Aller au contenu

Semence (agriculture)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

En agriculture, les semences sont des graines (traitĂ©es et sĂ©lectionnĂ©es), ou par extension d’autres organes de reproduction (bulbes, tubercules qui devraient plutĂŽt ĂȘtre appelĂ©s "plants" puisqu'ils se plantent et ne se sĂšment pas), sĂ©lectionnĂ©es pour ĂȘtre semĂ©es. Premier intrant de la culture, la semence fait partie des produits consommables de l'agrofourniture.

Semences de différentes espÚces cultivées.

Définition

[modifier | modifier le code]

Semence vient, au travers du latin, du grec sperma = semence, germe. Ce terme a Ă©galement donnĂ© le terme sperme. Par analogie il a pris en agriculture le sens de graine que l’on sĂšme en vue d’une rĂ©colte.

Histoire de la semence

[modifier | modifier le code]

Depuis les dĂ©buts de l’agriculture (il y a plus de 10 000 ans), les premiers agriculteurs mettaient Ă  part les graines des plants rĂ©pondant au mieux Ă  certains critĂšres agronomiques (grosseurs, facilitĂ© Ă  se dĂ©barrasser de l’enveloppe, rĂ©sistance
), ou sociaux (beautĂ©, appĂ©tence, identitĂ©). Ils ne consommaient pas les graines ainsi sĂ©lectionnĂ©es et les replantaient la campagne suivante.

La migration des populations agricoles, la colonisation de nouveaux espaces, le morcellement des Ă©tablissements, ont induit une sĂ©lection diffĂ©renciĂ©e d'une rĂ©gion Ă  l’autre. Les peuples agriculteurs ont en effet acclimatĂ© les espĂšces Ă  l’environnement local. Cette acclimatation a conduit Ă  l’apparition de variĂ©tĂ©s locales qui constituent la biodiversitĂ© domestique.

Types de semences

[modifier | modifier le code]

On distingue deux grands types biologiques de semences selon la teneur en eau des espÚces :

  • les semences dites « orthodoxes » qui sont les plus nombreuses. Ce sont les semences de la grande majoritĂ© des espĂšces cultivĂ©es qu'elles soient vivaces, annuelles ou bisannuelles. Elles ont subi une phase de dĂ©shydratation au cours de leur dĂ©veloppement. Leur teneur en matiĂšre sĂšche est comprise entre 5 et 12 %. Elles survivent dans cet Ă©tat mais leur mĂ©tabolisme est rĂ©duit et exige un apport d'eau pour germer[1].
  • les semences dites « rĂ©calcitrantes » (Ă  la dessication). Leur teneur en eau varie de 20 à 80 %. Leur germination doit avoir lieu dĂšs qu'elles tombent sur le sol sinon elles meurent. Il s'agit principalement d'espĂšces d'arbres cultivĂ©s des pays tempĂ©rĂ©s (noyer, chataignier, marronnier, ...) et d'espĂšces de pays chauds (avocatier, citrus, litchi, manguier, hĂ©vĂ©a, longanier,...)[1].

Pour les semences orthodoxes des espÚces cultivées, on distingue[2],[3]:

Les semences certifiées

[modifier | modifier le code]

En Europe, pour les grandes cultures elles reprĂ©sentent la majoritĂ© des semences utilisĂ©es. Leur production est principalement assurĂ©e par des agriculteurs multiplicateurs qui passent des contrats avec des entreprises semenciĂšres spĂ©cialisĂ©es dans la sĂ©lection, la production et la commercialisation de semences. Une fois multipliĂ©es les semences sont livrĂ©es aux entreprises semenciĂšres pour ĂȘtre triĂ©es, calibrĂ©es, traitĂ©es et conditionnĂ©es dans leurs stations de semences. AprĂšs contrĂŽles, elles sont commercialisĂ©es sous forme de semences certifiĂ©es.

Dans la plupart des pays, la mise en marché des semences est réglementée pour éviter les fraudes et pour éviter la commercialisation de semences présentant des défauts majeurs.

Dans le cas d’espĂšces autres que celles de grandes cultures. La certification est facultative. C’est-Ă -dire que les contrĂŽles n’ont lieu que de maniĂšre alĂ©atoire, postĂ©rieurement Ă  la mise en marchĂ©, car leur qualitĂ© est sous la responsabilitĂ© de l'entreprise semenciĂšre qui les commercialise. Les semences ne sont pas certifiĂ©es mais sont dites "standards"[4].

