Affaire Vincent Lambert
L'affaire Vincent Lambert est une affaire mĂ©diatico-mĂ©dico-politico-judiciaire française des annĂ©es 2010 liĂ©e au dĂ©bat sur l'acharnement thĂ©rapeutique, le droit des personnes en situation de handicap et l'euthanasie. Ă la suite d'un accident de la route survenu en 2008, Vincent Lambert, nĂ© le , plonge dans un Ă©tat vĂ©gĂ©tatif chronique dit « syndrome d'Ă©veil non-rĂ©pondant ». Les membres de sa famille sont en conflit concernant les suites Ă donner. Plusieurs dĂ©cisions de justice ont coup sur coup, durant plus de six ans, suspendu puis validĂ© l'arrĂȘt des traitements sans que l'Ă©tat du patient ne s'amĂ©liore ou se dĂ©grade. Vincent Lambert meurt le au CHU de Reims, aprĂšs huit jours et demi de privation d'alimentation. Cette affaire trĂšs mĂ©diatisĂ©e a fortement contribuĂ© au dĂ©bat sur l'euthanasie en France et sur la loi Leonetti.
Vincent Lambert
[modifier | modifier le code]Ăchec lors de la sĂ©rialisation des donnĂ©es.
Vincent Lambert est né Vincent Philippon le [1] à Chùteauroux[2], au sein d'une fratrie recomposée de neuf enfants. Il est le premier enfant du couple formé par Pierre et Viviane Lambert, fervents catholiques alors encore mariés chacun de leur cÎté, avec des enfants d'un premier lit[3].
Pierre Lambert (né en 1929[1],[4]), responsable départemental de Laissez-les vivre[5], ligue anti-avortement opposée à la loi Veil, est gynécologue et pÚre de deux enfants. Viviane Philippon (1945-2022[1],[4]) est sa secrétaire, de 16 ans sa cadette, et a déjà trois enfants[6]. C'est aprÚs la naissance de leur quatriÚme enfant qu'ils officialisent leur liaison et divorcent[6]. Vincent Lambert est reconnu en 1982 par son pÚre biologique Pierre, et adopte alors son nom[3].
Ă partir de l'Ăąge de 9 ans, Vincent Lambert est agressĂ© sexuellement par Philippe Peignot, un prĂȘtre de la FraternitĂ© Saint-Pie X, communautĂ© religieuse traditionaliste[7]. Vincent passe son baccalaurĂ©at Ă Reims « et s'Ă©loigne de la religion, du moins des options traditionalistes de ses parents, comme la plupart des membres de la fratrie[6] ». Il devient[Quand ?] infirmier en psychiatrie au centre hospitalier de ChĂąlons-en-Champagne, oĂč il rencontre une Ă©tudiante infirmiĂšre en psychiatrie, Rachel, qu'il Ă©pouse le et avec qui il a une fille un an plus tard[3].
Le , un grave accident de la route le laisse profondément handicapé. S'ensuit un long processus médical, juridique, puis politique et médiatique, visant à déterminer la nature de son état, et, partant de là , à décider de l'opportunité de poursuivre ou non les soins de maintien en vie.
Vincent Lambert meurt le Ă 8 h 24 au CHU de Reims[8]. AprĂšs une autopsie, son corps est restituĂ© le Ă sa veuve, Rachel Lambert. Ses obsĂšques et une cĂ©rĂ©monie religieuse ont lieu le , dans l'intimitĂ© familiale, en l'Ă©glise Saint-Dagobert Ă Longwy, lĂ oĂč il est ensuite inhumĂ©[9]. Tous les membres de la famille, bien que divisĂ©s sur cette affaire, sont prĂ©sents[10].
Chronologie
[modifier | modifier le code]Ăvolution de la situation mĂ©dicale de Vincent Lambert
[modifier | modifier le code]Le [11], un accident de la route provoque un traumatisme crùnien qui plonge Vincent Lambert dans un coma végétatif. AprÚs un séjour de prÚs d'une année au centre d'éveil de Berck-sur-Mer, Vincent Lambert est transféré au Centre hospitalier universitaire de Reims[12]. En 2011, a lieu la premiÚre expertise médicale de Vincent Lambert au COMA Science Group du Centre hospitalier universitaire de LiÚge. L'expertise constate « une perception de la douleur et des émotions préservées. L'essai de contrÎle volontaire de la respiration met en évidence une réponse à la commande »[13]. Selon le rapport, « Vincent Lambert [est] dans un état pauci-relationnel impliquant la persistance d'une perception émotionnelle et l'existence de possibles réactions à son environnement [et dÚs lors], l'alimentation et l'hydratation artificielles [n'ont] pas pour objet de le maintenir artificiellement en vie »[14].
Ă partir de 2011, Vincent Lambert est immobilisĂ© en Ă©tat de conscience minimal, il n'est reliĂ© Ă aucune machine, mais, ne pouvant pas dĂ©glutir correctement, il est nourri artificiellement. AprĂšs son retour au CHU de Reims, quatre-vingt-sept sĂ©ances d'orthophonie ont Ă©tĂ© pratiquĂ©es sur cinq mois, du au , pour tenter d'Ă©tablir un code de communication. Ces sĂ©ances ont Ă©chouĂ© du fait de la non-reproductibilitĂ© des rĂ©ponses. Pour l'Ă©quipe mĂ©dicale, Vincent ne fait pas semblant. MalgrĂ© l'Ă©chec des sĂ©ances d'orthophonie, des membres du personnel soignant constatent des manifestations comportementales dont ils pensent qu'elles « pourraient ĂȘtre interprĂ©tĂ©es comme une opposition aux soins de toilette, traduisant un refus de vie ». Ă la suite de ces constats et se fondant sur son analyse de l'absence d'Ă©volution neurologique favorable du patient, son mĂ©decin engage la procĂ©dure collĂ©giale prĂ©vue par l'article R. 4127-37 du Code de la santĂ© publique[13].
