Aller au contenu

Dynastie Han

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Han occidentaux)

Dynastie Han
(zh) æŒą

206 av. J.-C. – 

Description de cette image, également commentée ci-aprÚs
Une carte de la dynastie Han occidentale en 2 apr. J.-C.: 1) le territoire ombré en bleu foncé représente les principautés et les commanderies administrées centralement de l'Empire Han; 2) la zone bleu clair montre l'étendue du protectorat du bassin de Tarim des régions occidentales.
Informations générales
Statut Monarchie
Capitale Chang'an
(206 av. J.-C.–9, 190–195)

Luoyang
(25–190, 196)

Xuchang
(196–220)
Langue(s) Chinois archaĂŻque
Religion TaoĂŻsme, confucianisme, bouddhisme, religion traditionnelle chinoise
Monnaie Wuzhu (äș”銖)
Démographie
Population 59 594 978 hab. (2 apr. J.-C.)
Superficie
Superficie 6 000 000 km2 (50 av. J.-C.)
Histoire et événements
206 av. J.-C. Prise de Xianyang par Liu Bang
202 av. J.-C. Proclamation de la dynastie
202 av. J.-C. Bataille de Gaixia: début de la domination Han sur la Chine
9–23 Interruption de pouvoir Han par la dynastie Xin
220 Déposition de Han Xiandi par Cao Pi
Empereur (皇澝)
(1er) 206 - 195 av. J.-C. Han Gaozu
(Der) 189 - 220 Han Xiandi

Entités précédentes :

Entités suivantes :

La dynastie Han (chinois simplifié : 汉朝 ; chinois traditionnel : æŒąæœÂ ; pinyin : hĂ nchĂĄo ; chinois archaĂŻque : Ć‹Ì„Änh ឍhaw[N 1]) rĂ©gna sur la Chine de 206 av. J.-C. Ă  220 apr. J.-C. DeuxiĂšme des dynasties impĂ©riales, elle succĂ©da Ă  la dynastie Qin (221 - 206 av. J.-C.) et fut suivie de la pĂ©riode des Trois Royaumes (220-265).

FondĂ©e par Liu Bang, chef de guerre d'origine paysanne rĂ©voltĂ© contre la dynastie Qin, elle compta vingt-huit empereurs. PremiĂšre dynastie impĂ©riale par sa durĂ©e, elle se divise en Han occidentaux (è„żæŒą) ou Han antĂ©rieurs (ć‰æŒą) (206 av. J.-C. - 9 apr. J.-C.), capitale Chang'an, et Han orientaux (æ±æŒą) ou Han postĂ©rieurs (ćŸŒæŒą), (25-220 apr. J.-C.), capitale Luoyang, sĂ©parĂ©s par la courte dynastie Xin (9-23 apr. J.-C.) fondĂ©e par Wang Mang.

Les plus de quatre siĂšcles de domination de la dynastie Han sont gĂ©nĂ©ralement considĂ©rĂ©s comme un des « ùges d'or » de l'histoire de la Chine. L’accent est mis en particulier sur les premiers rĂšgnes des Han antĂ©rieurs, qui virent la stabilisation de l'institution impĂ©riale en Chine, aprĂšs la courte domination des Qin (220-209 av. J.-C.) qui avaient certes vu le triomphe de l'idĂ©e d'unitĂ© des pays chinois mais n'avaient pas pu en assurer l'installation dans la durĂ©e, ce que firent les Han en assouplissant les vellĂ©itĂ©s centralisatrices de leurs prĂ©dĂ©cesseurs. On met en particulier en avant le long rĂšgne de Wudi (141-87 av. J.-C.), durant lequel fut assurĂ© le triomphe du pouvoir impĂ©rial sur les dynasties Ă©tablies dans les provinces, fut mise en place l'idĂ©ologie confucĂ©enne officielle des empires chinois, ainsi que vers l'extĂ©rieur la conduite de plusieurs expĂ©ditions couronnĂ©es de succĂšs face aux peuples de la steppe et l'ouverture de la « route de la soie » en direction de l'Asie intĂ©rieure et des contrĂ©es situĂ©es en Occident.

La suite fut cependant moins glorieuse, avec l'affaiblissement de l'autoritĂ© des empereurs Ă  la cour face aux ambitions des ministres issus des familles de leurs Ă©pouses principales, et celles des eunuques qui prirent progressivement l'ascendant sous les Han postĂ©rieurs. Dans l'empire, les grandes familles provinciales placĂšrent sous leur coupe une grande partie de la paysannerie, et gagnĂšrent en autonomie face au pouvoir central. Ce dernier s'effondra finalement sous l'action de coups de force Ă  la cour et de rĂ©voltes populaires entraĂźnant sa fragmentation Ă  partir des annĂ©es 180, mĂȘme si le prestige des membres de la dynastie Han permit Ă  celle-ci de subsister jusqu'en 220.

Du point de vue culturel, la période Han vit éclore de remarquables historiens (Sima Qian et Ban Gu), penseurs (Huainanzi, Dong Zhongshu, Wang Chong) et poÚtes. De son art, on connaßt essentiellement ce qui a été exhumé lors de fouilles archéologiques dans les nombreuses tombes de la période, qui offrent également des informations inestimables sur les croyances des anciens Chinois sur l'au-delà. Toujours dans le domaine religieux, la fin de la période fut marquée par l'émergence des premiers courants taoïstes, ainsi que l'arrivée du bouddhisme en Chine depuis les routes venant d'Asie centrale.

En souvenir de cette dynastie, jusqu'Ă  aujourd'hui, le groupe ethnique majoritaire du pays se dĂ©signe lui-mĂȘme comme Ă©tant le « peuple Han ».

Histoire politique et institutions

[modifier | modifier le code]

La pĂ©riode Han est divisĂ©e en deux grandes parties ayant chacune durĂ© environ deux siĂšcles. La premiĂšre est celle des Han antĂ©rieurs, ou Han occidentaux car leur capitale, Chang'an, Ă©tait situĂ©e Ă  l'Ouest. Dans la continuitĂ© de la dynastie Qin, dont elle assure le succĂšs de l’Ɠuvre impĂ©riale en triomphant des autonomies provinciales puis en connaissant une remarquable expansion territoriale, elle comprend les rĂšgnes les plus brillants de la pĂ©riode, qui mirent en place le cadre institutionnel qui devait perdurer durant les siĂšcles suivants. Mais elle dĂ©cline dans le courant du Ier siĂšcle av. J.-C. avant d'ĂȘtre destituĂ©e par Wang Mang, fondateur de l'Ă©phĂ©mĂšre dynastie Xin. À celle-ci succĂšde la dynastie des Han postĂ©rieurs, ou Han orientaux, en raison de la localisation de leur capitale Luoyang, fondĂ©e par un descendant des premiers empereurs Han issu d'une branche mineure du lignage impĂ©rial. Cette seconde pĂ©riode est marquĂ©e par un phĂ©nomĂšne de dĂ©centralisation marquĂ©, qui voit les Ă©lites provinciales prendre leur autonomie, tandis que la cour Ă©tait marquĂ©e par l'influence croissante des eunuques et de hauts dignitaires sur des empereurs effacĂ©s. L'effondrement de la dynastie se produisit Ă  partir des annĂ©es 180, et s'acheva par la division de l'empire.

La fondation et la stabilisation de la dynastie : les Han occidentaux

[modifier | modifier le code]
L'empire des Han antérieurs vers 195 av. J.-C., à la mort de Gaozu : les provinces (noir) et les royaumes (rouge).
Carte de l'empire des Han antérieurs vers 87 av. J.-C., avec les protectorats extérieurs et les principaux axes de communication.

Durant les trois ans suivant la mort du premier empereur Qin, Qin Shi Huangdi (en 210), de nombreuses rĂ©voltes naquirent en Chine, aussi bien populaires que venant des descendants de l’aristocratie des Royaumes combattants supplantĂ©e par les Qin. La premiĂšre importante fut celle de deux officiers mĂ©contents, Chen Sheng et Wu Guang (en). Parmi les chefs de la rĂ©bellion devenue gĂ©nĂ©rale, finirent par Ă©merger deux figures principales : Xiang Yu, issu d'une famille de militaires de Chu, et Liu Bang, petit magistrat du comtĂ© de Pei d'extraction paysanne[1]. En 207, ce dernier parvint Ă  vaincre les restes de l'armĂ©e Qin et Ă  prendre la capitale Xianyang. Xiang Yu, qui Ă©tait le gĂ©nĂ©ral le plus puissant, choisit de ne pas se proclamer empereur et de revenir Ă  un modĂšle d'Ă©clatement territorial tel qu'il prĂ©valait avant les Qin, dans lequel il avait le statut de roi de Chu et d'hĂ©gĂ©mon. Il divisa l'empire en 18 royaumes attribuĂ©s Ă  des descendants des anciennes familles royales et des alliĂ©s. Liu Bang hĂ©rita d'un royaume nouvellement créé, celui de Han, qui devait son nom Ă  sa localisation dans la vallĂ©e de la riviĂšre Han (actuel Shaanxi mĂ©ridional)[N 2]. Insatisfait de sa situation, il envahit la vallĂ©e de la riviĂšre Wei, l'ancien cƓur de l'empire Qin. Lors de la guerre qui Ă©clata entre Xiang Yu et Liu Bang, le second Ă©mergea en vainqueur aprĂšs sa victoire dĂ©cisive Ă  la bataille de Gaixia en 202 av. J.-C.. Il reprit le titre d'empereur (皇澝, huangdi) tel que forgĂ© par les Qin, et fut dĂ©signĂ© aprĂšs sa mort comme Han Gaozu (202-195 av. J.-C.)[2].

Gaozu conserva nĂ©anmoins les « royaumes » ou « principautĂ©s » (guo), laissĂ©s dans un premier temps Ă  ceux qui parmi leurs anciens dĂ©tenteurs l'avaient appuyĂ©, ou attribuĂ©s Ă  ses compagnons d’armes de façon Ă  asseoir son pouvoir, mais il privilĂ©gia de plus en plus leur concession Ă  des membres de son clan, notamment ses fils, et Ă  la fin de son rĂšgne il proclama que seuls ceux-ci devaient disposer de ces territoires. Pour le reste, il conserva les institutions des Qin, comme le reflĂšte sa dĂ©cision d'installer sa capitale Ă  proximitĂ© de Xianyang, dans la ville nouvellement fondĂ©e de Chang'an (Paix Ă©ternelle). Il faisait reposer sa lĂ©gitimitĂ© avant tout sur son triomphe sur ces derniers, qui faisaient de lui un personnage digne de la fonction impĂ©riale, Ă  mĂȘme de gouverner un empire pacifiĂ©[3]. Il fut remplacĂ© par son fils Huidi (195-188 av. J.-C.), personnage effacĂ© qui laissa en fait les rĂȘnes du pouvoir Ă  sa mĂšre, l'impĂ©ratrice douairiĂšre LĂŒ, qui dirigea de fait l'empire aprĂšs sa mort de 187 Ă  180. Elle Ă©limina plusieurs des anciens compagnons de Gaozu qui avaient tentĂ© d'exercer une autoritĂ© plus importante, ainsi que plusieurs de ses fils qui avaient acquis trop d'influence Ă  ses yeux, et Ă©leva Ă  leur place des membres de son propre clan (auxquels elle attribua des royaumes malgrĂ© l'interdit posĂ© par son dĂ©funt Ă©poux)[4]. Wendi (179-157), fils de Gaozu ayant Ă©tĂ© Ă©pargnĂ© par ces purges, se dĂ©barrassa du clan de l'impĂ©ratrice aprĂšs sa mort, tout en poursuivant la politique consistant Ă  rabaisser le pouvoir des princes, car au sein du clan impĂ©rial s'Ă©levaient des rivaux pour l'empereur. L'empereur suivant, Jingdi, dut ainsi affronter en 154 av. J.-C. la rĂ©volte des sept princes (Wu, Chu, Zhao, et quatre principautĂ©s du Shandong) dont l’instigateur Ă©tait le prince de Wu, Liu Pi. Elle fut rĂ©duite au bout de trois mois. Les principautĂ©s revinrent ainsi progressivement sous contrĂŽle impĂ©rial[5].

Wudi (141-87), successeur de Jingdi, hĂ©rita donc d'un empire pacifiĂ© dans lequel son autoritĂ© n'Ă©tait pas menacĂ©e, en dĂ©pit de la rĂ©volte de son oncle Liu An, prince de Huainan, matĂ©e en 124[6]. Par sa longĂ©vitĂ© et son tempĂ©rament autoritaire — puis paranoĂŻaque sur la fin de ses jours — il fut l’empereur le plus puissant de la dynastie. Il consolida l'empire par ses mesures administratives centralisatrices, qui aboutirent notamment Ă  renforcer les finances, et initia une politique de conquĂȘtes qui repoussĂšrent les limites de l'empire dans des contrĂ©es trĂšs Ă©loignĂ©es de celles dominĂ©es par ses prĂ©dĂ©cesseurs.

Le développement des institutions impériales

[modifier | modifier le code]

Le premier siÚcle de la domination de la dynastie Han a ainsi vu la stabilisation de l'empire, aprÚs l'échec des Qin. Cela fut accompli en reprenant largement l'héritage de ces derniers, mais en procédant également à divers remaniements aboutissant à un empire moins centralisé et autoritaire, supprimant progressivement les mesures les plus brutales de son prédécesseur. Ces institutions et pratiques politiques posÚrent les bases pour les empires chinois ultérieurs.

L'empereur et l'administration centrale

[modifier | modifier le code]
Idéologie et fonctions impériales
[modifier | modifier le code]

Le lignage Liu d'oĂč sont issus les empereurs de la dynastie Han devait sa lĂ©gitimitĂ© au triomphe de son fondateur, Liu Bang/Gaozu, dont on estimait que les mĂ©rites se transmettaient Ă  ses successeurs, permettant une transmission hĂ©rĂ©ditaire du pouvoir. L'empereur (huangdi) ne fondait pas son autoritĂ© sur la victoire militaire, et l'Ă©mergence de brillants gĂ©nĂ©raux ne le menaçait pas vraiment. Les penseurs de l'Ă©poque des Royaumes combattants avaient forgĂ© chacun Ă  leur maniĂšre l'image de l'empereur idĂ©al, Ă©rigĂ© en figure supĂ©rieure, garante de la permanence et de la stabilitĂ© de l'empire, qu'il assurait pour ainsi dire par sa seule prĂ©sence (voir plus bas), consacrĂ©e par l'unification des Qin. Suivant les principes hĂ©ritĂ©s des Zhou et remis en avant par les lettrĂ©s de tendance confucĂ©enne (avant tout Dong Zhongshu), il est le « Fils du Ciel », sa dynastie ayant reçu de la divinitĂ© suprĂȘme cĂ©leste un « mandat » en raison de ses mĂ©rites. L'empereur Ă©tait donc le chef de l'administration, le juge suprĂȘme de l'empire. Il Ă©tait Ă©galement son grand prĂȘtre, accomplissant les rituels aux divinitĂ©s les plus importantes, en premier lieu le Ciel. Les empereurs les plus actifs participaient effectivement Ă  la prise de dĂ©cision, mais d'autres Ă©taient plus effacĂ©s. Le prĂ©cepte d'origine taoĂŻste du « non-agir », mis en avant par certains penseurs, prĂ©voyait que le monarque ne devait pas diriger en personne, mais dĂ©lĂ©guer Ă  ses subordonnĂ©s. Il devait attirer Ă  lui, repĂ©rer et Ă©lever les plus mĂ©ritants. L'autoritĂ© devait donc absolument dĂ©couler de l'empereur mais elle Ă©tait concrĂštement exercĂ©e par d'autres. Du fait de sa fonction qui le plaçait au-dessus du commun des mortels, le souverain se devait d'ĂȘtre peu visible, difficilement accessible, et donc il se dĂ©plaçait rarement dans l'empire, ne conduisait pas les troupes au combat, et son image ne faisait pas l'objet d'une propagande[7].

ConcrĂštement, le pouvoir impĂ©rial se transmettait en gĂ©nĂ©ral de pĂšre en fils (plus rarement au frĂšre cadet). L'empereur dĂ©signait un hĂ©ritier, en principe le fils de son Ă©pouse principale, qui pouvait ĂȘtre dĂ©chu de cette fonction au profit d'un autre fils. Le succĂšs de ce principe, qui fut respectĂ© mĂȘme sous des empereurs Ă  personnalitĂ© effacĂ©e dont la cour Ă©tait dominĂ©e par des ministres ou des eunuques, illustre le triomphe de l'institution impĂ©riale chinoise et de l'idĂ©ologie confucĂ©enne qui la supportait[8]. Le nouvel empereur Ă©tait intronisĂ© en grande pompe, au moment des cĂ©rĂ©monies funĂ©raires de son prĂ©dĂ©cesseur qu'il dirigeait personnellement, devant tous les principaux dignitaires de la cour. Ceux-ci lui formulaient la requĂȘte de prendre le pouvoir, puis il pouvait monter sur le trĂŽne au cours d'une derniĂšre cĂ©rĂ©monie durant laquelle il recevait le sceau impĂ©rial symbolisant sa possibilitĂ© d'exercer pleinement sa charge de chef de l'empire. Une fois par mois, l'empereur tenait audience Ă  la cour, organisant un banquet au cours duquel les dignitaires pouvaient s'adresser Ă  lui. Les autres occasions de ses apparitions publiques Ă©taient les fĂȘtes et rituels religieux liĂ©s Ă  sa fonction. En dehors de cela, l'empereur paraissait rarement en public, sa fonction impliquant qu'il soit un personnage peu accessible. Il passait sa vie dans la « cour intĂ©rieure », ses appartements du palais impĂ©rial, ou bien dans une de ses rĂ©sidences secondaires de la capitale et de ses alentours[9]. Les plus vastes complexes palatiaux de Chang'an Ă©taient celui de Weiyang, comprenant une quarantaine de bĂątiments dans une enceinte de 2 150 × 2 250 mĂštres, et celui voisin de Changle, tout aussi imposant[10].

Avec des monarques vivant reclus et s'impliquant de moins en moins dans les affaires de l'empire, le pouvoir tendit Ă  ĂȘtre exercĂ© par ceux qui avaient accĂšs Ă  la cour intĂ©rieure : Ă©pouses, eunuques, clan impĂ©rial et ceux qui Ă©taient liĂ©s Ă  celui-ci par des mariages. À l'inverse, la bureaucratie, en dĂ©pit de son rĂŽle important et de la possibilitĂ© qu'elle avait de prĂ©senter des remontrances Ă  l'empereur sur la gestion de l'empire, n'exerça jamais la direction effective de l'empire conjointement avec l'empereur comme cela a pu parfois ĂȘtre avancĂ©[11].

L'administration centrale
[modifier | modifier le code]

Les plus proches conseillers de l'empereur Ă©taient les Trois Ducs (sangong) et les Neuf Ministres (jiuqing). Les premiers Ă©taient en thĂ©orie les plus proches de l'empereur, supervisant la direction des affaires de l'empire. Ces titres n'Ă©taient apparemment pas systĂ©matiquement attribuĂ©s Ă  une personne, et leur nom ainsi que leurs attributions liĂ©es ont pu Ă©voluer. Le plus important Ă©tait sous les Han antĂ©rieurs celui portant le titre de chancelier (chengxiang), qui secondait l'empereur pour de nombreuses tĂąches, et qui fut parfois confiĂ© Ă  deux personnes en mĂȘme temps. Les deux autres Ă©taient le secrĂ©taire impĂ©rial (yushi dafu) qui surveillait l'administration et le Grand commandant (taiwei) qui avait un rĂŽle militaire, remplacĂ© sous le rĂšgne de Wudi par le GĂ©nĂ©ral en chef (da sima). Les Neuf Ministres, qui n'Ă©taient pas subordonnĂ©s aux Trois Ducs, avaient chacun un domaine de compĂ©tence dĂ©fini, Ă  la tĂȘte de bureaux faisant d'eux les responsables de l'exĂ©cution des dĂ©cisions impĂ©riales et de la conduite quotidienne de l'administration. Certains Ă©taient liĂ©s au milieu de la cour, Ă  savoir les chargĂ©s de l'administration du palais (guanglu xun), du clan impĂ©rial et de son domaine (zongzheng), des finances de l'empereur (le « Petit TrĂ©sorier », shaofu), de la rĂ©ception des ambassades et hĂŽtes (da honglu), de la garde impĂ©riale (weiwei) et des dĂ©placements de la cour (taipu) ; d'autres avaient des compĂ©tences s'Ă©tendant sur l'empire, comme les ministres des rites (taichang), de la justice (tingwei) et de l'agriculture (da sinong, qui gĂ©rait la majoritĂ© des impĂŽts). Ces bureaux avaient une myriade de services sous leur contrĂŽle, qui ont beaucoup Ă©voluĂ© au fil du temps ; le ministre des rites dirigeait ainsi des services chargĂ©s de l'astronomie/astrologie, des danses, des tombes impĂ©riales, ou encore des Ă©coles officielles. Durant le Ier siĂšcle av. J.-C., le service du SecrĂ©tariat impĂ©rial (shangshu) issu de l'administration de la cour intĂ©rieure tendit Ă  devenir le plus important, son directeur supplantant progressivement le Chancelier[12].

L'administration de l'empire

[modifier | modifier le code]
Royaumes et commanderies des Han occidentaux d'aprĂšs le recensement de l’an 2. La plus forte concentration de commanderies dans la plaine Centrale reflĂšte la plus grande densitĂ© de peuplement dans cette partie de la Chine.

L'empire des Han Ă©tait vaste d'environ 7 millions de kilomĂštres carrĂ©s et peuplĂ© d'environ 59 millions de personnes d'aprĂšs les donnĂ©es du recensement de 2 apr. J.-C. Cette taille impliquait une grande variĂ©tĂ© de types de territoires. La majeure partie de la population Ă©tait rĂ©partie dans les rĂ©gions agricoles riches du Nord, autour de deux sous-ensembles sĂ©parĂ©s par les passes de la boucle du fleuve Jaune : la rĂ©gion de la riviĂšre Wei et de Chang'an (le Guanzhong, l'« IntĂ©rieur des Passes ») et la plaine Centrale, irriguĂ©e par le cours moyen du fleuve Jaune, autour de Luoyang (le Guandong, l'« Est des Passes »). Les rĂ©gions mĂ©ridionales autour du Yangzi et encore plus au Sud, ainsi que les rĂ©gions au Nord-Est et au Nord-Ouest Ă©taient moins densĂ©ment peuplĂ©es, et les communications y Ă©taient peu aisĂ©es en dĂ©pit des efforts de construction des routes mis en Ɠuvre dĂšs les Qin[13].

Le contrĂŽle des provinces
[modifier | modifier le code]

Gaozu avait repris des Qin la division du territoire en commanderies (jun) dont les gouverneurs Ă©taient dĂ©signĂ©s par le pouvoir impĂ©rial et dont la rĂ©tribution Ă©tait Ă©quivalente Ă  celle d'un ministre de l’administration centrale[14]. Ils devaient rendre des rapports rĂ©guliers sur leur situation, mais avait jugĂ© bon pour s’attacher les fidĂ©litĂ©s de distribuer des fiefs (guo, « pays » ou « royaumes ») Ă  des princes (wang, terme dĂ©signant les rois dans l'AntiquitĂ©) anciens alliĂ©s ou membres du clan Liu, qui pouvaient transmettre cette fonction Ă  leur successeur suivant un principe dynastique. Ils Ă©taient situĂ©s dans la partie orientale de l'empire. C'Ă©tait une maniĂšre de composer avec les autonomies provinciales, qui conservaient le souvenir des royaumes annexĂ©s par les Qin Ă  peine une vingtaine d'annĂ©es avant la prise de pouvoir des Han, et Ă©taient donc particuliĂšrement vivaces, Ă©tant un facteur dĂ©cisif dans l'effondrement des Qin. Sous les premiers empereurs Han, les princes prirent des libertĂ©s vis-Ă -vis du pouvoir central, allant jusqu’à promulguer leurs propres lois, faisant planer le spectre d'un retour des autonomies rĂ©gionales susceptibles de mettre en pĂ©ril l'unitĂ© de l'empire. Sans supprimer les royaumes, moyen de rĂ©compense utile, les empereurs Wendi, Jing di et Wudi les ramenĂšrent dans le giron de l’empire : leurs dĂ©tenteurs furent obligĂ©s Ă  venir Ă  la capitale chaque annĂ©e pour rendre compte de la situation de leur apanage et rendre hommage Ă  l'empereur, perdirent le contrĂŽle de la dĂ©signation des principaux fonctionnaires chargĂ©s de ces circonscriptions, et leur taille fut rĂ©duite[15]. La situation de ces pays Ă©tait donc rĂ©alignĂ©e sur celle des provinces, et les Han Ă©vitĂšrent de sombrer de la mĂȘme maniĂšre que les Qin en trouvant une « voie moyenne » entre une centralisation excessive et une trop grande autonomie provinciale risquant de conduire Ă  l'Ă©clatement de l'empire[16]. Sous les Han postĂ©rieurs, les royaumes furent supprimĂ©s.

En 106 av. J.-C., une nouvelle Ă©tape dans le contrĂŽle des provinces Ă©tait franchie avec la division de l’ensemble du territoire en treize (portĂ©es Ă  quatorze peu aprĂšs) prĂ©fectures (zhou), zones d’activitĂ©s des ceshi, sortes de missi dominici accomplissant des tournĂ©es d'inspection dans les provinces. Celles-ci avaient des tailles trĂšs variĂ©es. Les provinces Ă©taient en gĂ©nĂ©ral plus rĂ©duites dans la plaine Centrale, qui Ă©tait donc densĂ©ment administrĂ©e, et plus vastes sur les marges de l'empire, souvent peu peuplĂ©es et mal contrĂŽlĂ©es par leur administration. Elles avaient parfois un statut spĂ©cial de marche (dao). Dans certaines de ces rĂ©gions, les Han s'Ă©taient du reste contentĂ©s de placer sous leur autoritĂ© des royaumes autochtones. Les provinces Ă©taient subdivisĂ©es en comtĂ©s (xian), ou en marquisats (hou) attribuĂ©s Ă  des membres de lignages secondaires de la famille impĂ©riale, reprenant Ă  une Ă©chelle locale les principes des royaumes, leurs dĂ©tenteurs ne disposant pas d'un vĂ©ritable contrĂŽle sur leur administration. Le dernier Ă©chelon administratif Ă©tait celui du village ou des quartiers urbains (li) dirigĂ©s par des notables locaux[17]. 156 textes administratifs inscrits sur des lamelles de bois et de bambou datĂ©s entre 16 et 11 av. J.-C. mis au jour Ă  Yinwan dans le Jiangsu oriental documentent le fonctionnement d'une des provinces de l'empire Han, la commanderie de Donghai. Un rapport annuel destinĂ© Ă  la capitale indique ainsi qu'elle comptait une population de 1 394 195 habitants, encadrĂ©s par 2 203 fonctionnaires, avec d'importants revenus fiscaux couvrant Ă  peu prĂšs ses dĂ©penses[18].

Finances et mesures économiques
[modifier | modifier le code]

Le contrĂŽle des provinces est avant tout essentiel pour les finances de l'empire. Les fonctionnaires provinciaux devaient tenir des registres de recensement de la population et des domaines agricoles de leurs circonscriptions, qui ont permis Ă  deux reprises (en 2 et 140 de notre Ăšre) de procĂ©der Ă  une Ă©valuation de la population de tout l'empire, dont les chiffres sont cependant sans doute incertains, dĂ©pendant de l'honnĂȘtetĂ© des recenseurs et de leur capacitĂ© Ă  identifier toute la population, surtout dans les zones vastes et peu peuplĂ©es[19]. Les taxes principales Ă©taient de deux types : la premiĂšre Ă©tait un impĂŽt foncier en nature prĂ©levĂ© sur les produits des exploitations agricoles ; la seconde Ă©tait une capitation acquittĂ©e en monnaie, pesant sur les personnes[20]. D'autres taxes Ă©taient prĂ©levĂ©es sur les Ă©changes commerciaux[21]. Les hommes adultes devaient Ă©galement des journĂ©es de corvĂ©es Ă  l’État, en particulier pour l'entretien ou la construction d'amĂ©nagements hydrauliques ou de routes, ainsi que le service militaire[22].

La politique Ă©conomique des Han reposait, comme celle de leurs prĂ©dĂ©cesseurs Qin, sur la promotion de l'agriculture, vue comme la principale si ce n'est l'unique source d'enrichissement de la sociĂ©tĂ©. Les politiques agricoles firent donc l'objet de nombreux dĂ©bats. On rĂ©clama souvent une politique de limitation de la taille des grands domaines agricoles pour Ă©viter l'augmentation des disparitĂ©s sociales. D'autres voyaient en revanche dans l'augmentation de la taille des domaines privĂ©s un moyen d'enrichissement de l’État, car cela augmentait la production et par suite la population, ses deux principales mannes. On dĂ©battait Ă©galement sur la nĂ©cessitĂ© de contrĂŽler les Ă©changes commerciaux et les prix, souvent selon un parti-pris anti-mercantiliste, ce qui justifia la surveillance accrue des marchĂ©s. Les controverses furent Ă©galement aigĂŒes sur la nĂ©cessitĂ© de monopoles sur l'extraction et la production de fer et de sel, qui furent instaurĂ©es en 119 av. J.-C. et persistĂšrent jusqu'Ă  la fin de la dynastie[23].

Législation
[modifier | modifier le code]

Les souverains fondateurs de la dynastie Han avaient conservé les principes légistes guidant la législation de leurs prédécesseurs Qin, suivant lesquels la loi devait servir à discipliner le peuple, prévoyant des récompenses pour les plus méritants (titres honorifiques, terres, argent) et des chùtiments pour ceux qui commettaient des délits. Aucun texte législatif de cette période n'a été conservé en totalité. Mais grùce aux textes historiques, en premier lieu le Traité juridique du Livre des Han, on en connait depuis longtemps des extraits ainsi que des débats précédent des décisions juridiques. Les documents juridiques exhumés dans une tombe de Zhangjiashan dans le Hubei en 1983-84, datés de 186 av. J.-C., ont fourni un éclairage complémentaire trÚs appréciable[24].

Le droit Ă©tait de nature pĂ©nale, prĂ©voyant des peines graduĂ©es selon la gravitĂ© du crime commis. Gaozu passe pour avoir allĂ©gĂ© la duretĂ© des peines de l'Ă©poque Qin, mais cela n'est pas Ă©tabli avec certitude. La sĂ©vĂ©ritĂ© Ă©tait notamment exigĂ©e contre les meurtres, les vols, le rejet de l'autoritĂ© de l'empereur, de l’État ou des parents, mais aussi des crimes religieux (magie noire, non-respect des lieux sacrĂ©s). Dans la droite ligne des Qin, les rĂšglements des Han insistaient Ă©galement sur la probitĂ© des fonctionnaires, qui Ă©taient chĂątiĂ©s en cas de dĂ©tournement de fonds publics, de corruption, de rĂ©alisation de faux documents officiels, etc. Pour renforcer l'exemplaritĂ© de la peine capitale, les exĂ©cutions avaient lieu sur les places des marchĂ©s et les corps Ă©taient ensuite exposĂ©s. Dans les faits, les membres des familles Ă©minentes Ă©taient moins passibles d'ĂȘtre punis durement, notamment parce qu'ils pouvaient Ă©viter les chĂątiments corporels en payant des amendes ou en rendant des titres honorifiques dont ils disposaient, ce qui Ă©tait impossible pour le commun des sujets de l'empereur. L'exercice de la justice Ă©tait entre les mains des dĂ©tenteurs de l'autoritĂ© administrative (gouverneurs de provinces et de comtĂ©s) et plus largement toute personne disposant d'une autoritĂ© hiĂ©rarchique sur une autre (un gĂ©nĂ©ral envers ses soldats par exemple), ainsi que le chef de famille Ă  l'intĂ©rieur de celle-ci (hors cas passibles de chĂątiments corporels ou condamnations Ă  mort). L'empereur Ă©tait l'autoritĂ© juridique suprĂȘme, Ă©dictant les lois et rendant parfois des jugements de premiĂšre importance (cas de trahison)[25].

Fonction publique

[modifier | modifier le code]
Manuscrit sur papier, une sorte de chanvre, écriture des scribes (lishu). Han de l'Est. Gansu. D. 17,5 cm[26].

La pĂ©riode de la dynastie Han voit le triomphe d'une organisation administrative reposant sur des fonctionnaires-lettrĂ©s caractĂ©ristiques de la civilisation chinoise. L'empire reposait sur une bureaucratie trĂšs nombreuse, localisĂ©e aussi bien dans la capitale que jusqu'aux Ă©chelons les plus petits de l'administration locale. Selon le Livre des Han, il aurait comptĂ© en 5 av. J.-C. 130 285 fonctionnaires, dont environ 30 000 dans la capitale, sans compter l'appareil militaire ; ces chiffres sont considĂ©rĂ©s comme rĂ©alistes[27]. C'Ă©tait un systĂšme trĂšs hiĂ©rarchisĂ©, organisĂ© en plusieurs grades offrant des avantages financiers Ă©vidents. Partageant une culture et une idĂ©ologie globalement homogĂšne, marquĂ©e par les Ă©tudes confucĂ©ennes encadrĂ©es par l’État, ces lettrĂ©s-fonctionnaires travaillaient dans les bureaux de la capitale et Ă©galement aux fonctions les plus importantes de l'administration des provinces (les postes subalternes Ă©tant occupĂ©s par des personnes plutĂŽt formĂ©es sur le tas). Ces fonctions octroyant du pouvoir sur l'administration de l'empire et de ses ressources humaines et Ă©conomiques, elles furent investies par les Ă©lites.

