud » (en l’occurrence, il s’agit du couple tradition vs modernitĂ©, de diverses questions de sociĂ©tĂ© comme l’ethnisme ou la place de la femme, de l’exode, de la rĂ©volte, etc.), mais, nous l’avons dit, l’innovation est ailleurs. En effet, ce n’est pas seulement dans le deuxiĂšme chapitre « missionnaire » qu’il est ici tenu compte de tous les acteurs et de tous les textes interfĂ©rant dans cette histoire, indĂ©pendamment, par exemple, de la nationalitĂ© administrative de leur auteur ; les « étrangers » (ou ceux qui sont susceptibles d’ĂȘtre ainsi considĂ©rĂ©s) ne sont pas oubliĂ©s dans les autres chapitres, pour peu qu’ils aient eu un rĂŽle quelconque. En somme, c’est l’objectivitĂ© d’une interfĂ©rence constatable dans le champ qui dĂ©termine le fait Ă  retenir dans cette histoire. Signalons ici que l’auteur attend en ce moment (janvier 2015) la publication d’un autre volume, intitulĂ© Le Regard Ă©tranger : l’image du Burundi dans les littĂ©ratures belge et française, un titre qui semble faire systĂšme avec celui de l’ouvrage qui nous occupe, puisqu’il laisse supposer qu’est « étranger » le regard qui n’interfĂšre pas dans le champ considĂ©rĂ©, mais trouve son sens dans d’autres champs5. Bien entendu, Ă©crivant le mot histoire, nous n’oublions pas qu’est en jeu, du mĂȘme coup, une mĂ©moire, et que la narration ainsi constituĂ©e dĂ©finit aussi une nation diffĂ©rente de l’entitĂ© ethno-nationale « pure » qui reste, par ailleurs et nonobstant quelques avancĂ©es inspirĂ©es par le modĂšle antillais ou par l’exemple sud-africain, la conception dominante dans le domaine des littĂ©ratures africaines.

6À noter que J. Ngorwanubusa ne revendique aucune autoritĂ© particuliĂšre en matiĂšre de sociologie, et qu’il n’entre pas dans des dĂ©bats thĂ©oriques. Le cadre thĂ©orique du champ littĂ©raire est nĂ©anmoins convoquĂ© avec pertinence et c’est la perspective ainsi mise en jeu qui permet de renouveler le dĂ©bat. Pour qui en douterait encore, cet ouvrage illustre et en mĂȘme temps dĂ©montre la validitĂ© de l’hypothĂšse qui consiste Ă  considĂ©rer, notamment en Afrique (mais la question concerne tous les pĂ©riphĂ©ries, francophones ou non, toutes les « provinces »), l’existence de champs locaux, Ă  l’intĂ©rieur desquels la valeur d’une position s’apprĂ©cie de maniĂšre autonome (au sens gĂ©nĂ©ral, et non au sens de Bourdieu). Ces champs locaux sont certes souvent des champs dominĂ©s, et certes aussi, ils sont assurĂ©ment emboĂźtĂ©s dans des systĂšmes de circulation plus vastes, relatifs Ă  d’autres champs oĂč les positions peuvent Ă©ventuellement prendre d’autres valeurs 6 ; de ce point de vue, sans doute l’ouvrage pĂšche-t-il parfois un peu par manque de prise en compte des contextes larges, Ă  commencer par ceux qui concernent la littĂ©rature francophone africaine comme ensemble ; mais ces champs locaux n’en existent pas moins, et leur observation Ă  partir du champ lui-mĂȘme (J. Ngorwanubusa appartient aussi Ă  ce champ comme romancier
 et professeur de littĂ©rature) s’avĂšre non seulement possible, mais fĂ©conde.

