
Les clubs des cinq : Zola & la sociabilitĂ© littĂ©raire Ă lâĂąge du naturalisme
1« Quels sont les rapports dans lâinstitution entre le âleaderâ quâest Zola et le groupe, lâĂ©cole qui se reconnaĂźt en lui ? » : telle Ă©tait la question programmatique posĂ©e par Jacques Dubois lors du colloque de CerisyâlaâSalle consacrĂ©, en juillet 1976, au naturalisme1. La rĂ©ponse Ă cette interrogation vient dâĂȘtre apportĂ©e, Ă quarante ans de distance, dans le dernier ouvrage signĂ© par Alain PagĂšs aux Ă©ditions Perrin, Zola et le groupe de MĂ©dan. Histoire dâun cercle littĂ©raire.
2Des amitiĂ©s de jeunesse aux hommages postâmortem, des batailles menĂ©es Ă MĂ©dan jusquâĂ la crĂ©ation, au tournant du xxe siĂšcle, des sociĂ©tĂ©s dâamis dâĂ©crivains et autres jurys de prix littĂ©raires, câest ici, par le prisme du cas zolien, un demiâsiĂšcle de vie littĂ©raire qui est soumis Ă nouvel Ă©clairage. Enrichie par une somme impressionnante de documents de tous ordres (correspondances, articles de presse, textes autobiographiques, tableaux et autres sources iconographiques), lâenquĂȘte menĂ©e par A. PagĂšs apporte de façon dĂ©finitive la preuve que, pour les Ă©crivains naturalistes, la crĂ©ation littĂ©raire se conçoit comme une entreprise collective. « Ce que Zola redoute le plus », noteâtâil dans les premiĂšres pages de lâouvrage, « câest la solitude » : « loin dâen faire la condition de la crĂ©ation intellectuelle, il la considĂšre au contraire comme le signe dâun Ă©chec » (p. 32).
3« Groupes », « salons », « clubs » (qui fonctionnent curieusement par cinq â les 5 de MĂ©dan succĂ©dant aux 5 Ă©crivains se rĂ©unissant chez Flaubert, avant les 5 signatures cruelles du manifeste contre la Terre), « cĂ©nacles », « gĂ©nĂ©rations », voire « armĂ©e » (« voici lâarmĂ©e nouvelle en train de se former » consigne Edmond de Goncourt en Ă©voquant, le 16 avril 1877, le premier dĂźner Trapp) : autant de formulations pour saisir ce que la vie du lettrĂ© doit aux moments de combats partagĂ©s. Ă tel point que ce parcours minutieux et dâune inĂ©galable Ă©rudition pourrait ĂȘtre assimilĂ© Ă une sĂ©rie de stations sociables dans la passion littĂ©raire.
LâentrĂ©e dans la vie littĂ©raire : scĂ©narios dâintĂ©gration
4Les premiers chapitres de lâouvrage saisissent les reprĂ©sentants de la premiĂšre gĂ©nĂ©ration naturaliste â Zola, Marius Roux, Maupassant, Ă qui il faut ajouter Paul CĂ©zanne et Paul Alexis â dans leurs dĂ©buts littĂ©raires. Se faire connaĂźtre, trouver sa place, devenir un nom, supposent des formes de collaboration particuliĂšrement inventives.