Le 2013, son mĂ©decin conclut Ă une « obstination dĂ©raisonnable » au sens de l'article L.1110-5, dĂ©cidant par consĂ©quent d'arrĂȘter l'alimentation artificielle et de diminuer l'hydratation de Vincent Lambert[13]. Le rapport d'expertise demandĂ© par le Conseil d'Ătat, dĂ©posĂ© le 2014, conclut que l'Ă©tat clinique de Vincent Lambert correspond Ă un « état vĂ©gĂ©tatif », avec « des troubles de la dĂ©glutition, une atteinte motrice sĂ©vĂšre des quatre membres, quelques signes de dysfonctionnement du tronc cĂ©rĂ©bral » et « une autonomie respiratoire prĂ©servĂ©e ». L'Ă©volution clinique est marquĂ©e par la disparition des fluctuations de l'Ă©tat de conscience qui avaient Ă©tĂ© constatĂ©es lors du bilan effectuĂ© en au Coma Science Group du CHU de LiĂšge, ainsi que par l'Ă©chec des tentatives thĂ©rapeutiques actives prĂ©conisĂ©es lors de ce bilan, ce qui suggĂšre « une dĂ©gradation de l'Ă©tat de conscience depuis cette date[13],[15] ». La sĂ©vĂ©ritĂ© de l'atrophie cĂ©rĂ©brale et des lĂ©sions observĂ©es, et le dĂ©lai de cinq ans et demi Ă©coulĂ© depuis l'accident initial, conduisent Ă estimer les lĂ©sions cĂ©rĂ©brales irrĂ©versibles. Vincent Lambert peut rĂ©agir aux soins qui lui sont prodiguĂ©s et Ă certaines stimulations, mais les experts indiquent que les caractĂ©ristiques de ces rĂ©actions suggĂšrent qu'il s'agit de rĂ©ponses non conscientes et n'estiment pas possible d'interprĂ©ter ces rĂ©actions comportementales comme tĂ©moignant d'un « vĂ©cu conscient de souffrance » ou manifestant une intention ou un souhait concernant l'arrĂȘt ou la poursuite du traitement qui le maintient en vie[13].
Le 2018, les experts mandatĂ©s par le tribunal administratif de ChĂąlons-en-Champagne confirment son « état vĂ©gĂ©tatif chronique irrĂ©versible ». Le rapport indique Ă©galement que sa prise en charge limitĂ©e Ă la couverture de ses « besoins fondamentaux primaires ne relĂšve pas de l'acharnement thĂ©rapeutique ou d'une obstination dĂ©raisonnable » et que la condition mĂ©dicale de Vincent Lambert « n'appelle aucune mesure d'urgence ». Le rapport indique en outre : « il existe en France des structures pouvant l'accueillir jusqu'Ă sa disparition si le maintien au CHU de Reims s'avĂ©rait impossible pour des raisons autres que relevant de la simple technique mĂ©dicale »[16]. Leurs conclusions sont fondĂ©es sur deux moments oĂč ils ont examinĂ© Vincent Lambert, le au soir et le lendemain matin, avec seize heures d'intervalle.
Le , l'arrĂȘt des soins commence au CHU de Reims dans un premier temps[17],[18] avant d'ĂȘtre suspendu Ă la suite d'une dĂ©cision de la Cour d'appel de Paris plus tard dans la journĂ©e. Le , Ă la suite de la dĂ©cision de la Cour de cassation du , le mĂ©decin de Vincent Lambert annonce la poursuite de la procĂ©dure d'arrĂȘt des traitements initiĂ©e le pour le jour mĂȘme[19]. Le , l'arrĂȘt des fonctions vitales est constatĂ© Ă 8 h 24[8]. Vincent Lambert meurt Ă l'Ăąge de 42 ans, aprĂšs onze annĂ©es passĂ©es en Ă©tat vĂ©gĂ©tatif [20].
Procédures judiciaires
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 : Ă la suite d'une procĂ©dure collĂ©giale menĂ©e au sein du CHU de Reims et avec l'accord de l'Ă©pouse Rachel Lambert, mais sans informer les parents et les frĂšres et sĆurs, le Docteur Kariger, mĂ©decin responsable de Vincent Lambert, dĂ©cide que le maintien des soins d'hydratation et d'alimentation artificielles constitue une « obstination dĂ©raisonnable », et dĂ©cide de cesser de l'alimenter pour que sa vie prenne fin, tout en limitant son hydratation[21],[22],[23].
 : Ayant appris « par hasard » dix-sept jours plus tard[24] le lancement de la procĂ©dure, Pierre et Viviane Lambert, les parents de Vincent, et deux de ses huit frĂšres et sĆurs, saisissent en rĂ©fĂ©rĂ© le tribunal administratif de ChĂąlons-en-Champagne.
 : Le tribunal administratif ordonne en urgence le rĂ©tablissement de l'alimentation et de l'hydratation artificielle 31 jours aprĂšs le lancement de la procĂ©dure. Le tribunal justifie sa dĂ©cision par l'absence de consultation des membres de la famille de Vincent Lambert, qui ont saisi la justice pour suspendre l'arrĂȘt des soins[22],[23],[25].
Septembre 2013 : La famille de Vincent Lambert au complet est convoquée par l'équipe médicale pour réengager le processus[26].
 : La « procédure collégiale de fin de vie », prévue par la loi Leonetti, est engagée, contre l'avis de ceux des membres de la famille de Vincent Lambert qui sont opposés à cette procédure[27].
 : Le tribunal administratif de ChĂąlons-en-Champagne, Ă nouveau saisi, redemande de ne pas appliquer la nouvelle dĂ©cision, estimant que « la poursuite du traitement n'Ă©tait ni inutile ni disproportionnĂ©e et n'avait pas pour objectif le seul maintien artificiel de la vie », et que le docteur Ăric Kariger, Ă la tĂȘte de l'Ă©quipe mĂ©dicale responsable de Vincent Lambert, « a apprĂ©ciĂ© de maniĂšre erronĂ©e la volontĂ© de Vincent Lambert en estimant qu'il souhaiterait opposer un refus Ă tout traitement le maintenant en vie[11] ».
 : Cinq frĂšres et sĆurs de Vincent n'ayant pas pris part Ă la procĂ©dure judiciaire, ainsi qu'un neveu dĂ©jĂ impliquĂ©, en appellent publiquement Ă Marisol Touraine, ministre de la SantĂ©, pour que le CHU assume ses responsabilitĂ©s et fasse appel de la dĂ©cision du tribunal administratif devant le Conseil d'Ătat, plus haute juridiction administrative française[28].
