jeudi 10 août 2023

Billet très court et militant: est-ce que les professeurs sont assez payés?

Il y a le temps passé devant les élèves, un petit temps pour mettre en place le matériel nécessaire, un temps plus ou moins long de correction (cela peut même faire l'objet d'un billet à lui seul: la correction devant les élèves? juste après l'activité? le lendemain? le soir? une reprise de la correction classe entière? ). Il y a le temps de préparation de tel cours à donner quand.

Bah oui justement le cours, il faut le préparer, il est rarement sorti tout cru d'un manuel. Et là nous rentrons dans tout l'invisible de notre métier.

Depuis quelques années, il nous fallait être détenteur d'un BAC+5 pour enseigner. Il est question que le niveau d'études demandé aux futurs enseignants baisse mais c'est un autre sujet. Nous avions ainsi l'apport des connaissances, la remise à niveau, la progression, personnels, dans chaque matière: être capable de faire l'exercice demandé aux élèves d'un cycle plus haut. Par exemple, vous êtes formé à pouvoir enseigner jusqu'à CM2 (cycle 3), il faut savoir répondre aux exercices et attendus du cycle 4 donc du brevet des collèges, même si vous exercez toute votre vie en maternelle.

Mais pourquoi donc BAC+5? Pour être capable de recherche, de choix critiques, de planification et d'une forme d'expertise. Ci-joint la partie invisible du travail juste pour préparer un cours.

*source: Christophe Marchand et Julien Ebersold

Auquel il faut rajouter le temps devant les élèves qui n'est pas un temps de surveillance, de vigilance, de présentation, de transmission verticale mais un difficile équilibre entre mise au travail, situation problème, explicitation, reformulation, adaptation, relance, soutien...

Auquel il faut rajouter de quoi préparer la journée (élèves pas si autonomes), la semaine.

Auquel il faut rajouter les corrections.

...

Et je ne parle pas des moyens de l'éducation nationale, des budgets parfois mirobolants sortis des revenus familiaux pour l'école...

samedi 5 août 2023

De la géométrie: reprendre les concepts et les propriétés

 L'annĂ©e dernière je n'ai proposĂ© que peu de gĂ©omĂ©trie Ă  mes Ă©lèves (rappel : des CM2 troubles dys associĂ©s +++, enfants hospitalisĂ©s de jour). Pour des raisons de temps (ils pouvaient avoir jusqu'Ă  2 heures de rééducation par jour sur le temps de classe - 1/2 jour dĂ©bloquĂ©e, ils ont profitĂ© d'Ă©normĂ©ment de projets chronophages) et parce que je voulais tout reprendre avec eux. Mais diffĂ©remment.

J'ai joué sur leur motivation: faire du beau dans leur cahier. Ainsi ils ont dessiné des frises géométriques, une par jour, en les coloriant, puis dans la dernière période des symétries (j'y reviendrai).


* source: frises de Cenicienta

Et j'ai choisi, encore et toujours, de travailler avec eux les concepts en leur donnant du sens et en les manipulant.

Ce qui est compliqué avec des élèves dys sortis du circuit ordinaire (ceux que j'ai), c'est qu'ils ont, pour certains, tellement été cabossés par l'école ordinaire (je ne rentrerai pas ici dans les détails) ou qu'ils ont dû rentrer dans le moule, se faire transparents, qu'ils peuvent faire illusion, un peu. Par exemple, ils vont reconnaitre les formes planes à priori. Ils se font une image mentale du triangle. Mais dès que les formes géométriques sont sous une représentation non stéréotypée, il y a difficulté.

Voici des exemples de rectangles et de triangles non stéréotypés. Les formes sont penchées, tournées, les côtés ne sont pas verticaux, ni horizontaux. Nous n'avons pas le repère de la feuille pour nous aider: les côtés ne sont ni parallèles, ni perpendiculaires aux bords de la feuille. Le second rectangle propose des dimensions moins conventionnelles, le second triangle n'est pas particulier: il a 3 côtés de longueurs différentes et aucun angle droit. A chaque fois que je leur ai donné des formes géométriques, j'ai arrondi les bords de leur feuille pour qu'ils n'aient aucun côté droit.

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 Le vocabulaire gĂ©omĂ©trique doit avoir du sens, les propriĂ©tĂ©s sont explicitĂ©es. Nous avons repris les cĂ´tĂ©s, les sommets, les angles. Je me suis servi du fabuleux matĂ©riel suivant. Les cĂ´tĂ©s (barrettes rouges) et les sommets (flèches bleues) sont diffĂ©renciĂ©s, indĂ©pendants. L'approche de l'angle droit s'est faite plus tard.