5 Cela passe bien sĂ»r par la presse ; Zola, on le sait, fait ses dĂ©buts dans le journalisme grĂące aux relations acquises lors de son premier emploi chez lâĂ©diteur Hachette. Les pages des quotidiens offrent dâabord ce terrain dâexercice oĂč, comme lâĂ©crit souvent lâauteur des RougonâMacquart, tout jeune Ă©crivain doit « bronzer sa plume » ; mais câest aussi lâespace idĂ©al pour organiser un systĂšme de promotion rĂ©ciproque. Ă la parution de La Confession de Claude, premier livre publiĂ© par Zola, en 1865, Marius Roux sâempresse de proposer une critique pour Le MĂ©morial dâAix ; lâĂ©loge enthousiaste devient profession de foi gĂ©nĂ©rationnelle :
Nous sommes ici une masse dâAixois, tous anciens camarades de collĂšge, tous liĂ©s dâune bonne et franche amitié ; nous ne savons pas au juste ce que lâavenir nous garde, mais en attendant nous travaillons, nous luttons. (p. 48)
6Tenir une rubrique critique dans la presse, câest donc donner forme aux affinitĂ©s collectives, travailler pour sa propre notoriĂ©tĂ© mais faire vivre aussi le groupe en lui donnant chair mĂ©diatiquement. Quand lâun est dans la place, il sâefforce de faire entrer les autres, car ce seront autant de plumes qui se soutiendront mutuellement ; et si cela ne suffit pas, alors libre Ă chacun de tenter sa chance en crĂ©ant son propre titre. Le jeune Paul Alexis, de sept ans le cadet de Zola, et lâun de ses plus fervents admirateurs, se fait connaĂźtre en crĂ©ant un premier journal Ă©phĂ©mĂšre : Le Grognon provençal. Initiative de peu de durĂ©e, mais qui lui permet de se rendre visible aux yeux de son maĂźtre : câest avec Marius Roux, alors journaliste au Petit Journal, et Zola luiâmĂȘme, qui le reçoit chez lui, Ă Paris, quâil manigance un second coup de force mĂ©diatique â une sĂ©rie de « faux » poĂ©tiques, que les trois Ă©crivains complices font passer pour des inĂ©dits signĂ©s Baudelaire. Aux lecteurs respectables du Gaulois â quotidien conservateur oĂč Zola a publiĂ© ces textes â le romancier prĂ©sente toutes ses excuses, non sans en profiter pour faire lâĂ©loge de ce poĂšte encore inconnu, « un garçon dont le jeune talent [lui] est trĂšs sympathique », et qui est lâauteur vĂ©ritable de la supercherie : « Il a vingt ans, il rime comme on chante Ă cet Ăąge, sans songer Ă mal » (p. 75).
7Plus tard, Paul Alexis dĂ©rivera de lâĆuvre zolienne un autre projet de journal (Le Trublot. Torchon hebdomadaire Ă DĂ©dĂšle, feuille satirique empruntant titre et sousâtitre aux personnages de PotâBouille), dont les quatre numĂ©ros parus tentent de compenser lâĂ©chec cuisant, et collectif, du projet de ComĂ©die humaine version pĂ©riodique : en 1880, Zola avait confiĂ© Ă ceux quâA. PagĂšs appelle « la nouvelle vague naturaliste » le soin de crĂ©er lâorgane de presse du mouvement naturaliste. Huysmans, Henry CĂ©ard, Paul Alexis et LĂ©on Hennique sâattellent Ă lâentreprise, qui nâaboutira pas, faute de soutien financier (p. 246).
8Lâouvrage dâA. PagĂšs propose un recensement particuliĂšrement riche de ces « dons contre dons » qui font de la critique littĂ©raire le lieu dâexpression dâaffinitĂ©s tant esthĂ©tiques quâamicales : les plus cĂ©lĂšbres exemples sont bien sĂ»r les articles de Zola sur Germinie Lacerteux (Le Salut public, 1865), ou sur LâĂducation sentimentale (La Tribune, 1869) â deux textes qui lui ouvriront la porte de ces maĂźtres admirĂ©s que sont alors pour lui les Goncourt et Flaubert. Mais il faut penser aussi Ă Maupassant brossant le portrait, en juin 1880, de Zola dans sa maison de MĂ©dan, pour Le Gaulois (p. 189), ou bien encore Ă Huysmans, qui trace avec complaisance le tableau familier et chaleureux des dĂźners orchestrĂ©s par Alexandrine, lâĂ©pouse du romancier : « nulle contrainte, nulle gĂȘne, faites comme bon vous semblera, causez, buvez, riez Ă bouche dĂ©bridĂ©e et Ă cĆur ouvert », aurait eu coutume de dire la maĂźtresse de maison, mise en rĂ©cit dans un article publiĂ© par le journal LâActualitĂ©, au printemps 1877.
