Chalosse
| Chalosse | |
Paysage vallonné typique de la Chalosse à Montfort. | |
| Pays | |
|---|---|
| Région française | Nouvelle-Aquitaine |
| Département français | Landes |
| Villes principales | Hagetmau Mugron Montfort-en-Chalosse Pomarez Saint-Paul-lĂšs-Dax Saint-Sever |
| SiĂšge du pays | Dax |
| CoordonnĂ©es | 43° 41âČ 36âłÂ nord, 0° 43âČ 48âłÂ ouest |
| Cours d'eau | Adour Bas Louts Luy de Béarn Luy de France |
| Production | bĆuf de Chalosse Coteaux-de-chalosse |
| Régions naturelles voisines |
Petites-Landes Tursan Béarn Pays d'Orthe |
Carte topographique de la Chalosse | |
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La Chalosse (en gascon : ShalĂČssa en graphie de l'I.E.O., ou XalĂČssa) est une rĂ©gion naturelle et un terroir de Gascogne, situĂ© dans le sud du dĂ©partement français des Landes. Ses habitants sont les Chalossaises et les Chalossais[1].
Localisation
[modifier | modifier le code]La Chalosse est un des pays de l'Adour landais, fait de coteaux entrecoupés de nombreuses riviÚres, en majorité affluents ou sous-affluents de l'Adour. Elle est axée sur les vallées du Louts et des Luy et le val du Gabas à l'est.
Située au sud de l'Adour, elle présente des contours incertains, entre Pays d'Orthe et Maremne à l'ouest et Tursan à l'est. Si le tracé du fleuve délimite bien le nord de la région, au sud, et surtout au sud-est, la limite est plus administrative que géographique avec le Béarn voisin. Au sein de ce vaste pays chalossais, on distingue plusieurs sous-régions: la Basse Chalosse (région de Pouillon), la Moyenne Chalosse (région de Montfort-en-Chalosse et Mugron, englobant l'Auribat) et la Haute Chalosse (région d'Hagetmau et d'Amou)[1].
Paul Raymond note en 1863[2], dans le dictionnaire topographique BĂ©arn-Pays basque, que la Chalosse est comprise dans le dĂ©partement des Landes, Ă l'exception des communes dâArzacq, Bonnut, Cabidos, Casteide-Candau, Coublucq, Labeyrie, LacadĂ©e, Louvigny, Malaussanne, MĂ©racq, Saint-MĂ©dard, Sault-de-Navailles et SĂ©by, de lâarrondissement d'Orthez[n 1].
Villes principales
[modifier | modifier le code]Tirant profit du chemin de fer, Dax est de loin la ville qui s'est le plus développée, sur les deux rives de l'Adour. Son aire d'influence est appelée l'Aguais. Dax a été la capitale du peuple des Tarbelles, elle était nommée Acqua Tarbellicae par les Romains.
Montfort-en-Chalosse est le bourg le plus central. Hagetmau et Saint-Sever bénéficient de leur position sur l'axe Orthez - Mont de Marsan. Amou, aux marches sud, est réputé pour son cachet, son chùteau du XVIIe siÚcle et la place ombragée de la TécouÚre sur le Luy-de-Béarn. Pomarez possÚde une église fortifiée remarquable et des arÚnes de course landaise couvertes. Au nord Montaut est un bourg fortifié situé aux portes de la Chalosse.
Toponymie
[modifier | modifier le code]Certains noms de lieux traduisent le caractÚre défensif donné aux villes au moment de leur fondation :
Ătymologie
[modifier | modifier le code]Chalosse est un nom aquitanique qui, d'aprĂšs BĂ©nĂ©dicte Boyrie-FĂ©niĂ©, viendrait du terme zelaiotza, devenu ensuite shalĂČssa, et qui signifierait « ensemble de plaines et de plateaux cultivĂ©s »[3]. On trouve la forme Sialossa dans certains documents d'archives.
Le toponyme Chalosse apparaĂźt sous les formes[4]Â :
Géologie
[modifier | modifier le code]La Chalosse présente des sols argilo-siliceux formés de sables fauves et d'alluvions anciennes.
Toutefois, il existe des affleurements calcaires du Tertiaire, calcaires à nummulites en particulier dont un gisement mondialement connu à larges nummulites, également des sables bitumineux et des gisements de cristaux d'aragonite. Il existe aussi des extrusions d'ophite, une roche d'origine éruptive.