 

*source: Autisme et école inclusive

 Et ils ont manipulĂ© avec le non moins fabuleux matĂ©riel de l'atelier gĂ©omĂ©trique Montessori (oui, oui j'en ai un pour la classe, moi qui le rĂŞvais pour le fiston).

Là, les sommets sont des épingles ou des attaches parisiennes, les côtés des barrettes de bois colorées.

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En classe, je les fais rechercher avant de leur donner les informations et de mettre les affiches associées (ci-dessus).

(avec les barrettes Montessori)

- Pouvez-vous me construire un carré? (les élèves choisissent 4 barrettes colorées et forment un quadrilatère) Oh vous avez tous pris 4 barrettes, comment cela s'appelle en géométrie. (...) A. a pris 4 barrettes vertes, B. 2 barrettes vertes et 2 bleues, C. a pris 3 couleurs différentes. Lequel a construit un carré? (...) Qu'est-ce que cela veut dire quand les barrettes sont de même couleur?

- lĂ  pas encore de notion d'angle droit-

etc...

En individuel, L. a montré seule les différences entre carré et rectangle avant de les chercher sur le modèle de formes complexes associant des formes simples.


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Mais alors, ils n'utilisent aucun instrument ? En fait, c'Ă©tait assez rare car parmi mes Ă©lèves beaucoup avaient aussi une forme de dyspraxie. Difficile alors de tenir la règle, l’Ă©querre, de mettre assez de pression avec une main sans bouger et de faire une trace prĂ©cise sans trop appuyer, sans bouger, de l'autre.

Ils ont, paradoxalement, beaucoup tracer de cercles (réflexion approfondie grâce à une discussion de professeurs sur instag*). Oui oui, ce geste si délicat, peut-être encore plus complexe: le compas est le dernier instrument utilisé. Le geste de la main est travaillé autrement, la tenue et la pression des doigts (thamographe et spirographe), la rotation du poignet (la toupie).



 

La motivation du dessin et des couleurs.

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Puis des ateliers. Le dessin à main levé en premier avec ce qu'il faut comme indices pour que je vois qu'ils ont compris (un carré peut ainsi être représenté comme un quadrilatère aplati si et seulement si les côtés ont été légendés comme de longueurs égales, un angle droit apposé; d'ailleurs je refusai les carrés plus ressemblant à priori mais sans légende, je prenais alors des barrettes et formais un quadrilatère autre que carré pour les pousser à me dire ce qui n'allait pas). (J'avais aussi pris beaucoup de temps avec le lutin de la maison à ce sujet ici.

Un tracé réel et une autocorrection grâce à du calque (fabuleux ateliers de Maitresse Margot, instag*)

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Et j'ai travaillé avec eux le parallélisme, la perpendicularité, les angles, la symétrie. Je vous montrerai.

jeudi 3 août 2023

Comment préparer des enseignements pour élèves aux troubles dys?

 L'annĂ©e dernière j'apprenais que j'allais enseigner Ă  des Ă©lèves aux troubles dys +++ associĂ©s. Or je ne suis pas une enseignante spĂ©cialisĂ©e. La formation a durĂ© 2 jours dont 1 Ă©tait "Construisez votre grille d'observation personnelle car les besoins de vos Ă©lèves sont diffĂ©rents d'un trouble ou handicap Ă  l'autre!" Bah oui mais justement comment on la crĂ©e cette grille.

Parce que oui. A l'inverse des autres écoles où le programme délimite une progression par cycle, là il faut partir de l'élève.


extrait du programme avec modification 2020 en mathématiques pour le cycle 3, infographie de Virginie Gorgone

Dans une classe ordinaire (toutes les Ă©coles mĂŞme dites inclusives parce que pas de temps Ă  accorder plus que ça aux Ă©lèves aux besoins particuliers et pas assez de formation du corps enseignant), la programmation suit un dĂ©roulĂ© induit par la mĂ©thode choisie. Pour la classe de CM2 que j'avais eu auparavant, j'avais choisi la mĂ©thode de RĂ©mi Brissiaud (manuel "J'apprends les maths CM2"). 


 Voici ce que ma progression (comment je dĂ©coupe la programmation de mon annĂ©e en pĂ©riode) donnait (extrait).