Les semences de base

[modifier | modifier le code]

Les semences de base ou de pré-base sont les semences mÚres produites généralement à partir de semences d'origine par les sélectionneurs ou les mainteneurs grùce à la sélection conservatrice. Elles sont utilisées par les agriculteurs multiplicateurs pour produire les semences certifiées.

Les semences de ferme

[modifier | modifier le code]

En France, on parle de semence fermiĂšre ou de semence de ferme lorsqu'un agriculteur ressĂšme une partie de sa rĂ©colte issue de semences pouvant ĂȘtre certifiĂ©es c'est-Ă -dire achetĂ©es Ă  un semencier, aprĂšs avoir triĂ© et calibrĂ© sa rĂ©colte (Ă  l'aide d'un trieur mobile)[5].

Les semences paysannes

[modifier | modifier le code]

En France, le terme semences paysannes est utilisé depuis quelques années notamment par un mouvement regroupant des organisations paysannes, biologiques, biodynamiques ou conventionnelles, des organisations de protection de l'environnement, pour désigner des semences sélectionnées par les paysans et produites sur la ferme.

Les semences biologiques

[modifier | modifier le code]

Il s'agit de l'ensemble des différents types de semences produites selon le cahier des charges de l'agriculture biologique[6].

Économie en France

[modifier | modifier le code]

En France la filiÚre semence représente en 2023[7] :

  • prĂšs de 70 entreprises de sĂ©lection ;
  • plus de 250 entreprises de production ;
  • 11 000 emplois dans les entreprises de sĂ©lection et de production ;
  • environ 17 000 agriculteurs multiplicateurs ;
  • plus de 5 600 entreprises de distribution (coopĂ©ratives, nĂ©goces agricoles, jardineries, etc.) qui vendent Ă  prĂšs de 390 000 agriculteurs et Ă  prĂšs de 16,5 millions de jardiniers amateurs.

Les surfaces en multiplication de semences et plants occupent en France prÚs de 380 000 ha pour une production totale de plus de 1 300 000 tonnes. Les surfaces en multiplication de semences biologiques représentent 23 000 ha cultivées par 1 400 agriculteurs multiplicateurs.

Les entreprises de sĂ©lection et de production de semences (ou semenciers) sont de tailles trĂšs variables, depuis des associations, en passant par des PME, jusqu’à des grands groupes internationaux. Le premier groupe semencier d'origine française est Vilmorin-Limagrain[8] qui contrĂŽle entre autres les entreprises: Clause, TĂ©zier, LG-seeds, Verneuil, AgReliant, etc. Il possĂšde des filiales dans de nombreux pays.

La France est le premier pays producteur de semence en Europe et le premier exportateur mondial, devant les Pays-Bas et les États-Unis.

Le chiffre d'affaires du secteur semences de la France est Ă©valuĂ© au stade de gros Ă  3,9 milliards d’euros pour la campagne 2022-2023. Les exportations reprĂ©sentent plus de 2 milliards d'euros soit plus de 50 % du chiffres d'affaires et sont particuliĂšrement importantes dans le secteur du maĂŻs et des espĂšces potagĂšres.

La valeur mondiale totale du secteur semencier est difficile à évaluer. Elle est estimée à plus de 58 milliards de dollars américains, dont 47 milliards de dollars pour les semences commercialisées.

RĂšglementation en France

[modifier | modifier le code]

Dùs la fin du XIXe siùcle, en France, Émile Schribaux en fut l'initiateur.

Au cours du vingtiÚme siÚcle, une réglementation sur les semences a été mise en place progressivement en France et dans la plupart des pays européens[9].

  • Le dĂ©cret du (J.O. du , p. 11167) met en place un « registre des plantes sĂ©lectionnĂ©es » et un ComitĂ© de contrĂŽle des semences chargĂ©, notamment, de l’établissement d’un « catalogue synonymique ». Une variĂ©tĂ© inscrite est protĂ©gĂ©e pendant douze ans par l’usage exclusif d’une dĂ©nomination officielle[10].
  • Le dĂ©cret du , (J.O. du , p. 3189-3191) institue un registre des plantes sĂ©lectionnĂ©es, intitulĂ© « RĂ©pression des fraudes dans le commerce des semences de blé ». La notion de rĂ©pression des fraudes consacre implicitement la semence comme un produit stable et clairement identifiable.
  • Le dĂ©cret du (abrogĂ©) (J.O. du , p. 12006-12067) institue un « catalogue des espĂšces et variĂ©tĂ©s de plantes cultivĂ©es et d'un registre des plantes sĂ©lectionnĂ©es de grande culture ». Ce dĂ©cret Ă©voque pour la premiĂšre fois la protection des obtentions. Il note :