Paysage
[modifier | modifier le code]La Chalosse est caractĂ©risĂ©e par un relief lĂ©gĂšrement ondulĂ©, ayant tendance Ă s'Ă©lever progressivement vers le sud et l'est. PlutĂŽt plat vers Dax, le paysage est principalement composĂ© de collines entre lesquelles s'Ă©tirent de nombreux cours d'eau. RĂ©gion rĂ©solument orientĂ©e vers l'Ă©levage et l'agriculture, la Chalosse voit se succĂ©der prairies, champs (de maĂŻs essentiellement), et bois, dans lesquels le pin maritime cĂšde la place aux feuillus. Compte tenu de la densitĂ© de peuplement (villages relativement proches les uns des autres), et du fractionnement de l'espace agricole (Ă l'inverse de la forĂȘt des Landes de Gascogne aux grandes propriĂ©tĂ©s fonciĂšres), le paysage est morcelĂ© en de multiples parcelles. Les villages â dominĂ©s par l'Ă©glise, souvent d'origine mĂ©diĂ©vale â ont la plupart du temps Ă©tĂ© bĂątis sur des hauteurs, comme Ă Montfort-en-Chalosse, Mugron, ou Saint-Sever.
- Doazit, camp du Mus.
Habitants
[modifier | modifier le code]Les habitants de la Chalosse sont les Chalossais et les Chalossaises. En gascon los/las ShalĂČssas ; un/ua ShalĂČssa. L'adjectif shalossenc/shalossenga n'est pas (ou peu) utilisĂ© pour dĂ©signer les personnes.
- Paysan de la Chalosse.
Habitat traditionnel
[modifier | modifier le code]L'installation humaine y est ancienne, et la densité des foyers d'habitation contraste avec celle de la Haute-Lande. L'habitat se différencie également de la plaine des Landes par les maisons de pierre qui, dans l'est, annoncent déjà le Béarn voisin.
à l'ouest, le style des maisons traditionnelles évoque la Basse-Navarre, notamment par ses :
- toits Ă deux versants de faible pente et couverture de tuile
- façade sur mur pignon orienté à l'est
- murs en maçonnerie de pierres
Ă l'ouest de Pouillon, les maisons sont divisĂ©es en trois travĂ©es longitudinales comme au Pays basque ou dans les Landes de Gascogne. La travĂ©e centrale ouvre sur une piĂšce de travail centrale Ă sol en terre battue, Ă©quivalent de l'ezkaratze basque et appelĂ©e sĂČu 'sol'.
à l'est de Pouillon, les maisons présentent plus fréquemment une croupe à l'arriÚre. La porte d'entrée donne sur une salle commune (« grande cuisine ») ou sur un couloir.
La maison capcazaliÚre une demeure de maßtre et un domaine établis depuis des temps trÚs anciens. Elle serait une survivance directe de l'occupation romaine[7].
- Maison Pachiou Ă Mimbaste et son pigeonnier.
- Porte de la capcazaliĂšre de Montfort-en-Chalosse avec sa calade.
Ăconomie
[modifier | modifier le code]L'activité principale y est l'agriculture (polyculture). Les volailles et canards gras y sont élevés en nombre et en qualité. La Chalosse produit également des vins sous l'appellation « Coteaux-de-chalosse ». Depuis la création de la cave coopérative des vins de Haute Chalosse, à Mugron, cette appellation - la seule aujourd'hui couramment employée est donnée à la région qui s'étend sur les cantons de Montfort et de Mugron[1]. La région produit également des céréales (maïs, sarrasin), destinées à l'alimentation animale et humaine (à ce titre, le moulin de Bénesse-lÚs-Dax, témoignant du passé et remis en service en 2018, produit différents types de farines).
Le bĆuf de Chalosse, Ă©levĂ© par trois cent quatre-vingt Ă©leveurs environ, est le fleuron de cette contrĂ©e. BĂ©nĂ©ficiant dâun Ă©levage long de plus de trois annĂ©es, la bĂȘte issue des races Ă viandes nobles (Blonde d'Aquitaine, Limousine, Bazadaise) bĂ©nĂ©ficie dâune nourriture 100 % naturelle composĂ©e de fourrages et de maĂŻs broyĂ©.
- Boeuf de Chalosse.
- Vignoble des coteaux de Chalosse.
- Moulin de Bénesse-lÚs-Dax, dernier moulin à vent subsistant des Landes.
Histoire
[modifier | modifier le code]Préhistoire
[modifier | modifier le code]La Chalosse nous a laissé la premiÚre représentation élaborée d'un visage humain avec la Dame de Brassempouy, joyau du Paléolithique supérieur.