Un ouvrage de référence

7La relative Ă©paisseur de ce livre s’explique par le fait que, tenant compte du contexte, il constitue Ă  la fois un essai d’histoire littĂ©raire et une anthologie. C’est qu’il a pour vocation de constituer aussi un manuel qui servira aux enseignants et aux Ă©tudiants burundais, et qu’en mĂȘme temps il tiendra souvent lieu de bibliothĂšque, du fait de l’indisponibilitĂ© matĂ©rielle, en divers endroits, de cette littĂ©rature burundaise qui est, de fait, peu accessible en l’état actuel : les ouvrages publiĂ©s en Europe ne le sont guĂšre en Afrique et vice-versa, et par ailleurs certains textes n’existent qu’en revue ou ont Ă©tĂ© imprimĂ©s Ă  de faibles tirages.

8AssurĂ©ment, remettre ces textes en version complĂšte Ă  la disposition des lecteurs via un systĂšme accessible de ressources Ă©lectroniques sera Ă  l’avenir la meilleure solution, si tant est toutefois que la fameuse fracture numĂ©rique continue Ă  se rĂ©sorber, y compris sur les rives du lac Tanganyika. En attendant, la rĂ©alisation du prĂ©sent livre est une excellente chose, surtout en supposant que sa distribution effective est prĂ©vue en Afrique centrale. À cet Ă©gard, une suggestion aux Ă©diteurs serait de le faire distribuer, Ă  dĂ©faut de structure francophone aussi performante, par l’African Books Collective, au catalogue duquel ne figure encore aucun ouvrage burundais.

9Compte tenu de ce qui prĂ©cĂšde, on ne fera qu’un seul vrai grief Ă  cet important ouvrage : celui de ne pas comporter d’index, ce qui constitue un handicap peu justifiable compte tenu du propos. En revanche, il propose une substantielle bibliographie (inutilement numĂ©rotĂ©e) et d’apprĂ©ciables, quoique brĂšves, notices biographiques concernant les auteurs citĂ©s.

10Nous ne pouvons pas entrer ici dans les dĂ©tails de cette histoire littĂ©raire. Le moins qu’on puisse faire est cependant tout de mĂȘme de mentionner les sections importantes consacrĂ©es Ă  Firmin Rodegem (p.85 sq.), plus loin Ă  Michel Kayoya (p. 155 sq.), et l’attention rĂ©servĂ©e, trĂšs opportunĂ©ment, aux facteurs matĂ©riels et institutionnels comme les prix littĂ©raires (p. 142) et les pĂ©riodiques (p. 143), dont les Cahiers du moi. Par ailleurs, l’auteur passe en revue, avec une grande clartĂ©, l’histoire de la diffusion de la langue française au Burundi depuis 1894, et le rĂŽle essentiel de la congrĂ©gation des PĂšres Blancs d’Afrique, dĂšs l’époque du protectorat allemand. Ce sont eux qui vont faire, du petit et du grand sĂ©minaire de Kabgayi, au Sud du Rwanda, la premiĂšre pĂ©piniĂšre d’étudiants lettrĂ©s dans la rĂ©gion. J. Ngorwanubusa Ă©voque aussi le rĂŽle de l’ordonnance de 1948 en faveur du français, Ă  l’époque oĂč l’ONU commence Ă  se soucier du devenir des territoires sous mandat et pousse la Belgique mandataire Ă  une politique un peu moins indigĂ©niste, donc moins centrĂ©e sur l’enseignement en langue nationale (le kirundi, parlĂ© dans tout le pays). L’auteur analyse fort bien cependant l’ambivalence de ce choix qui va dĂ©velopper l’usage du français, un choix que certains Burundais, arrivĂ©s aux affaires dĂšs 1961, vont d’abord confirmer, mais que d’autres, plus tard, en 1973, vont infirmer en partie, en raison du risque d’aliĂ©nation culturelle que cette occidentalisation leur parait alors reprĂ©senter.