« Art.12- la mention « espÚce ou variété » inscrite au registre des plantes sélectionnées est la propriété exclusive de l'obtenteur de la nouveauté. Il ne pourra en faire état qu'aprÚs l'inscription définitive. Le commerce des semences, tubercules, bulbes, greffons ou boutures d'une plante inscrite est subordonné à l'autorisation expresse de l'obtenteur.»

  • Le est créé le Groupement national interprofessionnel des semences (GNIS), devenu Groupement national interprofessionnel des semences et plants, par la loi no 14194, complĂ©tĂ©e par la loi no 383 du , puis sous sa forme actuelle, par dĂ©cret du gouvernement français, le .
  • Le dĂ©cret 81-605 du , (J.O. du ) dispose que : « Le ministre de l’agriculture tient un catalogue comportant la liste limitative des variĂ©tĂ©s ou types variĂ©taux dont les semences et plants peuvent ĂȘtre mis sur le marchĂ© sur le territoire national. L’inscription sur le catalogue est subordonnĂ©e Ă  la triple condition que la variĂ©tĂ© soit distincte, stable et suffisamment homogĂšne. » Ce dĂ©cret est « pris pour l'application de la loi du sur les fraudes et falsifications en matiĂšre de produits et services, en ce qui concerne le commerce des semences et des plants », et constitue Ă©galement un dĂ©cret d'application de la Loi 2011-1843 sur les certificats d'obtention vĂ©gĂ©tales du (articles concernant les laboratoires d'analyse de la puretĂ© variĂ©tale).

Évolution pour les jardiniers amateurs

[modifier | modifier le code]

La loi n° 2020-699 du (article 10) qui a complĂ©tĂ© l’article 661-8 du code rural et de la pĂȘche maritime rend possible d’échanger ou de cĂ©der Ă  titre gratuit ou onĂ©reux directement des semences et autres matĂ©riels de reproduction de variĂ©tĂ©s du domaine public aux amateurs (utilisateurs finaux non professionnels ne faisant pas un usage professionnel de la variĂ©tĂ©), par dĂ©rogation Ă  la rĂ©glementation gĂ©nĂ©rale sur les semences. Dans ce cas, l’inscription sur une liste du Catalogue officiel des espĂšces et variĂ©tĂ©s cultivĂ©es n’est plus obligatoire, en revanche, les normes sanitaires continuent de s’appliquer sur la sĂ©lection et la production; mais l’identitĂ© variĂ©tale ne sera pas garantie[11].

Commercialisation en Europe

[modifier | modifier le code]

En Europe, pour pouvoir ĂȘtre commercialisĂ©es, les semences de la plupart des espĂšces cultivĂ©es doivent ĂȘtre contrĂŽlĂ©es et certifiĂ©es. Par ailleurs, pour la grande majoritĂ© des espĂšces agricoles et potagĂšres la variĂ©tĂ© d'une semence doit pour ĂȘtre commercialisĂ©e ĂȘtre inscrite soit au catalogue officiel des espĂšces et variĂ©tĂ©s vĂ©gĂ©tales national, soit au catalogue communautaire (qui est la somme des catalogues des diffĂ©rents pays de l'Union europĂ©enne et qui comprenait en 2012 plus de 30 000 variĂ©tĂ©s autorisĂ©es dans l'Union europĂ©enne). L'inscription au catalogue nĂ©cessite une homologation, payante.