9Commencer dans les lettres, câest aussi, nous apprend ce livre, adresser ses premiĂšres Ćuvres aux bons lecteurs : les Ă©crivains naturalistes dĂ©ploient toute une stratĂ©gie de la dĂ©dicace, geste de communication efficace car associant le nom de lâauteur Ă ceux de ses alliĂ©s et complices. « Vous avez connu, mes amis », Ă©crit Zola en ouverture de son premier ouvrage publiĂ©, La Confession de Claude, « le misĂ©rable enfant dont je publie aujourdâhui les lettres » : cette dĂ©dicace Ă Baptistin Baille et Paul CĂ©zanne scelle une gĂ©nĂ©ration artistique. Le roman publiĂ© par Marius Roux en 1877, EugĂ©nie Lamour, est dĂ©diĂ© « à la table du BĆuf nature », ce qui, souligne Zola dans le journal hebdomadaire Le SĂ©maphore de Marseille, « contient toute une profession de foi », tant ce rendezâvous des lettres est « le drapeau du naturalisme, la revendication du vrai dans les arts et dans les lettres » (p. 204). Enfin Hennique dĂ©die pour sa part La DĂ©vouĂ©e, « roman naturaliste » à « ses frĂšres dâarmes, Henry CĂ©ard et J. K. Huysmans ».
Formes de la crĂ©ation collaborative : lâatelier naturaliste
10« Lâhistoire dâun cercle littĂ©raire » entreprise ici suppose la mise au jour des formes possibles prises par une crĂ©ation quâon pourrait dĂ©signer, anachroniquement, comme collaborative. On a coutume dâassocier Ă la « civilisation du journal » lâexpansion, aprĂšs la monarchie de Juillet, des modes dâĂ©criture collective. Ă suivre A. PagĂšs dans sa vaste exploration de la vie artistique au temps du naturalisme, on constate que nombreuses sont les pratiques de coâcrĂ©ation, en dehors mĂȘme du contexte mĂ©diatique, et auâdelĂ du domaine strictement littĂ©raire. On est frappĂ©, Ă cette lecture, de constater Ă quel point la rĂ©alitĂ© quotidienne de la production artistique sâĂ©loigne des reprĂ©sentations canoniques associant excellence et « rĂ©gime de singularité ».
11Ă tel point quâon est tentĂ© de penser que câest lâesthĂ©tique naturaliste elleâmĂȘme qui, par son ambition documentaire, favorise les formes de coopĂ©ration : on voit, dans Zola et le groupe de MĂ©dan, Maupassant diligentĂ© par Flaubert pour prĂ©parer la documentation de Bouvard et PĂ©cuchet, au moment mĂȘme oĂč CĂ©ard cherche dans tout Paris des cadavres de varioliques : il sâagit de fournir Ă lâauteur des RougonâMacquart de quoi rĂ©diger la fin de Nana. Bien sĂ»r, si les recherches nâaboutissent pas, comme câest le cas dans ce dernier exemple, le romancier reprend la plume et son imagination comble les lacunes documentaires : « Ne cherchez pas davantage un masque de variolique », Ă©crit Zola Ă Henry CĂ©ard le 7 janvier 1880, « mon siĂšge est fait, et jâen suis si content que je ne le corrigerais pas, mĂȘme sur des documents exacts » (p. 201).
12Autre forme de collaboration : celle qui assure la mĂ©tamorphose du roman en piĂšce de théùtre, et qui suppose lâentrĂ©e en scĂšne du « carcassier ». Lâappui dâun dramaturge professionnel, tel William Busnach qui adapte avec Gastineau LâAssommoir en 1879, est Ă©videmment prĂ©cieux, comme en tĂ©moigne lâimmense succĂšs remportĂ© par le spectacle donnĂ© Ă lâAmbigu (plus de cent reprĂ©sentations). Mais la jeune gĂ©nĂ©ration des naturalistes se plie aussi volontiers Ă lâexercice, qui leur vaut la faveur des maĂźtres : Hennique et CĂ©ard travaillent Ă lâadaptation de La ConquĂȘte de Plassans, qui devient LâAbbĂ© Faujas, et Hennique seul rĂ©itĂšre lors de la crĂ©ation, au Théùtre libre dâAntoine, en 1887, de Jacques Damour, piĂšce en un acte.