Dans l'optique d'une bonne administration de l'empire, ses fondateurs voulurent trouver des hommes suffisamment mĂ©ritants et bien formĂ©s pour permettre le fonctionnement de ce systĂšme, tout en empĂȘchant une trop grande concentration du pouvoir entre certaines mains. Le gouvernement central avait fait le choix de s'appuyer sur un systĂšme de recommandation Ă©manant de fonctionnaires en place dans les provinces et dans l'administration centrale, chargĂ©s de dĂ©busquer et promouvoir les plus mĂ©ritants. Ceux qui Ă©taient envoyĂ©s Ă  la capitale pouvaient ĂȘtre soumis Ă  des examens servant Ă  valider leurs compĂ©tences. À l'Ă©poque de Wudi, le systĂšme se prĂ©cisa. Chaque chef de district devait prĂ©senter un quota de candidats aptes au service sous peine de sanctions. DĂ©terminĂ©s dans une optique confucĂ©enne, les critĂšres de sĂ©lection Ă©taient moraux et vagues : avant tout « piĂ©tĂ© filiale et incorruptibilité » (xiaolian). On recommandait ainsi entre 250 et 300 personnes chaque annĂ©e. À des intervalles irrĂ©guliers les empereurs demandaient des recrutements exceptionnels (mais plus limitĂ©s en nombre) de personnes au « talent florissant », expression qui fut remplacĂ©e aux dĂ©buts des Han postĂ©rieurs par celle de « talent abondant », qui devaient ĂȘtre prĂ©sentĂ©s annuellement. Ils devaient en principe ĂągĂ©s de plus de 40 ans. Une AcadĂ©mie impĂ©riale fut créée sous le rĂšgne de Wudi pour parfaire l'instruction de ceux qui devaient servir aux fonctions les plus importantes. Les Han postĂ©rieurs approfondirent ce systĂšme, donnant plus de poids Ă  l’examen qu’à la recommandation : en 132 il fut dĂ©crĂ©tĂ© que tous les candidats allant Ă  la capitale devaient passer un examen ; en 178 une nouvelle Ă©cole pour lettrĂ©s-fonctionnaires fut créée Ă  Luoyang. Cette Ă©ducation Ă©tait trĂšs marquĂ©e par le poids de la tradition confucĂ©enne, mettant l'accent sur la maĂźtrise de l'Ă©criture et des « classiques »[28].

Les personnes formĂ©es ainsi pouvaient servir dans l'administration centrale ou aux postes les plus importants de l'administration provinciale. De fait, le principe du choix des talents par des fonctionnaires dĂ©jĂ  Ă©tablis ne permit pas vraiment l'instauration d'un systĂšme mĂ©ritocratique, puisque le choix pouvait ĂȘtre guidĂ© par des principes familiaux (les fils de hauts dignitaires avaient un droit hĂ©rĂ©ditaire Ă  intĂ©grer l'administration), clientĂ©listes ou mĂȘme financiers (vente de charges). Il y avait du reste toujours la possibilitĂ© de recommander des « talents » de façon informelle. La promotion ou la rĂ©trogradation des fonctionnaires pouvait ĂȘtre faite aussi bien par le mĂ©rite que par les rĂ©seaux qu'ils Ă©taient en mesure de se bĂątir. Ils Ă©taient tenus de rendre des rapports rĂ©guliers de leurs activitĂ©s et Ă©taient soumis Ă  une rĂ©glementation tatillonne. Mais pour pouvoir connaĂźtre un avancement il valait mieux avoir des appuis haut placĂ©s, les rapports des supĂ©rieurs hiĂ©rarchiques Ă©tant trĂšs importants dans l'Ă©volution de la carriĂšre[28].

L'expansion de l'empire vers les régions voisines

[modifier | modifier le code]
L'expansion de l'empire des Han au IIe siÚcle av. J.-C.
Expédition de Zhang Qian en Asie Centrale dépeinte sur une fresque de Dunhuang, grottes de Mogao, 618-712.
Statuettes funéraires de cavaliers, période des Han antérieurs, musée provincial de Hainan.
Porte de la passe de Yumen, datée de la période Han, située prÚs de Dunhuang (Gansu) et servant pour le contrÎle de la route reliant l'empire Han aux cités d'Asie intérieure.
Époque des Han de l'Est. Coton teint en bleu, batik au bodhisattva. Niya, Xinjiang. ÜrĂŒmqi, musĂ©e prov[29].
Tissage de laine : chevalier de facture hellĂ©nique[30]. Époque des Han de l'Est. Shanpula, Xian de Lop, Xinjiang.

Une fois stabilisé et débarrassé des forces centrifuges qui le menaçaient de l'intérieur, l'empire des Han connaßt une formidable expansion territoriale vers l'extérieur sous le rÚgne de Wudi. Encore une fois, il s'agit de la poursuite d'une politique déjà menée par le Premier empereur Qin, mais elle la dépasse largement par ses succÚs. Se met alors en place un systÚme diplomatique et militaire qui pose les bases des relations des futurs empires chinois avec les pays voisins, en particulier en direction de l'Asie intérieure. L'ouverture de la « route de la soie » est vouée à avoir des conséquences économiques et culturelles majeures sur la civilisation chinoise.

Nord et Asie centrale

[modifier | modifier le code]
La lutte contre les Xiongnu
[modifier | modifier le code]

Les royaumes chinois septentrionaux de l'Ă©poque prĂ©-impĂ©riale Ă©taient entrĂ©s en contact avec les populations du Nord ayant un mode de vie nomade ou semi-nomade. Ces contacts s'Ă©taient soldĂ©s par des conflits, mais Ă©galement des Ă©changes, par exemple l'introduction de la cavalerie montĂ©e en Chine. Les Qin avaient menĂ© une politique agressive contre ces peuples, et Ă©rigĂ© la Grande muraille pour dĂ©limiter l'espace qu'ils souhaitaient contrĂŽler et dĂ©fendre. Ces attaques ont eu pour effet d'accĂ©lĂ©rer la constitution d'entitĂ©s politiques chez ces peuples du Nord, en premier lieu chez les Xiongnu Ă  l'extrĂȘme fin du IIIe siĂšcle av. J.-C. Le fondateur de leur empire, Modu (269-147 av. J.-C.), Ă©tait un chef de guerre qui avait ralliĂ© Ă  lui de nombreuses tribus et s'Ă©tait fait proclamer chanyu, titre de souverain suprĂȘme, avant de rĂ©ussir Ă  soumettre une vaste zone entre la Mandchourie et le bassin du Tarim. En 200 av. J.-C., les armĂ©es Han furent vaincues, et il fut donc dĂ©cidĂ© de reconnaĂźtre l'Ă©galitĂ© de rang entre les souverains des deux empires, et d'acheter la paix au prix fort : des prĂ©sents en or, soie et grains Ă©taient expĂ©diĂ©s chaque annĂ©e Ă  l'empire du Nord, et des princesses Han furent mariĂ©es Ă  la famille impĂ©riale Xiongnu. Cette politique, qualifiĂ©e de « paix et amitié » (heqin) servait aussi une volontĂ© de siniser cet empire pour le rendre moins menaçant. En 162 av. J.-C., un traitĂ© formalisa cette relation et dĂ©limita les sphĂšres d'influence des deux empires, ou plutĂŽt entre une zone « civilisĂ©e » et une zone « barbare » aux yeux des Chinois[31].

Cette politique ne s'avĂ©ra pas tenable, les Xiongnu ne respectant pas ce traitĂ© ni ceux qui furent conclus par la suite, et elle fut abondamment critiquĂ©e par diffĂ©rents conseillers comme Jia Yi et Chao Cuo (en), d'autant plus qu'elle Ă©tait trĂšs coĂ»teuse financiĂšrement parlant. Les gouverneurs des provinces du Nord Ă©taient en premiĂšre ligne face Ă  l'expansion des Xiongnu, et plusieurs furent tentĂ©s de se rallier Ă  eux. Sous le rĂšgne de Wudi, une politique plus agressive fut choisie, facilitĂ©e par la fin des troubles internes Ă  l'empire Han. Une premiĂšre campagne Ă©choua piteusement en 134 av. J.-C. L'annĂ©e 126 av. J.-C. voit le retour Ă  Chang'an de Zhang Qian, gĂ©nĂ©ral envoyĂ© en 139 vers l'Ouest pour chercher une alliance avec les Yuezhi, anciens ennemis des Xiongnu Ă©tablis dans la rĂ©gion de l'Amou Darya. Il ne connut pas le succĂšs sur ce point, mais son pĂ©riple lui offrit une bonne connaissance des rĂ©gions occidentales, et d'autres expĂ©ditions devaient suivre. Elles eurent pour consĂ©quence d'ouvrir la Chine aux pays de l'Ouest, dont l'alliance fut recherchĂ©e, mais Ă©galement avec lesquels les relations commerciales furent plus poussĂ©es, posant les bases de l'essor de la route de la soie au siĂšcle suivant. Les offensives menĂ©es contre les Xiongnu commencĂšrent Ă  porter leurs fruits, et connurent meilleure fortune entre 127 et 119, en particulier celles conduites par le gĂ©nĂ©ral Wei Qing, tandis que l'arrĂȘt du versement du tribut priva la chanyu de ressources primordiales. Cela entraĂźna la dislocation de la coalition de tribus qu'il dirigeait, et il ne fut plus une menace sĂ©rieuse pour l'empire Han[32].

Expansion militaire et diplomatique
[modifier | modifier le code]

Les expĂ©ditions de Zhang Qian en Asie centrale avaient fourni l'opportunitĂ© pour une expansion en direction de ces rĂ©gions, une fois les Xiongnu affaiblis. Les Han recherchĂšrent d'abord l'alliance de deux puissants royaumes de ces rĂ©gions, celui des Wusun et celui de Loulan, pour contrecarrer les possibilitĂ©s d'expansion des Xiongnu. Une campagne menĂ©e en 108 aboutit Ă  leur soumission. En 101 av. J.-C., une expĂ©dition parvint jusque dans la vallĂ©e de Ferghana, oĂč les magnifiques chevaux de la rĂ©gion furent amenĂ©s Ă  Chang'an au titre de tribut. Les dĂ©cennies suivantes confirmĂšrent la prise de contrĂŽle du Turkestan oriental par les Han, tandis que l'empire Xiongnu se divisait en plusieurs entitĂ©s[33]. Au Nord-Est, les Han plaçaient sous leur contrĂŽle une vaste partie de la Mandchourie, peuplĂ©e notamment par les Wuhuan, puis la pĂ©ninsule corĂ©enne qui fut incorporĂ©e Ă  l'empire dans les derniĂšres annĂ©es du IIe siĂšcle av. J.-C.[34].

Documents administratifs sur lamelles de bois mis au jour dans la rĂ©gion de JĂŒyan, pĂ©riode des Han postĂ©rieurs.

Wudi fut alors libre de constituer de nouvelles provinces au Nord et Ă  l'Ouest. Il s'agissait en fait surtout de rĂ©gions peuplĂ©es par des colonies militaires ayant leur propre domaine agricole visant Ă  assurer leur entretien (tuntian), peuplĂ©es par des centaines de milliers de paysans et soldats installĂ©s de force. On abandonna alors le principe d'une armĂ©e reposant surtout sur des paysans conscrits hĂ©ritĂ©e des Qin et destinĂ©e avant tout aux conflits intĂ©rieurs, pour une armĂ©e de frontiĂšres, surtout concentrĂ©e dans les garnisons du Nord et de l'Ouest, constituĂ©e de soldats de mĂ©tier ou de nomades incorporĂ©s dans l'armĂ©e chinoise, jugĂ©s plus aptes aux mĂ©thodes de combats reposant avant tout sur la cavalerie montĂ©e, ainsi que de criminels condamnĂ©s Ă  servir dans les armĂ©es[35]. La politique d'incorporation des peuples Ă©trangers dans le systĂšme des royaumes vassaux ou mĂȘme dans des commanderies frontaliĂšres afin de disposer de leurs soldats pour les campagnes militaires devait connaĂźtre un grand essor, notamment avec les Xiongnu, les Qiang et les Wuhuan. Cela entraĂźna l'intĂ©gration de populations non chinoises dans les provinces frontaliĂšres, oĂč elles Ă©taient contrĂŽlĂ©es (souvent rudement) par les fonctionnaires impĂ©riaux[36]. Les garnisons de capitales des commanderies frontaliĂšres du Nord et de l'Ouest, Dunhuang (Gansu) et JĂŒyan (Mongolie intĂ©rieure) ont livrĂ© une abondante documentation administrative inscrite sur des lamelles de bois et de bambou, qui ont fourni des informations apprĂ©ciables sur la vie des colonies militaires de ces rĂ©gions. Leur administration reposait sur des garnisons importantes au niveau le plus important, puis des forteresses, des tours de garde gardĂ©es par une poignĂ©e de soldats contrĂŽlant les dĂ©placements des personnes (qui devaient ĂȘtre munies de laissez-passer) et signaler tout ce qui importait Ă  la sĂ©curitĂ© de la province, ainsi qu'un systĂšme de relais facilitant les communications[37].

Les rois Ă©trangers soumis aux empereurs Han recevaient des gratifications comme des sceaux impĂ©riaux et des titres leur confĂ©rant une place dans l'ordre impĂ©rial chinois, ou parfois mĂȘme des princesses du clan impĂ©rial. Ils Ă©taient Ă©galement astreints Ă  envoyer des otages Ă  la cour chinoise (souvent des princes) qui y recevaient une Ă©ducation chinoise et Ă©taient donc par la suite d'importants vecteurs de sinisation. Mais le plus important moyen d'influence des Han Ă  l'extĂ©rieur Ă©tait dans leur politique de prĂ©sents. La soumission des royaumes Ă©trangers entraĂźnait pour eux la nĂ©cessitĂ© de verser un tribut Ă  leurs maĂźtres, prĂ©sents symbolisant leur soumission au Fils du Ciel. Il s'agissait de produits reprĂ©sentant les pays soumis aux yeux des Chinois, pour lesquels ils avaient un attrait exotique. Mais les prĂ©sents offerts par les Han dĂ©passaient largement la valeur de ce qu'ils recevaient eux-mĂȘmes : rouleaux de soie et or avant tout. Ils se plaçaient ainsi dans un systĂšme d'Ă©changes symboliques visant Ă  montrer leur supĂ©rioritĂ©. Ces diffĂ©rents moyens d'action ont connu un succĂšs Ă©vident durant le Ier siĂšcle av. J.-C., comme en tĂ©moigne l'extension du rĂ©seau des « royaumes dĂ©pendants » (shuguo) Ă  cette pĂ©riode et l'essor de l'influence culturelle chinoise Ă  l'Ouest, au dĂ©triment du TrĂ©sor impĂ©rial Ă  qui ces amitiĂ©s coĂ»taient trĂšs cher[38]. La politique de dons a Ă©galement donnĂ© une impulsion forte Ă  l'essor du commerce de la soie sur la route du mĂȘme nom au Ier siĂšcle av. J.-C., la circulation des tributs et prĂ©sents se faisant sur les mĂȘmes chemins que celle des produits commerciaux[39].

Les routes provenant de l'Asie intĂ©rieure amenaient depuis longtemps en Chine des blocs de jade, pierre considĂ©rĂ©e comme trĂšs prestigieuse dans ce pays, et trĂšs utilisĂ©e dans l'art funĂ©raire. La nouveautĂ© fut l'introduction plus abondante de chevaux depuis les contrĂ©es d'Occident. On se prĂ©occupa de plus en plus d'importer massivement — quel qu'en fĂ»t le prix — une race plus Ă©lancĂ©e, les coursiers indispensables pour protĂ©ger les frontiĂšres du nord — au contact des Xiongnu — et de l'ouest — les routes de la soie — contre des populations de cavaliers dont la pression se fit de plus en plus pressante avec le temps, et aussi pour relier rapidement le vaste territoire de l'empire unifiĂ©. Pendant quelques dĂ©cennies les routes de la soie furent ouvertes et avec l'accĂšs aux oasis et le Ferghana, les Han se procurĂšrent les chevaux « aux sueurs de sang » (c'est-Ă -dire avec une robe tachetĂ©e de roux) nĂ©cessaires Ă  la remonte sur de longues distances.

Pays méridionaux

[modifier | modifier le code]
Le sceau impérial du roi Zhao Mo de Nanyue.

Les chefferies des rĂ©gions du Sud de la Chine, correspondant aux actuels Guangdong, Guangxi, Zhejiang, Fujian, ainsi qu'au nord du Viet-Nam, Ă©taient passĂ©es sous administration Qin, mais elles Ă©taient peu peuplĂ©es et attiraient peu l'intĂ©rĂȘt de l'administration. Les nombreux peuples autochtones, notamment les Yue dans le Sud-Est, Ă©taient mal contrĂŽlĂ©s. Les troubles accompagnant la prise de pouvoir par les Han avaient Ă©tĂ© l'occasion pour des potentats locaux de se rendre indĂ©pendants. Le royaume de Nanyue, s'Ă©tendant sur le Guangdong et le Guangxi, reconnut la suzerainetĂ© des Han, comme en tĂ©moigne la prĂ©sence d'un sceau impĂ©rial Han dans la tombe de son roi Zhao Mo (137-122)[40]. Il fut finalement annexĂ© et transformĂ© en commanderie en 111 av. J.-C., en mĂȘme temps qu'un autre royaume mĂ©ridional avec lequel il avait parfois Ă©tĂ© en conflit, le Minyue, situĂ© dans le Zhejiang actuel. Le royaume Dian, localisĂ© dans l'actuel Yunnan, fut quant Ă  lui soumis en 109 av. J.-C. puis dĂ©finitivement Ă©liminĂ© quelques annĂ©es plus tard aprĂšs une rĂ©bellion. Les pays mĂ©ridionaux Ă©taient alors passĂ©s sous administration directe, le pouvoir central se contentant d'y disposer de quelques garnisons et agglomĂ©rations administratives Ă©parpillĂ©es sur ces vastes contrĂ©es qui constituĂšrent des Ăźlots de population Han (commanderies de Nanhai, Cangwu et Jiaozhi), tandis que certaines parties comme le pays des Minyue ne furent jamais solidement tenues. Dans la foulĂ©e, le commerce maritime en direction de l'Asie du Sud-Est connut un timide dĂ©veloppement[41].

La fin des Han occidentaux et le rĂšgne de Wang Mang

[modifier | modifier le code]

Au bout du compte, il apparaĂźt que les Han ont su mettre en place une administration efficace, et les plus belles annĂ©es du rĂšgne de Wudi ont pu ĂȘtre vues comme un Ăąge d'or. Ce fut en tout cas le triomphe du pouvoir impĂ©rial autour duquel s'Ă©tait concentrĂ© l'essentiel du pouvoir. Les derniĂšres annĂ©es du rĂšgne de Wudi furent marquĂ©es par des Ă©pisodes de troubles Ă  la cour, notamment des affaires de sorcellerie conduisant Ă  la mort plusieurs hauts personnages, et dont les consĂ©quences les plus dramatiques furent la rĂ©volte et le suicide du prince hĂ©ritier Liu Ju et de l'impĂ©ratrice Wei Zifu. Wudi dĂ©signa alors un de ses jeunes fils pour lui succĂ©der, non sans avoir Ă©liminĂ© sa mĂšre pour qu'elle n'exerce pas une autoritĂ© similaire Ă  celle des prĂ©cĂ©dentes impĂ©ratrices, et confia la rĂ©gence au gĂ©nĂ©ral Huo Guang. C'est Ă  ce prix que la transition fut assurĂ©e dans le calme aprĂšs la mort de Wudi en 87 av. J.-C., quand lui succĂ©da son fils Zhao (86-74 av. J.-C.). Huo Guang exerça la rĂ©gence en poursuivant les tendances autocratiques du dĂ©funt empereur, installant sa famille aux postes-clĂ©s de l'administration, et mariant sa fille Ă  l'empereur Xuan (73-49 av. J.-C.) sur lequel il exerça Ă©galement son ascendant. AprĂšs sa mort en 68 av. J.-C., sa famille fut Ă©liminĂ©e par les nouveaux maĂźtres de la cour issus de la famille des impĂ©ratrices. DĂ©sormais, les plus proches de l'empereur, ayant accĂšs Ă  la « cour intĂ©rieure », exercĂšrent la direction effective de l'empire, de fait les proches des impĂ©ratrices mais aussi les eunuques[42].

ParallĂšlement, l'empire devenait minĂ© dans les provinces par un problĂšme rĂ©current, celui de la constitution d'un groupe de lignages disposant de vastes domaines Ă  l'Ă©chelle rĂ©gionale, profitant de l'appauvrissement des paysans propriĂ©taires Ă  la suite des lourdes levĂ©es d'impĂŽts ou d'autres problĂšmes (mauvaises rĂ©coltes surtout) pour accaparer leurs terres, privant ainsi l’État de ses contribuables privilĂ©giĂ©s. Des pouvoirs provinciaux s'Ă©taient ainsi reconstituĂ©s dans le courant du Ier siĂšcle av. J.-C., contrebalançant l'autoritĂ© centrale[43].

La cour passa durant les derniĂšres dĂ©cennies du Ier siĂšcle av. J.-C. sous la coupe de l'impĂ©ratrice Wang Zhengjun, mĂšre de l'empereur Cheng (32-7 av. J.-C.), qui assura Ă  sa famille les postes les plus importants sous les rĂšgnes des empereurs Ai (6-1 av. J.-C.) et Ping (1 av. J.-C.–5 apr. J.-C.), qui moururent sans hĂ©ritier. Son jeune neveu Wang Mang parvint Ă  devenir rĂ©gent des deux. Il nourrissait plus d'ambitions que les autres membres de sa famille, se prĂ©sentant comme un promoteur actif des valeurs confucĂ©ennes. Puis il se sentit suffisamment sĂ»r de son pouvoir (qui fut lĂ©gitimĂ© par des prĂ©sages jugĂ©s favorables) pour se proclamer empereur en 9, fondant une nouvelle dynastie du nom de Xin, « Renouveau », annonçant un programme de changement radical. Il entreprit dans cet esprit des rĂ©formes audacieuses : changement des titres et institutions, rĂ©forme agraire visant Ă  redistribuer des terres Ă  tous les paysans, Ă©missions de nouvelles formes de monnaie avec une dĂ©valuation, extension des monopoles et mise en place de mesures visant Ă  contrĂŽler les prix des denrĂ©es de base et stratĂ©giques (grain, soie), etc. Ses mesures allient donc un renforcement de celles dĂ©jĂ  entreprises par les empereurs Han Ă  d'autres plus novatrices, s'appuyant notamment sur des classiques censĂ©s dĂ©crire les institutions des Zhou (les Rites de Zhou notamment) ; il cherchait Ă©galement Ă  rabaisser le pouvoir des grandes familles qui pouvaient constituer une menace pour lui. Mais ses rĂ©formes ne furent manifestement pas appliquĂ©es de façon efficace[44].

La restauration des premiers Han orientaux

[modifier | modifier le code]

Le rétablissement de la dynastie Han

[modifier | modifier le code]

Les rĂ©formes de Wang Mang ont peut-ĂȘtre heurtĂ© les Ă©lites de l'empire, mais ce n'est pas ce qui allait causer la chute de Wang Mang. Celle-ci vint des consĂ©quences d'une inondation qui dĂ©vasta le bassin infĂ©rieur du fleuve Jaune en 17, crĂ©ant un dĂ©sordre (notamment une famine) fournissant le terreau aux insurrections des « Sourcils rouges » et des « Lulins » , constituĂ©s surtout de paysans. Ils infligĂšrent plusieurs dĂ©faites aux troupes impĂ©riales en 18 et 22. L'autoritĂ© du pouvoir central se dĂ©sagrĂ©gea, et de nombreux foyers rebelles Ă©mergĂšrent, aboutissant parfois Ă  la formation de principautĂ©s autonomes. Ce contexte profita Ă  une des branches du clan Liu, descendante de l'empereur Jingdi, donc ayant une parentĂ© trĂšs lointaine avec les derniers Han antĂ©rieurs, et implantĂ©e Ă  Nanyang dans le Henan. Un des membres de cette branche, Liu Xiu, rĂ©ussit Ă  s'affirmer aprĂšs de nombreuses pĂ©ripĂ©ties comme un grand chef militaire, en plus de pouvoir se prĂ©senter comme hĂ©ritier de l'ancienne dynastie dont le retour Ă©tait ardemment souhaitĂ© par de nombreux rebelles, signe de l'important prestige qu'elle avait su se constituer. AprĂšs la mort de Wang Mang en 23 et sa proclamation comme empereur en 25 (nom posthume Guangwu), il lui fallut encore quelques annĂ©es pour Ă©teindre les derniĂšres rĂ©voltes embrasant l'empire, notamment celle des Sourcils rouges, ainsi que plusieurs potentats locaux, ce qu'il fit en mĂȘlant mesures de pardon et victoires militaires[45].

Évolutions de l'administration centrale et du pouvoir impĂ©rial

[modifier | modifier le code]

Une des mesures les plus importantes du rÚgne de Guangwu fut le transfert de la capitale de Chang'an à Luoyang, marquant la prééminence des régions de l'est des passes, foyer économique et culturel le plus dynamique de la Chine à cette période. La dynastie des Han postérieurs fut alors souvent présentée dans une veine confucéenne comme plus respectueuse de la culture et des rituels que celle qui la précédait[46]. Guangwu et ses deux successeurs Ming et Zhang, qui montÚrent sur le trÎne sans encombre, ont laissé l'image de souverains avisés, et leurs rÚgnes furent une période relativement prospÚre[47].

Du point de vue institutionnel, la pĂ©riode des Han postĂ©rieurs vit l'affirmation dĂ©finitive du SecrĂ©tariat impĂ©rial (shangshu), chargĂ© de rĂ©diger et publier les ordres et la correspondance de l'empereur, devenu finalement un vĂ©ritable cabinet impĂ©rial, tirant une grande puissance de la proximitĂ© du monarque. Son directeur (shangshu ling) devint de fait un des personnages principaux de la cour, supplantant le Chancelier qui Ă©tait une figure majeure sous les Han antĂ©rieurs, et ce service contrĂŽla Ă  son tour plusieurs bureaux fixĂ©s au nombre de six. Mais la structure de l'administration traditionnelle fut prĂ©servĂ©e, mĂȘme si beaucoup de titres avaient perdu une partie de leur substance et de leur importance. La proximitĂ© de l'empereur continua de servir l'affirmation des eunuques, qui disposaient en principe de charges et bureaux liĂ©s Ă  la maison impĂ©riale (intendance du palais, du harem, des jardins, garde des portes, etc.) et devinrent une force politique majeure sous les Han postĂ©rieurs. Les impĂ©ratrices (y compris douairiĂšres) et les princes (en particulier l'hĂ©ritier dĂ©signĂ©) disposaient Ă©galement de leur propre cour avec ses bureaux[48]. La rĂ©partition du pouvoir au sein de l'administration centrale visait ainsi Ă  assurer son partage entre plusieurs personnages et bureaux recevant une dĂ©lĂ©gation d'une part de l'autoritĂ© impĂ©riale[49].

La stabilitĂ© apportĂ©e par les trois premiers Han postĂ©rieurs se maintint jusqu'en 88, dĂ©but du rĂšgne de Hedi (88-105), moment Ă  partir duquel les empereurs intronisĂ©s le furent tous alors qu'ils n'Ă©taient pas en Ăąge de gouverner. C'Ă©tait sans doute le rĂ©sultat de manipulations de magnats de la cour, issus des deux factions qui prirent alors en concurrence les rĂȘnes du pouvoir, les eunuques et les membres des familles des impĂ©ratrices. SchĂ©matiquement, la pĂ©riode de jeunesse des empereurs donnait du pouvoir Ă  leur mĂšre, qui faisait reposer son pouvoir sur les membres de sa famille, qui se voyaient confier des charges les plus importantes. Mais avec le temps l'empereur dĂ©veloppait des ambitions plus importantes, et cherchait Ă  jouer un rĂŽle plus important en supplantant les ministres de sa famille maternelle et leurs alliĂ©s, et ne pouvait pour cela s'appuyer que sur les eunuques, qui Ă©taient les seuls hommes qu'il pouvait cĂŽtoyer. Les eunuques finirent par constituer une faction solide Ă  la cour, rivale des familles de ministres[50].

La situation aux frontiÚres et les relations extérieures

[modifier | modifier le code]

Aux frontiĂšres, la menace que faisaient peser les Xiongnu dĂ©sormais divisĂ©s Ă©tait moins marquĂ©e au dĂ©but des Han orientaux grĂące aux succĂšs de leurs prĂ©dĂ©cesseurs, et la politique de prĂ©sents continuait avec succĂšs. Cela fut accentuĂ© Ă  partir des annĂ©es 70 par les actions du gĂ©nĂ©ral Ban Chao, qui parvint Ă  rallier Ă  la cause chinoise diffĂ©rents souverains des royaumes sĂ©dentaires de la rĂ©gion du Tarim, qui acceptĂšrent la suprĂ©matie des Han et envoyĂšrent de nombreuses ambassades Ă  Luoyang durant ces annĂ©es. Les Xiongnu furent alors supplantĂ©s par leurs anciens vassaux, les Xianbei, qui furent un temps les alliĂ©s des Han. Ceux-ci menĂšrent dĂšs lors plusieurs campagnes de pillage dans les rĂ©gions frontaliĂšres du Nord moins bien dĂ©fendues que prĂ©cĂ©demment, mais cela n'eut pas de consĂ©quence grave pour l'empire. Les provinces du Sud connurent une pĂ©riode de troubles durant le soulĂšvement des sƓurs Trung dans les annĂ©es 40, mais celui-ci fut rĂ©primĂ© par le gĂ©nĂ©ral Ma Yuan. Les premiers souverains des Han postĂ©rieurs connurent ainsi des succĂšs notables Ă  l'extĂ©rieur. La situation devint en revanche plus compliquĂ©e au Nord-Ouest, oĂč les Qiang, qui avaient Ă©tĂ© installĂ©s dans les provinces frontaliĂšres et y avaient pris une importance croissante en profitant de la situation politique troublĂ©e, Ă©taient devenus une menace majeure au dĂ©but du IIe siĂšcle, Ă  l'origine de plusieurs soulĂšvements qui aboutirent Ă  l'abandon de ces rĂ©gions correspondant Ă  une majeure partie du Gansu et du Shaanxi actuels[51].

Les Ă©changes avec les pays situĂ©s vers l'Occident furent poursuivis en dĂ©pit du recul des troupes Han sur la route de la soie. C'est dans le courant du Ier siĂšcle que le bouddhisme pĂ©nĂštre en Chine depuis l'Ouest. C'est Ă©galement sous les Han postĂ©rieurs que des contacts semblent Ă©tablis avec l'empire romain. Une ambassade est envoyĂ©e pour Ă©tablir un contact avec Rome en 97, mais elle est arrĂȘtĂ©e Ă  la cour des Parthes, qui ne voulaient manifestement pas voir les Chinois discuter avec leurs ennemis Romains. Le Livre des Han Orientaux Ă©voque l'empire occidental (appelĂ© Da Qin), et notamment une ambassade romaine arrivĂ©e Ă  la cour Han en 166, envoyĂ©e par l'empereur An-dun (sans doute Marc AurĂšle). Cela n'est pas mentionnĂ© dans les sources romaines, qui n'Ă©voquent jamais l'empire Han[52]. Les historiens Charles Hucker (en) et Rafe de Crespigny pensent que cette mission a Ă©tĂ© menĂ©e par des marchands romains assez audacieux pour tenter le voyage et non par de vrais diplomates[53].

Le recul de l'influence du pouvoir central dans les provinces

[modifier | modifier le code]
Les provinces de l'empire des Han orientaux vers 140.

Dans les provinces, les inspecteurs régionaux mandatés par le pouvoir central commencÚrent à y résider une majeure partie de l'année, poursuivant le reste du temps leurs tournées d'inspection et se contentant d'envoyer des rapports à la capitale. Leurs liens avec l'administration locale fut donc renforcé. Autre évolution importante en province, l'administration des monopoles sur le fer et le sel fut transférée aux gouverneurs des commanderies[54].

La situation profita aux Ă©lites provinciales qui renforcĂšrent leur emprise sur de nombreuses rĂ©gions de l'empire, dans la droite ligne des Ă©volutions sociales de la fin des Han antĂ©rieurs. Le fondateur des Han postĂ©rieurs Ă©tait lui-mĂȘme un de ces grands propriĂ©taires terriens ayant une base provinciale solide, et il ne combattit pas le pouvoir croissant des grands lignages provinciaux. Les paysans ayant aliĂ©nĂ© leur terre, les migrants, mais aussi les colons militaires se plaçaient souvent sous la coupe d'un de ces personnages, travaillant leur domaine et intĂ©grant leur milice privĂ©e[55].