La réglementation européenne repose sur un ensemble directives :

  • Directive du Conseil 66/401/CEE du (sur la commercialisation des semences de plantes fourragĂšres) ;
  • Directive du Conseil 66/402/CEE du (sur la commercialisation des semences de cĂ©rĂ©ales) ;
  • Directive du Conseil 68/193/CEE du (sur la commercialisation des matĂ©riels de multiplication vĂ©gĂ©tative de la vigne) ;
  • Directive du Conseil 98/56/CE du (sur la commercialisation des matĂ©riels de multiplication des plantes ornementales) ;
  • Directive du Conseil 1999/105/CE du (sur la commercialisation des matĂ©riels forestiers de reproduction) ;
  • Directive du Conseil 2002/53/CE du (sur le catalogue commun des variĂ©tĂ©s des espĂšces de plantes agricoles) ;
  • Directive du Conseil 2002/54/CE du (sur la commercialisation des semences de betteraves) ;
  • Directive du Conseil 2002/55/CE du (sur la commercialisation des semences de lĂ©gumes) ;
  • Directive du Conseil 2002/56/CE du (sur la commercialisation des plants de pommes de terre) ;
  • Directive du Conseil 2002/57/CE du (sur la commercialisation des semences de plantes olĂ©agineuses et Ă  fibres) ;
  • Directive du Conseil 2008/72/CE du (sur la commercialisation des plants de lĂ©gumes et des matĂ©riels de multiplication de lĂ©gumes autres que les semences) ;
  • Directive du Conseil 2008/90/CE du (sur la commercialisation des matĂ©riels de multiplication de plantes fruitiĂšres et des plantes fruitiĂšres destinĂ©es Ă  la production de fruits).

Discussions en cours en Europe

[modifier | modifier le code]

La législation actuelle vise à apporter des garanties pour l'utilisateur sur la qualité germinative, la pureté spécifique, la pureté variétale, l'état sanitaire, à encadrer la production des semences commerciales.

Certaines organisations contestent[12], cette législation qui aurait entraßné un appauvrissement des ressources génétiques ainsi que l'impossibilité pour les agriculteurs de mener leur propre sélection. Enfin, cette réglementation, conduirait à sélectionner essentiellement des semences adaptées aux pratiques de l'agriculture industrielle, par exemple en prenant en compte l'aptitude pour les plantes d'assimiler des engrais azotés. Sont en cause les critÚres retenus d'homogénéité, de stabilité ainsi que les performances agronomiques requises pour l'enregistrement des nouvelles variétés. Ces spécifications techniques ne correspondraient pas aux besoins d'une agriculture moins intensive, l'agriculture biologique par exemple.

En , la Commission, dans un document de 147 pages a proposĂ©[13] au Parlement d'harmoniser et simplifier le processus d'inscription au catalogue et les rĂšgles de commercialisation des semences (y compris d'origine traditionnelles[14]) avec un double objectif de productivitĂ© et de restauration de la diversitĂ© vĂ©gĂ©tale dans l'Union europĂ©enne. Les variĂ©tĂ©s traditionnelles et les semences ne rĂ©pondant pas Ă  la dĂ©finition d’une variĂ©tĂ© auront des « rĂšgles d’enregistrement allĂ©gĂ©es ». Les semences traditionnelles seront dispensĂ©es d’essai, mais le systĂšme actuel d’enregistrement reste maintenu. L'Europe veut ainsi favoriser l'adaptation de l'agriculture et de la forĂȘt (face aux changements climatiques notamment) via « les Ă©changes commerciaux » qui pour les variĂ©tĂ©s anciennes ou traditionnelles sont souvent restĂ©s ou devenus des marchĂ©s de niche et de microentreprises qui si elles emploient dix personnes au plus et ont un chiffre d’affaires de moins de 2 millions €/an n'auront pas Ă  enregistrer les variĂ©tĂ©s qu'elles commercialisent et seront exonĂ©rĂ©es des redevances d'enregistrement (Ă©galement diminuĂ©es pour les semences traditionnelles). Si le parlement valide ces propositions, elles pourraient ĂȘtre mises en Ɠuvre Ă  partir de 2016 dans les 27 États membres de l'Union europĂ©enne. Concernant les graines d'espĂšces forestiĂšres (dont essences sauvages et hybrides artificiels importants pour les sylviculteurs), la commission recommande une approche plus spĂ©cifique de prise en compte de la qualitĂ© des graines et de leur adaptation gĂ©nĂ©tique aux conditions locales, de maniĂšre Ă  mieux respecter et valoriser la biodiversitĂ© forestiĂšre dont la diversitĂ© gĂ©nĂ©tique des arbres fait partie, deux facteurs « essentiels Ă  la gestion durable des forĂȘts »[15].

En 2017, dans le cadre des états généraux de l'alimentation, un plan de filiÚre semences et plants est proposé par le GNIS[16].