 : Rachel Lambert, l'Ă©pouse de Vincent Lambert, annonce son intention de saisir le Conseil d'Ătat[29].
 : Le juge du Conseil d'Ătat, saisi du sort de Vincent Lambert par son Ă©pouse, le CHU de Reims et un neveu, renvoie la dĂ©cision Ă une formation collĂ©giale[29], au vu de la complexitĂ© de la question soulevĂ©e. Il ordonne une expertise mĂ©dicale par trois mĂ©decins spĂ©cialistes et des « observations Ă©crites » de la part de l'AcadĂ©mie de mĂ©decine, du CCNE, du Conseil de l'Ordre des mĂ©decins et du dĂ©putĂ© Jean Leonetti (rapporteur de la loi sur la fin de vie de 2005).
mars /  : Les trois spécialistes reconnus en neurosciences effectuent une nouvelle expertise médicale de Vincent Lambert et concluent à l'absence d'espoir d'amélioration[15].
 : Le Conseil d'Ătat considĂšre lĂ©gale la dĂ©cision du CHU et rĂ©forme le jugement du tribunal administratif de ChĂąlons-en-Champagne rendu le sur l'irrĂ©versibilitĂ© de ses lĂ©sions cĂ©rĂ©brales et sur la dĂ©gradation de son Ă©tat. Vincent Lambert est dĂ©sormais considĂ©rĂ© comme Ă©tant dans un Ă©tat vĂ©gĂ©tatif chronique[30]. Quelques heures plus tard, la Cour europĂ©enne des droits de l'homme (CEDH), saisie la veille par les membres de la famille de Vincent Lambert qui craignaient une dĂ©cision dĂ©favorable, ordonne Ă titre conservatoire la suspension provisoire du jugement. La Cour interdit Ă©galement tout dĂ©placement du patient en vue d'arrĂȘter son alimentation et son hydratation (le mot euthanasie n'est nulle part mentionnĂ© dans les demandes de la Cour faites Ă la France)[31].
 : La CEDH annonce qu'elle va accĂ©lĂ©rer l'examen de la requĂȘte concernant Vincent Lambert[32],[4].
 : La chambre se dessaisit au profit de la Grande chambre[1].
 : La CEDH tient une audience de Grande chambre sur l'affaire « Lambert et autres contre France[33] ».

 : La CEDH rend sa dĂ©cision sur l'arrĂȘt des soins de Vincent Lambert. Par douze voix contre cinq, elle estime qu'« il nây aurait pas violation de lâarticle 2 (de la convention europĂ©enne des droits de lâHomme, rĂ©gissant le droit Ă la vie) en cas de mise en Ćuvre de la dĂ©cision du conseil dâĂtat autorisant lâarrĂȘt des soins »[34].
 : Les parents de Vincent Lambert déposent une demande en révision de cette décision devant la CEDH, invoquant des « éléments nouveaux et décisifs »[35].
 : La CEDH rejette la demande en rĂ©vision, estimant que les Ă©lĂ©ments nouveaux « ne constituaient pas des faits nouveaux susceptibles dâexercer une influence dĂ©cisive sur lâissue de lâaffaire »[36].
 : La famille est convoquĂ©e au CHU de Reims[37]. Ă la suite de cette rĂ©union, l'Ă©quipe mĂ©dicale, sous la responsabilitĂ© du docteur Simon qui a succĂ©dĂ© au docteur Kariger, engage la procĂ©dure d'arrĂȘt des traitements, employant les termes d'« obstination dĂ©raisonnable »[38]. Les parents, refusant de se soumettre Ă cette dĂ©cision, portent plainte pour « tentative d'assassinat et sĂ©questration contre le CHU et les mĂ©decins qui se sont occupĂ©s ou s'occupent de Vincent Lambert »[39]. Le , les Ă©vĂȘques de RhĂŽne-Alpes, rĂ©gion de rĂ©sidence des parents de Vincent Lambert, s'Ă©lĂšvent contre une dĂ©cision mĂ©dicale qui « risque de provoquer dĂ©libĂ©rĂ©ment sa mort »[40]. Un second conseil de famille est prĂ©vu pour le afin d'annoncer la dĂ©cision de l'Ă©quipe mĂ©dicale[39].
 : L'Ă©quipe mĂ©dicale dĂ©cide de suspendre la procĂ©dure collĂ©giale d'arrĂȘt des soins car selon elle : « les conditions de sĂ©rĂ©nitĂ© et de sĂ©curitĂ© nĂ©cessaires Ă la poursuite de cette procĂ©dure, tant pour Vincent Lambert que pour l'Ă©quipe soignante, ne sont pas rĂ©unies »[41]. Le mĂ©decin de Vincent Lambert demande le placement sous protection judiciaire de son patient qui ferait l'objet d'un projet d'enlĂšvement, la mise sous protection de son service qui ferait l'objet de menaces, ainsi que la dĂ©signation par le procureur de la RĂ©publique d'un reprĂ©sentant lĂ©gal pour Vincent Lambert[42].
 : François Lambert, neveu de Vincent, saisit la justice pour demander que le CHU de Reims soit contraint de mettre en Ćuvre la dĂ©cision du docteur Kariger, et donc « de cesser sous quinzaine l'alimentation et l'hydratation artificielles de Vincent Lambert ». Le tribunal administratif de ChĂąlons-en-Champagne rejette la demande d'arrĂȘt des traitements, estimant que seul son mĂ©decin traitant actuel est Ă mĂȘme de statuer sur ce type de dĂ©cision[43].
 : Rachel Lambert est nommée tutrice de son mari par le juge des tutelles de Reims et l'Union Départementale des Associations Familiales (UDAF) de la Marne comme subrogé-tuteur[44].
 : L'avocat des parents Lambert saisit la Cour d'appel contre la décision du juge des tutelles et souhaite reprendre la procédure judiciaire du transfert de Vincent Lambert vers un établissement spécialisé[45].