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Là tout est différent. Nous partons des élèves, nous les observons finement. Je devais enseigner à des élèves de CM2 mais ne pouvais pas partir de cette trame. Tout simplement parce que mes élèves étaient dyscalculiques ou aux fonctions exécutives faibles (par exemple mémoire de travail ou planification de la tâche).

Alors justement: faut-il partir de leur trouble ou de la didactique de la matière?

Déjà le trouble.

Les troubles dys sont: dyscalculie, dyslexie, dysorthographie, dyspraxie, dyschronologie, dysphasie. J'avais bien-sûr chercher ce que cela voulait dire.

Moui et encore. Il nous faut plus d'informations pour savoir comment adapter. Alors il faut se tourner vers des ressources d'enseignants ou d'orthophonistes.

 

extraits d'un poster (2 pages) de Ressources école inclusive

 


 cartes mentales de Carole GadrĂ©, orthophoniste (site dix sur dys) importantes car elles nous permettent de comprendre ce que cette difficultĂ© entraine. 

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Il y a bien le GEVA-sco (guide d'évaluation des besoins de compensation en matière de scolarisation). Ce document à fournir à la MDPH (maison départementale pour les personnes handicapées) est une grille d'observation déjà construite mais identique à tous les handicaps et troubles.

Et puis il y a la grille d'observation de Bruno Egron (inspecteur ASH), je vous conseille de lire son livre et tout au moins de retrouver sa grille et l'explication de cette observation/évaluation ici.

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Oui mais bon, au quotidien dans la classe, quelles adaptations, aides apporter?

Parce que moi, assez naivement, je pensais que reprendre les bases, adapter les supports, expliciter, apporter des supports visuels de réactivation des notions, accompagner les procédures, que tout cela allait suffire. Et qu'il me fallait "juste" repartir d'un niveau plus bas: ils sont en CM2, reprenons les bases du CE2.

Tout faux!

Mes élèves avaient déjà eu des professeurs de CE2, de CM1, excellents ou moins bons, mais ils avaient déjà eu les apprentissages, les adaptations, les remédiations. Les élèves avaient besoin d'une différenciation complète, de reprendre les bases autrement.

Oui c'est bien de connaitre les troubles, les conséquences au niveau pédagogique, mais il faut aussi comprendre les différents concepts, étapes, procédures mis en place pour chaque notion. Donc de la didactique pour comprendre les opérations mentales, les compétences et les savoirs.

 

extrait des fabuleuses fiches de préparation au CRPE de maitresse Amélie (du nouveau dans mon cartable)

Soit pour la lecture: décodage, vocabulaire, compréhension vers la production d'écrits.

Voilà à quoi je passe mon temps depuis un an. Et parce que j'aurai des élèves de CM1/CM2 aux troubles dys +++ associés l'année prochaine (un peu comme cette année donc) et que je compte passer le CAPEI (certificat d'aptitude professionnelle aux pratiques de l'éducation inclusive), je suis encore plus exigeante sur mes recherches.

A suivre.

lundi 31 juillet 2023

Je vais entamer ma 5ième rentrée scolaire en tant qu'enseignante

 Alors que dire de cette reconversion professionnelle Ă  part qu'elle confirme une passion.

Justement, déjà: une passion? Alors pourquoi pas une vocation car je suis tout de même une vieille nouvelle prof.

 

J'ai adoré l'école. J'aimais aussi y aller pendant les vacances (merci calendrier décalé des vacances): dans cette classe multi-niveaux car classe unique de campagne.Je n'ai jamais été une bonne élève, j'ai fait mes devoirs, j'ai adoré suivre les lectures cursives proposées (lectures autonomes demandées par le professeur), les leçons de choses, j'aimais comprendre, pas du tout apprendre par coeur, j'aimais découvrir. Mais pas de vocation.

Puis en faculté de sociologie être professeur de socio me tentait mais il fallait le lier à l'économie, pouah! J'avais dans l'idée qu'enseigner à des élèves plus motivés (car post-bac) était plus valorisant. J'en ris aujourd'hui.

Alors cette reconversion? C'est la parentalité qui m'y a amenée. Découvrir un apprentissage par la manipulation, par la compréhension. Ce que je proposais au lutin. Et puis cet immense pas dans la profession.

Vocation? Non, mais respect, admiration pour les professeurs, ces adultes référents, qui bon an, mal an, ont tenu leurs engagements, m'ont proposée des ouvertures sur le monde, des modes de compréhension.

Passion! Oui, oui, oui!