L'abandon des provinces du Nord-Ouest, l'insĂ©curitĂ© pesant sur les rĂ©gions du Nord ainsi que la croissance des inĂ©galitĂ©s sociales eurent d'importantes consĂ©quences. Entre les recensements de 2 et de 140, la population de l'empire semble avoir diminuĂ© d'environ 8-9 millions de personnes. Il peut s'agir d'un dĂ©clin dĂ©mographique, ou bien de la diminution de la population contrĂŽlĂ©e par l'administration impĂ©riale et ses recenseurs, et donc de la population taxable[56]. Il y eut Ă©galement des migrations en direction du Sud. Entre les recensements de 2 et de 140, la population de certaines de provinces du Nord diminua de 70 % tandis qu'elle augmenta dans les circonscriptions situĂ©es au sud du bassin du fleuve Jaune, mais Ă©galement dans les rĂ©gions plus mĂ©ridionales du bassin du Yangzi, qui restaient encore peu peuplĂ©es et en situation marginale par rapport au reste de l'empire, oĂč certaines commanderies doublĂšrent (voire plus dans certains cas) leur population sur la mĂȘme pĂ©riode, constituant un front de conquĂȘte Ă  l'intĂ©rieur de l'empire[57].

L'affaiblissement et la chute des Han orientaux

[modifier | modifier le code]
Carte de localisation des principaux seigneurs de guerre en 194.

Les premiĂšres dĂ©cennies du IIe siĂšcle ont vu les empereurs passer sous la coupe de plusieurs cliques constituĂ©es par des familles nobles liĂ©es par mariage au lignage impĂ©rial, et par leurs rivaux les eunuques, dont le pouvoir fut de plus en plus important. Les ordres impĂ©riaux Ă©taient de moins en moins suivis en province, oĂč les inspecteurs rĂ©gionaux avaient une plus grande latitude dans leurs actions, d'autant plus que l'empereur n'avait plus les moyens financiers ou la volontĂ© pour les aider en cas de difficultĂ©s : catastrophes naturelles, rĂ©voltes locales, conflits frontaliers (ce qu'illustra de façon dramatique l'abandon des provinces du Nord-Ouest). Les salaires versĂ©s par le pouvoir central aux fonctionnaires provinciaux furent diminuĂ©s, la cour devant mĂȘme emprunter Ă  plusieurs reprises de l'argent aux grands lignages provinciaux. Les autoritĂ©s locales durent gĂ©rer la situation avec leurs propres moyens, ce qui favorisa le renforcement des potentats locaux[58].

À la cour, le pouvoir des eunuques suscita une rĂ©action de la part du parti des aristocrates provinciaux qui fournissaient une grande partie de l'appareil administratif central, qui avait dĂ©sormais perdu toute autoritĂ©. Un premier Ă©pisode sanglant eut lieu en 159 quand la famille Liang, dont Ă©taient issus trois impĂ©ratrices, plusieurs concubines et de nombreux ministres, fut Ă©liminĂ©e Ă  l'instigation de l'empereur Huan et d'eunuques. Le parti des eunuques s'affirma quelques annĂ©es plus tard, en Ă©liminant de nombreux ministres et lettrĂ©s entre 167 et 170, bannissant les survivants en province aprĂšs leur avoir retirĂ© titres et honneurs. Cela eut pour effet de couper encore plus la cour des provinces. Dans ces derniĂšres, les rĂ©voltes devinrent plus intenses dans les annĂ©es 170, puis une inondation dĂ©vastatrice du fleuve Jaune entraĂźna une rĂ©bellion plus importante en 184, celle des Turbans jaunes, dirigĂ©e par Zhang Jue et ses frĂšres, qui jouissaient d'une vĂ©ritable aura religieuse, voulant renverser la dynastie Han dont ils estimaient que le mandat Ă©tait achevĂ©. Cela accĂ©lĂ©ra la fragmentation de l'empire. Les chefs de guerre qui rĂ©primĂšrent la rĂ©volte devinrent indĂ©pendants de fait du pouvoir central qui ne disposait plus d'une armĂ©e en mesure de s'opposer aux leurs, puis entrĂšrent en lutte pour contrĂŽler leurs provinces voire la cour impĂ©riale. L'un d'entre eux, Yuan Shao, issu d'un grand lignage provincial, s'empara en 189 de Luoyang et Ă©limina le parti des eunuques. Il dut cependant se retirer peu aprĂšs quand un autre seigneur de guerre, Dong Zhuo, investit la capitale et intronisa l'empereur Xiandi (189-220) dont il entendait faire sa marionnette[59].

AprĂšs avoir commis plusieurs massacres et s'ĂȘtre rĂ©fugiĂ© Ă  Chang'an, Dong Zhuo fut finalement Ă©liminĂ© en 192 par ses lieutenants. L'empire Ă©tait dĂ©sormais divisĂ© entre plusieurs gĂ©nĂ©raux rivaux : Cao Cao et Yuan Shao dans la plaine Centrale, Liu Biao dans le moyen Yangzi, mais aussi Zhang Lu, chef de la secte des MaĂźtres cĂ©lestes dans le Sichuan, et bien d'autres. L'empereur Xiandi passa sous le contrĂŽle de Cao Cao, qui rĂ©cupĂ©ra Ă  son profit le prestige de la dynastie Han, et plaça le bassin du fleuve Jaune sous sa coupe aprĂšs s'ĂȘtre dĂ©barrassĂ© de Yuan Shao en 200. Il ne put cependant Ă©liminer tous ses rivaux, puisqu'il fut vaincu en 208 par deux seigneurs de guerre implantĂ©s dans le Sud, Liu Bei et Sun Quan, lors de la cĂ©lĂšbre bataille de la Falaise rouge. Les conflits des annĂ©es suivantes confirmĂšrent la tripartition de l'empire : Cao Cao puis son fils Cao Pi dans le Nord, Liu Bei dans le Sichuan, Sun Quan dans le cours infĂ©rieur du Yangzi. En 220, Cao Pi destitua l'empereur Xiandi, qui avait Ă©tĂ© longtemps prĂ©servĂ© en raison du prestige de son lignage mais avait dĂ©sormais perdu toute lĂ©gitimitĂ©. Il mit ainsi fin Ă  la dynastie Han et fonda celle des Wei, se voulant dĂ©sormais dĂ©tenteur du mandat cĂ©leste. Ses deux rivaux contestĂšrent cela et se proclamĂšrent Ă  leur tour empereurs : Liu Bei, qui prĂ©tendait appartenir au lignage Liu, se prĂ©senta comme continuateur de la dynastie Han, mĂȘme si la postĂ©ritĂ© a retenu son royaume sous le nom de Shu ; Sun Quan fonda quant Ă  lui le royaume de Wu. DĂ©buta alors la pĂ©riode des Trois royaumes (220-280)[60].

Aspects sociaux et économiques

[modifier | modifier le code]

Statuts sociaux

[modifier | modifier le code]

Les Han antĂ©rieurs avaient repris de la dynastie Qin le systĂšme de classification de la sociĂ©tĂ© en « vingt rangs », le vingtiĂšme Ă©tant le plus Ă©levĂ© socialement. Être d'un rang plus Ă©levĂ© confĂ©rait diverses gratifications. Lors des banquets les convives Ă©taient placĂ©s en fonction de leur rang. L'empereur pouvait dĂ©crĂ©ter des augmentations de rang collectives lors d'occasions spĂ©ciales comme les intronisations ou les changements de nom de rĂšgne[61]. Les textes juridiques exhumĂ©s Ă  Zhangjiashan ont apportĂ© des Ă©clairages sur les aspects juridiques de ces classements : les dĂ©tenteurs d'un rang Ă©levĂ© avaient des peines moins dures que les autres pour une infraction similaire, tandis que les atteintes Ă  une personne d'un rang supĂ©rieur alourdissait la peine[62].

Une partie de la population Ă©tait classĂ©e en dehors du systĂšme des vingt rangs, et donc d'un rang social infĂ©rieur Ă  ceux qui y Ă©taient inclus. Il s'agissait en premier lieu de gens du commun, dont le statut est mal connu, puis d'esclaves. Ces derniers Ă©taient avant tout issus d'un esclavage Ă©conomique, ayant Ă©tĂ© vendus par leur famille ou par eux-mĂȘmes Ă  la suite de dettes. Ils ne sont donc pour la plupart pas des Ă©trangers, mais plutĂŽt des personnes qui ont connu une sorte de « mort sociale », notamment dĂ©liĂ©s des responsabilitĂ©s impliquĂ©es par la piĂ©tĂ© filiale, qui ne peuvent rien possĂ©der mais sont possĂ©dĂ©s par leur maĂźtre[63]. Les esclaves n'occupaient cependant pas les derniers rangs de la hiĂ©rarchie sociale, qui Ă©taient occupĂ©s par des personnes ayant Ă©tĂ© dĂ©classĂ©s Ă  la suite d'un crime grave (mais non passible de la peine de mort), avaient Ă©tĂ© tatouĂ©s sur le visage et devaient accomplir des corvĂ©es qui sont Ă  l'origine de leur nom, comme les « constructeurs de murs » (chengdan) et les « meuniĂšres » (chong)[64].

Famille et condition féminine

[modifier | modifier le code]
Statuettes en terre cuite de femmes : une servante et une danseuse.

La famille type de la pĂ©riode Han Ă©tait patrilinĂ©aire, nuclĂ©aire, avec quatre-cinq membres vivant dans la mĂȘme maisonnĂ©e. Les diffĂ©rentes gĂ©nĂ©rations de la famille Ă©largie n'occupaient par la mĂȘme habitation, Ă  la diffĂ©rence des pĂ©riodes postĂ©rieures[65]. Suivant les normes confucĂ©ennes, les diffĂ©rents membres de la famille devaient se traiter suivant diffĂ©rents degrĂ©s de respect et d'intimitĂ©. Par exemple, il y avait des dĂ©lais diffĂ©rents Ă  respecter pour le deuil des membres de la famille, celui des fils aprĂšs le dĂ©cĂšs de leur pĂšre Ă©tant le plus long.

Pour la formation des familles, les mariages arrangés étaient la norme, avec l'avis du pÚre qui primait sur celui de la mÚre. La grande majorité des unions étaient monogames, mais les plus riches avaient l'habitude de prendre des concubines[66]. Sous certaines conditions dictées par la coutume et non la loi, les hommes comme les femmes pouvaient divorcer et se remarier[67].

On attendait des femmes qu'elles obĂ©issent Ă  leur pĂšre, puis, une fois mariĂ©es, Ă  leur mari, et si elles survivaient Ă  ce dernier Ă  leur fils aĂźnĂ©. Le principe de patrilinĂ©aritĂ© voulait qu'elles quittent leur famille Ă  leur mariage : filles, on attendait Ă  ce qu'elles quittent un jour leur famille ; femmes, on n'oubliait pas forcĂ©ment leur origine extĂ©rieure[68]. NĂ©anmoins, il apparaĂźt dans les sources de l'Ă©poque qu'il y avait beaucoup d'infidĂ©litĂ©s Ă  ces principes, surtout en ce qui concerne les relations entre les mĂšres et leurs fils. Dans la famille impĂ©riale il Ă©tait courant que les femmes exercent une grande autoritĂ© et ne respectent pas forcĂ©ment celle de l'empereur[69]. Les femmes Ă©taient exemptĂ©es des corvĂ©es, et exerçaient la plupart de leur travail dans le cadre familial, suivant l'activitĂ© de leur Ă©poux. Mais elles pouvaient Ă©galement exercer des activitĂ©s lucratives Ă  cĂŽtĂ© de leurs obligations domestiques. L'activitĂ© textile Ă©tait la tĂąche fĂ©minine par excellence, accomplie surtout pour les besoins familiaux mais aussi pour vendre sur le marchĂ©, ou mĂȘme dans des grands ateliers textiles employant des centaines de femmes. Certaines femmes constituaient mĂȘme des collectifs de tisserandes, joignant les ressources de plusieurs familles. Les plus autonomes Ă©taient celles exerçant les activitĂ©s de chant, de danse, de mĂ©decin et chamanes[70].

Femme tenant un jeune enfant dans ses bras, statuette en céramique de la tombe de Pengshan (Sichuan), période des Han postérieurs, musée de Nankin.

La primogĂ©niture ne valait que pour la transmission des titres et des rangs des Ă©lites sociales. Les pratiques successorales Ă©taient Ă©galitaires, chaque fils recevant une part Ă©gale de la propriĂ©tĂ© familiale. Étant donnĂ© que les fils s'installaient gĂ©nĂ©ralement en dehors de leur famille aprĂšs leur mariage avec leur part du patrimoine familial, ils ne recevaient pas systĂ©matiquement une part aprĂšs le dĂ©cĂšs de leur pĂšre. Les filles recevaient leur part de l'hĂ©ritage familial par le biais de leur dot. La littĂ©rature de la pĂ©riode Han est la premiĂšre Ă  s'intĂ©resser Ă  l'enfance et Ă  l'Ă©ducation, dans l'Ă©tude de la formation personnelle des gens et Ă©galement dans la mesure oĂč elle peut rĂ©vĂ©ler leur caractĂšre et leurs accomplissements futurs[71]. La piĂ©tĂ© filiale (xiao) Ă©tait une valeur cardinale de la morale confucĂ©enne : il fallait que les enfants respectent leurs parents et leur obĂ©issent de leur vivant, puis rendent un culte Ă  leurs esprits aprĂšs leur trĂ©pas. Elle fut d'autant plus promue par les autoritĂ©s, en particulier via le Classique de la piĂ©tĂ© filiale, qu'elle Ă©tait vue comme participant de la mĂȘme logique qui voulait que les sujets obĂ©issent Ă  l'empereur[72].

Structures agraires et société rurale

[modifier | modifier le code]
Grenier agricole en céramique de la période des Han postérieurs.

L'empire Qin et Ă  sa suite les Han antĂ©rieurs avaient fait de la paysannerie le socle sur lequel reposait leur richesse, par le biais d'un systĂšme de taxation ponctionnant avant tout les revenus agricoles, et leur puissance militaire, en la mobilisant massivement dans son armĂ©e. Les gouvernants Qin avaient appuyĂ© la constitution d'un groupe de paysans, souvent des individus venant d'horizons et donc de lignages diffĂ©rents et installĂ©s sur des terres Ă  mettre en valeur dans le cadre de petites propriĂ©tĂ©s. La plupart vivent dans des villages ou hameaux (li), regroupant les habitations de quelques dizaines de familles constituĂ©es elles-mĂȘmes d'environ 4 Ă  6 individus et dirigĂ©es par un chef de famille. Ces communautĂ©s disposent d'une relative autonomie, Ă©tant administrĂ©es par l’État Ă  l'Ă©chelle supĂ©rieure, celle du comtĂ© (xian) ou du district (xiang). Elles sont soudĂ©es par leurs activitĂ©s agricoles, la mobilisation militaire et Ă©galement les cultes locaux. Les grands domaines aux mains d'aristocrates sont loin d'avoir Ă©tĂ© Ă©liminĂ©s, et sont trĂšs prĂ©sents au dĂ©but des Han. Ils furent les grands gagnants des Ă©volutions des structures agraires durant les siĂšcles suivants[73].

ModÚle en céramique d'une riziÚre avec des fermiers, époque des Han orientaux, musée de la ville de Guangzhou.

Cultures et techniques agricoles

[modifier | modifier le code]

L'agriculture de la Chine antique peut en gros ĂȘtre divisĂ©e en deux domaines gĂ©ographiques. Au Nord, dans le bassin drainĂ© par le fleuve Jaune et ses affluents, les cultures principales sont le blĂ©, l'orge et le millet. En raison de l'incertitude pesant sur le niveau des prĂ©cipitations dans cette rĂ©gion, soumise rĂ©guliĂšrement Ă  des annĂ©es de sĂ©cheresse mettant en danger les rĂ©coltes, le dĂ©veloppement de l'irrigation y a Ă©tĂ© prĂ©coce pour assurer la mise en eau des champs les mauvaises annĂ©es, au prix d'un trĂšs dur labeur (construction et entretien de canaux, de digues, de bassins, etc.). Les rĂ©gions mĂ©ridionales autour du Yangzi connaissent quant Ă  elles un climat plus humide, et le problĂšme y est plutĂŽt la trop grande abondance d'eau (encore plus quand survient une inondation dĂ©vastatrice). Le riz est la plante la plus cultivĂ©e dans ces contrĂ©es, mais les techniques culturales sont encore peu Ă©laborĂ©es et ne permettent pas d'atteindre des rendements Ă©levĂ©s, mĂȘme si la production augmente en raison de l'extension constante de la surface en culture du Sud, surtout les riziĂšres. De ce fait, les rĂ©gions du Nord disposent de l'agriculture la plus productive Ă  l'Ă©poque des Han, et concentrent la grande majoritĂ© des agriculteurs[74].

Soc en fer de la dynastie Han.

Le gros du travail Ă©tait accompli par la main de l'homme (semailles, irrigation, rĂ©colte, battage), seul le labour faisant appel Ă  la force de bƓufs pour tracter l'araire. Durant les premiers siĂšcles de l'Ă©poque impĂ©riale divers progrĂšs techniques permettent une augmentation des rendements, qui est certes inĂ©galement rĂ©partie, profitant en premier lieu aux plus riches propriĂ©taires. Depuis la pĂ©riode des Zhou de l'Est le mĂ©tal avait fait son apparition dans la confection de l'outillage agricole : les socs des araires et les lames des instruments Ă  main (houe, bĂȘche, etc.) Ă©taient de plus en fer. Le rĂšgne de Wudi voit Ă©galement la rĂ©alisation de grands travaux hydrauliques pour l'irrigation, notamment l'extension du systĂšme de canaux Ă©rigĂ© sous les Qin dans la vallĂ©e de la riviĂšre Wei. Les techniques culturales connaissent un progrĂšs grĂące Ă  l'essor des rĂ©flexions agronomiques : au dĂ©but du Ier siĂšcle av. J.-C., Zhao Guo initie un systĂšme de rotation des cultures, d'amĂ©lioration de l'outillage agricole et d'utilisation accrue d'animaux de labour pour accroĂźtre la productivitĂ©. Quelques dĂ©cennies plus tard, Fan Shengzhi rĂ©dige un manuel de techniques agricoles expliquant les meilleures mĂ©thodes connues pour cultiver de nombreuses plantes. Sous les Han postĂ©rieurs de nouvelles mĂ©thodes d'attelage se diffusent progressivement, ainsi que l'araire Ă  semoir, permettant un travail du champ plus rapide au moment des semailles[75].

Les inégalités dans le monde rural

[modifier | modifier le code]

Ces progrÚs agricoles sont inégalement répartis : ils se diffusent surtout sur les grands domaines impériaux ou aristocratiques, et ne concernent pas vraiment les franges plus modestes de la population agricole, qui disposent d'un outillage souvent rudimentaire et n'ont que rarement des animaux de labour. Cela a eu des conséquences sociales importantes à partir du Ier siÚcle av. J.-C. : incapables d'améliorer leur sort alors que les grands domaines connaissaient une croissance de plus en plus insolente, les paysans pauvres connaissaient des difficultés financiÚres, devant s'endetter pour obtenir du matériel agricole ou simplement joindre les deux bouts les mauvaises années. Les grands propriétaires terriens récupéraient finalement les terres des paysans incapables de liquider leurs dettes, sans avoir forcément besoin de les employer sur leur domaine, certes en extension mais disposant de moyens humains et matériels souvent suffisants pour supporter la mise en valeur de nouvelles terres. Cela augmenta le nombre de paysans déracinés, qui cherchent parfois à améliorer leur sort par l'émigration, depuis les terres pleines du Nord vers celles moins occupées du Sud. Le gouvernement tenta bien de limiter l'appauvrissement de la paysannerie. Le systÚme de partage égalitaire promu sans succÚs par Wang Mang visait à lutter contre les inégalités de plus en plus criantes dans la répartition des terres. Les Han postérieurs cherchÚrent à alléger le fardeau fiscal pesant sur les paysans (remises de taxes et annulation de dettes en période de crise), tentÚrent d'installer des déracinés sur des terres inoccupées, ou aidÚrent directement les personnes les plus démunies, notamment en leur ouvrant le contenu des greniers publics en période de disette. Cette situation était cependant précaire, et si elle était encore tenable à la fin du Ier siÚcle, différents malheurs affectant les campagnes au milieu du IIe siÚcle (inondations et invasions de criquets dans le Nord) firent que l'action du gouvernement ne fut plus suffisante. Cela incita les communautés paysannes déstructurées à se tourner vers de nouveaux moyens de protection, notamment quand la situation politique devint plus tendue durant la seconde moitié du IIe siÚcle : repli sur soi avec notamment la constitution de sortes de milices locales, intégration à des mouvements religieux rebelles (Turbans jaunes, Maßtres célestes), et de plus en plus la mise en tutelle par le lignage aristocratique local le plus puissant ou des seigneurs de guerre[76].

Grands ateliers, entrepreneurs et monopoles d’État

[modifier | modifier le code]
Moule datant de la dynastie Han servant pour la fabrication de roues d'engrenages en bronze.

Les derniers siĂšcles de l'Ă©poque prĂ©-impĂ©riale avaient vu le dĂ©veloppement des activitĂ©s artisanales et commerciales, faisant l'enrichissement de nombreux hommes d'affaires et aboutissant Ă  la constitution de grands ateliers employant plusieurs centaines voire des milliers d'ouvriers aux conditions de travail souvent Ă©prouvantes, d'autant plus qu'il s'agit souvent de condamnĂ©s ou de personnes de condition servile. L'activitĂ© traditionnellement la plus porteuse est la mĂ©tallurgie, surtout celle du cuivre servant pour la frappe de monnaie, et le fer qui profite de progrĂšs techniques durant cette pĂ©riode, avec la mise au point de hauts fourneaux permettant une fonte rapide du minerai de fer, ou de procĂ©dĂ©s de plus en plus Ă©laborĂ©s d'affinage de ce mĂ©tal. L'exploration archĂ©ologique de plusieurs sites de travail du mĂ©tal, en particulier Ă  Tieshengguo dans le Henan (IIe siĂšcle av. J.-C.), ont permis de mieux connaĂźtre l'Ă©tat de l'artisanat mĂ©tallurgique de la pĂ©riode Han. La diffusion de plus en plus d'objets en fer dans la sociĂ©tĂ© a de nombreuses rĂ©percussions aussi bien dans l'agriculture que l'artisanat et l'art militaire. L'extraction et la transformation du sel (marin ou minier) est un autre secteur majeur employant de nombreux ouvriers et nĂ©cessitant de forts investissements. Le travail des Ă©toffes, en premier lieu la soie, aboutit Ă©galement Ă  la constitution de grands ateliers, ainsi que d'autres activitĂ©s de production d'objets de luxe, comme ceux en laque. Les profits gĂ©nĂ©rĂ©s pouvaient ĂȘtre consacrĂ©s Ă  d'autres investissements, notamment dans l'agriculture ou le prĂȘt[77].

Sous le rĂšgne de Wudi, l'enrichissement de ces entrepreneurs suscita un grand Ă©moi Ă  la cour, notamment parce que dans la pensĂ©e des Ă©lites du temps cela se faisait au dĂ©triment de la paysannerie, qui Ă©tait vue comme la base de la richesse de l’État, tandis qu'on ne percevait pas comment les activitĂ©s marchandes pouvaient entraĂźner des dĂ©penses utiles pour la sociĂ©tĂ©. En ces temps de grandes expĂ©ditions militaires, il fallait prĂ©server en prioritĂ© les sources de richesse de l’État. Il fut alors dĂ©cidĂ© en 117 av. J.-C. une rĂ©forme de la taxation et surtout l'instauration d'un monopole d’État sur les deux activitĂ©s artisanales majeures, le sel et le fer, de façon que l’État soit le seul bĂ©nĂ©ficiaire de ces activitĂ©s lucratives et stratĂ©giques, et qu'elles ne profitent pas Ă  des entrepreneurs susceptibles de l'appauvrir. En 98 av. J.-C. un monopole sur l'alcool est Ă©galement instaurĂ©. DiffĂ©rents ateliers dirigĂ©s par l’État, employant aussi bien des esclaves que des corvĂ©ables, des condamnĂ©s ou bien des artisans salariĂ©s, fonctionnaient dans la capitale ou dans les provinces pour assurer ce monopole mais Ă©galement d'autres productions stratĂ©giques (cuivre servant pour la monnaie, or, laque, soiries). Ces mesures suscitĂšrent diffĂ©rents dĂ©bats Ă  la cour impĂ©riale, notamment ceux qui sont au centre du texte de la Dispute sur le sel et le fer qui eut lieu en 81 av. J.-C., sans que le systĂšme ne soit aboli dans un premier temps[78]. Les coĂ»ts gĂ©nĂ©rĂ©s par l'entretien des dizaines de milliers de travailleurs des ateliers impĂ©riaux Ă©taient notamment au centre des critiques[79].

Échanges et consommation

[modifier | modifier le code]
PiÚce de monnaie de type banliang émise durant le rÚgne de Wendi (179-157 av. J.-C.).
PiÚce de monnaie de type wushu émise durant le rÚgne de Wudi (141-87 av. J.-C.).

Autre aspect du développement économique de la période, l'expansion du commerce concerne aussi bien les échanges intérieurs aux provinces que les échanges à longue distance, entre régions et vers les pays étrangers. Elle bénéficie de la diversification et l'accroissement des productions agricoles et artisanales chinoises. Elle profite en premier lieu à une catégorie de marchands qui s'enrichit de plus en plus, mais aussi à la frange aisée de la population dont le niveau de vie s'améliore grùce à l'accÚs à plus de productions.

SystÚme monétaire

[modifier | modifier le code]

Les Han ont hérité du systÚme monétaire unifié mis en place par les Qin, reposant sur les piÚces en cuivre percées en leur centre appelées banliang et pesant 7,5 grammes. Des mesures de privatisation de l'émission de monnaie furent prises durant les premiers temps de la dynastie. Elles aboutirent à la frappe d'une grande quantité de piÚces, favorisant le développement de piÚces moins lourdes destinées à des échanges plus courants et peu à peu à un phénomÚne de dépréciation de la monnaie issu notamment du rognage des bords des piÚces pour économiser du métal. Le gouvernement décida à plusieurs reprises d'instaurer de nouveaux types de piÚces, jusqu'en 120-119 av. J.-C. quand fut promulguée la suppression définitive des banliang et la mise au point des wushu de 3,25 grammes, qui devint la monnaie la plus répandue en Chine jusqu'aux Tang, en dépit des tentatives de Wang Mang d'émettre divers types de monnaie reposant approximativement sur des modÚles antiques. Cela s'accompagna d'une nationalisation totale de l'émission de monnaie, prise en charge par des ateliers de frappe étatiques, et d'un accroissement considérable de la masse monétaire en circulation durant les siÚcles suivants. Les prélÚvements fiscaux et échanges sous les Han furent de plus en plus monétisés, ce qui reflÚte la place croissante de la monnaie dans l'économie chinoise à cette période[80].

Circuits et lieux des échanges

[modifier | modifier le code]

Les gouvernants des Han divisaient les marchands qu'ils contrĂŽlaient entre ceux qui vendaient des produits sur les marchĂ©s urbains et ceux dont l'activitĂ© avait un aspect itinĂ©rant, voyageant dans les provinces, entre celles-ci et parfois mĂȘme vers les contrĂ©es Ă©trangĂšres. Le commerce local et rĂ©gional consistait essentiellement en l'Ă©change de productions locales, surtout agricoles : cĂ©rĂ©ales, bĂ©tail, fruits, lĂ©gumes, condiments, Ă©pices ; mais aussi des mĂ©taux bruts, des objets en mĂ©tal manufacturĂ©s, notamment des outils courants utilisĂ©s en particulier dans l'agriculture, du bois, du bambou, des tissus, objets en laque, etc.[81].

Les villes de l'époque Han disposaient de marchés, généralement de forme carrée et quadrillés par des allées rectilignes le long desquelles s'agençaient les échoppes. L'administration contrÎlait chacun de ces lieux d'échanges, par le biais d'un superviseur disposant d'un bùtiment en forme de tour en son centre, qui assurait la sécurité des lieux, prélevait les taxes et encadrait le prix des denrées[82].

L'exploration puis les conquĂȘtes militaires et les activitĂ©s diplomatiques entreprises en direction des rĂ©gions occidentales Ă  partir du IIe siĂšcle av. J.-C. ont entraĂźnĂ© l'essor des Ă©changes Ă  longue distance. Une grande partie de ceux-ci se fit d'abord surtout par le biais des Ă©changes de prĂ©sents diplomatiques et de tribut, mais les Ă©changes commerciaux internationaux prirent peu Ă  peu de l'importance, surtout Ă  partir du Ier siĂšcle de notre Ăšre. La route de la soie devint alors un axe majeur d'Ă©changes, tandis que les routes maritimes mĂ©ridionales s'ouvraient Ă©galement[83]. Les produits importĂ©s Ă©taient gĂ©nĂ©ralement plus luxueux que ceux des Ă©changes locaux et rĂ©gionaux : chevaux, vins, Ă©pices, Ă©toffes en laine d'Asie centrale, perles, ivoire, jade, lapis-lazuli et verre d'Asie du Sud-Est et de l'ocĂ©an Indien. De leur cĂŽtĂ©, les Chinois exportaient surtout de la soie et de l'or, dont la commercialisation Ă©tait contrĂŽlĂ©e par l’État et qui servaient d'unitĂ©s de compte pour les transactions les plus importantes[84].

Bas-relief sur brique représentant une scÚne de marché, période des Han postérieurs, Guanghan (Sichuan), musée national de Chine.

Les marchands dans la société

[modifier | modifier le code]

Les marchands Ă©taient Ă©galement contrĂŽlĂ©s par le gouvernement, en raison de l'enrichissement insolent de certains d'entre eux qui focalisait les critiques des moralistes de la cour, guĂšre bien disposĂ©s envers cette catĂ©gorie de personne ayant le goĂ»t du gain et du luxe. Des mesures antimercantilistes furent prises dĂšs les dĂ©buts de la dynastie, obligeant les marchands Ă  rĂ©duire leur train de vie ; sous Wudi il leur fut interdit d'acquĂ©rir des terres et ils subirent une taxation plus lourde. Ces mesures ne connurent pas vraiment de rĂ©ussite, puisque les succĂšs de certains marchands suscitĂšrent Ă  nouveau l'opprobre des moralistes par la suite. Ils Ă©taient notamment accusĂ©s de profiter de l'appauvrissement des paysans endettĂ©s et pressurĂ©s par l'augmentation de la taxation, dont ils acquĂ©raient les productions Ă  vil prix pour faire des profits ou auxquels ils prĂȘtaient de l'argent Ă  des taux usuriers leur permettant finalement de mettre la main sur leurs possessions[85]. Les monopoles Ă©tatiques sur le fer, le sel, l'alcool ainsi que le contrĂŽle des prix de certaines denrĂ©es essentielles, en premier lieu les cĂ©rĂ©ales, ont sans doute limitĂ© les possibilitĂ©s d'enrichissement des marchands. Wang Mang tenta avec plus de rigueur de mettre fin aux activitĂ©s des usuriers et spĂ©culateurs, mais sans succĂšs[86].

Les conséquences sociales de l'essor des échanges

[modifier | modifier le code]

Le contrĂŽle de l’État sur les Ă©changes et les monopoles se relĂącha sous les Han postĂ©rieurs, pĂ©riode marquĂ©e par un regain de l'enrichissement des marchands et hommes d'affaires. Il est alors courant de trouver dans les textes de l'Ă©poque des descriptions du luxe dans lequel vivent ces personnages au train de vie somptueux. Les critiques du confucianiste Wang Fu se cristallisent contre la domination des activitĂ©s commerciales et usuraires Ă  Luoyang la capitale, et les extravagances vestimentaires et alimentaires de ses habitants aisĂ©s. Il est donc manifeste que les produits de consommation luxueux et semi-luxueux comme les objets en bronze, laque, les soieries et d'autres bijoux et ornements prĂ©cieux sont de plus en plus accessibles Ă  la population urbaine Ă  la suite des progrĂšs de l'artisanat et du commerce. Les tombes des Ă©lites de cette pĂ©riode confirment cette impression puisque leur contenu est plus riche et diversifiĂ© que celui des sĂ©pultures des Han antĂ©rieurs. Les moralistes de l'Ă©poque dĂ©plorent Ă©galement l'inĂ©gale distribution des biens entre les diffĂ©rentes couches de la population. Si celle-ci est indĂ©niable, il semble pourtant bien que le dĂ©veloppement du commerce touche une grande partie de la population, ce que montre Ă©galement la monĂ©tisation croissante des Ă©changes, mĂȘme si les plus pauvres en profitent moins que les autres[87].

Depuis l'Ă©poque des Royaumes combattants, les villes chinoises avaient connu une grande croissance, en particulier les capitales des diffĂ©rents royaumes (Xianyang Ă  Qin, Linzi Ă  Qi, Handan Ă  Zhao, Chengdu dans le Sichuan, etc.). Leur surface s'Ă©tait considĂ©rablement Ă©tendue, des murailles longues et puissantes les ceignaient, et elles Ă©taient marquĂ©es par une sĂ©paration entre les quartiers rĂ©sidentiels et commerciaux et l'espace destinĂ© au pouvoir politique, protĂ©gĂ© par des murailles intĂ©rieures. On y avait Ă©rigĂ© des bĂątiments de plus en plus imposants, en cherchant notamment la verticalité : hautes plates-formes supportant des pavillons Ă  plusieurs Ă©tages, portes et tours Ă©levĂ©es. Les informations sur les espaces rĂ©sidentiels, artisanaux et commerciaux sont limitĂ©es ; les espaces publics les mieux connus sont les marchĂ©s, lieux oĂč se dĂ©roulent les Ă©changes sous la surveillance tatillonne d'agents du gouvernement, mais aussi lĂ  oĂč Ă©taient proclamĂ©s divers messages officiels et oĂč se dĂ©roulaient les exĂ©cutions publiques, car c'Ă©tait lĂ  que l’État pouvait espĂ©rer que son action soit la plus vue. Ces espaces attiraient Ă©galement une population pratiquant des activitĂ©s interlopes : des brigands et des trafiquants, des prostituĂ©es ainsi que des troupes théùtrales ou des praticiens de techniques occultes (devins, chamanes)[88]. Les vastes ateliers urbains publics ou privĂ©s Ă©taient Ă©galement des centres d'activitĂ© importants dans les villes.