 : La cour administrative d'appel de Nancy, sur le recours du neveu François Lambert, dĂ©sapprouve la dĂ©cision du tribunal administratif de ChĂąlons-en-Champagne en date du . Elle dĂ©cide que la suspension de la procĂ©dure par le Dr Simon doit donc ĂȘtre annulĂ©e, notamment parce qu'elle ne peut pas ĂȘtre prolongĂ©e sans limite[46]. En consĂ©quence, les mĂ©decins doivent reprendre la procĂ©dure de consultation d'experts pouvant conduire Ă l'arrĂȘt des soins[47].
 : Estimant que « Rachel Lambert n'a pas failli et a rempli ses devoirs d'épouse », la Cour d'appel de Reims (Marne) confirme qu'elle est bien la tutrice principale de son mari[48].
 : Retour de l'affaire devant le Conseil d'Ătat car le neveu François Lambert conteste l'inaction du CHU de Reims malgrĂ© le jugement du lui enjoignant de reprendre la procĂ©dure collĂ©giale[49].
 : La Cour de cassation rejette le pourvoi des parents contre la décision de la Cour d'appel de Reims[50], et Rachel Lambert est confirmée comme tutrice de son époux[51].
 : Les parents de Vincent Lambert portent plainte contre le CHU de Reims pour « délaissement de personne hors d'état de se protéger »[52],[53].
 : Le prĂ©sident français François Hollande rĂ©pond publiquement Ă une demande Ă©crite qui lui avait Ă©tĂ© envoyĂ©e par François Lambert (neveu de Vincent Lambert). Il refuse de prendre position ou d'engager une quelconque action envers le CHU, estimant que « ce ne peut pas ĂȘtre le prĂ©sident de la RĂ©publique qui en dĂ©cide : c'est l'Ă©quipe mĂ©dicale, c'est avec la famille »[54].
 : Le Conseil d'Ătat confirme l'arrĂȘt rendu par la cour administrative d'appel de Nancy[55]. Les pourvois en cassation des parents de Vincent et du neveu François Lambert sont rejetĂ©s : l'annulation de la procĂ©dure suspendue sans limitation de durĂ©e par le docteur Simon est confirmĂ©e, et une Ă©ventuelle autre procĂ©dure devra alors ĂȘtre recommencĂ©e depuis le dĂ©but, le mĂ©decin responsable de Vincent n'Ă©tant plus le mĂȘme (entre-temps, le docteur Simon a dĂ©missionnĂ© du CHU de Reims).
 : La Cour de cassation rejette un pourvoi des parents de Vincent Lambert concernant plusieurs points : le droit à consulter le dossier médical de leur fils, la mesure de réglementation des visites mise en place, ainsi que le transfert de Vincent Lambert vers un autre établissement[56].
 : Ă la suite d'une quatriĂšme procĂ©dure collĂ©giale, le docteur Sanchez, responsable de Vincent Lambert, annonce sa dĂ©cision « d'arrĂȘter les traitements » (nutrition et hydratation) sous dix jours[57].
 : Sur le recours en rĂ©fĂ©rĂ© des parents de Vincent Lambert qui refusent la dĂ©cision du docteur Sanchez, le tribunal administratif de ChĂąlons-en-Champagne ordonne une nouvelle expertise, confiĂ©e Ă trois mĂ©decins, qui devront rendre un rapport dans un dĂ©lai d'un mois[58]. Le recours des parents qui contestent la compĂ©tence de ces experts est rejetĂ© par ce mĂȘme tribunal le , mais ces trois mĂ©decins se dĂ©sistent le , estimant ne pas pouvoir rĂ©aliser leur mission dans de bonnes conditions[59].
 : Le tribunal administratif de Chùlons-en-Champagne ordonne à nouveau une expertise médicale[60]. Les trois nouveaux experts sont nommés le et devront déposer leur rapport pour le .
 : Les experts mandatés par la justice confirment son « état végétatif chronique irréversible ». Le rapport indique également que la prise en charge de Vincent Lambert limitée à la couverture de ses « besoins fondamentaux primaires ne relÚve pas de l'acharnement thérapeutique ou d'une obstination déraisonnable » et que la condition médicale de Vincent Lambert « n'appelle aucune mesure d'urgence »[16].
 : La cour administrative d'appel de Nancy rejette le recours déposé par les avocats des parents le pour « cause de suspicion légitime », afin que l'affaire soit jugée par un autre tribunal. Les avocats dénonçaient, notamment, de « graves défauts de procédure du président du tribunal administratif, de la partialité, des préjugements ». Le tribunal administratif de Chùlons-en-Champagne tient alors une audience le pour reprendre l'examen du dossier sur le fond, devant faire connaßtre sa décision vers le [61].
31 janvier 2019 : Le tribunal administratif de ChĂąlons-en-Champagne valide la procĂ©dure d'arrĂȘt des soins : d'une part, « il rĂ©sulte [âŠ] que le maintien des soins et traitements constitue une obstination dĂ©raisonnable » car ils n'ont pour effet « que le seul maintien artificiel de la vie du patient ». D'autre part, « la volontĂ© de Vincent Lambert de ne pas ĂȘtre maintenu en vie, dans l'hypothĂšse oĂč il se trouverait dans l'Ă©tat qui est le sien depuis dix ans », est Ă©tablie. Les avocats des parents ont considĂ©rĂ© que « le tribunal a fait preuve de partialité » et ont annoncĂ© leur intention de faire appel devant le Conseil d'Ătat pour demander « un complĂ©ment d'expertise »[62].
 : Le Conseil d'Ătat estime que la dĂ©cision d'arrĂȘt des soins prise le par le CHU de Reims est lĂ©galement justifiĂ©e, malgrĂ© l'opposition des parents de Vincent Lambert. La confirmation du Conseil d'Ătat valide dans le mĂȘme temps la dĂ©cision du tribunal administratif de ChĂąlons-en-Champagne rendue le , qui estimait que « le maintien des soins et traitements » de Vincent Lambert constituait « une obstination dĂ©raisonnable »[63].
 : La CEDH rejette la demande de mesures provisoires des parents de Vincent Lambert et confirme la dĂ©cision prise par le Conseil d'Ătat[64].