13Si ces coopĂ©rations restent plus ou moins dans lâombre, elles peuvent aussi donner naissance Ă des ouvrages collectifs, qui font manifeste : A. PagĂšs renouvelle lâhistoire des circonstances ayant prĂ©sidĂ© Ă la publication des SoirĂ©es de MĂ©dan (le choix du titre, la nature gĂ©nĂ©rationnelle de lâexpĂ©rience militaire). Acte de naissance de lâĂ©cole naturaliste, le recueil paru en 1880 matĂ©rialise des affinitĂ©s littĂ©raires bien antĂ©rieures. Ce volume, qui fera « percer » Maupassant, capitalise sur la logique du collectif : « Le mois de mars nous verra tous apparaĂźtre ensemble », claironne Henry CĂ©ard dans une lettre de janvier 1880, « Zola, Maupassant, Huysmans, votre serviteur, Hennique et Alexis, rĂ©unis en un volume de nouvelles sur la guerre » (p. 197). « LâextrĂȘme gauche de lâencrier vient de se constituer dâune façon dĂ©finitive », note non sans malveillance un journaliste du Gil Blas.
14Signer Ă plusieurs mains des textes, fictionnels ou non, constitue lâun des marqueurs forts de lâĂąge naturaliste, qui se lit volontiers en termes gĂ©nĂ©rationnels. En faire lâhistoire suppose donc de dresser, comme le fait A. PagĂšs, le panorama de ces formes de coâĂ©criture : de la prĂ©face aux pĂ©titions (le « Manifeste des 5 » contre La Terre en 1887, ou la pĂ©tition publiĂ©e dans Le Figaro en 1889 qui apporte le soutien de cinquanteâquatre Ă©crivains Ă Lucien Descaves, poursuivi devant la justice pour Les SousâOff, avant le grand Livre dâhommage des lettres françaises, dĂ©diĂ© Ă Zola en juillet 1898), il semble que le naturalisme, bien avant la naissance du terme au moment de lâAffaire Dreyfus, prĂ©pare lâapparition de ce nouvel acteur de la vie culturelle quâon appellera bientĂŽt « lâintellectuel ».
15Enfin, les collaborations artistiques au temps du naturalisme vont auâdelĂ du champ littĂ©raire : nombreuses sont les formes prises par la « croisĂ©e des arts » dans la vie quotidienne des Ă©crivains naturalistes. Les romanciers frĂ©quentent assidĂ»ment les ateliers des peintres, que ce soit pour leur servir de modĂšle (Zola pose pour CĂ©zanne, avant dâĂȘtre reprĂ©sentĂ© en pied dans le fameux portrait de Manet), pour solliciter lâillustration de leurs Ćuvres (Renoir illustre Nana), ou pour y rĂ©pĂ©ter des piĂšces de théùtre avant reprĂ©sentation, Ă la façon de Maupassant, qui « teste » chez deux peintres successifs, Becker et Leloir, lâeffet produit par Ă la Feuille de rose, blague Ă©rotique, sur le public restreint mais exigeant des aĂźnĂ©s naturalistes.
ScĂšnes de la vie sociable
16Tour Ă tour spectateur et acteur, convive et hĂŽte, dĂ©dicataire et auteur, lâĂ©crivain naturaliste affiche aux yeux du public une vie littĂ©raire constamment sociable, jusque dans les moments de rupture de ban ou de scissions internes. Lâouvrage dâA. PagĂšs dĂ©taille la grammaire de ce quotidien partagĂ©, quâil sâagisse du seul Zola â dont lâemploi du temps fait alterner chaque jour, selon une rĂ©gularitĂ© dont le bureau de MĂ©dan porte le mot dâordre (Nulla dies sine linea), le temps de la crĂ©ation solitaire, et celui de lâĂ©criture collective (correspondance, articles de presse) â ou bien de lâensemble de ces trois gĂ©nĂ©rations qui ont vĂ©cu le « long » naturalisme.