- La Dame de Brassempouy, Chalosse. Elle constitue l'une des plus anciennes reprĂ©sentations rĂ©alistes d'un visage humain, et sans doute mĂȘme la plus ancienne connue.
Moyen Age
[modifier | modifier le code]Le nom de « Chalosse » a dĂ©signĂ© deux archiprĂȘtrĂ©s, l'un dĂ©pendant du diocĂšse de Dax[2], et l'autre du diocĂšse d'Aire[8],[9]
L'abbaye de Saint-Sever, fondĂ©e au Xe siĂšcle, est tout au long du Moyen Ăge un puissant centre spirituel, Ă©conomique, politique et artistique. Le Beatus de Saint-Sever, remarquable manuscrit du XIe siĂšcle, est aujourd'hui conservĂ© Ă la BibliothĂšque nationale de France (Ms. Lat. 8878).
.
- Abbaye de Saint-Sever (Xe siÚcle), inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1998, au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France.
- Adoration de la Trinité, extrait du Beatus de Saint-Sever (XIe siÚcle).
Route de Saint-Jacques
[modifier | modifier le code]Le pÚlerinage de Saint-Jacques de Compostelle se développant, abbayes et ordres monastiques édifient à partir du XIe siÚcle des sanctuaires, commanderies ou petits hÎpitaux le long du parcours, constituant autant de relais distants de dix à quinze kilomÚtres les uns des autres et permettant au pÚlerin de faire un halte pour y soigner ses plaies (notamment aux pieds), s'y reposer, manger ou y passer la nuit. Les paroisses se lancent quant à elles dans un trafic de reliques des saints pour y attirer le plus grands nombres de visiteurs[10].
La voie Limousine des chemins de Compostelle conduit le pĂšlerin du Moyen Age parti de VĂ©zelay jusqu'au PyrĂ©nĂ©es. Cet itinĂ©raire, au sortir de Bazas, traverse la vicomtĂ© de Marsan jusqu'aux confins de la Chalosse, oĂč le pĂšlerin peut se recueillir sur les reliques de saint Sever dans l'abbaye du mĂȘme nom. La Via publica ou Strata publica sancti Jacobi est la route principalement utilisĂ©e entre les XIIIe et XIVe siĂšcles, dont de nombreuses sections ont de nos jours disparu. Les paroisses de Chalosse traversĂ©e sont[11] :
- Saint-Sever,
- Audignon et sa remarquable église romane classée Sainte Marie
- Horsarrieu, église Saint-Martin d'Horsarrieu
- Hagetmau et la crypte de Saint-Girons du XIIe siÚcle, joyau de l'art roman
- Labastide-Chalosse
- Argelos
- Beyries
Culture
[modifier | modifier le code]La Chalosse est terre de rugby et de basket-ball.
Il existe par ailleurs de nombreuses arĂšnes de course landaise (arĂšnes de Pomarez, arĂšnes de Morlanne) ainsi que plusieurs arĂšnes de corrida espagnole (arĂšnes de Dax).
De nombreuses fĂȘtes traditionnelles ont lieu d'avril Ă octobre. Le musĂ©e de la Chalosse prĂ©sente un domaine agricole typique du XIXe siĂšcle.
Langues parlées :
- français
- gascon : langue vernaculaire, encore en usage dans les zones rurales, peu usité dans l'aire urbaine de Dax
- La Chalosse (ShalĂČssa), dans l'aire d'influence des langues d'Oc.
Bien que né pour l'état civil à Orthez, en Béarn voisin, le célÚbre chef multi-étoilé Alain Ducasse est originaire de cette terre chalossaise dont il vante la qualité des produits, les paysages et la cuisine. Il se revendique comme gascon. Il a grandi en Chalosse, à Castel-Sarrazin (dont sa biographie officielle le revendique natif[12]) et fait souvent référence à ce terroir et à sa cuisine qui lui a servi de « mÚtre étalon » pour comparer les différents styles culinaires régionaux et nationaux auxquels il s'est intéressé.
Autre star des fourneaux originaire de la Chalosse, Alain Dutournier y possĂšde toujours une demeure, Ă Cagnotte, son village natal, oĂč sa famille tenait une auberge de campagne.
- ArĂšnes de Pomarez.
- Musée de la Chalosse.