La ville la mieux connue de l'Ă©poque des Han est la capitale des Han antĂ©rieurs, Chang'an, Ă©rigĂ©e sous le rĂšgne de Gaozu dans le voisinage de Xianyang, la capitale dĂ©chue et dĂ©vastĂ©e des Qin. Son fils et successeur Hui chercha Ă  remodeler Chang'an pour en faire une sorte de capitale idĂ©ale, reflĂ©tant les ambitions universelles de sa dynastie : il Ă©rigea une vaste enceinte d'environ 25 kilomĂštres de long percĂ©e de douze portes, construisit un temple destinĂ© au culte ancestral de son pĂšre, un nouveau marchĂ©. Wudi finalisa cette Ɠuvre en Ă©rigeant de nouveaux palais dans les espaces laissĂ©s inoccupĂ©s et un vaste parc hors des murs. L'espace de Chang'an Ă©tait alors occupĂ© par plusieurs vastes palais, un arsenal et deux grands marchĂ©s. Les espaces rĂ©sidentiels concernaient surtout des villes-satellites se trouvant Ă  proximitĂ©, notamment celles destinĂ©es Ă  l'origine Ă  la construction et l'entretien du culte des sĂ©pultures impĂ©riales. Administrativement, Chang'an Ă©tait divisĂ©e en 160 quartiers (li) ayant chacun leur propre administrateur[89].

Au début des Han postérieurs, une nouvelle capitale fut construite à Luoyang. Plus petite et austÚre que Chang'an bien que s'étendant sur plus de 10 km2 et comprenant approximativement 500 000 habitants, de forme grossiÚrement rectangulaire, parcourue par des avenues rectilignes disposées réguliÚrement, elle était dominée par deux vastes palais bùtis sur un axe nord-sud entourés d'un arsenal, d'entrepÎts, d'un jardin impérial et de marchés ainsi que divers édifices importants situés hors des murs, puisque les quartiers de la ville étaient répartis sur un espace de sans doute plus de 25 km2[90].

Les élites sociales

[modifier | modifier le code]
ModÚle d'architecture reflétant le mode de vie des élites : manoir de type siheyuan[N 3]. Céramique funéraire. Terre cuite. Henan Provincial Museum, Zhengzhou.

L'essor des élites locales

[modifier | modifier le code]

Le groupe des Ă©lites sociales est le grand bĂ©nĂ©ficiaire de l'Ă©volution Ă©conomique et sociale de la pĂ©riode des Han, alors que les lignages aristocratiques n'avaient pas forcĂ©ment connu un destin favorable durant les derniers siĂšcles de l'Ă©poque prĂ©-impĂ©riale. Ce groupe aux contours mal dĂ©finis Ă©tait aussi bien constituĂ© de hauts fonctionnaires de l’État, de propriĂ©taires terriens implantĂ©s de longue date, d'entrepreneurs et de marchands qui ont investi leur richesse dans une propriĂ©tĂ© rurale, qui durant les derniers temps des Han Ă©taient devenu un groupe relativement homogĂšne. Ils s'identifiaient par leur appartenance Ă  un lignage auquel une personne Ă©tait rattachĂ©e par son ascendance masculine. La division des domaines entre hĂ©ritiers masculins Ă©tant la norme, les lignages et leurs propriĂ©tĂ©s connaissaient une fragmentation et une dispersion rapides, ce qui n'eut pas vraiment pour effet de les affaiblir. Au contraire, leurs membres s'appuyaient sur les liens lignagers qui restaient forts, mĂȘme aprĂšs plusieurs gĂ©nĂ©rations. Ils les consolidaient en Ă©tendant leurs rĂ©seaux par des alliances matrimoniales, des prĂ©sents gĂ©nĂ©reux et des services envers d'autres clans et lignages, constituant ainsi un rĂ©seau complexe d'alliĂ©s, patrons et clients, fonctionnant souvent sur une base locale, d'autant plus que les membres du lignage dĂ©tiennent souvent des fonctions dans l'administration locale[91].

Cette évolution aboutit sous les Han antérieurs à la constitution de lignages ayant un ancrage provincial trÚs fort et une autorité locale avec laquelle le pouvoir central était obligé de composer. Les plus importantes de ces « grandes familles » (haozu) avaient ainsi réussi à concentrer souvent plusieurs milliers de dépendants et de grandes portions de terres, mais nombreuses étaient celles disposant d'environ 300-400 dépendants. Leurs domaines étaient strictement gérés, loin du regard de l'administration officielle. Beaucoup finirent par constituer leurs propres armées privées. Ces potentats surent profiter de l'éclatement de l'empire, au cours duquel la solidité de leur assise locale leur permit de devenir une force politique et sociale encore plus importante durant la période de division, jusqu'aux Tang[91].

Fresque murale d'une tombe de la période des Han postérieurs, Luoyang : un aristocrate sur son char, avec son escorte.

Le mode de vie des élites

[modifier | modifier le code]

Les peintures et maquettes contenues dans les tombes aristocratiques fournissent diverses informations sur le mode de vie et l'idĂ©al des Ă©lites de cette Ă©poque. Elles mettent notamment l'accent sur leurs domaines ruraux, bases de leur richesse. Il ne s'agit pas de latifundia Ă©quivalentes Ă  celles de l'Empire romain contemporain, largement plus vastes en raison de pratiques successorales moins partageuses. Les rĂ©sidences qui occupent leur centre sont entourĂ©es par une enceinte, et comprennent plusieurs cours intĂ©rieures entourĂ©es de galeries couvertes, dont les murs devaient ĂȘtre couverts de peintures. Des pavillons sont Ă©rigĂ©s au centre des cours principales, les plus vastes comprenant plusieurs Ă©tages, jusqu'Ă  former de vĂ©ritables tours. Des jardins d'agrĂ©ment complĂ©taient l'ensemble chez les plus nantis. Les diffĂ©rentes installations agricoles (puits, greniers, etc.), le matĂ©riel, les hommes travaillant l'exploitation sont Ă©galement mis en scĂšne. Elles rappellent que les propriĂ©taires terriens ont bĂąti leur richesse en accumulant des terres souvent acquises auprĂšs de paysans endettĂ©s, et en concĂ©dant celles-ci Ă  des tenanciers chargĂ©s de leur reverser une part de la production[92].

Un propriĂ©taire terrien idĂ©al se doit d'ĂȘtre loyal, de respecter la piĂ©tĂ© filiale, de faire montre de gĂ©nĂ©rositĂ© envers ses proches et ses dĂ©pendants, de permettre par ses talents l'enrichissement de son domaine et des villages qu'il fait vivre[93]. Le goĂ»t des Ă©tudes classiques est Ă©galement une caractĂ©ristique forte de ce groupe des Ă©lites. Cela Ă©tait d'autant plus affirmĂ© que l'exercice d'une charge publique civile importante, donc trĂšs marquĂ©e par l'Ă©ducation lettrĂ©e, Ă©tait le meilleur moyen d'obtention et de consolidation d'une position sociale Ă©levĂ©e. Cela Ă©tait forgĂ© par une Ă©ducation commune et la lecture d'ouvrages Ă  finalitĂ© politique et morale, notamment ceux vantant le modĂšle de personnages exemplaires du passĂ©[94]. Les Ă©lites s'accommodaient un peu moins bien avec la morale confucĂ©enne quand il s'agissait de se divertir : banquets opulents et gaspilleurs accompagnĂ©s de danses et de musique, chasse, tir-Ă -l'arc, jeux Ă  cheval, vaisselle luxueuse, etc.[95].

Religion et pensée

[modifier | modifier le code]

La pĂ©riode Han est couramment prĂ©sentĂ©e comme un triomphe du confucianisme, avant tout en raison du succĂšs Ă  partir du rĂšgne de Wudi des idĂ©es promues par un groupe de penseurs dont la figure de proue Ă©tait Dong Zhongshu, qui rĂ©ussirent Ă  Ă©vincer les autres penseurs des cercles du pouvoir aprĂšs avoir repris divers Ă©lĂ©ments de leurs pensĂ©es. Mais il n'est pas assurĂ© qu'elle mĂ©rite pour autant le qualificatif d'« idĂ©ologie d’État » car elle ne fut jamais vraiment hĂ©gĂ©monique, mĂȘme Ă  la cour. Plus largement, la religion de l'Ă©poque des Han resta marquĂ©e par l'hĂ©ritage des diffĂ©rents courants de pensĂ©e et croyances de l'Ă©poque des Royaumes combattants, qui imprĂ©gnĂšrent aussi bien la religion officielle centrĂ©e sur l'empereur que la religion populaire. C'est dans cette derniĂšre que se manifestĂšrent vers la fin de la pĂ©riode deux tendances porteuses du renouveau de la religion chinoise durant les siĂšcles suivant la chute des Han : l'apparition des premiers mouvements religieux de masse organisĂ©s, qui sont Ă  l'origine de la religion taoĂŻste populaire, et l'introduction du bouddhisme en Chine.

Cosmologie, écoles de pensée et pouvoir

[modifier | modifier le code]

L'héritage cosmologiste et philosophique de la période pré-impériale

[modifier | modifier le code]

Les IVe – IIIe siĂšcle av. J.-C. avaient vu l'Ă©laboration d'une cosmologie « corrĂ©lative » (J. Needham) selon laquelle existent des correspondances entre tous les Ă©lĂ©ments et phĂ©nomĂšnes constituant l'univers, en particulier les Hommes et le Ciel. Au cƓur de cette pensĂ©e se trouvent notamment les concepts de qi, souffle reliant les diffĂ©rents ĂȘtres composant l'univers, le couple des opposĂ©s yin-yang qui coexistent dans ces mĂȘmes ĂȘtres, et les Cinq phases (wuxing) constituant toutes les matiĂšres[96]. Ces concepts participent d'une vision dans laquelle l'univers est en Ă©volution constante, marquĂ© par l'harmonie et l'Ă©quilibre entre ses composantes. Cette pensĂ©e unificatrice renvoie incontestablement Ă  la recherche puis le succĂšs de l'unitĂ© politique autour de l'empereur, pendant terrestre de la grande divinitĂ© cĂ©leste[97]. Dans l'optique lĂ©giste en vogue sous les Qin, le pouvoir doit assurer le respect de l'ordre dans le cosmos, par le biais de la loi qui doit punir en consĂ©quence ceux qui commettent des actes dĂ©lictueux susceptibles de perturber le cours naturel des choses[98]. Cette cosmologie a donc eu une influence sur tous les domaines de la pensĂ©e de l'Ă©poque.

La pĂ©riode des Han occidentaux vit la poursuite de ces rĂ©flexions cosmologiques, dans une optique synthĂ©tique et unificatrice dĂ©jĂ  prĂ©gnante dans des Ɠuvres antĂ©rieures comme les Printemps et Automnes de LĂŒ Buwei. Coexistaient en effet diffĂ©rents courants mobilisant des conceptions similaires mais proposant diffĂ©rentes « voies » (dao)[99]. Sous les Han antĂ©rieurs, Sima Tan (m. 110 av. J.-C.) fut le premier Ă  tenter une classification de ces courants : il distinguait les six principales « écoles » (jia), Ă  savoir celles du yin et du yang, des lettrĂ©s (confucianistes), des moĂŻstes (disciples de Mozi), des nominalistes, des lĂ©gistes et des taoĂŻstes. Par la suite ce classement fut affinĂ©, en particulier par Liu Xiang (77-6 av. J.-C.) et ses acolytes de la bibliothĂšque impĂ©riale, qui accomplirent un travail de classement et d'Ă©dition des diffĂ©rents textes circulant Ă  leur Ă©poque afin d'en produire une version standardisĂ©e, car il existait diffĂ©rentes variantes (voir plus bas). En fait, cette dĂ©limitation entre courants de pensĂ©e est simplificatrice, puisque les penseurs de l'Ă©poque Han empruntent les idĂ©es de plusieurs de ces « écoles »[100].

L'Empereur jaune (Huang Di), estampage d'aprÚs un bas-relief du temple ancestral de la famille Wu à Jiaxiang (Shandong), IIe siÚcle.

Le Huanglao

[modifier | modifier le code]

Les projets des penseurs de la Chine prĂ©-impĂ©riale avaient une visĂ©e politique, puisque leurs rĂ©flexions conduisaient Ă  une certaine conception du pouvoir impĂ©rial. Sous les Qin, le pouvoir s'appuyait en premier lieu sur les idĂ©es du lĂ©gisme, qui voulait schĂ©matiquement mettre en ordre la sociĂ©tĂ© par les lois. Les premiers Han voulurent se dĂ©marquer de leurs prĂ©dĂ©cesseurs, et s'Ă©loignĂšrent des idĂ©es lĂ©gistes, pour privilĂ©gier des courants s'inspirant de pensĂ©es naturalistes, comme celle de Laozi ou l'Ă©cole du yin et du yang promue par les fangshi, des devins, mĂ©decins ou magiciens tournĂ©s vers la quĂȘte de l'immortalitĂ©. Sous le rĂšgne de Gaozu, le courant de l'« Empereur jaune et Laozi » (Huanglao) connut un grand succĂšs. Il est encore mal compris, bien que parmi les textes exhumĂ©s Ă  Mawangdui en 1973 et datĂ©s du dĂ©but des Han figurent divers textes manifestement liĂ©s Ă  cette tendance, dont un que l'on a considĂ©rĂ© (sans doute Ă  tort) ĂȘtre un texte antique perdu, les Quatre classiques de l'Empereur jaune. Le Huanglao reposait sur les deux figures majeures de la mythologie chinoise auxquelles il doit son nom, proposait une pensĂ©e politique dans laquelle le souverain est assimilĂ© Ă  un Immortel taoĂŻste, prĂ©sidant une sociĂ©tĂ© hiĂ©rarchisĂ©e dont la justification se trouve dans la nature, elle-mĂȘme vue comme hiĂ©rarchisĂ©e. Mais ce courant n'Ă©vacue pas totalement les idĂ©es lĂ©gistes, puisque la loi, vue comme un produit de l'ordre naturel, est considĂ©rĂ©e comme un Ă©lĂ©ment-clĂ© pour la mise en ordre du monde[101].

Le Huainanzi, rĂ©digĂ© peu aprĂšs par un membre de la famille impĂ©riale, le prince Liu An (177-129 av. J.-C.), participait du mĂȘme esprit de synthĂšse de la cosmologie, dans une veine taoĂŻsante[102]. Wudi avait favorisĂ© le culte de l'« Un suprĂȘme » (Taiyi), divinitĂ© cĂ©leste originaire du pays mĂ©ridional de Chu qui fut alors promue Ă  la tĂȘte du panthĂ©on impĂ©rial, et apparaĂźt dans diffĂ©rents textes antiques comme une figure unificatrice situĂ©e au centre du cosmos[103].

L'affirmation du confucianisme

[modifier | modifier le code]
Dong Zhongshu, théoricien confucéen de l'époque de Han Wudi.

Le rÚgne de l'empereur Wu vit l'affirmation de l'« école des lettrés », courant plus couramment désigné de nos jours comme le « confucianisme », parce qu'il accorde une place majeure aux idées reprises de Confucius et des penseurs pré-impériaux qu'il avait influencé (Zengzi, Zi Si, Mencius, Xun Zi). Cette pensée reposait sur une mise en avant des valeurs éthiques (l'« humain » ren, la « piété filiale » xiao, la « vertu » de, la « rectitude » zheng, etc.), l'importance apportée aux rites (li) en tant que garants d'ordre et de bonne morale, et à l'étude de textes, avant tout celle des « classiques » issus de la tradition de l'antique dynastie Zhou (ou attribués à ces derniers), dynastie qui est vue comme une référence à suivre, et du point de vue cosmologique par la croyance en la toute-puissance du Ciel qui décide du souverain en fonction de ses mérites. Ces penseurs avaient repris des influences d'autres courants de pensée, notamment légistes et naturalistes[104].

« Le Ciel, de sa place éminente, répand son action, il cache sa forme visible et manifeste son éclat ; occupant une position élevée, il est vénérable ; répandant en bas son action, il est bon ; cachant sa forme, il est divin (shen) ; manifestant son éclat, il est lumineux (ming). Telle est l'action du Ciel. Le maßtre à son imitation se fait divin en cachant sa forme au-dedans et se fait lumiÚre en répandant son éclat au-dehors. »

L'amalgame entre le Ciel et l'Empereur d'aprĂšs Dong Zhongshu[105].

Dong Zhongshu (195-115 av. J.-C.) fut le penseur du courant des lettrĂ©s le plus influent des dĂ©buts de l'Ă©poque Han, reprenant les Ă©lĂ©ments issus des courants naturalistes et des penseurs confucĂ©ens pour faire une pensĂ©e politique cohĂ©rente et efficace, qui servit de base Ă  l'idĂ©ologie des Han et plus largement celle des empires chinois suivants. Il professait Ă  son tour le statut suprĂȘme du Ciel (Tian), vieille divinitĂ© tutĂ©laire de la dynastie Zhou, qui jouait dans sa vision des choses le rĂŽle de pĂšre de tous les ĂȘtres, d'oĂč procĂšde l'ordre moral, ainsi que le pouvoir de l'empereur, Ă  la condition que celui-ci respecte les volontĂ©s cĂ©lestes, soit le garant de la bonne morale[106]. Il ouvrit la voie Ă  un retour au premier plan du Ciel divinisĂ©, qui fut Ă©galement portĂ© par la rĂ©animation du concept de « Mandat cĂ©leste » et de la vision de l'empereur comme « Fils du Ciel » dans la droite ligne de la pensĂ©e politique de l'Ă©poque des Zhou[107].

Les rĂ©fĂ©rences Ă  Confucius, autre caractĂ©ristique de ce courant par la suite, sont en fait encore limitĂ©es sous les Han occidentaux ; la rĂ©daction dĂ©finitive des Entretiens de Confucius est du reste assez tardive, peut-ĂȘtre mĂȘme du dĂ©but des Han. Cet ouvrage acquit progressivement une importance telle qu'il devait finir par devenir un classique. À la suite de Dong Zhongshu, les penseurs se reposĂšrent Ă©galement sur les Annales des Printemps et Automnes, texte qui fut attribuĂ© Ă  Confucius, et Ă  ses commentaires. L'un d'eux, le Commentaire de Gongyang (Gongyang zhuan), qui l'interprĂšte comme un rĂ©cit contenant les enseignements Ă©sotĂ©riques moraux de ce sage, qui avait acquis une dimension mythique[108]. Confucius fut peu Ă  peu vu comme un « roi sans couronne » qui aurait prĂ©dit la venue de la glorieuse dynastie Han, et on commença Ă  lui vouer un culte. Cela donna dans une certaine mesure un tournant plus religieux Ă  la tradition confucĂ©enne, adaptĂ©e Ă  la pensĂ©e cosmologique. En tout cas Ă  partir de la pĂ©riode finale des Han antĂ©rieurs les penseurs firent de plus en plus rĂ©fĂ©rence Ă  Confucius, dĂ©finitivement Ă©levĂ© au rang de figure majeure de l'univers intellectuel et religieux chinois[109].

Les débats sur les classiques

[modifier | modifier le code]
Détail d'un fragment d'un des classiques sur pierre, 172-178.

L'essor de l'Ă©cole des lettrĂ©s s'accompagna par la mise en avant de l'Ă©tude des livres « classiques » issus de la pĂ©riode prĂ©-impĂ©riale, puisque leurs origines remontent parfois aux premiers temps de la dynastie Zhou, mĂȘme s'ils sont remaniĂ©s au moins jusqu'aux dĂ©buts de l'Ă©poque impĂ©riale : avant tout le Livre des documents, le Livre des rites, le Livre des Odes et le Livre des Mutations, mais aussi les Annales des Printemps et Automnes[110]. Ces ouvrages, dĂ©jĂ  mis en avant par Confucius mais aussi d'autres grands maĂźtres antiques, Ă©taient vus comme contenant les enseignements nĂ©cessaires Ă  un bon gouvernement, et ils acquirent une grande importance politique, qui accompagnait l'ascension des lettrĂ©s qui se prĂ©sentaient comme les seuls capables de bien les interprĂ©ter et donc de conseiller l'empereur. Plusieurs variantes de ces textes Ă©taient en circulation, d'autant plus que la dĂ©cision de dĂ©truire les versions de ces ouvrages prise sous les Qin, bien que jamais menĂ©e Ă  terme, avait semĂ© le trouble sur l'existence de variantes potentiellement authentiques. Les penseurs se disputaient donc sur les versions Ă  utiliser. Un premier groupe (dont Dong Zhongshu faisait partie) prĂ©fĂ©rait se reposer sur des textes issus des versions qui circulaient oralement, mis par Ă©crit en langage et Ă©criture de l'Ă©poque des Han, les textes modernes (jinwen) ; un autre privilĂ©giait les textes anciens (guwen), transmis depuis l'Ă©poque des Royaumes combattants et qui en avaient conservĂ© la langue et l'Ă©criture archaĂŻques. Ce dĂ©bat prit une grande importance Ă  la cour. Le pouvoir trancha d'abord en faveur des seconds, et instaura en 136 av. J.-C. Ă  l'AcadĂ©mie impĂ©riale des maĂźtres spĂ©cialisĂ©s dans chacun de ces ouvrages, posant ainsi les bases d'un enseignement officiel, « orthodoxe ». Sous les Han postĂ©rieurs en revanche, les tenants des textes en caractĂšres anciens triomphĂšrent[111].

Le processus de canonisation culmina dans la rĂ©daction des « classiques sur pierre » (shijing), gravĂ©s sur les murs de l'AcadĂ©mie impĂ©riale en 175-183 de notre Ăšre afin de disposer d'une version fixe de plusieurs classiques[112]. On espĂ©rait ainsi que les versions ultĂ©rieures en circulation seraient uniformisĂ©es, vu qu'il Ă©tait possible d'estamper sur du papier les textes gravĂ©s (une forme ancienne d'impression). Il y eut dans l'histoire chinoise postĂ©rieure plusieurs autres entreprises similaires (dont une dĂšs 240), ce qui prouve qu'il Ă©tait difficile d'empĂȘcher l'existence de variantes.

ParallÚlement aux classiques circulaient des textes que l'on désigne comme des apocryphes (chenwei), de nature religieuse mais tout autant à finalité politique, concernant aussi bien les confucéens que les tenants des pensées naturalistes[113]. Ils participÚrent eux aussi au mouvement visant à faire des lettrés interprÚtes des textes des conseillers politiques incontournables, spécialistes dans l'analyse des relations entre les Hommes et le Ciel[114].

La coexistence de diverses tendances intellectuelles

[modifier | modifier le code]

Les penseurs lettrĂ©s prirent ainsi progressivement plus de poids en tant que conseillers religieux, entre la fin des Han antĂ©rieurs et le dĂ©but des Han postĂ©rieurs, et pas uniquement les confucĂ©ens, dont on ne peut pas considĂ©rer que le courant fut une sorte de « religion d’État » sous les Han, d'autant plus qu'il n'Ă©tait pas encore pleinement constituĂ© (le culte de Confucius Ă©tant encore peu rĂ©pandu)[115]. À la fin des Han occidentaux, Yang Xiong (53 av. J.-C.–18 apr. J.-C.) Ă©labora ainsi une cosmologie qui devait aussi bien Ă  Confucius qu'au Livre des Mutations[116].

Le milieu des conseillers lettrés se déchira autour de la légitimité des Han postérieurs, notamment quand débuta leur affaiblissement. Les visions divergentes émergÚrent en particulier chez ceux qui avaient été mis à l'écart du pouvoir et formÚrent des écoles parallÚles à celles promues par le pouvoir impérial, comme Wang Chong (27-100), resté fameux pour son confucianisme critique qui lui attira des inimitiés, et Zheng Xuan (en) (127-200), grand commentateur des textes classiques (il a notamment laissé un commentaire majeur du Livre des Odes), influent en particulier dans la réflexion sur les rituels officiels[117].

Les rivalitĂ©s furent accentuĂ©es lors de la pĂ©riode de luttes Ă  la cour entre les eunuques et les ministres lettrĂ©s. La fin de la pĂ©riode Han devait par exemple voir l'essor des pensĂ©es taoĂŻsantes, reprenant des Ă©lĂ©ments du Huanglao et s'inspirant de Laozi et Zhuangzi, ouvrant la voie aux Ɠuvres majeures de Wang Bi et Guo Xiang au dĂ©but de la pĂ©riode de division[118].

Cultes impériaux et locaux

[modifier | modifier le code]
Immortel sur un cheval ailé, sculpture en jade (néphrite bleutée), Han antérieurs, tombes de Xinzhuang (Shaanxi), musée de Xianyang.

Les derniers temps de la pĂ©riode prĂ©-impĂ©riale et l'empire Qin avaient vu la mise en place de rituels sacrificiels officiels majeurs destinĂ©s aux forces de la nature, supplantant la primautĂ© des sacrifices aux ancĂȘtres dynastiques qui avaient Ă©tĂ© le socle de la lĂ©gitimitĂ© religieuse de l'ancienne dynastie Zhou. Les Han prirent pour base les rituels instaurĂ©s par le Premier empereur Qin et ses conseillers religieux. Gaozu reprit ainsi la pratique des sacrifices aux empereurs ancestraux (di) reprĂ©sentant les points cardinaux, Ă  cela prĂšs qu'il ajouta le culte d'un cinquiĂšme empereur aux quatre vĂ©nĂ©rĂ©s par son prĂ©dĂ©cesseur. Les autres sacrifices majeurs repris des Qin Ă©taient ceux appelĂ©s feng et shan, accomplis sur le Mont Tai et d'autres montagnes sacrĂ©es dans des circonstances exceptionnelles, hĂ©ritĂ©s de la tradition des spĂ©cialistes de rituels appelĂ©s fangshi Ă©voquĂ©s plus haut. Le vieux culte Ă  l'autel dĂ©diĂ© au dieu du Sol (she) restait Ă©galement pratiquĂ©, tandis que le culte des empereurs dĂ©cĂ©dĂ©s de la dynastie avait lieu dans de nombreux temples de la capitale et des grandes villes provinciales. L'empereur Wu promut le culte de l'« Un suprĂȘme » (Taiyi), une vieille divinitĂ© cĂ©leste du pays mĂ©ridional de Chu qui fut alors promue Ă  la tĂȘte du groupe des Cinq empereurs et donc du panthĂ©on impĂ©rial. Les sacrifices qui lui Ă©taient offerts avaient Ă©galement pour destination l'ImpĂ©ratrice de la Terre. Le dernier siĂšcle avant notre Ăšre fut l'occasion de dĂ©bats sur la nature de la divinitĂ© suprĂȘme Ă  vĂ©nĂ©rer. Le culte de Taiyi fut progressivement supplantĂ© par le culte au Ciel, vieille divinitĂ© tutĂ©laire de la dynastie Zhou. On dĂ©termina le lieu des sacrifices Ă  la divinitĂ© suprĂȘme, appelĂ©s jiao, dans la banlieue de la capitale. ParallĂšlement, les promoteurs du culte du Ciel critiquaient le trop grand nombre de sacrifices accomplis dans le cadre du culte officiel, et notamment les coĂ»ts qu'ils gĂ©nĂ©raient cas ils mobilisaient des dizaines de milliers de personnes : les temples dĂ©diĂ©s aux ancĂȘtres impĂ©riaux, qui Ă©taient la premiĂšre destination de ces critiques, auraient nĂ©cessitĂ© en 40 av. J.-C. 24 455 sacrifices par an, et employĂ© 67 276 personnes. La mĂȘme annĂ©e fut donc dĂ©cidĂ©e la fermeture de la plupart de ces sanctuaires[119].

Wang Mang s'attacha à réformer le systÚme sacrificiel, dans une optique se voulant inspirée des cultes pratiqués à l'époque des Zhou, dont elle était en fait éloignée puisqu'elle reposait sur des textes rédigés plus tardivement comme les Rites de Zhou et le Livre des rites. Il établit ainsi la primauté du sacrifice au Ciel, avec pour contrepartie le sacrifice à la Terre, qui devaient rester les principaux rituels impériaux jusqu'à la fin des empires chinois. Il établit dans la banlieue de sa capitale des autels destinés aux Cinq empereurs, au dieu du Sol et au dieu du Grain, ainsi qu'un Palais des LumiÚres, destiné à d'autres types de rituels. Ces évolutions furent conservées sans grande modification par le fondateur des Han postérieurs, Guangwu, qui accomplit également les rituels au Mont Tai. Les lettrés continuÚrent à débattre des réformes rituelles à accomplir, se reposant aussi bien sur les Classiques que sur les textes apocryphes évoqués plus haut[120].

Le culte officiel entretenait de nombreux cultes provinciaux, destinĂ©s aux montagnes et aux riviĂšres sacrĂ©es ainsi qu'Ă  des constellations. Ils Ă©taient dirigĂ©s par l'empereur en personne pour les plus importants, et par des dignitaires locaux pour les autres, toujours sous la direction des fangshi, et bĂ©nĂ©ficiaient du financement de l’État qui veillait Ă  les rĂ©guler. En dehors de ce cadre officiel, une myriade de cultes locaux Ă©tait accomplie Ă  destination de lieux sacrĂ©s et de divers esprits, notamment lors de fĂȘtes saisonniĂšres qui rassemblaient un grand nombre de dĂ©vots. Ces sacrifices Ă©taient parfois l'occasion d'Ă©riger des stĂšles commĂ©morant les offrandes qui y avaient Ă©tĂ© faites aux esprits locaux ou la construction d'un sanctuaire. Il s'agissait alors de rituels ayant reçu l'assentiment des notables locaux, qui y participaient. D'autres textes Ă©voquent des rituels organisĂ©s par des « chamanes » (wu, terme pĂ©joratif sous le pinceau des lettrĂ©s), contre lesquels les membres de l'administration doivent prendre des mesures coercitives, notamment parce que les pratiques qui y ont lieu vont Ă  l'encontre de la morale du culte officiel. Les fonctionnaires Ă©taient en effet rĂ©guliĂšrement chargĂ©s de vĂ©rifier l'efficacitĂ© de ces cultes, sous l'Ă©gide du Bureau des rites, qui pouvait officialiser certains de ces cultes et leur donner accĂšs aux subsides impĂ©riaux. Les premiers siĂšcles de notre Ăšre, en particulier le IIe siĂšcle, virent l'essor du culte destinĂ© aux Immortels, des humains divinisĂ©s, comme celui du scribe Tang Gongfang dans le Shaanxi, connu par une stĂšle Ă©rigĂ©e lors de l'officialisation de sa vĂ©nĂ©ration, ou celui du magicien Fei Zhi prĂšs de Luoyang. Ces divinitĂ©s mĂȘlaient souvent la probitĂ© confucĂ©enne et les pratiques magiques ainsi que la volontĂ© de retrait du monde des courants taoĂŻsants. Elles participĂšrent Ă  l'essor des mouvements religieux de l'Ă©poque tardive des Han et de leurs pratiques rituelles individualistes (mĂ©ditation, exercices respiratoires)[121].

L'émergence de mouvements religieux « taoïstes »

[modifier | modifier le code]
Lampe funéraire représentant le paradis de la Reine-MÚre de l'Occident (Xiwangmu), trÎnant au milieu de l'objet. Han postérieurs, Yale University Art Gallery.

C'est sous les Han postĂ©rieurs que se fit jour l'Ă©volution conduisant Ă  l'Ă©laboration de la religion taoĂŻste. Celle-ci ne naĂźt pas spĂ©cifiquement des enseignements des penseurs de l'Ă©poque prĂ©-impĂ©riale rangĂ©s a posteriori dans la catĂ©gorie du taoĂŻsme, Ă  savoir Zhuangzi et Laozi. I. Robinet distingue plusieurs sources jouant dans l'Ă©mergence du taoĂŻsme Ă  cette pĂ©riode : les spĂ©culations et rites naturalistes et cosmologistes des fangshi dĂ©jĂ  Ă©voquĂ©s ; la vogue du culte des Immortels, la quĂȘte de l'immortalitĂ© Ă©tant un Ă©lĂ©ment central du taoĂŻsme religieux ; l'influence du courant Huanglao, avec en Ă©lĂ©ment marquant la divinisation de Laozi, assimilĂ© Ă  la fin des Han Ă  l'Un suprĂȘme, et vu de plus en plus comme une figure salvatrice[122]. Il n'est cependant pas admis par tous les chercheurs qu'on puisse parler de taoĂŻsme en tant que religion pour l'Ă©poque des Han, car il ne se constitue pleinement que durant la pĂ©riode de division (220-581) ; il est au moins sĂ»r qu'apparaissent plusieurs mouvements religieux ayant pour point commun leur caractĂšre de masse, la recherche d'une organisation de plus en plus poussĂ©e, et des croyances ayant le fonds commun Ă©voquĂ© prĂ©cĂ©demment.