Propriété intellectuelle

[modifier | modifier le code]

Dans diffĂ©rents pays et en particulier aux États-Unis, les variĂ©tĂ©s vĂ©gĂ©tales peuvent ĂȘtre brevetĂ©es.

En Europe, le certificat d'obtention vĂ©gĂ©tale (COV) a Ă©tĂ© conçu pour s’appliquer aux variĂ©tĂ©s vĂ©gĂ©tales. Ce systĂšme vise Ă  protĂ©ger le travail de l'obtenteur (principalement les entreprises semenciĂšres produisant une variĂ©tĂ©) tout en maintenant le libre accĂšs Ă  la ressource gĂ©nĂ©tique pour les autres entreprises semenciĂšres, et en permettant aux agriculteurs de produire des semences de ferme d'une variĂ©tĂ© protĂ©gĂ©e sans demander l'autorisation Ă  l'obtenteur, mais Ă  condition de lui verser une contrepartie[17].

Méthodes de production

[modifier | modifier le code]

Multiplication sexuée

[modifier | modifier le code]

La multiplication sexuĂ©e est la premiĂšre voie de multiplication naturelle des plantes. La graine provient de la fĂ©condation du pollen et de l’ovule prĂ©sent dans la fleur de la plante. Deux types de reproduction existent :

  • cas des plantes qui s'autofĂ©condent, espĂšces dites autogames (comme le blĂ©, l'orge, le pois, la tomate,...) ; on dit qu’il y a autofĂ©condation[18] ;
  • cas des plantes dont la fĂ©condation est croisĂ©e, espĂšces dites allogames (comme le trĂšfle, la betterave ou le maĂŻs ). Dans ce dernier cas, pour la production de semences de certaines variĂ©tĂ©s issues de croisements (variĂ©tĂ©s hybrides F1 notamment), il est nĂ©cessaire de prendre des prĂ©cautions particuliĂšres d’isolement afin d’ĂȘtre assurĂ© que la fleur « femelle » soit fĂ©condĂ©e par le pollen de la fleur mĂąle retenue.

De nombreuses espÚces (comme le colza) ont des régimes de reproduction intermédiaires, ou dits mixtes (taux d'allofécondation compris entre 10 et 90 %) et les espÚces dites autogames ont en général un taux d'allofécondation non nul (0,5 % < t < 10 %).

La production de semences des espĂšces dont la partie habituellement rĂ©coltĂ©e n’est pas la graine (feuilles et tiges pour les plantes prairiales, racines, feuilles ou tiges des espĂšces potagĂšres) nĂ©cessite des techniques de productions particuliĂšres (il s’agit souvent d’espĂšces bisannuelles ou pĂ©rennes). En agriculture, elle est gĂ©nĂ©ralement effectuĂ©e dans les champs oĂč sous abris par des agriculteurs multiplicateurs qui passent des contrats avec des entreprises productrices. Les semences, aprĂšs la rĂ©colte sont nettoyĂ©es, triĂ©es, traitĂ©es et conditionnĂ©es dans des stations de semences.

Multiplication végétative

[modifier | modifier le code]

La multiplication végétative est une voie de multiplication présente dans la nature chez de nombreux végétaux. C'est notamment le cas des tubercules (pomme de terre), des bulbes (oignons, tulipes) ou des stolons (fraisiers). DÚs l'Antiquité, l'homme l'a étendu à d'autres plantes, notamment la vigne et les arbres fruitiers.

Plus récemment ont été développées des techniques artificielles de multiplication végétative. On exploite la totipotence cellulaire présente chez les végétaux dans le bourgeon apical[19] pour reproduire à l'identique le plant que l'on a sélectionné. Pour les espÚces cultivées, on parle de clones. Cette technique a été développée pour les plantes allogames dont la fécondation croisée entraßnait un brassage génétique qui accroissait l'hétérogénéité génération aprÚs génération.

Différentes techniques de multiplication végétative

  • Bouturage ou greffage

Essentiellement pour les plantes ligneuses (arbres, arbustes).

  • Vitro plan

La culture in vitro est utilisée aujourd'hui pour la production de certaines plantes ornementales, pour la multiplication de certains palmiers, pour les premiÚres générations de plants de pomme de terre. Elle consiste à cloner de trÚs nombreuses fois les plantes repérées comme intéressantes agronomiquement.