Descriptions
[modifier | modifier le code]« Une fois passĂ© ce pays [les Landes], on trouve la Gascogne, riche en pain blanc et en trĂšs bon vin rouge, elle est couverte de bois, de prĂ©s, de fleuves et de sources pures. Les Gascons [donc ici, les Chalossais] sont lĂ©gers en paroles, bavards, moqueurs, dĂ©bauchĂ©s, ivrognes, gourmands, mal vĂȘtus de haillons et sans argent. Mais ils sont entraĂźnĂ©s au combat et d'une grande hospitalitĂ© envers les pauvres. Assis autour du feu, ils ont l'habitude de manger sans table et de boire tous au mĂȘme gobelet. Ils mangent et boivent beaucoup et sont mal vĂȘtus. Ils n'ont pas honte de coucher ensemble sur une mince paillasse pourrie, les serviteurs avec le maĂźtre et la maĂźtresse. »
â Aimery Picaud, description de la Chalosse occidentale au sud de Dax, appelĂ©e ici « Gascogne » (terra Gasconica) ; vers 1150[13].
« La Chalosse est bon pays plein de Vignobles & dâarbres fruitiers, avec d'agreables diversitez la plupart des biens des particuliers estans assortis de bois, de prairies & de ruisseaux, Ă cause des costeaux qui sont entrecouppez de plusieurs petites rivieres, qui toutes se rendent dans lâAdour, & font ensemble ce beau paysage. La Chalosse quoy que voisine de la Lande est beaucoup meilleur pays, & cede Ă peu dâendroits. Ie ne diray pas seulement de France ; mais dâEurope pour la fertilitĂ©. Elle est au reste si peuplĂ©e, quâon diroit volontiers quâelle nâest quâun bourg, tant il y a de villotes, bourgades & chasteaux les uns prĂ©s des autres. Il y a bien dans les paroisses de ce seul ArchiprestrĂ© trente mille Communiants, suivant les Declarations qui en ont estĂ© faites par les Recteurs ou Curez des paroisses, lors de la visite generale de l'Evesque en l'annĂ©e 1641. »
â Pierre Duval, description de l'archiprĂȘtrĂ© de Chalosse (ou de Doazit), diocĂšse d'Aire ; 1641[8].
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- â Lâarrondissement d'Orthez, ancienne subdivision administrative française du dĂ©partement des Basses-PyrĂ©nĂ©es (PyrĂ©nĂ©es-Atlantiques), fut créé le 17 fĂ©vrier 1800 et supprimĂ© le 10 septembre 1926. Les cantons furent rattachĂ©s aux arrondissements de Pau et Oloron-Sainte-Marie.
Références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 Philippe Soussieux, Dictionnaire historique des Landes, Herm, Etudes landaises, , 186 p. (ISBN 978-2-9500625-5-0, présentation en ligne), p 21-23
- 1 2 3 4 5 Paul Raymond, Dictionnaire topographique du département des Basses-Pyrénées, Paris, Imprimerie Impériale, , 208 p. (BNF 31182570, lire en ligne)., p. 48.
- â MusĂ©e de la Chalosse, « La Chalosse : une histoire / Un peu d'histoire / MusĂ©e / MusĂ©e de la Chalosse », sur museedelachalosse.fr (consultĂ© le ).
- â RenĂ© Cuzacq, La Chalosse et son nom, .
- â Chartes et documents hagiographiques de l'abbaye de Saint-Sever (Landes) (988-1359) ; texte Ă©ditĂ©, traduit et annotĂ© par Georges Pon et Jean Cabanot ; CEHAG, Dax, 2010 ; tome I, citĂ© dans l'acte n° 135, p. 492.
- â Landes, par HĂ©lĂšne Tierchant et Bernard Cherrier, p51, Ă©ditions Auberon.
- 1 2 Description de l'Evesché d'Aire en Gascogne, par P.Duval ; 1651.
- â Pierre Du Val d'Abbeville (1619-1683, cartographe) et Jean Pruthenus Somer (16 ?-16 ?, graveur), « Diocese d'Aire en Gascogne »
, sur Gallica, (consultĂ© le ). - â « Leur histoire, c'est aussi notre histoire, Ă©pisode n°7| Le PĂšlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle », sur Ă©mission diffusĂ©e sur Radio MDM (consultĂ© le )
- â Francis Zapata et Jean-Pierre Rousset, Les chemins de Saint-Jacques dans les Landes, Ăditions Sud Ouest, , 248 p. (ISBN 2-87901-468-9), p. 87 Ă 111
- â « Alain Ducasse | DUCASSE Paris », sur www.ducasse-paris.com (consultĂ© le ).
- â Le guide du pĂšlerin de Saint-Jacques-de-Compostelle (texte latin et traduction française par Jeanne Vielliard).