Au tournant de notre Ăšre, un premier mouvement religieux ayant un aspect populaire et de masse apparaĂźt en Chine, autour de la vĂ©nĂ©ration de la Reine-MĂšre de l'Ouest. Vers la mĂȘme pĂ©riode, le mouvement rebelle des Sourcils rouges qui entraĂźne la chute de Wang Mang s'appuyait sur le culte d'une divinitĂ©, le Prince Jing de Chengyang (un prince du lignage impĂ©rial ayant vĂ©cu au IIe siĂšcle av. J.-C. qui faisait l'objet d'un culte depuis sa mort). Ils constituent des antĂ©cĂ©dents des mouvements de masse qui prennent leur essor durant la seconde moitiĂ© du IIe siĂšcle, engagĂ©s dans une rĂ©bellion contre le pouvoir central Ă  un moment oĂč il s'effondre, et s'appuyant sur des croyances et pratiques religieuses spĂ©cifiques qui leur donnent une lĂ©gitimitĂ© et une assise plus solide. Les premiers sont les Turbans jaunes (connu plus tard comme le courant de la « Voie de la Grande paix ») qui se soulĂšvent dans les annĂ©es 170 sous la conduite de Zhang Liang et de ses frĂšres, dont l'autoritĂ© a eu un volet religieux. Les diffĂ©rents mouvements se rĂ©clamant de leur hĂ©ritage qui prennent leur suite aprĂšs leur dĂ©faite ont manifestement Ă©tĂ© de mĂȘme nature. C'est dans ce mĂȘme contexte troublĂ© que se forme autour de Zhang Lu le mouvement des MaĂźtres cĂ©lestes (ou « Voie des Cinq boisseaux de riz »), dont les Ă©crits postĂ©rieurs rapportent qu'il aurait en fait Ă©tĂ© fondĂ© par son grand-pĂšre Zhang Daoling. Ces mouvements Ă©tant tous documentĂ©s par des textes Ă©crits ultĂ©rieurement, il est difficile de savoir quels Ă©taient leurs croyances et pratiques. Le mouvement des MaĂźtres cĂ©lestes s'est muĂ© aprĂšs son Ă©chec politique en mouvement religieux organisĂ© dirigĂ© par les descendants de son fondateur, qui ont produit une longue tradition de textes rattachĂ©s Ă  la religion taoĂŻste. Ils semblent vĂ©nĂ©rer des divinitĂ©s suprĂȘmes mal identifiĂ©es liĂ©es Ă  la tradition de l'Empereur jaune, voire Laozi. Ils croient en la venue d'une Ăšre de « Grande Paix » (Taiping), durant laquelle l'empereur assure l'harmonie sur Terre. Les leaders de ces groupes passaient pour ĂȘtre des guĂ©risseurs, et les MaĂźtres cĂ©lestes avaient des rituels thĂ©rapeutiques Ă©laborĂ©s. Ces mouvements avaient Ă©galement dĂ©veloppĂ© des pratiques mĂ©ditatives et respiratoires comme cela Ă©tait courant Ă  cette Ă©poque[123].

L'introduction du bouddhisme en Chine

[modifier | modifier le code]
Le temple du Cheval blanc Ă  Luoyang, premier temple bouddhiste en Chine

L'expansion de la Chine vers les contrĂ©es occidentales l'ouvrit Ă  des apports culturels depuis ces rĂ©gions, et celui qui occupe sans doute la place la plus importante pour l'histoire postĂ©rieure de la civilisation chinoise est le bouddhisme[124], religion implantĂ©e dans les citĂ©s d'Asie Centrale oĂč elle avait Ă©tĂ© introduite depuis son foyer indien. Suivant une tradition postĂ©rieure qui a longtemps fait office de version officielle de l'arrivĂ©e du bouddhisme en Chine, celle-ci serait survenue sous le rĂšgne de Mingdi (58-78) : l’empereur Mingdi rĂȘva d’un homme qui semblait fait d’or. Selon l’interprĂ©tation de son ministre Zhong Hu, il s’agissait du Bouddha. L’empereur aurait alors envoyĂ© dix-huit personnes menĂ©es par Cai Yin, Qin Jing et Wang Zun Ă  la recherche d’effigies et de textes. Ils seraient revenus de l’actuel Afghanistan en 67, accompagnĂ©s de deux moines, rapportant une image du Bouddha et le SĂ»tra en 42 chapitres, portĂ© par un cheval blanc en l'honneur duquel fut Ă©rigĂ© Ă  l’ouest de Luoyang le Temple du Cheval blanc, considĂ©rĂ© comme le plus ancien temple bouddhiste sur le sol chinois. En dĂ©pit de l'aspect lĂ©gendaire du rĂ©cit, il semble bien que le bouddhisme soit introduit en Chine vers le milieu du Ier siĂšcle : le Hou Han Shu rapporte ainsi que Liu Ying, prince de Chu et demi-frĂšre de l'empereur Mingdi, rendait hommage au Bouddha et aurait patronnĂ© des temples bouddhistes. Sa pratique du bouddhisme semble cependant encore rudimentaire, et sa vĂ©nĂ©ration du Bouddha se fait conjointement avec celle de deux autres figures populaires dans la religion chinoise Ă  cette pĂ©riode, Laozi et l'Empereur jaune associĂ©s couramment dans le Huanglao. Un culte conjoint Ă  ces trois divinitĂ©s se retrouve environ un siĂšcle plus tard, en 166, dans un palais de l'empereur Huan : Bouddha est donc vu comme un des esprits traditionnels de la Chine ancienne, vĂ©nĂ©rĂ© dans un contexte religieux encore inchangĂ©. Le rĂŽle des Ă©trangers originaires de pays bouddhistes et installĂ©s dans les capitales des Han postĂ©rieurs dans l'essor de son culte a sans doute Ă©tĂ© important, et ils vont contribuer Ă  une meilleure connaissance du bouddhisme en Chine. C'est parmi eux que se trouvent les premiers traducteurs connus de textes bouddhistes en chinois, attestĂ©s Ă  partir du milieu du IIe siĂšcle : les plus importants Ă  cette pĂ©riode furent un moine parthe, An Shigao, actif Ă  Luoyang Ă  partir de 148, et traducteur de textes du courant Hinayana (le « Petit vĂ©hicule »), et un moine yuezhi, Lokaksema, arrivĂ© une vingtaine d'annĂ©es plus tard, qui traduisit des textes du courant Mahayana (le « Grand vĂ©hicule ») qui devint par la suite la forme dominante en Chine. L'essor d'un bouddhisme populaire fut manifeste durant les derniĂšres annĂ©es du IIe siĂšcle. D'aprĂšs les textes des statues bouddhistes sont alors rĂ©pandues, et les temples semblent comprendre les premiĂšres formes de pagodes Ă©rigĂ©es sur le modĂšle des stupas indiens, mais il n'en reste plus rien de nos jours ; seules quelques traces d'influence de l'art bouddhiste pourraient ĂȘtre attestĂ©es dans des Ɠuvres connues pour cette pĂ©riode[125].

Croyances, pratiques et art funéraires

[modifier | modifier le code]
La Reine-MÚre de l'Occident (Xiwangmu) associée à des animaux mythologiques (tigre, dragon, renard à neuf queues, etc.), bas-relief d'une tombe de la période des Han postérieurs. Musée provincial du Sichuan.
ReprĂ©sentation murale des divinitĂ©s Fuxi et NĂŒwa, liĂ©es aux croyances sur la mort et l'au-delĂ , d'aprĂšs un bas-relief du temple ancestral de la famille Wu Ă  Jiaxiang, IIe siĂšcle.

Croyances sur la mort et l'au-delĂ 

[modifier | modifier le code]
BanniÚre funéraire de la marquise de Dai, tombe no 1 de Mawangdui, Hunan, v. 168 avant notre Úre, encre et couleurs sur soie, h : 205 cm, musée de la province du Hunan.

Le culte ancestral est depuis la plus haute AntiquitĂ© une composante majeure de la religion chinoise. Bien qu'abondamment documentĂ© par les textes et l'archĂ©ologie, les conceptions qui le guident sont mal connues pour l'Ă©poque Han. Les textes Ă©voquent l'Ăąme des dĂ©funts par les termes hun et po, parfois prĂ©sentĂ©s comme deux formes opposĂ©es : dans le Huainanzi et le Livre des rites, le premier est destinĂ© Ă  se rendre dans un paradis cĂ©leste tandis que le second retourne Ă  la terre. D'autres textes semblent au contraire indiquer que l'Ăąme du dĂ©funt doive rester dans sa sĂ©pulture. Il n'y avait manifestement pas de terminologie universellement admise sur ce point, les sources rĂ©vĂ©lant des divergences conceptuelles et mĂȘme rituelles encore impossibles Ă  expliquer (diffĂ©rences de statut social ?)[126]. La banniĂšre en soie peinte retrouvĂ©e dans la tombe no 1 de Mawangdui est un document exceptionnel, fournissant une reprĂ©sentation visuelle du passage de la vie Ă  l'au-delĂ , durant lequel la dĂ©funte est accompagnĂ©e par diffĂ©rents animaux rĂ©els ou imaginaires (dragons, chauve-souris) ; il reprĂ©sente en plusieurs registres les diffĂ©rents espaces constituant l'univers : le monde souterrain, le monde terrestre oĂč sont accomplis les rituels funĂ©raires, le monde cĂ©leste vers lequel se dirige l'« ùme » de la dĂ©funte[127].

Les reprĂ©sentations iconographiques des tombes des Ă©lites mettent en avant diffĂ©rentes divinitĂ©s liĂ©es au monde infernal, en premier lieu la Reine-MĂšre de l'Occident (Xiwangmu), dĂ©esse liĂ©e Ă  l'immortalitĂ© et Ă  la mort, qui devait devenir par la suite une des principales divinitĂ©s du taoĂŻsme, et le couple Fuxi-NĂŒwa, deux divinitĂ©s Ă  tĂȘte humaine et Ă  corps de serpent, et diverses autres divinitĂ©s cĂ©lestes aux fonctions difficiles Ă  dĂ©terminer, ainsi que des immortels, ĂȘtres souvent ailĂ©s extrĂȘmement populaires dans l'iconographie tardive et couramment associĂ©s aux divinitĂ©s du monde cĂ©leste et infernal[128].

Le monde des esprits liĂ©s Ă  la mort Ă©tait plus largement constituĂ© par une foule d'esprits formant une bureaucratie infernale, Ă©voquĂ©s notamment dans les actes de propriĂ©tĂ© des tombes oĂč ils sont invoquĂ©s en tant que tĂ©moins devant assurer que le dĂ©funt passe dans l'au-delĂ  dans les meilleures conditions[129]. Si cela ne suffisait pas, divers rituels accompagnaient l'inhumation des dĂ©funts, avant la fermeture des portes scellant son tombeau. Il s'agissait notamment d'exorcismes visant Ă  protĂ©ger l'Ăąme du trĂ©passĂ©, et d'autres servant Ă  l'aider dans son voyage vers l'au-delĂ [130]. Une prĂ©occupation constante des vivants Ă©tait de s'assurer de tenir les morts Ă  distance, pour Ă©viter d'ĂȘtre hantĂ©s par leurs fantĂŽmes, et donc pour cela il convenait de bien accomplir les rites funĂ©raires[131]. Le Livre des rites prescrivait ainsi prĂ©cisĂ©ment les actes Ă  accomplir suivant la mort d'un dĂ©funt, restĂ©s le modĂšle Ă  suivre pour les confucĂ©ens : lavage du corps, mise en biĂšre, cĂ©rĂ©monies de lamentations, visites de condolĂ©ances, choix de l'emplacement de la sĂ©pulture et du jour de l'inhumation par des procĂ©dures divinatoires. Suivant les principes de piĂ©tĂ© filiale, le fils aĂźnĂ© devait suivre un deuil de trois ans aprĂšs la mort de son pĂšre ; une fois le deuil achevĂ©, le dĂ©funt devenait un « ancĂȘtre », et il pouvait prendre place sur l'autel des ancĂȘtres familiaux sous la forme d'une tablette portant son nom, et recevoir rĂ©guliĂšrement des offrandes lors des rituels du culte ancestral[132].

L'architecture funéraire

[modifier | modifier le code]

En accord avec les croyances funĂ©raires, les nĂ©cropoles des Ă©lites Ă©taient composĂ©es de tombes souterraines (hypogĂ©es) complexes avec un important matĂ©riel funĂ©raire destinĂ© Ă  accompagner le dĂ©funt dans l'au-delĂ , associĂ©es Ă  un temple dĂ©diĂ© au culte du mort devenu un « ancĂȘtre » et Ă  d'autres constructions.

Les complexes funéraires impériaux

[modifier | modifier le code]

Dans la continuitĂ© des pratiques de l'Ă©poque des Royaumes combattants et de l'empire Qin, les tombes impĂ©riales Ă©taient disposĂ©es dans de vastes complexes funĂ©raires, entourĂ©s par des villes oĂč vivaient les personnes chargĂ©es de l'entretien du trĂšs dispendieux culte des ancĂȘtres impĂ©riaux. Ce sont essentiellement alentours des tombes impĂ©riales qui ont Ă©tĂ© explorĂ©s. Ainsi, le parc funĂ©raire (lingyuan) de l'empereur Jing (156-141 av. J.-C.) et de son Ă©pouse principale Ă  Yangling s'Ă©tendait sur 12 km2. Les sĂ©pultures Ă  proprement parler Ă©taient surmontĂ©es par un grand tumulus (50 m de cĂŽtĂ© et 31 de haut Ă  Yangling) entourĂ© d'une vaste enceinte quadrangulaire (410 m de cĂŽtĂ© pour le mĂȘme exemple) en terre damĂ©e disposant de portes Ă  piliers (que), et Ă  proximitĂ© se trouvait le temple servant Ă  leur culte funĂ©raire, ainsi que de nombreux puits oĂč Ă©tait disposĂ© un abondant matĂ©riel funĂ©raire (comme les fosses contenant des figurines d'armĂ©es et des chevaux, des armes, des objets en laque, etc. exhumĂ©es aux alentours du mausolĂ©e de Jing) et des tombes d'aristocrates ayant eu le privilĂšge d'ĂȘtre enterrĂ©s aux cĂŽtĂ©s des monarques. Les tombes de ces dignitaires reproduisaient Ă  une Ă©chelle moindre le modĂšle des sĂ©pultures impĂ©riales. L'accĂšs aux tombes et aux temples funĂ©raires de ces complexes Ă©taient matĂ©rialisĂ©s par des « voies des esprits » (shendao) dĂ©limitĂ©es par des stĂšles ou des arbres, ainsi que, Ă  partir du rĂšgne de Wudi, des sculptures monumentales d'hommes, animaux et ĂȘtres mythologiques, les premiĂšres du genre dans l'histoire de l'art chinois[133].

La tombe de l'Ă©phĂ©mĂšre empereur Liu He, le « marquis de Haihun » (r. 74 av. J.-C.), a Ă©tĂ© mise au jour Ă  partir de 2011. La sĂ©pulture en elle-mĂȘme est un vaste complexe en bois de 400 mÂČ enterrĂ© sous un tertre, divisĂ© en plusieurs compartiments. Au centre se trouve la chambre funĂ©raire avec le cercueil de l'empereur[134].

Les sépultures des Han antérieurs

[modifier | modifier le code]

Des dizaines de milliers de tombes de la période Han ont été mises au jour par les archéologues dans les provinces de l'empire. Elles concernent avant tout le milieu des élites sociales. Les tombes des couches populaires, généralement de simples fosses avec peu d'objets funéraires, n'ont pas retenu l'attention des fouilleurs. Les tombes aristocratiques des débuts des Han sont caractérisées, dans la droite ligne de la fin de la période des Royaumes combattants, par la recherche du luxe le plus extravagant possible. Les grandes tombes des « rois » appartenant au lignage impérial vastes et disposaient d'un matériel funéraire important. Elles suscitÚrent de plus en plus les critiques des lettrés confucéens[135].

Ruines de la tombe en bois de Liu Jian, roi de Guangyang, Ă  Dabaotai, v. 44 av. J.-C.

L'Ă©volution majeure dans l'organisation des tombes riches qui se produit durant la pĂ©riode Han est le passage de tombes creusĂ©es dans des puits verticaux et hermĂ©tiquement isolĂ©es de l'extĂ©rieur Ă  des tombes constituĂ©es sur un plan horizontal, accessibles par une rampe d'accĂšs constituant un corridor conduisant Ă  des chambres souterraines gĂ©nĂ©ralement disposĂ©es de façon axiale et sĂ©parĂ©es par des portes en pierre. Ce modĂšle, dĂ©rivĂ© des tombes Ă  catacombes du pays de Qin (surtout le Henan actuel) durant les derniers temps de l'Ăšre prĂ©-impĂ©riale, admet de nombreuses variantes rĂ©gionales. Certaines de ces tombes Ă  chambres multiples Ă©taient creusĂ©es dans des montagnes, mais la plupart l'Ă©taient dans le sol et disposaient d'une structure en briques ou en pierre, et Ă©taient surmontĂ©es par un tumulus artificiel signalant leur emplacement. Les diffĂ©rentes chambres des tombes riches prĂ©sentaient une organisation renvoyant Ă  celle d'une rĂ©sidence terrestre : une antichambre, une piĂšce de rĂ©ception servant Ă  l'exĂ©cution des rituels funĂ©raires, des piĂšces annexes servant de magasins, et une chambre funĂ©raire oĂč le cercueil Ă©tait disposĂ©[136],[137]. Les tombes Ă  caissons en madriers formant divers compartiments, populaires durant la pĂ©riode prĂ©-impĂ©riale, en particulier au pays de Chu, restĂšrent courantes aux dĂ©buts des Han, comme Ă  Mawangdui[138], mais se retrouvent aussi plus au nord Ă  Dabaotai (prĂšs de PĂ©kin)[139].

Pour prendre un exemple, la tombe du prince Liu Sheng, roi de Zhongshan et frĂšre de l'empereur Wudi, creusĂ©e dans la falaise Ă  Mancheng (Hebei, v. 113 av. J.-C.) aux cĂŽtĂ©s de la sĂ©pulture de son Ă©pouse Dou Wan, dont le plan est similaire, mesure 51,70 m de longueur pour 37,50 m de large et 6,80 m. Elle est constituĂ©e sur un axe est-ouest d'une entrĂ©e jouxtĂ©e de deux longues salles servant d'entrepĂŽts oĂč sont disposĂ©es des offrandes, ouvrant sur une vaste piĂšce servant de salle de rĂ©ception et dotĂ©e du matĂ©riel funĂ©raire le plus luxueux, desservant d'autres piĂšces couvertes comme elle par une toiture en tuile soutenue par des poteaux en bois, dont la chambre funĂ©raire, situĂ©e Ă  l'extrĂ©mitĂ© ouest de la tombe et bordĂ©e par une salle d'eau, contenant le sarcophage[140].

Pilier-que disposé à l'entrée de la tombe de Guo Yi, Ya'an (Sichuan), période des Han postérieurs.

Les sépultures et temples ancestraux des Han postérieurs

[modifier | modifier le code]
Maquette représentant la tombe de Lei Cheng Uk (Hong Kong), tombe en briques à chambres voûtées et dÎme central, datée de la période des Han postérieurs.

Durant la pĂ©riode des Han postĂ©rieurs, les tombes des Ă©lites n'atteignirent plus les dimensions et le luxe de celles des rois de la pĂ©riode prĂ©cĂ©dente. Cela est liĂ© au fait que ces personnages avaient Ă©tĂ© dĂ©finitivement soumis au pouvoir impĂ©rial au Ier siĂšcle av. J.-C., tandis que les premiers empereurs des Han postĂ©rieurs avaient Ă©mis des dĂ©crets pour limiter l'opulence des sĂ©pultures. Les tombes des fonctionnaires les plus importants restĂšrent nĂ©anmoins de grande taille, et des lieux d'expression des Ă©lites et des artistes des diffĂ©rentes provinces de l'empire[141]. Du point de vue architectural, le modĂšle des tombes en briques et Ă  chambres multiples triompha dĂ©finitivement. Les piĂšces des sĂ©pultures se dotĂšrent de plus en plus de plafonds en forme de voĂ»te en berceau ou de coupoles, comme dans les exemples caractĂ©ristiques de Mizhixian (Shaanxi, v. 100) et de Horinger (Mongolie-IntĂ©rieure, v. 187). Se dĂ©veloppent Ă©galement les tombes collectives, destinĂ©es Ă  accueillir les cercueils des membres d'une mĂȘme famille, ce qui explique que leur organisation soit faite de façon Ă  faciliter la circulation des vivants et l'exĂ©cution de rituels[142],[137].

C'est de la période des Han postérieurs que datent les temples à offrandes funéraires les mieux préservés de la période, retrouvés dans le Shandong, en particulier celui de la famille Wu à Jiaxiang (v. 147-167) qui a laissé un remarquable ensemble de bas-reliefs renvoyant à l'idéologie confucéenne que défendait la famille, ces sites funéraires étant pensés comme des lieux permettant la transmission des valeurs du lignage aux jeunes générations par leur implication dans le culte ancestral[143]. Pour les lignages des élites, les temples ancestraux célébraient donc l'unité et la grandeur de leur clan de façon visible et en y impliquant ses différentes branches voire ses clients, alors que les tombeaux servaient pour des rituels plus individualisés destinés aux défunts les occupant[144].

Matériel et arts funéraires

[modifier | modifier le code]

Le confort des dĂ©funts devait ĂȘtre assurĂ© dans leurs rĂ©sidences post-mortem, ce qui explique le soin apportĂ© Ă  leur dĂ©cor et leur matĂ©riel funĂ©raire. L'art funĂ©raire peut ĂȘtre divisĂ© en trois catĂ©gories : le cercueil et les objets l'accompagnant ; les diffĂ©rents objets funĂ©raires disposĂ©s dans les piĂšces des sĂ©pultures ; le dĂ©cor des murs des sĂ©pultures et des temples ancestraux. Il s'agit de loin de la source principale pour la connaissance des Ɠuvres rĂ©alisĂ©es par les artistes et artisans de la pĂ©riode Han.

Le matériel associé au corps du défunt

[modifier | modifier le code]
Réplique du linceul de jade de Liu Xiu, musée des tombes Han de Guangling, Yangzhou.

Les corps des dĂ©funts des Ă©lites Ă©taient entreposĂ©s dans des chambres funĂ©raires, gĂ©nĂ©ralement dans des sarcophages en pierre, mĂȘme si la tradition des cercueils en bois laquĂ© hĂ©ritĂ©e des Royaumes combattants subsiste au dĂ©but de la pĂ©riode (Ă  Mawangdui, Ă  Mianyang)[146]. Les corps de certains des plus Ă©minents des dĂ©funts faisaient l'objet de mĂ©thodes de protection supplĂ©mentaires visant Ă  en assurer une meilleure prĂ©servation et aussi un sĂ©jour dans l'au-delĂ  plus clĂ©ment. Dans le pays de Chu (Ă  Mawangdui, Fenghuanshuan), sont attestĂ©es des mĂ©thodes d'emboĂźtement des cadavres dans des cercueils constituĂ©s de plusieurs caissons prĂ©servant l'Ă©tanchĂ©ité ; Ă  Mawangdui les cercueils en laque de la marquise de Dai sont dĂ©corĂ©s de motifs symboliques et animaux mythologiques liĂ©s aux croyances sur la mort, et le corps de la dĂ©funte est enveloppĂ© dans une banniĂšre de soie peinte au thĂšme similaire, dĂ©jĂ  Ă©voquĂ©e[147]. Les membres de la famille impĂ©riale et certains alliĂ©s de l'empereur avaient quant Ă  eux droit Ă  un linceul en jade cousu de fils d'or (yixia) formant une sorte d'armure, ce matĂ©riau Ă©tant considĂ©rĂ© en Chine comme ayant des vertus apotropaĂŻques ; plusieurs de ces linceuls ont Ă©tĂ© mis au jour, notamment dans la tombe du prince Liu Xiu Ă  Mancheng[148],[149]. Le corps de l'empereur Liu He Ă©tait disposĂ© dans un cercueil en bois de plus de 3 mĂštres, contenant des centaines de piĂšces en or sur lesquelles Ă©tait disposĂ© le cercueil intĂ©rieur, en bois laquĂ© dĂ©corĂ© Ă  l'or fin, et le corps Ă©tait accompagnĂ© d'un sceau en jade identifiant le dĂ©funt, et d'autres objets en jade (oreiller, pendentif, Ă©pĂ©e, etc.)[134],[150].

Les objets en jade étaient de ce fait largement répandus auprÚs des défunts, souvent cousus à leurs costumes funéraires : il s'agit surtout de disques bi, de demi-disques, ou bien de jades zoomorphes, déjà trÚs courants durant les époques antiques. Les dignitaires se faisaient également inhumer avec des objets renvoyant à leurs fonctions, notamment des insignes, des sceaux, des épées[151].

Les objets funéraires

[modifier | modifier le code]

La plus grande partie des objets d’art de la pĂ©riode de la dynastie Han proviennent donc du mobilier funĂ©raire. Les objets entreposĂ©s dans les tombes Ă©taient divisĂ©s depuis la pĂ©riode des Royaumes combattants entre ceux ayant accompagnĂ© le dĂ©funt de son vivant (shengqi) et ceux confectionnĂ©s spĂ©cifiquement pour sa sĂ©pulture (mingqi). On y trouve donc des objets utilitaires de nature variĂ©e : des cĂ©ramiques, des laques, des vases rituels en bronze, des lampes, des brĂ»le-parfums, des miroirs, des statues d'animaux et de nombreux personnages (exorcistes, serviteurs), des modĂšles rĂ©duits de bĂątiments, etc.[152].

Le matériel funéraire le plus impressionnant est celui de la tombe de l'éphémÚre empereur Liu He : plus de 10 tonnes de piÚces de monnaie de bronze, plus de 400 objets en or, des carillons, de la vaisselle précieuse, des objets en laque, ainsi que de nombreux textes sur lamelles de bambou[134],[150].

Beaucoup de ces objets avaient une fonction protectrice, mais ils servaient aussi de symboles cosmologiques. En effet, mĂȘme si on a longtemps mis en avant le fait qu'il s'agissait de rappeler dans la mort la vie accomplie du dĂ©funt et de faciliter le voyage de son Ăąme vers l'au-delĂ , il semble qu'on ait de plus en plus cherchĂ© Ă  faire de la tombe un espace dans lequel le dĂ©funt puisse ĂȘtre situĂ© en harmonie avec l'ordre cosmique[153].

Figurines et maquettes
[modifier | modifier le code]

Sont particuliĂšrement reprĂ©sentatives de cette pratique les nombreuses figurines, qui constituent des tĂ©moignages prĂ©cieux sur les modes de vie des Ă©lites. Un premier ensemble est constituĂ© par les figurines de bĂątiments en terre cuite, reprĂ©sentant les manoirs des nobles, des tours et les diverses installations agricoles de leurs domaines ruraux ; sous les Han postĂ©rieurs, elles sont de plus en plus en cĂ©ramique glaçurĂ©e[154]. En effet, des progrĂšs sont faits dans le domaine de la cĂ©ramique avec la multiplication des piĂšces vernissĂ©es, l’apparition de glaçures gris-vert ou noir, qui annoncent les futurs cĂ©ladons, et des premiĂšres porcelaines[155].

Un autre groupe important de figurines reprĂ©sente des ĂȘtres humains, serviteurs et servantes du noble qu'ils accompagnent dans l'au-delĂ  (substituts des serviteurs qui Ă©taient effectivement sacrifiĂ©s jusqu'aux dĂ©buts de l'Ă©poque des Royaumes combattants) : sous les Han, il s'agit souvent de musiciens, d'acrobates, de danseurs et autres chargĂ©s des divertissements[156]. Les animaux sont Ă©galement courants[157]. Les plus hauts dignitaires et surtout les souverains se faisaient accompagner de vĂ©ritables armĂ©es en miniature, constituĂ©es de centaines de figurines. Les fosses exhumĂ©es Ă  proximitĂ© du tombeau de l'empereur Jing Ă  Yangling ont livrĂ© de nombreuses reprĂ©sentations de soldats en miniature, renvoyant Ă  celles - de taille rĂ©elle - dĂ©couvertes dans le mausolĂ©e du Premier Empereur ; d'autres fosses contenaient des figurines animales, en particulier des chevaux[158].

La reprĂ©sentation Ă©questre connaĂźt en effet un essor important dans l'art des Han. Ces animaux sont trĂšs reprĂ©sentĂ©s sur les dĂ©cors muraux des tombes (voir plus loin). Ils sont surtout trĂšs courants dans la sculpture. Par exemple, une tĂȘte de cheval exposĂ©e au musĂ©e Guimet reprĂ©sente une nouveautĂ© propre aux Han : un animal Ă©nergique et fougueux, dĂ©peint avec le naturalisme des Qin mais stylisĂ©. Cependant, loin de figurer un type particulier, il s’agit le plus souvent d’une image composite et idĂ©alisĂ©e conservant du cheval chinois les grandes oreilles dressĂ©es, le chanfrein concave et les yeux globuleux en grenouille, mais renvoyant aux montures arabes par sa tĂȘte haute[159]. La cohĂ©rence des traits stylistiques Han maintient l'harmonie de l'ensemble dans toutes les reprĂ©sentations de ce type de cheval connues. Mais une Ă©tude comparative, mĂȘme rapide avec les figures de chevaux dĂ©posĂ©es avec l'ArmĂ©e de terre cuite du premier empereur Qin Shi Huang des Han occidentaux[160],[161], montre que l'on n'est pas en prĂ©sence des mĂȘmes races de chevaux. Concernant le cheval dorĂ©[N 5] de l'empereur Han Wudi (156 - 87 av n. e.), lequel commandita la recherche de chevaux Ă  son ambassadeur Zhang Qian[162][rĂ©f. incomplĂšte] auprĂšs des souverains de Sogdiane, il faut suivre les remarques prĂ©cises donnĂ©es par les auteurs du catalogue de l'exposition Des chevaux et des hommes de 1996. En effet : « ce bronze est le produit de l'observation attentive d'un animal de race dont on cherche Ă  exprimer la beautĂ© et l'Ă©lĂ©gance, et non l'usage ou la rapidité »[163],[164]. Le cĂ©lĂšbre cheval volant, dont on voit l'image un peu partout en Chine actuellement[N 5], a Ă©tĂ© trouvĂ© dans la tombe d'un commandant de la garnison placĂ©e au Wuwei, Gansu, prĂ©cisĂ©ment sur une route de la soie[165]. Ces chevaux reprĂ©sentĂ©s sous forme de mingqi, en terre-cuite ou en bronze, mais non dorĂ©, au cours de la dynastie des Han Orientaux sont le plus souvent la tĂȘte haute et l'attitude trĂšs vivante, nerveuse, les dents bien visibles et dĂ©gagĂ©es, comme on peut le constater sur ces deux exemples.

Plat en laque, dynastie Han pccidentaux, musée du palais (Cité interdite), Pékin
Objets du quotidien, brûle-parfums, luminaires
[modifier | modifier le code]

Les tombes ont enfin livré des objets issus du quotidien, en bronze souvent doré et argenté[166] (suivant la pratique en cours dÚs l'époque des Royaumes combattants) des objets laqués et en jade[167],[168].

La boĂźte lian en forme de brĂ»le-parfum conservĂ©e au musĂ©e Guimet, offre une reprĂ©sentation de montagnes qui serait l'ancĂȘtre des paysages miniatures apparus sous les Tang et connus en Occident sous leur nom japonais de bonzai[169]. Dans le brĂ»le-parfum Han, en bronze rehaussĂ© d'or et Ă©ventuellement de pierres prĂ©cieuses, la fumĂ©e de l'encens Ă©voquait les pics montagneux entre lesquels vaguent et s'enroulent brumes et nuages argentĂ©s. Ce sont des lieux mythiques, paradis des Immortels, lesquels Ă©taient reprĂ©sentĂ©s dans leur ascension des montagnes, figurines discrĂštes au milieu des arabesques dĂ©coratives du brĂ»le parfum. Cette croyance est l'un des piliers de la culture taoĂŻste qui se dĂ©veloppe, prĂ©cisĂ©ment, sous les Han. Quant au motif des monts des Immortels (sur les Ăźles mythiques de la Mer de l'Est, dont la plus cĂ©lĂšbre est l'Ăźle Penglai, ou sur les Monts des Immortels de l'Occident), il devint le sujet prĂ©fĂ©rĂ© des peintres lettrĂ©s au cours des siĂšcles suivants. Le motif des dragons dans les vagues qui se retrouve souvent avec ce type de sujet symbolise ici les eaux mystĂ©rieuses qui paraissent infranchissables[170]. Un luminaire mis au jour dans une tombe de Luoyang datĂ©e des Han postĂ©rieurs a ainsi Ă  lui la forme d'un arbre magique portant des dragons, et dont la base a la forme d'une Ăźle aux Immortels oĂč gambadent plusieurs animaux[171]. Parmi les autres lampes remarquables exhumĂ©es, il convient de signaler celle livrĂ©e par la tombe de la princesse Dou Wan Ă  Mancheng, une lampe en bronze dorĂ© ayant la forme d'un personnage vĂȘtu d'une robe ample tenant un luminaire, et dĂ©montable[172].

Objets en soie
[modifier | modifier le code]

Les rares piĂšces de soie brodĂ©es ou peintes qui nous sont parvenues (Mawangdui) offrent un aperçu du raffinement du travail de cette fibre qui Ă©tait dĂ©jĂ  un important produit d’exportation. Parmi des piĂšces de soie on a en effet trouvĂ© dans la tombe de la marquise de Dai, Ă  Mawangdui, des vĂȘtements, une carte du sud de la Chine et du nord ViĂȘt Nam et surtout une banniĂšre funĂ©raire peinte, piĂšce tout Ă  fait exceptionnelle par son sujet et l'intensitĂ© des couleurs conservĂ©es, dĂ©crivant le passage de la dĂ©funte vers l'au-delĂ [175].