J'ai adoré mettre en oeuvre des manipulations pédagogiques, j'adore encore plus la didactique. Comprendre comment nous apprenons.

Depuis le concours, le CRPE, le MEEF 2 (Master de l'enseignement, de l'éducation et de la formation), j'ai eu beaucoup de niveaux différents: en maternelle PS (petite section), MS (moyenne section), en élémentaire CP, CE2, CM1, CM2. En fait, il ne manque plus que GS et CE1. Je n'ai pas enseigné toutes les matières et toutes les notions sur chaque niveau car j'ai été à mi-temps ou en fractionné, le plus souvent.

Sauf l'année scolaire qui vient de se terminer. Professeur d'une classe de CM2. Alors oui, le programme est dense, comme chaque année en élémentaire me direz-vous. Bah pas tant que ça.

Mes élèves étaient en hôpital de jour. 9 élèves, 1 en situation de handicap moteur, les 8 autres avec des troubles de l'apprentissage très très importants, des troubles dys +++ cumulés (dyslexie, dysorthograhie, dyspraxie, dyscalculie, dyschronologie et cette mystérieuse dysphasie).

Soit des élèves avec des compétences allant du CP au CM2. J'ai cru, un temps, qu'il fallait "juste" reprendre les bases non acquises. Mais non, mes élèves avaient déjà eu des professeurs de CP, de CE1, de CE2, de CM1. Enseigner à des EBP (élèves à besoins particuliers) ne veut pas dire redire mais adapter. Tout. Je propose donc de continuer à partager sur cet enseignement. Celui qui devient le mien.

Santé

Il y a un an, je décidai de me faire aider. Je ne voulais plus ne faire que survivre, faire avec, mais avoir des envies. Des envies aussi de mobilité, oh pas trop, pas si intense, quoique.

(oui oui petit Ă©cureuil volant j’aurai adorĂ© suivre ton exemple, Wingsuit)

Mais je m’Ă©gare ! Des envies simples, courir les pieds nus en forĂŞt, dĂ©valer des escaliers par les rampes, grimper aux arbres…

Vanessa reviens ! Oui, reprenons : courir après le bus, faire de la randonnĂ©e, faire de la randonnĂ©e… en montagne, faire du vĂ©lo, nager (et pas seulement le dos crawlĂ©).

Donc de l’aide. Oui un coach sportif de la gamme des honnĂŞtes, des pros, des informĂ©s, des formĂ©s, des motivants, des soutenants. Grace Ă  lui je dĂ©couvre mon Ă©tat de santĂ©, je dĂ©couvre que non seulement j’ai vĂ©cu la survie rĂ©elle un temps dans ma vie, la survie Ă©motionnelle et intellectuelle encore un peu plus de temps mais que je survivais dans mon corps. Les prĂ©visions n’Ă©taient pas bonnes, les mĂ©decins Ă©taient Ă©tonnĂ©s que j’ai tenu aussi longtemps : « Pas d’AVC ? Pas encore aveugle ? Pas impotente ? Encore indĂ©pendante ? Vous arrivez encore Ă  marcher ? »

Bon, pour faire mon intĂ©ressante, j’ai enchainĂ© les mĂ©saventures de santĂ©. Au point d’avoir du mal Ă  marcher, Ă  bouger un bras, Ă  dormir allongĂ©, Ă  respirer, je suis passĂ©e près de la dĂ©pression. Depuis un an, deux Ă  trois rdv mĂ©dicaux par mois. Il fallait trouver les bons diagnostics. C’est en cours, je suis suivie.

Te garder, petit blog, ou ne pas te garder?

 Je profite d’une insomnie de vacances pour te reprendre.

Je t’ai laissĂ© il y a plus d’un an. Et depuis des changements. Une dĂ©gradation de ma santĂ© et une expĂ©rience professionnelle qui prend son envol.

Je t’ai fui un peu car tu demandes des billets plus denses et plus construits (et aussi parce que mettre des photos et des liens amaz* est un acte plus aussi rĂ©flexe pour moi qu’avant). Je t’ai prĂ©fĂ©rĂ© instag* pour sa spontanĂ©itĂ©, sa dĂ©sinvolture et ses likes -oui oui je ne vais pas au-dessus de 10, voire beaucoup moins et exceptionnellement je double.

Alors que faire des rĂ©seaux sociaux. Bah encore et toujours partager. Alors oui je te reprends. Ça tombe bien, j’espère avoir plus de temps.