  • Semences artificielles

Cette technique n'est pas encore au point aujourd'hui, notamment à cause des problÚmes de stabilisation de l'embryon. Le projet des semences artificielles est de produire des « semences » directement et artificiellement à partir d'une cellule du végétal à multiplier (cloner). On évite ainsi l'étape de la multiplication au champ.

On utilise la totipotence cellulaire en cultivant des cellules d'un explant prélevé sur la plante mÚre. On met en culture in vitro les cals obtenus, pour en obtenir un trÚs grand nombre. AprÚs une dispersion des cellules on déclenche l'embryogenÚse avec un jeu d'hormones végétales. Chaque cellule va se multiplier mais cette fois-ci en donnant un embryon. Reste à le stabiliser et à mettre en place un enrobage nutritif et une protection appropriée qui mime les cotylédons et l'enveloppe des graines naturelles.

CritÚres de qualité des semences en France

[modifier | modifier le code]

Suivant la réglementation française, les principaux critÚres de qualité des semences sont : la pureté spécifique, la pureté variétale, la faculté germinative et l'état sanitaire.

Pureté spécifique

[modifier | modifier le code]

Il s'agit de mesurer dans les lots la présence de graines de plantes d'autres espÚces en général adventices (spécifique = de l'espÚce)

  1. PrélÚvement d'échantillons représentatifs de l'ensemble du lot de semence.
  2. Dénombrement et identification des graines d'espÚces étrangÚres (autres espÚces cultivées, mauvaises herbes). Cette étape est difficile à réaliser si les graines se ressemblent, par exemple entre le colza et la moutarde.
  3. Les résultats sont exprimés en pourcentage du poids des semences pures dans l'espÚce indiquée d'un lot concerné. Ils sont comparés avec les normes officielles. Par exemple, on ne doit pas trouver plus de 10 graines étrangÚres aux 500 g dans le cas des céréales à paille.
  4. Refus ou acceptation des lots pour la certification de la semence. Par exemple, le blĂ© de prĂ©base et base doit avoir 99 % de puretĂ© et le blĂ© certifiĂ© 98 %. MatĂ©riel de dĂ©part G 0 → Semence de prĂ©base G1 G2 G3 → Semence de base G 4 → Semence certifiĂ©e R 1 → Agriculteur
Exemples de pureté spécifique exigée
Céréales prébase et base : 98 %
certifiées : 93 %
Tournesol certifiées : 97 %
Maïs certifiées : 97 %
Soja certifiées : 98 %

Pureté variétale

[modifier | modifier le code]
Graines de différentes variétés de haricots (Phaseolus vulgaris) de tailles et de couleurs différentes

Il s'agit de mesurer au sein du lot de graines le taux de graines s'Ă©cartant de la plante modĂšle de la variĂ©tĂ©. Elle ne peut ĂȘtre rĂ©alisĂ©e en observant directement les semences au moins dans les cas oĂč il n'y a pas de diffĂ©rences phĂ©notypiques (d'aspect) entre les graines. On peut la mesurer en observant les rĂ©sultats d'un semis au bout d'un an, en regardant dans le champ Ă  l'Ă©piaison (moment oĂč l'Ă©pi se forme) ou Ă  la floraison, en observant Ă  la fois le port de la plante et son Ă©pi ou son inflorescence ou encore en effectuant l'Ă©lectrophorĂšse des gliadines (protĂ©ines de rĂ©serve de la graine) pour une plante comme le blĂ©.

Exemples de pureté variétale exigée
Céréales prébase : 99,9 %
certifiées : 99,7 %
Tournesol prébase : 99 %
certifiées : 95 %
Soja prébase : 97 %
certifiées : 95 %

Faculté germinative

[modifier | modifier le code]

C'est le nombre de germes viables obtenus dans un délai de n jours (différent selon les espÚces) et dans des conditions de température et d'hygrométrie optimales. Un germe est considéré comme viable si la graine a germé et que son phénotype correspond à une certaine norme. Pour les semences forestiÚres, le test au tétrazolium permet de savoir si la semence est vivante sans avoir à attendre qu'elle germe.

Exemples de faculté germinative exigée
Céréales 85 % à 8 jours
Betterave 90 % à 7 jours
Maïs 80 % à 14 jours

État sanitaire

[modifier | modifier le code]

Les graines doivent ĂȘtre saines.