 : Le tribunal administratif de Paris rejette un recours en urgence des parents de Vincent Lambert demandant la suspension de la procĂ©dure d'arrĂȘt des soins de Vincent Lambert, prĂ©vue pour dĂ©buter le [65], dans l'attente de l'examen d'une plainte dĂ©posĂ©e devant le ComitĂ© international des droits des personnes handicapĂ©es (CDPH) de l'ONU. L'arrĂȘt des soins commence donc Ă la date prĂ©vue.
 : La CEDH rejette une nouvelle demande de mesures provisoires dĂ©posĂ©e le jour mĂȘme par les parents de Vincent Lambert, faute d'Ă©lĂ©ment nouveau[66],[64].
Alors que l'arrĂȘt des soins a dĂ©butĂ© dans la matinĂ©e, dans la soirĂ©e la Cour d'appel de Paris ordonne Ă l'Ătat que soient repris les soins visant Ă maintenir en vie Vincent Lambert afin de faire respecter les mesures provisoires demandĂ©es par le CDPH[67],[68]. Les parents de Vincent Lambert portent plainte contre le CHU de Reims et le docteur Sanchez pour « non-assistance Ă personne en pĂ©ril »[69].
 : Le gouvernement dépose un pourvoi en cassation contre la décision de la Cour d'appel de Paris ordonnant la reprise des traitements[70]. L'audience a lieu le , le procureur général de la Cour de cassation préconise de casser la décision sans renvoi devant une autre juridiction, la décision est attendue le [71].
 : La Cour de cassation casse et annule l'arrĂȘt de la Cour d'appel sans renvoi[72].
 : Alors que l'arrĂȘt des traitements a repris la veille, le tribunal administratif de ChĂąlons-en-Champagne rejette un recours des parents de Vincent Lambert, ces derniers souhaitaient de nouveau faire respecter la demande provisoire du CDPH[73].
 : AprĂšs dix jours d'arrĂȘt des traitements, Vincent Lambert dĂ©cĂšde au CHU de Reims. Le procureur de la RĂ©publique de Reims, Matthieu Bourrette demande alors une autopsie pour dĂ©terminer les causes du dĂ©cĂšs[74]. En raison de plaintes dĂ©posĂ©es contre le CHU, il demande que lâautopsie soit rĂ©alisĂ©e Ă lâInstitut mĂ©dico-lĂ©gal de Paris et non Ă lâInstitut mĂ©dico-lĂ©gal du CHU de Reims[75].
 : Le corps de Vincent Lambert est autopsiĂ© Ă lâInstitut mĂ©dico-lĂ©gal de Paris, le matin mĂȘme[76].
 : Le docteur Sanchez est relaxé de la plainte déposée le par la mÚre de Vincent Lambert pour « non-assistance à personne en danger ». Le tribunal a suivi les réquisitions du procureur estimant que le médecin a « parfaitement respecté ses obligations légales », les juges estimant en outre que cette plainte « n'avait d'autres motifs que de s'opposer à la loi Leonetti-Claeys »[77]. La mÚre de Vincent Lambert relÚve appel de cette décision[78].
 : Cet appel est rejeté par la cour d'appel de Reims. L'un des conseils de la mÚre de Vincent Lambert annonce immédiatement le dépÎt d'un pourvoi en cassation[79].
La situation de Vincent Lambert a donc conduit à au moins une dizaine de procédures judiciaires nationales et/ou internationales qui se sont succédé ou qui ont été menées conjointement depuis 2013 : procédures contestant les décisions des différents médecins responsables de Vincent Lambert, procédures liées à la désignation d'un tuteur, procédures liées à la demande de transfert dans un autre établissement, procédures du neveu François Lambert, procédures pénales des parents.
Examen du cas par le Conseil d'Ătat en 2014
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L'assemblĂ©e du contentieux du Conseil d'Ătat se prononce sur le cas par une dĂ©cision du [80]. L'arrĂȘt retient d'une part que Vincent Lambert n'est pas dans un « état pauci-relationnel », suivant l'expertise de 2011, mais dans un « état vĂ©gĂ©tatif ». Il retient d'autre part que l'alimentation artificielle peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme faisant partie des traitements, susceptibles d'ĂȘtre arrĂȘtĂ©s.
Opinion de la Cour européenne des droits de l'homme
[modifier | modifier le code]Arguments des défendeurs
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Les parents de Vincent Lambert, avec une de ses sĆurs et un demi-frĂšre, contestent la dĂ©cision du Conseil d'Ătat en faveur de l'arrĂȘt de son alimentation et de son hydratation artificielles, estimant qu'elle violerait son droit Ă la vie et constituerait une torture[81]. Ils contestent que Vincent Lambert soit dans un Ă©tat vĂ©gĂ©tatif, soulignant que « Vincent a recommencĂ© Ă dĂ©glutir, cela ouvre la possibilitĂ© de s'alimenter ». Pour le Dr Bernard Jeanblanc, responsable d'un service spĂ©cialisĂ© qui accueille des personnes Ă la conscience altĂ©rĂ©e : « Pour l'avoir vu rĂ©cemment, Vincent n'est pas en Ă©tat vĂ©gĂ©tatif, mais en situation d'Ă©tat pauci-relationnel »[81].
Saisine et exclusion des défendeurs
[modifier | modifier le code]La cour a été saisie sur une possible violation de l'article 2 (droit de toute personne à la vie), l'article 3 (interdiction des traitements inhumains ou dégradants) et l'article 8 (respect de la vie familiale) de la Convention européenne des droits de l'homme.
En réponse, la cour a décidé de ne pas se pencher sur une possible violation des articles 3 et 8 de la convention, car « La Cour a conclu que les requérants n'avaient pas qualité pour invoquer, au nom et pour le compte de Vincent Lambert, la violation des articles 2, 3 et 8 de la Convention »[jug 1].