Dos de miroir à décor de TLV. Début des Han Orientaux. Bronze, diam. : 15,5 cm. Musée Georges Labit, Toulouse.
Miroirs en bronze
[modifier | modifier le code]

Des miroirs à décor de TLV (le décor est composé de la répétition de formes T, L et V juxtaposées sur un fond de « nuages ») ont été trouvés, sur lesquels les spécialistes s'interrogent encore. Ils apparaissent au cours du IIe siÚcle. Le motif du dragon qui orne le bandeau externe laisse supposer que ces miroirs, placés dans les tombes, sont destinés à assurer l'harmonie entre l'homme et le cosmos. Les miroirs à décor TLV portent souvent des inscriptions (sur le disque central du miroir du musée Labit, ci-contre) visant à éloigner le malheur et à accorder son possesseur avec les forces de l'univers.

Le décor des tombeaux et des temples ancestraux

[modifier | modifier le code]

Jusqu'alors limité au cercueil et à la banniÚre le recouvrant, le décor funéraire fut porté sur les briques moulées constituant le mur des tombes au Ier siÚcle av. J.-C., puis par la suite sur des peintures ou des gravures. Ce décor renvoie aux préoccupations funéraires du temps : intégration du défunt dans le cosmos (le voyage de son ùme vers un lieu paradisiaque), animaux, divinités et symboles protecteurs, évocation des rituels funéraires, événements historiques ou mythes, et de plus en plus le rappel de la vie opulente qu'avait mené le défunt[176].

Un premier type de dĂ©cor trouvĂ© dans les tombes est constituĂ© de bas-reliefs imprimĂ©s sur les briques constituant le revĂȘtement des murs intĂ©rieurs des sĂ©pultures. Par exemple, Ă  Mizhixian dans le Shaanxi les scĂšnes sculptĂ©es, sans doute par estampage (Ă  partir d'un modĂšle peint) reprĂ©sentent des scĂšnes de la vie quotidienne comme des labours, et des scĂšnes religieuses (un sacrifice, un immortel, la Reine-MĂšre de l'Ouest, Fuxi)[177]. Dans les tombes du Sichuan, le rĂ©pertoire prĂ©sente des originalitĂ©s locales, en privilĂ©giant les scĂšnes des activitĂ©s quotidiennes dans un rendu plus rĂ©aliste et vivant, sans doute en lien avec l'idĂ©al taoĂŻste de forces vitales : chasse, pĂȘche, agriculture, exploitation de mines, mais aussi des scĂšnes d'accouplement[178].

L'ensemble de bas-reliefs le plus remarquable provenant d'un complexe funĂ©raire de l'Ă©poque des Han postĂ©rieurs n'a pas Ă©tĂ© retrouvĂ© dans une tombe, mais dans les ruines du temple ancestral du lignage Wu dans le Shandong (v. 147-167). DestinĂ© Ă  ĂȘtre vu par les vivants, il reprĂ©sente avant tout l'idĂ©al confucĂ©en auquel se rattache la famille commanditaire, comme bon nombre de familles des Ă©lites de l'Ă©poque : fonctionnaires au cours de banquets, de rĂ©ceptions, d'audiences, de dĂ©placements ; scĂšnes historiques Ă  finalitĂ© Ă©difiante (dont une reprĂ©sentation de la tentative d'assassinat de Qin Shi Huangdi) ; des scĂšnes de combats rĂ©alistes ou mythologiques (dans lesquelles des hommes combattent chevauchant des poissons), etc. On y trouve Ă©galement les reprĂ©sentations de divinitĂ©s courantes comme la Reine-MĂšre de l'Occident et le Roi-PĂšre de l'Orient[143].

Le second type de décors portés par les murs des sépultures des élites sont des peintures, aprÚs que la surface des tombes ait été recouverte d'enduit. La tombe de Bu Qianqiu, découverte à Luoyang (Henan) et datée de la premiÚre moitié du Ier siÚcle av. J.-C., représente des scÚnes relevant de la mythologie funéraire, sous la forme du parcours qu'accomplit le défunt aprÚs son décÚs, accompagné par plusieurs animaux, sans doute vers une terre paradisiaque (l'ensemble reste difficile à interpréter)[179]. Sous les Han postérieurs, les scÚnes mythologiques cÚdent la place à des peintures représentant de façon idéalisée la vie du défunt, souvent en lien avec sa carriÚre administrative. Les peintures des chambres de la tombe de Horinger (Mongolie Intérieure, v. 187) montrent ainsi l'ascension sociale du défunt : d'abord modeste administrateur vivant dans une petite résidence, il termine sa vie à un poste frontalier important, disposant de plusieurs domaines, dont un sur lequel sont élevés de nombreux chevaux, et lors de ses déplacements il monte un char luxueux et est accompagné d'une centaine de cavaliers[180].

Activités savantes

[modifier | modifier le code]

Divination, médecine et exorcisme

[modifier | modifier le code]

Les pratiques divinatoires et curatives Ă©taient intĂ©grĂ©es dans le cadre de la cosmologie corrĂ©lative. La recherche de l'origine cosmique des phĂ©nomĂšnes observĂ©s, aussi bien les phĂ©nomĂšnes politiques, naturels, et des prescriptions sur la conduite Ă  tenir pour s'y accorder Ă©taient au centre des prĂ©occupations intellectuelles de l'Ă©poque. Il convient dans toutes les situations de ne pas perturber l'ordre naturel sous peine de provoquer des malheurs (que ce soit une catastrophe naturelle, le chaos politique, la maladie). Ces pratiques Ă©taient donc liĂ©es : la divination permettait de comprendre et de prĂ©voir, et les pratiques curatives participaient Ă  assurer la continuitĂ© de l'ordre ou son rĂ©tablissement quand on estimait qu'il avait Ă©tĂ© perturbĂ©, de la mĂȘme maniĂšre que les solutions politiques et les lois permettaient de rĂ©tablir l'ordre social. La cosmologie corrĂ©lative, en tant que fondement de la pensĂ©e chinoise de l'Ă©poque des Han et des pĂ©riodes suivantes, guida Ă©galement les prĂ©occupations que l'on considĂšre comme « scientifiques », visibles en particulier dans l'astronomie, liĂ©e Ă  l'astrologie, et la mĂ©decine, liĂ©e Ă  l'exorcisme et aux pratiques de culture de soi[181]. Elles Ă©taient avant tout pratiquĂ©es par les fangshi, spĂ©cialistes des arts magiques et divinatoires, reprenant les traditions des chamanes (wu) mais marquĂ©s aussi par la pensĂ©e naturaliste et cosmologiste, ainsi que la littĂ©rature « apocryphe » (chenwei)[182].

Manuscrit astrologique de Mawangdui (Hunan, premiÚre moitié du IIe siÚcle av. J.-C.) : représentations de comÚtes ?

Les formes de divination les plus en vogue Ă©taient celles prĂ©sentant des liens avec la cosmologie corrĂ©lative, s'intĂ©ressant Ă  la prĂ©diction des Ă©volutions du cosmos et Ă  l'observation des mouvements naturels et des anomalies dans celles-ci : la divination menĂ©e avec des jets de bĂątons d'achillĂ©e, dĂ©crite dans le Livre des Mutations (Yijing), visant Ă  observer et prĂ©voir les mouvements du cosmos (achillĂ©omancie) ; la prĂ©vision des jours fastes et nĂ©fastes pour certaines activitĂ©s, attestĂ©e par des almanachs dĂ©couverts dans plusieurs tombes de la pĂ©riode ; l'observation de l'apparence physique anormale d'ĂȘtres vivants (physiognomonie) ; l'analyse des rĂȘves inhabituels ; l'observation des phĂ©nomĂšnes naturels, en premier lieu astraux (astrologie), mais aussi terrestres (la gĂ©omancie, fengshui)[183].

Ces pratiques eurent manifestement un impact sur les recherches scientifiques de l'Ă©poque, incitant les savants Ă  amĂ©liorer leurs mĂ©thodes d'observation des phĂ©nomĂšnes naturels, avec la mise au point de planches divinatoires, ou d'instruments plus Ă©laborĂ©s comme le premier sismographe et la sphĂšre armillaire de Zhang Heng (78-139)[184]. Elles n'Ă©taient pas forcĂ©ment rejetĂ©es par les lettrĂ©s d'inclination confucĂ©enne, puisque mĂȘme les plus sceptiques comme Wang Chong s'y fiaient[185].

Photographie montrant une page d'un manuscrit écrit en caractÚres chinois. La page est trÚs abßmée et est parsemée de trous de diverses tailles en bordure et au centre.
Manuscrit des Prescriptions pour les cinquante-deux types de maladies (Wu Shi Er Bing Fang) mis au jour à Mawangdui (Hunan, premiÚre moitié du IIe siÚcle av. J.-C.).

Médecine et culture de soi

[modifier | modifier le code]

Si les pratiques divinatoires et autres rituels se situaient en gĂ©nĂ©ral dans une perspective macroscopique, Ă  l'Ă©chelle de l'univers, les pratiques curatives Ă©taient ancrĂ©es dans une perspective microscopique, celle du corps humain, conceptualisĂ© comme un monde en miniature dans lequel circule le qi, suivant le principe d'harmonie et de similitude existant entre les diffĂ©rentes composantes du monde rĂ©el. Les textes de la fin des Royaumes combattants et des dĂ©buts de l'Ă©poque Han comme le Guanzi et les textes mĂ©dicaux des tombes de Mawangdui tĂ©moignent de l'essor des pratiques de culture de soi visant Ă  prĂ©venir le dĂ©veloppement des maladies, qui rĂ©sulteraient des perturbations de la circulation du qi dans le corps[186]. Par exemple, Ă©tant donnĂ© que la phase de bois Ă©tait censĂ©e favoriser la phase de feu, des ingrĂ©dients mĂ©dicinaux associĂ©s Ă  la phase de bois pourraient ĂȘtre utilisĂ©s pour guĂ©rir un organe associĂ© Ă  la phase de feu[187].

Il convient de procéder à des exercices de gymnastique, de méditation, de contrÎle de la respiration. Les remÚdes pharmacologiques font l'objet de traités, comme ceux retrouvés à Mawangdui, et surtout le Traité des dommages du froid de Zhang Zhongjing (142-220) qui intÚgre ses conseils pharmacologiques avec l'évolution des phases de l'univers. L'acuponcture et la moxibustion se développent également à cette période ; les manuscrits de Wuwei (Gansu) et le Classique interne de l'empereur jaune (Huangdi Nei Jing), texte médical majeur de la période, présentent une division du corps en différents points sur lesquels il faut agir pour stimuler le qi en y plantant des aiguilles ou des moxas. Le spécialiste le plus renommé de ces techniques curatives de la fin de la période Han fut Hua Tuo (v. 140-208), élevé au statut d'Immortel durant les périodes ultérieures ; il pratiquait la chirurgie, utilisait l'anesthésie pour limiter la douleur de ses patients et prescrivait une pommade qui aurait accéléré le processus de guérison des blessures chirurgicales[188]. Alors que le médecin Zhang Zhongjing (vers 150 - vers 219) est connu pour avoir écrit le Shanghan Zabing Lun (littéralement, le Traité sur la pathologie du froid et maladies diverses), certains chercheurs pensent que lui et Hua Tuo ont collaboré à la compilation du Shennong Ben Cao Jing[189]. Le développement de l'alchimie fut également impulsé par la recherche d'élixirs permettant de prolonger la vie, et il joua un rÎle dans le développement des connaissances en matiÚre de chimie.

Des exorcismes Ă©taient Ă©galement accomplis lors de procĂ©dures curatives, ce qui explique leur prĂ©sence dans les textes mĂ©dicaux de la pĂ©riode comme ceux de Mawangdui, le Classique interne de l'empereur jaune, ou mĂȘme le Lunheng de Wang Chong. On attribuait alors les maladies Ă  des perturbations du qi accomplies par des dĂ©mons ou fantĂŽmes qu'il fallait repousser pour rĂ©tablir l'harmonie. En lien avec les almanachs, on estimait qu'il y avait des pĂ©riodes plus propices aux attaques de dĂ©mons, comme les changements de saisons. La divination participait d'ailleurs souvent de l'identification de l'origine de la perturbation. Les rituels d'exorcisme (zhuyou, « incantations pour repousser ») Ă©taient prioritairement destinĂ©s Ă  combattre des maux d'ordre mental ou psychologique (les dĂ©mons perturbant avant tout les Ă©motions), ou encore ceux dont l'origine ne pouvait ĂȘtre clairement Ă©tablie, mĂȘme s'il en existait pour lutter contre toute sorte de maladie. Ils reposaient sur des incantations, combinĂ©es Ă  des actions visant Ă  en renforcer l'efficacitĂ© (par exemple brandir un bĂąton pour menacer l'esprit que l'on souhaite repousser) et Ă©taient souvent combinĂ©s avec des remĂšdes pharmacologiques[190].

Mathématiques

[modifier | modifier le code]

Il existe encore trois traitĂ©s mathĂ©matiques datant de la dynastie Han. Il s'agit du Livre sur les nombres et le calcul (Suan shu shu), du Zhoubi Suanjing et Les Neuf Chapitres sur l'art mathĂ©matique (Jiu zhang suan shu). Les rĂ©sultats mathĂ©matiques de l'Ăšre Han incluent la rĂ©solution de problĂšmes avec des triangles Ă  angle droit, des racines carrĂ©es, des racines cubiques et des mĂ©thodes matricielles[191] ; des approximations plus prĂ©cises pour π[192], une dĂ©monstration mathĂ©matique du thĂ©orĂšme de Pythagore[193], l'utilisation de la fraction dĂ©cimale[194], l'utilisation de l'Ă©limination gaussienne pour rĂ©soudre des Ă©quations linĂ©aires[195], et l'usage des fractions continues pour trouver les racines des Ă©quations[196].

L'un des plus grands progrĂšs mathĂ©matiques accomplis sous les Han, a Ă©tĂ© la premiĂšre utilisation des nombres nĂ©gatifs au monde. Des nombres nĂ©gatifs sont apparus pour la premiĂšre fois dans Les Neuf Chapitres sur l'art mathĂ©matique en tant que barres de comptage noires, alors que dans le mĂȘme ouvrage, les nombres positifs ont Ă©tĂ© reprĂ©sentĂ©s par des barres de comptage rouges[197]. Des nombres nĂ©gatifs ont Ă©galement Ă©tĂ© utilisĂ©s par le mathĂ©maticien grec Diophante d'Alexandrie, dans le manuscrit de Bakhshali de Gandhara, qui date du VIIe siĂšcle[198], mais leur usage en Europe ne se gĂ©nĂ©ralise pas avant le XVIe siĂšcle[197].

Les Han ont appliquĂ© les mathĂ©matiques Ă  diverses disciplines. Ainsi, dans le domaine musical, Jing Fang (78-37 av. J.-C.) rĂ©alise qu'une succession de 53 quintes s'approche de 31 octaves. AprĂšs avoir continuĂ© ses recherches et créé une Ă©chelle musicale de 60 quintes, il calcule que la diffĂ©rence entre la premiĂšre et la derniĂšre quinte est de 177147⁄176776. Ce rĂ©sultat sera redĂ©couvert et calculĂ© plus prĂ©cisĂ©ment par Nicolaus Mercator, qui obtiendra au XVIIe siĂšcle un rĂ©sultat de 353/284[199].

Les mathĂ©matiques Ă©taient essentielles pour la crĂ©ation et l'utilisation du calendrier astronomique ; un calendrier luni-solaire qui utilisait le Soleil et la Lune comme repĂšres temporels tout au long de l'annĂ©e[200]. L'ancien calendrier Sifen, qui prenait comme base une annĂ©e de 3651⁄4 jours, a Ă©tĂ© remplacĂ© en 104 av. J.-C. par le calendrier Taichu qui Ă©tait basĂ© sur une annĂ©e de 365385⁄1539 jours et un Mois lunaire de 2943⁄81 jours[201]. Cependant, l'Empereur Han Zhangdi finit par rĂ©tablir le calendrier Sifen, Ă  cause de problĂšmes de calcul[202].

Les astronomes chinois ont établi des catalogues d'étoiles et des enregistrements détaillés des comÚtes qui apparaissaient dans le ciel nocturne, y compris une observée en l'an 12 av. J.-C. et maintenant connue sous le nom de comÚte de Halley[203].

Les astronomes de l'Ăšre Han ont adoptĂ© un modĂšle gĂ©ocentrique de l'univers, qu'ils voyaient comme une sphĂšre entourant la terre situĂ©e en son centre[204]. Ils pensaient que le Soleil, la Lune et les planĂštes Ă©taient sphĂ©riques et non en forme de disque. Ils pensaient Ă©galement que la luminositĂ© de la Lune et des planĂštes Ă©tait causĂ©e par la rĂ©flexion de la lumiĂšre du soleil, que les Ă©clipses lunaires se produisaient lorsque la Terre bloquait la lumiĂšre du soleil et l’empĂȘchait d'atteindre la Lune[205]. De la mĂȘme maniĂšre, ils pensaient qu'une Ă©clipse solaire se produisait lorsque la Lune empĂȘchait la lumiĂšre du soleil d'atteindre la Terre[205]. Bien que d'autres lettrĂ©s n'Ă©taient pas d'accord avec son modĂšle, Wang Chong a dĂ©crit avec prĂ©cision le cycle de l'eau et de l'Ă©vaporation de l'eau dans les nuages[206].

Littérature

[modifier | modifier le code]

Classifications, canons et commentaires

[modifier | modifier le code]

Les lettrĂ©s de la bibliothĂšque impĂ©riale fournirent un important travail de classification de la littĂ©rature de leur Ă©poque et des prĂ©cĂ©dentes, donnant essor Ă  la tradition bibliographique chinoise. En 26 av. J.-C., l'empereur Cheng ordonna Ă  Liu Xiang (77-6 av. J.-C.) de rassembler dans la bibliothĂšque impĂ©riale les diffĂ©rents ouvrages circulant dans l'empire et de rĂ©aliser un catalogue raisonnĂ© de ceux-ci (Bielu). Son fils Liu Xin (50 av. J.-C.-23 ap. J.-C.) en fit par la suite une version abrĂ©gĂ©e (QilĂŒe), puis Ban Gu (32-92 ap. J.-C.) produisit Ă  son tour une autre version courte pour son Livre des Han. Étaient alors distinguĂ©s six types de rĂ©cits : les Ă©crits des « six arts » (liuyi), qui comprennent les textes « classiques » (voir ci-dessous) constituant le socle de la culture des lettrĂ©s ; les Ă©crits des « maĂźtres » (zhuzi), les penseurs/philosophes de l'Ă©poque prĂ©-impĂ©riale et des dĂ©buts des Han, regroupĂ©s en plusieurs Ă©coles (lettrĂ©s/confucĂ©ens, taoĂŻstes, moĂŻstes, lĂ©gistes, sophistes, etc.) ; les chants et la poĂ©sie (shifu) ; les Ă©crits militaires (bingshu) ; les textes cosmologiques, hĂ©mĂ©rologiques et divinatoires (shushu) ; les textes mĂ©dicaux et pharmacologiques (fangji). Ce travail de classification s'accompagna d'un vĂ©ritable processus d'Ă©dition, d'une ampleur considĂ©rable puisqu'il concernait des Ă©crits anciens sur lamelles de bambou et de bois, circulant souvent sous plusieurs variantes, qui furent alors collationnĂ©s, rĂ©arrangĂ©s (avec la mise Ă  l'Ă©cart de certaines parties jugĂ©es non authentiques), parfois transcrits et traduits dans une version actualisĂ©e, aboutissant Ă  un corpus standardisĂ© de textes. La dĂ©couverte dans des tombes de manuscrits de ces textes dans des versions antĂ©rieures Ă  cette pĂ©riode a rĂ©vĂ©lĂ© que certains d'entre eux ont pu connaĂźtre d'importantes modifications. Ce travail revĂȘt donc une importance considĂ©rable dans l'histoire littĂ©raire chinoise, puisque c'est sous leur version de cette Ă©poque qu'ont Ă©tĂ© transmis par la suite la plupart des textes prĂ©-impĂ©riaux qui ont survĂ©cu jusqu'Ă  nos jours[207].

Les lettrés de la période Han distinguaient parmi les ouvrages hérités des périodes plus anciennes un ensemble de textes jugés plus éminents, qui reçurent le qualificatif de « canon » (jing). Il s'agissait notamment d'ouvrages dont les premiÚres phases de rédaction remontaient aux périodes des Zhou de l'Ouest et des Printemps et Automnes : le Livre des documents, le Livre des rites, le Livre des Odes, le Livre des Mutations, les Annales des Printemps et Automnes (et ses commentaires)[110]. Ces ouvrages étaient particuliÚrement prisés par l'école des lettrés/confucéens, qui débattaient avec ardeur sur laquelle des versions en circulation il fallait privilégier (« textes anciens » contre « textes modernes », cf. plus haut). D'autres ouvrages rédigés par des grands maßtres de la période des Royaumes combattants furent également distingués, comme le Livre de Mozi, le Livre de la voie et de la vertu de Laozi, ou encore des ouvrages anonymes comme le Livre des monts et des mers et le Classique interne de l'empereur jaune[208].

Ces textes firent l'objet de commentaires (zhuang) qui visÚrent à en expliquer le sens, en révélant notamment les savoirs cachés qu'ils contenaient. Les Annales des Printemps et Automnes, chronique décrivant de maniÚre sÚche les événements politiques ayant eu lieu durant la période allant de 722 à 481 av. J.-C. (à laquelle elle a donné son nom), fut ainsi interprétée à la suite du Commentaire de Gongyang (Gongyang Zhuang) et des analyses de Dong Zhongshu comme un traité sur le bon gouvernement, ayant une dimension prophétique car annonçant le rÚgne des Han[209].

Historiographie

[modifier | modifier le code]

La pĂ©riode Han voit l'essor de l'historiographie chinoise avec la rĂ©daction de son ouvrage fondateur, le Shiji (MĂ©moires historiques, ou MĂ©moires du Grand Scribe) de Sima Qian (v. 145-90 av. J.-C.), grand scribe/secrĂ©taire des empereurs Jingdi et Wudi, et qui eut Ă  ce titre accĂšs Ă  de nombreux ouvrages lui permettant de rĂ©diger son Ɠuvre. Il existait certes des chroniques historiques antĂ©rieures, mais dĂ©pourvues de qualitĂ©s littĂ©raires et d'ambitions analytiques. L'ouvrage de Sima Qian avait pour ambition de couvrir toute l'histoire de la Chine depuis ses fondateurs mythiques. Il la prĂ©sentait comme une succession de dynasties lĂ©gitimes, prĂ©cĂ©dant les Han. L'ouvrage ne se limite pas Ă  cela, puisqu'il comprend Ă©galement des monographies sur les rituels, les grands lignages, ainsi que des biographies sur une grande galerie de personnages allant du prince au gĂ©nĂ©ral en passant par les penseurs, poĂštes et mĂȘme des brigands ou des bouffons. Cet ensemble hĂ©tĂ©roclite, soutenu par une grande qualitĂ© littĂ©raire, a une visĂ©e morale, exemplaire, puisque Sima Qian commente les Ă©vĂ©nements qu'il Ă©voque, voulant se placer dans la droite ligne de Confucius qu'on imaginait alors rĂ©dacteur des Annales des Printemps et Automnes avec des intentions similaires. Il est restĂ© pendant plusieurs siĂšcles la rĂ©fĂ©rence des historiens chinois[210].

Au dĂ©but des Han postĂ©rieurs, un nouvel ouvrage historiographique majeur fut entrepris par Ban Gu (32-92 apr. J.-C.), issu d'une lignĂ©e prestigieuse de lettrĂ©s confucĂ©ens. Moins ambitieux que son prĂ©dĂ©cesseur, il se contente de traiter de la pĂ©riode des Han antĂ©rieurs, son ouvrage Ă©tant connu comme le Livre des Han (Hanshu). Il reprend la structure de l’Ɠuvre de Sima Qian (chroniques, traitĂ©s, biographies). Il s'agit d'une commande de l'empereur Mingdi, qui initie ainsi la pratique des histoires officielles commanditĂ©es rĂ©digĂ©es par des historiens travaillant dans le palais impĂ©rial, qui fut reprise plusieurs siĂšcles plus tard par les Tang et les autres dynasties Ă  leur suite[211],[212].

Le style littĂ©raire le plus caractĂ©ristique de la dynastie est le fu, sorte de long poĂšme en prose dĂ©clamĂ© et non chantĂ©, selon la description qu’en fait le chapitre « Art et littĂ©rature » du Livre des Han, ce qui le rapproche de la prose, mĂȘme si le genre a des contours assez vagues[213]. On voit l’origine de ce style dans les Chants de Chu (Chu ci) attribuĂ©s Ă  Qu Yuan et Song Yu, Ă©laborĂ©s entre le IVe siĂšcle av. J.-C. et le IIe siĂšcle av. J.-C. et compilĂ©s par la suite, qui servirent de modĂšles de la poĂ©sie antique chinoise[214], et plus largement la rhĂ©torique politique de la fin des Royaumes combattants (comme le chapitre fu (fupian) du Xunzi). Les fus d’avant les Han et du dĂ©but de la dynastie, appelĂ©s saofu (« fu lyrique »), sont de style plus libre, le poĂšte exprimant ses sentiments Ă  travers des descriptions de la nature ou des discussions politiques. Ils furent remplacĂ©s par un type plus structurĂ©, vers encadrĂ©s par une introduction et une conclusion sous forme de questions-rĂ©ponses, considĂ©rĂ© ultĂ©rieurement comme le modĂšle du genre, le gufu (fu ancien), au contenu plus descriptif. Le type le plus connu est le « grand fu » (dafu) dĂ©crivant avec un vocabulaire riche et abondant la splendeur des lieux et modes de vie de l’aristocratie, parfois sur un mode critique. À partir du milieu de la pĂ©riode des Han occidentaux, apparurent des fus plus courts au contenu plus intime. Parmi les grands maĂźtres du fu de la pĂ©riode Han, qui se sont souvent illustrĂ©s dans d'autres productions intellectuelles, on peut mentionner : Mei Sheng (?-141 av. J.-C.) dont le Qifa (Sept incitations), premier chef-d’Ɠuvre du genre et modĂšle pour les poĂštes suivants[215] ; Sima Xiangru (177-111 av. J.-C.), premier grand maĂźtre de la poĂ©sie de cour classique, dĂ©crivant les palais, capitales, jardins et chasses impĂ©riales[216] ; le penseur confucĂ©en Yang Xiong (Fu de Changyang dans lequel il critique le luxe de Chengdi) ; Ban Gu, un grand historien mais aussi poĂšte reconnu, marquĂ© par le style des deux prĂ©cĂ©dents[211] ; Zhang Heng (78-139), qui en plus d'ĂȘtre un inventeur renommĂ© fut Ă©galement connu par ses « fu des capitales » dĂ©crivant Chang'an, Luoyang et Nanyang, capitales de l'Ouest, de l'Est et du Sud[217].

Le gushi (« poĂšme Ă  l'ancienne ») Ă©tait, comme le fu, un poĂšme non chantĂ©, en gĂ©nĂ©ral composĂ© de vers alternativement de 5 et 7 pieds ; il est typique du dĂ©but de la dynastie. Les traditions postĂ©rieures ont mis en avant le rĂŽle d'un service administratif impĂ©rial, le « Bureau de la musique » (yuefu), qui aurait Ă©tĂ© chargĂ© de prĂ©server les chants populaires, particuliĂšrement ceux des rĂ©gions de Qin, Zhao et Chu, comme source d’inspiration littĂ©raire. Il laissa son nom aux poĂšmes mis en musique, les yuefu[218]. On trouve des exemples de ces deux styles dans des anthologies attestĂ©es Ă  partir de l'Ă©poque des Six dynasties et attribuĂ©es aux Han antĂ©rieurs, comme les Dix-neuf poĂšmes anciens (Gushi shijiushou)[219], dont l'origine est obscure[220].

La fin de la dynastie des Han postérieurs, l'Úre Jian'an (196-220), vit l'éclosion de plusieurs brillants poÚtes, en premier lieu les « Sept Lettrés de Jian'an »[221]. Leur poésie prend un aspect plus personnel, souvent mélancolique, ce qui n'est pas sans rapport avec les temps troublés dans lesquels ils vécurent. En montant la tour (Denglou fu) de Wang Can (177-217) évoque ainsi la nostalgie qu'éprouve le poÚte pour son pays natal alors qu'il est en exil[222]. Le seigneur de la guerre Cao Cao et son fils Cao Zhi sont également célébrés comme de remarquables poÚtes[223].

Calligraphie

[modifier | modifier le code]

Le dĂ©veloppement de la quantitĂ© de documentation Ă©crite produite, en premier lieu en lien avec les nĂ©cessitĂ©s de l'administration, ainsi que la diversification des supports de l'Ă©criture (bois, bambou, Ă©toffes, notamment la soie, puis le papier dont la technique de fabrication est dĂ©finitivement mise au point sous les Han postĂ©rieurs, voir plus bas) entraĂźna le dĂ©veloppement de nouveaux styles calligraphiques plus fluides et le dĂ©veloppement d'une nouvelle conception de la calligraphie chinoise en tant qu'art. Le style des scribes (lishu[N 6]) est une calligraphie rĂ©guliĂšre (chaque caractĂšre s'inscrivant dans un rectangle), Ă©laborĂ©e manifestement dans le milieu de l'administration Ă  partir de la « petite sigillaire » (xiaozhuan) ; elle est employĂ©e dans les documents administratifs exhumĂ©s pour la pĂ©riode des Han, et Ă©galement dans des inscriptions Ă  partir des Han postĂ©rieurs, ce qui indique qu'elle a pris un caractĂšre plus prestigieux[224]. À partir de la fin des Han, les textes courants tendent Ă  privilĂ©gier une autre forme d'Ă©criture rĂ©guliĂšre, dans laquelle les caractĂšres s'inscrivent dans des carrĂ©s, appelĂ©e kaishu[225]. Mais la calligraphie en tant qu'art qui se dĂ©veloppe au IIe siĂšcle, avec Liu Deshang et Zhong You qui sont considĂ©rĂ©s comme les premiers maĂźtres de cet art, emploie un style plus libre, cursif, le xingshu (style « courant »), dans lequel les caractĂšres sont exĂ©cutĂ©s au pinceau plus rapidement[226].

ProgrĂšs techniques

[modifier | modifier le code]
Ruines d'une tour de guet en terre damée à Dunhuang, province du Gansu, extrémité orientale de la route de la soie.

La dynastie Han fut une pĂ©riode unique de dĂ©veloppement des sciences et technologies dans l'histoire de la Chine prĂ©-moderne, comparable aux progrĂšs techniques et scientifiques qui eurent lieu pendant la dynastie Song (960–1279)[227].

Supports d'écriture et invention du papier

[modifier | modifier le code]

Au Ier millénaire av. J.-C., les supports d'écriture chinois typiques étaient des objets en bronze, des ossements d'animaux, des lamelles de bambou ou des planches de bois. Au début de la dynastie Han, il s'agissait de tablettes d'argile, des bandes de soie et des rouleaux faits de lamelles de bambou reliées entre elles avec des cordes de chanvre, qui sont passées à travers des trous forés dans le bambou. Ces rouleaux sont ensuite fermés par des scellés en argile[228].

Le plus vieux morceau chinois connu de papier d'emballage est en chanvre et date du IIe siÚcle av. J.-C. Le processus standard de fabrication du papier aurait été inventé par Cai Lun (50-121) en 105[229],[230]. Cette date est toutefois remise en cause par les découvertes archéologiques, car des fragments de papier issus de fibres végétales nettement antérieurs à l'époque de Cai Lun ont été retrouvés dans un certain nombre de sites chinois, les plus anciens datant du IIe siÚcle av. J.-C. ou du début du Ier siÚcle av. J.-C. Le plus ancien morceau de papier recouvert d'écritures a été trouvé dans les ruines d'une tour de guet Han, en Mongolie intérieure, qui avait été abandonnée en 110 apr. J.-C.[231].

Métallurgie et agriculture

[modifier | modifier le code]

Les preuves archĂ©ologiques et les Ă©crits de l'Ă©poque, suggĂšrent que les hauts fourneaux existaient en Chine Ă  la fin de la pĂ©riode des printemps et des automnes (722 -481 av. J.-C.). Donc, dĂšs cette Ă©poque, les Chinois peuvent convertir le minerai de fer en fonte brute, qui peut ĂȘtre refondue dans un four de type cubilot pour produire de la fonte[232]. Les bas fourneaux n'existaient pas dans la Chine ancienne, mais dĂšs la dynastie Han les Chinois ont produit du fer forgĂ© en injectant de l'oxygĂšne dans un four, provoquant ainsi la dĂ©carburation de la fonte[233]. La fonte brute et la fonte peuvent ĂȘtre transformĂ©es en fer forgĂ© et en acier au moyen d'un procĂ©dĂ© d'affinage[234].

Paire de ciseaux en fer des Han orientaux.