Un « passeport phytosanitaire » est exigĂ© pour empĂȘcher la diffusion de certains agents pathogĂšnes spĂ©cifiques Ă  diffĂ©rentes espĂšces (tournesol, luzerne, haricot, tomate
).

La plupart des semences de grande culture commercialisées sont traitées contre les principales maladies transmissibles par les semences et pour les protéger contre différents parasites au cours de la période d'installation.

Notes et références

[modifier | modifier le code]
  1. 1 2 Françoise Corbineau, Physiologie de la germination, Paris, Société Nationale d'Horticulture de France, , 72 p. (ISBN 978-2-913793-57-6), p. 31 - 35
  2. ↑ « Semences : dĂ©finitions, lois et marchĂ© mondial sur Inf'OGM?org » [archive du ], sur infogm.org via Internet Archive, .
  3. ↑ « La production et le commerce des semences et plants sont rĂšglementĂ©s sur semae.fr », sur SEMAE.
  4. ↑ « ConnaĂźtre les diffĂ©rents types de semences » [archive du ], sur semae.fr via Internet Archive.
  5. ↑ « Qu'est-ce qu'une semence de ferme ? », sur semences-fermieres.org (consultĂ© le )
  6. ↑ Le site officiel de gestion des variĂ©tĂ©s disponibles en semences issues de l'agriculture biologique
  7. ↑ « Les chiffres clĂ©s du secteur semences sur le site officiel de Semae »(Archive.org ‱ Wikiwix ‱ Que faire ?).
  8. ↑ « Site du groupe Limagrain », sur limagrain.com.
  9. ↑ Daniel DattĂ©e, « Les semences :150 ans de rĂ©glementation » [archive du ], sur Interactif-agriculture.org via Internet Archive, (consultĂ© le ).
  10. ↑ Bonneuil C; Thomas F; GĂšnes, pouvoirs et profits. Recherche publique et rĂ©gimes de production des savoirs de Mendel aux OGM, Paris, Ed. Quae
  11. ↑ Rapport : La biodiversitĂ© cultivĂ©e en France, GEVES, , 44 p. (lire en ligne), p. 30
  12. ↑ Institut Technique d'Agriculture Biologique
    FĂ©dĂ©ration Nationale d’Agriculture Biologique
    Nature et ProgrĂšs
    International Federation of Organic Agriculture Movements
    Réseau semences paysannes
  13. ↑ Commission europĂ©enne (2013) Proposition de rĂšglement du parlement europĂ©en et du conseil relatif Ă  la production et Ă  la mise Ă  disposition sur le marchĂ© de matĂ©riel de reproduction des vĂ©gĂ©taux (rĂšglement sur le matĂ©riel de reproduction des vĂ©gĂ©taux), Bruxelles, 2013-05-06 ; COM(2013) 262 final ; 2013/0137 (COD)
  14. ↑ Tela Botanica (2013) Bruxelles veut simplifier la commercialisation des semences, Brùves 2013-06-19
  15. ↑ Voir considĂ©rant n+ 46 de la proposition de la Commission intitulĂ©e Proposition de rĂšglement du parlement europĂ©en et du conseil relatif Ă  la production et Ă  la mise Ă  disposition sur le marchĂ© de matĂ©riel de reproduction des vĂ©gĂ©taux (rĂšglement sur le matĂ©riel de reproduction des vĂ©gĂ©taux) 2013-05-06, page 18
  16. ↑ « Les plans de filiĂšres », sur agriculture.gouv.fr (consultĂ© le ).
  17. ↑ Bernard Le Buanec, « AmĂ©lioration des plantes - 70 ans de propriĂ©tĂ© intellectuelle », Bulletin Semences, no 256,‎ .
  18. ↑ AutofĂ©condation: lorsqu'une fleur porte Ă  la fois les organes mĂąles et femelles et que la partie femelle est fĂ©condĂ©e par le pollen de sa propre fleur, on dit alors que la fleur est (auto : soi-mĂȘme en grec et game de gamos : union, mariage).
  19. ↑ Bourgeon Apical: Amas de cellule non diffĂ©renciĂ© situĂ© Ă  l'extrĂ©mitĂ© de la plante par lequel s'effectue la croissance. Leur Ă©quivalent animal sont les cellules embryonnaires

Articles connexes

[modifier | modifier le code]

Liens externes

[modifier | modifier le code]

Sites officiels

[modifier | modifier le code]

Sites d’organisations/associations privĂ©es

[modifier | modifier le code]