Les parents de Vincent Lambert et leurs avocats ont Ă©tĂ© scandalisĂ©s par ce rejet, protestant en ces termes : « aujourd'hui en Europe, toute famille est infondĂ©e Ă dĂ©fendre un parent sans dĂ©fense »[82]. Pour leur avocat : « à compter d'aujourd'hui, une personne inconsciente n'est plus protĂ©gĂ©e par la Convention europĂ©enne des droits de l'homme », qui « ne s'applique dĂ©sormais plus qu'aux personnes en bonne santĂ©, conscientes, en capacitĂ© de saisir elles-mĂȘmes la Cour »[83]. Les cinq juges de la CEDH ayant exprimĂ© une opinion dissidente considĂšrent Ă©galement que les parents de Vincent Lambert avaient bien qualitĂ© pour agir au nom et pour le compte de Vincent Lambert : « En tant que parents proches, ils ont mĂȘme a fortiori une justification encore plus forte pour agir au nom de celui-ci devant la Cour »[82].
La cour examine cependant « l'ensemble des questions de fond soulevées par la présente affaire sous l'angle de l'article 2 de la Convention », y compris quand ces questions ont été invoquées par les requérants jugés sans qualité pour agir[34]. Ces questions, limitées par conséquent à l'examen de la conformité du cadre juridique français par rapport aux exigences de la Convention européenne des droits de l'homme, et au respect de ce cadre par la procédure suivie pour Vincent Lambert, sont présentées ci-aprÚs.
Importance de l'arrĂȘt
[modifier | modifier le code]La « mort naturelle » est une notion en voie de disparition : en 2015, pratiquement la moitiĂ© des morts en France pourraient ĂȘtre diffĂ©rĂ©es par des moyens mĂ©dicaux, et cette proportion augmente rĂ©guliĂšrement. Cela pose nĂ©cessairement la question de la maniĂšre de sortir des soins actifs, pour entrer dans la question des soins palliatifs.
La sortie de l'« acharnement thĂ©rapeutique », ou de l'« obstination dĂ©raisonnable », a Ă©tĂ© jugĂ©e conforme Ă l'intĂ©rĂȘt de la personne considĂ©rĂ©e. Chaque annĂ©e, 20 000 personnes en France, en situation juridique d'« obstination dĂ©raisonnable », font l'objet d'un arrĂȘt de ces traitements dans le cadre d'une procĂ©dure entre mĂ©decins et d'un dialogue apaisĂ© et respectueux avec la famille et les proches[84].
L'arrĂȘt de la CEDH montre avant tout que la loi française est effectivement conforme Ă la Convention europĂ©enne des droits de l'homme. Comme le souligne Jean Leonetti, l'auteur de la loi relative aux droits des malades et Ă la fin de vie :
« Une décision inverse aurait pu inciter de nombreux médecins à considérer que la rÚgle, désormais, était l'obstination déraisonnable[84] »
La juridiction europĂ©enne insiste sur le fait que sur ces questions, chaque Ătat dispose d'une marge de manĆuvre[85].
L'arrĂȘt verrouille Ă©galement dans ses considĂ©rations le respect de la volontĂ© du patient[85] :
« La cour ne reconnaĂźt, Ă©videmment, pas le droit Ă âl'euthanasie, elle nous dit qu'Ă partir du moment oĂč les mĂ©decins estiment qu'ils sont en obstination dĂ©raisonnable de soins, ou d'acharnement thĂ©rapeutique, si le patient a exprimĂ© une volontĂ© de ne pas prolonger les soins, alors le mĂ©decin doit suivre l'avis du patient, y compris si celui-ci n'est plus en Ă©tat de consentir[85]. »
ArrĂȘt des soins de 2019
[modifier | modifier le code]Nouvelle dĂ©cision du Conseil d'Ătat en 2019
[modifier | modifier le code]En 2017, le responsable du service de soins palliatifs au centre hospitalier universitaire de Reims (chargĂ© de l'unitĂ© « cĂ©rĂ©bro-lĂ©sĂ©s » au sein de laquelle Vincent Lambert Ă©tait alors hospitalisĂ©) dĂ©cide d'engager une nouvelle procĂ©dure collĂ©giale en 2018. Ă l'issue de cette procĂ©dure, le , le mĂ©decin prend la dĂ©cision d'arrĂȘter les traitements de nutrition et d'hydratation artificielles.
Cette dĂ©cision est contestĂ©e devant le tribunal administratif de ChĂąlons-en-Champagne puis devant le Conseil d'Ătat. Le , le Conseil d'Ătat rejette la requĂȘte en vue d'annuler la dĂ©cision du mĂ©decin[86].
Les requĂ©rants (entre autres la mĂšre de Vincent Lambert) annoncent immĂ©diatement leur intention de dĂ©poser deux demandes au fond, « sur des fondements diffĂ©rents », soit une requĂȘte devant la CEDH et une plainte devant le CDPH[87],[88].
Le , l'AFP relaie l'information selon laquelle le mĂ©decin de Vincent Lambert a annoncĂ© Ă ses proches l'intention de l'Ă©quipe mĂ©dicale d'initier l'« arrĂȘt des traitements et la sĂ©dation profonde et continue » dans la semaine du [89].
Plainte au Comité international des droits des personnes handicapées
[modifier | modifier le code]Le , selon les avocats des demandeurs, le CDPH demande Ă l'Ătat français de suspendre la dĂ©cision d'arrĂȘt d'alimentation et d'hydratation de Vincent Lambert dans l'attente d'une dĂ©cision sur le fond.
Le , les avocats des demandeurs annoncent avoir saisi le Défenseur des droits pour faire appliquer les mesures provisoires demandées par le CDPH[90]. Le , le Défenseur des droits estime qu'il « ne lui appartient pas » de trancher[91].
Le , selon les avocats de ses parents, le CDPH s'oppose une nouvelle fois Ă l'arrĂȘt des soins et rĂ©itĂšre en urgence auprĂšs de l'Ătat français sa demande de maintien de l'alimentation et de l'hydratation de M. Vincent Lambert Ă titre conservatoire[92], "rappelant Ă la France de prendre les mesures nĂ©cessaires pour veiller Ă ce que l'alimentation et l'hydratation entĂ©rales ne soient pas suspendues pendant le traitement de son dossier par le ComitĂ©"[93].
Refus français de la demande de suspension du Comité international des droits des personnes handicapées
[modifier | modifier le code]Le , la ministre de la Santé déclare que La France n'est «pas tenue» par l'avis du comité de l'ONU[94]. Dans un mémoire du , le gouvernement français répond à la CPDH, estimant que les demandes de ce comité ont un caractÚre non contraignant et que les décisions rendues à titre provisoire ne sont pas non plus juridiquement contraignantes[95],[96].