11Si J. Ngorwanubusa prĂ©sente lucidement les limites qui sont celles de la diffusion et de la maitrise du français au Burundi, il ne se fait pas davantage d’illusions Ă  propos de l’importance relative de la littĂ©rature dans la vie sociale, y compris bien sĂ»r les Ă©crits en français. Ceci est Ă  mettre en lien avec ses observations concernant les aspects logistiques du champ, Ă  commencer par l’absence d’éditeur (p. 296). Il note avec finesse que, s’il y a certes eu un engouement des missionnaires pour l’orature, en revanche le rĂ©gime mandataire belge a dĂ» beaucoup se forcer pour encourager la littĂ©rature dĂšs l’école. Il relĂšve, non sans ironie, que c’est sous la plume d’un Ă©crivain colonial — Joseph-Marie Jadot, dĂ©jĂ  mentionnĂ©, qui sera paradoxalement , une vingtaine d’annĂ©es plus tard, le premier auteur Ă  publier un livre sur une littĂ©rature nationale francophone africaine — c’est sous sa plume, donc, qu’on peut lire, en 1940, le conseil de lire « peu » et « jamais de journaux7 ». Certes, cela consiste surtout Ă  discerner quelles lectures seront profitables, et le magistrat chrĂ©tien Jadot croit bien faire Ă  l’époque en rabattant ses lecteurs vers les bibliothĂšques des missions et vers les lectures qu’il considĂšre comme utiles, c’est-Ă -dire, pour lui, non romanesques. Il est vrai que lui-mĂȘme, comme Ă©crivain, fut essentiellement nouvelliste, et qu’il avait du rĂ©cit bref une conception assez proche de l’anecdote judiciaire, destinĂ©e Ă  nourrir la rĂ©flexion sociale et juridique plus qu’à rĂ©aliser quelque Ɠuvre esthĂ©tique8. Mais il est piquant de retrouver plus tard cette « allergie Ă  la littĂ©rature » dans le chef des autoritĂ©s burundaises, soucieuses de « dĂ©courager les Ă©lites intellectuelles et surtout littĂ©raires » (p. 141). À la mĂȘme Ă©poque, il est vrai, le PrĂ©sident Mobutu dĂ©cidait de confiner Ă  l’autre bout de son pays, le plus loin possible de la capitale Kinshasa, les trublions des FacultĂ©s de Lettres et de Sciences humaines de l’UniversitĂ© Nationale du ZaĂŻre.

12Cette anxiĂ©tĂ© des pouvoirs Ă  l’égard de la littĂ©rature, et particuliĂšrement du roman en français, explique peut-ĂȘtre que le roman reste, pour l’auteur, le « maillon faible » (p. 211 sq.) du corpus burundais, oĂč la vitalitĂ© du théùtre est essentielle. Pour autant, il a choisi de ne pas intĂ©grer dans son corpus un certain nombre de « tĂ©moignages » (p. 291), ce qui est une bonne dĂ©cision mĂȘme si la catĂ©gorie du tĂ©moignage n’est pas d’une application aisĂ©e dĂšs lors qu’on continue de garder une approche essentiellement rĂ©fĂ©rentielle comme celle du chapitre VI. Lui-mĂȘme est par ailleurs l’auteur d’un roman dont il parle succinctement (p. 287), et l’évolution en cours, avec notamment l’augmentation des allĂ©es et venues de la diaspora burundaise qui publie Ă  Bruxelles ou Ă  Paris, pourrait rééquilibrer les choses au bĂ©nĂ©fice du genre romanesque.

13En somme, un ouvrage qui mĂ©rite d’autant plus d’ĂȘtre signalĂ© qu’il est sorti de presse Ă  Bruxelles et que, pour cette raison peut-ĂȘtre, il a Ă©tĂ© peu signalĂ©. Pour des pays comme le SĂ©nĂ©gal, oĂč la production littĂ©raire est Ă  la fois plus ancienne, plus abondante et en mĂȘme temps davantage disponible en librairie et en bibliothĂšque, la nĂ©cessitĂ© d’un ouvrage Ă  la fois historique et anthologique comme celui-ci se fait Ă©videmment moins sentir ; en revanche, il pourrait servir de modĂšle pour des territoires comparables au Burundi. Cela dit, sa perspective de base sur l’histoire culturelle d’un champ donnĂ© mĂ©rite d’ĂȘtre trĂšs largement prise en considĂ©ration.