Les Chinois de l'Ă©poque Han utilisaient le bronze et le fer pour fabriquer toute une gamme d'armes, d'outils culinaires, d'outils de menuiserie et de produits domestiques[235]. Un rĂ©sultat important de l'amĂ©lioration des techniques de production du fer a Ă©tĂ© la fabrication de nouveaux outils agricoles. Le semoir en fer Ă  trois socs, inventĂ© au IIe siĂšcle av. J.-C., a permis aux agriculteurs de planter les cultures en rangĂ©es au lieu de procĂ©der Ă  un semis Ă  la main[236]. La lourde charrue de fonte, Ă©galement inventĂ©e pendant la dynastie Han, ne demandait qu'un seul homme pour la contrĂŽler et deux bƓufs pour le tirer. Elle Ă©tait composĂ©e de trois socs, une boĂźte Ă  graines, ou trĂ©mie, et un ancĂȘtre du coutre pour retourner le sol. Elle pouvait semer entre 45,5 et 46 m2 de terre en une seule journĂ©e[237].

Pour protĂ©ger les cultures contre le vent et la sĂ©cheresse, l'intendant des grains Zhao Guo avait créé le systĂšme dit champs alternĂ©s (daitianfa) pendant le rĂšgne de l'empereur Wudi. Le principe de base de ce systĂšme est de modifier les positions des sillons et des crĂȘtes entre les rĂ©coltes[238] Une fois que les expĂ©riences avec ce systĂšme ont donnĂ© des rĂ©sultats positifs, le gouvernement l'a parrainĂ© officiellement et a encouragĂ© les paysans Ă  l'utiliser[238] Les agriculteurs ont Ă©galement utilisĂ© le systĂšme dit champ de fosse (aotian) pour les cultures, qui impliquait l'utilisation de fosses fortement fertilisĂ©es qui n'avaient pas besoin de charrues ou de bƓufs et qui pourraient ĂȘtre placĂ©es sur des terrains en pente[239]. Dans le sud et dans des petites zones de la Chine centrale, la culture du riz se faisait principalement dans des riziĂšres, alors que les agriculteurs situĂ©s le long de la riviĂšre Huai utilisaient des mĂ©thodes impliquant le repiquage du riz[240].

Constructions et travaux publics

[modifier | modifier le code]
Porte de pilier en pierre sculptée, appelée que, d'une hauteur de 6 m, tombe de Gao Yi à Ya'an, province du Sichuan, Han orientaux[241].

Le bois était le principal matériau de construction pendant la dynastie Han. Il a été employé pour construire des palais, des tours résidentielles de plusieurs étages, des bùtiments publics et des maisons individuelles[242]. Comme le bois est un matériau qui se dégrade rapidement, les seules traces restantes de l'architecture Han sont des tuiles en céramique dispersées dans des musées et des collections privées[243]. Les plus vieilles constructions en bois existant actuellement en Chine datent de la dynastie Tang (618-907)[244]. L'historien de l'architecture Robert L. Thorp souligne la rareté des vestiges archéologiques datant de la dynastie Han. Selon lui, les historiens à la recherche d'indices sur cette architecture perdue, utilisent souvent des sources littéraires et artistiques datant de l'époque Han mais peu fiables[245].

Bien que les structures en bois de cette époque aient disparu, certaines ruines datant de la dynastie Han, faites de briques, de pierre et de terre battue, sont intactes. Il s'agit notamment de piliers en pierre, de chambres intérieures de tombeaux en brique, de murs de ville et de tours de guet en terre battue, de phares de brique, des sections en terre battue de la Grande Muraille, de plateformes en terre battue et de deux chùteaux en terre battue situés dans la province de Gansu[246]. Les ruines des murs de terre battue qui jadis entouraient les capitales Chang'an et Luoyang sont toujours debout, avec leurs systÚmes de drainage composés d'arcs en brique, de fossés et de conduites d'eau en céramique[247]. Des piliers monumentaux en pierre marquaient les entrées des sanctuaires et des tombeaux qui étaient entourés de murs[248]. Actuellement, vingt-neuf de ces piliers datant de la période Han existent toujours[248]. Ces piliers sont décorés de reliefs imitant l'aspect d'éléments de construction en bois et en céramique, tels que tuiles, avant-toits et balustrades[249].

Le type le plus commun de maison reprĂ©sentĂ©e dans les Ɠuvres d'art Han est celle construite autour d'une cour[242]. Des reproductions en cĂ©ramique de bĂątiments, comme des maisons et des tours, ont Ă©tĂ© trouvĂ©es dans les tombeaux Han. Peut-ĂȘtre ont-elles Ă©tĂ© disposĂ©es ainsi pour servir d'hĂ©bergement aux morts dans l'au-delĂ . Toujours est-il que ces reproductions fournissent des indices prĂ©cieux sur cette architecture en bois. Elles semblent ĂȘtre fidĂšles Ă  la rĂ©alitĂ©, car l'aspect et les dĂ©corations des tuiles en cĂ©ramique des modĂšles rĂ©duits de tour, sont dans certains cas des copies exactes des tuiles de la pĂ©riode Han trouvĂ©es sur des sites archĂ©ologiques[250].

PiÚce voutée de petites briques d'une tombe des Han orientaux à Luoyang.

Plus de dix tombes souterraines ont été trouvées, dont beaucoup sont composées d'arcades, de chambres voûtées et de toits en dÎme[251]. Les voûtes souterraines et les dÎmes n'avaient pas besoin de supports de contreforts car ils étaient maintenus en place par des fosses remplies de terre[252]. Par contre, pour l'instant, les chercheurs et les archéologues n'ont trouvé aucune trace d'utilisation de voûtes en briques et de dÎmes dans des constructions datant de la dynastie Han, en dehors de ces tombes[252].

Grùce aux sources littéraires datant de cette période, on sait qu'il existait alors en Chine plusieurs types de ponts en bois, comprenant des ponts en arc, des ponts suspendus simples et des ponts flottants[253]. Cependant, il convient de préciser qu'il n'y a que deux références connues aux ponts en arc dans la littérature Han[254], et une seule sculpture datant de cette période, qui a été retrouvée au Sichuan, représente un pont en arc[255].

Des puits de mine souterrains, dont certains atteignent des profondeurs supĂ©rieures Ă  100 m, ont Ă©tĂ© créés pour l'extraction du minerai de fer[256]. De mĂȘme, des forages et des tours de forage ont Ă©tĂ© utilisĂ©s pour extraire de la saumure miniĂšre et la transfĂ©rer dans des fours oĂč elle Ă©tait distillĂ©e en sel. Les fours de distillation Ă©taient chauffĂ©s par du gaz naturel, canalisĂ© Ă  la surface par des pipelines en bambou[257]. Le gaz non utilisĂ© par ces fours Ă©tait siphonnĂ© via des tuyaux d'Ă©chappement, afin d'Ă©viter tout accident[258].

Ingénierie mécanique et hydraulique

[modifier | modifier le code]
Poterie représentant deux hommes manipulant un tarare avec une manivelle et un marteau incliné servant à pilonner le grain.

Les chercheurs chinois et les fonctionnaires considéraient traditionnellement que les activités scientifiques et techniques relevaient du domaine des artisans et des ouvriers manuels (gongren) ; soit des personnes ayant un statut social bien inférieur à celui des lettrés confucéens[259]. En conséquence, toutes les descriptions d'ingénierie mécanique de l'époque Han proviennent en grande partie d'écrits, d'observations et de choix de savants confucéens parfois désintéressés. Les artisans, ingénieurs et autres professionnels (jiang) n'ont pas laissé de traces détaillées de leurs travaux[260]. Les chercheurs de cette période, qui avaient souvent peu ou pas d'expertise en génie mécanique, fournissaient parfois des informations insuffisantes sur les différentes technologies qu'ils décrivaient[261]. Néanmoins, certaines sources littéraires Han fournissent des informations cruciales. Par exemple, en 15 av. J.-C., le philosophe Yang Xiong a décrit l'invention de l'entraßnement par courroie pour une machine à quilling, qui était alors d'une grande importance pour la fabrication des textiles[262]. Les inventions de l'artisan-ingénieur Ding Huansont mentionnées dans les Notes Diverses sur la Capitale Occidentale[263]. Vers 180 av. J.-C., Ding a créé un ventilateur rotatif actionné manuellement, qui a été utilisé comme une climatisation primitive dans les palais[264]. Ding a également utilisé des cardans comme support pivotant pour l'un de ses brûleurs d'encens et a inventé la premiÚre lampe zootrope connue au monde[265].

L'archĂ©ologie moderne a permis de dĂ©couvrir des Ɠuvres d'art datant de la dynastie Han, reprĂ©sentant des inventions qui ne sont pas mentionnĂ©es dans les sources littĂ©raires de l'Ă©poque. C'est ainsi grĂące aux miniatures dĂ©posĂ©es dans les tombeaux Han, et non pas grĂące aux sources littĂ©raires, que l'on sait que la manivelle a Ă©tĂ© utilisĂ©e pour faire fonctionner les ventilateurs des machines Ă  vanner qui sĂ©paraient le grain de la paille[266]. De mĂȘme, le chariot odomĂštre a Ă©tĂ© inventĂ© pendant la dynastie Han. Ce chariot a permis de mesurer les distances parcourues lors de voyages, en utilisant des figures mĂ©caniques frappant des tambours et des gongs pour indiquer ladite distance[267]. Cette invention apparaĂźt dans les Ɠuvres d'art Han au IIe siĂšcle de notre Ăšre, mais les premiĂšres descriptions Ă©crites dĂ©taillĂ©es n'apparaissent qu'au IIIe siĂšcle apr. J.-C.[268]. Les archĂ©ologues modernes ont Ă©galement dĂ©couvert diffĂ©rents objets utilisĂ©s pendant la dynastie Han, comme une paire d'Ă©triers coulissants mĂ©talliques utilisĂ©s par les artisans pour faire des mesures rapides. Sur ces Ă©triers, on trouve des inscriptions indiquant l'annĂ©e et le jour exact de leur fabrication, mais ce type d'outils n'est mentionnĂ© dans aucune source littĂ©raire Han[269].

Réplique moderne du sismomÚtre de Zhang Heng de -132.

La roue a aubes est mentionnée pour la premiÚre fois dans les sources chinoises pendant la dynastie Han. Vers l'an 20, le lettré Huan Tan mentionne que ce type de roue est utilisé pour actionner des engrenages qui soulÚvent des marteaux en fer, lesquels sont utilisés pour battre, broyer et polir le grain[270]. Cependant, en dehors de cet écrit, il n'y a aucune preuve suffisante d'utilisation d'un moulin à eau en Chine avant le Ve siÚcle[271]. Du Shi (??? - 38), l'Administrateur de la Commanderie de Nanyang avait utilisé une roue à aubes pour actionner les soufflets d'un four. Son invention fut utilisée sur les soufflets à piston des hauts fourneaux et des cubilots, ce qui permit l'obtention de fonte en fusion[272]. Des roues à aubes ont également été utilisées pour faire fonctionner des norias, qui amenaient de l'eau dans des fossés d'irrigation élevés. C'est le philosophe Wang Chong, dans son Lunheng, qui mentionne pour la premiÚre fois l'existence de ce systÚme d'irrigation en Chine, au Ier siÚcle apr. J.-C.[273].

La sphĂšre armillaire, une reprĂ©sentation tridimensionnelle des mouvements dans la sphĂšre cĂ©leste, a Ă©tĂ© inventĂ©e en Chine, pendant la dynastie Han au Ier siĂšcle av. J.-C.[274]. À l'aide d'une horloge Ă  eau, d'une roue hydraulique et d'une sĂ©rie d'engrenages, l'astronome de la cour Zhang Heng (78-139 apr. J.-C.) a rĂ©ussi Ă  faire tourner mĂ©caniquement sa sphĂšre armillaire Ă  anneaux mĂ©talliques[275]. Pour rĂ©soudre le problĂšme d'abaissement de la tĂȘte de pression du rĂ©servoir, qui ralentissait la mesure du temps par l'horloge Ă  eau pendant que l'on remplissait le rĂ©servoir d'entrĂ©e, Zhang a Ă©tĂ© le premier en Chine Ă  installer un rĂ©servoir supplĂ©mentaire entre le rĂ©servoir d'entrĂ©e et le rĂ©servoir d'arrivĂ©e[276]. Zhang a Ă©galement inventĂ© un dispositif qu'il a appelĂ© une « girouette de tremblement de terre » (houfeng didong yi) et que le scientifique britannique Joseph Needham a dĂ©crit comme « l'ancĂȘtre de tous les sismographes »[277]. Ce dispositif Ă©tait capable de dĂ©tecter la direction exacte dans laquelle un tremblement de terre avait eu lieu, Ă  des centaines de kilomĂštres de distance[278]. Il employait un pendule inversĂ© qui, lorsqu'il Ă©tait perturbĂ© par des tremblements de terre, dĂ©clenchait une sĂ©rie d'engrenages qui laissaient tomber une boule de mĂ©tal de l'une des huit bouches de dragon, reprĂ©sentant les huit directions possibles, dans la bouche d'un crapaud mĂ©tallique[279]. La description de ce dispositif dans le Livre des Han postĂ©rieurs (Hou Han shu) indique comment, une fois, une des boules de mĂ©tal est tombĂ©e dans la bouche d'un crapaud, sans qu'aucun des observateurs n'ait senti une perturbation. Quelques jours plus tard, un messager arriva et apporta des nouvelles indiquant qu'un tremblement de terre avait frappĂ© la commanderie de Longxi, qui est situĂ©e dans l'actuelle province du Gansu. Comme ladite commanderie se situait dans la direction indiquĂ©e par le dispositif, les fonctionnaires de la cour furent obligĂ©s d'admettre l'efficacitĂ© de l'invention de Zhang[280].

Cartographie, navires et véhicules

[modifier | modifier le code]
Carte sur soie datant du début des Han occidentaux, trouvée dans la tombe no 3 de Mawangdui. Elle décrit le royaume de Changsha et le royaume de Nanyue dans le Sud de la Chine (note : la direction du Sud est orientée vers le haut).
Maquette en poterie datant de la période des Han orientaux représentant un bateau avec un gouvernail et une ancre.

Les preuves trouvĂ©es dans la littĂ©rature chinoise et grĂące aux fouilles archĂ©ologiques, montrent que la cartographie existait en Chine avant le dĂ©but de la dynastie Han[281]. Parmi les plus anciennes cartes dĂ©couvertes datant des Han, il y a les cartes sur soie trouvĂ©es dans la tombe no 3 de Mawangdui et datant du IIe siĂšcle av. J.-C.[282]. Le gĂ©nĂ©ral Ma Yuan a créé la premiĂšre carte en relief connue au Ier siĂšcle, en utilisant du riz[283]. Cette datation ne tient pas compte de la carte de l'empire qui est supposĂ©e se trouver dans le tombeau de Qin Shi Huang, selon la description qu'en fait Sima Qian dans le Shiji; puisque tant que ce mausolĂ©e n’aura pas Ă©tĂ© fouillĂ©, rien ne permet de vĂ©rifier si ladite carte existe vraiment[284].

Bien que l'utilisation d'une échelle graduée et d'une grille de référence pour les cartes n'aient pas été décrites en détail avant les écrits publiés par Pei Xiu (224-271), il y a des preuves indiquant qu'au début du IIe siÚcle apr. J.-C., le cartographe Zhang Heng a été le premier à utiliser à la fois des échelles et des grilles pour ses cartes[285].

Les Chinois vivant Ă  l'Ă©poque de la dynastie Han naviguaient en utilisant une grande variĂ©tĂ© de navires, bien diffĂ©rents de ceux des Ă©poques prĂ©cĂ©dentes, comme le navire fortifiĂ©, ou lou chuan. Le design de la jonque a Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ© et finalisĂ© durant cette pĂ©riode. Elle possĂšde un gouvernail et une poupe avec une extrĂ©mitĂ© carrĂ©e, une coque Ă  fond plat, sans quille ou Ă©tambot et de solides cloisons transversales au lieu des nervures structurelles que l'on trouve dans les navires occidentaux[286]. En outre, les navires des Han ont Ă©tĂ© les premiers au monde Ă  ĂȘtre dirigĂ©s en utilisant un gouvernail Ă  l'arriĂšre et non une godille, plus simple, qui Ă©tait utilisĂ©e pour le transport fluvial. Cette innovation leur permettait de naviguer en haute mer[287].

Bien que les chars de bƓufs et les chariots aient Ă©tĂ© utilisĂ©s prĂ©cĂ©demment en Chine, la brouette a Ă©tĂ© utilisĂ©e pour la premiĂšre fois par les Chinois au Ier siĂšcle av. J.-C.[288]. Des dessins datant de la dynastie Han reprĂ©sentant des chars tirĂ©s par des chevaux, montrent que le joug de bois datant de la pĂ©riode des royaumes combattants, et qui Ă©tait placĂ© autour de la poitrine du cheval, a Ă©tĂ© remplacĂ© par une sangle de cuir[289]. Ce n'est que bien plus tard, sous les Wei du Nord (386-534), que sera inventĂ© le collier d'Ă©paule[290].

L'astéroïde (588255) Hantang est nommé d'aprÚs la dynastie Han et la dynastie Tang.

Notes et références

[modifier | modifier le code]
  1. ↑ Dictionnaire Ă©tymologique sino-tibĂ©tain en ligne, reconstruction de la prononciation de l'Ă©poque Han http://starling.rinet.ru/cgi-bin/query.cgi?basename=\data\china\bigchina&root=config&morpho=0
  2. ↑ HĂ n 汉, Ă  ne pas confondre avec le royaume combattant HĂĄn 韩.
  3. ↑ Voir Architecture chinoise: Groupe ethnique Han. Chine du nord
  4. ↑ La vue nous montre un fragment d'une trentaine de centimĂštres de profondeur. Ensemble : 38 x 51 cm. DĂ©couvert en 1972, tombe 1, Mawangdui (Changsha, province du Hunan).
  5. 1 2 Voir la reproduction dans les liens externes, ci-dessous.
  6. ↑ Les dĂ©nominations de styles calligraphiques ont Ă©tĂ© faites postĂ©rieurement Ă  la pĂ©riode Han.

Références

[modifier | modifier le code]
  1. ↑ (en) M. Loewe, « The former Han dynasty », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 113-114
  2. ↑ Li 2013, p. 258-260
  3. ↑ Gernet 2006, p. 152-153 ; Lewis 2007, p. 60-62 ; Li 2013, p. 260-263
  4. ↑ Li 2013, p. 263
  5. ↑ Gernet 2006, p. 156
  6. ↑ Gernet 2006, p. 156-157
  7. ↑ (en) M. Loewe, « The concept of sovereignty », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 743-746 ; Lewis 2007, p. 61-63
  8. ↑ Li 2013, p. 300-301
  9. ↑ MaspĂ©ro et Balazs 1967, p. 54-57
  10. ↑ Blanchon et al. 1999, p. 117-118
  11. ↑ Lewis 2007, p. 63-64
  12. ↑ MaspĂ©ro et Balazs 1967, p. 59-65 ; (en) M. Loewe, « The structure and practice of government », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 466-470 ; Li 2013, p. 283-285
  13. ↑ MaspĂ©ro et Balazs 1967, p. 41-44 ; Lewis 2007, p. 5-11 et 16-17
  14. ↑ Li 2013, p. 285
  15. ↑ (en) M. Loewe, « The structure and practice of government », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 471-473 ; Lewis 2007, p. 19-21
  16. ↑ Li 2013, p. 260-265
  17. ↑ MaspĂ©ro et Balazs 1967, p. 67-68 ; (en) M. Loewe, « The structure and practice of government », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 471-478 ; (en) H. Bielenstein, « The institutions of Later Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 506-511
  18. ↑ Li 2013, p. 286-287
  19. ↑ (en) M. Loewe, « The structure and practice of government », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 483-484
  20. ↑ MaspĂ©ro et Balazs 1967, p. 75-76
  21. ↑ MaspĂ©ro et Balazs 1967, p. 77-78
  22. ↑ (en) M. Loewe, « The structure and practice of government », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 487-488 ; MaspĂ©ro et Balazs 1967, p. 71-72
  23. ↑ (en) M. Loewe, « The structure and practice of government », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 489-490
  24. ↑ Li 2013, p. 288-294 ; (en) M. Loewe, « The Laws of 186 BCE », dans Nylan et Loewe (dir.) 2010, p. 253-260.
  25. ↑ (en) M. Loewe, « The structure and practice of government », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 484-487 ; (en) A. F. P. HulsewĂ©, « Ch'in and Han law », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 520-544 ; Lewis 2007, p. 230-236
  26. ↑ Splendeur des Han, 2014, p. 173 : mais « les dĂ©couvertes archĂ©ologiques rĂ©alisĂ©es jusqu'Ă  prĂ©sent attestent la prĂ©sence du papier dĂšs le dĂ©but de la dynastie des Han de l'Ouest ». La forme de cette feuille indique qu'elle a Ă©tĂ© dĂ©coupĂ©e afin de protĂ©ger le cĂŽtĂ© poli d'un miroir de bronze.
  27. ↑ Li 2013, p. 285-286
  28. 1 2 (en) M. Loewe, « The structure and practice of government », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 463-465 ; (en) H. Bielenstein, « The institutions of Later Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 515-517 ; (en) A. F. P. Hulsewé, « Ch'in and Han law », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 540-541
  29. ↑ Ref. : Splendeur des Han, 2014, p. 158 : Partie gauche : reprĂ©sentation d'un bodhisattva fĂ©minin tenant un rĂ©cipient en forme de corne dĂ©bordant de raisins. Partie de droite : un dragon entourĂ© d'oiseaux et de poissons. Formes artistiques mĂȘlĂ©es : hellĂ©nistiques, romaines iraniennes, et d'Asie centrale sur des thĂšmes indiens. ÜrĂŒmqi, musĂ©e de la RĂ©gion autonome ouĂŻghoure du Xinjiang.
  30. ↑ RĂ©alisĂ© Ă  l'Ă©poque de la dynastie des Han de l'Est, au dĂ©but de notre Ăšre. Laine, vue partielle d'un ensemble de 116 x 48 cm. DĂ©couvert en 1984, site de Shanpula (district de Luopu, province du Xinjiang). Cette technique de tissage, proche de la trame brochĂ©e, aura une influence majeure sur les techniques chinoises de tissage des soieries au cours des dynasties Tang et Song. ÜrĂŒmqi, MusĂ©e de la RĂ©gion autonome ouĂŻghoure du Xinjiang. RĂ©f. : Splendeur des Han, 2014, p. 159
  31. ↑ Gernet 2006, p. 159-160 ; Lewis 2007, p. 129-135 ; Li 2013, p. 268-269
  32. ↑ Gernet 2006, p. 161-162 ; Lewis 2007, p. 136-137 et 141-143 ; Li 2013, p. 271-275
  33. ↑ Lewis 2007, p. 142-145
  34. ↑ Gernet 2006, p. 163
  35. ↑ Gernet 2006, p. 162-163 ; Lewis 2007, p. 138
  36. ↑ Gernet 2006, p. 181-182 ; Lewis 2007, p. 148-150
  37. ↑ Gernet 2006, p. 165-166 ; Lewis 2007, p. 145 ; Li 2013, p. 299-300
  38. ↑ Gernet 2006, p. 179-180 ; Lewis 2007, p. 145-147
  39. ↑ Gernet 2006, p. 176-178
  40. ↑ Elisseeff 2008, p. 208-209
  41. ↑ Gernet 2006, p. 167-171
  42. ↑ Gernet 2006, p. 191 ; Li 2013, p. 276
  43. ↑ Lewis 2007, p. 21-23
  44. ↑ (en) H. Bielenstein, « Wang Mang, the restoration of the Han dynasty, and Later Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 224-240 ; Li 2013, p. 277-278
  45. ↑ (en) H. Bielenstein, « Wang Mang, the restoration of the Han dynasty, and Later Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 243-256
  46. ↑ Gernet 2006, p. 193-194 ; Lewis 2007, p. 24-25
  47. ↑ Li 2013, p. 301
  48. ↑ (en) H. Bielenstein, « The institutions of Later Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 491-504
  49. ↑ (en) H. Bielenstein, « The Institutions of Later Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 517-519
  50. ↑ Li 2013, p. 301-302
  51. ↑ Gernet 2006, p. 195-197 ; Lewis 2007, p. 25-26 et 148-149
  52. ↑ Li 2013, p. 279-282
  53. ↑ Hucker 1975, p. 191; de Crespigny 2007, p. 600.
  54. ↑ (en) H. Bielenstein, « The institutions of Later Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 506-509
  55. ↑ Gernet 2006, p. 194-195
  56. ↑ Li 2013, p. 297
  57. ↑ Gernet 2006, p. 194 ; Lewis 2007, p. 25
  58. ↑ Gernet 2006, p. 198 ; Lewis 2007, p. 26-27
  59. ↑ Gernet 2006, p. 198-201 ; Lewis 2007, p. 27-28
  60. ↑ (en) B. J. Mansvelt Beck, « The fall of Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 348-357
  61. ↑ (en) S. Nishijima, « The economic and social history of Former Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 552-553
  62. ↑ Li 2013, p. 293
  63. ↑ Li 2013, p. 292
  64. ↑ Li 2013, p. 291
  65. ↑ Hinsch 2011, p. 46-47 ; Lewis 2007, p. 160
  66. ↑ Hinsch 2011, p. 36-42
  67. ↑ Hinsch 2011, p. 40-45
  68. ↑ Lewis 2007, p. 156-157
  69. ↑ Lewis 2007, p. 162 ; Hinsch 2011, p. 106-112
  70. ↑ Hinsch 2011, p. 67-82
  71. ↑ Lewis 2007, p. 165-167
  72. ↑ Lewis 2007, p. 168-169
  73. ↑ (en) S. Nishijima, « The economic and social history of Former Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 551-555 ; Lewis 2007, p. 109-111
  74. ↑ (en) S. Nishijima, « The economic and social history of Former Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 559-561 et 568-574 ; Lewis 2007, p. 105-106
  75. ↑ Pirazzoli-T'Serstevens 1982, p. 65-70 ; (en) S. Nishijima, « The economic and social history of Former Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 561-568 ; (en) P. Ebrey, « The economic and social history of Later Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 616-617 ; Lewis 2007, p. 103-105
  76. ↑ Pirazzoli-T'Serstevens 1982, p. 138-144 et 149-152 ; (en) P. Ebrey, « The economic and social history of Later Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 617-630
  77. ↑ Pirazzoli-T'Serstevens 1982, p. 70-74 ; (en) S. Nishijima, « The economic and social history of Former Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 583-585 ; Gernet 2006, p. 182-187
  78. ↑ Dispute sur le sel et le fer, Texte prĂ©sentĂ©, traduit et annotĂ© par Jean LĂ©vi, Paris, 2010
  79. ↑ MaspĂ©ro et Balazs 1967, p. 48-49 et 76-77 ; (en) S. Nishijima, « The economic and social history of Former Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 581-584 ; Gernet 2006, p. 188-191
  80. ↑ (en) S. Nishijima, « The economic and social history of Former Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 585-590
  81. ↑ (en) S. Nishijima, « The economic and social history of Former Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 578-579
  82. ↑ (en) S. Nishijima, « The economic and social history of Former Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 576 ; Lewis 2007, p. 81-83
  83. ↑ Gernet 2006, p. 174-178 et 196-197
  84. ↑ (en) S. Nishijima, « The economic and social history of Former Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 579-580
  85. ↑ Pirazzoli-T'Serstevens 1982, p. 32-33 ; (en) S. Nishijima, « The economic and social history of Former Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 577-578
  86. ↑ (en) S. Nishijima, « The economic and social history of Former Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 605-606
  87. ↑ (en) P. Ebrey, « The economic and social history of Later Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 609-613
  88. ↑ Lewis 2007, p. 75-88
  89. ↑ Pirazzoli-T'Serstevens 1982, p. 92-97 ; (en) S. Nishijima, « The economic and social history of Former Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 574-576 ; Lewis 2007, p. 91-96
  90. ↑ Pirazzoli-T'Serstevens 1982, p. 193-194 ; (en) H. Bielenstein, « Wang Mang, the restoration of the Han dynasty, and Later Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 262-264 ; Lewis 2007, p. 98-99
  91. 1 2 (en) P. Ebrey, « The economic and social history of Later Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 637-644 ; Lewis 2007, p. 115-127 ; Li 2013, p. 297-298
  92. ↑ MaspĂ©ro et Balazs 1967, p. 51-54 ; Pirazzoli-T'Serstevens 1982, p. 170-180 ; (en) P. Ebrey, « The economic and social history of Later Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 622-626
  93. ↑ (en) P. Ebrey, « The economic and social history of Later Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 632-633
  94. ↑ Pirazzoli-T'Serstevens 1982, p. 180-183 ; (en) P. Ebrey, « The economic and social history of Later Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 645-646
  95. ↑ Pirazzoli-T'Serstevens 1982, p. 140
  96. ↑ Cheng 2002, p. 250-267 ; Blanchon et al. 1999, p. 163-165
  97. ↑ (en) J. LĂ©vy, « The rite, the norm and the Dao: philosophy of sacrifice and transcendence of power in ancient China », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 645-692 ; Cheng 2002, p. 300-301
  98. ↑ Gernet 2006, p. 208 ; Lewis 2007, p. 231-232
  99. ↑ Cheng 2002, p. 294-295
  100. ↑ Lewis 2007, p. 208 ; Kern 2010, p. 60-66 ; (en) M. Loewe, « The religious and intellectuel background », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 651-652
  101. ↑ Cheng 2002, p. 295-298 ; Li 2013, p. 305-307
  102. ↑ Cheng 2002, p. 298-300
  103. ↑ Lewis 2007, p. 187 ; (en) M. Bujard, « State and local cults in Han religion », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 791-793
  104. ↑ Cheng 2002, p. 61-93 pour un rĂ©sumĂ© de la pensĂ©e de Confucius. Li 2013, p. 210-216.
  105. ↑ CitĂ© par J. LĂ©vi, « Le Rite, la norme, le Tao : Philosophie du sacrifice et transcendance du Pouvoir en Chine ancienne », dans Lagerwey (dir.) 2009, p. 224
  106. ↑ Cheng 2002, p. 302-306 ; Li 2013, p. 309-311
  107. ↑ Lewis 2007, p. 188-189 ; (en) M. Loewe, « The concept of sovereignty », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 733-737
  108. ↑ Cheng 2002, p. 306-307
  109. ↑ Sur ce personnage et sa postĂ©rité : D. Elisseeff, Confucius, Les Mots en Action, Paris, 2003 ; J. LĂ©vi, Confucius, Paris, 2003 ; J.-P. Desroches et al., Confucius, Ă  l'aube de l'humanisme chinois, Paris, 2003.
  110. 1 2 L. Vandermeersch dans Lévy (dir.) 2000, p. 272-275
  111. ↑ Cheng 2002, p. 308-310 ; Gernet 2006, p. 208-210 ; Blanchon et al. 1999, p. 159-160 ; Li 2013, p. 312
  112. ↑ Li 2013, p. 313
  113. ↑ Cheng 2002, p. 308
  114. ↑ (en) J. Gentz, « Language of Heaven, exegetical skepticism and the re-insertion of religious concepts in the Gongyang tradition », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 791-793
  115. ↑ Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 21-22 ; (en) M. Nylan, « Classics without canonization: learning and authority in Qin and Han », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 765-776
  116. ↑ Cheng 2002, p. 310-312
  117. ↑ Cheng 2002, p. 312-316
  118. ↑ Cheng 2002, p. 316-317
  119. ↑ Lewis 2007, p. 185-189 ; (en) M. Bujard, « State and local cults in Han religion », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 784-797
  120. ↑ M. Bujard, « State and local cults in Han religion », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 798-802
  121. ↑ Lewis 2007, p. 200-202 ; (en) M. E. Lewis, « The mythology of early China », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 586-591 ; (en) M. Bujard, « State and local cults in Han religion », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 802-811
  122. ↑ Blanchon et al. 1999, p. 171-175
  123. ↑ (en) G. Espesset, « Latter Han religious mass movements and the early Daoist church », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 1061-1102
  124. ↑ (en) Charles S. Prebish, The A to Z of Buddhism, New Delhi, Vision Books, , 280 p. (ISBN 978-81-7094-522-2), p. 129.
  125. ↑ (en) M. Martin Rhie, Early Bouddhist Art of China & Central Asia, Volume One : Later Han, Three Kingdoms and Western Chin in China and Bactria to Shan-shan in Central Asia, Leyde et Boston, 2007, p. 13-26
  126. ↑ Lewis 2007, p. 199 ; (en) M. Pirazzoli-T'Serstevens, « Death and the deads: practices and images in the Qin and Han », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 975-980
  127. ↑ Elisseeff 2008, p. 199-201
  128. ↑ Lewis 2007, p. 190-191 ; (en) M. Pirazzoli-T'Serstevens, « Death and the deads: practices and images in the Qin and Han », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 981-993
  129. ↑ Lewis 2007, p. 196
  130. ↑ (en) M. Pirazzoli-T'Serstevens, « Death and the deads: practices and images in the Qin and Han », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 969-974
  131. ↑ Lewis 2007, p. 193-194
  132. ↑ Blanchon et al. 1999, p. 191-192
  133. ↑ Blanchon et al. 1999, p. 203-212 ; (en) M. Pirazzoli-T'Serstevens, « Death and the deads: practices and images in the Qin and Han », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 959-962
  134. 1 2 3 Nicolas Constans, « La magnifique tombe d’un empereur dĂ©chu », sur Le Monde.fr, .
  135. ↑ Li 2013, p. 318-320
  136. ↑ Blanchon et al. 1999, p. 217-231
  137. 1 2 (en) M. Pirazzoli-T'Serstevens, « Death and the deads: practices and images in the Qin and Han », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 950-953
  138. ↑ Blanchon et al. 1999, p. 220-221 ; Elisseeff 2008, p. 199
  139. ↑ Blanchon et al. 1999, p. 223-224
  140. ↑ Blanchon et al. 1999, p. 226
  141. ↑ Li 2013, p. 320-322
  142. ↑ Blanchon et al. 1999, p. 231-238
  143. 1 2 Blanchon et al. 1999, p. 212-216 ; Elisseeff 2008, p. 220-221 ; Li 2013, p. 322-324
  144. ↑ Lewis 2007, p. 196-198 et 200
  145. ↑ Splendeur des Han, 2014, p. 213. Ces ornements stylisĂ©s Ă©voquent la prolifĂ©ration vĂ©gĂ©tale et des autres formes de vie au printemps. Ils matĂ©rialisent les souhaits des contemporains d'alors pour une vie prospĂšre, harmonieuse et longue. D'oĂč le nom donnĂ© Ă  ce type de broderie.
  146. ↑ Blanchon et al. 1999, p. 221, 222, 231
  147. ↑ Blanchon et al. 1999, p. 252-256
  148. ↑ Elisseeff 2008, p. 206-207 ; Blanchon et al. 1999, p. 256-259
  149. ↑ (en) M. Pirazzoli-T'Serstevens, « Death and the deads: practices and images in the Qin and Han », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 957-958
  150. 1 2 Huang Xue, « Les fouilles sur le site de Haihunhou dévoilent de nouveaux trésors », sur CCTV.com, .
  151. ↑ Blanchon et al. 1999, p. 261-263
  152. ↑ Elisseeff 2008, p. 77 ; (en) M. Pirazzoli-T'Serstevens, « Death and the deads: practices and images in the Qin and Han », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 958-959
  153. ↑ (en) M. Pirazzoli-T'Serstevens, « Death and the deads: practices and images in the Qin and Han », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 963-968
  154. ↑ Blanchon et al. 1999, p. 272-276 ; Elisseeff 2008, p. 226-227
  155. ↑ Blanchon et al. 1999, p. 271-272
  156. ↑ Blanchon et al. 1999, p. 284-286
  157. ↑ Blanchon et al. 1999, p. 294-297
  158. ↑ Blanchon et al. 1999, p. 287-293 ; Elisseeff 2008, p. 210-213
  159. ↑ « Cheval debout mingqi (substitut funĂ©raire) », sur MusĂ©e Guimet (consultĂ© le )
  160. ↑ Elisseeff 2008, p. 215
  161. ↑ Lesbre 2000, p. 23
  162. ↑ Pimpaneau 2011
  163. ↑ Desroches et Rey 1995, p. 38, note 2
  164. ↑ Elisseeff 2008, p. 214-215
  165. ↑ Desroches et Rey 1995, p. 72
  166. ↑ Vase Ă  vin hu - MusĂ©e Guimet
  167. ↑ File:Jade Han Chine Guimet 2910.jpg - Wikimedia Commons
  168. ↑ Blanchon et al. 1999, p. 278-283
  169. ↑ Yolaine Escande 2005, p. 49
  170. ↑ Catherine Delacour dans Desroches et al. 2001, p. 196
  171. ↑ Elisseeff 2008, p. 224-225
  172. ↑ Elisseeff 2008, p. 204-205
  173. ↑ Exposition « Splendeur des Han. Essor de l'Empire CĂ©leste ». MusĂ©e national des arts asiatiques - Guimet. Paris, 22 octobre 2014 - 1er mars 2015. Catalogue : no 30. Aussi : « « The Chinese Hill Censer, boshan lu: A Note on Origins, Influences and Meanings », par Jessica Rawson dans Arts asiatiques, volume 61 », sur PersĂ©e, (consultĂ© le ).
  174. ↑ (en) « Lidded incense burner (xianglu) with geometric decoration and narrative scenes », sur Freer/Sackler Smithonian's Museum of Asian Art (consultĂ© le ).
  175. ↑ Elisseeff 2008, p. 199-203
  176. ↑ (en) M. Pirazzoli-T'Serstevens, « Death and the deads: practices and images in the Qin and Han », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 953-956
  177. ↑ Blanchon et al. 1999, p. 239
  178. ↑ Elisseeff 2008, p. 218-219
  179. ↑ Elisseeff 2008, p. 222-223
  180. ↑ Blanchon et al. 1999, p. 248-249
  181. ↑ Cheng 2002, p. 301-302
  182. ↑ Blanchon et al. 1999, p. 171-172. Sur ces personnages et leurs pratiques, voir aussi Ngo Van Xuyet, Divination, magie et politique dans la Chine ancienne, Paris, 2002 (1re Ă©d. 1976)
  183. ↑ Lewis 2007, p. 182-183
  184. ↑ Gernet 2006, p. 206-207
  185. ↑ Cheng 2002, p. 313
  186. ↑ C. Despreux, « Culture de soi et pratiques d'immortalitĂ© dans la Chine antique des Royaumes combattants aux Han », dans Lagerwey (dir.) 2009, p. 241-275 ; (en) R. Graziani, « The subject and the sovereign: exploring the self in early Chinese self-cultivation », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 459-517 ; (en) M. CsikszentmihĂ lyi, « Ethics and self-cultivation practice in early China », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 519-542
  187. ↑ Csikszentmihalyi 2006, p. 181–182
  188. ↑ de Crespigny 2007, p. 332
  189. ↑ de Crespigny 2007, p. 1055
  190. ↑ (en) J. Li, « They shall expel demons: etiology, the medical canon and the transformation of medical techniques before the Tang », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 1103-1117 ; (en) M. Poo, « Ritual and ritual texts in early China », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 305-311
  191. ↑ Dauben 2007, p. 212; Liu et al. 2003, p. 9–10.
  192. ↑ Needham 1986a, p. 99–100; Berggren, Borwein et Borwein 2004, p. 27.
  193. ↑ Dauben 2007, p. 219–222; Needham 1986a, p. 22.
  194. ↑ Needham 1986a, p. 84–86
  195. ↑ Shen, Crossley et Lun 1999, p. 388; Straffin 1998, p. 166; Needham 1986a, p. 24–25, 121.
  196. ↑ Needham 1986a, p. 65–66
  197. 1 2 Liu et al. 2003, p. 9–10
  198. ↑ Teresi 2002, p. 65–66
  199. ↑ McClain et Ming 1979, p. 212; Needham 1986b, p. 218–219.
  200. ↑ Cullen 2006, p. 7 ; Lloyd 1996, p. 168.
  201. ↑ Deng 2005, p. 67
  202. ↑ de Crespigny 2007, p. 498
  203. ↑ Csikszentmihalyi 2006, p. 173–175 ; Sun et Kistemaker 1997, p. 5, 21–23 ; Balchin 2003, p. 27.
  204. ↑ Dauben 2007, p. 214; Sun et Kistemaker 1997, p. 62 ; Huang 1988, p. 64.
  205. 1 2 Needham 1986a, p. 227, 414
  206. ↑ Needham 1986a, p. 468
  207. ↑ Kern 2010, p. 60-64
  208. ↑ Lewis 2007, p. 209-210
  209. ↑ Lewis 2007, p. 210-211
  210. ↑ N. Monnet dans LĂ©vy (dir.) 2000, p. 282-283 ; Lewis 2007, p. 214-217 ; Kern 2010, p. 99-105 ; Li 2013, p. 315-317. Traduction : Se-ma Ts'ien (Sima Qian), Les mĂ©moires historiques de Se-Ma Ts'ien, Traduits et annotĂ©s par Édouard Chavannes et Jacques Pimpaneau, Paris, 2015.
  211. 1 2 D. Holzman dans Lévy (dir.) 2000, p. 13-14
  212. ↑ Lewis 2007, p. 217-218 ; Li 2013, p. 317-318
  213. ↑ Kern 2010, p. 88-96
  214. ↑ R. Mathieu dans LĂ©vy (dir.) 2000, p. 45-49. Kern 2010, p. 76-86.
  215. ↑ J.-P. DiĂ©ny dans LĂ©vy (dir.) 2000, p. 219
  216. ↑ F. Martin dans LĂ©vy (dir.) 2000, p. 283-285
  217. ↑ D. Holzman dans LĂ©vy (dir.) 2000, p. 398-399
  218. ↑ F. Martin dans LĂ©vy (dir.) 2000, p. 385-386
  219. ↑ N. Monnet dans LĂ©vy (dir.) 2000, p. 101
  220. ↑ Kern 2010, p. 96-97
  221. ↑ Knechtges 2010, p. 166-176
  222. ↑ D. Holzman dans LĂ©vy (dir.) 2000, p. 308-309
  223. ↑ M. Kuttler dans LĂ©vy (dir.) 2000, p. 27-28 ; D. Holzman dans LĂ©vy (dir.) 2000, p. 31-32
  224. ↑ Blanchon et al. 1999, p. 429-431
  225. ↑ Blanchon et al. 1999, p. 432
  226. ↑ Blanchon et al. 1999, p. 435-436
  227. ↑ Jin, Fan et Liu 1996, p. 178–179; Needham 1972, p. 111.
  228. ↑ Loewe 1968, p. 89, 94–95; Tom 1989, p. 99; Cotterell 2004, p. 11–13.
  229. ↑ Buisseret 1998, p. 12 ; Needham et Tsien 1986, p. 1–2, 40–41, 122–123, 228.
  230. ↑ (en) Lance Day et Ian McNeil, Biographical dictionary of the history of technology, Routledge, (ISBN 978-0-415-06042-4 et 978-0-415-19399-3), p. 122.
  231. ↑ Cotterell 2004, p. 11. Xinhua News Agency, « New Evidence suggests longer paper making history in China », (consultĂ© le )
  232. ↑ Wagner 2001, p. 7, 36–37, 64–68, 75–76; Pigott 1999, p. 183–184.
  233. ↑ Pigott 1999, p. 177, 191.
  234. ↑ Wang 1982, p. 125; Pigott 1999, p. 186.
  235. ↑ Wagner 1993, p. 336; Wang 1982, p. 103–105, 122–124.
  236. ↑ Greenberger 2006, p. 12; Cotterell 2004, p. 24; Wang 1982, p. 54–55.
  237. ↑ (en) S. Nishijima, « The economic and social history of Former Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 563-564 ; (en) P. Ebrey, « The economic and social history of Later Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 616-617.
  238. 1 2 (en) S. Nishijima, « The economic and social history of Former Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 561-563.
  239. ↑ Hinsch 2011, p. 67–68 ; (en) S. Nishijima, « The economic and social history of Former Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 564-566.
  240. ↑ (en) S. Nishijima, « The economic and social history of Former Han », dans Twitchett (dir.) 1986, p. 568-572.
  241. ↑ Liu 2002, p. 55
  242. 1 2 Ebrey 1999, p. 76
  243. ↑ Ebrey 1999, p. 76; Wang 1982, p. 1–40.
  244. ↑ Steinhardt 2004, p. 228–238
  245. ↑ Thorp 1986, p. 360–378.
  246. ↑ Wang 1982, p. 1, 30, 39–40, 148–149; Chang 2007, p. 91–92; Morton et Lewis 2005, p. 56; voir Ă©galement Ebrey 1999, p. 76; voir Needham 1972, Plate V, Fig. 15, pour une photo d'une forteresse datant de la dynastie Han, situĂ©e Ă  Dunhuang, province du Gansu. On voit clairement ses rempart en terre battue surmontĂ©es de crĂ©neaux.
  247. ↑ Wang 1982, p. 1–39
  248. 1 2 Steinhardt 2005a, p. 279; Liu 2002, p. 55.
  249. ↑ Steinhardt 2005a, p. 279–280; Liu 2002, p. 55.
  250. ↑ Steinhardt 2005b, p. 283–284
  251. ↑ Wang 1982, p. 175–178
  252. 1 2 Watson 2000, p. 108
  253. ↑ Needham 1986d, p. 161–188
  254. ↑ Needham 1986c, p. 171–172
  255. ↑ Liu 2002, p. 56
  256. ↑ Loewe 1968, p. 191–194; Wang 1982, p. 105.
  257. ↑ Loewe 1968, p. 191–194; Tom 1989, p. 103; Ronan 1994, p. 91.
  258. ↑ Loewe 1968, p. 191–194
  259. ↑ Fraser 2014
  260. ↑ Needham 1986c, p. 2, 9 ; voir aussi Barbieri-Low 2007, p. 36.
  261. ↑ Needham 1986c, p. 2
  262. ↑ Needham 1988, p. 207–208
  263. ↑ Barbieri-Low 2007, p. 197
  264. ↑ Needham 1986c, p. 99, 134, 151, 233
  265. ↑ Needham 1986b, p. 123, 233–234
  266. ↑ Needham 1986c, p. 116–119, Plate CLVI
  267. ↑ Needham 1986c, p. 281–285
  268. ↑ Needham 1986c, p. 283–285
  269. ↑ Loewe 1968, p. 195–196
  270. ↑ Needham 1986c, p. 183–184, 390–392
  271. ↑ Needham 1986c, p. 396–400
  272. ↑ de Crespigny 2007, p. 184;Needham 1986c, p. 370.
  273. ↑ Needham 1986c, p. 89, 110, 342–344
  274. ↑ Needham 1986a, p. 343
  275. ↑ de Crespigny 2007, p. 1050;Needham 1986c, p. 30, 479 note de bas de page E; Morton et Lewis 2005, p. 70;Bowman 2000, p. 595.
  276. ↑ de Crespigny 2007, p. 1050; Needham 1986c, p. 479 note de bas de page E.
  277. ↑ CitĂ© dans Fraser 2014, p. 375
  278. ↑ de Crespigny 2007, p. 1050 ; Fraser 2014, p. 375 ; Morton et Lewis 2005, p. 70.
  279. ↑ Needham 1986a, p. 626–631
  280. ↑ Fraser 2014, p. 376
  281. ↑ Hsu 1993, p. 90–93 ; Needham 1986a, p. 534–535.
  282. ↑ Hsu 1993, p. 90–93 ; Hansen 2000, p. 125.
  283. ↑ de Crespigny 2007, p. 659
  284. ↑ Needham 1986a, p. 580–581
  285. ↑ de Crespigny 2007, p. 1050; Hsu 1993, p. 90–93 ; Needham 1986a, p. 538–540 ; Nelson 1974, p. 359.
  286. ↑ Turnbull 2002, p. 14 ; Needham 1986d, p. 390–391.
  287. ↑ Needham 1986d, p. 627–628 ; Chung 2005, p. 152 ; Tom 1989, p. 103–104 ; Adshead 2000, p. 156; Fairbank et Goldman 1998, p. 93; Block 2003, p. 93, 123.
  288. ↑ Needham 1986c, p. 263–267 ; Greenberger 2006, p. 13.
  289. ↑ Needham 1986c, p. 308–312, 319–323
  290. ↑ et Needham 1986c, p. 308–312, 319–323