Le , le tribunal administratif de Paris rejette un premier recours en urgence des parents de Vincent Lambert[97]. Ce recours avait pour but de suspendre la procĂ©dure d'arrĂȘt des soins prĂ©vu dans l'attente de l'examen de la plainte par le CPDH. Le tribunal estime que « le comitĂ© des droits des personnes handicapĂ©es, qui nâest pas une instance nationale, ne constitue pas une juridiction »[65].
Le , alors que l'arrĂȘt des soins a dĂ©butĂ© dans la matinĂ©e, dans la soirĂ©e la Cour d'appel de Paris « ordonne Ă l'Ătat français [âŠ] de prendre toutes mesures aux fins de faire respecter les mesures provisoires demandĂ©es par le ComitĂ© international des droits des personnes handicapĂ©es le tendant au maintien de l'alimentation et l'hydratation » de Vincent Lambert[98].
Le , la Cour de cassation casse et annule l'arrĂȘt de la Cour d'appel sans renvoi, justifiant la dĂ©cision en ces termes : « dâune part, que, le droit Ă la vie nâentrant pas dans le champ de la libertĂ© individuelle au sens de lâarticle 66 de la Constitution, la dĂ©cision, prise par lâĂtat, de ne pas dĂ©fĂ©rer Ă la demande de mesures provisoires formulĂ©e par le CDPH, ne portait pas atteinte Ă la libertĂ© individuelle, dâautre part, quâen lâĂ©tat notamment des dĂ©cisions rendues en dernier lieu par le juge des rĂ©fĂ©rĂ©s du Conseil dâĂtat le 24 avril 2019 et par la Cour europĂ©enne des droits de lâhomme le 30 avril 2019, cette dĂ©cision nâĂ©tait pas manifestement insusceptible dâĂȘtre rattachĂ©e Ă un pouvoir lui appartenant, de sorte que les conditions de la voie de fait nâĂ©taient pas rĂ©unies, la Cour dâappel a violĂ© les textes susvisĂ©s »[99]. La cour suit ainsi l'avis du procureur[100], pour qui « le Conseil constitutionnel retient une conception Ă©troite de la libertĂ© individuelle, Ă laquelle ne saurait ĂȘtre rattachĂ© le droit Ă la vie »[101].
Demandes de mesures provisoires à la Cour européenne des droits de l'homme
[modifier | modifier le code]Une demande de mesures provisoires adressĂ©e Ă la CEDH est rejetĂ©e le  ; celle-ci dĂ©cide, « eu Ă©gard aux circonstances, de refuser les demandes de mesures provisoires qui lui avaient Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©es, le 24 avril 2019, Ă savoir de suspendre lâexĂ©cution de lâarrĂȘt du Conseil dâĂtat du 24 avril 2019 et prononcer une interdiction de sortie du territoire de Vincent Lambert ». Dans son communiquĂ© de presse, la Cour rappelle Ă©galement Ă cette occasion que « par un arrĂȘt de Grande chambre prononcĂ© le 5 juin 2015, elle avait conclu quâil nây aurait pas violation de lâarticle 2 de la Convention en cas de mise en Ćuvre de la dĂ©cision du Conseil dâĂtat du 24 juin 2014, autorisant lâarrĂȘt de lâalimentation et de lâhydratation artificielles de Vincent Lambert »[64].
Une nouvelle demande de mesures provisoires, dĂ©posĂ©e le , est rejetĂ©e le jour-mĂȘme par la Cour au motif « quâaucun Ă©lĂ©ment nouveau de nature Ă lui faire adopter une position diffĂ©rente ne lui a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© par les requĂ©rants[64] ».
Démarches des parents en 2019
[modifier | modifier le code]Le , les parents adressent une lettre ouverte au prĂ©sident de la RĂ©publique, dernier Ă pouvoir intervenir. Le , Emmanuel Macron rĂ©pond qu'il ne lui « appartient pas de suspendre une dĂ©cision qui relĂšve de lâapprĂ©ciation des mĂ©decins (de Vincent Lambert) et qui est en conformitĂ© avec nos lois »[102].
Un rassemblement est organisĂ© le pour demander Ă l'hĂŽpital de Reims de continuer Ă hydrater et nourrir Vincent Lambert ; la ConfĂ©rence des Ă©vĂȘques de France se dit Ă©tonnĂ©e de la « prĂ©cipitation » Ă conduire « vers la mort » Vincent Lambert[103].
Le , à la suite de la décision de la Cour de cassation du , Viviane Lambert s'exprime lors d'une table ronde organisée en marge de la 41e session du Conseil des droits de l'homme à GenÚve, par le Centre européen pour le droit et la justice, une ONG chrétienne conservatrice[104].
Depuis le décÚs
[modifier | modifier le code]Ă la suite du dĂ©cĂšs de Vincent Lambert, le procureur de la RĂ©publique de Reims ouvre une enquĂȘte « en recherche des causes de la mort »[105],[106], afin de vĂ©rifier que l'arrĂȘt des traitements a respectĂ© la loi[106]. Les parents de Vincent Lambert sont dĂ©boutĂ©s le par le tribunal correctionnel de Reims de leur plainte contre le docteur Vincent Sanchez pour « non assistance Ă personne en danger »[107].
Polémiques
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En , l'Ă©pouse de Vincent Lambert accuse certains mouvements catholiques intĂ©gristes d'avoir instrumentalisĂ© l'affaire[108]. C'est sur des sites radicaux proches de la mouvance intĂ©griste (Riposte catholique, Le Salon beige), ou sur le blog anti-avortement de Jeanne Smits, journaliste Ă PrĂ©sent, qu'ont Ă©tĂ© publiĂ©es en premier les informations concernant Vincent Lambert. Et c'est JĂ©rĂŽme Triomphe, par ailleurs avocat du mouvement intĂ©griste Civitas, qui dĂ©fend les intĂ©rĂȘts des parents de Vincent Lambert[11]. Ces derniers sont aussi conseillĂ©s par une attachĂ©e de presse proche de l'Opus Dei[109]. En , les Ă©vĂȘques de la rĂ©gion RhĂŽne-Alpes se prononcent Ă©galement contre l'arrĂȘt des traitements[110].