17Cela commence par lâenvoi aux aĂźnĂ©s des premiĂšres Ćuvres publiĂ©es (ainsi Zola adresseâtâil Ă Flaubert La CurĂ©e, « comme carte de visite »), se poursuit dans des brasseries, restaurants, bals, salles de théùtre ; cela passe par des rĂ©unions chez les uns et les autres â assez ritualisĂ©es toutefois pour que le public en ait vent â, dimanches de Flaubert, salon de lâĂ©diteur Charpentier, soirĂ©es de MĂ©dan, grenier dâAuteuil, sans oublier les « visites au grand Ă©crivain », lieu de mĂ©moire Ă©minemment mĂ©diagĂ©nique ; et cela finit par des hommages cĂ©lĂ©brĂ©s en groupe, dont les journaux rendent compte avec force dĂ©tails. On savait quelle Ă©motion avait Ă©treint les amis de Flaubert lors de sa disparition brutale, en 1880 : Maupassant transmettant la nouvelle, Zola parlant dâun « coup de foudre », tous prenant le train trois jours aprĂšs le dĂ©cĂšs pour les obsĂšques en Normandie, oĂč se pressent les journalistes. On connaissait aussi la dimension politique prise par lâenterrement de Zola, marquĂ© par les cris de mineurs scandant « Germinal », et surtout, nous rappelle A. PagĂšs, par lâimportante manifestation dreyfusarde organisĂ©e Ă lâinitiative de la Ligue des droits de lâhomme.
18On ne savait pas, en revanche, Ă quel point lâamitiĂ© avait parfois survĂ©cu aux brouilles ou Ă la mort : lâouvrage rĂ©vĂšle ainsi lâĂ©motion qui saisit Paul CĂ©zanne lors de lâinauguration, en 1906, dâun buste en hommage Ă Zola dans la BibliothĂšque MĂ©janes dâAixâenâProvence. LâĂ©vocation des sanglots du peintre, « grand vieillard aux cheveux blancs brisĂ© par lâĂ©motion » remet en cause lâidĂ©e dâune rupture entre CĂ©zanne et le romancier, postĂ©rieure Ă la publication de LâĆuvre, et dĂ©jĂ battue en brĂšche par la dĂ©couverte, en 2013, dâun courrier inĂ©dit mis en vente chez Sothebyâs2. AuâdelĂ des hommages individuels, le naturalisme se consolide dans lâinstitution de rituels collectifs, du pĂšlerinage de MĂ©dan Ă la fondation de lâAcadĂ©mie Goncourt, prĂ©vue dans le testament dâEdmond, toutes initiatives qui font, Ă©crit joliment A. PagĂšs, du naturalisme « un mythe pour lâavenir ».
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19Reste une question, au terme de cette plongĂ©e dans les salons, les cabinets dâĂ©criture et les salles Ă manger de trois gĂ©nĂ©rations dâĂ©crivains : doitâon voir, dans cette singuliĂšre sociabilitĂ© des naturalistes, le fait dâune alchimie affective, liĂ©e Ă la personnalitĂ© et au charisme des maĂźtres, en particulier dâĂmile Zola ? Ou bien peutâon dĂ©celer, derriĂšre ces stratĂ©gies de groupes, les effets dâun contexte mĂ©diatique particulier, qui impose un nouvel ordre de publicitĂ©, et dĂ©place les frontiĂšres entre vie publique et vie privĂ©e ? « Homme le plus interviewĂ© de France » : câest ainsi quâon prĂ©sentait Zola dans la presse en 18953 ; et telle est aussi peut-ĂȘtre la condition qui fait dâun grand Ă©crivain, au tournant du xxe siĂšcle, un vĂ©ritable chef dâĂ©cole.