Bibliographie

[modifier | modifier le code]

Généralités sur la Chine ancienne et médiévale

  • Flora Blanchon et al., Arts et histoire de Chine, vol. 2, Paris, Presses universitaires de Paris-Sorbonne, coll. « Asie », , 496 p. (ISBN 2-84050-123-6, OCLC 490634014, lire en ligne)
  • Jacques Gernet, Le Monde chinois : 1. De l'Ăąge du bronze au Moyen Âge, -Xe siĂšcle apr. J.-C., Paris, Pocket,
  • Edward L. Shaughnessy (dir.) (trad. Marc Baudoux), La Chine, Paris, Taschen,
  • Henri MaspĂ©ro et Étienne Balazs, Histoires et institutions de la Chine ancienne, Presses universitaires de France, coll. « Annales du musĂ©e Guimet / BibliothĂšque d'Ă©tudes » (no LXXIII),
  • (en) Li Feng, Early China : A Social and Cultural History, New York, Cambridge University Press, , 367 p. (ISBN 978-0-521-71981-0)
  • (en) Charles O. Hucker, China's Imperial Past : An Introduction to Chinese History and Culture, Stanford, Stanford University Press, , 474 p. (ISBN 978-0-8047-0887-6)
  • (en) Samuel Adrian Miles Adshead, China in World History, Londres, MacMillan Press, , 434 p. (ISBN 0-312-22565-2)
  • (en) John S. Bowman, Columbia Chronologies of Asian History and Culture, New York, Columbia University Press, , 751 p. (ISBN 0-231-11004-9)
  • (en) Patricia Buckley Ebrey, The Cambridge Illustrated History of China, Cambridge, Cambridge University Press, , 352 p. (ISBN 0-521-66991-X, lire en ligne)
  • (en) John K. Fairbank et Goldman Merle, China : A New History, Enlarged Edition, Cambridge, Harvard University Press, (ISBN 0-674-11673-9)
  • (en) Ian W. Fraser, The Berkshire Dictionary of Chinese Biography, Great Barrington, Berkshire Publishing, , 1657 p. (ISBN 978-1-933782-66-9 et 1-933782-66-8)
  • (en) Valerie Hansen, The Open Empire : A History of China to 1600, New York & Londres, W.W. Norton & Company, , 458 p. (ISBN 0-393-97374-3)
  • (en) Ray Huang, China : A Macro History, Armonk & Londres, M.E. Sharpe Inc., an East Gate Book, , 277 p. (ISBN 0-87332-452-8)
  • (en) William Scott Morton et Charlton M. Lewis, China : Its History and Culture, New York, McGraw-Hill, (ISBN 0-07-141279-4)
  • (en) K.S. Tom, Echoes from Old China : Life, Legends, and Lore of the Middle Kingdom, Honolulu, The Hawaii Chinese History Center of the University of Hawaii Press, , 160 p. (ISBN 0-8248-1285-9, lire en ligne)

Études sur la dynastie Han

  • (en) Chun-shu Chang, The Rise of the Chinese Empire : Volume II; Frontier, Immigration, & Empire in Han China, 130 B.C. – A.D. 157, Ann Arbor, University of Michigan Press, , 301 p. (ISBN 978-0-472-11534-1 et 0-472-11534-0, lire en ligne)
  • (en) Patricia Buckley Ebrey, « Estate and family management in the Later Han as seen in the Monthly Instructions for the Four Classes of People », Journal of the Economic and Social History of the Orient, vol. 17,‎ , p. 173–205
  • (en) Michael Loewe, Everyday Life in Early Imperial China during the Han Period 202 BC–AD 220, Londres, B.T. Batsford, , 208 p. (ISBN 0-87220-758-7, lire en ligne)
  • (en) Michael Loewe, Divination, Mythology and Monarchy in Han China, Cambridge, New York et Melbourne, Cambridge University Press, , 353 p. (ISBN 0-521-45466-2)
  • (en) Denis Twitchett et Michael Loewe (dir.), The Cambridge History of China, vol. I : the Ch'in and Han Empires, 221 B.C. – A.D. 220, Cambridge, Cambridge University Press, (rĂ©impr. 1990, 1994, 1995), 1re éd., 981 p. (ISBN 0-521-24327-0, OCLC 633104701)
  • (en) Mark Edward Lewis, The Early Chinese Empires : Qin and Han, Londres, Belknap Press, coll. « History of imperial China », , 321 p. (ISBN 978-0-674-02477-9, OCLC 71189868)
  • MichĂšle Pirazzoli-T'Serstevens, La Chine des Han : histoire et civilisation, Paris, Presses universitaires de France, , 234 p. (ISBN 2-13-037681-9)
  • (en) Michael Nylan (dir.) et Michael Loewe, China's Early Empires : A Re-appraisal, Cambridge, Cambridge University Press, , 630 p. (ISBN 978-0-521-85297-5, lire en ligne)
  • (en) Yu-ch'uan Wang, « An outline of The central government of the Former Han dynasty », Harvard Journal of Asiatic Studies, vol. 12,‎ , p. 134-187
  • (en) Zhongshu Wang et traduction par K. C. Chang et a., Han Civilization, New Haven et Londres, Yale University Press, , 261 p. (ISBN 0-300-02723-0)
  • MichĂšle Pirazzoli-T'Serstevens et Marianne Bujard, Les Dynasties Qin et Han : Histoire gĂ©nĂ©rale de la Chine (221 av. J.-C.-220 apr. J.-C.), Les Belles Lettres,

Religion et pensée

  • Anne Cheng, Histoire de la pensĂ©e chinoise, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points Essais », (1re éd. 1997)
  • John Lagerwey (dir.), Religion et sociĂ©tĂ© en Chine ancienne et mĂ©diĂ©vale, Paris, Éditions du Cerf - Institut Ricci, coll. « Patrimoines Chine »,
  • (en) John Lagerwey et Marc Kalinowski (dir.), Early Chinese Religion, Part One : Shang through Han (1250 BC-220 AD), Leyde et Boston, Brill Academic Pub,

Littérature

  • (en) Michael Loewe (dir.), Early Chinese Texts : A Bibliographical Guide, Berkeley, Society for the Study of Early China and The Institute of East Asian Studies, University of California, Berkeley,
  • AndrĂ© LĂ©vy (dir.), Dictionnaire de littĂ©rature chinoise, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Quadrige », (1re éd. 1994)
  • (en) Martin Kern, « Early Chinese literature, beginnings through Western Han », dans Kang-i Sun Chang et Stephen Owen (dir.), The Cambridge History of Chinese Literature, Volume 1: To 1375, Cambridge, Cambridge University Press, , p. 1-115
  • (en) David R. Knechtges, « From the Eastern Han through the Western Jin (AD 25-317) », dans Kang-i Sun Chang et Stephen Owen (dir.), The Cambridge History of Chinese Literature, Volume 1: To 1375, Cambridge, Cambridge University Press, , p. 116-198

Art et archéologie

  • Gilles BĂ©guin (dir.) et Marie Laureillard (dir.), Chine : la gloire des empereurs, [exposition], Petit Palais, MusĂ©e des beaux-arts de la Ville de Paris, 2 novembre 2000-28 janvier 2001, Paris, Findakly, , 415 p., 30 cm. (ISBN 2-86805-092-1 et 2-87900-526-4).
  • ValĂ©rie Courtot-Thibault, coordination, Le Petit livre du cheval en Chine, Lausanne, Caracole, , 205 p. (ISBN 2-8289-0331-1)
  • Jean-Paul Desroches et Marie-Catherine Rey, Des chevaux et des hommes (Han - Tang), donation Jacques Polain, musĂ©e Guimet 19 octobre 1995 - 15 janvier 1996, Paris, RĂ©union des MusĂ©es nationaux, , 198 p. (ISBN 2-7118-3334-8).
  • Jean-Paul Desroches, Guilhem AndrĂ©, Han Wei, Danielle Elisseeff, Flora Blanchon et Catherine Delacour, Chine, Le SiĂšcle Du Premier Empereur, Arles, Actes Sud, , 217 p. (ISBN 2-7427-3300-0).
  • Danielle Elisseeff, Art et archĂ©ologie : la Chine du NĂ©olithique Ă  la fin des Cinq Dynasties (960 de notre Ăšre), Paris, École du Louvre, Éditions de la RĂ©union des MusĂ©es nationaux (Manuels de l'École du Louvre), , 381 p. (ISBN 978-2-7118-5269-7) Ouvrage de rĂ©fĂ©rence, bibliographie et Sites Internet.
  • Yolaine Escande, Montagnes et eaux. La culture du Shanshui, Paris, Hermann, , 293 p. (ISBN 2-7056-6521-8).
  • Yolaine Escande (traduit et commentĂ© par) (trad. du chinois), TraitĂ©s chinois de peinture et de calligraphie. Tome 1 : Les Textes fondateurs (des Han aux Sui), Paris, Klincksieck. L'esprit des formes, , 436 p. (ISBN 2-252-03450-5).
  • Danielle Elisseeff, L'art chinois, Paris, Larousse, , 237 p. (ISBN 978-2-03-583327-3).
  • Éric Lefebvre (dir.) et Huei-chung Tsao, Splendeur des Han : Essor de l'Empire cĂ©leste, Paris, Flammarion et MusĂ©e national des arts asiatiques-Guimet, , 254 p. (ISBN 978-2-08-134884-4) : Ă©ditions Flammarion, et (ISBN 979-1-09-026218-8) : MusĂ©e national des arts asiatiques-Guimet.
  • Emmanuelle Lesbre, La Chine ancienne, Paris, Hazan, , 95 p. (ISBN 2-85025-751-6).
  • Violette Fris-Larrouy, Arts de Chine : la collection chinoise du MusĂ©e Georges Labit, Paris, SociĂ©tĂ© nouvelle Adam Biro. MusĂ©e Georges-Labit, Toulouse, , 175 p. (ISBN 2-87660-245-8).
  • (en) Zhixin Jason Sun (dir.), Age of Empires : Art of the Qin and Han Dynasties, New York, The Metropolitan Museum of Art,

Sciences et techniques

  • (en) Jon Balchin, Science : 100 Scientists Who Changed the World, New York, Enchanted Lion Books, , 208 p. (ISBN 1-59270-017-9)
  • (en) Anthony J. Barbieri-Low, Artisans in Early Imperial China, Seattle & Londres, University of Washington Press, (ISBN 978-0-295-98713-2 et 0-295-98713-8)
  • (en) Lennart Berggren, Jonathan M. Borwein et Peter B. Borwein, Pi : a source book, New York, Springer, , 797 p. (ISBN 0-387-20571-3)
  • (en) Leo Block, To harness the wind : a short history of the development of sails, Annapolis, Naval Institute Press, , 164 p. (ISBN 1-55750-209-9)
  • (en) David Buisseret, Envisioning the City : Six Studies in Urban Cartography, Chicago, University Of Chicago Press, , 181 p. (ISBN 0-226-07993-7, lire en ligne)
  • (en) Chee Kit Chung, Admiral Zheng He & Southeast Asia, Singapour, Institute of Southeast Asian Studies, , 168 p. (ISBN 981-230-329-4)
  • (en) Maurice Cotterell, The Terracotta Warriors : The Secret Codes of the Emperor's Army, Rochester, Bear and Company, , 302 p. (ISBN 1-59143-033-X)
  • (en) Mark Csikszentmihalyi (trad. du chinois), Readings in Han Chinese Thought, Indianapolis et Cambridge, Hackett Publishing Company, , 220 p. (ISBN 0-87220-710-2)
  • (en) Christoper Cullen, Astronomy and Mathematics in Ancient China : The Zhou Bi Suan Jing, Cambridge, Cambridge University Press, , 256 p. (ISBN 0-521-03537-6, lire en ligne)
  • (en) Joseph W. Dauben, The Mathematics of Egypt, Mesopotamia, China, India, and Islam : A Sourcebook, Princeton, Princeton University Press, , 685 p. (ISBN 978-0-691-11485-9 et 0-691-11485-4, lire en ligne)
  • (en) Yingke Deng et Pingxing Wang (traducteur), Ancient Chinese Inventions, PĂ©kin, China Intercontinental Press (äș”æŽČ䌠播ć‡ș版瀟),‎ , 134 p. (ISBN 7-5085-0837-8)
  • (en) Robert Greenberger, The Technology of Ancient China, New York, Rosen Publishing Group, , 48 p. (ISBN 1-4042-0558-6, lire en ligne)
  • (en) Mei-ling Hsu, « The Qin maps: a clue to later Chinese cartographic development », Imago Mundi, vol. 45,‎ , p. 90-100 (DOI 10.1080/03085699308592766)
  • (en) Guantao Jin, Hongye Fan et Liu Qingfeng (trad. du chinois), Chinese Studies in the History and Philosophy of Science and Technology, Dordrecht, Kluwer Academic Publishers, , 471 p. (ISBN 0-7923-3463-9)
  • (en) Xujie Liu, Chinese Architecture, New Haven, Yale University Press, , 366 p. (ISBN 0-300-09559-7)
  • (en) Guilin Liu, Lisheng Feng, Airong Jiang et Xiaohui Zheng, Electronic Information and Communication in Mathematics, Berlin, Heidelberg et New York, Springer Verlag, (ISBN 3-540-40689-1)
  • (en) Michael Loewe, Recarving China's past : art, archaeology, and architecture of the "Wu family shrines", New Haven et Londres, Yale University Press and Princeton University Art Museum, , 617 p. (ISBN 0-300-10797-8)
  • (en) Geoffrey Ernest Richard Lloyd, Adversaries and authorities : investigations into ancient Greek and Chinese science, Cambridge, Cambridge University Press, , 250 p. (ISBN 0-521-55695-3)
  • (en) Vivienne Lo, Innovation in Chinese Medicine, Cambridge, New York, Oakleigh, Madrid et Cape Town, Cambridge University Press, , 426 p. (ISBN 0-521-80068-4)
  • (en) Ernest G. McClain et Shui Hung Ming, « Chinese cyclic tunings in late antiquity », Ethnomusicology, vol. 23,‎ , p. 205–224
  • (en) Joseph Needham, Science and Civilization in China : Volume 1-5, Londres, Syndics of the Cambridge University Press, , 319 p. (ISBN 0-521-05799-X)
  • (en) Joseph Needham et Tsuen-Hsuin Tsien, Science and Civilisation in China : Volume 5, Chemistry and Chemical Technology, Part 1, Paper and Printing, Taipei, Caves Books, 1986e, 504 p. (ISBN 978-0-521-08690-5 et 0-521-08690-6, lire en ligne)
  • (en) Howard Nelson, « Chinese maps: an exhibition at the British Library », The China Quarterly, vol. 58,‎ , p. 357–362 (DOI 10.1017/S0305741000011346)
  • (en) Yoshiaki Omura, Acupuncture Medicine : Its Historical and Clinical Background, Mineola, Dover Publications, , 287 p. (ISBN 0-486-42850-8, lire en ligne)
  • (en) Vincent C. Pigott, The Archaeometallurgy of the Asian Old World, Philadelphie, University of Pennsylvania Museum of Archaeology and Anthropology, , 206 p. (ISBN 0-924171-34-0, lire en ligne)
  • (en) Colin A Ronan, The Shorter Science and Civilization in China : 4, Cambridge, Cambridge University Press, , 334 p. (ISBN 0-521-32995-7)
  • (en) Kangshen Shen, John N. Crossley et Anthony W.C. Lun, The Nine Chapters on the Mathematical Art : Companion and Commentary, Oxford, Oxford University Press, (ISBN 0-19-853936-3)
  • (en) Nancy Shatzman Steinhardt, « The Tang architectural icon and the politics of Chinese architectural history », The Art Bulletin, vol. 86,‎ , p. 228-254 (DOI 10.1080/00043079.2004.10786192)
  • (en) Nancy S. Steinhardt, Recarving China's past : art, archaeology, and architecture of the "Wu family shrines", New Haven et Londres, Yale University Press and Princeton University Art Museum, , 617 p. (ISBN 0-300-10797-8)
  • (en) Philip D., Jr Straffin, « Liu Hui and the first Golden Age of Chinese mathematics », Mathematics Magazine, vol. 71,‎ , p. 163-181
  • (en) Xiaochun Sun et Jacob Kistemaker, The Chinese Sky During the Han : Constellating Stars and Society, Leiden, New York, Köln, Koninklijke Brill, , 240 p. (ISBN 90-04-10737-1, lire en ligne)
  • (en) Dick Teresi, Lost Discoveries : The Ancient Roots of Modern Science–from the Babylonians to the Mayas, New York, Simon and Schuster, , 453 p. (ISBN 0-684-83718-8, lire en ligne)
  • (en) Robert L. Thorp, « Architectural principles in early Imperial China: structural problems and their solution », The Art Bulletin, vol. 68,‎ , p. 360–378
  • (en) Stephen R. Turnbull, Fighting Ships of the Far East : China and Southeast Asia 202 BC–AD 1419, Oxford, Osprey Publishing, , 48 p. (ISBN 1-84176-386-1)
  • (en) Donald B. Wagner, Iron and Steel in Ancient China, Brill, , 573 p. (ISBN 978-90-04-09632-5, lire en ligne)
  • (en) Donald B. Wagner, The State and the Iron Industry in Han China, Copenhague, Nordic Institute of Asian Studies Publishing, , 148 p. (ISBN 978-87-87062-83-1 et 87-87062-83-6)
  • (en) William Watson, The Arts of China : To AD 900, New Haven, Yale University Press, , 288 p. (ISBN 0-300-08284-3, lire en ligne)

Autres études

  • (en) Bret Hinsch, Women in Early Imperial China, Lanham, Rowman & Littlefield Publishers, , 237 p. (ISBN 978-0-7425-1872-8 et 0-7425-1872-8, lire en ligne)
  • (en) Grant Hardy et Anne Behnke Kinney, The Establishment of the Han Empire and Imperial China, Westport, CT, Greenwood Press, coll. « Greenwood guides to historic events of the ancient world », , 170 p. (ISBN 0-313-32588-X, OCLC 835044351, lire en ligne)
  • (en) Rafe de Crespigny, A Biographical Dictionary of Later Han to the Three Kingdoms (23-220 AD), Leyde et Boston, Brill, coll. « Handbuch der Orientalistik », , 1306 p. (ISBN 978-90-04-15605-0 et 90-04-15605-4)
  • Jacques Pimpaneau, Les Chevaux cĂ©lestes : l'histoire du Chinois qui dĂ©couvrit l'Occident, Arles, Philippe Picquier, , 123 p. (ISBN 978-2-8097-0292-7)
  • (en) Richard von Glahn, The Economic History of China : From Antiquity to the Nineteenth Century, Cambridge, Cambridge University Press,

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes

[modifier | modifier le code]

Liens externes

[modifier | modifier le code]