AprĂšs l'arrĂȘt de la CEDH du , une vidĂ©o du malade est diffusĂ©e le suivant par le comitĂ© de soutien pour son maintien en vie, visant Ă montrer que Vincent Lambert « interagit » avec son environnement[111]. Pour Ăric Kariger, l'ancien chef du service de soins palliatifs qui a suivi Vincent Lambert pendant de nombreuses annĂ©es, c'est une manipulation mĂ©diatique. « C'est irrespectueux pour le malade, pour son Ă©pouse et sa fille, qui ne peuvent pas faire le deuil, Ă travers cet acharnement qui vient de leur propre famille »[112].
Ăric Kariger est l'auteur d'un livre sur l'affaire Vincent Lambert[113] oĂč il affirme avoir fait l'objet en 2013 d'une plainte pour tentative d'assassinat avec circonstances aggravantes, de la part des parents de Vincent, de son frĂšre David et de sa sĆur Anne[114]. Selon lui, l'acharnement de ces derniers viendrait d'une culpabilitĂ© Ă ne pas avoir rĂ©ussi Ă protĂ©ger Vincent d'un pĂ©dophile dans la FraternitĂ© sacerdotale Saint-Pie-X[115],[116],[117] : « Je me demande s'ils n'Ă©prouvent pas une certaine culpabilitĂ© Ă ne pas avoir protĂ©gĂ© Vincent comme ils auraient voulu le faire. Peut-ĂȘtre sont-ils dans un processus de rĂ©paration qui les amĂšne, aujourd'hui, Ă protĂ©ger sa vie âĂ tout prixâ. »
Dans la culture populaire
[modifier | modifier le code]Une sĂ©rie-documentaire, dĂ©coupĂ©e en 4 Ă©pisodes, Lambert contre Lambert : Au nom de Vincent rĂ©alisĂ©e par Ălodie Buzuel et Vincent Trisolini sort le , sur la plateforme de streaming Disney+. Chaque proche et professionnel de santĂ© de Vincent Lambert y expose sa vision et retrace les onze annĂ©es entre l'accident de voiture et l'arrĂȘt des soins. La presse est mitigĂ©e, reprochant Ă la sĂ©rie de manquer de profondeur[118].
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes relatives au jugement
[modifier | modifier le code]Références
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- â « Affaire Lambert : le docteur Vincent Sanchez relaxé », Le Monde.fr,â (lire en ligne [archive du ], consultĂ© le )
- â François BĂ©guin et Laetitia Clavreul, « "Laisser partir Vincent est ma derniĂšre preuve d'amour », sur le site du quotidien Le Monde, (consultĂ© le ).
- â Vincent Vantighem, « La mĂšre de Vincent Lambert se fait dĂ©sormais conseiller par une proche de lâOpus Dei », sur 20minutes.fr, 20 minutes, (consultĂ© le ).
- â « Vincent Lambert. Les Ă©vĂȘques de RhĂŽne-Alpes hostiles Ă un arrĂȘt des soins », sur Le TĂ©lĂ©gramme, (consultĂ© le ).
- â « Affaire Lambert: un comitĂ© de soutien pour son maintien en vie diffuse une vidĂ©o de lui », sur bfmtv.com, .
- â CĂ©cile Bouanchaud, « Une vidĂ©o troublante de Vincent Lambert publiĂ©e », sur europe1.fr, .
- â Kariger 2015
- â Kariger 2015, p. 48
- â Kariger 2015, p. 37-39
- â « Affaire Vincent Lambert: Les quatre rĂ©vĂ©lations du mĂ©decin de Vincent Lambert », sur 20minutes.fr, .
- â Paris Match, « Le Conseil d'Ă©tat valide l'arrĂȘt des soins - Le combat pour Vincent Lambert », sur parismatch.com (consultĂ© le ).
- â « âLambert contre Lambertâ, sur Disney+ : un plongeon dans le tourbillon de lâaffaire Vincent Lambert qui manque de profondeur », sur www.telerama.fr, (consultĂ© le )
Annexes
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Euthanasie non volontaire
- France :
- Monde :
- Eluana Englaro (Italie)
- Terri Schiavo, Karen Ann Quinlan (Ătats-Unis)
Bibliographie
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 : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
Cour européenne des droits de l'homme, Affaire Lambert et autre c. France, (lire en ligne), 46043/14
Ăric Kariger, « Ma vĂ©ritĂ© sur l'affaire Vincent Lambert : Son mĂ©decin s'explique », Bayard, (ISBN 978-2227488021)- Rachel Lambert, Vincent parce que je l'aime, je veux le laisser partir, Fayard, 2014 (ISBN 978-2-213-68247-1)
- Viviane Lambert, Pour la vie de mon fils, Plon, 2015 (ISBNÂ 9782259243223)
- François Lambert, Pour qu'il soit le dernier, Robert Laffont, 2020 (ISBN 978-2221247754)
- Ixchel Delaporte, L'affaire Vincent Lambert: EnquĂȘte sur une tragĂ©die familiale, Editions du Rouergue, (ISBN 978-2812618994)
- RĂ©ponse Ă la saisine du Conseil d'Ătat sur la conduite Ă tenir chez les personnes dans un Ă©tat pauci relationnel, AcadĂ©mie Nationale de MĂ©decine, .
- Observations du Conseil national de l'Ordre des mĂ©decins en application de la demande avant dire droit de l'assemblĂ©e du contentieux du Conseil d'Ătat du 14 fĂ©vrier 2014, Ordre National des MĂ©decins, .
- Observations du CCNE Ă l'attention du Conseil d'Ătat, comitĂ© consultatif national d'Ă©thique pour les sciences de la vie et de la santĂ©, .
- Affaire en France
- Euthanasie en France
- Cas médical
- Droit et médecine en France
- Jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme concernant la France
- Jurisprudence de l'assemblĂ©e du contentieux du Conseil d'Ătat français
- Jurisprudence de la premiÚre chambre civile de la Cour de cassation française
